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		<title>Altair1912</title>
		<link>https://www.bdsm.fr/profile-33638/</link>
		<description>Latest updates from Altair1912</description>
		<item>
			<title>Altair1912 a posté un article.</title>
			<link>https://www.bdsm.fr/blog/12757/Le-Cadeau-,-Chapitre-2-—-LA-DÉCOUVERTE/</link>
			<description><![CDATA[<p>En refermant la porte de la maison, Alexandre eut le sentiment absurde d&rsquo;introduire clandestinement un objet dangereux.</p>

<p>Il resta dans l&rsquo;entr&eacute;e, le sac de la boutique &agrave; la main, et tendit l&rsquo;oreille. Aucun bruit ne provenait de l&rsquo;&eacute;tage. Anne n&rsquo;&eacute;tait pas encore rentr&eacute;e.</p>

<p>C&rsquo;&eacute;tait pr&eacute;vu.</p>

<p>Elle devait pr&eacute;senter les derni&egrave;res modifications d&rsquo;un projet &agrave; la direction du cabinet, une r&eacute;union qui, selon ses propres estimations, se prolongerait jusqu&rsquo;&agrave; dix-neuf heures. Alexandre disposait donc d&rsquo;un peu plus d&rsquo;une heure pour cacher le cadeau, pr&eacute;parer le d&icirc;ner et mettre en place la soir&eacute;e qu&rsquo;il avait soigneusement organis&eacute;e durant le trajet.</p>

<p>Il consulta sa montre.</p>

<p>Dix-sept heures quarante-sept.</p>

<p>Une heure et treize minutes.</p>

<p>Largement suffisant.</p>

<p>Il retira son manteau, posa ses cl&eacute;s dans la petite coupelle r&eacute;serv&eacute;e &agrave; cet usage et traversa le salon.</p>

<p>La maison avait appartenu &agrave; la m&egrave;re d&rsquo;Anne. Vue de l&rsquo;ext&eacute;rieur, elle conservait l&rsquo;allure tranquille d&rsquo;une construction bourgeoise du d&eacute;but du si&egrave;cle pr&eacute;c&eacute;dent. &Agrave; l&rsquo;int&eacute;rieur, Anne l&rsquo;avait transform&eacute;e en un territoire qui ne ressemblait qu&rsquo;&agrave; elle.</p>

<p>Un canap&eacute; contemporain aux lignes rigoureuses faisait face &agrave; une vieille commode dont le vernis s&rsquo;&eacute;caillait. Des &eacute;chantillons de mat&eacute;riaux c&ocirc;toyaient des livres d&rsquo;architecture, des photographies et plusieurs objets dont Alexandre ignorait la fonction. Une lampe dessin&eacute;e par une cr&eacute;atrice danoise &eacute;clairait un fauteuil que la m&egrave;re d&rsquo;Anne avait trouv&eacute; autrefois dans une brocante.</p>

<p>Pour un visiteur, l&rsquo;ensemble paraissait d&eacute;sordonn&eacute;.</p>

<p>Pour Anne, chaque chose se trouvait exactement l&agrave; o&ugrave; elle devait &ecirc;tre.</p>

<p>Alexandre avait mis plusieurs ann&eacute;es &agrave; comprendre que le chaos de sa compagne poss&eacute;dait une structure. Celle-ci ne reposait ni sur la fr&eacute;quence d&rsquo;utilisation ni sur la valeur mat&eacute;rielle, mais sur un syst&egrave;me complexe de souvenirs, d&rsquo;associations et de pr&eacute;f&eacute;rences qu&rsquo;elle seule ma&icirc;trisait.</p>

<p>Il avait autrefois d&eacute;plac&eacute; une bo&icirc;te de boutons ancienne afin de lib&eacute;rer une &eacute;tag&egrave;re. Anne l&rsquo;avait cherch&eacute;e pendant trois jours avant de lui expliquer que cette bo&icirc;te devait rester pr&egrave;s de la fen&ecirc;tre parce que sa m&egrave;re la posait toujours l&agrave; lorsqu&rsquo;elle r&eacute;parait un v&ecirc;tement.</p>

<p>Alexandre avait fait remarquer que personne n&rsquo;avait r&eacute;par&eacute; le moindre v&ecirc;tement dans cette maison depuis plusieurs ann&eacute;es.</p>

<p>La discussion ne s&rsquo;&eacute;tait pas bien termin&eacute;e.</p>

<p>Depuis, il avait renonc&eacute; &agrave; organiser le territoire d&rsquo;Anne. En &eacute;change, elle lui avait accord&eacute; quelques espaces prot&eacute;g&eacute;s qu&rsquo;elle appelait ses &laquo; enclaves administratives &raquo; : son bureau, deux &eacute;tag&egrave;res dans la biblioth&egrave;que et un tiroir de la cuisine dans lequel chaque objet poss&eacute;dait une place rationnelle.</p>

<p>Le sac qu&rsquo;il tenait &agrave; la main n&rsquo;avait sa place dans aucun de ces espaces.</p>

<p>Son bureau aurait &eacute;t&eacute; trop &eacute;vident. Anne y entrait rarement sans le pr&eacute;venir, mais elle connaissait chacun de ses tiroirs. La chambre &eacute;tait exclue. Quant au salon, il offrait d&rsquo;innombrables cachettes dont aucune ne lui paraissait s&ucirc;re.</p>

<p>Son regard s&rsquo;arr&ecirc;ta sur le vieux buffet de la salle &agrave; manger.</p>

<p>Le tiroir inf&eacute;rieur contenait des nappes et des serviettes en tissu. Anne ne l&rsquo;ouvrait pratiquement jamais. Ils mangeaient le plus souvent sur la table nue, entre un rouleau de plans et l&rsquo;ordinateur portable qu&rsquo;elle oubliait r&eacute;guli&egrave;rement de ranger.</p>

<p>Alexandre tira le tiroir.</p>

<p>Il souleva une nappe blanche, glissa le sac dessous et le recouvrit soigneusement. Apr&egrave;s r&eacute;flexion, il d&eacute;pla&ccedil;a deux jeux de serviettes afin que le volume du paquet ne soit pas perceptible.</p>

<p>Il referma le tiroir.</p>

<p>Parfait.</p>

<p>Il se rendit dans la cuisine, sortit les ingr&eacute;dients du r&eacute;frig&eacute;rateur et consulta mentalement le reste de son programme.</p>

<p>Anne rentrerait vers dix-neuf heures. Il lui servirait un verre de vin. Ils d&icirc;neraient. Il attendrait le dessert avant de lui donner le paquet. Elle l&rsquo;ouvrirait. Elle serait surprise, peut-&ecirc;tre inqui&egrave;te, exactement comme la conseill&egrave;re l&rsquo;avait pr&eacute;dit.</p>

<p>Il lui dirait alors :</p>

<p><em>Il n&rsquo;est pas pour toi. Il est pour moi.</em></p>

<p>La phrase fonctionnait dans la boutique.</p>

<p>Dans leur cuisine, elle lui parut soudain beaucoup plus difficile &agrave; prononcer.</p>

<p>Alexandre posa deux tomates sur la planche &agrave; d&eacute;couper.</p>

<p>&mdash; Anne, j&rsquo;ai quelque chose &agrave; te proposer.</p>

<p>Il grima&ccedil;a. On aurait dit le d&eacute;but d&rsquo;une conversation sur leur avenir.</p>

<p>&mdash; J&rsquo;ai pens&eacute; que nous pourrions essayer une exp&eacute;rience.</p>

<p>C&rsquo;&eacute;tait pire. Anne allait imaginer un programme de d&eacute;veloppement personnel ou l&rsquo;installation d&rsquo;un nouvel &eacute;quipement informatique.</p>

<p>Il prit un couteau.</p>

<p>&mdash; Je t&rsquo;ai achet&eacute; un collier, mais il est pour moi.</p>

<p>La tomate roula sous la lame et tomba sur le sol.</p>

<p>Alexandre la regarda dispara&icirc;tre sous un meuble.</p>

<p>&mdash; Tr&egrave;s convaincant, murmura-t-il.</p>

<p>Il s&rsquo;agenouilla pour la r&eacute;cup&eacute;rer au moment o&ugrave; la porte d&rsquo;entr&eacute;e s&rsquo;ouvrit avec fracas.</p>

<p>&mdash; Alexandre ?</p>

<p>Il se redressa trop vite et heurta le bord du plan de travail.</p>

<p>&mdash; Dans la cuisine !</p>

<p>Anne apparut quelques secondes plus tard.</p>

<p>Elle portait un pantalon noir parfaitement coup&eacute;, une veste cintr&eacute;e et un chemisier d&rsquo;un rouge profond. Ses cheveux, qu&rsquo;elle avait attach&eacute;s pour sa pr&eacute;sentation, commen&ccedil;aient d&eacute;j&agrave; &agrave; s&rsquo;&eacute;chapper de leur coiffure. Un tube &agrave; plans &eacute;tait coinc&eacute; sous son bras. Elle abandonna son sac sur une chaise, posa ses cl&eacute;s sur la table plut&ocirc;t que dans la coupelle de l&rsquo;entr&eacute;e et le regarda avec amusement.</p>

<p>&mdash; Pourquoi es-tu &agrave; genoux devant les l&eacute;gumes ?</p>

<p>Alexandre se releva en tenant la tomate.</p>

<p>&mdash; Je v&eacute;rifiais l&rsquo;accessibilit&eacute; des zones inf&eacute;rieures de la cuisine.</p>

<p>&mdash; Et alors ?</p>

<p>&mdash; Non conforme.</p>

<p>Anne d&eacute;posa le tube &agrave; plans contre le mur et vint l&rsquo;embrasser.</p>

<p>&mdash; Tu es rentr&eacute; t&ocirc;t, remarqua-t-il.</p>

<p>&mdash; Ma patronne a d&eacute;cid&eacute; que je n&rsquo;avais pas le droit de passer la soir&eacute;e de mon anniversaire avec six hommes qui pensent qu&rsquo;un b&acirc;timent destin&eacute; aux femmes peut se concevoir sans toilettes au rez-de-chauss&eacute;e.</p>

<p>&mdash; J&rsquo;aime d&eacute;j&agrave; beaucoup ta patronne.</p>

<p>&mdash; Moi aussi. Elle leur a annonc&eacute; que mes modifications seraient adopt&eacute;es, puis elle m&rsquo;a mise dehors.</p>

<p>&mdash; Tu as obtenu l&rsquo;espace d&rsquo;accueil s&eacute;curis&eacute; ?</p>

<p>&mdash; L&rsquo;espace s&eacute;curis&eacute;, le nouvel &eacute;clairage du parking et le budget pour les acc&egrave;s secondaires.</p>

<p>Elle retira sa veste et la posa sur le dossier d&rsquo;une autre chaise.</p>

<p>&mdash; L&rsquo;un d&rsquo;eux m&rsquo;a tout de m&ecirc;me expliqu&eacute; que les femmes n&rsquo;avaient pas besoin d&rsquo;un acc&egrave;s diff&eacute;rent de celui des hommes.</p>

<p>&mdash; Il a raison. Statistiquement, les agresseurs utilisent aussi les entr&eacute;es principales.</p>

<p>Anne le fixa, puis un sourire apparut sur son visage.</p>

<p>&mdash; J&rsquo;ai parfois peur que ton humour me conduise en prison.</p>

<p>&mdash; Mon objectif est seulement de rendre ta d&eacute;fense juridiquement int&eacute;ressante.</p>

<p>Elle l&rsquo;embrassa une seconde fois, plus longuement.</p>

<p>&mdash; Joyeux anniversaire, dit-il.</p>

<p>&mdash; Merci. Qu&rsquo;est-ce que tu pr&eacute;pares ?</p>

<p>&mdash; Le d&icirc;ner.</p>

<p>&mdash; J&rsquo;avais identifi&eacute; le concept g&eacute;n&eacute;ral.</p>

<p>Elle examina les ingr&eacute;dients align&eacute;s sur le plan de travail.</p>

<p>&mdash; Tu as organis&eacute; quelque chose.</p>

<p>&mdash; Je pr&eacute;pare simplement un repas.</p>

<p>&mdash; Tu as dispos&eacute; les l&eacute;gumes par ordre d&rsquo;utilisation.</p>

<p>&mdash; C&rsquo;est plus efficace.</p>

<p>&mdash; Tu ne disposes les l&eacute;gumes par ordre d&rsquo;utilisation que lorsque tu es nerveux.</p>

<p>Alexandre regarda les l&eacute;gumes comme s&rsquo;ils venaient de le trahir.</p>

<p>&mdash; Je ne suis pas nerveux.</p>

<p>&mdash; Bien s&ucirc;r que non.</p>

<p>Anne ouvrit le r&eacute;frig&eacute;rateur, en sortit la bouteille de vin et la leva devant lui.</p>

<p>&mdash; Celle-ci ?</p>

<p>&mdash; J&rsquo;en avais pr&eacute;vu une autre.</p>

<p>&mdash; O&ugrave; est-elle ?</p>

<p>&mdash; Dans le petit r&eacute;frig&eacute;rateur de la cave. Elle doit rester &agrave; une temp&eacute;rature pr&eacute;cise.</p>

<p>&mdash; Tu as &eacute;galement contr&ocirc;l&eacute; la temp&eacute;rature du vin.</p>

<p>&mdash; C&rsquo;est une bouteille d&eacute;licate.</p>

<p>Anne referma lentement la porte.</p>

<p>&mdash; O&ugrave; est mon cadeau ?</p>

<p>&mdash; Quel cadeau ?</p>

<p>&mdash; Celui qui te rend incapable de mentir depuis que je suis entr&eacute;e.</p>

<p>&mdash; Je ne suis pas incapable de mentir.</p>

<p>&mdash; Tu es ing&eacute;nieur. Lorsque tu mens, tu ajoutes des d&eacute;tails techniques inutiles.</p>

<p>Alexandre prit le couteau et se remit &agrave; d&eacute;couper la tomate.</p>

<p>&mdash; Tu l&rsquo;auras apr&egrave;s le d&icirc;ner.</p>

<p>&mdash; Pourquoi ?</p>

<p>&mdash; Parce que c&rsquo;est ce que j&rsquo;ai pr&eacute;vu.</p>

<p>&mdash; Depuis quand ton programme est-il prioritaire le jour de mon anniversaire ?</p>

<p>Il leva les yeux vers elle. Anne souriait, mais il connaissait suffisamment cette expression pour savoir qu&rsquo;elle n&rsquo;abandonnerait pas.</p>

<p>&mdash; Apr&egrave;s le d&icirc;ner, r&eacute;p&eacute;ta-t-il.</p>

<p>&mdash; Tr&egrave;s bien.</p>

<p>Elle se d&eacute;tourna avec une facilit&eacute; suspecte.</p>

<p>Alexandre la regarda traverser la salle &agrave; manger. Elle ramassa au passage le courrier pos&eacute; sur la commode, ouvrit une enveloppe, rejeta une publicit&eacute; et d&eacute;pla&ccedil;a une pile de revues pour retrouver ses lunettes.</p>

<p>Le plan r&eacute;sistait.</p>

<p>&mdash; Je vais mettre la table, annon&ccedil;a-t-elle.</p>

<p>Le couteau s&rsquo;immobilisa dans la main d&rsquo;Alexandre.</p>

<p>&mdash; Ce n&rsquo;est pas n&eacute;cessaire.</p>

<p>&mdash; C&rsquo;est mon anniversaire. J&rsquo;ai envie d&rsquo;une vraie table.</p>

<p>&mdash; Je peux m&rsquo;en occuper.</p>

<p>&mdash; Tu cuisines.</p>

<p>&mdash; Je sais faire deux choses &agrave; la fois.</p>

<p>Anne posa les assiettes sur la table, puis contempla le bois nu.</p>

<p>&mdash; Je vais prendre la nappe de ma m&egrave;re.</p>

<p>Alexandre ferma les yeux.</p>

<p>Parmi les dizaines de nappes inutilis&eacute;es pendant les dix ann&eacute;es de leur relation, elle venait naturellement de choisir cette soir&eacute;e pour en sortir une.</p>

<p>&mdash; La table est tr&egrave;s bien comme &ccedil;a, dit-il.</p>

<p>&mdash; Tu d&eacute;testes manger sans nappe lorsque nous recevons quelqu&rsquo;un.</p>

<p>&mdash; Nous ne recevons personne.</p>

<p>&mdash; Nous nous recevons nous-m&ecirc;mes.</p>

<p>Elle s&rsquo;accroupit devant le buffet.</p>

<p>&mdash; Anne&hellip;</p>

<p>Elle s&rsquo;arr&ecirc;ta, une main sur la poign&eacute;e du tiroir.</p>

<p>&mdash; Oui ?</p>

<p>&mdash; Je pourrais peut-&ecirc;tre te donner ton cadeau avant le d&icirc;ner.</p>

<p>Son regard descendit vers le buffet, puis revint vers lui.</p>

<p>&mdash; Tu l&rsquo;as cach&eacute; dans mes nappes ?</p>

<p>&mdash; Statistiquement, tu n&rsquo;ouvres jamais ce tiroir.</p>

<p>&mdash; C&rsquo;est mon tiroir.</p>

<p>&mdash; C&rsquo;est pr&eacute;cis&eacute;ment ce qui en faisait une cachette impr&eacute;visible.</p>

<p>Anne ouvrit le meuble. Elle &eacute;carta deux nappes et d&eacute;couvrit le sac noir.</p>

<p>&mdash; Tu avais &eacute;labor&eacute; tout un plan, n&rsquo;est-ce pas ?</p>

<p>&mdash; Il fonctionnait tr&egrave;s bien jusqu&rsquo;&agrave; ton arriv&eacute;e anticip&eacute;e.</p>

<p>&mdash; Un bon plan devrait r&eacute;sister &agrave; la pr&eacute;sence de la personne concern&eacute;e.</p>

<p>&mdash; Ta pr&eacute;sence n&rsquo;&eacute;tait pas pr&eacute;vue &agrave; ce stade du d&eacute;ploiement.</p>

<p>Elle sortit le paquet et se releva.</p>

<p>&mdash; Je peux l&rsquo;ouvrir ?</p>

<p>Alexandre regarda les tomates, la bouteille encore ferm&eacute;e et la table &agrave; moiti&eacute; dress&eacute;e. Dans son sc&eacute;nario, les circonstances devaient l&rsquo;aider &agrave; trouver les mots. Il aurait eu le temps de se pr&eacute;parer. La lumi&egrave;re aurait &eacute;t&eacute; plus douce. Peut-&ecirc;tre aurait-il m&ecirc;me allum&eacute; une bougie.</p>

<p>Anne attendait devant lui avec le paquet entre les mains.</p>

<p>&mdash; Oui, c&eacute;da-t-il.</p>

<p>Elle s&rsquo;assit &agrave; la table et posa le sac devant elle. Alexandre resta dans l&rsquo;encadrement de la cuisine, incapable de d&eacute;cider s&rsquo;il devait s&rsquo;approcher ou conserver une distance de s&eacute;curit&eacute;.</p>

<p>Anne sortit la bo&icirc;te noire.</p>

<p>&mdash; C&rsquo;est tr&egrave;s &eacute;l&eacute;gant.</p>

<p>Elle d&eacute;noua le ruban avec soin. En d&eacute;couvrant la carte pos&eacute;e sur le papier bordeaux, elle la lut d&rsquo;abord silencieusement.</p>

<p>Son sourire disparut.</p>

<p><em>Mon cadeau n&rsquo;est pas ce collier. Mon cadeau, c&rsquo;est le droit de me le faire porter.</em></p>

<p>Elle souleva le papier de soie.</p>

<p>Le collier apparut.</p>

<p>Pendant quelques secondes, Anne ne dit rien. Elle le prit entre ses doigts et observa le cuir noir, la boucle d&rsquo;acier et le petit anneau plac&eacute; &agrave; l&rsquo;avant.</p>

<p>&mdash; Alexandre&hellip;</p>

<p>L&rsquo;inqui&eacute;tude contenue dans sa voix lui rappela imm&eacute;diatement les avertissements de la conseill&egrave;re.</p>

<p>&mdash; Il n&rsquo;est pas pour toi.</p>

<p>Anne releva les yeux.</p>

<p>&mdash; Pardon ?</p>

<p>&mdash; Le collier. Il est pour moi.</p>

<p>Elle regarda de nouveau l&rsquo;objet, puis la carte.</p>

<p>&mdash; Tu m&rsquo;offres un collier que tu veux porter ?</p>

<p>&mdash; Oui.</p>

<p>&mdash; C&rsquo;est une plaisanterie ?</p>

<p>Il aurait pu saisir cette porte de sortie. Une remarque absurde suffirait peut-&ecirc;tre &agrave; transformer le cadeau en gag et &agrave; refermer la bo&icirc;te avant que la conversation ne devienne trop s&eacute;rieuse.</p>

<p>Il se souvint du dernier conseil re&ccedil;u dans la boutique.</p>

<p><em>Ne plaisantez pas pour dissimuler votre g&ecirc;ne.</em></p>

<p>&mdash; Non, r&eacute;pondit-il. Ce n&rsquo;est pas une plaisanterie.</p>

<p>Anne posa le collier sur la table.</p>

<p>&mdash; Viens t&rsquo;asseoir.</p>

<p>Ce n&rsquo;&eacute;tait pas encore un ordre. Pourtant, Alexandre ob&eacute;it imm&eacute;diatement.</p>

<p>Elle attendit qu&rsquo;il ait pris place en face d&rsquo;elle.</p>

<p>&mdash; Explique-moi.</p>

<p>&mdash; Depuis que nous avons commenc&eacute; &agrave; essayer certaines choses&hellip;</p>

<p>&mdash; Le bandeau ? Les poignets attach&eacute;s ?</p>

<p>&mdash; Et lorsque tu me demandes de ne pas bouger ou que tu me dis exactement ce que tu veux.</p>

<p>&mdash; Oui ?</p>

<p>Alexandre joignit les mains pour dissimuler leur agitation.</p>

<p>&mdash; Cela me pla&icirc;t.</p>

<p>&mdash; Je l&rsquo;avais remarqu&eacute;.</p>

<p>&mdash; Plus que je ne le pensais.</p>

<p>Anne ne se moqua pas. Elle l&rsquo;observait avec la m&ecirc;me concentration que lorsqu&rsquo;elle examinait un plan dont elle cherchait &agrave; comprendre la structure.</p>

<p>&mdash; Et tu veux aller plus loin ?</p>

<p>&mdash; Je voudrais essayer.</p>

<p>&mdash; Essayer quoi exactement ?</p>

<p>&mdash; Te laisser d&eacute;cider.</p>

<p>&mdash; De ce que nous faisons au lit ?</p>

<p>&mdash; Pas n&eacute;cessairement seulement au lit.</p>

<p>Une ride apparut entre les sourcils d&rsquo;Anne.</p>

<p>&mdash; Tu mesures la port&eacute;e de ce que tu me dis ?</p>

<p>&mdash; Je tente encore d&rsquo;&eacute;tablir une estimation fiable.</p>

<p>&mdash; Alexandre.</p>

<p>&mdash; Oui. Je la mesure.</p>

<p>Elle reprit le collier.</p>

<p>&mdash; O&ugrave; as-tu achet&eacute; &ccedil;a ?</p>

<p>Il lui parla de la boutique, de son h&eacute;sitation devant la porte et de la conseill&egrave;re venue l&rsquo;aider. Il passa rapidement sur certaines de ses provocations, mais Anne releva un d&eacute;tail.</p>

<p>&mdash; Elle a mesur&eacute; ton cou ?</p>

<p>&mdash; Il fallait conna&icirc;tre la taille.</p>

<p>&mdash; Une inconnue t&rsquo;a donc ordonn&eacute; de lever le menton avant de passer un ruban autour de ton cou ?</p>

<p>&mdash; Pr&eacute;sent&eacute; de cette mani&egrave;re, le processus semble moins commercial.</p>

<p>Anne r&eacute;prima un sourire.</p>

<p>&mdash; Et elle t&rsquo;a expliqu&eacute; comment me donner mon propre cadeau ?</p>

<p>&mdash; Elle m&rsquo;a conseill&eacute;.</p>

<p>&mdash; J&rsquo;imagine qu&rsquo;elle a rapidement compris &agrave; qui elle avait affaire.</p>

<p>Alexandre ne r&eacute;pondit pas.</p>

<p>&mdash; Quelles sont les r&egrave;gles ? demanda Anne.</p>

<p>&mdash; Si tu acceptes, le collier t&rsquo;appartient.</p>

<p>&mdash; Continue.</p>

<p>&mdash; Tu peux me demander de le porter lorsque tu le souhaites. D&egrave;s qu&rsquo;il est ferm&eacute;, je m&rsquo;engage &agrave; t&rsquo;ob&eacute;ir jusqu&rsquo;&agrave; ce que tu d&eacute;cides de me le retirer.</p>

<p>Anne fit lentement glisser le cuir entre ses doigts.</p>

<p>&mdash; &Agrave; tous mes ordres ?</p>

<p>&mdash; Dans les limites que nous aurons d&eacute;finies.</p>

<p>&mdash; Et si je te demande quelque chose que tu refuses ?</p>

<p>&mdash; Nous choisissons un mot de s&eacute;curit&eacute;. Si je le prononce, tu retires le collier et tout s&rsquo;arr&ecirc;te.</p>

<p>&mdash; Je peux &eacute;galement arr&ecirc;ter ?</p>

<p>&mdash; Bien s&ucirc;r.</p>

<p>&mdash; M&ecirc;me si tu veux continuer ?</p>

<p>&mdash; Tu ne me dois rien parce que je t&rsquo;offre &ccedil;a.</p>

<p>Elle resta silencieuse.</p>

<p>&mdash; Tu te rends compte, reprit-elle enfin, que tu proposes &agrave; une f&eacute;ministe hostile aux rapports de pouvoir traditionnels de prendre le contr&ocirc;le de son compagnon ?</p>

<p>&mdash; Je comptais sur ton sens de la mesure.</p>

<p>&mdash; C&rsquo;est une grave erreur de conception.</p>

<p>&mdash; Nous pouvons consid&eacute;rer qu&rsquo;il s&rsquo;agit d&rsquo;une version exp&eacute;rimentale.</p>

<p>Cette fois, elle rit.</p>

<p>La tension diminua sans dispara&icirc;tre compl&egrave;tement.</p>

<p>Anne se leva et marcha jusqu&rsquo;&agrave; la fen&ecirc;tre. Le collier pendait toujours de sa main. Alexandre suivit des yeux sa silhouette, la ligne pr&eacute;cise de son pantalon et les m&egrave;ches qui s&rsquo;&eacute;taient enti&egrave;rement lib&eacute;r&eacute;es de sa coiffure.</p>

<p>&mdash; Lorsque tu m&rsquo;as parl&eacute; de mariage, dit-elle, je t&rsquo;ai fait du mal.</p>

<p>Il ne s&rsquo;attendait pas &agrave; ce qu&rsquo;elle &eacute;voque ce souvenir.</p>

<p>&mdash; Ce n&rsquo;est pas la m&ecirc;me chose.</p>

<p>&mdash; Peut-&ecirc;tre pas pour toi.</p>

<p>Elle se retourna.</p>

<p>&mdash; Je t&rsquo;ai expliqu&eacute; que je ne voulais appartenir &agrave; personne. Et maintenant, tu arrives avec un objet qui signifie que tu veux m&rsquo;appartenir.</p>

<p>&mdash; Seulement lorsque tu le d&eacute;cideras.</p>

<p>&mdash; Cela ne rend pas la proposition moins importante.</p>

<p>Alexandre chercha ses mots.</p>

<p>&mdash; Je ne veux pas que tu te sentes prisonni&egrave;re d&rsquo;une promesse. Je veux seulement que tu saches que je peux te confier &ccedil;a.</p>

<p>&mdash; Ton ob&eacute;issance ?</p>

<p>&mdash; Ma confiance.</p>

<p>Anne baissa les yeux vers le collier.</p>

<p>Elle pensa &agrave; sa m&egrave;re, aux ann&eacute;es durant lesquelles elle avait d&ucirc; se battre contre des d&eacute;cisions prises par des hommes convaincus de savoir mieux qu&rsquo;elle ce dont elle avait besoin. Anne avait construit une grande partie de sa vie autour d&rsquo;un refus : personne ne disposerait jamais d&rsquo;un tel pouvoir sur elle.</p>

<p>Alexandre ne lui demandait pas de subir ce pouvoir.</p>

<p>Il lui proposait de l&rsquo;exercer.</p>

<p>Cette id&eacute;e aurait d&ucirc; la mettre mal &agrave; l&rsquo;aise. Elle l&rsquo;intriguait bien davantage qu&rsquo;elle ne voulait l&rsquo;admettre.</p>

<p>&mdash; Et si je ne l&rsquo;utilise jamais ? demanda-t-elle.</p>

<p>&mdash; Il restera ton cadeau.</p>

<p>&mdash; Tu serais d&eacute;&ccedil;u.</p>

<p>&mdash; Probablement.</p>

<p>La franchise de sa r&eacute;ponse la toucha.</p>

<p>&mdash; Tu veux r&eacute;ellement que je te le mette ?</p>

<p>Alexandre soutint son regard.</p>

<p>&mdash; Oui.</p>

<p>Anne revint vers lui.</p>

<p>Elle s&rsquo;arr&ecirc;ta derri&egrave;re sa chaise et posa le collier sur ses &eacute;paules, sans encore le refermer. Le contact du cuir contre sa nuque fit frissonner Alexandre.</p>

<p>&mdash; Un mot de s&eacute;curit&eacute;, dit-elle.</p>

<p>&mdash; Rouge ?</p>

<p>&mdash; C&rsquo;est terriblement peu original.</p>

<p>&mdash; Les syst&egrave;mes essentiels gagnent rarement &agrave; &ecirc;tre originaux.</p>

<p>&mdash; Rouge, alors.</p>

<p>Ses doigts saisirent les deux extr&eacute;mit&eacute;s du collier.</p>

<p>&mdash; Si l&rsquo;un de nous prononce ce mot, tout s&rsquo;arr&ecirc;te.</p>

<p>&mdash; Oui.</p>

<p>&mdash; Et tu r&eacute;ponds honn&ecirc;tement &agrave; mes questions, m&ecirc;me si tu crois que la r&eacute;ponse risque de me d&eacute;plaire.</p>

<p>Alexandre h&eacute;sita.</p>

<p>&mdash; Cela ne figurait pas dans les recommandations de la vendeuse.</p>

<p>&mdash; C&rsquo;est ma premi&egrave;re r&egrave;gle.</p>

<p>Il inspira profond&eacute;ment.</p>

<p>&mdash; D&rsquo;accord.</p>

<p>&mdash; Tourne-toi.</p>

<p>Il se leva et lui fit face.</p>

<p>Anne leva le collier devant lui.</p>

<p>&mdash; Baisse un peu la t&ecirc;te.</p>

<p>Alexandre ob&eacute;it.</p>

<p>Elle passa le cuir autour de son cou. Ses doigts fr&ocirc;l&egrave;rent sa peau lorsqu&rsquo;elle engagea la boucle. Elle v&eacute;rifia l&rsquo;espace en glissant deux doigts entre le collier et sa gorge, reproduisant sans le savoir le geste de la conseill&egrave;re.</p>

<p>Puis elle referma la boucle.</p>

<p>Le l&eacute;ger d&eacute;clic r&eacute;sonna dans la pi&egrave;ce.</p>

<p>Alexandre cessa de respirer pendant une seconde.</p>

<p>Anne conserva une main contre son cou. Elle pouvait sentir les battements rapides de son pouls sous ses doigts. Cette r&eacute;action lui fit prendre conscience de la r&eacute;alit&eacute; de son geste. Il ne s&rsquo;agissait plus d&rsquo;un objet pos&eacute; dans une bo&icirc;te ni d&rsquo;une hypoth&egrave;se discut&eacute;e autour d&rsquo;une table.</p>

<p>Alexandre portait son collier.</p>

<p>&mdash; Regarde-moi, dit-elle.</p>

<p>Il leva les yeux.</p>

<p>Quelque chose avait chang&eacute; dans sa mani&egrave;re de la voir. Anne y retrouvait son amour, son intelligence et cette confiance qui l&rsquo;avait toujours &eacute;mue. Mais une attente nouvelle s&rsquo;y ajoutait.</p>

<p>Il attendait sa d&eacute;cision.</p>

<p>&mdash; Tu m&rsquo;ob&eacute;iras tant que je te laisserai ce collier ?</p>

<p>&mdash; Oui.</p>

<p>&mdash; Et si tu veux arr&ecirc;ter ?</p>

<p>&mdash; Je dirai rouge.</p>

<p>Anne acquies&ccedil;a gravement.</p>

<p>Son regard parcourut ensuite la pi&egrave;ce. Il s&rsquo;arr&ecirc;ta sur la poubelle de la cuisine, dont le sac mena&ccedil;ait de d&eacute;border.</p>

<p>Elle tenta de conserver une expression s&eacute;v&egrave;re.</p>

<p>&mdash; Tr&egrave;s bien. Sors les poubelles.</p>

<p>Alexandre cligna des yeux.</p>

<p>&mdash; Maintenant ?</p>

<p>&mdash; Aurais-tu d&eacute;j&agrave; oubli&eacute; le fonctionnement de ton cadeau ?</p>

<p>&mdash; Non, mais je pensais que ton premier ordre serait peut-&ecirc;tre&hellip;</p>

<p>&mdash; Plus spectaculaire ?</p>

<p>&mdash; Disons plus conforme au contexte.</p>

<p>Anne croisa les bras.</p>

<p>&mdash; Une autorit&eacute; responsable commence par la gestion des d&eacute;chets.</p>

<p>Alexandre contempla le collier, la table inachev&eacute;e et le sac-poubelle.</p>

<p>&mdash; Les Monty Python ne m&rsquo;avaient pas pr&eacute;par&eacute; &agrave; cette forme de domination.</p>

<p>Anne &eacute;clata de rire.</p>

<p>Il r&eacute;sista quelques secondes avant de rire &agrave; son tour. La solennit&eacute; du moment se brisa, mais le collier resta ferm&eacute; autour de son cou.</p>

<p>&mdash; Allez, ordonna-t-elle en d&eacute;signant la cuisine. Avant que je ne trouve une mission moins prestigieuse.</p>

<p>Alexandre retira le sac de la poubelle et fit un n&oelig;ud. Il r&eacute;cup&eacute;ra celui du tri, puis se dirigea vers l&rsquo;entr&eacute;e.</p>

<p>Au moment d&rsquo;enfiler son manteau, il s&rsquo;arr&ecirc;ta.</p>

<p>&mdash; Le collier reste ?</p>

<p>Anne s&rsquo;appuya contre l&rsquo;encadrement de la porte.</p>

<p>&mdash; Quelle &eacute;tait la r&egrave;gle ?</p>

<p>&mdash; Il reste jusqu&rsquo;&agrave; ce que tu d&eacute;cides de l&rsquo;enlever.</p>

<p>&mdash; Alors tu connais la r&eacute;ponse.</p>

<p>Alexandre remonta l&eacute;g&egrave;rement le col de son manteau. Le cuir noir demeurait visible au-dessus de sa chemise s&rsquo;il tournait la t&ecirc;te.</p>

<p>Anne remarqua son geste.</p>

<p>&mdash; Cela te d&eacute;range ?</p>

<p>Il r&eacute;fl&eacute;chit avant de r&eacute;pondre. Sa nouvelle r&egrave;gle l&rsquo;obligeait &agrave; &ecirc;tre honn&ecirc;te.</p>

<p>&mdash; Cela m&rsquo;impressionne.</p>

<p>&mdash; Ce n&rsquo;est pas ce que je t&rsquo;ai demand&eacute;.</p>

<p>&mdash; Non. Cela ne me d&eacute;range pas.</p>

<p>&mdash; Bien. Tu peux y aller.</p>

<p>Alexandre ouvrit la porte avec un sac dans chaque main.</p>

<p>&mdash; Anne ?</p>

<p>&mdash; Oui ?</p>

<p>&mdash; Ton cadeau te pla&icirc;t ?</p>

<p>Elle contempla l&rsquo;homme qui se tenait devant elle, s&eacute;rieux malgr&eacute; la situation, le collier noir autour du cou et les poubelles &agrave; la main.</p>

<p>&mdash; Je suis encore en train de me faire une opinion.</p>

<p>&mdash; R&eacute;ponse diplomatique.</p>

<p>&mdash; Dehors.</p>

<p>Il s&rsquo;inclina l&eacute;g&egrave;rement avant de franchir le seuil.</p>

<p>&mdash; Oui, madame.</p>

<p>Anne referma la porte derri&egrave;re lui, puis resta seule dans l&rsquo;entr&eacute;e.</p>

<p>Son rire s&rsquo;effa&ccedil;a progressivement.</p>

<p>Elle regarda la petite cl&eacute; argent&eacute;e, toujours enferm&eacute;e dans son enveloppe sur la table. Si elle la glissait dans le dispositif pr&eacute;vu &agrave; cet effet, Alexandre ne pourrait plus retirer le collier seul.</p>

<p>Cette pens&eacute;e provoqua en elle un trouble inattendu.</p>

<p>Elle venait de donner un ordre d&eacute;risoire, presque une plaisanterie. Pourtant, Alexandre avait ob&eacute;i. Non pour &eacute;viter une dispute ni pour lui faire plaisir apr&egrave;s une longue journ&eacute;e. Il avait ob&eacute;i parce qu&rsquo;ils avaient d&eacute;cid&eacute; que, tant que le collier resterait ferm&eacute;, sa volont&eacute; &agrave; elle guiderait ses actions.</p>

<p>Anne posa les doigts sur la petite cl&eacute;.</p>

<p>Elle avait toujours cru que le pouvoir consistait &agrave; prendre quelque chose &agrave; quelqu&rsquo;un.</p>

<p>Alexandre venait de lui montrer qu&rsquo;il pouvait &eacute;galement &ecirc;tre offert.</p>

<p>La porte s&rsquo;ouvrit quelques minutes plus tard. Il entra, les mains vides, les joues rougies par l&rsquo;air frais.</p>

<p>&mdash; Mission accomplie.</p>

<p>Anne avait termin&eacute; de mettre la table. La vieille nappe de sa m&egrave;re recouvrait le bois, et la bouteille de vin attendait pr&egrave;s de deux verres.</p>

<p>Alexandre retira son manteau.</p>

<p>&mdash; Je peux enlever le collier maintenant ?</p>

<p>Elle s&rsquo;approcha de lui et posa les doigts sur la boucle.</p>

<p>Pendant un instant, il crut qu&rsquo;elle allait l&rsquo;ouvrir.</p>

<p>&mdash; Non, d&eacute;cida-t-elle. Pas encore.</p>

<p>Le regard d&rsquo;Alexandre changea de nouveau. Une &eacute;motion douce et profonde traversa son visage, comme si cette r&eacute;ponse le rassurait davantage qu&rsquo;il ne l&rsquo;aurait imagin&eacute;.</p>

