05/05/2018 par
Le couple, rien que le couple !
Après l'ère de l'australopithèque, l’ère de l'homme de Cro-Magnon, de Néandertal et celle de l'homo-Sapiens, voici venu le temps de l'homme-couple !
Miam !
Au commencement, il y eut la gourmandise. En effet, tous les spécialistes aujourd’hui s’accordent enfin sur cette conclusion : si Eve croqua la pomme, c’est bien parce qu’elle avait la dent ! 
Choisis donc ton camp, camarade. Que sera la cible de ta gourmandise, le fruit défendu ou ton partenaire intime ? Certainement les deux, mon Capitaine, car on ne saurait se passer de toutes ces tentations que la vie nous offre pour assouvir notre féroce appétit.
Alors bon, pour aller vite, prenons quelques exemples d’idées et d’envies susceptibles de nous traverser l’esprit, comme ça, en vrac : le désir, l’excitation, le sexe, j'aime, je t’aime, j'ai envie de toi, je veux te dévorer, te boire, je veux mon plaisir, des sensations, mon orgasme, je veux vivre quelque chose d'intense, être amoureux… Mais encore, je veux faire du ski, du vélo et aller au ciné avec toi, et tiens, aussi, pourquoi pas m’adonner au BDSM, à la recherche de pratiques dites déviantes, originales, j'aime faire ceci, qu'on me fasse cela, être soumis ou dominant etc...
Eh bien j’ai la prétention de prôner l’idée que la plupart de tous ces plaisirs, si enthousiasmant soient-ils, ne se partagent que très relativement puisqu’ils découlent de la recherche de sensations somme toute très personnelles. On peut bien entendu exprimer et transmettre ses propres sensations à son partenaire, mais il ne peut pas les ressentir. Celui-ci pourra avoir à son tour des sensations induites par les nôtres et nous les transmettre, mais nous ne les ressentirons pas; elles nous font éprouver de grandes satisfactions, certes, mais des satisfactions égoïstes.
Je ne m’étendrai pas davantage sur le sujet car nous le connaissons par cœur, il fait partie intégrante de nos sociétés modernes qui nous proposent des stéréotypes qui ne nous conviennent décidément pas : vivre à cent à l'heure, consommer toujours plus, cumuler les centres d’intérêt, remplir nos cervelles d’information et de savoir, collectionner les activités, satisfaire nécessairement tous nos désirs nous garantissant des plaisirs en enfilade, sans temps mort, sans jamais se retrouver avec soi-même, voila donc cette « vraie vie » à laquelle nous aspirons pour notre plus grand désarroi.
L’ultime aberration consiste à considérer que notre relation intime est accessoire, venant ainsi concurrencer cette masse asphyxiante d’activités.
Nous pouvons donc redresser le tir et prétendre sans faille, après avoir dressé la liste de nos envies, que notre seule priorité sera de dévorer insatiablement celui ou celle qui sera notre moitié incontournable, notre raison de vivre, notre oxygène, notre nourriture.
L’outil gourmandise, moteur essentiel à l’existence du couple, tombe naturellement sous la main du partenaire de bonne volonté, à condition bien sûr que l'autre soit à notre goût.
Et quand bien même cette « gourmandise plaisir » ne serait-elle pas la seule clé du bonheur, il faut s’appliquer à la décliner au sein du couple car elle n’en demeure pas moins le tremplin indispensable pour accéder aux saveurs plus profondes que la vie nous propose d’apprécier.
Je pense, donc j'essuie !
Ainsi, après analyse des méandres tortueux de mon esprit ravagé, je revendique une démarche plus cérébrale : c'est l'exploration de l'autre, minutieuse et auscultatoire ; investir le champ de la fabrication de nos pensées les plus folles, libres de tout formatage, de tout acquis.
