01/08/2018 par
Une Journée dans la vie d’Emily -
Je suis aux toilettes. Je n’ai rien d’autre à foutre que d’être aux toilettes. Je fais ce que j’ai à faire et je m’en vais.
Après deux couloirs sombres j’entre dans la lumière. C’est la salle de torture… pardon, la « cuisine ». Mon bol de céréales me sourit. Horreur ! Des Chocapics… Mais j’ai faim alors je mange. Enfin, c’est vite fini. Après m’être cognée dans une porte et m’être pris les pieds dans une brosse à cheveux qui traînait à terre, j’entre dans la salle de bain, la pièce la plus belle de la maison. Elle est belle, baignée d’une lueur rosée comme un paradis et je suis un ange. Maman m’a déjà appelée son « ange » une fois. Oh il y a trop de miroirs ici, je ferme les yeux.
Je ne me dépêche pas, j’ai si peu de choses à faire avant de partir, des choses rapides, insignifiantes. J’enfile deux ou trois trucs qui traînent dans mon terrier de puis quelques temps et je me prépare à faire ma « grande sortie ».
En fait de sortie théâtrale je tombe dans les escaliers, journée de merde. Heureusement mes lunettes ne sont pas cassées, je me dirige vers l’arrêt de car, vers un nouveau supplice. Je tente une entrée des plus discrètes dans le transport scolaire, mais le bruit du moteur ne m’empêche pas d’entendre les plaisanteries habituelles de mes camarades sur mon poids qui fera bien casser un siège un de ces jours… J’en ris avec eux car je trouve ces blagues très, très drôles. Le ciel est gris aujourd’hui et je ressemble à un rat dans une parfumerie.
Finalement on se retrouve dans une sorte de cour, un espace noir avec un éclairage jaunâtre, à attendre que retentisse une sonnerie trop stridente. Mes camarades et moi devons assister à une conférence sur la délinquance aujourd’hui, et il y a des flics. Maman y est, c’est elle qui parle, c’est une super flic. Mais je ne veux pas que l’on sache que cette femme si belle est ma Maman. Lorsque je suis avec elle j’entends les gens la complimenter sur le boulet qu’elle trimbale, attaché par un cordon ombilical. Je l’admire Maman. Elle est froide et distante, ça la rend sublime, glaciale dans sa grandeur.
Alors je fais résonner mes pas lourds sur des carreaux blanc-cassé pas très beaux et j’entre derrière mes camarades dans un vaste réduit sombre, cerné de murs humides et muni de tables grisâtres. Quelqu’un à deux pas de moi me pose une question, j’essaie de me cacher, de m’écraser, de me faire toute petite… « Alors la grosse, tu réponds pas ? T’es dans ta bulle ? ». S’ils savaient comme cette bulle me réchauffe ! Elle est comme emplie de lumière rougeâtre et ça sent bon comme une église. C’est mon seul cocon, mais il ne fait pas le poids contre les dents acérées et le venin de mes camarades.
Après être allée manger je me réfugie aux toilettes. J’aime cet endroit même si je n’arrive pas à m’y faire vomir. Pourtant mes camarades y parviennent très bien ! Mais c’est normal, elles sont si belles… On m’a bien conseillé de me regarder dans un miroir grossissant, que ça viendrait tout seul, mais il n’y a pas ce genre de miroir ici.
Merde et bordel de merde ! Mes camarades ont appris que la flic de ce matin était Maman, et ils me posent des questions sur elle ! Je pense avoir l’air d’une conne, debout devant un tableau noir (qui en fait est vert bouteille), à raconter les entraînements au tir que je partage avec Maman. Ça leur parait étrange de savoir que nous avons un revolver à la maison, mais moi je m’en fous, car je sais bien que je pourrais tous les tirer à bout portant, comme à la foire… Ils ne savent rien.
Le rat retourne dans son terrier, un trou chaud qui lui fait penser à la salle de bain, un trou plein de vapeur, un nid humide, intime et pur. Parfois le rat pense à son avenir. Il aimerait devenir psychopathe pour pouvoir faire la une des journaux et devenir célèbre. Non, le rat se distinguera certainement avant ça, et sans tuer d’autres gens.
Mais sur ces réflexions je vais courir face au vent. J’ai l’air si épanouie, aussi légère qu’un flan à la vanille ! Après cette parenthèse sportive je vais sous la douche. J’aime sentir l’eau couler sur mes tempes, mes joues, mon menton, et tomber sur le sol pour former une gigantesque flaque. C’est beau.
Je retourne soudainement en arrière, le car, les blagues, mon bol de céréales me sourit. Ah… des Chocapics… Bof, je mange quand même. Les murs sont gris, Maman est belle, mais pas assez. Je veux faire le ménage et je pleure. Oui, oui, c’est décidé je… Non ! Il fait si beau dans la salle de bain ! Mais pourquoi ces sanglots ? Le rat est si heureux dans son trou, le trou pourrait être heureux dans le rat ? Douce Emily jolie non ! Si ! Merde ! Insignifiante, mais pas assez pour moi… Maman devrait savoir qu’un revolver « caché » dans un tiroir ouvert peut être dangereux. Maman ne pense pas à tout, j’égratigne sa perfection, Maman s’en fout. Je lui prouverai pour une fois qu’elle a tort. Je prends le flingue et je vais aux toilettes.
Je suis aux toilettes. Je n’ai rien d’autre à foutre que d’être aux toilettes. Je fais ce que j’ai à faire et je m’en vais.
- Fin -
Publié dans: Pratiques BDSM
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