<p>Anne effleura l&rsquo;anneau d&rsquo;acier.</p>

<p>&mdash; Maintenant, tu vas ouvrir le vin. Ensuite, tu vas t&rsquo;asseoir et &eacute;couter le r&eacute;cit de ma journ&eacute;e sans essayer de r&eacute;soudre le moindre de mes probl&egrave;mes.</p>

<p>&mdash; M&ecirc;me celui des toilettes du rez-de-chauss&eacute;e ?</p>

<p>&mdash; Surtout celui-l&agrave;.</p>

<p>&mdash; Cette domination devient rapidement d&eacute;raisonnable.</p>

<p>&mdash; Alexandre&hellip;</p>

<p>&mdash; J&rsquo;ouvre le vin.</p>

<p>Il se dirigea vers la cuisine. Anne le suivit du regard, un sourire aux l&egrave;vres.</p>

<p>Il &eacute;tait toujours le m&ecirc;me homme : son compagnon introverti, son ing&eacute;nieur improbable, celui qui transformait ses col&egrave;res en projets r&eacute;alisables et ses catastrophes en plaisanteries absurdes.</p>

<p>Pourtant, une possibilit&eacute; nouvelle venait d&rsquo;appara&icirc;tre entre eux.</p>

<p>Anne prit place &agrave; table.</p>

<p>Le cadeau d&rsquo;Alexandre lui plaisait.</p>

<p>Bien plus qu&rsquo;elle n&rsquo;&eacute;tait encore pr&ecirc;te &agrave; le lui avouer.</p>

<h2 style="font-style:italic">A Suivre ...</h2>]]></description>
			<guid>https://www.bdsm.fr/blog/12757/Le-Cadeau-,-Chapitre-2-—-LA-DÉCOUVERTE/</guid>
			<pubDate>Tue, 15 Sep 2026 06:48:46 +0000</pubDate>
			<dc:creator>Altair1912</dc:creator>
		</item>
		<item>
			<title>Altair1912 a posté un article.</title>
			<link>https://www.bdsm.fr/blog/12745/Le-Cadeau-,-Chapitre-I-—-La-boutique/</link>
			<description><![CDATA[<p>Alexandre regretta d&rsquo;&ecirc;tre entr&eacute; avant m&ecirc;me que la porte se referm&acirc;t derri&egrave;re lui.</p>

<p>Une clochette discr&egrave;te annon&ccedil;a sa pr&eacute;sence. Le bruit lui parut d&eacute;mesur&eacute; dans le silence de la boutique, comme s&rsquo;il venait de signaler son arriv&eacute;e &agrave; toutes les personnes pr&eacute;sentes. Pourtant, il n&rsquo;aper&ccedil;ut personne.</p>

<p>Il resta quelques secondes devant la porte, une main encore pos&eacute;e sur la poign&eacute;e. Il pouvait ressortir. Pr&eacute;texter une erreur, s&rsquo;il croisait quelqu&rsquo;un. Faire le tour du quartier, acheter un parfum ou un bijou et rentrer chez lui avec un cadeau convenable.</p>

<p>Un cadeau sans danger.</p>

<p>&Agrave; travers la vitrine, la rue poursuivait son existence ordinaire. Des passants press&eacute;s rentraient du travail. Une femme tirait un enfant par la main. Un autobus s&rsquo;immobilisa dans un soupir avant de repartir. Dehors, personne ne savait o&ugrave; il se trouvait.</p>

<p>Alexandre l&acirc;cha la poign&eacute;e.</p>

<p>La boutique ne ressemblait pas &agrave; ce qu&rsquo;il avait imagin&eacute;. Il s&rsquo;&eacute;tait attendu &agrave; quelque chose de sombre et d&rsquo;excessif, peupl&eacute; de mannequins en latex sous des lumi&egrave;res rouges. L&rsquo;endroit &eacute;tait au contraire &eacute;l&eacute;gant, presque aust&egrave;re. Les murs gris perle &eacute;taient &eacute;clair&eacute;s par de petites lampes orientables. Les objets &eacute;taient dispos&eacute;s avec soin sur des &eacute;tag&egrave;res en bois sombre, suffisamment espac&eacute;s pour donner &agrave; chacun l&rsquo;importance d&rsquo;une pi&egrave;ce de collection.</p>

<p>Cette sobri&eacute;t&eacute; le rassura un peu.</p>

<p>Elle rendait &eacute;galement sa pr&eacute;sence plus difficile &agrave; justifier.</p>

<p>Il avan&ccedil;a entre les pr&eacute;sentoirs, les mains enfonc&eacute;es dans les poches de son manteau. Son regard effleurait les objets sans oser s&rsquo;y arr&ecirc;ter : bracelets de cuir, menottes gain&eacute;es de velours, masques, cravaches et accessoires dont il pr&eacute;f&eacute;rait ne pas deviner l&rsquo;usage.</p>

<p>Il n&rsquo;avait rien pr&eacute;m&eacute;dit&eacute;.</p>

<p>Ce matin encore, il pensait offrir &agrave; Anne un d&icirc;ner dans le restaurant o&ugrave; ils avaient c&eacute;l&eacute;br&eacute; leur premier anniversaire. &Agrave; midi, il avait regard&eacute; des bijoux sur Internet. Puis, en sortant du bureau, il avait aper&ccedil;u cette vitrine devant laquelle il &eacute;tait d&eacute;j&agrave; pass&eacute; plusieurs fois sans ralentir.</p>

<p>Cette fois, il s&rsquo;&eacute;tait arr&ecirc;t&eacute;.</p>

<p>Depuis quelques semaines, Anne et lui s&rsquo;autorisaient des jeux nouveaux. Rien de spectaculaire. Un bandeau sur les yeux, des poignets retenus au-dessus de la t&ecirc;te, quelques mots prononc&eacute;s avec une fermet&eacute; inhabituelle. Ils en riaient souvent apr&egrave;s coup, comme s&rsquo;ils avaient besoin de transformer leur trouble en plaisanterie.</p>

<p>La semaine pr&eacute;c&eacute;dente, Anne lui avait ordonn&eacute; de ne pas bouger.</p>

<p>Il avait ob&eacute;i.</p>

<p>Ce souvenir l&rsquo;avait accompagn&eacute; plusieurs jours.</p>

<p>&mdash; Je peux vous aider ?</p>

<p>Alexandre se retourna si brusquement que son &eacute;paule heurta presque un pr&eacute;sentoir.</p>

<p>La femme qui se tenait derri&egrave;re lui devait avoir une quarantaine d&rsquo;ann&eacute;es. Elle portait un pantalon noir et un chemisier couleur ivoire. Aucun d&eacute;tail extravagant, &agrave; l&rsquo;exception d&rsquo;un fin bracelet de cuir qui entourait son poignet gauche. Ses cheveux bruns &eacute;taient relev&eacute;s, et son expression m&ecirc;lait une politesse professionnelle &agrave; un amusement qu&rsquo;elle ne cherchait pas tout &agrave; fait &agrave; dissimuler.</p>

<p>&mdash; Je regarde, r&eacute;pondit-il.</p>

<p>&mdash; Naturellement.</p>

<p>Elle ne bougea pas.</p>

<p>Alexandre reporta son attention sur l&rsquo;&eacute;tag&egrave;re la plus proche. Il venait de d&eacute;couvrir qu&rsquo;il examinait une rang&eacute;e de menottes.</p>

<p>&mdash; C&rsquo;est pour un cadeau, ajouta-t-il.</p>

<p>&mdash; C&rsquo;est souvent le cas.</p>

<p>Il ne sut pas si elle se moquait de lui. Son sourire ne lui fournit aucun indice.</p>

<p>&mdash; L&rsquo;anniversaire de ma compagne.</p>

<p>&mdash; Voil&agrave; qui va m&rsquo;aider. Vous cherchez quelque chose qu&rsquo;elle conna&icirc;t d&eacute;j&agrave; ou vous souhaitez lui faire d&eacute;couvrir une nouveaut&eacute; ?</p>

<p>&mdash; Une nouveaut&eacute;.</p>

<p>&mdash; Plut&ocirc;t douce ?</p>

<p>&mdash; Oui.</p>

<p>Le mot &eacute;tait sorti trop rapidement.</p>

<p>La conseill&egrave;re inclina l&eacute;g&egrave;rement la t&ecirc;te, puis lui indiqua un autre pr&eacute;sentoir.</p>

<p>&mdash; Commen&ccedil;ons par quelque chose de simple.</p>

<p>Alexandre la suivit jusqu&rsquo;&agrave; une vitrine o&ugrave; plusieurs colliers &eacute;taient expos&eacute;s. Certains, tr&egrave;s fins, ressemblaient presque &agrave; des bijoux. D&rsquo;autres &eacute;taient larges, rigides, munis d&rsquo;anneaux ou de boucles m&eacute;talliques dont la fonction ne laissait gu&egrave;re de place au doute.</p>

<p>Il sentit son c&oelig;ur acc&eacute;l&eacute;rer.</p>

<p>C&rsquo;&eacute;tait pour cela qu&rsquo;il &eacute;tait entr&eacute;.</p>

<p>Il ne se l&rsquo;&eacute;tait pas formul&eacute; clairement en regardant la vitrine. Il avait seulement aper&ccedil;u une bande de cuir noir entourant le cou d&rsquo;un mannequin. L&rsquo;image avait produit en lui une r&eacute;action imm&eacute;diate, un m&eacute;lange de curiosit&eacute; et de malaise auquel il n&rsquo;avait pas r&eacute;sist&eacute;.</p>

<p>&mdash; Celui-ci est surtout d&eacute;coratif, expliqua la conseill&egrave;re en sortant un mod&egrave;le en velours. Il convient bien &agrave; une premi&egrave;re exp&eacute;rience. Il est l&eacute;ger et ne donne pas une impression trop contraignante.</p>

<p>Elle le pla&ccedil;a devant elle, &agrave; hauteur de son cou, afin qu&rsquo;il puisse en juger l&rsquo;effet.</p>

<p>&mdash; Celui-l&agrave; est plus symbolique.</p>

<p>Le second &eacute;tait en cuir rouge sombre, avec un anneau argent&eacute; en son centre.</p>

<p>&mdash; Et celui-ci est plus sobre.</p>

<p>Elle prit enfin un collier noir, relativement &eacute;troit. Le cuir &eacute;tait lisse, sans d&eacute;coration. Une petite boucle en acier bross&eacute; permettait de le fermer, tandis qu&rsquo;un anneau discret &eacute;tait fix&eacute; &agrave; l&rsquo;avant.</p>

<p>Alexandre tendit la main, puis interrompit son geste.</p>

<p>&mdash; Vous pouvez le toucher, l&rsquo;encouragea-t-elle. Il ne vous engage encore &agrave; rien.</p>

<p>Le cuir &eacute;tait souple et plus doux qu&rsquo;il ne l&rsquo;avait imagin&eacute;. Il fit glisser son pouce sur la face int&eacute;rieure.</p>

<p>&mdash; C&rsquo;est une fabrication artisanale, pr&eacute;cisa-t-elle. Il peut &ecirc;tre port&eacute; assez longtemps sans devenir inconfortable. Et son apparence reste discr&egrave;te.</p>

<p>&mdash; Discr&egrave;te ?</p>

<p>&mdash; Sous un col de chemise, par exemple.</p>

<p>Il releva les yeux. Le sourire de la conseill&egrave;re s&rsquo;accentua.</p>

<p>&mdash; Je suppose que ma compagne ne le porterait pas en dehors de chez nous.</p>

<p>&mdash; Je ne parlais pas n&eacute;cessairement de votre compagne.</p>

<p>Alexandre reposa aussit&ocirc;t le collier.</p>

<p>&mdash; Je vous ai dit que c&rsquo;&eacute;tait un cadeau.</p>

<p>&mdash; Et je vous crois.</p>

<p>Elle laissa passer un silence.</p>

<p>&mdash; Vous connaissez son tour de cou ?</p>

<p>&mdash; Non.</p>

<p>&mdash; Dans ce cas, nous aurons du mal &agrave; choisir la bonne taille.</p>

<p>Il contempla les diff&eacute;rents mod&egrave;les comme s&rsquo;il esp&eacute;rait trouver une r&eacute;ponse inscrite sur l&rsquo;une des &eacute;tiquettes.</p>

<p>&mdash; Elle est &agrave; peu pr&egrave;s&hellip; normale.</p>

<p>&mdash; Voil&agrave; une mesure qui n&rsquo;est malheureusement pas encore utilis&eacute;e par nos fournisseurs.</p>

<p>Il per&ccedil;ut cette fois clairement l&rsquo;ironie. Contre toute attente, elle ne l&rsquo;irrita pas. Elle lui procura plut&ocirc;t le sentiment d&eacute;stabilisant d&rsquo;&ecirc;tre observ&eacute; par quelqu&rsquo;un qui avait d&eacute;j&agrave; compris ce qu&rsquo;il s&rsquo;effor&ccedil;ait encore de cacher.</p>

<p>La conseill&egrave;re reprit le collier noir.</p>

<p>&mdash; Celui-ci est tr&egrave;s &eacute;l&eacute;gant sur un homme.</p>

<p>&mdash; Je n&rsquo;ai jamais dit que&hellip;</p>

<p>&mdash; Non, vous n&rsquo;avez presque rien dit.</p>

<p>Elle fit quelques pas vers lui et lui pr&eacute;senta le collier ouvert.</p>

<p>&mdash; Souhaitez-vous conna&icirc;tre votre taille ?</p>

<p>Alexandre regarda la porte. Il n&rsquo;aurait eu que quelques m&egrave;tres &agrave; parcourir pour retrouver la rue, l&rsquo;anonymat et une soir&eacute;e d&rsquo;anniversaire parfaitement ordinaire.</p>

<p>&mdash; C&rsquo;est uniquement pour savoir, pr&eacute;cisa-t-il.</p>

<p>&mdash; &Eacute;videmment.</p>

<p>Elle posa le collier et prit un m&egrave;tre ruban dans un tiroir.</p>

<p>&mdash; Approchez.</p>

<p>Il ob&eacute;it.</p>

<p>&mdash; Retirez votre &eacute;charpe.</p>

<p>Il s&rsquo;ex&eacute;cuta de nouveau. La conseill&egrave;re attendit qu&rsquo;il ait d&eacute;gag&eacute; son cou, puis se pla&ccedil;a devant lui.</p>

<p>&mdash; Levez le menton.</p>

<p>Ces trois mots r&eacute;veill&egrave;rent un souvenir si brusquement qu&rsquo;Alexandre en oublia presque l&rsquo;endroit o&ugrave; il se trouvait.</p>

<p>Une salle de classe. L&rsquo;odeur de la craie et des cahiers neufs. La lumi&egrave;re d&rsquo;un matin d&rsquo;hiver contre les vitres. Il devait avoir neuf ou dix ans.</p>

<p>Son institutrice se tenait devant le tableau, droite dans une jupe sombre, et le regardait par-dessus ses lunettes. Elle n&rsquo;&eacute;levait presque jamais la voix. Elle n&rsquo;en avait pas besoin. Lorsqu&rsquo;elle pronon&ccedil;ait le nom d&rsquo;un &eacute;l&egrave;ve, le silence se faisait imm&eacute;diatement.</p>

<p>Alexandre avait toujours cherch&eacute; son approbation.</p>

<p>Il aimait qu&rsquo;elle lui confie les cahiers &agrave; distribuer ou qu&rsquo;elle lui demande d&rsquo;effacer le tableau. Il se souvenait encore de la fiert&eacute; ressentie lorsqu&rsquo;elle avait pos&eacute; une main sur son &eacute;paule en lui disant qu&rsquo;elle savait pouvoir compter sur lui.</p>

<p>Il aurait fait n&rsquo;importe quoi pour l&rsquo;entendre le f&eacute;liciter de nouveau.</p>

<p>&Agrave; cet &acirc;ge, ce sentiment ne poss&eacute;dait rien de trouble. Il admirait simplement cette femme qui paraissait capable, par sa seule pr&eacute;sence, d&rsquo;ordonner le monde autour d&rsquo;elle. Pourtant, quelque chose de cette fascination avait travers&eacute; les ann&eacute;es.</p>

<p>&mdash; Ne bougez pas.</p>

<p>Le m&egrave;tre ruban passa autour de son cou. Alexandre demeura parfaitement immobile.</p>

<p>La proximit&eacute; de la conseill&egrave;re accentuait la chaleur de son visage. Elle prit la mesure sans se presser, resserrant l&eacute;g&egrave;rement le ruban avant de glisser un doigt entre celui-ci et sa peau.</p>

<p>&mdash; Quarante et un centim&egrave;tres, annon&ccedil;a-t-elle. Une taille tout &agrave; fait normale.</p>

<p>Elle recula enfin.</p>

<p>&mdash; C&rsquo;est bien ce mod&egrave;le qu&rsquo;il vous faut.</p>

<p>&mdash; Je ne suis pas certain de le prendre.</p>

<p>&mdash; Bien s&ucirc;r que non.</p>

<p>Son ton exprimait exactement le contraire.</p>

<p>Alexandre renoua son &eacute;charpe pour se donner une contenance. Il aurait voulu qu&rsquo;elle s&rsquo;&eacute;loigne et le laisse r&eacute;fl&eacute;chir, mais il soup&ccedil;onnait que, livr&eacute; &agrave; lui-m&ecirc;me, il reposerait le collier et quitterait la boutique.</p>

<p>&mdash; Il est pour moi, finit-il par dire.</p>

<p>La conseill&egrave;re ne manifesta aucune surprise.</p>

<p>&mdash; Mais c&rsquo;est bien un cadeau pour ma compagne, ajouta-t-il. Une surprise.</p>

<p>&mdash; Je comprends. Vous lui offrez quelque chose qu&rsquo;elle pourra vous faire porter.</p>

<p>La formulation lui causa un frisson.</p>

<p>&mdash; C&rsquo;est seulement pour mettre un peu de piment dans notre relation.</p>

<p>&mdash; Vous n&rsquo;avez pas besoin de vous justifier aupr&egrave;s de moi.</p>

<p>Elle repla&ccedil;a soigneusement le collier dans la vitrine.</p>

<p>&mdash; Votre compagne pratique-t-elle d&eacute;j&agrave; la domination ?</p>

<p>&mdash; Non.</p>

<p>&mdash; Elle vous a d&eacute;j&agrave; soumis ?</p>

<p>Alexandre h&eacute;sita.</p>

<p>&mdash; Pas vraiment. Nous avons essay&eacute; quelques jeux depuis peu. Des choses assez l&eacute;g&egrave;res.</p>

<p>&mdash; Et lequel de vous en a eu l&rsquo;id&eacute;e ?</p>

<p>&mdash; Un peu tous les deux.</p>

<p>La conseill&egrave;re l&rsquo;observa quelques secondes.</p>

<p>&mdash; Mais le collier est votre id&eacute;e.</p>

<p>&mdash; Oui.</p>

<p>&mdash; Vous formez donc un couple plut&ocirc;t conventionnel ?</p>

<p>&mdash; Compl&egrave;tement vanille, reconnut-il.</p>

<p>&mdash; Vanille ne signifie pas fade.</p>

<p>Elle s&rsquo;appuya contre le comptoir.</p>

<p>&mdash; Si votre compagne ne s&rsquo;attend pas &agrave; ce cadeau, il faut r&eacute;fl&eacute;chir &agrave; la fa&ccedil;on dont vous le lui pr&eacute;senterez. Un collier peut &ecirc;tre un accessoire amusant. Il peut aussi repr&eacute;senter une responsabilit&eacute;. Ne lui imposez pas la seconde en pr&eacute;tendant ne lui offrir que le premier.</p>

<p>&mdash; Que devrais-je faire ?</p>

<p>La question lui &eacute;chappa. Il eut aussit&ocirc;t conscience de l&rsquo;&eacute;tranget&eacute; de demander &agrave; une inconnue comment se soumettre &agrave; la femme avec laquelle il partageait sa vie depuis dix ans.</p>

<p>La conseill&egrave;re, elle, sembla trouver cela parfaitement naturel.</p>

<p>&mdash; Lorsqu&rsquo;elle ouvrira la bo&icirc;te, elle sera probablement surprise. Peut-&ecirc;tre m&ecirc;me inqui&egrave;te. Sa premi&egrave;re pens&eacute;e sera sans doute que vous voulez qu&rsquo;elle porte le collier.</p>

<p>Elle reprit le mod&egrave;le noir et le posa entre eux.</p>

<p>&mdash; Commencez par la rassurer. Dites-lui simplement : &laquo; Il n&rsquo;est pas pour toi. Il est pour moi. &raquo;</p>

<p>Alexandre fixa l&rsquo;anneau d&rsquo;acier.</p>

<p>&mdash; Ensuite ?</p>

<p>&mdash; Expliquez-lui ce que vous souhaitez. Sans grands discours et sans lui annoncer que votre couple doit changer. Proposez-lui un jeu avec une r&egrave;gle claire.</p>

<p>&mdash; Quelle r&egrave;gle ?</p>

<p>&mdash; Si elle accepte votre cadeau, ce collier lui appartiendra. Elle pourra vous demander de le mettre lorsqu&rsquo;elle le d&eacute;sirera. &Agrave; partir du moment o&ugrave; il sera ferm&eacute; autour de votre cou, vous vous engagerez &agrave; lui ob&eacute;ir.</p>

<p>Alexandre d&eacute;glutit.</p>

<p>&mdash; &Agrave; tous ses ordres ?</p>

<p>&mdash; &Agrave; ceux qui resteront dans les limites dont vous aurez discut&eacute; ensemble. Vous d&eacute;butez. L&rsquo;objectif n&rsquo;est pas que l&rsquo;un de vous se retrouve dans une situation qu&rsquo;il ne ma&icirc;trise plus.</p>

<p>Elle fit tourner le collier entre ses doigts.</p>

<p>&mdash; Tant qu&rsquo;elle vous le laissera, elle poss&eacute;dera l&rsquo;autorit&eacute;. Lorsqu&rsquo;elle d&eacute;cidera de vous le retirer, le jeu prendra fin. Ainsi, vous saurez tous les deux quand vos r&ocirc;les commencent et quand ils s&rsquo;arr&ecirc;tent.</p>

<p>La simplicit&eacute; de cette r&egrave;gle le troubla davantage que tout ce qu&rsquo;il avait vu dans la boutique. Il imagina Anne debout devant lui. Ses doigts refermant la boucle. Son regard lorsqu&rsquo;elle comprendrait qu&rsquo;il venait de lui confier le droit de d&eacute;cider &agrave; sa place.</p>

<p>&mdash; Et si elle refuse ?</p>

<p>&mdash; Alors vous accepterez son refus.</p>

<p>Il acquies&ccedil;a.</p>

<p>&mdash; Mais si elle est seulement h&eacute;sitante, ne cherchez pas &agrave; la convaincre imm&eacute;diatement. Laissez-lui le temps de comprendre ce que vous lui proposez. La domination ne lui viendra peut-&ecirc;tre pas naturellement.</p>

<p>&mdash; Anne est une femme qui sait ce qu&rsquo;elle veut.</p>

<p>&mdash; Ce n&rsquo;est pas la m&ecirc;me chose que de donner des ordres &agrave; l&rsquo;homme qu&rsquo;elle aime.</p>

<p>La conseill&egrave;re avait perdu son sourire moqueur. Pour la premi&egrave;re fois depuis qu&rsquo;elle l&rsquo;avait abord&eacute;, Alexandre ne se sentit plus comme un client maladroit qu&rsquo;elle prenait plaisir &agrave; provoquer.</p>

<p>&mdash; Choisissez &eacute;galement un mot de s&eacute;curit&eacute;, poursuivit-elle. Un mot que vous n&rsquo;utiliseriez pas normalement. Si l&rsquo;un de vous le prononce, elle retire le collier et vous arr&ecirc;tez imm&eacute;diatement. Sans discussion.</p>

<p>&mdash; M&ecirc;me si c&rsquo;est elle qui d&eacute;cide ?</p>

<p>&mdash; Surtout si c&rsquo;est elle qui d&eacute;cide. Une autorit&eacute; consentie a besoin de fronti&egrave;res. Autrement, ce n&rsquo;est plus un jeu de pouvoir, seulement une imprudence.</p>

<p>Alexandre regarda une derni&egrave;re fois le collier.</p>

<p>&mdash; Je vais le prendre.</p>

<p>&mdash; J&rsquo;en &eacute;tais presque certaine.</p>

<p>Son sourire reparut, plus discret.</p>

<p>Elle s&eacute;lectionna un exemplaire &agrave; sa taille dans un tiroir ferm&eacute;. Celui-ci poss&eacute;dait, en plus de sa boucle, un petit dispositif permettant de la verrouiller. La conseill&egrave;re lui montra la minuscule cl&eacute; argent&eacute;e.</p>

<p>&mdash; Elle n&rsquo;est pas oblig&eacute;e de l&rsquo;utiliser la premi&egrave;re fois.</p>

<p>&mdash; Mais elle pourra le faire ?</p>

<p>&mdash; Lorsqu&rsquo;elle en aura envie et si vous lui en donnez le droit.</p>

<p>Cette pr&eacute;cision ne diminua en rien l&rsquo;effet produit sur lui.</p>

<p>La conseill&egrave;re retira l&rsquo;&eacute;tiquette, puis choisit une bo&icirc;te carr&eacute;e, noire et mate. Elle en garnit l&rsquo;int&eacute;rieur d&rsquo;un papier de soie bordeaux avant d&rsquo;y d&eacute;poser le collier. La petite cl&eacute; trouva place dans une enveloppe assortie.</p>

<p>&mdash; Souhaitez-vous ajouter un message ?</p>

<p>&mdash; Je n&rsquo;avais rien pr&eacute;vu.</p>

<p>&mdash; &Eacute;crivez quelque chose de simple.</p>

<p>Elle lui tendit une carte vierge et un stylo. Alexandre resta un moment immobile devant le comptoir.</p>

<p>&mdash; Je pourrais &eacute;crire : &laquo; Pour pimenter notre relation. &raquo;</p>

<p>La conseill&egrave;re fit une l&eacute;g&egrave;re grimace.</p>

<p>&mdash; On pourrait croire que vous lui offrez un moulin &agrave; poivre.</p>

<p>Alexandre laissa &eacute;chapper un rire nerveux.</p>

<p>&mdash; Qu&rsquo;est-ce que vous sugg&eacute;rez ?</p>

<p>Elle posa un doigt sur la bo&icirc;te.</p>

<p>&mdash; Votre v&eacute;ritable cadeau n&rsquo;est pas cet objet. C&rsquo;est ce que vous lui accordez en le lui offrant.</p>

<p>&mdash; C&rsquo;est-&agrave;-dire ?</p>

<p>&mdash; Le droit de vous le faire porter.</p>

<p>Alexandre baissa les yeux vers la carte. Puis il &eacute;crivit lentement :</p>

<p><em>Mon cadeau n&rsquo;est pas ce collier.</em></p>

<p>Il s&rsquo;interrompit avant de poursuivre :</p>

<p><em>Mon cadeau, c&rsquo;est le droit de me le faire porter.</em></p>

<p>Il relut la phrase. Les mots lui semblaient &agrave; la fois excessifs et parfaitement justes.</p>

<p>La conseill&egrave;re pla&ccedil;a la carte au-dessus du papier de soie et referma la bo&icirc;te. Elle l&rsquo;entoura d&rsquo;un ruban couleur cr&egrave;me dont elle noua les extr&eacute;mit&eacute;s avec une pr&eacute;cision m&eacute;ticuleuse.</p>

<p>&mdash; Donnez-lui la bo&icirc;te avant de commencer vos explications, conseilla-t-elle. Laissez-la l&rsquo;ouvrir. Laissez-la vous poser des questions. Et surtout, ne plaisantez pas pour dissimuler votre g&ecirc;ne. Si vous voulez qu&rsquo;elle prenne votre proposition au s&eacute;rieux, vous devez avoir le courage de la formuler s&eacute;rieusement.</p>

<p>Alexandre r&eacute;gla son achat. Lorsque le terminal lui demanda son code, il dut s&rsquo;y reprendre &agrave; deux fois.</p>

<p>La conseill&egrave;re pla&ccedil;a le paquet dans un sac d&eacute;pourvu de toute inscription. Avant de le lui tendre, elle conserva quelques secondes la main sur les anses.</p>

<p>Alexandre leva les yeux vers elle.</p>

<p>&mdash; Une derni&egrave;re chose, dit-elle. Ne lui demandez pas de devenir imm&eacute;diatement une autre femme. Donnez-lui seulement la permission de d&eacute;couvrir celle qu&rsquo;elle pourrait &ecirc;tre.</p>

<p>Elle lib&eacute;ra le sac.</p>

<p>&mdash; Bon anniversaire &agrave; votre compagne.</p>

<p>&mdash; Merci.</p>

<p>&mdash; Et bonne chance &agrave; vous.</p>

<p>La clochette tinta de nouveau lorsqu&rsquo;il ressortit.</p>

<p>L&rsquo;air frais de la rue lui fit du bien. Alexandre marcha quelques m&egrave;tres avant de s&rsquo;arr&ecirc;ter sous la lumi&egrave;re d&rsquo;un r&eacute;verb&egrave;re. Il regarda le sac qu&rsquo;il tenait &agrave; la main.</p>

<p>Il pouvait encore revenir sur sa d&eacute;cision.</p>

<p>La boutique accepterait peut-&ecirc;tre de reprendre le collier. Il pouvait aussi abandonner le paquet au fond d&rsquo;un placard, acheter des fleurs et ne jamais parler &agrave; Anne de cette impulsion. D&egrave;s demain, il se f&eacute;liciterait sans doute d&rsquo;avoir &eacute;vit&eacute; une conversation embarrassante.</p>

<p>Son t&eacute;l&eacute;phone vibra dans sa poche.</p>

<p>Un message d&rsquo;Anne apparut &agrave; l&rsquo;&eacute;cran.</p>

<p><em>Tu rentres bient&ocirc;t ?</em></p>

<p>Puis un second :</p>

<p><em>Je suis curieuse de d&eacute;couvrir mon cadeau&hellip;</em></p>

<p>Un c&oelig;ur rouge terminait la phrase.</p>

<p>Alexandre contempla la vitrine de la boutique derri&egrave;re lui, puis la bo&icirc;te invisible au fond du sac.</p>

<p><em>Oui</em>, r&eacute;pondit-il. <em>Je viens de le trouver.</em></p>

<p>Il rangea son t&eacute;l&eacute;phone et reprit le chemin de leur appartement.</p>

<p>&Agrave; chaque pas, il sentait le paquet heurter doucement sa jambe. L&rsquo;objet &eacute;tait l&eacute;ger, mais jamais aucun cadeau ne lui avait paru aussi lourd.</p>

<p>Et pour la premi&egrave;re fois, Alexandre se demanda lequel d&rsquo;eux allait v&eacute;ritablement le recevoir.</p>

<p>&nbsp;</p>

<h2 style="font-style:italic;"><strong>A Suivre ...</strong></h2>]]></description>
			<guid>https://www.bdsm.fr/blog/12745/Le-Cadeau-,-Chapitre-I-—-La-boutique/</guid>
			<pubDate>Sat, 12 Sep 2026 16:06:57 +0000</pubDate>
			<dc:creator>Altair1912</dc:creator>
		</item>
		<item>
			<title>Altair1912 a partagé quelques photos</title>
			<link>https://www.bdsm.fr/photo/1287633/IMG_1806/feed_4507151</link>
			<description />
			<guid>https://www.bdsm.fr/photo/1287633/IMG_1806/feed_4507151</guid>
			<pubDate>Sat, 12 Sep 2026 14:39:27 +0000</pubDate>
			<dc:creator>Altair1912</dc:creator>
		</item>
		<item>
			<title>Altair1912 a mis a jour son propre profil.</title>
			<link>https://www.bdsm.fr/profile-33638/</link>
			<description />
			<guid>https://www.bdsm.fr/profile-33638/</guid>
			<pubDate>Sat, 12 Sep 2026 14:05:55 +0000</pubDate>
			<dc:creator>Altair1912</dc:creator>
		</item>
		<item>
			<title>Altair1912 a posté un article.</title>
			<link>https://www.bdsm.fr/blog/12738/Femmes-dominatrices,-hommes-soumis-:-construire-et-faire-vivre-un-couple-gynarchique/</link>
			<description><![CDATA[<h1>Femmes dominatrices, hommes soumis : construire et faire vivre un couple gynarchique</h1>

<p><em>Cet article pr&eacute;sente ma vision personnelle : celle d&rsquo;un homme soumis, mais aussi d&rsquo;un architecte de solutions. Ce m&eacute;tier consiste, g&eacute;n&eacute;ralement en informatique, &agrave; comprendre des besoins, &agrave; identifier les contraintes et &agrave; concevoir un ensemble dont les diff&eacute;rentes composantes fonctionnent harmonieusement.</em></p>

<p><em>Cette fa&ccedil;on de r&eacute;fl&eacute;chir nourrit aussi mon regard sur le couple : &eacute;couter les attentes de chacun, comprendre comment elles peuvent se rejoindre et imaginer un &eacute;quilibre capable d&rsquo;&eacute;voluer. Une relation humaine garde &eacute;videmment toute sa part d&rsquo;&eacute;motion, de d&eacute;sir et d&rsquo;impr&eacute;vu.</em></p>

<p><em>Je m&rsquo;adresse ici aux femmes dominatrices et aux hommes soumis qui souhaitent construire une relation durable autour d&rsquo;une autorit&eacute; f&eacute;minine choisie. Je propose une fa&ccedil;on d&rsquo;associer gynarchie, domination et soumission pour que chacun trouve une place &eacute;panouissante dans le couple. C&rsquo;est une vision personnelle de ce qui pourrait fonctionner, &agrave; discuter, &agrave; exp&eacute;rimenter et &agrave; faire &eacute;voluer ensemble.</em></p>

<h2>Une dynamique qui peut habiter le quotidien</h2>

<p>Comment donner une place durable &agrave; la domination f&eacute;minine dans une vie de couple ? Comment entretenir la soumission lorsque le travail, les courses, les obligations et la fatigue occupent d&eacute;j&agrave; une bonne partie de nos journ&eacute;es ?</p>

<p>Je crois qu&rsquo;il est possible de vivre une relation gynarchique qui accueille la tendresse, l&rsquo;humour, les responsabilit&eacute;s et les jours sans &eacute;nergie. La direction f&eacute;minine peut structurer la vie commune, tandis que la domination et la soumission lui apportent un langage intime, des gestes et des rendez-vous particuliers.</p>

<p>Cette dimension D&amp;S me para&icirc;t essentielle pour les couples qui la d&eacute;sirent. Elle permet de ressentir la dynamique, de lui donner une pr&eacute;sence concr&egrave;te. Un regard, une formule ou un rituel peuvent rappeler : &laquo; Voil&agrave; la relation que nous avons choisie, et voil&agrave; la place que nous aimons y prendre. &raquo;</p>

<h2>Gynarchie, D&amp;S et FLR : trois dimensions qui peuvent se compl&eacute;ter</h2>

<p>J&rsquo;utilise ici le mot&nbsp;<strong>gynarchie</strong>&nbsp;dans son sens intime : un couple o&ugrave; la femme occupe une place d&rsquo;autorit&eacute; centrale, reconnue et consentie par les deux partenaires.</p>

<p>Le&nbsp;<strong>D&amp;S</strong>, pour domination et soumission, d&eacute;signe un &eacute;change de pouvoir consenti. Il peut se vivre dans des moments d&eacute;limit&eacute;s, &agrave; travers des rituels ou dans certains aspects du quotidien.</p>

<p>La&nbsp;<strong>FLR</strong>, pour&nbsp;<em>Female-Led Relationship</em>, est une relation dirig&eacute;e par la femme. Elle concerne notamment l&rsquo;organisation du couple et la place donn&eacute;e &agrave; ses orientations et &agrave; ses d&eacute;cisions.</p>

<p>Ces notions ne sont pas &eacute;quivalentes et leurs usages varient. Dans la vision que je propose, elles peuvent toutefois s&rsquo;articuler : la gynarchie donne une orientation &agrave; la relation, la FLR contribue &agrave; son organisation et le D&amp;S permet d&rsquo;en exprimer et d&rsquo;en ressentir l&rsquo;asym&eacute;trie choisie.</p>

<p>Le couple trouve ensuite son propre dosage.</p>

<h2>Des codes pour rendre la dynamique tangible</h2>

<p>Une relation peut se d&eacute;clarer gynarchique et manquer malgr&eacute; tout de signes qui la font vivre. Pour certains couples, les codes D&amp;S cr&eacute;ent ce lien entre une intention et une exp&eacute;rience r&eacute;elle.</p>

<p>Ils constituent un langage partag&eacute;. Leur force vient du sens que les partenaires leur donnent et du plaisir qu&rsquo;ils trouvent &agrave; les utiliser.</p>

<p>Plusieurs formes sont possibles :</p>

<ul>
	<li>
	<p><strong>Une mani&egrave;re de s&rsquo;adresser &agrave; elle.</strong>&nbsp;Un titre comme &laquo; Madame &raquo; ou &laquo; Ma&icirc;tresse &raquo;, ou une formule personnelle, peut marquer sa place dans certains contextes. Le couple choisit quand cette adresse est souhait&eacute;e : dans l&rsquo;intimit&eacute;, pendant un rituel ou plus largement.</p>
	</li>
	<li>
	<p><strong>Un geste de reconnaissance.</strong>&nbsp;Une posture convenue, un baiser sur la main ou un instant &agrave; ses pieds peut exprimer la disponibilit&eacute; et la soumission de l&rsquo;homme.</p>
	</li>
	<li>
	<p><strong>Un objet symbolique.</strong>&nbsp;Un collier port&eacute; en priv&eacute;, un bracelet ou un bijou discret peut rappeler l&rsquo;engagement partag&eacute;.</p>
	</li>
	<li>
	<p><strong>Un rituel de service.</strong>&nbsp;Pr&eacute;parer sa boisson comme elle l&rsquo;aime, l&rsquo;accueillir &agrave; son retour ou lui r&eacute;server un moment d&rsquo;attention peut prendre une dimension D&amp;S lorsque ce sens est explicite et d&eacute;sir&eacute;.</p>
	</li>
	<li>
	<p><strong>Une permission dans un cadre d&eacute;limit&eacute;.</strong>&nbsp;Lui laisser d&eacute;cider du d&eacute;but d&rsquo;un rituel ou solliciter son accord pour une initiative li&eacute;e &agrave; un jeu peut mat&eacute;rialiser son autorit&eacute;.</p>
	</li>
</ul>

<p>Aucun de ces codes n&rsquo;est indispensable. Un couple peut en retenir deux ou trois, les adapter ou en inventer. Leur simplicit&eacute; peut justement permettre de les int&eacute;grer durablement &agrave; une vie ordinaire.</p>

<h2>Des conventions pour savoir ce que les codes signifient</h2>

<p>Un code exprime quelque chose ; une convention pr&eacute;cise comment il fonctionne.</p>