Tout au long de notre vie et dès le plus jeune âge, on nous dresse, on nous inculque, on nous apprend, on nous oblige, ainsi s’érigent nos pensées en compromis avec nos gènes et les référents que l’on nous impose. Cette éducation savamment distillée nous forge des armes et des atouts indispensables au « bien vivre ensemble ». Une fois grands, on s’empêche et c’est bien ainsi, même si cette école des frustrations par moment nous étouffe.
Mais il est un lieu, un pays où nulle de ces règles sociales n’ont cours, c’est celui de l’intime…
Ce laboratoire de la chair et de l’esprit mérite que l’on s’y attarde un peu: des pensées nommées désirs, fantasmes et autres obsessions y naissent et nous donnent le frisson !
Et si ces pensées sont les plus troublantes, c’est parce qu’elles sont le reflet de notre constitution originelle. Les exprimer, c'est se livrer, se mettre à nu corps et âme, c'est dire à l'autre, regarde ce que je suis, comment je fonctionne, comment je t'envisage et pourquoi tu m'inspires des idées parfois belles et sublimes, mais parfois aussi grotesques que saugrenues. Les partager, c'est se sentir moins seul en proie avec ces pensées qui nous traversent et dont nous ne sommes pas maîtres. C'est aussi l’accès à ce fameux "lâcher prise" bien connu de tous les adeptes du BDSM : fais de moi ce que tu veux, je veux t’appartenir, être ta chose, ton objet, je ne veux plus avoir à choisir, je mets ma vie entre tes mains. Lâcher prise social : j'oublie le poids de mes responsabilités professionnelles, familiales et de toute logistique relationnelle ; mais aussi, lâcher prise philosophique : je veux que tu compatisses à ma difficulté de vivre, que tu m'arraches de ma vie et que tu m'aides à envisager sa brève échéance.
D'où l’idée de la création de ce théâtre où nous sommes en même temps les acteurs, les spectateurs, les metteurs en scène et où nous mettons à disposition nos corps et nos esprits. Le second degré, indispensable pour éviter tout dérapage, garantit un dialogue où peu importe qui fait quoi, puisque les rôles sont endossés en même temps par les deux partenaires. Je te propose une action : je pose ma main sur ton ventre, ta passivité m'indique que tu adhères à ce geste, mieux encore, mon désir devient ton désir et c'est toi qui dicte tes limites. Ma main s’enfonce lentement, elle exerce une pression qui va crescendo, elle s’émerveille de la texture de ta peau. Je te transmets mon émotion et comme mon désir est aussi le tien, tu est émue par la beauté de ton propre ventre. Tu te trouves belle dans mes mains, ce geste est une merveille tant il souligne cette mystérieuse sensation d’être vivant et à cet instant, toi et moi, c’est la même chose. Autrement dit, nous sommes à la fois l’un et l’autre (c’est chouette, moi qui rêve d’être dans la peau d’une femme), nous mettons à disposition nos chairs et nos âmes et nous nous laissons traverser par nos pensées brutes, les plus enfouies, les plus inavouables, révélatrices de ce que nous sommes vraiment. La frontière qui flirte avec le seuil de la douleur nous permet de dessiner précisément les contours de la sensibilité de l’autre, de le connaître, de le comprendre et donc de l'aimer. Le passif offre ainsi tout ce qu'il peut supporter, c'est un cadeau qui lui coûte, un signe d'amour bouleversant pour les deux, pour celui qui acte et qui ne veut pas que l'autre souffre et pour celui qui se donne et apprécie la beauté de sa propre générosité, de leur engagement commun, de leur subtilité d'âme.
La lenteur et la contemplation, la précision et l'auscultation méthodique nous font percevoir intensément chaque seconde de cette vie qui coule en nous. C'est la recherche d'un état de conscience qui ouvre les portes de notre inconscient, de notre moi profond, une sorte de méditation inscrite dans le temps, à l'écoute de nos respirations.
Ces deux cerveaux qui communiquent intègrent l'homme et la femme dans leurs spécificités individuelles, mais aussi l'homme au sens générique du terme.
On élargit ?