<p>Par exemple, le port d&rsquo;un collier peut signifier qu&rsquo;un temps D&amp;S commence. Le couple peut convenir de qui le met, de ce qui est attendu pendant ce moment et de la mani&egrave;re dont il se termine. Un titre peut &ecirc;tre r&eacute;serv&eacute; &agrave; l&rsquo;intimit&eacute;. Un geste discret peut vouloir dire : &laquo; Je suis disponible pour te suivre &raquo;, tout en laissant &agrave; la femme la libert&eacute; de saisir ou non cette invitation.</p>

<p>Ces conventions gagnent &agrave; r&eacute;pondre &agrave; quelques questions concr&egrave;tes : quand le code s&rsquo;applique-t-il ? Que demande-t-il r&eacute;ellement ? Dans quelles circonstances est-il suspendu ? Comment chacun peut-il signaler son inconfort ?</p>

<p>Un symbole ne vaut jamais consentement g&eacute;n&eacute;ral. Porter un collier, employer un titre ou adopter une posture n&rsquo;autorise que ce qui a &eacute;t&eacute; convenu, et chacun peut toujours demander l&rsquo;arr&ecirc;t.</p>

<p>En public, les codes peuvent rester discrets et respecter les personnes pr&eacute;sentes. Le couple peut r&eacute;server ses manifestations explicites &agrave; son intimit&eacute; ou aux espaces adapt&eacute;s.</p>

<h2>&Agrave; quoi cela peut-il ressembler dans un couple ordinaire ?</h2>

<p>Imaginons un couple qui se retrouve apr&egrave;s une journ&eacute;e de travail.</p>

<p>Ils se laissent d&rsquo;abord le temps d&rsquo;arriver. Lorsqu&rsquo;elle le souhaite, elle utilise une phrase convenue pour ouvrir leur moment D&amp;S. Il vient aupr&egrave;s d&rsquo;elle, adopte quelques instants la posture qu&rsquo;ils ont choisie et lui exprime sa disponibilit&eacute;. Elle lui indique ce qui lui ferait plaisir : un service, une attention ou simplement sa pr&eacute;sence.</p>

<p>Ce rituel peut durer cinq minutes. Il leur permet de quitter un instant les automatismes de la journ&eacute;e et de retrouver leurs places de dominante et de soumis.</p>

<p>&Agrave; un autre moment de la semaine, ils peuvent r&eacute;server un temps plus long &agrave; leur dynamique : elle choisit le cadre, donne des consignes et conduit l&rsquo;exp&eacute;rience dans les limites &eacute;tablies. Ils pr&eacute;voient ensuite un retour au calme et un &eacute;change sur ce qu&rsquo;ils ont v&eacute;cu.</p>

<p>Les jours de fatigue, une version minimale peut suffire : un mot, un geste, une attention. Ils peuvent aussi suspendre le rituel. La continuit&eacute; de leur engagement n&rsquo;exige pas une disponibilit&eacute; constante.</p>

<h2>L&rsquo;autorit&eacute; peut comporter des attentes et des r&eacute;ponses</h2>

<p>Pour certains couples, le D&amp;S comprend des consignes, des r&egrave;gles et une forme de discipline. Ces &eacute;l&eacute;ments peuvent donner de la consistance &agrave; l&rsquo;autorit&eacute; f&eacute;minine, &agrave; condition que leur port&eacute;e soit claire.</p>

<p>Une r&egrave;gle utile est compr&eacute;hensible et r&eacute;alisable. Elle peut concerner un rituel, la mani&egrave;re de rendre compte d&rsquo;un engagement ou l&rsquo;ex&eacute;cution d&rsquo;un service choisi. La dominante peut exprimer sa satisfaction, demander une correction ou rappeler une attente.</p>

<p>Si le couple souhaite inclure des cons&eacute;quences ritualis&eacute;es, celles-ci doivent &ecirc;tre discut&eacute;es et accept&eacute;es &agrave; l&rsquo;avance, rester r&eacute;visables et pouvoir &ecirc;tre interrompues. Un refus, un retrait du consentement ou l&rsquo;expression d&rsquo;une limite ne doivent jamais &ecirc;tre sanctionn&eacute;s.</p>

<p>Il me semble &eacute;galement essentiel de distinguer un &eacute;cart dans un jeu convenu d&rsquo;un v&eacute;ritable probl&egrave;me de couple. Un conflit, une blessure affective ou un d&eacute;saccord profond demandent une conversation o&ugrave; chacun peut parler librement. L&rsquo;autorit&eacute; D&amp;S ne donne pas &agrave; l&rsquo;une le pouvoir de d&eacute;cider de la l&eacute;gitimit&eacute; des &eacute;motions de l&rsquo;autre.</p>

<p>La reconnaissance compte tout autant que l&rsquo;exigence. Un remerciement, une parole d&rsquo;approbation ou un geste affectueux peuvent donner beaucoup de profondeur au sentiment de servir et d&rsquo;appartenir &agrave; cette relation.</p>

<h2>Une femme r&eacute;elle, un homme engag&eacute;</h2>

<p>Ces codes doivent laisser toute leur place aux personnes qui les vivent.</p>

<p>Une femme dominatrice peut &ecirc;tre tendre, h&eacute;siter, demander conseil ou avoir besoin de soutien. Elle doit pouvoir choisir la forme de domination qui lui pla&icirc;t, sans devoir produire continuellement des consignes ou incarner le sc&eacute;nario de son partenaire.</p>

<p>L&rsquo;homme soumis conserve une place active. Il apporte ses comp&eacute;tences, prend des initiatives dans le cadre convenu et assume ses responsabilit&eacute;s. Il exprime aussi ses envies et ses limites.</p>

<p>Cette implication est particuli&egrave;rement importante dans les services quotidiens. Si elle doit penser &agrave; tout, rappeler chaque t&acirc;che et v&eacute;rifier chaque d&eacute;tail, sa place directrice peut devenir &eacute;puisante. Un service r&eacute;ellement pris en charge lui apporte du soutien et lui lib&egrave;re de l&rsquo;attention.</p>

<p>Les responsabilit&eacute;s domestiques appartiennent d&eacute;j&agrave; &agrave; la vie adulte. Le couple peut choisir de leur donner une signification D&amp;S, tout en veillant &agrave; une r&eacute;partition qui convienne aux deux partenaires.</p>

<h2>Une direction f&eacute;minine choisie</h2>

<p>Construire un couple gynarchique invite &agrave; examiner les habitudes h&eacute;rit&eacute;es : qui d&eacute;cide spontan&eacute;ment ? Qui organise ? Qui s&rsquo;adapte ? Quels d&eacute;sirs passent en premier ?</p>

<p>La direction f&eacute;minine peut donner une place plus affirm&eacute;e aux pr&eacute;f&eacute;rences et aux ambitions de la femme. L&rsquo;homme peut trouver du sens &agrave; soutenir cette orientation et du plaisir &agrave; lui confier certains choix.</p>

<p>Les codes D&amp;S viennent alors incarner quelque chose qui existe aussi dans la relation. Un titre prend davantage de sens lorsque sa parole est effectivement &eacute;cout&eacute;e. Un rituel de service gagne en profondeur lorsqu&rsquo;il s&rsquo;accompagne d&rsquo;une attention r&eacute;elle &agrave; ses besoins.</p>

<p>Cette organisation repose sur le choix de ces deux personnes. Elle n&rsquo;exige aucune croyance selon laquelle toutes les femmes devraient commander ou tous les hommes ob&eacute;ir.</p>

<h2>Un cadre qui reste vivant</h2>

<p>Pour durer, les accords ont besoin d&rsquo;&ecirc;tre revisit&eacute;s. Certains rituels deviennent pr&eacute;cieux ; d&rsquo;autres perdent leur sens. Les envies et les capacit&eacute;s changent.</p>

<p>Un mot d&rsquo;arr&ecirc;t ou un syst&egrave;me simple comme &laquo; vert, orange, rouge &raquo; peut faciliter la communication pendant les moments D&amp;S. &laquo; Orange &raquo; invite &agrave; ralentir ou &agrave; v&eacute;rifier ; &laquo; rouge &raquo; demande l&rsquo;arr&ecirc;t imm&eacute;diat. Les mots ordinaires, notamment &laquo; non &raquo; et &laquo; stop &raquo;, gardent toujours leur valeur.</p>

<p>Des &eacute;changes hors r&ocirc;le permettent ensuite de parler librement : qu&rsquo;avons-nous aim&eacute; ? Qu&rsquo;est-ce qui devient pesant ? Avons-nous envie de davantage de cadre, de jeu ou de souplesse ?</p>

<p>Les choix qui engagent fortement la vie de chacun &mdash; sant&eacute;, finances, travail, liens avec les proches &mdash; n&eacute;cessitent des accords explicites qui pr&eacute;servent une libert&eacute; r&eacute;elle. La soumission reste un engagement consenti, jamais une disparition de la personne.</p>

<h2>Donner au couple un langage qui lui appartient</h2>

<p>C&rsquo;est dans cette articulation que je vois un moteur possible pour le couple : une direction f&eacute;minine reconnue, une organisation qui soutient les deux partenaires et une dimension D&amp;S qui nourrit leur intimit&eacute;.</p>

<p>Les codes donnent une forme &agrave; leur engagement. Les conventions rendent cette forme compr&eacute;hensible. Les rituels cr&eacute;ent des occasions de se retrouver et de ressentir ce qu&rsquo;ils ont choisi.</p>

<p>Une femme peut ainsi &eacute;prouver le plaisir de guider, d&rsquo;exiger et de recevoir. Un homme peut &eacute;prouver celui de suivre, de servir et de se remettre &agrave; elle dans un cadre partag&eacute;. Tous deux peuvent y trouver de la tendresse, du d&eacute;sir et une connexion plus profonde.</p>

<p>C&rsquo;est cette gynarchie du quotidien que j&rsquo;imagine : une relation o&ugrave; les gestes ont du sens, o&ugrave; chacun peut &ecirc;tre pleinement lui-m&ecirc;me et o&ugrave; l&rsquo;autorit&eacute; f&eacute;minine devient une fa&ccedil;on vivante de s&rsquo;aimer.</p>]]></description>
			<guid>https://www.bdsm.fr/blog/12738/Femmes-dominatrices,-hommes-soumis-:-construire-et-faire-vivre-un-couple-gynarchique/</guid>
			<pubDate>Fri, 11 Sep 2026 06:10:56 +0000</pubDate>
			<dc:creator>Altair1912</dc:creator>
		</item>
		<item>
			<title>Altair1912 a posté un article.</title>
			<link>https://www.bdsm.fr/blog/12723/Le-JOUR-OÙ-JE-SUIS-DEVENU…-Chapitre-13-et-épilogue/</link>
			<description><![CDATA[<h1>Chapitre XIII &mdash; L&rsquo;absence</h1>

<p>&Agrave; dix-neuf heures quarante-cinq, Madame Thomas descendit l&rsquo;escalier.</p>

<p>Ren&eacute; l&rsquo;entendit avant de la voir.</p>

<p>Le bruit de ses pas avait chang&eacute;.</p>

<p>Elle avait troqu&eacute; la tenue qu&rsquo;elle portait depuis leur retour de la clinique contre une robe noire, simple, ajust&eacute;e, dont la longueur s&rsquo;arr&ecirc;tait juste sous les genoux. Mais surtout, elle avait tenu sa promesse.</p>

<p>Du cuir.</p>

<p>Les bottes montaient presque jusqu&rsquo;aux genoux, noires, lisses, avec ce brillant discret que Ren&eacute; connaissait trop bien. Une large ceinture de cuir structurait la robe &agrave; la taille.</p>

<p>Il resta un instant &agrave; les regarder.</p>

<p>Madame Thomas s&rsquo;arr&ecirc;ta devant lui.</p>

<p>&mdash; Je t&rsquo;avais promis du cuir tous les jours.</p>

<p>Ren&eacute; releva les yeux.</p>

<p>Elle souriait.</p>

<p>&mdash; Je tiens mes engagements.</p>

<p>Il aurait voulu lui r&eacute;pondre que la journ&eacute;e avait d&eacute;j&agrave; largement d&eacute;pass&eacute; tout ce qu&rsquo;il avait imagin&eacute; lorsqu&rsquo;elle avait prononc&eacute; cette promesse dans le cabinet de Caroline.</p>

<p>Mais il se tut.</p>

<p>Il avait appris sa premi&egrave;re r&egrave;gle.</p>

<p>Madame Thomas remarqua son silence.</p>

<p>&mdash; Bien.</p>

<p>Elle passa devant lui.</p>

<p>&mdash; Suis-moi.</p>

<p>Ren&eacute; ob&eacute;it.</p>

<p>Elle traversa le salon, puis s&rsquo;arr&ecirc;ta dans le corridor d&rsquo;entr&eacute;e devant une grande penderie int&eacute;gr&eacute;e au mur. Ren&eacute; la connaissait &eacute;videmment. Manteaux, vestes, chaussures, quelques parapluies. Rien qui, jusque-l&agrave;, e&ucirc;t m&eacute;rit&eacute; son attention.</p>

<p>Les deux portes &eacute;taient constitu&eacute;es de fines lamelles de bois inclin&eacute;es.</p>

<p>Madame Thomas en ouvrit une.</p>

<p>&mdash; Entre.</p>

<p>Ren&eacute; regarda l&rsquo;int&eacute;rieur, puis Madame Thomas.</p>

<p>Elle ne donna aucune explication.</p>

<p>Il entra.</p>

<p>L&rsquo;espace n&rsquo;&eacute;tait pas particuli&egrave;rement inconfortable, mais suffisamment &eacute;troit pour qu&rsquo;il doive choisir soigneusement sa position entre les manteaux et les &eacute;tag&egrave;res.</p>

<p>Madame Thomas observa son installation.</p>

<p>&mdash; Tu restes ici jusqu&rsquo;&agrave; ce que j&rsquo;en d&eacute;cide autrement.</p>

<p>Ren&eacute; acquies&ccedil;a.</p>

<p>Elle posa deux doigts sous son menton.</p>

<p>&mdash; Et puisque Sophie ne sait rien de ce qui s&rsquo;est pass&eacute; aujourd&rsquo;hui, tu ne fais aucun bruit.</p>

<p>Une seconde passa.</p>

<p>&mdash; Compris ?</p>

<p>Ren&eacute; attendit.</p>

<p>Le sourire de Madame Thomas reparut.</p>

<p>&mdash; R&eacute;ponds.</p>

<p>&mdash; Oui, Madame.</p>

<p>&mdash; Tu apprends vite.</p>

<p>Elle lui caressa bri&egrave;vement les cheveux.</p>

<p>Puis elle referma la porte.</p>

<p>Ren&eacute; se retrouva dans la p&eacute;nombre.</p>

<p>Quelques traits de lumi&egrave;re traversaient les lamelles.</p>

<p>En bougeant l&eacute;g&egrave;rement la t&ecirc;te, il d&eacute;couvrit qu&rsquo;il pouvait voir une partie du corridor, l&rsquo;entr&eacute;e du salon et, plus loin, un angle de la salle &agrave; manger.</p>

<p>Il entendit Madame Thomas marcher jusqu&rsquo;&agrave; la cuisine.</p>

<p>Ses bottes.</p>

<p>Encore elles.</p>

<p>La situation aurait presque pu le faire sourire.</p>

<p>Elle lui avait effectivement promis du cuir tous les jours.</p>

<p>Elle n&rsquo;avait jamais promis qu&rsquo;il pourrait le contempler confortablement.</p>

<p>***</p>

<p>&Agrave; vingt heures pr&eacute;cises, la sonnette retentit.</p>

<p>Ren&eacute; se redressa instinctivement.</p>

<p>Les pas de Madame Thomas travers&egrave;rent le corridor.</p>

<p>La porte d&rsquo;entr&eacute;e s&rsquo;ouvrit.</p>

<p>&mdash; Sophie !</p>

<p>&mdash; Bonsoir ! J&rsquo;esp&egrave;re que je ne suis pas en retard.</p>

<p>&mdash; Absolument pas. Entre.</p>

<p>Les deux Femmes s&rsquo;embrass&egrave;rent.</p>

<p>Ren&eacute; connaissait Sophie.</p>

<p>Pas intimement, mais suffisamment pour avoir partag&eacute; avec elle plusieurs repas et quelques soir&eacute;es. Elle appartenait &agrave; cette partie de la vie de Madame Thomas &agrave; laquelle Ren&eacute; avait jusque-l&agrave; acc&egrave;s presque naturellement.</p>

<p>&mdash; Donne-moi ton manteau.</p>

<p>Sophie le retira.</p>

<p>Madame Thomas s&rsquo;approcha de la penderie.</p>

<p>Ren&eacute; vit appara&icirc;tre son visage entre deux lamelles.</p>

<p>Elle ouvrit la porte.</p>

<p>Pendant une fraction de seconde, leurs regards se crois&egrave;rent.</p>

<p>Elle ne dit rien.</p>

<p>Elle d&eacute;posa simplement le manteau dans les bras de Ren&eacute;.</p>

<p>Puis referma.</p>

<p>&mdash; Merci, dit Sophie depuis le corridor.</p>

<p>&mdash; Avec plaisir.</p>

<p>Ren&eacute; resta avec le manteau entre les mains.</p>

<p>Quelque chose dans la banalit&eacute; du geste le troubla davantage que beaucoup des &eacute;v&eacute;nements de l&rsquo;apr&egrave;s-midi.</p>

<p>Madame Thomas ne lui avait pas demand&eacute; de prendre le manteau.</p>

<p>Elle le lui avait donn&eacute;.</p>

<p>Comme elle aurait d&eacute;pos&eacute; un objet dans un placard.</p>

<p>Ren&eacute; suspendit soigneusement le v&ecirc;tement.</p>

<p>De l&rsquo;autre c&ocirc;t&eacute; des lamelles, les deux Femmes s&rsquo;&eacute;loignaient d&eacute;j&agrave;.</p>

<p>***</p>

<p>Pendant pr&egrave;s d&rsquo;une heure, il ne se passa rien.</p>

<p>Ou plut&ocirc;t, il se passa exactement ce qui se passait habituellement lorsque deux amies d&icirc;naient ensemble.</p>

<p>Elles parl&egrave;rent.</p>

<p>Sophie raconta une histoire concernant une coll&egrave;gue. Madame Thomas rit. Elles &eacute;voqu&egrave;rent un restaurant qu&rsquo;elles voulaient essayer. Puis une connaissance commune qui venait de changer de travail.</p>

<p>&Agrave; un moment, elles parl&egrave;rent d&rsquo;un dossier particuli&egrave;rement absurde que Madame Thomas avait trait&eacute; dans la semaine.</p>

<p>Ren&eacute; &eacute;coutait.</p>

<p>C&rsquo;&eacute;tait peut-&ecirc;tre cela qui lui paraissait le plus &eacute;trange.</p>

<p>Sa journ&eacute;e avait boulevers&eacute; toutes les cat&eacute;gories &agrave; travers lesquelles il s&rsquo;&eacute;tait d&eacute;fini pendant soixante ans.</p>

<p>Quelques heures plus t&ocirc;t, Caroline avait enregistr&eacute; son identification.</p>

<p>Madame Thomas poss&eacute;dait les documents.</p>

<p>Un num&eacute;ro lui avait &eacute;t&eacute; attribu&eacute;.</p>

<p>Il avait voyag&eacute; dans une cage.</p>

<p>Puis son acte avait &eacute;t&eacute; transmis &agrave; un notaire afin qu&rsquo;il soit inscrit dans l&rsquo;inventaire patrimonial de Madame Thomas.</p>

<p>Et maintenant elle discutait d&rsquo;un restaurant.</p>

<p>Le monde continuait.</p>

<p>Ren&eacute; commen&ccedil;a &agrave; comprendre ce que Madame Thomas avait voulu lui faire sentir dans la voiture.</p>

<p>Sa transformation n&rsquo;&eacute;tait pas n&eacute;cessairement un &eacute;v&eacute;nement pour les autres.</p>

<p>Elle pouvait devenir simplement une composante de l&rsquo;organisation de la vie de sa propri&eacute;taire.</p>

<p>Il changea l&eacute;g&egrave;rement de position.</p>

<p>Une botte apparut dans son champ de vision lorsque Madame Thomas croisa les jambes sous la table.</p>

<p>Ren&eacute; la reconnut imm&eacute;diatement.</p>

<p>Il eut presque envie de rire.</p>

<p>M&ecirc;me enferm&eacute; dans une penderie, elle avait r&eacute;ussi &agrave; placer du cuir dans son champ de vision.</p>

<p>Comme si elle avait pens&eacute; jusque-l&agrave;.</p>

<p>Avec Madame Thomas, ce n&rsquo;&eacute;tait jamais compl&egrave;tement impossible.</p>

<p>***</p>

<p>Ce fut au dessert que Sophie posa la question.</p>

<p>Elle arriva sans pr&eacute;paration.</p>

<p>&mdash; Au fait, Ren&eacute; n&rsquo;est pas l&agrave; ce soir ?</p>

<p>Dans la penderie, Ren&eacute; se figea.</p>

<p>Madame Thomas ne r&eacute;pondit pas imm&eacute;diatement.</p>

<p>Il apercevait seulement une partie de son profil.</p>

<p>Elle prit son verre.</p>

<p>&mdash; Non.</p>

<p>&mdash; Il est sorti ?</p>

<p>&mdash; Non.</p>

<p>Sophie sembla attendre.</p>

<p>&mdash; Il travaille ?</p>

<p>&mdash; Non plus.</p>

<p>Un petit silence.</p>

<p>Puis Sophie demanda :</p>

<p>&mdash; Alors il est o&ugrave; ?</p>

<p>Madame Thomas posa son verre.</p>

<p>&mdash; Ren&eacute; n&rsquo;est plus l&agrave;.</p>

<p>Dans la penderie, quelque chose se contracta dans la poitrine de Ren&eacute;.</p>

<p>Il avait parfaitement entendu.</p>

<p>Sophie aussi.</p>

<p>Mais elle avait naturellement compris autre chose.</p>

<p>&mdash; Oh.</p>

<p>Un silence beaucoup plus long suivit.</p>

<p>&mdash; Je ne savais pas.</p>

<p>&mdash; C&rsquo;est normal.</p>

<p>&mdash; Je suis d&eacute;sol&eacute;e.</p>

<p>Madame Thomas eut un l&eacute;ger rire.</p>

<p>&mdash; Ne le sois surtout pas.</p>

<p>Sophie h&eacute;sita.</p>

<p>&mdash; C&rsquo;est r&eacute;cent ?</p>

<p>Cette fois, Ren&eacute; vit clairement le sourire de Madame Thomas.</p>

<p>&mdash; Tr&egrave;s r&eacute;cent.</p>

<p>&mdash; &Ccedil;a va ?</p>

<p>&mdash; Tr&egrave;s bien.</p>

<p>Puis, apr&egrave;s quelques secondes :</p>

<p>&mdash; C&rsquo;est m&ecirc;me exactement ce que je voulais.</p>

<p>Ren&eacute; ferma les yeux.</p>

<p><em>Ren&eacute; n&rsquo;est plus l&agrave;.</em></p>

<p>Il connaissait Madame Thomas.</p>

<p>Il connaissait son go&ucirc;t des mots pr&eacute;cis.</p>

<p>Il l&rsquo;avait vue construire des raisonnements sur une nuance, retourner un argument sur une d&eacute;finition, obtenir un accord en obligeant son interlocuteur &agrave; comprendre ce qu&#39;impliquait r&eacute;ellement sa propre r&eacute;ponse.</p>

<p>Elle aurait pu dire qu&rsquo;il &eacute;tait occup&eacute;.</p>

<p>Qu&rsquo;il n&rsquo;&eacute;tait pas disponible.</p>

<p>Qu&rsquo;il ne d&icirc;nerait pas avec elles.</p>

<p>Elle n&rsquo;avait choisi aucune de ces formulations.</p>

<p><em>Ren&eacute; n&rsquo;est plus l&agrave;.</em></p>

<p>Et surtout, elle n&rsquo;avait pas menti pour prot&eacute;ger un secret.</p>

<p>Elle avait &eacute;nonc&eacute; quelque chose.</p>

<p>Sophie posa encore deux ou trois questions auxquelles Madame Thomas r&eacute;pondit sans jamais donner davantage d&rsquo;explications.</p>

<p>Puis la conversation d&eacute;riva vers autre chose.</p>

<p>Tout simplement.</p>

<p>Ren&eacute; resta dans le noir.</p>

<p>Pour Sophie, Ren&eacute; avait disparu.</p>

<p>Et le plus &eacute;trange &eacute;tait qu&rsquo;apr&egrave;s quelques minutes, cela ne semblait plus avoir aucune importance.</p>

<p>***</p>

<p>Il &eacute;tait presque vingt-trois heures lorsque Sophie annon&ccedil;a qu&rsquo;elle devait partir.</p>

<p>Les Femmes travers&egrave;rent le corridor.</p>

<p>Madame Thomas ouvrit la penderie.</p>

<p>La lumi&egrave;re frappa les yeux de Ren&eacute;.</p>

<p>Elle tendit la main.</p>

<p>Pas vers lui.</p>

<p>Vers le manteau.</p>

<p>Ren&eacute; comprit.</p>

<p>Il d&eacute;crocha le v&ecirc;tement et le posa dans sa main.</p>

<p>Aucun mot.</p>

<p>Madame Thomas referma imm&eacute;diatement la porte.</p>

<p>&mdash; Tiens.</p>

<p>&mdash; Merci.</p>

<p>Ren&eacute; entendit le froissement du tissu.</p>

<p>Puis Sophie rire.</p>

<p>&mdash; C&rsquo;&eacute;tait vraiment une bonne soir&eacute;e.</p>

<p>&mdash; Oui.</p>

<p>&mdash; On remet &ccedil;a bient&ocirc;t ?</p>

<p>&mdash; Avec plaisir.</p>

<p>Elles s&rsquo;embrass&egrave;rent.</p>

<p>&mdash; Bonne nuit.</p>

<p>&mdash; Bonne nuit, Sophie.</p>

<p>La porte d&rsquo;entr&eacute;e se referma.</p>

<p>Ren&eacute; inspira profond&eacute;ment.</p>

<p>Il attendit.</p>

<p>Naturellement.</p>

<p>Madame Thomas allait maintenant ouvrir la penderie.</p>

<p>Quelques secondes pass&egrave;rent.</p>

<p>Il entendit ses bottes.</p>

<p>Elles approch&egrave;rent.</p>

<p>Ren&eacute; se pr&eacute;para.</p>

<p>Les pas arriv&egrave;rent devant lui.</p>

<p>Puis continu&egrave;rent.</p>

<p>Ren&eacute; ouvrit les yeux dans l&#39;obscurit&eacute;.</p>

<p>Madame Thomas traversa le corridor.</p>

<p>Elle &eacute;teignit la lumi&egrave;re de la salle &agrave; manger.</p>

<p>Puis celle du salon.</p>

<p>Ses pas gagn&egrave;rent l&rsquo;escalier.</p>

<p>Une marche.</p>

<p>Puis une autre.</p>

<p>Le bruit des bottes s&rsquo;&eacute;loigna progressivement vers l&rsquo;&eacute;tage.</p>

<p>Une derni&egrave;re lumi&egrave;re disparut sous les lamelles.</p>

<p>La maison plongea dans le noir.</p>

<p>Ren&eacute; attendit encore.</p>

<p>Une minute.</p>

<p>Deux.</p>

<p>Cinq peut-&ecirc;tre.</p>

<p>Puis il entendit, tr&egrave;s loin au-dessus de lui, la porte de la chambre de Madame Thomas.</p>

<p>Le silence revint.</p>

<p>Elle &eacute;tait all&eacute;e se coucher.</p>

<p>Ren&eacute; resta immobile.</p>

<p>Elle ne l&rsquo;avait pas oubli&eacute;.</p>

<p>Cette explication aurait &eacute;t&eacute; rassurante.</p>

<p>Mais elle &eacute;tait impossible.</p>

<p>Madame Thomas oubliait rarement quelque chose.</p>

<p>Et certainement pas le bien qu&rsquo;elle avait fait identifier quelques heures auparavant, transport&eacute; dans sa voiture, inscrit &agrave; son patrimoine puis personnellement plac&eacute; dans cette penderie.</p>

<p>Elle savait exactement o&ugrave; il &eacute;tait.</p>

<p>Ren&eacute; repensa alors &agrave; la conversation.</p>

<p><em>Ren&eacute; n&rsquo;est plus l&agrave;.</em></p>

<p>Dans un premier temps, il avait cru comprendre la phrase.</p>

<p>Maintenant, dans l&rsquo;obscurit&eacute;, il en d&eacute;couvrait une autre dimension.</p>

<p>Pendant toutes ses ann&eacute;es de soumission, m&ecirc;me lorsqu&rsquo;il attendait &agrave; genoux, m&ecirc;me lorsqu&rsquo;il servait, m&ecirc;me lorsque Madame Thomas d&eacute;cidait pour lui, Ren&eacute; avait continu&eacute; &agrave; se percevoir comme une pr&eacute;sence permanente dans leur relation.</p>

<p>Un individu qui attendait une d&eacute;cision.</p>

<p>Un homme qui attendait un ordre.</p>

<p>Quelqu&rsquo;un qui attendait qu&rsquo;on vienne le chercher.</p>

<p>Mais Madame Thomas venait de lui montrer autre chose.</p>

<p>Elle pouvait avoir besoin de son intelligence.</p>

<p>Alors Ren&eacute; existerait comme interlocuteur.</p>

<p>Elle pouvait vouloir son service.</p>

<p>Alors elle lui donnerait une fonction.</p>

<p>Elle pouvait d&eacute;sirer sa pr&eacute;sence.</p>

<p>Alors elle choisirait sa place.</p>

<p>Elle pouvait m&ecirc;me d&eacute;cider de jouer de cette fascination qu&rsquo;elle connaissait si bien, enfiler ses bottes de cuir et regarder son attention se d&eacute;sorganiser avec cette satisfaction amus&eacute;e qu&rsquo;elle ne cherchait m&ecirc;me plus &agrave; dissimuler.</p>

<p>Mais ce soir, elle n&rsquo;avait besoin de rien.</p>

<p>Alors elle l&rsquo;avait rang&eacute;.</p>

<p>Il n&rsquo;y avait l&agrave;, du point de vue de Madame Thomas, aucune contradiction avec la promesse qu&rsquo;elle lui avait faite.</p>

<p>Elle prendrait soin de lui.</p>

<p>Elle savait o&ugrave; il &eacute;tait.</p>

<p>Il &eacute;tait &agrave; l&rsquo;abri.</p>

<p>Il &eacute;tait exactement &agrave; la place qu&rsquo;elle avait choisie.</p>

<p>Cela suffisait.</p>

<p>Ren&eacute; posa lentement sa t&ecirc;te contre la paroi de la penderie.</p>

<p>Quelques heures auparavant, il avait cru que devenir un bien signifiait acqu&eacute;rir un nouveau statut.</p>

<p>Un num&eacute;ro.</p>

<p>Un document.</p>

<p>Une propri&eacute;taire.</p>

<p>Il comprenait maintenant que cela signifiait &eacute;galement perdre quelque chose qu&rsquo;il n&rsquo;avait jamais imagin&eacute; pouvoir perdre :</p>

<p><strong>L&rsquo;&eacute;vidence de sa propre pr&eacute;sence.</strong></p>

<p>Il n&rsquo;existait plus n&eacute;cessairement dans le monde de Madame Thomas simplement parce qu&rsquo;il &eacute;tait l&agrave;.</p>

<p>Il y entrerait lorsqu&rsquo;elle le d&eacute;ciderait.</p>

<p>Dans le silence complet de la maison, Ren&eacute; cessa progressivement d&rsquo;&eacute;couter l&rsquo;escalier.</p>

<p>Et, pour la premi&egrave;re fois, il ne se demanda plus :</p>

<p><em>Quand viendra-t-elle me chercher ?</em></p>

<p>Une autre question prit sa place.</p>

<p><em>Quand aura-t-elle de nouveau besoin de moi ?</em></p>

<p>Ren&eacute; ferma les yeux.</p>

<p>Et resta l&agrave; o&ugrave; Madame Thomas avait rang&eacute; ce qui lui appartenait.</p>

<h1>&Eacute;pilogue &mdash; Le pr&eacute;c&eacute;dent</h1>

<p>L&rsquo;automne avait transform&eacute; la for&ecirc;t.</p>

<p>Les verts profonds de l&rsquo;&eacute;t&eacute; avaient disparu au profit des ocres, des bruns et des ors. &Agrave; chaque pas de Madame Thomas, les feuilles humides s&rsquo;&eacute;crasaient doucement sous les semelles de ses cuissardes.</p>

<p>Ren&eacute; avan&ccedil;ait derri&egrave;re elle.</p>

<p>&Agrave; quatre pattes.</p>

<p>La premi&egrave;re fois qu&rsquo;elle l&rsquo;avait emmen&eacute; ainsi, quelques semaines auparavant, chacun de ses mouvements avait &eacute;t&eacute; conscient. La position de ses mains. Celle de ses genoux. La tension de la laisse. La peur absurde de rencontrer quelqu&rsquo;un.</p>

<p>Maintenant, son corps avait appris.</p>

<p>Madame Thomas aussi.</p>

<p>Elle avait rapidement consid&eacute;r&eacute; que son &eacute;quipement initial &eacute;tait insuffisant.</p>

<p>&mdash; Si je veux que tu marches ainsi r&eacute;guli&egrave;rement, avait-elle d&eacute;clar&eacute;, tu dois &ecirc;tre correctement prot&eacute;g&eacute;.</p>

<p>Elle lui avait donc achet&eacute; des gants renforc&eacute;s, des genouill&egrave;res adapt&eacute;es et une tenue en similicuir suffisamment &eacute;paisse pour le prot&eacute;ger du froid, de l&rsquo;humidit&eacute; et des frottements.</p>

<p>Elle avait choisi elle-m&ecirc;me chaque &eacute;l&eacute;ment.</p>

<p>Comme elle choisissait d&eacute;sormais beaucoup de choses pour lui.</p>

<p>Ren&eacute; avait compris que la propri&eacute;t&eacute;, selon Madame Thomas, ne signifiait jamais la n&eacute;gligence.</p>

<p>Bien au contraire.</p>

<p>Ce qui lui appartenait devait &ecirc;tre entretenu.</p>

<p>Prot&eacute;g&eacute;.</p>

<p>&Eacute;duqu&eacute;.</p>

<p>Et pr&eacute;sent&eacute; conform&eacute;ment &agrave; ses exigences.</p>

<p>Madame Thomas, elle, avait tenu une autre promesse.</p>

<p>Le cuir.</p>

<p>Ce jour-l&agrave;, elle portait un long manteau sombre dont les pans accompagnaient chacun de ses pas et de magnifiques cuissardes de cuir noir.</p>

<p>Ren&eacute; les suivait depuis pr&egrave;s d&rsquo;une heure.</p>

<p>La laisse partait de son collier, remontait avec une l&eacute;g&egrave;re courbe et disparaissait dans la main gant&eacute;e de Madame Thomas.</p>

<p>Elle n&rsquo;avait presque pas parl&eacute;.</p>

<p>Elle n&rsquo;en avait pas besoin.</p>

<p>Ren&eacute; savait maintenant maintenir la bonne distance. Il ralentissait lorsqu&rsquo;elle ralentissait. S&rsquo;arr&ecirc;tait lorsqu&rsquo;elle s&rsquo;arr&ecirc;tait. Attendait lorsqu&rsquo;elle observait quelque chose.</p>

<p>La laisse n&rsquo;&eacute;tait presque jamais tendue.</p>

<p>Madame Thomas semblait appr&eacute;cier particuli&egrave;rement cela.</p>

<p>Elle disait qu&rsquo;une autorit&eacute; qui devait constamment tirer sur sa laisse &eacute;tait une autorit&eacute; mal comprise.</p>

<p>Ren&eacute; avait retenu la le&ccedil;on.</p>

<p>***</p>

<p>Ils arriv&egrave;rent &agrave; une bifurcation lorsqu&rsquo;une sonnerie troubla le silence de la for&ecirc;t.</p>

<p>Madame Thomas s&rsquo;arr&ecirc;ta.</p>

<p>Ren&eacute; s&rsquo;immobilisa imm&eacute;diatement.</p>

<p>Elle sortit son t&eacute;l&eacute;phone de la poche de son manteau.</p>

<p>Son expression changea lorsqu&rsquo;elle lut le nom.</p>

<p>&mdash; &Eacute;lise.</p>

<p>Elle d&eacute;crocha.</p>

<p>&mdash; Bonjour.</p>

<p>Ren&eacute; reconnut imm&eacute;diatement la voix de la Docteure Morel, bien qu&rsquo;il ne distingu&acirc;t pas les mots.</p>

<p>Madame Thomas reprit sa marche.</p>

<p>&mdash; Tr&egrave;s bien. Et toi ?</p>

<p>Quelques secondes.</p>

<p>&mdash; Oui. Beaucoup de travail cette semaine.</p>

<p>Elle &eacute;couta encore.</p>

<p>Puis elle rit.</p>

<p>&mdash; Non, tu ne me d&eacute;ranges pas. Je suis en promenade.</p>

<p>Un silence.</p>

<p>Madame Thomas regarda Ren&eacute;.</p>

<p>&mdash; Oui. Avec lui.</p>

<p>Ren&eacute; baissa l&eacute;g&egrave;rement les yeux.</p>

<p>Ils arriv&egrave;rent quelques minutes plus tard &agrave; un banc install&eacute; au bord du chemin.</p>

<p>Madame Thomas s&rsquo;assit.</p>

<p>Ren&eacute; resta un instant devant elle.</p>

<p>Elle n&rsquo;eut pas besoin de parler.</p>

<p>Il se d&eacute;pla&ccedil;a sur le c&ocirc;t&eacute; et se coucha pr&egrave;s de ses bottes.</p>

<p>Madame Thomas croisa les jambes.</p>

<p>L&rsquo;une de ses cuissardes se trouva &agrave; quelques centim&egrave;tres du visage de Ren&eacute;.</p>

<p>Il sourit int&eacute;rieurement.</p>

<p>M&ecirc;me apr&egrave;s toutes ces semaines, certaines choses ne changeaient pas.</p>

<p>Madame Thomas posa distraitement une main sur sa t&ecirc;te.</p>

<p>&mdash; Et toi, comment vas-tu ?</p>

<p>Morel r&eacute;pondit longuement.</p>

<p>Madame Thomas &eacute;coutait en faisant lentement glisser ses doigts dans les cheveux de Ren&eacute;.</p>

<p>Puis elle sourit.</p>

<p>&mdash; Je savais que tu finirais par me poser la question.</p>

<p>Silence.</p>

<p>&mdash; Ren&eacute; ?</p>

<p>Sa main s&rsquo;arr&ecirc;ta.</p>

<p>Elle baissa les yeux vers lui.</p>

<p>&mdash; Il va tr&egrave;s bien.</p>

<p>Morel r&eacute;pondit quelque chose qui fit rire Madame Thomas.</p>

<p>&mdash; Oui, &eacute;videmment que j&rsquo;ai regard&eacute;.</p>

<p>Nouveau silence.</p>

<p>&mdash; Parce qu&rsquo;il est sous ma responsabilit&eacute;, &Eacute;lise.</p>

<p>Cette fois, elle ne souriait plus.</p>

<p>&mdash; Je voulais cela. Il serait assez incoh&eacute;rent de ma part de revendiquer la propri&eacute;t&eacute; de quelqu&rsquo;un et de consid&eacute;rer ensuite que son &eacute;tat ne me concerne pas.</p>

<p>Elle recommen&ccedil;a &agrave; caresser les cheveux de Ren&eacute;.</p>

<p>&mdash; Il s&rsquo;adapte remarquablement.</p>

<p>Une pause.</p>

<p>&mdash; Mieux que je ne l&rsquo;avais pr&eacute;vu, m&ecirc;me.</p>

<p>Ren&eacute; sentit une satisfaction &eacute;trange l&rsquo;envahir.</p>

<p>Madame Thomas poursuivit :</p>

<p>&mdash; Il a encore parfois tendance &agrave; r&eacute;fl&eacute;chir depuis son ancienne position. Mais de moins en moins.</p>

<p>Morel posa vraisemblablement une question.</p>

<p>&mdash; Non. Je ne cherche pas &agrave; supprimer son initiative. Ce serait idiot. Ren&eacute; reste Ren&eacute;.</p>

<p>Elle regarda le chemin devant elle.</p>

<p>&mdash; Son intelligence m&rsquo;est utile. Son jugement aussi. Je veux simplement qu&rsquo;il comprenne que disposer d&rsquo;une capacit&eacute; ne signifie plus disposer de l&rsquo;autorit&eacute; finale sur son utilisation.</p>

<p>Ren&eacute; &eacute;coutait.</p>

<p>Il connaissait cette id&eacute;e.</p>

<p>Il la vivait d&eacute;sormais.</p>

<p>&mdash; Exactement, conclut Madame Thomas.</p>

<p>Puis le ton de la conversation changea.</p>

<p>Ren&eacute; le sentit avant m&ecirc;me de comprendre pourquoi.</p>

<p>Madame Thomas cessa de caresser sa t&ecirc;te.</p>

<p>&mdash; Pourquoi me demandes-tu &ccedil;a ?</p>

<p>Long silence.</p>

<p>Elle &eacute;couta.</p>

<p>Son regard se fixa quelque part entre les arbres.</p>

<p>&mdash; Tu as relu ton rapport ?</p>

<p>Morel parla.</p>

<p>&mdash; Plusieurs fois ?</p>

<p>Madame Thomas sourit l&eacute;g&egrave;rement.</p>

<p>&mdash; Cela devient int&eacute;ressant.</p>

<p>Elle d&eacute;croisa les jambes.</p>

<p>Ren&eacute; releva les yeux vers elle.</p>

<p>&mdash; Quelle question ?</p>

<p>La r&eacute;ponse de Morel fut suffisamment longue pour que Madame Thomas se penche en arri&egrave;re contre le dossier du banc.</p>

<p>Puis :</p>

<p>&mdash; Je me suis pos&eacute; exactement la m&ecirc;me.</p>

<p>Silence.</p>

<p>&mdash; Oui.</p>

<p>Elle &eacute;couta.</p>

<p>&mdash; Non, &Eacute;lise. Je ne pense plus que Ren&eacute; soit juridiquement un cas aussi exceptionnel que nous l&rsquo;avions cru.</p>

<p>Ren&eacute; sentit quelque chose changer.</p>

<p>Il ne bougea pas.</p>

<p>&mdash; Psychologiquement, peut-&ecirc;tre. Tu es mieux plac&eacute;e que moi pour en juger. Juridiquement, c&rsquo;est diff&eacute;rent.</p>

<p>Morel parla.</p>

<p>Madame Thomas sourit.</p>

<p>Le sourire de l&rsquo;avocate.</p>

<p>Ren&eacute; le connaissait.</p>

<p>Celui qui apparaissait lorsqu&rsquo;elle avait trouv&eacute; quelque chose.</p>

<p>&mdash; Une lacune ?</p>

<p>Elle r&eacute;fl&eacute;chit.</p>

<p>&mdash; Non.</p>

<p>Une seconde.</p>

<p>&mdash; Plusieurs.</p>

<p>Ren&eacute; fixa ses bottes.</p>

<p>Madame Thomas reprit :</p>

<p>&mdash; C&rsquo;est justement le probl&egrave;me. Aucun des m&eacute;canismes que nous avons utilis&eacute;s n&rsquo;avait &eacute;t&eacute; con&ccedil;u pour produire ce r&eacute;sultat.</p>

<p>Elle marqua une pause.</p>

<p>&mdash; Mais aucune disposition pertinente ne l&rsquo;interdit express&eacute;ment dans la configuration que nous avons construite.</p>

<p>Morel intervint.</p>

<p>&mdash; Exactement. Consentement d&rsquo;un adulte capable, transfert volontaire, d&eacute;l&eacute;gations, obligations de protection, identification, enregistrement patrimonial&hellip; Pris s&eacute;par&eacute;ment, rien n&rsquo;&eacute;tait particuli&egrave;rement int&eacute;ressant.</p>

<p>Elle regarda Ren&eacute;.</p>

<p>&mdash; C&rsquo;est leur combinaison qui l&rsquo;est.</p>

<p>Quelques feuilles tomb&egrave;rent devant eux.</p>

<p>Morel parla de nouveau.</p>

<p>Cette fois, Madame Thomas ne r&eacute;pondit pas imm&eacute;diatement.</p>

<p>&mdash; Reproductible ?</p>

<p>Elle pronon&ccedil;a le mot lentement.</p>

<p>Ren&eacute; sentit sa main revenir sur sa t&ecirc;te.</p>

<p>&mdash; Th&eacute;oriquement, oui.</p>

<p>Morel demanda quelque chose.</p>

<p>Madame Thomas eut imm&eacute;diatement un mouvement de d&eacute;sapprobation.</p>

<p>&mdash; Certainement pas avec n&rsquo;importe qui.</p>

<p>Son ton &eacute;tait devenu ferme.</p>

<p>&mdash; C&rsquo;est pr&eacute;cis&eacute;ment l&agrave; que ton travail devient indispensable. Je n&rsquo;accepterais jamais de construire pour une autre Femme ce que j&rsquo;ai construit avec Ren&eacute; sans savoir que l&rsquo;homme comprend r&eacute;ellement ce qu&rsquo;il demande.</p>

<p>Elle regarda Ren&eacute;.</p>

<p>&mdash; Il faut distinguer le fantasme de la volont&eacute; stable. Nous l&rsquo;avons fait.</p>

<p>Elle &eacute;couta.</p>

<p>&mdash; Oui. Et il faut aussi &eacute;valuer la Femme.</p>

<p>Morel sembla surprise.</p>

<p>Madame Thomas eut un petit rire.</p>

<p>&mdash; &Eacute;videmment. Poss&eacute;der cr&eacute;e davantage d&rsquo;obligations que jouer &agrave; poss&eacute;der.</p>

<p>Elle reprit plus s&eacute;rieusement :</p>

<p>&mdash; Si une Femme veut disposer d&#39;une autorit&eacute; aussi &eacute;tendue sur un homme, il faut s&#39;assurer qu&#39;elle soit capable d&#39;assumer ce qui va avec : protection, entretien, d&eacute;cisions, cons&eacute;quences.</p>

<p>Morel parla longuement.</p>

<p>Madame Thomas acquies&ccedil;a plusieurs fois.</p>

<p>&mdash; Caroline pourrait effectivement formaliser la partie sanitaire.</p>

<p>Une pause.</p>

<p>&mdash; Toi, l&rsquo;&eacute;valuation psychologique.</p>

<p>Puis son sourire reparut.</p>

<p>&mdash; Et moi, le droit.</p>

<p>Ren&eacute; comprit alors que quelque chose venait de se produire.</p>

<p>Il ignorait encore quoi.</p>

<p>Mais il connaissait suffisamment Madame Thomas pour savoir reconna&icirc;tre le moment o&ugrave; une id&eacute;e cessait d&rsquo;&ecirc;tre une simple hypoth&egrave;se.</p>

<p>***</p>

<p>La conversation continua.</p>

<p>Morel semblait r&eacute;fl&eacute;chir &agrave; voix haute.</p>

<p>Madame Thomas r&eacute;pondait par phrases courtes.</p>

<p>Des crit&egrave;res.</p>

<p>Des contr&ocirc;les.</p>

<p>Des responsabilit&eacute;s.</p>

<p>La n&eacute;cessit&eacute; de prot&eacute;ger l&rsquo;homme contre une d&eacute;cision prise sous l&rsquo;effet d&rsquo;une crise ou d&rsquo;une fascination passag&egrave;re.</p>

<p>La n&eacute;cessit&eacute;, inversement, de prot&eacute;ger une propri&eacute;taire contre un engagement dont elle n&rsquo;aurait pas mesur&eacute; les cons&eacute;quences.</p>

<p>Puis Morel pronon&ccedil;a quelque chose qui fit froncer les sourcils &agrave; Madame Thomas.</p>

<p>&mdash; Une association ?</p>

<p>Elle r&eacute;fl&eacute;chit.</p>

<p>&mdash; Peut-&ecirc;tre.</p>

<p>Morel poursuivit.</p>

<p>&mdash; Non. Pas militante.</p>

<p>Elle regarda Ren&eacute;.</p>

<p>&mdash; Surtout pas.</p>

<p>Quelques secondes.</p>

<p>&mdash; Une structure d&rsquo;&eacute;tude et d&rsquo;encadrement serait plus intelligente.</p>

<p>Morel r&eacute;pondit.</p>

<p>&mdash; Oui. Des demandes pourraient &ecirc;tre examin&eacute;es.</p>

<p>Elle &eacute;couta.</p>

<p>&mdash; Et si nous en refusons certaines, tant mieux. Le but ne serait pas de fabriquer des propri&eacute;taires et des propri&eacute;t&eacute;s.</p>

<p>Ren&eacute; vit son expression devenir plus attentive.</p>

<p>&mdash; Le but serait de d&eacute;terminer dans quelles circonstances une relation de ce type peut r&eacute;ellement fonctionner.</p>

<p>Morel dit quelque chose.</p>

<p>Madame Thomas eut un petit rire.</p>

<p>&mdash; Tu vas beaucoup trop vite.</p>

<p>Nouveau silence.</p>

<p>&mdash; Une soci&eacute;t&eacute; ?</p>

<p>Cette fois, le mot sembla retenir son attention.</p>

<p>Elle regarda autour d&rsquo;elle comme si la for&ecirc;t pouvait lui fournir une r&eacute;ponse.</p>

<p>&mdash; Une soci&eacute;t&eacute; consacr&eacute;e &agrave; quoi ?</p>

<p>Morel parla.</p>

<p>Madame Thomas ne r&eacute;pondit pas.</p>

<p>Ren&eacute; attendit.</p>

<p>Puis elle r&eacute;p&eacute;ta lentement :</p>

<p>&mdash; Aux relations fond&eacute;es sur l&rsquo;autorit&eacute; f&eacute;minine et l&rsquo;appartenance masculine volontaire&hellip;</p>

<p>Elle regarda Ren&eacute; couch&eacute; &agrave; ses pieds.</p>

<p>Ses doigts reprirent leur mouvement dans ses cheveux.</p>

<p>&mdash; C&rsquo;est une d&eacute;finition terriblement clinique.</p>

<p>Morel r&eacute;pondit quelque chose qui la fit rire.</p>

<p>&mdash; Non, je n&rsquo;ai pas mieux.</p>

<p>Silence.</p>

<p>Puis Madame Thomas observa son Bien.</p>

<p>Son regard descendit vers le collier.</p>

<p>La laisse.</p>

<p>La tenue protectrice.</p>

<p>Les genouill&egrave;res.</p>

<p>Puis remonta vers sa propre main qui tenait l&rsquo;autre extr&eacute;mit&eacute; de la laisse.</p>

<p>&mdash; Enfin&hellip;</p>

<p>Elle h&eacute;sita.</p>

<p>&mdash; Nous pourrions parler d&rsquo;un mod&egrave;le gynarchique.</p>

<p>Morel r&eacute;p&eacute;ta probablement le terme.</p>

<p>&mdash; Oui. Gynarchique.</p>

<p>Un nouveau silence.</p>

<p>&mdash; Non, &Eacute;lise. Je ne suis pas en train de proposer de r&eacute;organiser la soci&eacute;t&eacute;.</p>

<p>Elle rit.</p>

<p>&mdash; J&rsquo;ai d&eacute;j&agrave; suffisamment de travail.</p>

<p>Morel r&eacute;pondit.</p>

<p>Madame Thomas leva les yeux au ciel.</p>

<p>&mdash; Caroline dira exactement la m&ecirc;me chose que toi.</p>

<p>Puis son expression changea.</p>

<p>&mdash; Mais nous pouvons nous retrouver toutes les trois.</p>

<p>Elle r&eacute;fl&eacute;chit.</p>

<p>&mdash; La semaine prochaine.</p>

<p>Morel parla.</p>

<p>&mdash; Chez moi.</p>

<p>Une derni&egrave;re pause.</p>

<p>&mdash; D&rsquo;accord. Je t&rsquo;envoie quelques notes avant.</p>

<p>Madame Thomas raccrocha.</p>

<p>***</p>

<p>La for&ecirc;t retrouva imm&eacute;diatement son silence.</p>

<p>Pendant quelques secondes, Madame Thomas resta assise.</p>

<p>Ren&eacute; demeurait couch&eacute; contre ses cuissardes.</p>

<p>Il r&eacute;fl&eacute;chissait &agrave; tout ce qu&rsquo;il venait d&rsquo;entendre.</p>

<p>Madame Thomas regardait devant elle.</p>

<p>Puis elle baissa les yeux.</p>

<p>&mdash; Tu as tout entendu ?</p>

<p>Ren&eacute; attendit.</p>

<p>Un sourire apparut.</p>

<p>&mdash; Tu peux r&eacute;pondre.</p>

<p>&mdash; Oui, Madame.</p>

<p>&mdash; Et qu&rsquo;en penses-tu ?</p>

<p>La question le surprit.</p>

<p>Quelques semaines auparavant, il aurait probablement commenc&eacute; par analyser les implications juridiques. Puis les risques. Puis les cons&eacute;quences sociales.</p>

<p>Cette fois, il r&eacute;fl&eacute;chit autrement.</p>

<p>&mdash; Je pense que la Docteure Morel vous a t&eacute;l&eacute;phon&eacute; pour savoir comment j&rsquo;allais.</p>

<p>&mdash; C&rsquo;est exact.</p>

<p>&mdash; Et qu&rsquo;elle a termin&eacute; en envisageant avec vous quelque chose qui pourrait concerner beaucoup d&rsquo;autres personnes.</p>

<p>Madame Thomas sourit.</p>

<p>&mdash; Continue.</p>

<p>Ren&eacute; regarda la laisse.</p>

<p>Puis les cuissardes de cuir devant lesquelles il &eacute;tait couch&eacute;.</p>

<p>Il repensa au cabinet de Morel.</p>

<p>&Agrave; Caroline.</p>

<p>&Agrave; la cage qu&rsquo;il avait lui-m&ecirc;me assembl&eacute;e.</p>

<p>&Agrave; son num&eacute;ro.</p>

<p>Aux documents.</p>

<p>&Agrave; la penderie.</p>

<p>&Agrave; cette nuit o&ugrave; il avait compris qu&rsquo;il pouvait &ecirc;tre pr&eacute;sent sans n&eacute;cessairement exister dans le monde de Madame Thomas tant qu&rsquo;elle n&rsquo;avait pas besoin de lui.</p>

<p>Et maintenant &agrave; cette conversation.</p>

<p>Il releva les yeux.</p>

<p>&mdash; Je pense surtout que vous avez encore plusieurs coups d&rsquo;avance sur moi.</p>

<p>Madame Thomas resta silencieuse.</p>

<p>Puis elle &eacute;clata de rire.</p>

<p>Un rire v&eacute;ritable.</p>

<p>Elle se pencha et lui caressa longuement la t&ecirc;te.</p>

<p>&mdash; Enfin une chose que mon Bien a parfaitement comprise.</p>

<p>Elle se leva.</p>

<p>Ren&eacute; se remit naturellement &agrave; quatre pattes.</p>

<p>Madame Thomas ajusta son manteau.</p>

<p>Puis elle reprit correctement la laisse dans sa main.</p>

<p>Elle fit un pas.</p>

<p>Ren&eacute; suivit.</p>

<p>Devant eux, le chemin disparaissait progressivement entre les arbres aux couleurs d&rsquo;automne.</p>

<p>Ni Madame Thomas, ni Ren&eacute;, ni m&ecirc;me &Eacute;lise Morel ne pouvaient encore savoir o&ugrave; il conduirait.</p>

<p>Pour l&rsquo;instant, il n&rsquo;existait qu&rsquo;une Femme.</p>

<p>Un Bien.</p>

<p>Une psychiatre qui avait pos&eacute; une question.</p>

<p>Une v&eacute;t&eacute;rinaire qui avait accept&eacute; d&#39;explorer l&#39;impossible.</p>

<p>Et quelques lacunes dans la loi qu&rsquo;une avocate avait eu l&rsquo;intelligence de r&eacute;unir.</p>

<p>Ce n&rsquo;&eacute;tait pas encore un syst&egrave;me.</p>

<p>Encore moins une soci&eacute;t&eacute;.</p>

<p>C&rsquo;&eacute;tait simplement un pr&eacute;c&eacute;dent.</p>

<p>Madame Thomas continua d&rsquo;avancer.</p>

<p>Ren&eacute; suivit sa propri&eacute;taire sous les feuilles d&rsquo;automne.</p>

<p>Et la laisse, entre eux, resta presque parfaitement d&eacute;tendue.</p>

<p><strong>FIN</strong></p>]]></description>
			<guid>https://www.bdsm.fr/blog/12723/Le-JOUR-OÙ-JE-SUIS-DEVENU…-Chapitre-13-et-épilogue/</guid>
			<pubDate>Mon, 07 Sep 2026 18:53:15 +0000</pubDate>
			<dc:creator>Altair1912</dc:creator>
		</item>
		<item>
			<title>Altair1912 a posté un article.</title>
			<link>https://www.bdsm.fr/blog/12713/le-JOUR-OÙ-JE-SUIS-DEVENU…-Chapitre-11-et-12/</link>
			<description><![CDATA[<h1><strong>Chapitre XI &mdash; Le retour</strong></h1>

<p>Madame Thomas prit la laisse.</p>

<p>Ren&eacute; regarda Caroline.</p>

<p>Il s&rsquo;attendait encore &agrave; une derni&egrave;re formalit&eacute;, une explication, peut-&ecirc;tre &agrave; ce qu&rsquo;on lui remette quelque chose.</p>

<p>Mais Caroline avait d&eacute;j&agrave; referm&eacute; le dossier.</p>

<p>Son dossier.</p>

<p>Ou plut&ocirc;t celui que Madame Thomas venait d&rsquo;emporter.</p>

<p>La distinction lui parut soudain importante.</p>

<p>&mdash; Merci, Caroline, dit-elle.</p>

<p>&mdash; Avec plaisir.</p>

<p>Les deux Femmes &eacute;chang&egrave;rent quelques mots concernant la suite.</p>

<p>Ren&eacute; &eacute;coutait, mais son esprit n&rsquo;arrivait plus &agrave; suivre correctement.</p>

<p>Il entendait des fragments.</p>

<p><em>Enregistrement.</em></p>

<p><em>Contr&ocirc;le.</em></p>

<p><em>Dossier.</em></p>

<p><em>Prochaine &eacute;tape.</em></p>

<p>Tout semblait d&eacute;sormais avoir acquis un double sens.</p>

<p>Madame Thomas tira l&eacute;g&egrave;rement sur la laisse.</p>

<p>&mdash; Viens.</p>

<p>Ren&eacute; ob&eacute;it.</p>

<p>Caroline ne lui dit pas au revoir.</p>

<p>Ce d&eacute;tail le frappa seulement lorsqu&rsquo;ils furent dans le couloir.</p>

<p>***</p>

<p>&Agrave; l&rsquo;ext&eacute;rieur, l&rsquo;air frais lui fit du bien.</p>

<p>Ren&eacute; inspira profond&eacute;ment.</p>

<p>Pendant quelques secondes, la clinique lui sembla presque irr&eacute;elle.</p>

<p>Il regarda les voitures.</p>

<p>Les passants.</p>

<p>Une Femme poussant une poussette.</p>

<p>Un homme traversant la rue avec un sac de courses.</p>

<p>Le monde continuait exactement comme avant.</p>

<p>Il trouva cela &eacute;trange.</p>

<p>Il aurait voulu que quelque chose soit diff&eacute;rent.</p>

<p>Une lumi&egrave;re.</p>

<p>Un bruit.</p>

<p>Un signe quelconque indiquant que, pour lui, quelque chose venait de basculer.</p>

<p>Mais rien.</p>

<p>Madame Thomas marchait devant lui.</p>

<p>Ses bottes frappaient r&eacute;guli&egrave;rement le sol.</p>

<p>Ren&eacute; les regarda.</p>

<p>Puis sourit malgr&eacute; lui.</p>

<p>Elle s&rsquo;en aper&ccedil;ut.</p>

<p>&mdash; Quoi ?</p>

<p>&mdash; Rien.</p>

<p>&mdash; Ren&eacute;.</p>

<p>&mdash; Je pensais &agrave; votre promesse.</p>

<p>Elle s&rsquo;arr&ecirc;ta.</p>

<p>&mdash; Laquelle ?</p>

<p>Il regarda ses bottes.</p>

<p>Madame Thomas suivit son regard.</p>

<p>&mdash; Ah.</p>

<p>Elle eut un sourire.</p>

<p>&mdash; Le cuir.</p>

<p>&mdash; Tous les jours.</p>

<p>&mdash; Je tiens mes engagements.</p>

<p>Puis elle reprit sa marche.</p>

<p>&mdash; Contrairement &agrave; certains hommes, je r&eacute;fl&eacute;chis avant de les prendre.</p>

<p>Ren&eacute; la suivit.</p>

<p>Cette phrase aurait pu &ecirc;tre une plaisanterie.</p>

<p>Aujourd&rsquo;hui, elle sonnait autrement.</p>

<p>***</p>

<p>Ils arriv&egrave;rent au SUV.</p>

<p>Madame Thomas d&eacute;verrouilla le v&eacute;hicule.</p>

<p>Ren&eacute; se dirigea naturellement vers la porti&egrave;re passager.</p>

<p>&mdash; Non.</p>

<p>Il s&rsquo;arr&ecirc;ta.</p>

<p>Un seul mot.</p>

<p>Il regarda Madame Thomas.</p>

<p>Elle se trouvait derri&egrave;re le v&eacute;hicule.</p>

<p>Le coffre s&rsquo;ouvrit.</p>

<p>Et Ren&eacute; vit la cage.</p>

<p>La cage qu&rsquo;il avait lui-m&ecirc;me assembl&eacute;e.</p>

<p>Celle dont il avait v&eacute;rifi&eacute; chaque fixation.</p>

<p>Celle qu&rsquo;il avait install&eacute;e avec tant de soin pour le chien de Madame Thomas.</p>

<p>Il resta immobile.</p>

<p>Tout le chapitre pr&eacute;c&eacute;dent sembla se condenser dans cette image.</p>

<p>&mdash; Madame&hellip;</p>

<p>Elle attendit.</p>

<p>&mdash; Vous &ecirc;tes s&eacute;rieuse ?</p>

<p>&mdash; Tr&egrave;s.</p>

<p>Ren&eacute; regarda la cage.</p>

<p>Puis la porti&egrave;re passager.</p>

<p>Puis de nouveau la cage.</p>

<p>&mdash; Pour rentrer ?</p>

<p>&mdash; Oui.</p>

<p>Il eut un rire nerveux.</p>

<p>&mdash; Jusqu&rsquo;&agrave; la maison ?</p>

<p>&mdash; C&rsquo;est g&eacute;n&eacute;ralement le principe d&rsquo;un trajet de retour.</p>

<p>&mdash; Dans la cage ?</p>

<p>Madame Thomas leva l&eacute;g&egrave;rement un sourcil.</p>

<p>&mdash; Tu m&rsquo;avais pourtant assur&eacute; qu&rsquo;elle &eacute;tait parfaitement adapt&eacute;e au transport.</p>

<p>Ren&eacute; ferma les yeux.</p>

<p>&Eacute;videmment.</p>

<p>Encore ses propres mots.</p>

<p>&mdash; Pour un chien.</p>

<p>&mdash; Nous revenons vraiment l&agrave;-dessus ?</p>

<p>Il la regarda.</p>

<p>Elle souriait.</p>

<p>Pas m&eacute;chamment.</p>

<p>Elle semblait presque amus&eacute;e par la lenteur avec laquelle il reconstituait la partie.</p>

<p>Ren&eacute; s&rsquo;approcha de la cage.</p>

<p>Il posa une main sur la porte.</p>

<p>&mdash; C&rsquo;est pour &ccedil;a que vous m&rsquo;avez demand&eacute; de l&rsquo;installer.</p>

<p>&mdash; Oui.</p>

<p>&mdash; Et quand vous avez v&eacute;rifi&eacute; les fixations&hellip;</p>

<p>&mdash; Je voulais m&rsquo;assurer que tu voyagerais correctement.</p>

<p>&mdash; Vous le saviez d&eacute;j&agrave;.</p>

<p>&mdash; &Eacute;videmment.</p>

<p>Ren&eacute; secoua la t&ecirc;te.</p>

<p>&mdash; Depuis le d&eacute;but.</p>

<p>&mdash; Depuis bien avant que le livreur ne sonne &agrave; la porte.</p>

<p>Il resta quelques secondes silencieux.</p>

<p>Puis :</p>

<p>&mdash; Et vous m&rsquo;avez laiss&eacute; croire que vous adoptiez un chien.</p>

<p>Madame Thomas prit une expression faussement innocente.</p>

<p>&mdash; Ai-je dit une seule fois que j&rsquo;adoptais un chien ?</p>

<p>Ren&eacute; chercha.</p>

<p>La livraison.</p>

<p>Le montage.</p>

<p>La conversation dans la voiture.</p>

<p>Caroline.</p>

<p>Il essaya de retrouver une affirmation explicite.</p>

<p>Il n&rsquo;en trouva aucune.</p>

<p>&mdash; Non.</p>

<p>&mdash; Voil&agrave;.</p>

<p>L&rsquo;avocate venait encore de gagner.</p>

<p>***</p>

<p>Madame Thomas ouvrit la cage.</p>

<p>&mdash; Entre.</p>

<p>Ren&eacute; regarda l&rsquo;int&eacute;rieur.</p>

<p>L&rsquo;espace lui parut soudain beaucoup plus petit que lorsqu&rsquo;il l&rsquo;avait mesur&eacute; la veille.</p>

<p>&mdash; Madame&hellip;</p>

<p>&mdash; Oui ?</p>

<p>&mdash; Je peux encore m&rsquo;asseoir devant.</p>

<p>Elle le regarda longuement.</p>

<p>&mdash; Bien s&ucirc;r.</p>

<p>Ren&eacute; fut surpris.</p>

<p>&mdash; Vraiment ?</p>

<p>&mdash; Tu peux &eacute;galement rentrer &agrave; pied si cela te chante.</p>

<p>Elle posa une main sur la porte de la cage.</p>

<p>&mdash; Mais ce n&rsquo;est pas la place que je t&rsquo;ai choisie.</p>

<p>Voil&agrave;.</p>

<p>Pas une impossibilit&eacute;.</p>

<p>Une place.</p>

<p>Ren&eacute; regarda l&rsquo;habitacle avant.</p>

<p>Puis la cage.</p>

<p>Quelques heures auparavant, Madame Thomas lui avait rendu son choix.</p>

<p>Il l&rsquo;avait fait.</p>

<p>Ce qui se jouait maintenant &eacute;tait diff&eacute;rent.</p>

<p>Il inspira profond&eacute;ment.</p>

<p>Puis entra.</p>

<p>***</p>

<p>Il dut chercher comment s&rsquo;installer.</p>

<p>Cette simple difficult&eacute; lui rappela imm&eacute;diatement la conversation de la veille.</p>

<p><em>Une cage suffisamment grande.</em></p>

<p><em>Correctement s&eacute;curis&eacute;e.</em></p>

<p><em>Une habituation progressive.</em></p>

<p>Il eut presque envie de rire.</p>

<p>Madame Thomas l&rsquo;avait interrog&eacute; sur la mani&egrave;re dont il pensait qu&rsquo;un chien devait &ecirc;tre trait&eacute;.</p>

<p>Et lui, consciencieusement, avait fourni le manuel.</p>

<p>&mdash; &Ccedil;a va ? demanda-t-elle.</p>

<p>&mdash; Oui.</p>

<p>&mdash; Tu as suffisamment de place ?</p>

<p>Ren&eacute; bougea l&eacute;g&egrave;rement.</p>

<p>&mdash; Oui.</p>

<p>Madame Thomas v&eacute;rifia elle-m&ecirc;me sa position.</p>

<p>Puis la fixation.</p>

<p>Encore.</p>

<p>Comme la veille.</p>

<p>Mais cette fois, Ren&eacute; comprenait pourquoi elle avait &eacute;t&eacute; si m&eacute;ticuleuse.</p>

<p>Elle posa une main sur sa t&ecirc;te.</p>

<p>Le m&ecirc;me geste qu&rsquo;&agrave; la clinique.</p>

<p>&mdash; Bien.</p>

<p>Puis elle ferma la porte.</p>

<p>Le d&eacute;clic de la serrure fut discret.</p>

<p>Ren&eacute; le ressentit pourtant avec une intensit&eacute; presque physique.</p>

<p>Madame Thomas le regarda &agrave; travers les barreaux.</p>

<p>&mdash; Confortable ?</p>

<p>&mdash; Relativement.</p>

<p>&mdash; C&rsquo;est un d&eacute;but.</p>

<p>Elle ferma le coffre.</p>

<p>***</p>

<p>Le monde changea imm&eacute;diatement.</p>

<p>Pas &eacute;norm&eacute;ment.</p>

<p>Juste suffisamment.</p>

<p>Les sons &eacute;taient diff&eacute;rents.</p>

<p>L&rsquo;espace aussi.</p>

<p>Ren&eacute; voyait l&rsquo;habitacle depuis l&rsquo;arri&egrave;re, mais il n&rsquo;en faisait plus r&eacute;ellement partie.</p>

<p>Madame Thomas s&rsquo;installa au volant.</p>

<p>Elle posa son sac sur le si&egrave;ge passager.</p>

<p>Ren&eacute; regarda le sac.</p>

<p><strong>Sa place habituelle.</strong></p>

<p>Il &eacute;prouva un sentiment &eacute;trange.</p>

<p>Pas de jalousie.</p>

<p>Plut&ocirc;t la constatation tr&egrave;s concr&egrave;te d&rsquo;un d&eacute;placement.</p>

<p>Le sac de Madame Thomas &eacute;tait devant.</p>

<p>Lui derri&egrave;re.</p>

<p>Dans la cage.</p>

<p>Le moteur d&eacute;marra.</p>

<p>***</p>

<p>Pendant les premi&egrave;res minutes, Madame Thomas ne parla pas.</p>

<p>Ren&eacute; non plus.</p>

<p>La ville d&eacute;filait derri&egrave;re les vitres.</p>

<p>Il essayait de mettre de l&rsquo;ordre dans ce qui venait de se produire.</p>

<p>Il avait une puce.</p>

<p>Un num&eacute;ro.</p>

<p>Un dossier.</p>

<p>Madame Thomas avait sign&eacute; des documents qu&rsquo;il n&rsquo;avait m&ecirc;me pas lus.</p>

<p>Caroline les lui avait remis &agrave; elle.</p>

<p>Et maintenant il voyageait dans une cage install&eacute;e dans le coffre de sa voiture.</p>

<p>La veille encore, chacune de ces choses lui aurait sembl&eacute; absurde.</p>

<p>Aujourd&rsquo;hui, elles formaient une continuit&eacute;.</p>

<p>Ren&eacute; posa son front contre les barreaux.</p>

<p>Le plus &eacute;trange &eacute;tait qu&rsquo;il n&rsquo;&eacute;prouvait pas le besoin de demander &agrave; sortir.</p>

<p>Il aurait aim&eacute; comprendre.</p>

<p>Mais sortir ?</p>

<p>Non.</p>

<p>Pas encore.</p>

<p>Peut-&ecirc;tre m&ecirc;me pas du tout.</p>

<p>***</p>

<p>Le t&eacute;l&eacute;phone de Madame Thomas sonna.</p>

<p>Le syst&egrave;me mains libres afficha un nom sur l&rsquo;&eacute;cran.</p>

<p>Elle r&eacute;pondit imm&eacute;diatement.</p>

<p>&mdash; Thomas.</p>

<p>Sa voix changea.</p>

<p>La Ma&icirc;tresse disparut.</p>

<p>L&rsquo;avocate revint.</p>

<p>&mdash; Oui, j&rsquo;ai lu votre message.</p>

<p>Silence.</p>

<p>&mdash; Non. Surtout pas. Si vous acceptez cette formulation, vous reconnaissez implicitement leur interpr&eacute;tation du contrat.</p>

<p>Ren&eacute; releva la t&ecirc;te.</p>

<p>Il connaissait cette voix.</p>

<p>Pr&eacute;cise.</p>

<p>Rapide.</p>

<p>Assur&eacute;e.</p>

<p>Celle qui l&rsquo;avait fascin&eacute; des ann&eacute;es auparavant.</p>

<p>&mdash; Envoyez-moi la derni&egrave;re version. Je la corrige ce soir.</p>

<p>Une r&eacute;ponse.</p>

<p>&mdash; Non, demain matin est trop tard. Je veux qu&rsquo;elle parte avant dix-huit heures.</p>

<p>Madame Thomas changea de voie.</p>

<p>&mdash; Tr&egrave;s bien. &Agrave; tout &agrave; l&rsquo;heure.</p>

<p>Elle raccrocha.</p>

<p>Pas un regard vers Ren&eacute;.</p>

<p>Pas un mot.</p>

<p>Quelques secondes plus tard, elle passa elle-m&ecirc;me un autre appel.</p>

<p>&mdash; Bonjour Marc. Thomas.</p>

<p>Ren&eacute; &eacute;coutait.</p>

<p>Elle parlait d&rsquo;un dossier, d&rsquo;une clause de responsabilit&eacute;, d&rsquo;une r&eacute;union d&eacute;plac&eacute;e au lendemain.</p>

<p>Sa vie professionnelle continuait.</p>

<p>Exactement comme avant.</p>

<p>Et Ren&eacute; comprit progressivement quelque chose qui le troubla davantage que la cage.</p>

<p><strong>Il n&rsquo;&eacute;tait pas le centre de l&rsquo;&eacute;v&eacute;nement.</strong></p>

<p>Pour lui, cette journ&eacute;e &eacute;tait gigantesque.</p>

<p>Pour Madame Thomas, elle avait simplement int&eacute;gr&eacute; Ren&eacute; &agrave; l&#39;organisation de sa vie.</p>

<p>Elle pouvait faire identifier ce qui lui appartenait &agrave; quatorze heures trente et n&eacute;gocier un contrat &agrave; seize heures.</p>

<p>Il n&rsquo;y avait aucune contradiction.</p>

<p>***</p>

<p>Un troisi&egrave;me appel.</p>

<p>Puis un quatri&egrave;me.</p>

<p>Madame Thomas ne baissa jamais la voix pour lui.</p>

<p>Elle ne lui expliqua rien entre deux conversations.</p>

<p>Elle ne chercha m&ecirc;me pas &agrave; v&eacute;rifier s&rsquo;il suivait.</p>

<p>Ren&eacute; existait dans la voiture.</p>

<p>Mais il n&rsquo;existait plus dans son activit&eacute; professionnelle.</p>

<p>&Agrave; un moment, elle dicta :</p>

<p>&mdash; Notez : <em>la qualification juridique doit d&eacute;couler des faits et non de la terminologie choisie par les parties.</em></p>

<p>Ren&eacute; sentit presque un frisson.</p>

<p>La phrase n&rsquo;avait probablement rien &agrave; voir avec lui.</p>

<p>Probablement.</p>

<p>Il regarda les barreaux devant son visage.</p>

<p><em>La qualification juridique doit d&eacute;couler des faits.</em></p>

<p>Il avait choisi.</p>

<p>Caroline l&rsquo;avait identifi&eacute;.</p>

<p>Madame Thomas avait sign&eacute;.</p>

<p>Il &eacute;tait dans sa cage.</p>

<p>Les faits s&rsquo;accumulaient.</p>

<p>Et leur terminologie ?</p>

<p>Il ne la connaissait toujours pas.</p>

<p>***</p>

<p>Madame Thomas termina son appel.</p>

<p>Le silence revint.</p>

<p>Ren&eacute; attendit.</p>

<p>Une minute.</p>

<p>Puis deux.</p>

<p>&mdash; Madame ?</p>

<p>&mdash; Oui ?</p>

<p>Elle continuait de conduire.</p>

<p>&mdash; Vous m&rsquo;aviez entendu ?</p>

<p>&mdash; Depuis quand ?</p>

<p>&mdash; Depuis que nous sommes partis.</p>

<p>&mdash; Naturellement.</p>

<p>&mdash; Vous n&rsquo;avez rien dit.</p>

<p>&mdash; J&rsquo;&eacute;tais occup&eacute;e.</p>

<p>La r&eacute;ponse &eacute;tait tellement simple qu&rsquo;elle le d&eacute;sarma.</p>

<p>&mdash; Je pensais que&hellip;</p>

<p>Il s&rsquo;arr&ecirc;ta.</p>

<p>&mdash; Que quoi ?</p>

<p>&mdash; Que nous parlerions.</p>

<p>&mdash; Nous parlerons.</p>

<p>&mdash; Quand ?</p>

<p>&mdash; Lorsque j&rsquo;aurai quelque chose &agrave; te dire.</p>

<p>Ren&eacute; regarda le si&egrave;ge passager.</p>

<p>Le sac y &eacute;tait toujours pos&eacute;.</p>

<p>&mdash; Et en attendant ?</p>

<p>Madame Thomas regarda bri&egrave;vement dans le r&eacute;troviseur.</p>

<p>Leurs regards se crois&egrave;rent.</p>

<p>&mdash; En attendant, tu voyages.</p>

<p>Puis elle reporta son attention sur la route.</p>

<p>***</p>

<p>Ren&eacute; resta silencieux.</p>

<p>Il commen&ccedil;ait &agrave; comprendre.</p>

<p>Il avait longtemps imagin&eacute; l&rsquo;appartenance comme une succession de moments intenses.</p>

<p>Des ordres.</p>

<p>Des c&eacute;r&eacute;monies.</p>

<p>Des symboles.</p>

<p>La r&eacute;alit&eacute; que Madame Thomas construisait semblait beaucoup plus profonde pr&eacute;cis&eacute;ment parce qu&rsquo;elle &eacute;tait beaucoup plus banale.</p>