Ainsi, tu représentes la femme parmi toutes les femmes, l'homme parmi tous les hommes et tu m'émerveilles. Rien ne peut mieux me convenir sur cette planète que mon autre qui me ressemble.
Lui dire que je suis cet être humain unique de part son caractère et sa sensibilité, mais aussi, cet homme parmi tous les hommes, représentant de toute l'humanité, concevoir ensemble que nous faisons partie de cette famille des hommes, c'est en déduire que notre vulnérabilité et notre statut de mortel n'est plus tout à fait aussi insupportable. Prendre conscience que l’humain continuera après nous et qu’il intègre pour toujours une partie de nous, rendra peut être le passage plus facile. On peut rêver, non ? En tout cas, ça ne mange pas de pain et puis l’idée me semble si belle, si abstraite, si humaine qu’elle vaut bien toutes celles de toutes les religions réunies avec leurs histoires à dormir debout. D’ailleurs, n’admet-on pas bien volontiers la version de ce même rêve qui consiste à croire qu’un peu de nous vivra à travers nos enfants, argument enfoui en filigrane dans l’instinct de reproduction nécessaire à la pérennité de l’espèce.
La vie est éphémère, vulnérable, fragile, c'est pour ça qu'elle est importante et précieuse. Théâtraliser sa mise en péril est un exutoire qui en souligne la valeur et lui rend hommage. Notre inconscient nous pousse à la célébrer, cela donne une valeur ajoutée à chacun de nous, une estime de soi réconfortante.
Mais c'est aussi une façon de vouloir reprendre la main sur cette vie qui nous est imposée, de décider de notre sort. Nous sommes nés sans le vouloir, catapultés dans une vie où nous sommes prisonniers de notre identité. Impossible de changer, chaque matin, je retrouve ce même esprit dans ma boite crânienne. Se rebeller contre cette inéluctabilité, l'idée d'y mettre fin ou de défier cet ordre établi peut être libérateur, voire jubilatoire. Le BDSM offre à ce titre une inspiration dont la palette est infinie, aussi complexe que celle que peut générer un cerveau créatif. Mais je me refuse à suivre les chemins, les dogmes et autres règles établies par je ne sais quels dictateurs, maîtres de pacotille, aux yeux desquels aucune autre voie ne serait légitime. Les scénarios imposés, les rôles gradés endossés définitivement par des charlatans auto-diplômés, les accessoires manufacturés et les règles pré-formatées ne garantissent nullement la connexion entre deux cerveaux. Sans cette connexion, rien n’existe et comme disait un certain Serge qui chantait plutôt pas mal, « l’amour physique est sans issue »…
Alors quoi, je cherche, je cherche cette femme, cette partenaire à inventer, cette évidence à réprimer… cette femme à la peau flasque et au seins pendants, exprimant toute la fragilité bouleversante de cette vie si mystérieuse, cette femme à laquelle je me soumettrai, comme je me soumets à cette vie qui coule dans mes veines.
Eh ben c’est pas gagné, mais pourquoi pas par ici, trouver un esprit qui me corresponde.
J’affirme que nous sommes tous de grands philosophes, il nous suffit de nous en persuader !
Et l’homme-couple naîtra de ses propres réflexions, la plénitude engendrée par la fusion avec son autre lui ouvrira peut-être les portes du bonheur… Et je serai définitivement perché, mais j’ai bien peur que ce ne soit déjà le cas.
2 ont aimé
et  aiment ça.
Grégory
"...un lieu, un pays où nulle de ces règles sociales n'ont cours, c'est
celui de l'intime..."
Ces règles n'y ont peut-être pas cours , mais y maintiennent leurs
influences.
Ainsi, il me semble captieux d'estimer que nos désirs, fantasmes,
s'affranchissent des dogmes sociétaux, de notre éducation, etc... ...En lire plus
gitane sans filtre
j'aime beaucoup votre texte, vos idées et votre "philosophie" de l'homme-couple. merci d'avoir partagé... belle journée
atypic
Merci à tous deux pour vos réponses bienveillantes
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