<p>Elle t&eacute;l&eacute;phonait.</p>

<p>Elle conduisait.</p>

<p>Elle organisait son agenda.</p>

<p>Et lui &eacute;tait l&agrave;.</p>

<p>&Agrave; sa place.</p>

<p>Sans qu&rsquo;il soit n&eacute;cessaire de rappeler constamment pourquoi.</p>

<p>La cage cessait progressivement d&rsquo;&ecirc;tre une sc&egrave;ne.</p>

<p>Elle devenait un emplacement.</p>

<p>Son emplacement pour ce trajet.</p>

<p>Cette distinction lui donna le vertige.</p>

<p>***</p>

<p>Le t&eacute;l&eacute;phone sonna encore.</p>

<p>&mdash; Thomas.</p>

<p>Ren&eacute; ferma les yeux.</p>

<p>Il &eacute;couta sa voix.</p>

<p>Les mots professionnels finirent par devenir un bruit de fond.</p>

<p>Il pensa &agrave; la phrase.</p>

<p><em>Je serai sereine parce que je saurai exactement ce qui est &agrave; moi.</em></p>

<p>Il avait surtout retenu la seconde partie :</p>

<p><em>Et toi, tu seras serein parce que tu sauras exactement &agrave; qui tu appartiens.</em></p>

<p>&Agrave; la clinique, cela lui avait paru romantique.</p>

<p>Dans la cage, il commen&ccedil;ait &agrave; en comprendre la dimension pratique.</p>

<p>Appartenir &agrave; Madame Thomas ne signifiait pas seulement qu&rsquo;elle disposerait de lui lorsqu&rsquo;elle d&eacute;sirait jouer avec cette appartenance.</p>

<p>Cela signifiait qu&rsquo;elle pourrait l&#39;int&eacute;grer &agrave; sa vie comme elle int&eacute;grait tout ce dont elle avait la responsabilit&eacute;.</p>

<p>Le transporter.</p>

<p>L&#39;organiser.</p>

<p>D&eacute;cider de sa place.</p>

<p>Continuer &agrave; travailler pendant qu&rsquo;il attendait.</p>

<p>Et peut-&ecirc;tre, un jour, ne plus remarquer consciemment sa pr&eacute;sence parce qu&rsquo;elle serait devenue aussi &eacute;vidente que celle de son t&eacute;l&eacute;phone, de son dossier ou de son sac.</p>

<p>Cette id&eacute;e aurait d&ucirc; l&rsquo;humilier.</p>

<p>Elle lui procura au contraire une sensation inattendue.</p>

<p>Du calme.</p>

<p>***</p>

<p>La voiture quitta progressivement la ville.</p>

<p>Ren&eacute; ouvrit les yeux.</p>

<p>Madame Thomas venait de terminer son appel.</p>

<p>Cette fois, elle regarda dans le r&eacute;troviseur.</p>

<p>&mdash; Toujours avec moi ?</p>

<p>&mdash; Oui, Madame.</p>

<p>&mdash; Tu r&eacute;fl&eacute;chis beaucoup.</p>

<p>Il sourit.</p>

<p>&mdash; Vous me connaissez.</p>

<p>&mdash; &Agrave; quoi ?</p>

<p>Ren&eacute; regarda autour de lui.</p>

<p>&mdash; &Agrave; ce que j&rsquo;ai fait.</p>

<p>&mdash; Tu regrettes ?</p>

<p>La question fut pos&eacute;e sans inqui&eacute;tude.</p>

<p>Ren&eacute; prit le temps de r&eacute;pondre.</p>

<p>&mdash; Non.</p>

<p>&mdash; Mais ?</p>

<p>&mdash; Je crois que je n&rsquo;avais pas compris.</p>

<p>&mdash; Quoi ?</p>

<p>Il chercha les mots.</p>

<p>&mdash; La taille de la chose.</p>

<p>Madame Thomas sourit l&eacute;g&egrave;rement.</p>

<p>&mdash; Tu commences seulement.</p>

<p>Cette r&eacute;ponse provoqua un nouveau silence.</p>

<p>&mdash; Madame&hellip;</p>

<p>&mdash; Oui ?</p>

<p>&mdash; Qu&rsquo;est-ce qui va changer ?</p>

<p>Elle r&eacute;fl&eacute;chit.</p>

<p>&mdash; Beaucoup de choses.</p>

<p>&mdash; Lesquelles ?</p>

<p>&mdash; Progressivement.</p>

<p>Ren&eacute; soupira.</p>

<p>&mdash; Vous ne me direz rien.</p>

<p>&mdash; Pas aujourd&rsquo;hui.</p>

<p>&mdash; Pourquoi ?</p>

<p>Madame Thomas regarda la route.</p>

<p>&mdash; Parce que si je te donnais maintenant une liste de cinquante cons&eacute;quences, ton cerveau passerait les trois prochains jours &agrave; les analyser une par une.</p>

<p>Ren&eacute; ne put le nier.</p>

<p>&mdash; Et ce serait mauvais ?</p>

<p>&mdash; Non.</p>

<p>Elle marqua une pause.</p>

<p>&mdash; Mais tu essaierais de comprendre ton nouveau statut avant de l&rsquo;avoir v&eacute;cu.</p>

<p>Cette phrase l&rsquo;arr&ecirc;ta.</p>

<p>Madame Thomas poursuivit :</p>

<p>&mdash; Je pr&eacute;f&egrave;re l&rsquo;inverse.</p>

<p>&mdash; Le vivre avant de le comprendre ?</p>

<p>&mdash; Exactement.</p>

<p>***</p>

<p>Quelques kilom&egrave;tres plus loin, elle ajouta :</p>

<p>&mdash; Il y a cependant une chose que tu peux d&eacute;j&agrave; comprendre.</p>

<p>Ren&eacute; releva imm&eacute;diatement la t&ecirc;te.</p>

<p>&mdash; Laquelle ?</p>

<p>Madame Thomas regarda le r&eacute;troviseur.</p>

<p>&mdash; Jusqu&rsquo;&agrave; ce matin, tu pensais que devenir ma propri&eacute;t&eacute; serait essentiellement une modification de notre relation.</p>

<p>Ren&eacute; acquies&ccedil;a.</p>

<p>&mdash; Oui.</p>

<p>&mdash; Ce n&rsquo;est pas cela.</p>

<p>&mdash; Alors quoi ?</p>

<p>Elle prit quelques secondes avant de r&eacute;pondre.</p>

<p>&mdash; <strong>C&rsquo;est une modification de ta place dans le monde.</strong></p>

<p>Ren&eacute; ne dit rien.</p>

<p>Madame Thomas reporta son regard sur la route.</p>

<p>Puis son t&eacute;l&eacute;phone sonna de nouveau.</p>

<p>&mdash; Thomas.</p>

<p>Et elle recommen&ccedil;a &agrave; parler travail.</p>

<p>Comme si elle venait de prononcer la chose la plus ordinaire du monde.</p>

<p>***</p>

<p>Ren&eacute; resta derri&egrave;re elle.</p>

<p>Dans la cage qu&rsquo;il avait lui-m&ecirc;me choisie, assembl&eacute;e et s&eacute;curis&eacute;e sans savoir qu&rsquo;elle serait la sienne.</p>

<p>Il regarda le sac de Madame Thomas pos&eacute; sur son ancien si&egrave;ge.</p>

<p>Il &eacute;couta sa Ma&icirc;tresse n&eacute;gocier tranquillement une affaire professionnelle.</p>

<p>Puis il ferma les yeux.</p>

<p>Il ne savait toujours pas exactement ce qu&rsquo;il &eacute;tait devenu.</p>

<p>Il ignorait encore les r&egrave;gles qui accompagneraient ce statut.</p>

<p>Il ne savait pas jusqu&rsquo;o&ugrave; Madame Thomas comptait aller.</p>

<p>Mais, pour la premi&egrave;re fois, il commen&ccedil;ait &agrave; comprendre que la v&eacute;ritable transformation ne r&eacute;sidait ni dans la puce, ni dans la laisse, ni m&ecirc;me dans la cage.</p>

<p>Elle r&eacute;sidait dans quelque chose de beaucoup plus vaste.</p>

<p>La veille, Ren&eacute; avait encore une vie dans laquelle Madame Thomas occupait une place immense.</p>

<p>Aujourd&rsquo;hui, la perspective s&rsquo;&eacute;tait invers&eacute;e.</p>

<p><strong>C&rsquo;&eacute;tait d&eacute;sormais lui qui devait apprendre quelle place il occuperait dans la vie de Madame Thomas.</strong></p>

<p>&nbsp;</p>

<p>&nbsp;</p>

<h1><strong>Chapitre XII &mdash; L&rsquo;inventaire</strong></h1>

<p>La voiture s&rsquo;immobilisa devant la maison.</p>

<p>Ren&eacute; ouvrit les yeux.</p>

<p>Pendant quelques secondes, il attendit le bruit familier du moteur qui s&rsquo;arr&ecirc;tait, puis celui de la porti&egrave;re de Madame Thomas.</p>

<p>Elle descendit.</p>

<p>Ren&eacute; se redressa dans la cage.</p>

<p>Il entendit ses pas contourner le v&eacute;hicule.</p>

<p>Puis plus rien.</p>

<p>Il attendit.</p>

<p>La porte du coffre ne s&rsquo;ouvrit pas.</p>

<p>Une minute passa.</p>

<p>Puis deux.</p>

<p>Ren&eacute; essaya de regarder &agrave; travers les vitres, mais sa position ne lui permettait d&rsquo;apercevoir qu&rsquo;une partie de l&rsquo;ext&eacute;rieur.</p>

<p>Il entendit finalement la voix de Madame Thomas.</p>

<p>&mdash; All&ocirc; ? Salut Sophie.</p>

<p>Son ton avait chang&eacute;.</p>

<p>L&rsquo;avocate avait disparu.</p>

<p>La Ma&icirc;tresse aussi.</p>

<p>C&rsquo;&eacute;tait simplement une Femme qui t&eacute;l&eacute;phonait &agrave; une amie.</p>

<p>&mdash; Oui, je viens juste de rentrer.</p>

<p>Ren&eacute; eut un sourire amer.</p>

<p><em>Nous venons juste de rentrer</em>, pensa-t-il.</p>

<p>Mais non.</p>

<p>Elle venait de rentrer.</p>

<p>Lui attendait toujours dans le coffre.</p>

<p>&mdash; Ce soir ? Oui, pourquoi pas.</p>

<p>Un silence.</p>

<p>&mdash; Chez moi, si tu veux.</p>

<p>Ren&eacute; releva la t&ecirc;te.</p>

<p>Ce soir ?</p>

<p>Madame Thomas rit.</p>

<p>&mdash; Non, aucun probl&egrave;me. Vers vingt heures ?</p>

<p>Une r&eacute;ponse.</p>

<p>&mdash; Parfait. Je m&rsquo;occupe de quelque chose &agrave; manger.</p>

<p>Ren&eacute; &eacute;coutait, stup&eacute;fait par la banalit&eacute; de la conversation.</p>

<p>Quelques dizaines de minutes auparavant, Madame Thomas lui avait expliqu&eacute; que sa place dans le monde venait de changer.</p>

<p>Et maintenant elle organisait un d&icirc;ner.</p>

<p>&mdash; &Agrave; ce soir alors. Je t&rsquo;embrasse.</p>

<p>Elle raccrocha.</p>

<p>Quelques secondes plus tard, le coffre s&rsquo;ouvrit.</p>

<p>La lumi&egrave;re entra brutalement.</p>

<p>Madame Thomas le regarda.</p>

<p>&mdash; Nous avons de la visite ce soir.</p>

<p>Ren&eacute; ouvrit la bouche.</p>

<p>Puis s&rsquo;arr&ecirc;ta.</p>

<p>Il ne savait m&ecirc;me plus quelle question poser en premier.</p>

<p>Madame Thomas sourit.</p>

<p>&mdash; Tu r&eacute;fl&eacute;chis encore.</p>

<p>&mdash; Beaucoup.</p>

<p>&mdash; Je vois &ccedil;a.</p>

<p>Elle ouvrit la cage.</p>

<p>***</p>

<p>Ren&eacute; commen&ccedil;a &agrave; sortir.</p>

<p>&mdash; Attends.</p>

<p>Il s&rsquo;immobilisa.</p>

<p>Madame Thomas prit la laisse et la fixa &agrave; son collier.</p>

<p>Le geste &eacute;tait devenu presque naturel.</p>

<p>Pour elle, du moins.</p>

<p>Ren&eacute; regarda la porte de la maison.</p>

<p>Puis sa Ma&icirc;tresse.</p>

<p>&mdash; Madame&hellip;</p>

<p>Elle attendit.</p>

<p>&mdash; Je dois vraiment&hellip;</p>

<p>Il regarda le sol.</p>

<p>Madame Thomas comprit.</p>

<p>&mdash; Oui.</p>

<p>&mdash; Jusqu&rsquo;&agrave; la maison ?</p>

<p>&mdash; Jusqu&rsquo;&agrave; ce que je d&eacute;cide autrement.</p>

<p>Il h&eacute;sita.</p>

<p>La rue &eacute;tait calme.</p>

<p>Mais elle n&rsquo;&eacute;tait pas vide.</p>

<p>&mdash; Quelqu&rsquo;un pourrait me voir.</p>

<p>&mdash; C&rsquo;est possible.</p>

<p>&mdash; Et cela ne vous d&eacute;range pas ?</p>

<p>Madame Thomas sembla sinc&egrave;rement r&eacute;fl&eacute;chir &agrave; la question.</p>

<p>&mdash; Non.</p>

<p>Puis elle ajouta :</p>

<p>&mdash; Et toi ?</p>

<p>Ren&eacute; regarda autour de lui.</p>

<p>Son ancienne r&eacute;ponse aurait &eacute;t&eacute; imm&eacute;diate.</p>

<p>Aujourd&rsquo;hui, il ne savait plus.</p>

<p>&mdash; Si je vous dis oui ?</p>

<p>&mdash; Je l&rsquo;entendrai.</p>

<p>&mdash; Mais vous ne changerez pas forc&eacute;ment d&rsquo;avis.</p>

<p>&mdash; Tu apprends vite.</p>

<p>Elle exer&ccedil;a une l&eacute;g&egrave;re tension sur la laisse.</p>

<p>&mdash; &Agrave; quatre pattes.</p>

<p>Ren&eacute; inspira profond&eacute;ment.</p>

<p>Puis ob&eacute;it.</p>

<p>***</p>

<p>Les premiers m&egrave;tres furent les plus difficiles.</p>

<p>Pas physiquement.</p>

<p>Mentalement.</p>

<p>Chaque bruit semblait annoncer un t&eacute;moin.</p>

<p>Une porti&egrave;re.</p>

<p>Une fen&ecirc;tre.</p>

<p>Des pas.</p>

<p>Ren&eacute; s&rsquo;attendait &agrave; chaque instant &agrave; entendre quelqu&rsquo;un l&rsquo;appeler.</p>

<p>Personne ne le fit.</p>

<p>Madame Thomas avan&ccedil;ait normalement.</p>

<p>Ni vite ni lentement.</p>

<p>Elle ne regardait pas derri&egrave;re elle pour v&eacute;rifier qu&rsquo;il suivait.</p>

<p>La tension de la laisse suffisait.</p>

<p>Ren&eacute; comprit soudain quelque chose.</p>

<p>Elle n&rsquo;&eacute;tait pas en train de l&rsquo;exhiber.</p>

<p>Elle rentrait simplement chez elle.</p>

<p>Avec lui.</p>

<p>Cette diff&eacute;rence &eacute;tait vertigineuse.</p>

<p>***</p>

<p>Une fois &agrave; l&rsquo;int&eacute;rieur, Ren&eacute; pensa qu&rsquo;elle lui permettrait de se relever.</p>

<p>Madame Thomas continua pourtant vers son bureau.</p>

<p>Il suivit.</p>

<p>Elle ouvrit la porte, posa son sac, puis s&rsquo;installa dans son fauteuil.</p>

<p>&mdash; Ici.</p>

<p>Elle indiqua l&rsquo;espace sous le bureau.</p>

<p>Ren&eacute; la regarda.</p>

<p>&mdash; Sous votre bureau ?</p>

<p>&mdash; Oui.</p>

<p>Il se pla&ccedil;a &agrave; l&rsquo;endroit d&eacute;sign&eacute;.</p>

<p>Madame Thomas arrangea l&eacute;g&egrave;rement sa position avec le pied.</p>

<p>&mdash; Voil&agrave;.</p>

<p>Puis elle attrapa son t&eacute;l&eacute;phone.</p>

<p>Ren&eacute; attendit.</p>

<p>Elle chercha un num&eacute;ro.</p>

<p>&mdash; Je dois r&eacute;gler une formalit&eacute;.</p>

<p>Elle lan&ccedil;a l&rsquo;appel.</p>

<p>***</p>

<p>&mdash; Bonjour Ma&icirc;tre. Thomas &agrave; l&rsquo;appareil.</p>

<p>Ren&eacute; releva imm&eacute;diatement la t&ecirc;te.</p>

<p><em>Ma&icirc;tre.</em></p>

<p>Un notaire.</p>

<p>La voix professionnelle de Madame Thomas &eacute;tait revenue.</p>

<p>&mdash; Oui, tr&egrave;s bien, merci.</p>

<p>Une pause.</p>

<p>&mdash; Je vous appelle parce que je souhaite apporter une modification &agrave; mon inventaire patrimonial.</p>

<p>Ren&eacute; cessa presque de respirer.</p>

<p>Madame Thomas croisa les jambes.</p>

<p>Une de ses bottes se retrouva &agrave; quelques centim&egrave;tres de son visage.</p>

<p>&mdash; Oui. Un nouveau bien.</p>

<p>Ren&eacute; regarda la botte.</p>

<p>Puis leva les yeux vers elle.</p>

<p>Madame Thomas continuait sa conversation comme s&rsquo;il n&rsquo;&eacute;tait pas l&agrave;.</p>

<p>&mdash; L&rsquo;acquisition est effective depuis cet apr&egrave;s-midi.</p>

<p>Un silence.</p>

<p>&mdash; J&rsquo;ai l&rsquo;acte avec moi.</p>

<p>Ren&eacute; sentit son c&oelig;ur acc&eacute;l&eacute;rer.</p>

<p><em>L&rsquo;acte.</em></p>

<p>Donc les documents de Caroline n&rsquo;&eacute;taient pas les seuls.</p>

<p>&mdash; Oui, naturellement.</p>

<p>Madame Thomas ouvrit la chemise rapport&eacute;e de la clinique.</p>

<p>Elle en sortit plusieurs documents.</p>

<p>Ren&eacute; essaya de regarder.</p>

<p>Elle baissa les yeux.</p>

<p>Leurs regards se crois&egrave;rent.</p>

<p>Elle posa simplement un doigt devant ses l&egrave;vres.</p>

<p>Puis reprit :</p>

<p>&mdash; Je peux vous transmettre une copie imm&eacute;diatement.</p>

<p>Elle posa le t&eacute;l&eacute;phone et ouvrit l&rsquo;application de num&eacute;risation.</p>

<p>Page apr&egrave;s page, elle scanna le document.</p>

<p>Ren&eacute; ne distinguait que des fragments.</p>

<p>Son pr&eacute;nom.</p>

<p>Des r&eacute;f&eacute;rences.</p>

<p>Une date.</p>

<p>Puis, sur une page, deux mots qu&rsquo;il r&eacute;ussit &agrave; lire.</p>

<p><strong>Acte de propri&eacute;t&eacute;.</strong></p>

<p>Il resta fig&eacute;.</p>

<p>Madame Thomas termina la num&eacute;risation.</p>

<p>&mdash; Je vous l&rsquo;envoie maintenant.</p>

<p>Quelques secondes.</p>

<p>&mdash; Voil&agrave;. Vous devriez l&rsquo;avoir.</p>

<p>Elle attendit.</p>

<p>&mdash; Oui.</p>

<p>Une nouvelle pause.</p>

<p>&mdash; Exactement. Je souhaite qu&rsquo;il soit ajout&eacute; &agrave; l&rsquo;inventaire avec mes autres biens.</p>

<p>Ren&eacute; ferma les yeux.</p>

<p>Il avait entendu parfaitement.</p>

<p><em>Mes autres biens.</em></p>

<p>Pas :</p>

<p><em>Mon partenaire.</em></p>

<p>Pas :</p>

<p><em>Mon soumis.</em></p>

<p>Pas m&ecirc;me :</p>

<p><em>Mon esclave.</em></p>

<p><strong>Un bien.</strong></p>

<p>***</p>

<p>Madame Thomas continua &agrave; discuter avec le notaire.</p>

<p>Des termes administratifs.</p>

<p>Des r&eacute;f&eacute;rences.</p>

<p>Des modalit&eacute;s que Ren&eacute; comprenait &agrave; peine.</p>

<p>Ou peut-&ecirc;tre son esprit refusait-il simplement de les traiter.</p>

<p>Il sentit soudain la pointe de la botte de Madame Thomas toucher l&eacute;g&egrave;rement son &eacute;paule.</p>

<p>Il ouvrit les yeux.</p>

<p>Elle le regardait.</p>

<p>Toujours au t&eacute;l&eacute;phone.</p>

<p>Puis elle d&eacute;signa sa botte.</p>

<p>Ren&eacute; h&eacute;sita.</p>

<p>Elle sourit.</p>

<p>Il comprit l&rsquo;autorisation.</p>

<p>Il se rapprocha, Madame posa la pointe de sa botte sur la bouche de Ren&eacute;, qui commen&ccedil;a &agrave; l&eacute;cher.</p>

<p>Madame Thomas reprit imm&eacute;diatement sa conversation.</p>

<p>&mdash; Non, je pr&eacute;f&egrave;re que la modification apparaisse d&egrave;s la prochaine version de l&rsquo;inventaire.</p>

<p>***</p>

<p>Lorsqu&rsquo;il releva les yeux quelques instants plus tard, Madame Thomas travaillait toujours.</p>

<p>Elle avait ouvert son ordinateur.</p>

<p>Une main manipulait le pav&eacute; tactile.</p>

<p>L&rsquo;autre tenait le t&eacute;l&eacute;phone.</p>

<p>Elle ne regardait plus Ren&eacute;.</p>

<p>Et pourtant sa botte restait pr&egrave;s de lui, comme une permission silencieuse qu&rsquo;elle n&rsquo;avait pas retir&eacute;e.</p>

<p>Ren&eacute; comprit que m&ecirc;me ce geste auquel il attachait tant de valeur pouvait d&eacute;sormais devenir une activit&eacute; secondaire dans la journ&eacute;e de Madame Thomas.</p>

<p>Elle travaillait.</p>

<p>Lui occupait sa place.</p>

<p>C&rsquo;&eacute;tait tout.</p>

<p>***</p>

<p>&mdash; Parfait, dit-elle finalement. Merci, Ma&icirc;tre.</p>

<p>Elle &eacute;couta encore quelques secondes.</p>

<p>&mdash; Oui. Bonne soir&eacute;e &agrave; vous &eacute;galement.</p>

<p>Elle raccrocha.</p>

<p>Ren&eacute; attendit.</p>

<p>Madame Thomas continua pourtant &agrave; regarder son &eacute;cran.</p>

<p>Une minute.</p>

<p>Puis deux.</p>

<p>Elle r&eacute;pondit &agrave; un courrier.</p>

<p>Ren&eacute; finit par relever la t&ecirc;te.</p>

<p>&mdash; Madame&hellip;</p>

<p>Elle s&rsquo;arr&ecirc;ta imm&eacute;diatement.</p>

<p>Pas brusquement.</p>

<p>Elle baissa simplement les yeux vers lui.</p>

<p>&mdash; Pourquoi parles-tu ?</p>

<p>La question le d&eacute;stabilisa.</p>

<p>&mdash; Je voulais vous demander&hellip;</p>

<p>&mdash; Je sais que tu voulais me demander quelque chose.</p>

<p>Elle se pencha l&eacute;g&egrave;rement.</p>

<p>&mdash; Ma question est diff&eacute;rente.</p>

<p>Ren&eacute; comprit qu&rsquo;il venait de manquer quelque chose.</p>

<p>&mdash; Je ne sais pas.</p>

<p>Madame Thomas referma son ordinateur.</p>

<p>Puis pivota l&eacute;g&egrave;rement son fauteuil pour pouvoir le regarder.</p>

<p>&mdash; Alors nous allons &eacute;tablir une premi&egrave;re r&egrave;gle.</p>

<p>Ren&eacute; attendit.</p>

<p>Elle prit quelques secondes.</p>

<p>Comme toujours lorsqu&rsquo;elle voulait que chaque mot soit parfaitement compris.</p>

<p>&mdash; <strong>Tu ne parles que lorsque je t&rsquo;y autorise.</strong></p>

<p>Ren&eacute; resta silencieux.</p>

<p>Madame Thomas sourit.</p>

<p>&mdash; Tr&egrave;s bien.</p>

<p>Puis :</p>

<p>&mdash; Maintenant, tu peux parler.</p>

<p>Le contraste &eacute;tait presque absurde.</p>

<p>&mdash; Cette r&egrave;gle est permanente ?</p>

<p>&mdash; Voil&agrave; une bonne question.</p>

<p>Elle r&eacute;fl&eacute;chit.</p>

<p>&mdash; Consid&egrave;re que oui, lorsque tu occupes une place que je t&rsquo;ai assign&eacute;e ou lorsque je t&rsquo;ai plac&eacute; sous mon autorit&eacute; directe. Je pourrai &eacute;videmment te donner davantage de libert&eacute; selon les circonstances.</p>

<p>&mdash; Et si j&rsquo;ai quelque chose d&rsquo;important &agrave; signaler ?</p>

<p>Le visage de Madame Thomas redevint s&eacute;rieux.</p>

<p>&mdash; Alors tu le signales.</p>

<p>&mdash; M&ecirc;me sans autorisation ?</p>

<p>&mdash; Toujours.</p>

<p>Elle se pencha.</p>

<p>&mdash; Ob&eacute;ir ne signifie pas devenir stupide, Ren&eacute;. Si tu as mal, si quelque chose pr&eacute;sente un risque, si tu constates un probl&egrave;me que je n&rsquo;ai pas vu, tu me le signales imm&eacute;diatement.</p>

<p>Il acquies&ccedil;a.</p>

<p>&mdash; Compris ?</p>

<p>&mdash; Oui, Madame.</p>

<p>Elle leva un sourcil.</p>

<p>Ren&eacute; se figea.</p>

<p>Puis comprit.</p>

<p>Elle ne lui avait pas donn&eacute; l&rsquo;autorisation de r&eacute;pondre.</p>

<p>Madame Thomas sourit.</p>

<p>&mdash; Tu vois ? Il va falloir apprendre.</p>

<p>Elle posa une main sur sa t&ecirc;te.</p>

<p>&mdash; R&eacute;ponds.</p>

<p>&mdash; Oui, Madame.</p>

<p>&mdash; Bien.</p>

<p>***</p>

<p>Elle rouvrit son ordinateur.</p>

<p>Ren&eacute; resta sous le bureau.</p>

<p>Quelques minutes plus tard, Madame Thomas re&ccedil;ut un message.</p>

<p>Elle le lut.</p>

<p>Sourit.</p>

<p>Puis regarda Ren&eacute;.</p>

<p>&mdash; Sophie arrivera &agrave; vingt heures.</p>

<p>Il eut imm&eacute;diatement envie de demander :</p>

<p><em>Et moi ?</em></p>

<p>Il se retint.</p>

<p>Madame Thomas le remarqua.</p>

<p>&mdash; Tr&egrave;s bien.</p>

<p>Elle semblait satisfaite.</p>

<p>&mdash; Tu apprends d&eacute;j&agrave;.</p>

<p>Ren&eacute; attendit.</p>

<p>Elle le laissa attendre quelques secondes suppl&eacute;mentaires.</p>

<p>Puis :</p>

<p>&mdash; Tu peux poser ta question.</p>

<p>&mdash; Que dois-je faire pendant votre d&icirc;ner ?</p>

<p>Madame Thomas le regarda longuement.</p>

<p>Ren&eacute; vit revenir cette expression qu&rsquo;il connaissait d&eacute;sormais trop bien.</p>

<p>Celle de la joueuse d&rsquo;&eacute;checs qui savait d&eacute;j&agrave; o&ugrave; elle voulait conduire la partie.</p>

<p>&mdash; Je n&rsquo;ai pas encore d&eacute;cid&eacute;.</p>

<p>&mdash; Est-ce que Sophie sait ?</p>

<p>Madame Thomas sourit.</p>

<p>&mdash; Quoi donc ?</p>

<p>Ren&eacute; chercha la formulation exacte.</p>

<p>&mdash; Ce que je suis devenu.</p>

<p>Le sourire de Madame Thomas s&rsquo;&eacute;largit l&eacute;g&egrave;rement.</p>

<p>&mdash; Non.</p>

<p>Ren&eacute; sentit son estomac se nouer.</p>

<p>&mdash; Vous allez lui dire ?</p>

<p>Elle posa doucement la main sur sa t&ecirc;te.</p>

<p>Puis reprit cette caresse lente qui l&rsquo;avait accompagn&eacute; pendant toute l&rsquo;identification.</p>

<p>&mdash; Ren&eacute;.</p>

<p>&mdash; Oui, Madame ?</p>

<p>&mdash; Je viens de faire inscrire un nouveau bien &agrave; mon inventaire.</p>

<p>Elle regarda l&rsquo;heure.</p>

<p>&mdash; Et dans quelques heures, une amie vient d&icirc;ner chez moi.</p>

<p>Sa main continua de parcourir ses cheveux.</p>

<p>&mdash; Il va bien falloir, t&ocirc;t ou tard, que j&rsquo;apprenne comment je souhaite pr&eacute;senter ce qui m&rsquo;appartient.</p>

<p>Ren&eacute; resta immobile.</p>

<p>Madame Thomas se remit au travail.</p>

<p>Cette fois, il ne posa aucune autre question.</p>

<p>Sous le bureau, &agrave; c&ocirc;t&eacute; des bottes qu&rsquo;il avait autrefois contempl&eacute;es comme un fantasme, il commen&ccedil;a &agrave; comprendre que le chapitre pr&eacute;c&eacute;dent n&rsquo;&eacute;tait pas une m&eacute;taphore.</p>

<p>Sa place dans le monde avait r&eacute;ellement commenc&eacute; &agrave; changer.</p>

<p>Et &agrave; vingt heures, pour la premi&egrave;re fois, <strong>quelqu&rsquo;un d&rsquo;ext&eacute;rieur &agrave; leur petit cercle allait peut-&ecirc;tre le d&eacute;couvrir.</strong></p>]]></description>
			<guid>https://www.bdsm.fr/blog/12713/le-JOUR-OÙ-JE-SUIS-DEVENU…-Chapitre-11-et-12/</guid>
			<pubDate>Sun, 06 Sep 2026 08:23:18 +0000</pubDate>
			<dc:creator>Altair1912</dc:creator>
		</item>
		<item>
			<title>Altair1912 a posté un article.</title>
			<link>https://www.bdsm.fr/blog/12710/LE-JOUR-OÙ-JE-SUIS-DEVENU…-Chapitre-9-et-10/</link>
			<description><![CDATA[<h1>Chapitre IX &mdash; Le choix</h1>

<p>Madame Thomas s&rsquo;approcha.</p>

<p>Sa voix &eacute;tait devenue plus douce.</p>

<p>&mdash; Tu m&rsquo;as dit vouloir m&rsquo;appartenir r&eacute;ellement.</p>

<p>Ren&eacute; ne r&eacute;pondit pas.</p>

<p>&mdash; Tu m&rsquo;as dit vouloir que le pouvoir soit v&eacute;ritablement le mien. Que je d&eacute;cide des r&egrave;gles, de ta place, de la mani&egrave;re dont tu es gouvern&eacute;.</p>

<p>Elle se rapprocha encore.</p>

<p>&mdash; Depuis que je prends davantage de d&eacute;cisions pour toi, ta vie est-elle plus d&eacute;sordonn&eacute;e ou plus stable ?</p>

<p>&mdash; Plus stable.</p>

<p>&mdash; Plus anxieuse ou plus sereine ?</p>

<p>&mdash; Plus sereine.</p>

<p>&mdash; Je prends soin de toi ?</p>

<p>&mdash; Oui.</p>

<p>&mdash; Je continuerai.</p>

<p>Elle posa une main sur sa joue.</p>

<p>&mdash; Je serai m&ecirc;me beaucoup plus exigeante. Sur ta sant&eacute;. Ton &eacute;quilibre. Tes capacit&eacute;s. Je veux quelque chose dont je puisse &ecirc;tre fi&egrave;re.</p>

<p>Puis son sourire reparut.</p>

<p>&mdash; Et je t&rsquo;ai promis du cuir tous les jours.</p>

<p>Ren&eacute; eut malgr&eacute; lui un sourire.</p>

<p>&mdash; Vous savez tr&egrave;s bien ce que &ccedil;a me fait.</p>

<p>&mdash; Pr&eacute;cis&eacute;ment. Et c&rsquo;est pour cela que tu ne d&eacute;cideras pas &agrave; cause de &ccedil;a.</p>

<p>Elle recula.</p>

<p>&mdash; Ren&eacute;, je t&rsquo;ai conduit ici m&eacute;thodiquement. &Eacute;lise. Son rapport. Caroline. La cage. Toutes ces questions dans la voiture. Oui, j&rsquo;avais plusieurs coups d&rsquo;avance.</p>

<p>Son visage devint s&eacute;rieux.</p>

<p>&mdash; Mais pas celui-ci.</p>

<p>Elle d&eacute;tacha la laisse.</p>

<p>&mdash; La porte est l&agrave;.</p>

<p>Ren&eacute; regarda.</p>

<p>&mdash; Tu peux partir. Nous retirons la cage de la voiture. Nous arr&ecirc;tons tout.</p>

<p>&mdash; Et nous ?</p>

<p>Madame Thomas resta silencieuse quelques secondes.</p>

<p>&mdash; Nous aussi.</p>

<p>Il releva brusquement les yeux.</p>

<p>&mdash; Pourquoi ?</p>

<p>&mdash; Parce que je sais maintenant ce que je veux. Je ne veux plus jouer symboliquement &agrave; poss&eacute;der quelqu&rsquo;un. Je veux r&eacute;ellement assumer la responsabilit&eacute; de ce qui est &agrave; moi.</p>

<p>Elle indiqua la porte.</p>

<p>&mdash; Si ce n&rsquo;est pas ce que tu veux, tu retrouveras ta pauvre vie d&rsquo;homme autonome.</p>

<p>L&rsquo;ironie &eacute;tait l&eacute;g&egrave;re, mais la porte restait ouverte.</p>

<p>&mdash; Ce n&rsquo;est pas une mise en sc&egrave;ne ? demanda Ren&eacute;.</p>

<p>&mdash; Non.</p>

<p>&mdash; Une exp&eacute;rience ?</p>

<p>&mdash; Non.</p>

<p>&mdash; Vous prendrez soin de moi ?</p>

<p>Madame Thomas r&eacute;pondit sans h&eacute;siter :</p>

<p>&mdash; Toujours.</p>

<p>Ren&eacute; regarda encore la sortie.</p>

<p>Personne ne la bloquait.</p>

<p>Puis il revint vers elle.</p>

<p>&mdash; Je veux continuer.</p>

<p>&mdash; Ce n&rsquo;est pas assez pr&eacute;cis.</p>

<p>Il inspira.</p>

<p>&mdash; Je veux continuer &agrave; vous appartenir.</p>

<p>Madame Thomas le regarda longuement.</p>

<p>Puis elle se tourna vers Caroline.</p>

<p>&mdash; Maintenant, nous pouvons continuer.</p>

<p>Ren&eacute; jeta une derni&egrave;re fois un regard vers la porte ouverte.</p>

<p>Personne ne l&rsquo;avait ferm&eacute;e.</p>

<p>Et cela donnait &agrave; tout ce qui allait suivre une signification diff&eacute;rente.</p>

<p>&nbsp;</p>

<p>&nbsp;</p>

<h1>Chapitre X &mdash; L&rsquo;identification</h1>

<p>&mdash; Maintenant, nous pouvons continuer.</p>

<p>La phrase de Madame Thomas resta quelques secondes suspendues dans la pi&egrave;ce.</p>

<p>Caroline regarda Ren&eacute;.</p>

<p>Une derni&egrave;re fois.</p>

<p>Puis quelque chose changea.</p>

<p>Ce ne fut ni spectaculaire ni brutal. Aucun ordre ne fut donn&eacute;. Aucun geste particulier ne marqua la transition.</p>

<p>Elle cessa simplement de s&rsquo;adresser &agrave; lui.</p>

<p>Caroline se tourna vers Madame Thomas.</p>

<p>&mdash; Tr&egrave;s bien. Nous pouvons proc&eacute;der &agrave; l&rsquo;identification.</p>

<p>Ren&eacute; releva l&eacute;g&egrave;rement la t&ecirc;te.</p>

<p>Quelques minutes auparavant, il aurait imm&eacute;diatement demand&eacute; ce qu&rsquo;elle entendait par l&agrave;.</p>

<p>Cette fois, il se tut.</p>

<p>Il venait de choisir.</p>

<p>Et, manifestement, Caroline consid&eacute;rait que ce choix avait d&eacute;j&agrave; produit ses premiers effets.</p>

<p>&mdash; O&ugrave; voulez-vous que je la place ? demanda-t-elle.</p>

<p>Madame Thomas r&eacute;fl&eacute;chit.</p>

<p>Sa main vint se poser sur la t&ecirc;te de Ren&eacute;.</p>

<p>Elle caressa lentement ses cheveux.</p>

<p>Le geste &eacute;tait &eacute;trangement doux.</p>

<p>&mdash; Qu&rsquo;est-ce que vous conseillez ?</p>

<p>&mdash; L&rsquo;emplacement habituel. C&rsquo;est le plus simple pour les contr&ocirc;les ult&eacute;rieurs.</p>

<p>&mdash; Elle sera facilement d&eacute;tectable ?</p>

<p>&mdash; Oui.</p>

<p>Caroline ouvrit un tiroir.</p>

<p>Ren&eacute; suivit son mouvement des yeux.</p>

<p>Madame Thomas le sentit.</p>

<p>&mdash; Doucement.</p>

<p>Sa main glissa derri&egrave;re son oreille.</p>

<p>&mdash; Tout va bien.</p>

<p>Ren&eacute; ferma les yeux quelques secondes.</p>

<p>Caroline continuait &agrave; parler.</p>

<p>&mdash; Je vais d&rsquo;abord enregistrer les informations n&eacute;cessaires. Ensuite je pose la puce et je v&eacute;rifie imm&eacute;diatement sa lecture.</p>

<p>&mdash; Et apr&egrave;s ?</p>

<p>&mdash; Validation du dossier. Votre signature. Puis l&rsquo;enregistrement d&eacute;finitif.</p>

<p><em>Votre signature.</em></p>

<p>Ren&eacute; ouvrit les yeux.</p>

<p>&mdash; Il n&rsquo;a rien &agrave; signer ? demanda Madame Thomas.</p>

<p>Caroline consulta son &eacute;cran.</p>

<p>&mdash; Pas &agrave; cette &eacute;tape.</p>

<p>La main de Madame Thomas s&rsquo;immobilisa une fraction de seconde sur sa t&ecirc;te.</p>

<p>Puis recommen&ccedil;a ses caresses.</p>

<p>&mdash; Parfait.</p>

<p>Ren&eacute; sentit son c&oelig;ur acc&eacute;l&eacute;rer.</p>

<p>Ce mot avait pris une signification nouvelle.</p>

<p>***</p>

<p>Caroline pr&eacute;para son mat&eacute;riel.</p>

<p>Ren&eacute; regardait sans parvenir &agrave; d&eacute;tacher ses yeux de ses gestes.</p>

<p>Tout paraissait terriblement ordinaire.</p>

<p>C&rsquo;&eacute;tait pr&eacute;cis&eacute;ment ce qui rendait la sc&egrave;ne irr&eacute;elle.</p>

<p>Il avait imagin&eacute; son appartenance des centaines de fois.</p>

<p>Il l&rsquo;avait imagin&eacute;e sous forme de c&eacute;r&eacute;monies, de colliers, de serments, de mises en sc&egrave;ne.</p>

<p>Jamais sous la lumi&egrave;re blanche d&rsquo;une clinique.</p>

<p>Jamais avec une Femme consultant tranquillement un &eacute;cran.</p>

<p>Jamais avec des formulaires.</p>

<p>Caroline demanda :</p>

<p>&mdash; Nom ?</p>

<p>Madame Thomas r&eacute;pondit.</p>

<p>&mdash; Ren&eacute;.</p>

<p>&mdash; Date de naissance ?</p>

<p>Elle r&eacute;pondit encore.</p>

<p>Caroline saisit les informations.</p>

<p>&mdash; Adresse de rattachement ?</p>

<p>Madame Thomas donna la sienne.</p>

<p>Ren&eacute; tourna la t&ecirc;te vers elle.</p>

<p>Elle le regarda.</p>

<p>&mdash; Quoi ?</p>

<p>Il aurait voulu r&eacute;pondre.</p>

<p>Il ne trouva rien &agrave; dire.</p>

<p>Elle lui caressa la joue du dos des doigts.</p>

<p>&mdash; Reste tranquille.</p>

<p>Puis elle se tourna vers Caroline.</p>

<p>&mdash; Continuez.</p>

<p>Caroline continua.</p>

<p>Ren&eacute; entendait son existence devenir une succession de champs sur un &eacute;cran.</p>

<p>Nom.</p>

<p>Date.</p>

<p>Adresse.</p>

<p>Identification.</p>

<p>Propri&eacute;taire.</p>

<p>&Agrave; ce dernier mot, il releva brusquement la t&ecirc;te.</p>

<p>Caroline n&rsquo;eut aucune r&eacute;action.</p>

<p>Madame Thomas, si.</p>

<p>Sa main revint imm&eacute;diatement sur lui.</p>

<p>&mdash; Doucement.</p>

<p>&mdash; Madame&hellip;</p>

<p>Elle se pencha.</p>

<p>&mdash; Tu as choisi.</p>

<p>Il la regarda.</p>

<p>&mdash; Oui.</p>

<p>&mdash; Alors laisse-moi m&rsquo;occuper du reste.</p>

<p>Et elle recommen&ccedil;a &agrave; lui caresser la t&ecirc;te.</p>

<p>Ren&eacute; se tut.</p>

<p>***</p>

<p>Caroline se rapprocha.</p>

<p>&mdash; Je vais proc&eacute;der.</p>

<p>Elle parlait &agrave; Madame Thomas.</p>

<p>&mdash; Faites.</p>

<p>Ren&eacute; remarqua ce d&eacute;tail.</p>

<p>Pas :</p>

<p><em>Ren&eacute;, &ecirc;tes-vous pr&ecirc;t ?</em></p>

<p>Pas m&ecirc;me :</p>

<p><em>Ne bougez pas.</em></p>

<p>Caroline avait demand&eacute; &agrave; Madame Thomas.</p>

<p>Et Madame Thomas avait r&eacute;pondu.</p>

<p><em>Faites.</em></p>

<p>Quelque chose se renversa dans son esprit.</p>

<p>Quelques instants plus t&ocirc;t encore, il aurait pu interrompre toute la sc&egrave;ne.</p>

<p>La porte &eacute;tait rest&eacute;e ouverte.</p>

<p>Il avait choisi de ne pas la franchir.</p>

<p>Maintenant, les deux Femmes se comportaient exactement comme si elles avaient pris son choix au s&eacute;rieux.</p>

<p>Terriblement au s&eacute;rieux.</p>

<p>Madame Thomas se rapprocha de lui.</p>

<p>&mdash; Regarde-moi.</p>

<p>Il ob&eacute;it.</p>

<p>Elle sourit.</p>

<p>&mdash; Voil&agrave;.</p>

<p>Sa main passa lentement sur ses cheveux.</p>

<p>&mdash; Sage.</p>

<p>***</p>

<p>Caroline recula.</p>

<p>&mdash; C&rsquo;est fait.</p>

<p>Ren&eacute; resta immobile.</p>

<p>Il n&rsquo;avait rien ressenti qui soit &agrave; la hauteur de ce que repr&eacute;sentait cet instant.</p>

<p>C&rsquo;&eacute;tait presque d&eacute;cevant.</p>

<p>Puis il comprit que c&rsquo;&eacute;tait justement cela qui le bouleversait.</p>

<p>Un geste minuscule venait de mat&eacute;rialiser des ann&eacute;es de fantasmes, de conversations et de soumission.</p>

<p>Il regarda Madame Thomas.</p>

<p>&mdash; C&rsquo;est tout ?</p>

<p>Elle sourit.</p>

<p>&mdash; Tu t&rsquo;attendais &agrave; quoi ?</p>

<p>Ren&eacute; ne savait pas.</p>

<p>Des trompettes, peut-&ecirc;tre.</p>

<p>Une c&eacute;r&eacute;monie.</p>

<p>Quelque chose qui s&eacute;pare clairement l&rsquo;avant de l&rsquo;apr&egrave;s.</p>

<p>&Agrave; la place, Caroline avait d&eacute;j&agrave; repris un autre appareil.</p>

<p>&mdash; Je v&eacute;rifie la lecture.</p>

<p>Madame Thomas acquies&ccedil;a.</p>

<p>Caroline approcha le d&eacute;tecteur.</p>

<p>Ren&eacute; suivit l&rsquo;appareil des yeux.</p>

<p>Un signal retentit.</p>

<p>Court.</p>

<p>&Eacute;lectronique.</p>

<p>Ridiculement banal.</p>

<p>Caroline regarda l&rsquo;&eacute;cran.</p>

<p>&mdash; Parfait.</p>

<p>Madame Thomas cessa de caresser Ren&eacute;.</p>

<p>&mdash; Je peux voir ?</p>

<p>Caroline lui montra l&rsquo;appareil.</p>

<p>&mdash; Voil&agrave; le num&eacute;ro d&rsquo;identification.</p>

<p>Madame Thomas le lut attentivement.</p>

<p>&mdash; Celui-ci est unique ?</p>

<p>&mdash; Oui.</p>

<p>&mdash; Et il correspond maintenant au dossier ?</p>

<p>&mdash; Exactement.</p>

<p>Madame Thomas regarda Ren&eacute;.</p>

<p>Quelque chose brillait dans ses yeux.</p>

<p>&mdash; Tu entends ?</p>

<p>Ren&eacute; acquies&ccedil;a.</p>

<p>&mdash; Oui, Madame.</p>

<p>Elle posa de nouveau la main sur sa t&ecirc;te.</p>

<p>&mdash; Tu as ton num&eacute;ro.</p>

<p>Cette phrase produisit en lui un effet disproportionn&eacute;.</p>

<p>Il baissa les yeux.</p>

<p>Stup&eacute;faction.</p>

<p>Vertige.</p>

<p>Et, derri&egrave;re les deux, quelque chose qu&rsquo;il n&rsquo;osait presque pas nommer.</p>

<p>L&rsquo;accomplissement.</p>

<p>***</p>

<p>Caroline retourna derri&egrave;re son bureau.</p>

<p>Elle imprima plusieurs feuilles.</p>

<p>Le bruit de l&rsquo;imprimante sembla soudain envahir toute la pi&egrave;ce.</p>

<p>Une premi&egrave;re page sortit.</p>

<p>Puis une seconde.</p>

<p>Puis une troisi&egrave;me.</p>

<p>Caroline les ordonna soigneusement.</p>

<p>&mdash; Je vais vous demander de v&eacute;rifier les informations.</p>

<p>Elle pla&ccedil;a les documents devant Madame Thomas.</p>

<p>Ren&eacute; essaya instinctivement de voir.</p>

<p>Madame Thomas posa deux doigts sous son menton.</p>

<p>&mdash; Non.</p>

<p>Il la regarda.</p>

<p>&mdash; Mais&hellip;</p>

<p>&mdash; Ce sont mes documents.</p>

<p>La phrase &eacute;tait calme.</p>

<p>&Eacute;vidente.</p>

<p>Elle se pencha sur les formulaires.</p>

<p>Ren&eacute; resta l&agrave;.</p>

<p>&Agrave; quelques dizaines de centim&egrave;tres.</p>

<p>Il entendait les pages tourner.</p>

<p>&mdash; L&rsquo;adresse est correcte, dit Madame Thomas.</p>

<p>&mdash; Oui.</p>

<p>&mdash; L&rsquo;identification aussi.</p>

<p>&mdash; Oui.</p>

<p>Un silence.</p>

<p>Puis :</p>

<p>&mdash; Et cette rubrique ?</p>

<p>Caroline expliqua quelque chose &agrave; voix basse.</p>

<p>Madame Thomas relut.</p>

<p>&mdash; Tr&egrave;s bien.</p>

<p>Ren&eacute; ne distinguait qu&rsquo;une partie de la page.</p>

<p>Des cases.</p>

<p>Des r&eacute;f&eacute;rences.</p>

<p>Son pr&eacute;nom.</p>

<p>Et, plus loin, celui de Madame Thomas.</p>

<p>Il aurait voulu tout lire.</p>

<p>Comprendre exactement ce qui &eacute;tait en train d&rsquo;&ecirc;tre inscrit.</p>

<p>Mais quelque chose l&rsquo;emp&ecirc;chait de demander.</p>

<p>Peut-&ecirc;tre la main de Madame Thomas, revenue sur sa t&ecirc;te.</p>

<p>Peut-&ecirc;tre son choix quelques minutes auparavant.</p>

<p>Ou peut-&ecirc;tre simplement cette sensation vertigineuse de voir son r&ecirc;ve lui &eacute;chapper au moment m&ecirc;me o&ugrave; il devenait r&eacute;el.</p>

<p>Caroline indiqua le bas du document.</p>

<p>&mdash; Votre signature ici.</p>

<p>Madame Thomas prit le stylo.</p>

<p>Ren&eacute; la regarda signer.</p>

<p>Son &eacute;criture &eacute;tait rapide.</p>

<p>Assur&eacute;e.</p>

<p>La m&ecirc;me signature qu&rsquo;elle avait probablement appos&eacute;e sur des milliers de documents professionnels.</p>

<p>Un mouvement presque automatique.</p>

<p>Et pourtant Ren&eacute; eut l&rsquo;impression de regarder quelque chose d&rsquo;immense.</p>

<p>Une deuxi&egrave;me signature.</p>

<p>Puis une troisi&egrave;me.</p>

<p>Caroline r&eacute;cup&eacute;ra les documents.</p>

<p>Apposa &agrave; son tour les validations n&eacute;cessaires.</p>

<p>Quelques frappes sur son clavier.</p>

<p>Puis elle s&rsquo;arr&ecirc;ta.</p>

<p>&mdash; Voil&agrave;.</p>

<p>Madame Thomas releva les yeux.</p>

<p>&mdash; C&rsquo;est enregistr&eacute; ?</p>

<p>&mdash; Oui.</p>

<p>Ren&eacute; sentit son souffle se bloquer.</p>

<p>Caroline ajouta :</p>

<p>&mdash; Le dossier d&rsquo;identification est actif.</p>

<p>Madame Thomas ne r&eacute;pondit pas imm&eacute;diatement.</p>

<p>Elle regarda Ren&eacute;.</p>

<p>Puis elle sourit.</p>

<p>&mdash; Tr&egrave;s bien.</p>

<p>***</p>

<p>Caroline rangea les documents dans une chemise.</p>

<p>Elle la tendit &agrave; Madame Thomas.</p>

<p>Pas &agrave; Ren&eacute;.</p>

<p>&mdash; Gardez ceci avec vos autres documents.</p>

<p>&mdash; &Eacute;videmment.</p>

<p>Madame Thomas prit le dossier.</p>

<p>Ren&eacute; le suivit des yeux.</p>

<p>Caroline se leva.</p>

<p>&mdash; Pour moi, cette partie est termin&eacute;e.</p>

<p><em>Cette partie.</em></p>

<p>Encore.</p>

<p>Mais cette fois Ren&eacute; ne demanda pas quelle serait la suivante.</p>

<p>Il &eacute;tait incapable de penser suffisamment loin.</p>

<p>Madame Thomas s&rsquo;approcha de lui.</p>

<p>Sa main retrouva sa t&ecirc;te.</p>

<p>Elle le caressa lentement.</p>

<p>Comme elle l&rsquo;avait fait pendant toute la proc&eacute;dure.</p>

<p>Pour le calmer.</p>

<p>Pour le rassurer.</p>

<p>Ou simplement parce qu&rsquo;elle pouvait d&eacute;sormais donner &agrave; ce geste une signification qu&rsquo;il n&rsquo;avait jamais eue auparavant.</p>

<p>Ren&eacute; leva les yeux vers elle.</p>

<p>&mdash; Madame&hellip;</p>

<p>&mdash; Oui ?</p>

<p>Il chercha ses mots.</p>

<p>&mdash; Qu&rsquo;est-ce que je suis maintenant ?</p>

<p>Madame Thomas le contempla longuement.</p>

<p>Il attendait une d&eacute;finition.</p>

<p>Un statut.</p>

<p>Peut-&ecirc;tre m&ecirc;me ce mot qu&rsquo;elle lui avait fait prononcer.</p>

<p>Mais l&rsquo;avocate n&rsquo;avait manifestement pas termin&eacute; sa partie.</p>

<p>Elle se pencha vers lui.</p>

<p>&mdash; Tu veux d&eacute;j&agrave; toutes les r&eacute;ponses ?</p>

<p>Ren&eacute; eut un sourire nerveux.</p>

<p>&mdash; J&rsquo;aimerais au moins en avoir une.</p>

<p>&mdash; Tu viens d&rsquo;en recevoir une.</p>

<p>&mdash; Laquelle ?</p>

<p>Madame Thomas ouvrit la chemise que Caroline venait de lui remettre.</p>

<p>Elle en sortit un document.</p>

<p>Le regarda.</p>

<p>Puis le rangea sans le montrer &agrave; Ren&eacute;.</p>

<p>&mdash; Lorsque Caroline a pass&eacute; son lecteur, qui lui a-t-il permis d&rsquo;identifier ?</p>

<p>Ren&eacute; resta silencieux.</p>

<p>&mdash; Moi.</p>

<p>&mdash; Et lorsque Caroline a rempli le dossier, qui a sign&eacute; ?</p>

<p>Il regarda sa Ma&icirc;tresse.</p>

<p>&mdash; Vous.</p>

<p>&mdash; Et &agrave; qui Caroline a-t-elle remis les documents ?</p>

<p>&mdash; &Agrave; vous.</p>

<p>Madame Thomas sourit.</p>

<p>Puis sa main descendit jusqu&rsquo;au collier de Ren&eacute;.</p>

<p>&mdash; Alors ne me demande pas encore ce que tu es.</p>

<p>Elle exer&ccedil;a une l&eacute;g&egrave;re traction, juste assez pour attirer toute son attention.</p>

<p>&mdash; Commence par comprendre <strong>&agrave; qui tu es</strong>.</p>

<p>Ren&eacute; ferma les yeux.</p>

<p>Le d&eacute;tecteur.</p>

<p>Le signal &eacute;lectronique.</p>

<p>La signature.</p>

<p>Le dossier pass&eacute; des mains de Caroline &agrave; celles de Madame Thomas.</p>

<p>Il avait r&ecirc;v&eacute; d&rsquo;appartenance pendant des ann&eacute;es.</p>

<p>Et maintenant qu&rsquo;on venait de lui en donner une repr&eacute;sentation tangible, il d&eacute;couvrait qu&rsquo;il n&rsquo;&eacute;prouvait ni triomphe ni peur pure.</p>

<p>Il &eacute;tait quelque part entre les deux.</p>

<p>Dans un &eacute;tat second.</p>

<p>Madame Thomas recommen&ccedil;a &agrave; lui caresser les cheveux.</p>

<p>&mdash; Tout va bien, Ren&eacute;.</p>

<p>Il ouvrit les yeux.</p>

<p>&mdash; Oui, Madame.</p>

<p>Caroline les observait d&eacute;sormais en silence.</p>

<p>Madame Thomas regarda sa montre.</p>

<p>Puis la v&eacute;t&eacute;rinaire.</p>

<p>&mdash; Nous avons termin&eacute; ?</p>

<p>Caroline eut un l&eacute;ger sourire.</p>

<p>&mdash; <strong>L&rsquo;identification, oui.</strong></p>

<p>Ren&eacute; sentit imm&eacute;diatement le poids du dernier mot.</p>

<p>Madame Thomas aussi.</p>

<p>&mdash; Tr&egrave;s bien.</p>

<p>Elle prit la laisse.</p>

<p>&mdash; Alors passons &agrave; la suite.</p>]]></description>
			<guid>https://www.bdsm.fr/blog/12710/LE-JOUR-OÙ-JE-SUIS-DEVENU…-Chapitre-9-et-10/</guid>
			<pubDate>Sat, 05 Sep 2026 14:14:48 +0000</pubDate>
			<dc:creator>Altair1912</dc:creator>
		</item>
		<item>
			<title>Altair1912 a posté un article.</title>
			<link>https://www.bdsm.fr/blog/12708/Le-joUR-OÙ-JE-SUIS-DEVENU…-Chapitre-7-et-8/</link>
			<description><![CDATA[<h1><strong>Chapitre VII &mdash; Le chien</strong></h1>

<p>Ren&eacute; tint moins de deux kilom&egrave;tres.</p>

<p>La cage occupait toujours une bonne partie du coffre.</p>

<p>Il ne pouvait pas la voir depuis son si&egrave;ge, mais sa pr&eacute;sence semblait avoir envahi toute la voiture.</p>

<p>Madame Thomas conduisait tranquillement.</p>

<p>Ren&eacute; regardait la route.</p>

<p>Il avait accept&eacute; l&#39;id&eacute;e.</p>

<p>Enfin, presque.</p>

<p>&mdash; Madame ?</p>

<p>&mdash; Oui ?</p>

<p>&mdash; Il est d&eacute;j&agrave; dress&eacute; ?</p>

<p>Elle ne tourna m&ecirc;me pas la t&ecirc;te.</p>

<p>&mdash; Qui ?</p>

<p>Ren&eacute; soupira.</p>

<p>&mdash; Le chien.</p>

<p>&mdash; Ah. Le chien.</p>

<p>Il n&#39;aimait pas la fa&ccedil;on dont elle avait prononc&eacute; ces deux mots.</p>

<p>&mdash; Oui. Il est dress&eacute; ?</p>

<p>Madame Thomas r&eacute;fl&eacute;chit.</p>

<p>&mdash; Il conna&icirc;t d&eacute;j&agrave; un certain nombre de r&egrave;gles.</p>

<p>&mdash; Lesquelles ?</p>

<p>&mdash; Rester &agrave; sa place. Attendre. Ob&eacute;ir.</p>

<p>Ren&eacute; acquies&ccedil;a.</p>

<p>&mdash; C&#39;est d&eacute;j&agrave; &ccedil;a.</p>

<p>Un l&eacute;ger sourire apparut sur le visage de Madame Thomas.</p>

<p>&mdash; Pour toi, ce sont les choses importantes ?</p>

<p>&mdash; Pour un chien qui va vivre avec nous ? Oui.</p>

<p>&mdash; Pourquoi ?</p>

<p>Ren&eacute; r&eacute;fl&eacute;chit.</p>

<p>&mdash; Parce qu&#39;il doit comprendre qu&#39;il y a des r&egrave;gles dans une maison.</p>

<p>&mdash; Et s&#39;il ne les respecte pas ?</p>

<p>&mdash; On le dresse.</p>

<p>Madame Thomas tourna bri&egrave;vement la t&ecirc;te vers lui.</p>

<p>&mdash; Comment ?</p>

<p>&mdash; Je ne sais pas. Je ne suis pas &eacute;ducateur canin.</p>

<p>&mdash; Mais tu as forc&eacute;ment une id&eacute;e.</p>

<p>Ren&eacute; haussa les &eacute;paules.</p>

<p>&mdash; On lui apprend ce qui est permis et ce qui ne l&#39;est pas. On le r&eacute;compense quand il fait juste. On le corrige quand il fait faux.</p>

<p>Madame Thomas acquies&ccedil;a.</p>

<p>&mdash; Et qui d&eacute;cide de ce qui est permis ?</p>

<p>&mdash; Vous, j&#39;imagine. Ce sera votre chien.</p>

<p>&mdash; &Eacute;videmment.</p>

<p>Elle reporta son attention sur la route.</p>

<p>&mdash; C&#39;est une conception assez claire de l&#39;autorit&eacute;.</p>

<p>Ren&eacute; la regarda.</p>

<p>&mdash; On parle toujours d&#39;un chien ?</p>

<p>Madame Thomas sourit.</p>

<p>&mdash; C&#39;est toi qui en parles depuis le d&eacute;part.</p>

<p>Il n&#39;avait rien &agrave; r&eacute;pondre &agrave; cela.</p>

<p>***</p>

<p>Quelques minutes pass&egrave;rent.</p>

<p>&mdash; Il faudra acheter des affaires.</p>

<p>&mdash; Probablement.</p>

<p>&mdash; Une laisse.</p>

<p>&mdash; J&#39;en ai d&eacute;j&agrave;.</p>

<p>Ren&eacute; tourna la t&ecirc;te.</p>

<p>&mdash; Vous avez d&eacute;j&agrave; une laisse ?</p>

<p>&mdash; Plusieurs.</p>

<p>Il r&eacute;fl&eacute;chit.</p>

<p>C&#39;&eacute;tait vrai.</p>

<p>Madame Thomas poss&eacute;dait effectivement plusieurs laisses.</p>

<p>Il n&#39;avait simplement jamais pens&eacute; qu&#39;elles pourraient un jour servir &agrave; un chien.</p>

<p>&mdash; D&#39;accord. Un collier.</p>

<p>&mdash; J&#39;ai aussi.</p>

<p>&mdash; Pour chien ?</p>

<p>Elle lui jeta un regard.</p>

<p>&mdash; Tu deviens vraiment obs&eacute;d&eacute; par ce chien.</p>

<p>&mdash; J&#39;essaie d&#39;anticiper.</p>

<p>&mdash; Continue. Cela m&#39;int&eacute;resse.</p>

<p>Ren&eacute; ne releva pas la formulation.</p>

<p>&mdash; Il faudra v&eacute;rifier la taille.</p>

<p>&mdash; Je connais parfaitement la taille n&eacute;cessaire.</p>

<p>&mdash; Vous connaissez donc d&eacute;j&agrave; le chien.</p>

<p>Madame Thomas resta silencieuse.</p>

<p>Ren&eacute; sourit.</p>

<p>&mdash; Ah !</p>

<p>&mdash; Quoi ?</p>

<p>&mdash; Vous venez de vous trahir.</p>

<p>&mdash; Vraiment ?</p>

<p>&mdash; Vous connaissez sa taille.</p>

<p>&mdash; C&#39;est incontestable.</p>

<p>Ren&eacute; sembla satisfait de cette petite victoire.</p>

<p>Madame Thomas, davantage encore.</p>

<p>***</p>

<p>&mdash; Il faudra aussi une gamelle.</p>

<p>Cette fois, Madame Thomas le regarda bri&egrave;vement.</p>

<p>&mdash; Une quoi ?</p>

<p>&mdash; Une gamelle.</p>

<p>&mdash; Oui, Ren&eacute;, je sais ce qu&#39;est une gamelle.</p>

<p>&mdash; Il faudra en acheter une autre.</p>

<p>&mdash; Pourquoi ?</p>

<p>La question lui sembla tellement &eacute;vidente qu&#39;il resta une seconde sans r&eacute;pondre.</p>

<p>&mdash; Parce qu&#39;il ne va quand m&ecirc;me pas utiliser la mienne.</p>

<p>Madame Thomas tourna lentement la t&ecirc;te vers lui.</p>

<p>&mdash; Pourquoi pas ?</p>

<p>&mdash; Parce que c&#39;est ma gamelle.</p>

<p>&mdash; Et ?</p>

<p>Ren&eacute; fron&ccedil;a les sourcils.</p>

<p>&mdash; Madame, je n&#39;ai aucune envie de manger dans la m&ecirc;me gamelle qu&#39;un chien.</p>

<p>Madame Thomas eut beaucoup de mal &agrave; conserver son s&eacute;rieux.</p>

<p>&mdash; Donc chacun la sienne ?</p>

<p>&mdash; Absolument.</p>

<p>&mdash; C&#39;est important pour toi ?</p>

<p>&mdash; Oui.</p>

<p>Elle acquies&ccedil;a comme si elle enregistrait r&eacute;ellement l&#39;information.</p>

<p>&mdash; Tr&egrave;s bien.</p>

<p>Ren&eacute; se d&eacute;tendit.</p>

<p>&mdash; Vous lui en ach&egrave;terez une ?</p>

<p>&mdash; Je te promets qu&#39;il n&#39;aura pas besoin de partager la tienne.</p>

<p>&mdash; Merci.</p>

<p>&mdash; En revanche...</p>

<p>Ren&eacute; se m&eacute;fia imm&eacute;diatement.</p>

<p>&mdash; Quoi ?</p>

<p>&mdash; Puisque tu sembles r&eacute;fl&eacute;chir s&eacute;rieusement &agrave; l&#39;organisation, o&ugrave; mettrais-tu sa gamelle ?</p>

<p>&mdash; Je ne sais pas. Dans la cuisine ?</p>

<p>&mdash; &Agrave; c&ocirc;t&eacute; de la tienne ?</p>

<p>Il grima&ccedil;a.</p>

<p>&mdash; Pas n&eacute;cessairement.</p>

<p>&mdash; Pourquoi ?</p>

<p>&mdash; Vous le faites expr&egrave;s.</p>

<p>&mdash; Je cherche simplement &agrave; savoir comment tu imagines cette cohabitation.</p>

<p>Le mot rassura Ren&eacute;.</p>

<p><strong>Cohabitation.</strong></p>

<p>Voil&agrave; enfin une conversation normale.</p>

<p>Ou presque.</p>

<p>***</p>

<p>Il resta silencieux quelque temps.</p>

<p>Puis un probl&egrave;me beaucoup plus important lui vint &agrave; l&#39;esprit.</p>

<p>&mdash; O&ugrave; va-t-il dormir ?</p>

<p>&mdash; Bonne question.</p>

<p>Ren&eacute; attendit.</p>

<p>Madame Thomas ne r&eacute;pondit pas.</p>

<p>&mdash; Eh bien ?</p>

<p>&mdash; C&#39;est toi qui poses la question. Je voudrais conna&icirc;tre ton avis.</p>

<p>Ren&eacute; fut surpris.</p>

<p>Depuis le d&eacute;but de cette histoire, Madame Thomas ne lui demandait pratiquement jamais son avis.</p>

<p>&mdash; Mon avis ?</p>

<p>&mdash; Oui. O&ugrave; aimerais-tu qu&#39;il soit log&eacute; ?</p>

<p>Ren&eacute; r&eacute;fl&eacute;chit.</p>

<p>&mdash; Dehors.</p>

<p>&mdash; Dehors ?</p>

<p>&mdash; La maison n&#39;a pas de niche, mais on pourrait en installer une.</p>

<p>Madame Thomas acquies&ccedil;a lentement.</p>

<p>&mdash; Donc tu ne serais pas oppos&eacute; au principe qu&#39;un chien dispose d&#39;un espace sp&eacute;cialement am&eacute;nag&eacute; pour lui &agrave; l&#39;ext&eacute;rieur ?</p>

<p>&mdash; Non.</p>

<p>&mdash; M&ecirc;me en hiver ?</p>

<p>Ren&eacute; h&eacute;sita.</p>

<p>&mdash; S&#39;il est adapt&eacute;, isol&eacute; et que le chien supporte le froid.</p>

<p>&mdash; Je vois.</p>

<p>Elle semblait r&eacute;ellement r&eacute;fl&eacute;chir &agrave; sa r&eacute;ponse.</p>

<p>&mdash; Sinon, le vestibule, reprit Ren&eacute;.</p>

<p>&mdash; Pourquoi pas le salon ?</p>

<p>&mdash; Parce que je n&#39;ai pas envie de l&#39;avoir constamment dans les jambes.</p>

<p>&mdash; La buanderie ?</p>

<p>&mdash; Peut-&ecirc;tre.</p>

<p>&mdash; Une cage ?</p>

<p>Ren&eacute; regarda Madame Thomas.</p>

<p>&mdash; Pour dormir ?</p>

<p>&mdash; Pourquoi pas ?</p>

<p>Il r&eacute;fl&eacute;chit.</p>

<p>&mdash; Si elle est suffisamment grande et qu&#39;il y est habitu&eacute;, je suppose que oui.</p>

<p>Madame Thomas acquies&ccedil;a.</p>

<p>&mdash; Int&eacute;ressant.</p>

<p>&mdash; Quoi ?</p>

<p>&mdash; Rien.</p>

<p>Elle poursuivit sa route.</p>

<p>Ren&eacute; la regarda quelques secondes.</p>

<p>Pourquoi avait-il soudain l&#39;impression de passer un examen ?</p>

<p>***</p>

<p>&mdash; Pas dans la chambre, en tout cas.</p>

<p>Madame Thomas haussa l&eacute;g&egrave;rement un sourcil.</p>

<p>&mdash; Pourquoi ?</p>

<p>&mdash; Parce que c&#39;est notre chambre.</p>

<p>&mdash; <strong>Ma</strong> chambre.</p>

<p>La correction fut imm&eacute;diate.</p>

<p>Ren&eacute; baissa l&eacute;g&egrave;rement la t&ecirc;te.</p>

<p>&mdash; Oui, Madame. Votre chambre.</p>

<p>&mdash; Continue.</p>

<p>&mdash; Je ne pense simplement pas qu&#39;un chien ait besoin d&#39;y dormir.</p>

<p>&mdash; Pourtant, certains chiens dorment dans la chambre de leur Ma&icirc;tresse.</p>

<p>Ren&eacute; grima&ccedil;a.</p>

<p>&mdash; Pas celui-l&agrave;, j&#39;esp&egrave;re.</p>

<p>&mdash; Pourquoi ?</p>

<p>&mdash; Parce qu&#39;il y a d&eacute;j&agrave; quelqu&#39;un au pied de votre lit.</p>

<p>Madame Thomas ne r&eacute;pondit pas.</p>

<p>Ren&eacute; ajouta :</p>

<p>&mdash; Et il n&#39;y a qu&#39;un panier.</p>

<p>Le silence se prolongea.</p>

<p>Madame Thomas regardait la route.</p>

<p>&mdash; Vous riez.</p>

<p>&mdash; Pas du tout.</p>

<p>&mdash; Madame.</p>

<p>Elle c&eacute;da.</p>

<p>Un rire lui &eacute;chappa.</p>

<p>&mdash; Ren&eacute;, je t&#39;en prie.</p>

<p>&mdash; Quoi ?</p>

<p>&mdash; Continue.</p>

<p>&mdash; Pourquoi ?</p>

<p>&mdash; Parce que cette conversation devient extr&ecirc;mement instructive.</p>

<p>Ren&eacute; secoua la t&ecirc;te.</p>

<p>&mdash; Il n&#39;y a rien d&#39;instructif. Je vous explique simplement qu&#39;il n&#39;y a qu&#39;un panier au pied de votre lit et que je dors dedans.</p>

<p>&mdash; Je connais parfaitement l&#39;am&eacute;nagement de ma chambre.</p>

<p>&mdash; Donc il lui faudra un autre endroit.</p>

<p>Madame Thomas r&eacute;fl&eacute;chit.</p>

<p>&mdash; Et si je voulais qu&#39;il dorme &eacute;galement dans ma chambre ?</p>

<p>&mdash; Alors achetez-lui un autre panier.</p>

<p>&mdash; Tu ne partagerais pas ?</p>

<p>&mdash; Certainement pas.</p>

<p>&mdash; M&ecirc;me un grand panier ?</p>

<p>Ren&eacute; la regarda, constern&eacute;.</p>

<p>&mdash; Madame !</p>

<p>Elle &eacute;clata de rire.</p>

<p>&mdash; Tr&egrave;s bien. Chacun sa place.</p>

<p>&mdash; Merci.</p>

<p>Elle r&eacute;p&eacute;ta doucement :</p>

<p>&mdash; Chacun sa place.</p>

<p>Quelque chose dans sa mani&egrave;re de le dire aurait peut-&ecirc;tre d&ucirc; inqui&eacute;ter Ren&eacute;.</p>

<p>Mais il &eacute;tait beaucoup trop occup&eacute; &agrave; imaginer un &eacute;norme chien essayant de s&#39;installer dans son panier.</p>

<p>***</p>

<p>Quelques kilom&egrave;tres plus tard, Ren&eacute; reprit son inventaire.</p>

<p>&mdash; Il mange quoi ?</p>

<p>&mdash; Une alimentation adapt&eacute;e.</p>

<p>&mdash; Tr&egrave;s pr&eacute;cis.</p>

<p>&mdash; Merci.</p>

<p>&mdash; Il est propre ?</p>

<p>Madame Thomas eut un silence.</p>

<p>&mdash; G&eacute;n&eacute;ralement.</p>

<p>&mdash; G&eacute;n&eacute;ralement ?</p>

<p>&mdash; Personne n&#39;est &agrave; l&#39;abri d&#39;un accident.</p>

<p>&mdash; Formidable.</p>

<p>&mdash; Tu nettoieras.</p>

<p>&mdash; &Eacute;videmment.</p>

<p>Elle sourit.</p>

<p>&mdash; Tu vois ? Tu commences d&eacute;j&agrave; &agrave; t&#39;adapter.</p>

<p>&mdash; Je me r&eacute;signe.</p>

<p>&mdash; C&#39;est parfois le d&eacute;but de l&#39;adaptation.</p>

<p>***</p>

<p>Ren&eacute; r&eacute;fl&eacute;chit encore.</p>

<p>&mdash; Il est st&eacute;rilis&eacute; ?</p>

<p>Cette fois, Madame Thomas ne r&eacute;pondit pas imm&eacute;diatement.</p>

<p>&mdash; Pourquoi cette question ?</p>

<p>&mdash; Parce que c&#39;est une question normale quand on adopte un chien.</p>

<p>&mdash; C&#39;est important ?</p>

<p>&mdash; Je ne sais pas. &Ccedil;a &eacute;vite certains probl&egrave;mes, non ?</p>

<p>Madame Thomas sembla sinc&egrave;rement int&eacute;ress&eacute;e.</p>

<p>&mdash; Quels probl&egrave;mes ?</p>

<p>&mdash; Les fugues. Les comportements sexuels. Le marquage. Ce genre de choses.</p>

<p>&mdash; Donc tu serais favorable &agrave; la st&eacute;rilisation ?</p>

<p>Ren&eacute; se raidit l&eacute;g&egrave;rement.</p>

<p>&mdash; Du chien ?</p>

<p>Madame Thomas lui jeta un regard amus&eacute;.</p>

<p>&mdash; De qui d&#39;autre parlerions-nous ?</p>

<p>&mdash; Avec vous, je pr&eacute;f&egrave;re v&eacute;rifier.</p>

<p>Elle sourit.</p>

<p>Ren&eacute; r&eacute;fl&eacute;chit.</p>

<p>&mdash; Je suppose que &ccedil;a d&eacute;pend.</p>

<p>&mdash; De quoi ?</p>

<p>&mdash; De son &acirc;ge. De sa sant&eacute;. De son comportement. Et puis ce serait &agrave; la v&eacute;t&eacute;rinaire de vous conseiller.</p>

<p>Madame Thomas acquies&ccedil;a.</p>

<p>&mdash; R&eacute;ponse raisonnable.</p>

<p>&mdash; Et vous ?</p>

<p>&mdash; Moi quoi ?</p>

<p>&mdash; Vous le feriez st&eacute;riliser ?</p>

<p>Elle laissa volontairement quelques secondes s&#39;&eacute;couler.</p>

<p>&mdash; Pas n&eacute;cessairement.</p>

<p>&mdash; Pourquoi ?</p>

<p>&mdash; Il existe peut-&ecirc;tre d&#39;autres moyens de contr&ocirc;ler certains comportements.</p>

<p>Ren&eacute; la regarda.</p>

<p>&mdash; Lesquels ?</p>

<p>&mdash; Nous demanderons &agrave; Caroline.</p>

<p>La r&eacute;ponse lui parut parfaitement logique.</p>

<p>Il passa &agrave; autre chose.</p>

<p>Madame Thomas, elle, ne souriait plus.</p>

<p>Elle semblait avoir retenu quelque chose.</p>

<p>***</p>

<p>&mdash; Il mord ?</p>

<p>&mdash; Pas &agrave; ma connaissance.</p>

<p>&mdash; Il aboie ?</p>

<p>&mdash; Rarement.</p>

<p>&mdash; Il est agressif ?</p>

<p>&mdash; Non.</p>

<p>&mdash; Sociable ?</p>

<p>Madame Thomas r&eacute;fl&eacute;chit.</p>

<p>&mdash; &Ccedil;a d&eacute;pend avec qui.</p>

<p>&mdash; Il supporte de rester seul ?</p>

<p>&mdash; Oui.</p>

<p>&mdash; Enferm&eacute; ?</p>

<p>Elle r&eacute;fl&eacute;chit davantage.</p>

<p>&mdash; S&#39;il sait que c&#39;est sa place et qu&#39;il a appris &agrave; attendre, je ne vois pas pourquoi cela poserait probl&egrave;me.</p>

<p>Ren&eacute; acquies&ccedil;a.</p>

<p>&mdash; Tant mieux.</p>

<p>&mdash; Combien de temps te semblerait raisonnable ?</p>

<p>Il la regarda.</p>

<p>&mdash; Pour quoi ?</p>

<p>&mdash; Le laisser dans sa cage.</p>

<p>&mdash; Je n&#39;en sais rien.</p>

<p>&mdash; Une heure ?</p>

<p>&mdash; Probablement.</p>

<p>&mdash; Deux ?</p>

<p>&mdash; Si la cage est adapt&eacute;e.</p>

<p>&mdash; Pendant un trajet ?</p>

<p>&mdash; Bien s&ucirc;r. C&#39;est justement fait pour &ccedil;a.</p>

<p>Madame Thomas acquies&ccedil;a.</p>

<p>&mdash; Et s&#39;il n&#39;aime pas &ccedil;a au d&eacute;but ?</p>

<p>Ren&eacute; haussa les &eacute;paules.</p>

<p>&mdash; Il faudra l&#39;habituer.</p>

<p>&mdash; Progressivement ?</p>

<p>&mdash; Oui.</p>

<p>&mdash; Et s&#39;il proteste ?</p>

<p>&mdash; Vous venez de dire qu&#39;il est dress&eacute;.</p>

<p>&mdash; M&ecirc;me un animal dress&eacute; peut ne pas appr&eacute;cier une nouvelle r&egrave;gle.</p>

<p>Ren&eacute; r&eacute;fl&eacute;chit.</p>

<p>&mdash; Alors il finira par comprendre que c&#39;est vous qui d&eacute;cidez.</p>

<p>Madame Thomas resta silencieuse.</p>

<p>Puis :</p>

<p>&mdash; J&#39;aime beaucoup cette r&eacute;ponse.</p>

<p>Ren&eacute; la regarda.</p>

<p>&mdash; Pourquoi ?</p>

<p>&mdash; Parce qu&#39;elle est coh&eacute;rente.</p>

<p>&mdash; Avec quoi ?</p>

<p>Elle sourit.</p>

<p>&mdash; Avec ta conception de l&#39;&eacute;ducation canine.</p>

<p>***</p>

<p>La route changeait progressivement.</p>

<p>Ren&eacute; ne connaissait pas le quartier.</p>

<p>Il regarda les b&acirc;timents.</p>

<p>Cabinets.</p>

<p>Petites entreprises.</p>

<p>Quelques commerces.</p>

<p>Puis Madame Thomas ralentit.</p>

<p>&mdash; Nous arrivons ?</p>

<p>&mdash; Oui.</p>

<p>Ren&eacute; se redressa.</p>

<p>Enfin.</p>

<p>Il allait rencontrer ce fameux chien.</p>

<p>&mdash; C&#39;est un refuge ?</p>

<p>&mdash; Non.</p>

<p>&mdash; Un &eacute;levage ?</p>

<p>&mdash; Non.</p>

<p>&mdash; Alors o&ugrave; est-il ?</p>

<p>Madame Thomas ne r&eacute;pondit pas.</p>

<p>Elle ralentit devant un b&acirc;timent moderne.</p>

<p>Ren&eacute; regarda l&#39;enseigne.</p>

<p><strong>Clinique v&eacute;t&eacute;rinaire.</strong></p>

<p>Il sourit.</p>

<p>&mdash; Ah.</p>

<p>Tout s&#39;expliquait.</p>

<p>&mdash; Caroline est v&eacute;t&eacute;rinaire.</p>

<p>&mdash; Oui.</p>

<p>Premi&egrave;re information concr&egrave;te.</p>

<p>Ren&eacute; &eacute;prouva une satisfaction disproportionn&eacute;e.</p>

<p>&mdash; Et le chien est ici.</p>

<p>Madame Thomas prit son sac.</p>

<p>&mdash; C&#39;est ta th&eacute;orie.</p>

<p>&mdash; Madame, nous venons d&#39;arriver dans une clinique v&eacute;t&eacute;rinaire avec une cage pour chien dans le coffre.</p>

<p>Elle ouvrit sa porti&egrave;re.</p>

<p>&mdash; Ton raisonnement est impeccable.</p>

<p>Ren&eacute; sourit.</p>

<p>Enfin.</p>

<p>Il avait compris.</p>

<p>Du moins le croyait-il.</p>

<p>***</p>

<p>Madame Thomas contourna la voiture et s&#39;arr&ecirc;ta devant lui.</p>

<p>Elle r&eacute;ajusta son col.</p>

<p>Encore.</p>

<p>&mdash; Pourquoi faites-vous toujours &ccedil;a avant vos rendez-vous myst&eacute;rieux ?</p>

<p>&mdash; Parce que j&#39;aime que ce qui m&#39;appartient soit correctement pr&eacute;sent&eacute;.</p>

<p>Ren&eacute; ne releva m&ecirc;me plus.</p>

<p>Il regarda vers la clinique.</p>

<p>&mdash; Vous savez d&eacute;j&agrave; quel chien vous allez prendre ?</p>

<p>&mdash; Oui.</p>

<p>&mdash; Et vous avez d&eacute;j&agrave; d&eacute;cid&eacute; de tout ce qu&#39;on vient de discuter ?</p>

<p>Madame Thomas r&eacute;fl&eacute;chit.</p>

<p>&mdash; Non.</p>

<p>Cette r&eacute;ponse surprit Ren&eacute;.</p>

<p>&mdash; Non ?</p>

<p>&mdash; Tu m&#39;as donn&eacute; plusieurs id&eacute;es int&eacute;ressantes.</p>

<p>Il fron&ccedil;a les sourcils.</p>

<p>&mdash; Moi ?</p>

<p>&mdash; Oui.</p>

<p>Elle posa bri&egrave;vement une main sur sa joue.</p>

<p>&mdash; J&#39;ai trouv&eacute; ta conception de la mani&egrave;re dont devrait &ecirc;tre trait&eacute; un chien particuli&egrave;rement instructive.</p>

<p>&mdash; Vous allez vraiment tenir compte de mon avis ?</p>

<p>Madame Thomas sourit.</p>

<p>&mdash; <strong>Plus que tu ne l&#39;imagines.</strong></p>

<p>Elle se dirigea vers l&#39;entr&eacute;e.</p>

<p>Ren&eacute; resta une seconde pr&egrave;s de la voiture.</p>

<p>Il aurait d&ucirc; &ecirc;tre rassur&eacute;.</p>

<p>Madame Thomas venait de lui dire qu&#39;elle tiendrait compte de son avis.</p>

<p>Pourtant, il ressentit une l&eacute;g&egrave;re appr&eacute;hension sans parvenir &agrave; comprendre pourquoi.</p>

<p>Il la rejoignit.</p>

<p>Avant d&#39;entrer, il regarda une derni&egrave;re fois le SUV.</p>

<p>La cage.</p>

<p>Puis Madame Thomas.</p>

<p>Il pensa &agrave; ses propres r&eacute;ponses.</p>

<p>Une place d&eacute;finie.</p>

<p>Une cage suffisamment grande.</p>

<p>Un apprentissage progressif.</p>

<p>Une Ma&icirc;tresse qui d&eacute;cide.</p>

<p>La st&eacute;rilisation seulement si elle &eacute;tait n&eacute;cessaire.</p>

<p>Chacun sa gamelle.</p>

<p>Chacun son panier.</p>

<p>Il sourit.</p>

<p>Apr&egrave;s tout, pensa Ren&eacute;, <strong>peut-&ecirc;tre que cette cohabitation ne serait pas aussi difficile qu&#39;il l&#39;avait imagin&eacute;.</strong></p>

<p>Madame Thomas lui tint la porte de la clinique.</p>

<p>&mdash; Ren&eacute; ?</p>

<p>&mdash; Oui, Madame ?</p>

<p>&mdash; Tu viens ?</p>

<p>&mdash; Oui.</p>

<p>Il entra.</p>

<p>Madame Thomas le suivit.</p>

<p>Et lorsqu&#39;elle referma la porte derri&egrave;re eux, elle avait toujours ce petit sourire que Ren&eacute; ne savait d&eacute;cid&eacute;ment pas interpr&eacute;ter.</p>

<p>&nbsp;</p>

<p>&nbsp;</p>

<h1><strong>Chapitre VIII &mdash; L&rsquo;examen</strong></h1>

<p>La clinique &eacute;tait calme.</p>

<p>Trop calme au go&ucirc;t de Ren&eacute;.</p>

<p>Il s&rsquo;&eacute;tait attendu &agrave; entendre des aboiements, peut-&ecirc;tre &agrave; croiser une assistante tenant en laisse l&rsquo;animal que Madame Thomas devait r&eacute;cup&eacute;rer.</p>

<p>Mais il n&rsquo;y avait rien.</p>

<p>Une Femme attendait avec un chat dans une caisse de transport. Plus loin, un couple &acirc;g&eacute; parlait &agrave; voix basse.</p>

<p>Ren&eacute; s&rsquo;assit &agrave; c&ocirc;t&eacute; de Madame Thomas.</p>

<p>&mdash; Il est d&eacute;j&agrave; ici ?</p>

<p>Elle consulta tranquillement son t&eacute;l&eacute;phone.</p>

<p>&mdash; Qui ?</p>

<p>Ren&eacute; soupira.</p>

<p>&mdash; Le chien.</p>

<p>&mdash; Ah. Le chien.</p>

<p>Il commen&ccedil;ait &agrave; d&eacute;tester cette r&eacute;ponse.</p>

<p>&mdash; Oui, il est ici ?</p>

<p>Madame Thomas rangea son t&eacute;l&eacute;phone.</p>

<p>&mdash; Tu es vraiment impatient de le rencontrer.</p>

<p>&mdash; J&rsquo;aimerais surtout savoir &agrave; quoi ressemble celui avec lequel je vais devoir cohabiter.</p>

<p>Elle sourit.</p>

<p>&mdash; Apr&egrave;s toutes les r&egrave;gles que tu as &eacute;tablies dans la voiture, je pensais que tu &eacute;tais pr&ecirc;t.</p>

<p>&mdash; Je n&rsquo;ai &eacute;tabli aucune r&egrave;gle.</p>

<p>&mdash; Vraiment ?</p>

<p>Elle compta sur ses doigts.</p>

<p>&mdash; Chacun sa gamelle. Chacun son panier. Une place clairement d&eacute;finie. Une cage suffisamment grande. Un dressage coh&eacute;rent. Et une Ma&icirc;tresse qui d&eacute;cide.</p>

<p>Ren&eacute; la regarda.</p>

<p>&mdash; Pr&eacute;sent&eacute; comme &ccedil;a&hellip;</p>

<p>&mdash; C&rsquo;est pourtant exactement ce que tu m&rsquo;as expliqu&eacute;.</p>

<p>Avant qu&rsquo;il puisse r&eacute;pondre, une porte s&rsquo;ouvrit.</p>

<p>Une Femme d&rsquo;une cinquantaine d&rsquo;ann&eacute;es apparut.</p>

<p>&mdash; Thomas ?</p>

<p>Madame Thomas se leva.</p>

<p>&mdash; Caroline.</p>

<p>Les deux Femmes s&rsquo;embrass&egrave;rent.</p>

<p>Ren&eacute; se leva &agrave; son tour.</p>

<p>Caroline le regarda.</p>

<p>Bri&egrave;vement.</p>

<p>Mais avec cette mani&egrave;re particuli&egrave;re qu&rsquo;ont les m&eacute;decins d&rsquo;observer quelqu&rsquo;un tout en donnant l&rsquo;impression de ne pas le faire.</p>

<p>&mdash; Et voici Ren&eacute;, dit Madame Thomas.</p>

<p>&mdash; Bonjour Ren&eacute;.</p>

<p>&mdash; Bonjour Madame.</p>

<p>Caroline regarda de nouveau Madame Thomas.</p>

<p>&mdash; Tout est pr&ecirc;t.</p>

<p>&mdash; Parfait.</p>

<p>Ren&eacute; remarqua imm&eacute;diatement la formulation.</p>

<p><em>Tout est pr&ecirc;t.</em></p>

<p>Il attendit que Caroline appelle quelqu&rsquo;un ou qu&rsquo;une assistante apporte le chien.</p>

<p>Rien.</p>

<p>&mdash; On y va ? demanda Caroline.</p>

<p>&mdash; Oui.</p>

<p>Ren&eacute; resta immobile.</p>

<p>&mdash; Et le chien ?</p>

<p>Les deux Femmes se regard&egrave;rent.</p>

<p>Caroline fut la premi&egrave;re &agrave; sourire.</p>

<p>&mdash; Nous allons commencer tranquillement.</p>

<p>Elle ouvrit la porte.</p>

<p>&mdash; Entrez.</p>

<p>***</p>

<p>La salle de consultation ressemblait exactement &agrave; ce que Ren&eacute; imaginait d&rsquo;un cabinet v&eacute;t&eacute;rinaire.</p>

<p>Une grande table occupait le centre.</p>

<p>Des placards.</p>

<p>Un lavabo.</p>

<p>Une balance au sol.</p>

<p>Quelques instruments dont il pr&eacute;f&eacute;rait ignorer l&rsquo;utilit&eacute;.</p>

<p>Toujours aucun chien.</p>

<p>Caroline posa un dossier sur son bureau.</p>

<p>Madame Thomas prit place.</p>

<p>&mdash; J&rsquo;ai lu le rapport d&rsquo;&Eacute;lise.</p>

<p>Ren&eacute; tourna imm&eacute;diatement la t&ecirc;te.</p>

<p>Ainsi, Caroline avait elle aussi lu le rapport de la Docteure Morel.</p>

<p>&mdash; Et ? demanda Madame Thomas.</p>

<p>&mdash; Rien qui m&rsquo;inqui&egrave;te. Au contraire.</p>

<p>Caroline ouvrit le dossier.</p>

<p>&mdash; Nous pouvons poursuivre.</p>

<p>Encore ce mot.</p>

<p>Ren&eacute; commen&ccedil;ait s&eacute;rieusement &agrave; ne plus aimer certains verbes.</p>

<p><em>Avancer.</em></p>

<p><em>Poursuivre.</em></p>

<p><em>Pr&eacute;parer.</em></p>

<p>Toujours sans compl&eacute;ment.</p>

<p>&mdash; Poursuivre quoi ? demanda-t-il.</p>

<p>Caroline regarda Madame Thomas.</p>

<p>Ce fut elle qui r&eacute;pondit.</p>

<p>&mdash; Ren&eacute;.</p>

<p>Un seul mot.</p>

<p>Le ton suffisait.</p>

<p>Il se tut.</p>

<p>Caroline reprit :</p>

<p>&mdash; Je pr&eacute;f&egrave;re proc&eacute;der dans l&rsquo;ordre. D&rsquo;abord un examen g&eacute;n&eacute;ral. Ensuite, si tout va bien, l&rsquo;identification.</p>

<p>Ren&eacute; se d&eacute;tendit l&eacute;g&egrave;rement.</p>

<p>Enfin quelque chose qu&rsquo;il comprenait.</p>

<p>&mdash; La puce ?</p>

<p>&mdash; Oui.</p>

<p>&mdash; Vous allez contr&ocirc;ler quoi avant ?</p>

<p>Caroline semblait appr&eacute;cier ses questions.</p>

<p>&mdash; L&rsquo;&eacute;tat g&eacute;n&eacute;ral. La mobilit&eacute;. La peau, les yeux, les oreilles. Quelques param&egrave;tres de base. Rien d&rsquo;exceptionnel.</p>

<p>&mdash; Et vous allez l&rsquo;examiner comment ?</p>

<p>&mdash; Sur cette table.</p>

<p>Elle d&eacute;signa celle qui se trouvait entre eux.</p>

<p>Ren&eacute; s&rsquo;en approcha.</p>

<p>&mdash; Debout ?</p>

<p>&mdash; Pour certaines v&eacute;rifications. Pour le reste, &agrave; quatre pattes, ce sera plus pratique.</p>

<p>Il regarda la table.</p>

<p>Il imagina le grand chien dessus.</p>

<p>&mdash; Et s&rsquo;il bouge ?</p>

<p>&mdash; Nous limiterons ses mouvements.</p>

<p>&mdash; Comment ?</p>

<p>Caroline d&eacute;signa un point d&rsquo;attache sur le c&ocirc;t&eacute;.</p>

<p>&mdash; Une laisse fix&eacute;e ici devrait suffire.</p>

<p>Ren&eacute; examina le dispositif.</p>

<p>&mdash; Juste une laisse ?</p>

<p>&mdash; S&rsquo;il est correctement dress&eacute;, oui.</p>

<p>&mdash; Et s&rsquo;il essaie de descendre ?</p>

<p>&mdash; Il ne devrait pas pouvoir le faire facilement.</p>

<p>Ren&eacute; semblait sceptique.</p>

<p>&mdash; Vous avez l&rsquo;air tr&egrave;s confiante.</p>

<p>Caroline sourit.</p>

<p>&mdash; Madame Thomas m&rsquo;a beaucoup parl&eacute; de son dressage.</p>

<p>Ren&eacute; se retourna.</p>

<p>Sa Ma&icirc;tresse le regardait.</p>

<p>Elle souriait elle aussi.</p>

<p>&mdash; De son dressage ?</p>

<p>&mdash; Beaucoup, confirma Caroline.</p>

<p>Ren&eacute; essaya de comprendre.</p>

<p>Madame Thomas lui avait donc d&eacute;j&agrave; parl&eacute; du chien avant m&ecirc;me leur conversation de la veille.</p>

<p>Cela expliquait peut-&ecirc;tre pourquoi elle connaissait sa taille.</p>

<p>Et pourquoi Caroline semblait d&eacute;j&agrave; tout savoir.</p>

<p>Presque tout.</p>

<p>***</p>

<p>Madame Thomas se leva.</p>

<p>Elle s&rsquo;approcha de la table et testa elle-m&ecirc;me le point d&rsquo;attache.</p>

<p>Puis elle regarda Ren&eacute;.</p>

<p>&mdash; Monte.</p>

<p>Il cligna des yeux.</p>

<p>&mdash; Pardon ?</p>

<p>&mdash; Sur la table.</p>

<p>&mdash; Moi ?</p>

<p>&mdash; Je ne vois personne d&rsquo;autre qui s&rsquo;appelle Ren&eacute; ici.</p>

<p>&mdash; Pourquoi ?</p>

<p>Elle posa une main sur le rebord.</p>

<p>&mdash; Tu viens de passer plusieurs minutes &agrave; expliquer que tu n&rsquo;&eacute;tais pas convaincu par le syst&egrave;me.</p>

<p>&mdash; Pour le chien.</p>

<p>&mdash; Alors v&eacute;rifions.</p>

<p>Ren&eacute; resta interdit.</p>

<p>&mdash; Vous voulez que je teste la table ?</p>

<p>&mdash; Exactement.</p>

<p>&mdash; Comment ?</p>

<p>Madame Thomas sourit.</p>

<p>Il comprit.</p>

<p>&mdash; &Agrave; quatre pattes ?</p>

<p>&mdash; Tr&egrave;s bien.</p>

<p>Ren&eacute; regarda Caroline.</p>

<p>La v&eacute;t&eacute;rinaire ne semblait absolument pas surprise.</p>

<p>C&rsquo;&eacute;tait peut-&ecirc;tre cela le plus troublant.</p>

<p>&mdash; Madame&hellip;</p>

<p>&mdash; Hier, tu m&rsquo;as expliqu&eacute; qu&rsquo;un animal bien dress&eacute; devait savoir prendre la place que sa Ma&icirc;tresse lui assigne.</p>

<p>&mdash; Oui, mais&hellip;</p>

<p>&mdash; Et qu&rsquo;il devait y rester.</p>

<p>Ren&eacute; ne r&eacute;pondit pas.</p>

<p>Madame Thomas d&eacute;signa la table.</p>

<p>&mdash; Je veux montrer &agrave; Caroline que lorsque je te donne une place, tu sais la prendre.</p>

<p>Cette explication changea imm&eacute;diatement la situation.</p>

<p>Ren&eacute; comprenait.</p>

<p>Ce n&rsquo;&eacute;tait pas r&eacute;ellement une affaire de chien.</p>

<p>Ou plut&ocirc;t, pas uniquement.</p>

<p>Madame Thomas profitait de la pr&eacute;sence d&rsquo;une autre Femme pour tester quelque chose de beaucoup plus personnel.</p>

<p><strong>Son autorit&eacute; sur lui.</strong></p>

<p>Il posa les mains sur la table.</p>

<p>Monta.</p>

<p>Puis se pla&ccedil;a &agrave; quatre pattes.</p>

<p>Madame Thomas observa.</p>

<p>&mdash; Bien.</p>

<p>Ce simple mot suffit &agrave; lui faire oublier une partie de son embarras.</p>

<p>Caroline prit une laisse.</p>

<p>&mdash; Je peux ?</p>

<p>Ren&eacute; tourna l&eacute;g&egrave;rement la t&ecirc;te.</p>

<p>&mdash; Oui, r&eacute;pondit Madame Thomas.</p>

<p>Pas lui.</p>

<p>Caroline fixa la laisse au dispositif.</p>

<p>&mdash; Comme &ccedil;a ?</p>

<p>Madame Thomas observa.</p>

<p>&mdash; Un peu plus court.</p>

<p>Caroline ajusta.</p>

<p>&mdash; L&agrave; ?</p>

<p>&mdash; Parfait.</p>

<p>Ren&eacute; testa instinctivement son amplitude de mouvement.</p>

<p>Limit&eacute;e.</p>

<p>Il regarda Madame Thomas.</p>

<p>&mdash; Alors ? demanda-t-elle.</p>

<p>&mdash; Alors quoi ?</p>

<p>&mdash; Tu avais peur que ce ne soit pas suffisamment s&eacute;curis&eacute;.</p>

<p>Il tira l&eacute;g&egrave;rement.</p>

<p>&mdash; &Ccedil;a tient.</p>

<p>&mdash; Excellent.</p>

<p>Caroline sourit.</p>

<p>&mdash; Premier point r&eacute;gl&eacute;.</p>

<p>Ren&eacute; releva la t&ecirc;te.</p>

<p><em>Premier ?</em></p>

<p>***</p>

<p>Madame Thomas lui donna quelques instructions.</p>

<p>&mdash; Reste.</p>

<p>Elle se d&eacute;pla&ccedil;a autour de la table.</p>

<p>Ren&eacute; ne bougea pas.</p>

<p>&mdash; T&ecirc;te droite.</p>

<p>Il ob&eacute;it.</p>

<p>&mdash; Attends.</p>

<p>Puis elle se mit &agrave; parler avec Caroline.</p>

<p>Comme s&rsquo;il n&rsquo;&eacute;tait plus l&agrave;.</p>

<p>Une trentaine de secondes.</p>

<p>Puis davantage.</p>

<p>Ren&eacute; resta en position.</p>

<p>Madame Thomas revint finalement devant lui.</p>

<p>&mdash; Bien.</p>

<p>Elle d&eacute;tacha la laisse.</p>

<p>&mdash; Descends.</p>

<p>Ren&eacute; ob&eacute;it.</p>

<p>Il ne put emp&ecirc;cher un petit sourire satisfait.</p>

<p>&mdash; Convaincue ? demanda-t-il &agrave; Caroline.</p>

<p>Caroline regarda Madame Thomas.</p>

<p>&mdash; Pour cette partie, oui.</p>

<p>Ren&eacute; fron&ccedil;a les sourcils.</p>

<p>&mdash; Cette partie de quoi ?</p>

<p>Madame Thomas intervint.</p>

<p>&mdash; Nous allons recommencer.</p>

<p>&mdash; Pourquoi ?</p>

<p>Elle le regarda.</p>

<p>Son expression avait chang&eacute;.</p>

<p>&mdash; Parce que la premi&egrave;re fois &eacute;tait facile.</p>

<p>Ren&eacute; comprit imm&eacute;diatement qu&rsquo;elle voulait augmenter la difficult&eacute; de son petit exercice.</p>

<p>Et il connaissait suffisamment sa Ma&icirc;tresse pour savoir que discuter ne ferait que prolonger le moment.</p>

<p>&mdash; D&eacute;shabille-toi.</p>

<p>Ren&eacute; regarda Caroline.</p>

<p>&mdash; Ici ?</p>

<p>&mdash; Oui.</p>

<p>&mdash; Devant elle ?</p>

<p>Madame Thomas inclina l&eacute;g&egrave;rement la t&ecirc;te.</p>

<p>&mdash; Est-ce la pr&eacute;sence de Caroline qui te g&ecirc;ne ou le fait de ne pas comprendre pourquoi je te le demande ?</p>

<p>Ren&eacute; resta silencieux.</p>

<p>Elle avait encore vis&eacute; juste.</p>

<p>&mdash; C&rsquo;est un test ?</p>

<p>&mdash; Oui.</p>

<p>***</p>

<p>Quelques minutes plus tard, Ren&eacute; se trouvait de nouveau sur la table, dans la position prescrite par Madame Thomas.</p>

<p>Cette fois, Caroline prit la laisse sans que la situation paraisse provoquer chez elle le moindre &eacute;tonnement.</p>

<p>C&rsquo;&eacute;tait cela qui troublait le plus Ren&eacute;.</p>

<p>Elle se comportait comme si cette sc&egrave;ne &eacute;tait parfaitement normale.</p>

<p>&mdash; Pr&ecirc;t ? demanda Caroline.</p>

<p>Ren&eacute; allait r&eacute;pondre.</p>

<p>&mdash; Oui, r&eacute;pondit Madame Thomas.</p>

<p>Caroline fixa la laisse.</p>

<p>Ren&eacute; tourna la t&ecirc;te vers sa Ma&icirc;tresse.</p>

<p>&mdash; Je ne suis quand m&ecirc;me pas le chien.</p>

<p>Un silence.</p>

<p>Madame Thomas sourit.</p>

<p>&mdash; Je n&rsquo;ai jamais dit que tu l&rsquo;&eacute;tais.</p>

<p>Cette r&eacute;ponse le rassura.</p>

<p>Un peu.</p>

<p>&mdash; Alors pourquoi tout &ccedil;a ?</p>

<p>Elle s&rsquo;approcha.</p>

<p>&mdash; Parce que je veux savoir si ton ob&eacute;issance existe encore lorsque quelqu&rsquo;un d&rsquo;autre la voit.</p>

<p>Voil&agrave;.</p>

<p>Ren&eacute; poss&eacute;dait enfin une explication coh&eacute;rente.</p>

<p>Madame Thomas voulait pousser leur relation hors de l&rsquo;intimit&eacute; de la maison.</p>

<p>L&rsquo;exposer davantage.</p>

<p>Peut-&ecirc;tre m&ecirc;me utiliser Ren&eacute; devant d&rsquo;autres Femmes.</p>

<p>L&rsquo;id&eacute;e &eacute;tait d&eacute;j&agrave; suffisamment vertigineuse pour expliquer le rapport de Morel et la pr&eacute;sence de Caroline.</p>

<p>Il cessa de chercher plus loin.</p>

<p>***</p>

<p>Caroline s&rsquo;approcha.</p>

<p>Elle observa d&rsquo;abord Ren&eacute;.</p>

<p>&mdash; Il tient facilement cette position ?</p>

<p>Demanda-t-elle.</p>

<p>&mdash; Oui.</p>

<p>Ren&eacute; tourna l&eacute;g&egrave;rement la t&ecirc;te.</p>

<p>Caroline parlait &agrave; Madame Thomas.</p>

<p>&mdash; Longtemps ?</p>

<p>&mdash; Cela d&eacute;pend de ce que je lui demande.</p>

<p>&mdash; Il signale lorsqu&rsquo;il a un probl&egrave;me ?</p>

<p>&mdash; Normalement.</p>

<p>&mdash; Bien. C&rsquo;est important.</p>

<p>Ren&eacute; intervint :</p>

<p>&mdash; Je peux aussi r&eacute;pondre.</p>

<p>Caroline le regarda.</p>

<p>Puis regarda Madame Thomas.</p>

<p>Celle-ci eut un sourire amus&eacute;.</p>

<p>&mdash; Je sais.</p>

<p>Ce fut tout.</p>

<p>L&rsquo;&eacute;valuation se poursuivit.</p>

<p>***</p>

<p>Lorsqu&rsquo;elle eut termin&eacute;, Caroline revint &agrave; son dossier.</p>

<p>&mdash; Rien de particulier.</p>

<p>Madame Thomas sembla satisfaite.</p>

<p>&mdash; Donc ?</p>

<p>&mdash; Jusqu&rsquo;ici, tout va bien.</p>

<p><strong>Jusqu&rsquo;ici.</strong></p>

<p>Encore un mot que Ren&eacute; n&rsquo;aimait pas.</p>

<p>Caroline consulta une note.</p>

<p>&mdash; Pour le transport ?</p>

<p>&mdash; Tout est pr&ecirc;t.</p>

<p>&mdash; La cage ?</p>

<p>&mdash; Install&eacute;e hier.</p>

<p>Madame Thomas regarda Ren&eacute;.</p>

<p>&mdash; Il l&rsquo;a mont&eacute;e lui-m&ecirc;me.</p>

<p>Caroline sourit.</p>

<p>&mdash; Parfait.</p>

<p>Ren&eacute; releva la t&ecirc;te.</p>

<p>&mdash; Pour le chien.</p>

<p>Silence.</p>

<p>Caroline regarda Madame Thomas.</p>

<p>Madame Thomas regarda Caroline.</p>

<p>Puis sa Ma&icirc;tresse posa doucement une main sur son dos.</p>

<p>&mdash; Oui, Ren&eacute;.</p>

<p>Elle semblait presque attendrie.</p>

<p>&mdash; Nous savons.</p>

<p>Il fron&ccedil;a les sourcils.</p>

<p>Pourquoi cette r&eacute;ponse lui paraissait-elle soudain &eacute;trange ?</p>

<p>***</p>

<p>Caroline poursuivit.</p>

<p>&mdash; Le couchage ?</p>

<p>Madame Thomas regarda Ren&eacute;.</p>

<p>&mdash; Nous en avons longuement discut&eacute;.</p>

<p>&mdash; Vous aussi ?</p>

<p>&mdash; Non. Toi et moi.</p>

<p>La voiture.</p>

<p>Ren&eacute; comprit.</p>

<p>&mdash; Monsieur pr&eacute;f&egrave;re une s&eacute;paration assez stricte des espaces, expliqua Madame Thomas. Chacun sa gamelle. Chacun son panier.</p>

<p>Caroline eut un sourire.</p>

<p>&mdash; Je vois.</p>

<p>Ren&eacute; rougit.</p>

<p>&mdash; Je trouve cela raisonnable.</p>

<p>&mdash; Moi aussi, r&eacute;pondit Caroline.</p>

<p>&mdash; Et pour la cage ?</p>

<p>Madame Thomas prit un air pensif.</p>

<p>&mdash; Ren&eacute; estime qu&rsquo;elle convient parfaitement si elle est suffisamment grande, correctement s&eacute;curis&eacute;e et que son occupant y est habitu&eacute; progressivement.</p>

<p>&mdash; C&rsquo;est raisonnable &eacute;galement.</p>

<p>Ren&eacute; regarda sa Ma&icirc;tresse.</p>

<p>&mdash; Pourquoi est-ce que vous lui racontez tout &ccedil;a ?</p>

<p>&mdash; Parce que tu m&rsquo;as donn&eacute; d&rsquo;excellents conseils.</p>

<p>&mdash; Pour votre chien.</p>

<p>Madame Thomas passa doucement un doigt sur la laisse.</p>

<p>&mdash; Naturellement.</p>

<p>La r&eacute;ponse aurait d&ucirc; le rassurer.</p>

<p>Elle ne le rassura pas.</p>

<p>***</p>

<p>Caroline tourna une page.</p>

<p>&mdash; Et concernant la st&eacute;rilisation ?</p>

<p>Ren&eacute; vit imm&eacute;diatement le regard de Madame Thomas venir vers lui.</p>

<p>&mdash; Nous avons justement abord&eacute; cette question hier.</p>

<p>Ren&eacute; sentit revenir la conversation dans la voiture.</p>

<p>&mdash; Tu te souviens de ce que tu m&rsquo;as r&eacute;pondu ?</p>

<p>&mdash; Oui.</p>

<p>&mdash; Dis-le &agrave; Caroline.</p>

<p>Il h&eacute;sita.</p>

<p>&mdash; Que cela d&eacute;pendait de l&rsquo;&acirc;ge, de la sant&eacute; et du comportement.</p>

<p>&mdash; Et ?</p>

<p>&mdash; Qu&rsquo;il fallait demander conseil &agrave; la v&eacute;t&eacute;rinaire.</p>

<p>Caroline acquies&ccedil;a.</p>

<p>&mdash; C&rsquo;est une approche raisonnable.</p>

<p>Ren&eacute; &eacute;prouva un soulagement presque absurde.</p>

<p>Enfin une conversation qui ressemblait r&eacute;ellement &agrave; celle qu&rsquo;on pouvait avoir chez une v&eacute;t&eacute;rinaire.</p>

<p>&mdash; Et toi ? demanda Caroline &agrave; Madame Thomas. Tu as d&eacute;j&agrave; une pr&eacute;f&eacute;rence ?</p>

<p>Madame Thomas ne r&eacute;pondit pas imm&eacute;diatement.</p>

<p>Elle regarda Ren&eacute;.</p>

<p>Longuement.</p>

<p>Puis revint vers Caroline.</p>

<p>&mdash; Non.</p>

<p>Une pause.</p>

<p>&mdash; Pas pour le moment.</p>

<p>Ren&eacute; expira.</p>

<p>Il ne savait m&ecirc;me pas pourquoi il avait retenu son souffle.</p>

<p>Caroline nota quelque chose.</p>

<p>&mdash; Tr&egrave;s bien. Cela peut attendre.</p>

<p>Madame Thomas acquies&ccedil;a.</p>

<p>Puis ajouta :</p>

<p>&mdash; En revanche, je veux conserver un contr&ocirc;le strict de son activit&eacute; sexuelle.</p>

<p>Caroline releva les yeux.</p>

<p>&mdash; Dans ce cas, il existe des solutions r&eacute;versibles.</p>

<p>Un nouveau silence.</p>

<p>Madame Thomas regarda Ren&eacute;.</p>

<p>&mdash; Une cage de chastet&eacute; ?</p>

<p>&mdash; Par exemple.</p>

<p>Ren&eacute; se figea.</p>

<p>Cette fois, quelque chose ne fonctionnait plus.</p>

<p>Il regarda Caroline.</p>

<p>Puis Madame Thomas.</p>

<p>&mdash; Attendez&hellip;</p>

<p>Aucune des deux Femmes ne r&eacute;pondit.</p>

<p>&mdash; On parle toujours du chien ?</p>

<p>Madame Thomas sourit.</p>

<p>&mdash; Pourquoi cette question ?</p>

<p>&mdash; Parce que&hellip;</p>

<p>Ren&eacute; chercha ses mots.</p>

<p>Une cage de chastet&eacute;.</p>

<p>Le rapport de Morel.</p>

<p>L&rsquo;examen.</p>

<p>La laisse.</p>

<p>La table.</p>

<p>La cage qu&rsquo;il avait lui-m&ecirc;me install&eacute;e dans le SUV.</p>

<p>Ses r&eacute;ponses de la veille.</p>

<p>Une place d&eacute;finie.</p>

<p>Une Ma&icirc;tresse qui d&eacute;cide.</p>

<p>Un occupant progressivement habitu&eacute; &agrave; sa cage.</p>

<p>Toutes ces choses avaient encore une explication.</p>

<p>Individuellement.</p>

<p>Ensemble, elles commen&ccedil;aient &agrave; produire quelque chose de beaucoup plus inqui&eacute;tant.</p>

<p>&mdash; Madame&hellip;</p>

<p>Elle posa calmement une main sur sa t&ecirc;te.</p>

<p>&mdash; Tout va bien.</p>

<p>Exactement les m&ecirc;mes mots.</p>

<p>Exactement le m&ecirc;me ton que dans la voiture avant son rendez-vous avec Morel.</p>

<p>&mdash; Fais-moi confiance.</p>

<p>Ren&eacute; regarda Caroline.</p>

<p>La v&eacute;t&eacute;rinaire avait repris son dossier comme si rien d&rsquo;&eacute;trange ne venait d&rsquo;&ecirc;tre dit.</p>

<p>Elle tourna une page.</p>

<p>&mdash; Tr&egrave;s bien.</p>

<p>Puis :</p>

<p>&mdash; Il nous reste l&rsquo;identification.</p>

<p>Ren&eacute; sentit son estomac se contracter.</p>

<p>Quelques minutes auparavant, cette phrase aurait &eacute;t&eacute; parfaitement anodine.</p>

<p>Le chien devait recevoir une puce.</p>

<p>&Eacute;videmment.</p>

<p>Maintenant, il n&rsquo;en &eacute;tait plus aussi certain.</p>

<p>Caroline regarda Madame Thomas.</p>

<p>&mdash; On peut continuer ?</p>

<p>Madame Thomas ne r&eacute;pondit pas imm&eacute;diatement.</p>

<p>Elle regarda Ren&eacute;.</p>

<p>Et Ren&eacute; d&eacute;couvrit dans ses yeux cette m&ecirc;me expression satisfaite qu&rsquo;il avait observ&eacute;e lorsqu&rsquo;elle avait lu le rapport de Morel.</p>

<p>La m&ecirc;me que lorsqu&rsquo;elle avait t&eacute;l&eacute;phon&eacute; &agrave; Caroline.</p>

<p>La m&ecirc;me que lorsqu&rsquo;elle avait inspect&eacute; la cage dans le coffre.</p>

<p>Pour la premi&egrave;re fois, il eut l&rsquo;impression de voir non pas plusieurs &eacute;v&eacute;nements &eacute;tranges, mais <strong>une seule op&eacute;ration commenc&eacute;e plusieurs jours auparavant</strong>.</p>

<p>&mdash; Madame&hellip;</p>

<p>Sa voix &eacute;tait moins assur&eacute;e.</p>

<p>&mdash; Oui, Ren&eacute; ?</p>

<p>Il h&eacute;sita.</p>

<p>Puis posa enfin la question.</p>

<p>&mdash; L&rsquo;identification de qui ?</p>

<p>Madame Thomas sourit.</p>

<p>Caroline ne dit rien.</p>

<p>Et ce silence fut infiniment plus inqui&eacute;tant qu&rsquo;une r&eacute;ponse.</p>

<p>***</p>

<p>Pour la premi&egrave;re fois depuis le d&eacute;but de cette histoire, Ren&eacute; envisagea une possibilit&eacute; qu&rsquo;il jugea imm&eacute;diatement absurde.</p>

<p>Il la repoussa.</p>

<p>Puis regarda la table.</p>

<p>La laisse.</p>

<p>Caroline.</p>

<p>Et enfin Madame Thomas.</p>

<p>La possibilit&eacute; revint.</p>

<p>Cette fois, il ne parvint pas &agrave; s&rsquo;en d&eacute;barrasser.</p>]]></description>
			<guid>https://www.bdsm.fr/blog/12708/Le-joUR-OÙ-JE-SUIS-DEVENU…-Chapitre-7-et-8/</guid>
			<pubDate>Fri, 04 Sep 2026 13:53:06 +0000</pubDate>
			<dc:creator>Altair1912</dc:creator>
		</item>
		<item>
			<title>Altair1912 a posté un article.</title>
			<link>https://www.bdsm.fr/blog/12702/Le-JOUR-OÙ-JE-SUIS-DEVENU…-Chapitre-5-et-6/</link>
			<description><![CDATA[<h1>Chapitre V &mdash; Le rapport</h1>

<p>Le trajet du retour fut encore plus frustrant que l&#39;aller.</p>

<p>Ren&eacute; avait attendu que Madame Thomas d&eacute;marre.</p>

<p>Puis qu&#39;elle quitte le parking.</p>

<p>Puis qu&#39;elle rejoigne la route principale.</p>

<p>Il avait tenu exactement quatre minutes.</p>

<p>&mdash; Madame ?</p>

<p>&mdash; Hum ?</p>

<p>&mdash; Vous allez m&#39;expliquer maintenant ?</p>

<p>Elle gardait les yeux sur la route.</p>

<p>&mdash; T&#39;expliquer quoi ?</p>

<p>Ren&eacute; tourna la t&ecirc;te vers elle.</p>

<p>&mdash; Vous &ecirc;tes s&eacute;rieuse ?</p>

<p>Un sourire apparut.</p>

<p>&mdash; Parfaitement.</p>

<p>&mdash; La Docteure Morel vient de vous annoncer devant moi qu&#39;elle allait r&eacute;diger un rapport sur ma capacit&eacute; &agrave; poursuivre une d&eacute;marche dont j&#39;ignore absolument tout.</p>

<p>&mdash; Pas absolument tout.</p>

<p>&mdash; Presque tout.</p>

<p>&mdash; C&#39;est d&eacute;j&agrave; plus pr&eacute;cis.</p>

<p>Ren&eacute; soupira.</p>

<p>Madame Thomas sourit davantage.</p>

<p>&mdash; Vous trouvez &ccedil;a amusant.</p>

<p>&mdash; Beaucoup.</p>

<p>Elle changea de vitesse.</p>

<p>Le cuir de sa jupe bougea l&eacute;g&egrave;rement.</p>

<p>Ren&eacute; regarda.</p>

<p>Madame Thomas le surprit imm&eacute;diatement.</p>

<p>&mdash; Et voil&agrave;.</p>

<p>&mdash; Quoi ?</p>

<p>&mdash; Tu essaies depuis cinq minutes de mener un interrogatoire et il suffit que je bouge la jambe pour que tu oublies ta question.</p>

<p>&mdash; Je ne l&#39;ai pas oubli&eacute;e.</p>

<p>&mdash; Alors pose-la.</p>

<p>Ren&eacute; ouvrit la bouche.</p>

<p>Puis h&eacute;sita.</p>

<p>Madame Thomas &eacute;clata de rire.</p>

<p>&mdash; Ren&eacute;, tu es d&eacute;sesp&eacute;rant.</p>

<p>&mdash; Vous trichez.</p>

<p>&mdash; Je t&#39;ai d&eacute;j&agrave; expliqu&eacute; que je ne plaidais pas pour la partie adverse.</p>

<p>Ren&eacute; reconnut la phrase.</p>

<p>Il abandonna.</p>

<p>Pour le moment.</p>

<p>***</p>

<p>Les jours suivants n&#39;apport&egrave;rent aucune r&eacute;ponse.</p>

<p>Madame Thomas reprit exactement le m&ecirc;me comportement qu&#39;apr&egrave;s leur conversation dans le salon.</p>

<p>Elle travaillait.</p>

<p>T&eacute;l&eacute;phonait.</p>

<p>Sortait.</p>

<p>Rendait parfois des d&eacute;cisions concernant Ren&eacute; avec son assurance habituelle.</p>

<p>Mais jamais elle ne mentionna Morel.</p>

<p>Jamais elle ne parla du rapport.</p>

<p>Et surtout jamais elle n&#39;expliqua ce qu&#39;&eacute;tait <strong>la d&eacute;marche</strong>.</p>

<p>Ren&eacute; recommen&ccedil;a donc &agrave; imaginer.</p>

<p>Morel avait parl&eacute; de propri&eacute;t&eacute;.</p>

<p>De capacit&eacute; &agrave; d&eacute;cider.</p>

<p>D&#39;abandon de contr&ocirc;le.</p>

<p>De la diff&eacute;rence entre &ecirc;tre trait&eacute; comme une propri&eacute;t&eacute; et en devenir r&eacute;ellement une.</p>

<p>Il assembla les morceaux.</p>

<p>Puis les d&eacute;monta.</p>

<p>Il imagina un contrat.</p>

<p>Cela paraissait logique avec Madame Thomas.</p>

<p>Peut-&ecirc;tre voulait-elle officialiser leur relation.</p>

<p>Une sorte d&#39;acte priv&eacute; ?</p>

<p>Il imagina ensuite quelque chose de beaucoup plus radical.</p>

<p>Il &eacute;carta imm&eacute;diatement l&#39;id&eacute;e.</p>

<p>Impossible.</p>

<p>Dix minutes plus tard, il y pensait de nouveau.</p>

<p>Madame Thomas l&#39;observait parfois.</p>

<p>&mdash; Arr&ecirc;te.</p>

<p>&mdash; Quoi ?</p>

<p>&mdash; De r&eacute;fl&eacute;chir.</p>

<p>&mdash; Je ne fais rien.</p>

<p>&mdash; Justement. Quand tu ne fais rien avec cet air-l&agrave;, tu r&eacute;fl&eacute;chis beaucoup trop.</p>

<p>Elle avait raison.</p>

<p>Et cela l&#39;aga&ccedil;ait.</p>

<p>***</p>

<p>Le rapport arriva le mardi.</p>

<p>Ren&eacute; releva le courrier en fin d&#39;apr&egrave;s-midi.</p>

<p>Facture.</p>

<p>Publicit&eacute;.</p>

<p>Deux lettres pour Madame Thomas.</p>

<p>Puis une grande enveloppe blanche.</p>

<p>Il reconnut imm&eacute;diatement le nom imprim&eacute; dans le coin sup&eacute;rieur gauche.</p>

<p><strong>Docteure &Eacute;lise Morel.</strong></p>

<p>Son c&oelig;ur acc&eacute;l&eacute;ra.</p>

<p>Puis il regarda le destinataire.</p>

<p><strong>Madame Thomas.<br />
Personnel et confidentiel.</strong></p>

<p>Pas Ren&eacute;.</p>

<p>Madame Thomas.</p>

<p>Il resta quelques secondes avec l&#39;enveloppe entre les mains.</p>

<p>Il avait pass&eacute; plus d&#39;une heure &agrave; r&eacute;pondre aux questions.</p>

<p>Il &eacute;tait le patient.</p>

<p>Il &eacute;tait le sujet du rapport.</p>

<p>Mais ce rapport ne lui &eacute;tait pas adress&eacute;.</p>

<p>Ren&eacute; le posa avec le reste du courrier.</p>

<p>&Agrave; dix-neuf heures douze, Madame Thomas rentra.</p>

<p>Comme toujours, il l&#39;accueillit.</p>

<p>Il lui remit son courrier.</p>

<p>Elle parcourut rapidement les enveloppes.</p>

<p>Lorsqu&#39;elle arriva &agrave; celle de Morel, Ren&eacute; observa son visage.</p>

<p>Rien.</p>

<p>Pas la moindre r&eacute;action.</p>

<p>Elle posa simplement l&#39;enveloppe sur son sac.</p>

<p>&mdash; Mon d&icirc;ner est pr&ecirc;t ?</p>

<p>Ren&eacute; resta interdit.</p>

<p>&mdash; Oui, Madame.</p>

<p>&mdash; Parfait.</p>

<p>Elle lui rendit les autres courriers.</p>

<p>&mdash; Range &ccedil;a.</p>

<p>Puis elle emporta l&#39;enveloppe.</p>

<p>***</p>

<p>Apr&egrave;s le d&icirc;ner, Madame Thomas entra dans son bureau.</p>

<p>Ren&eacute; la suivit.</p>

<p>Elle posa l&#39;enveloppe de Morel sur son bureau.</p>

<p>Ren&eacute; attendit.</p>

<p>Madame Thomas ouvrit son ordinateur.</p>

<p>R&eacute;pondit &agrave; un courriel.</p>

<p>Puis &agrave; un second.</p>

<p>Ren&eacute; regardait l&#39;enveloppe.</p>

<p>Elle &eacute;tait l&agrave;.</p>

<p>&Agrave; moins d&#39;un m&egrave;tre.</p>

<p>Madame Thomas travaillait.</p>

<p>Dix minutes.</p>

<p>Vingt minutes.</p>

<p>Trente.</p>

<p>Finalement Ren&eacute; c&eacute;da.</p>

<p>&mdash; Madame ?</p>

<p>&mdash; Oui ?</p>

<p>Elle ne leva m&ecirc;me pas les yeux.</p>

<p>&mdash; Vous n&#39;ouvrez pas le rapport ?</p>

<p>&mdash; Pas ce soir.</p>

<p>Il crut avoir mal entendu.</p>

<p>&mdash; Pas ce soir ?</p>

<p>Elle leva enfin les yeux.</p>

<p>&mdash; C&#39;est ce que je viens de dire.</p>

<p>&mdash; Mais...</p>

<p>&mdash; Mais ?</p>

<p>Ren&eacute; regarda l&#39;enveloppe.</p>

<p>Puis Madame Thomas.</p>

<p>&mdash; Rien.</p>

<p>&mdash; Bien.</p>

<p>Elle reprit son travail.</p>

<p>Quelques secondes plus tard, Ren&eacute; remarqua un tr&egrave;s l&eacute;ger sourire.</p>

<p>Elle le faisait expr&egrave;s.</p>

<p>Il en &eacute;tait certain.</p>

<p>***</p>

<p>Le lendemain matin, l&#39;enveloppe &eacute;tait toujours l&agrave;.</p>

<p>Madame Thomas &eacute;tait partie travailler.</p>

<p>Ren&eacute; entra plusieurs fois dans le bureau.</p>

<p>Chaque fois, son regard se posait dessus.</p>

<p><strong>Personnel et confidentiel.</strong></p>

<p>Il aurait suffi de quelques secondes.</p>

<p>Il aurait pu l&#39;ouvrir.</p>

<p>Lire.</p>

<p>Puis la refermer soigneusement.</p>

<p>L&#39;id&eacute;e lui traversa l&#39;esprit.</p>

<p>Une fois.</p>

<p>Deux fois.</p>

<p>&Agrave; la troisi&egrave;me, il eut presque honte de lui-m&ecirc;me.</p>

<p>Madame Thomas savait parfaitement qu&#39;il ne le ferait pas.</p>

<p>C&#39;&eacute;tait probablement pr&eacute;cis&eacute;ment pour cela qu&#39;elle avait laiss&eacute; l&#39;enveloppe l&agrave;.</p>

<p>Elle ne testait pas seulement son ob&eacute;issance.</p>

<p>Elle testait sa capacit&eacute; &agrave; <strong>supporter de ne pas savoir</strong>.</p>

<p>L&#39;information le concernait.</p>

<p>Elle &eacute;tait physiquement accessible.</p>

<p>Mais elle appartenait &agrave; Madame Thomas.</p>

<p>Comme le reste.</p>

<p>Ren&eacute; quitta le bureau.</p>

<p>Puis y revint vingt minutes plus tard.</p>

<p>L&#39;enveloppe n&#39;avait &eacute;videmment pas boug&eacute;.</p>

<p>&mdash; Ridicule...</p>

<p>Il ressortit.</p>

<p>***</p>

<p>Ce soir-l&agrave;, Madame Thomas rentra plus t&ocirc;t.</p>

<p>Elle monta directement &agrave; l&#39;&eacute;tage.</p>

<p>Ren&eacute; entendit la douche.</p>

<p>Puis plus rien.</p>

<p>&Agrave; vingt heures trente, elle l&#39;appela.</p>

<p>&mdash; Ren&eacute;. Bureau.</p>

<p>&mdash; Oui, Madame.</p>

<p>Il entra.</p>

<p>Et s&#39;arr&ecirc;ta.</p>

<p>Elle avait encore choisi du cuir.</p>

<p>Ren&eacute; se demanda imm&eacute;diatement si cela devenait une co&iuml;ncidence statistiquement impossible.</p>

<p>Une jupe noire ajust&eacute;e.</p>

<p>Une chemise sombre.</p>

<p>Et les bottes.</p>

<p>Encore elles.</p>

<p>Madame Thomas &eacute;tait assise derri&egrave;re son bureau.</p>

<p>L&#39;enveloppe blanche se trouvait devant elle.</p>

<p>&mdash; Ferme la porte.</p>

<p>Ren&eacute; ob&eacute;it.</p>

<p>&mdash; &Agrave; genoux.</p>

<p>Il prit place devant le bureau.</p>

<p>Son regard passa de l&#39;enveloppe aux bottes.</p>

<p>Puis des bottes au visage de Madame Thomas.</p>

<p>Elle le remarqua.</p>

<p>&mdash; Tu vas r&eacute;ussir &agrave; suivre ?</p>

<p>&mdash; Je vais essayer.</p>

<p>&mdash; Mauvaise r&eacute;ponse.</p>

<p>Ren&eacute; corrigea imm&eacute;diatement :</p>

<p>&mdash; Oui, Madame.</p>

<p>Elle sourit.</p>

<p>Puis prit l&#39;enveloppe.</p>

<p>Enfin.</p>

<p>Ren&eacute; sentit son ventre se nouer.</p>

<p>Madame Thomas passa tranquillement un doigt sous le rabat.</p>

<p>Elle aurait pu l&#39;ouvrir rapidement.</p>

<p>Elle choisit naturellement de prendre son temps.</p>

<p>Ren&eacute; suivait chacun de ses gestes.</p>

<p>Elle sortit plusieurs feuilles.</p>

<p>Les aligna.</p>

<p>Puis commen&ccedil;a &agrave; lire.</p>

<p>Silence.</p>

<p>Ren&eacute; observait son visage.</p>

<p>Premi&egrave;re page.</p>

<p>Aucune r&eacute;action.</p>

<p>Ses yeux parcouraient les lignes.</p>

<p>Elle tourna la page.</p>

<p>Un sourcil se leva l&eacute;g&egrave;rement.</p>

<p>Ren&eacute; tenta d&#39;interpr&eacute;ter.</p>

<p>Bon signe ?</p>

<p>Mauvais signe ?</p>

<p>Madame Thomas prit un stylo.</p>

<p>Elle souligna quelque chose.</p>

<p>&Eacute;crivit un mot dans la marge.</p>

<p>Ren&eacute; essaya de voir.</p>

<p>Impossible.</p>

<p>Elle continua.</p>

<p>Puis un sourire apparut.</p>

<p>Tr&egrave;s l&eacute;ger.</p>

<p>Ren&eacute; sentit son c&oelig;ur acc&eacute;l&eacute;rer.</p>

<p>Elle avait l&#39;air satisfaite.</p>

<p>Pourquoi ?</p>

<p>Il regarda le rapport.</p>

<p>Puis son visage.</p>

<p>Puis ses bottes.</p>

<p>Madame Thomas bougea l&eacute;g&egrave;rement une jambe.</p>

<p>Son regard descendit imm&eacute;diatement.</p>

<p>Lorsqu&#39;il remonta, elle le regardait.</p>

<p>&mdash; Je t&#39;ai vu.</p>

<p>&mdash; Pardon.</p>

<p>&mdash; Tu essaies de lire mon visage ou ma jupe ?</p>

<p>Ren&eacute; h&eacute;sita.</p>

<p>&mdash; Les deux.</p>

<p>Elle rit doucement.</p>

<p>&mdash; Au moins, c&#39;est honn&ecirc;te.</p>

<p>Elle retourna au rapport.</p>

<p>Ren&eacute; tenta de se concentrer.</p>

<p>Une nouvelle annotation.</p>

<p>Une page tourn&eacute;e.</p>

<p>Un sourire.</p>

<p>Puis, &agrave; un endroit, elle s&#39;arr&ecirc;ta.</p>

<p>Relut un paragraphe.</p>

<p>Une fois.</p>

<p>Deux fois.</p>

<p>Ren&eacute; retint presque son souffle.</p>

<p>Madame Thomas prit son stylo et tra&ccedil;a une ligne sous plusieurs mots.</p>

<p>Elle ne commenta rien.</p>

<p>Ren&eacute; n&#39;en pouvait plus.</p>

<p>&mdash; Madame ?</p>

<p>Elle leva les yeux.</p>

<p>&mdash; Oui ?</p>

<p>&mdash; Qu&#39;est-ce qu&#39;elle dit ?</p>

<p>Madame Thomas regarda le rapport.</p>

<p>Puis Ren&eacute;.</p>

<p>&mdash; Beaucoup de choses.</p>

<p>&mdash; Sur moi ?</p>

<p>&mdash; Principalement.</p>

<p>&mdash; Et ?</p>

<p>Elle posa son stylo.</p>

<p>Ren&eacute; attendit.</p>

<p>Madame Thomas croisa lentement les jambes.</p>

<p>Le cuir froissa.</p>

<p>Ses yeux descendirent malgr&eacute; lui.</p>

<p>Elle attendit qu&#39;il regarde de nouveau son visage.</p>

<p>&mdash; Et quoi ?</p>

<p>Ren&eacute; comprit.</p>

<p>Elle jouait encore.</p>

<p>&mdash; Est-ce que son rapport est favorable ?</p>

<p>Madame Thomas sourit.</p>

<p>Cette fois franchement.</p>

<p>&mdash; Voil&agrave; une meilleure question.</p>

<p>&mdash; Et la r&eacute;ponse ?</p>

<p>Elle reprit le document.</p>

<p>&mdash; Il correspond assez bien &agrave; ce que j&#39;esp&eacute;rais.</p>

<p>Ren&eacute; sentit un m&eacute;lange &eacute;trange de soulagement et d&#39;inqui&eacute;tude.</p>

<p>&mdash; Ce que vous esp&eacute;riez pour quoi ?</p>

<p>Madame Thomas ne r&eacute;pondit pas.</p>

<p>&Eacute;chec.</p>

<p>Encore.</p>

<p>Elle termina la derni&egrave;re page.</p>

<p>Puis rassembla soigneusement les feuilles.</p>

<p>Ren&eacute; pensa qu&#39;elle allait enfin lui expliquer.</p>

<p>Au lieu de cela, elle prit son t&eacute;l&eacute;phone.</p>

<p>Chercha un contact.</p>

<p>Et appuya sur l&rsquo;&eacute;cran.</p>

<p>Ren&eacute; entendit la tonalit&eacute;.</p>

<p>Une fois.</p>

<p>Deux fois.</p>

<p>Puis une voix f&eacute;minine r&eacute;pondit.</p>

<p>&mdash; All&ocirc; ?</p>

<p>L&rsquo;expression de Madame Thomas changea.</p>

<p>Ce sourire satisfait revint.</p>

<p>&mdash; Bonsoir Caroline. C&#39;est moi.</p>

<p>Ren&eacute; releva l&eacute;g&egrave;rement la t&ecirc;te.</p>

<p><strong>Caroline ?</strong></p>

<p>Le pr&eacute;nom ne lui disait rien.</p>

<p>Madame Thomas connaissait beaucoup de monde. Des avocates, des magistrates, des clientes, des amies.</p>

<p>Cette Caroline pouvait &ecirc;tre n&#39;importe qui.</p>

<p>&mdash; Oui, je l&#39;ai re&ccedil;u aujourd&#39;hui.</p>

<p>Un silence.</p>

<p>Madame Thomas posa les doigts sur le rapport de la Docteure Morel.</p>

<p>&mdash; Je viens de le terminer.</p>

<p>Ren&eacute; comprit imm&eacute;diatement de quoi elles parlaient.</p>

<p>La femme r&eacute;pondit quelque chose qu&#39;il ne put entendre.</p>

<p>&mdash; Oui. C&#39;est tr&egrave;s positif.</p>

<p>Madame Thomas regarda Ren&eacute;.</p>

<p>Pas longtemps.</p>

<p>Juste assez pour qu&#39;il comprenne qu&#39;il &eacute;tait, une fois encore, l&#39;objet d&#39;une conversation &agrave; laquelle il n&#39;avait pas acc&egrave;s.</p>

<p>&mdash; J&#39;ai maintenant tout ce qu&#39;il faut pour poursuivre.</p>

<p>Elle ouvrit son agenda.</p>

<p>&mdash; Quand peux-tu me recevoir ?</p>

<p>Ren&eacute; fron&ccedil;a les sourcils.</p>

<p><em>Me recevoir ?</em></p>

<p>Il essaya de construire une hypoth&egrave;se.</p>

<p>Une cons&oelig;ur ?</p>

<p>Une notaire ?</p>

<p>Quelqu&#39;un charg&eacute; de r&eacute;diger le contrat qu&#39;il imaginait depuis plusieurs jours ?</p>

<p>Madame Thomas &eacute;couta.</p>

<p>&mdash; Vendredi me convient.</p>

<p>Elle nota quelque chose.</p>

<p>&mdash; Quatorze heures trente. Parfait.</p>

<p>Nouvelle r&eacute;ponse de Caroline.</p>

<p>Cette fois, Madame Thomas eut un petit rire.</p>

<p>&mdash; Non. Il ne sait rien.</p>

<p>Ren&eacute; releva brusquement les yeux.</p>

<p>Madame Thomas le regardait.</p>

<p>&mdash; Absolument rien.</p>

<p>Elle sourit.</p>

<p>&mdash; Et je compte bien que cela reste ainsi jusqu&#39;&agrave; vendredi.</p>

<p>Ren&eacute; ouvrit la bouche.</p>

<p>Le regard de Madame Thomas suffit &agrave; la lui faire refermer.</p>

<p>&mdash; Tr&egrave;s bien. Je te laisse pr&eacute;parer ce qu&#39;il faut.</p>

<p>Un silence.</p>

<p>&mdash; Merci, Caroline. &Agrave; vendredi.</p>

<p>Elle raccrocha.</p>

<p>Ren&eacute; resta &agrave; genoux.</p>

<p>Une nouvelle Femme venait d&#39;entrer dans cette histoire.</p>

<p>Il ne connaissait que son pr&eacute;nom.</p>

<p><strong>Caroline.</strong></p>

<p>Elle savait manifestement qui il &eacute;tait.</p>

<p>Elle connaissait l&#39;existence du rapport.</p>

<p>Elle savait ce que Madame Thomas pr&eacute;parait.</p>

<p>Et elle devait maintenant, elle aussi, <em>pr&eacute;parer quelque chose</em>.</p>

<p>Ren&eacute; regarda le dossier.</p>

<p>Puis l&#39;agenda.</p>

<p>Puis Madame Thomas.</p>

<p>&mdash; Qui est Caroline ?</p>

<p>Madame Thomas rangea tranquillement le rapport dans un tiroir.</p>

<p>Elle le ferma &agrave; cl&eacute;.</p>

<p>&mdash; Quelqu&#39;un que nous verrons vendredi.</p>

<p>&mdash; Pour quoi faire ?</p>

<p>Elle posa la cl&eacute; sur son bureau.</p>

<p>&mdash; Tu poses encore les mauvaises questions.</p>

<p>&mdash; Quelle serait la bonne ?</p>

<p>Madame Thomas se leva.</p>

<p>Le cuir de sa jupe accompagna son mouvement.</p>

<p>Ren&eacute; leva les yeux vers elle.</p>

<p>Elle s&#39;approcha jusqu&#39;&agrave; se tenir devant lui.</p>

<p>&mdash; La bonne question serait de savoir si tu me fais suffisamment confiance pour monter dans ma voiture vendredi sans savoir o&ugrave; je t&#39;emm&egrave;ne.</p>

<p>Ren&eacute; resta silencieux.</p>

<p>Madame Thomas attendit.</p>

<p>Il connaissait maintenant suffisamment sa Ma&icirc;tresse pour savoir qu&#39;elle n&#39;attendait pas une explication.</p>

<p>&mdash; Oui, Madame.</p>

<p>Elle posa bri&egrave;vement une main sur sa t&ecirc;te.</p>

<p>&mdash; Voil&agrave;.</p>

<p>Puis elle passa devant lui.</p>

<p>&mdash; C&#39;&eacute;tait la bonne r&eacute;ponse.</p>

<p>Ren&eacute; entendit ses bottes s&#39;&eacute;loigner.</p>

<p>Il resta seul quelques secondes devant le bureau.</p>

<p>Morel savait.</p>

<p>Madame Thomas savait.</p>

<p>Et maintenant cette myst&eacute;rieuse Caroline savait &eacute;galement.</p>

<p>Lui seul ignorait encore ce que ces trois Femmes &eacute;taient en train de pr&eacute;parer.</p>

<p>Et, pour la premi&egrave;re fois, Ren&eacute; commen&ccedil;a &agrave; se demander si son ignorance n&#39;&eacute;tait pas elle aussi <strong>une partie parfaitement calcul&eacute;e du plan de Madame Thomas.</strong></p>

<p>&nbsp;</p>

<h1>Chapitre VI &mdash; La cage</h1>

<p>Le jeudi matin, on sonna &agrave; la porte.</p>

<p>Ren&eacute; ouvrit.</p>

<p>Un livreur se tenait devant lui avec un carton volumineux pos&eacute; sur un diable.</p>

<p>Tr&egrave;s volumineux.</p>

<p>&mdash; Livraison pour Madame Thomas.</p>

<p>&mdash; Je peux signer.</p>

<p>Quelques minutes plus tard, le carton occupait une partie consid&eacute;rable de l&#39;entr&eacute;e.</p>

<p>Ren&eacute; referma la porte et contempla le colis.</p>

<p>Il n&#39;avait aucune intention de fouiller dans les affaires de Madame Thomas.</p>

<p>Mais il n&#39;&eacute;tait pas n&eacute;cessaire de fouiller.</p>

<p>Le fabricant avait jug&eacute; utile d&#39;imprimer une photographie directement sur l&#39;emballage.</p>

<p>Une cage de transport.</p>

<p>Et &agrave; c&ocirc;t&eacute;, pour donner une id&eacute;e de ses dimensions, un grand chien.</p>

<p>Ren&eacute; resta silencieux.</p>

<p>&mdash; Non...</p>

<p>Il s&#39;approcha.</p>

<p>L&#39;&eacute;tiquette confirma ce qu&#39;il voyait.</p>

<p><strong>Cage de transport renforc&eacute;e &mdash; Grand mod&egrave;le.</strong></p>

<p>Il regarda de nouveau le chien imprim&eacute; sur le carton.</p>

<p>Puis l&#39;escalier.</p>

<p>&mdash; Vous n&#39;allez quand m&ecirc;me pas...</p>

<p>Une nouvelle pi&egrave;ce venait soudain de trouver sa place dans le puzzle.</p>

<p>Caroline.</p>

<p>Le rendez-vous du vendredi.</p>

<p>La cage.</p>

<p>Ren&eacute; sourit.</p>

<p>Enfin.</p>

<p>Il avait compris.</p>

<p><strong>Madame Thomas allait adopter un chien.</strong></p>

<p>***</p>

<p>La satisfaction d&#39;avoir r&eacute;solu l&#39;&eacute;nigme dura environ trente secondes.</p>

<p>Puis Ren&eacute; r&eacute;fl&eacute;chit aux cons&eacute;quences.</p>

<p>Un chien.</p>

<p>Dans la maison.</p>

<p>Des poils.</p>

<p>Des gamelles.</p>

<p>Des odeurs.</p>

<p>Des promenades.</p>

<p>Surtout les promenades.</p>

<p>Madame Thomas avait un emploi du temps charg&eacute;. Elle partait t&ocirc;t certains matins, rentrait tard certains soirs et pouvait passer une journ&eacute;e enti&egrave;re au cabinet.</p>

<p>Qui allait sortir le chien ?</p>

<p>Ren&eacute; regarda le carton.</p>

<p>&mdash; Moi.</p>

<p>&Eacute;videmment.</p>

<p>Il s&#39;imagina un matin de novembre.</p>

<p>Six heures trente.</p>

<p>Pluie glaciale.</p>

<p>Un chien &eacute;norme tirant sur une laisse pendant que Madame Thomas dormait tranquillement au chaud.</p>

<p>Il n&#39;aimait d&eacute;j&agrave; pas cet animal.</p>

<p>Ce qui &eacute;tait parfaitement injuste puisqu&#39;il n&#39;existait peut-&ecirc;tre m&ecirc;me pas encore dans leur maison.</p>

<p>Ren&eacute; n&#39;avait jamais eu un rapport particuli&egrave;rement facile avec les animaux.</p>

<p>Il ne leur voulait aucun mal.</p>

<p>Il pr&eacute;f&eacute;rait simplement qu&#39;ils vivent leur vie &agrave; une distance raisonnable de la sienne.</p>

<p>Et certainement pas dans son salon.</p>

<p>Il regarda encore la photographie.</p>

<p>Le chien semblait presque sourire.</p>

<p>&mdash; Toi, je ne t&#39;aime d&eacute;j&agrave; pas.</p>

<p>***</p>

<p>Madame Thomas rentra peu apr&egrave;s dix-neuf heures.</p>

<p>Ren&eacute; l&#39;attendait.</p>

<p>Elle entra, lui tendit son sac puis remarqua imm&eacute;diatement le carton.</p>

<p>&mdash; Parfait.</p>

<p>Ce simple mot confirma presque toutes les conclusions de Ren&eacute;.</p>

<p>&mdash; C&#39;est arriv&eacute; ce matin.</p>

<p>&mdash; Tr&egrave;s bien.</p>

<p>Elle retira son manteau.</p>

<p>Ren&eacute; attendit.</p>

<p>Madame Thomas ne dit rien de plus.</p>

<p>&mdash; Madame ?</p>

<p>&mdash; Oui ?</p>

<p>&mdash; C&#39;est une cage pour chien.</p>

<p>Elle regarda le carton.</p>

<p>Puis Ren&eacute;.</p>

<p>&mdash; Excellente observation.</p>

<p>&mdash; Pour un grand chien.</p>

<p>&mdash; Tu es d&eacute;cid&eacute;ment tr&egrave;s en forme aujourd&#39;hui.</p>

<p>Ren&eacute; fron&ccedil;a les sourcils.</p>

<p>&mdash; Vous avez quelque chose &agrave; me dire ?</p>

<p>Madame Thomas r&eacute;fl&eacute;chit ostensiblement.</p>

<p>&mdash; Oui.</p>

<p>Ren&eacute; attendit.</p>

<p>&mdash; Monte-la.</p>

<p>&mdash; La cage ?</p>

<p>&mdash; Non, Ren&eacute;. Le carton.</p>

<p>Elle lui adressa un sourire.</p>

<p>&mdash; &Eacute;videmment, la cage.</p>

<p>&mdash; O&ugrave; ?</p>

<p>&mdash; Dans le coffre de la voiture.</p>

<p>Puis elle monta &agrave; l&#39;&eacute;tage.</p>

<p>Ren&eacute; regarda le carton.</p>

<p>La voiture.</p>

<p>Le rendez-vous du lendemain.</p>

<p>Tout concordait.</p>

<p>***</p>

<p>Madame Thomas avait r&eacute;cemment remplac&eacute; sa berline par un SUV.</p>

<p>Ren&eacute; avait trouv&eacute; le choix &eacute;tonnant.</p>

<p>Elle lui avait expliqu&eacute; qu&#39;elle voulait davantage de place et un v&eacute;hicule plus polyvalent.</p>

<p>&Agrave; pr&eacute;sent, tout devenait &eacute;vident.</p>

<p>&mdash; Le chien...</p>

<p>Il ouvrit le coffre.</p>

<p>L&#39;espace &eacute;tait consid&eacute;rable.</p>

<p>Il d&eacute;balla la cage.</p>

<p>Elle &eacute;tait encore plus imposante hors de son carton.</p>

<p>Structure rigide.</p>

<p>Porte renforc&eacute;e.</p>

<p>Points d&#39;ancrage.</p>

<p>Ren&eacute; consulta la notice.</p>

<p>Il assembla les diff&eacute;rents &eacute;l&eacute;ments, rabattit une partie de la banquette arri&egrave;re puis installa l&#39;ensemble dans le coffre.</p>

<p>La cage occupait une place impressionnante.</p>

<p>Il tira dessus.</p>

<p>Elle bougea l&eacute;g&egrave;rement.</p>

<p>Pas satisfaisant.</p>

<p>Ren&eacute; recommen&ccedil;a les fixations.</p>

<p>Cette fois, elle ne bougea pratiquement plus.</p>

<p>Il recula de quelques pas.</p>

<p>Madame Thomas avait manifestement l&#39;intention d&#39;adopter quelque chose de cons&eacute;quent.</p>

<p>Tr&egrave;s cons&eacute;quent.</p>

<p>Il imagina un berger allemand.</p>

<p>Ou pire.</p>

<p>Un &eacute;norme molosse.</p>

<p>Ren&eacute; soupira.</p>

<p>&mdash; Magnifique.</p>

<p>***</p>

<p>Madame Thomas descendit une vingtaine de minutes plus tard.</p>

<p>Elle avait chang&eacute; de tenue.</p>

<p>Pas de cuir cette fois.</p>

<p>Ren&eacute; en fut presque reconnaissant : il avait besoin de toutes ses capacit&eacute;s intellectuelles pour n&eacute;gocier la future r&eacute;partition des promenades.</p>

<p>&mdash; C&#39;est termin&eacute; ?</p>

<p>&mdash; Oui, Madame.</p>

<p>&mdash; Montre-moi.</p>

<p>Ils sortirent.</p>

<p>Madame Thomas ouvrit le coffre.</p>

<p>Elle ne regarda pas simplement la cage.</p>

<p>Elle l&#39;inspecta.</p>

<p>S&eacute;rieusement.</p>

<p>Elle v&eacute;rifia la porte.</p>

<p>Le verrou.</p>

<p>Puis les fixations.</p>

<p>Elle saisit la structure &agrave; deux mains et la secoua vigoureusement.</p>

<p>La cage ne bougea presque pas.</p>

<p>&mdash; Tu as utilis&eacute; tous les points d&#39;ancrage ?</p>

<p>&mdash; Oui.</p>

<p>&mdash; Ceux du fond aussi ?</p>

<p>&mdash; Oui, Madame.</p>

<p>Elle se pencha pour v&eacute;rifier elle-m&ecirc;me.</p>

<p>Ren&eacute; l&#39;observait.</p>

<p>&mdash; Vous avez peur qu&#39;il s&#39;&eacute;chappe ?</p>

<p>Madame Thomas se redressa.</p>

<p>&mdash; Je veux surtout &ecirc;tre certaine que &ccedil;a ne bouge pas pendant le transport.</p>

<p>&mdash; Il doit &ecirc;tre gros.</p>

<p>Elle regarda Ren&eacute;.</p>

<p>Quelque chose passa dans ses yeux.</p>

<p>&mdash; Pourquoi dis-tu &ccedil;a ?</p>

<p>Il d&eacute;signa la cage.</p>

<p>&mdash; Regardez la taille.</p>

<p>Madame Thomas contempla l&#39;installation.</p>

<p>&mdash; C&#39;est vrai.</p>

<p>Puis elle regarda Ren&eacute; de la t&ecirc;te aux pieds.</p>

<p>Tr&egrave;s lentement.</p>

<p>&mdash; C&#39;est un grand mod&egrave;le.</p>

<p>Ren&eacute; ne remarqua pas imm&eacute;diatement la mani&egrave;re dont elle venait de le mesurer du regard.</p>

<p>&mdash; Quelle race ?</p>

<p>&mdash; Quelle race de quoi ?</p>

<p>&mdash; Du chien.</p>

<p>Madame Thomas resta silencieuse une seconde.</p>

<p>Puis son visage s&#39;&eacute;claira d&#39;un sourire.</p>

<p>Ren&eacute; connaissait ce sourire.</p>

<p>Il aurait d&ucirc; se m&eacute;fier.</p>

<p>&mdash; Ah.</p>

<p>&mdash; Quoi ?</p>

<p>&mdash; Rien.</p>

<p>Elle regarda de nouveau la cage.</p>

<p>&mdash; Tu penses que je vais prendre un chien ?</p>

<p>Ren&eacute; d&eacute;signa l&#39;&eacute;vidence devant eux.</p>

<p>&mdash; Une cage pour chien arrive la veille d&#39;un rendez-vous myst&eacute;rieux avec une certaine Caroline. Vous me demandez de l&#39;installer dans votre nouvelle voiture. Je suppose donc que Caroline travaille dans un refuge ou quelque chose comme &ccedil;a.</p>

<p>Madame Thomas croisa les bras.</p>

<p>&mdash; C&#39;est une th&eacute;orie.</p>

<p>&mdash; J&#39;ai raison ?</p>

<p>&mdash; Je n&#39;ai pas dit cela.</p>

<p>&mdash; Vous n&#39;avez pas dit que j&#39;avais tort non plus.</p>

<p>&mdash; Exact.</p>

<p>Ren&eacute; soupira.</p>

<p>&mdash; Quelle taille ?</p>

<p>&mdash; Pardon ?</p>

<p>&mdash; Le chien.</p>

<p>Madame Thomas r&eacute;fl&eacute;chit.</p>

<p>&mdash; Assez grand.</p>

<p>Ren&eacute; ferma les yeux.</p>

<p>&mdash; &Eacute;videmment.</p>

<p>&mdash; Cela te pose un probl&egrave;me ?</p>

<p>Il h&eacute;sita.</p>

<p>&mdash; Je ne suis pas tr&egrave;s &agrave; l&#39;aise avec les chiens.</p>

<p>&mdash; Je sais.</p>

<p>Cette r&eacute;ponse le surprit.</p>

<p>&mdash; Vous savez ?</p>

<p>&mdash; Ren&eacute;, je sais beaucoup de choses sur toi.</p>

<p>Elle passa un doigt sur la porte de la cage.</p>

<p>&mdash; Tu t&#39;habitueras.</p>

<p>Voil&agrave;.</p>

<p>La condamnation venait de tomber.</p>

<p>&mdash; Et qui va le promener ?</p>

<p>Madame Thomas se tourna vers lui.</p>

<p>&mdash; Tu anticipes d&eacute;j&agrave; tes nouvelles responsabilit&eacute;s ?</p>

<p>&mdash; Je vous connais.</p>

<p>&mdash; C&#39;est une qualit&eacute; appr&eacute;ciable chez un esclave.</p>

<p>&mdash; Madame...</p>

<p>&mdash; Matin et soir, j&#39;imagine.</p>

<p>Ren&eacute; la regarda avec consternation.</p>

<p>Elle poursuivit, parfaitement s&eacute;rieuse :</p>

<p>&mdash; Et lorsqu&#39;il pleuvra.</p>

<p>&mdash; &Eacute;videmment.</p>

<p>&mdash; Lorsqu&#39;il neigera aussi.</p>

<p>&mdash; Merci.</p>

<p>&mdash; Il faudra peut-&ecirc;tre m&ecirc;me ramasser derri&egrave;re lui.</p>

<p>Ren&eacute; grima&ccedil;a.</p>

<p>Madame Thomas ne tint plus.</p>

<p>Elle &eacute;clata de rire.</p>

<p>&mdash; Je suis ravie de voir avec quel enthousiasme tu accueilles cette &eacute;ventuelle &eacute;volution de notre foyer.</p>

<p>&mdash; Vous pourriez au moins choisir un petit chien.</p>

<p>Elle regarda la cage.</p>

<p>&mdash; Maintenant que tu l&#39;as mont&eacute;e, ce serait dommage.</p>

<p>&mdash; Madame...</p>

<p>Elle referma le coffre.</p>

<p>&mdash; Nous verrons demain.</p>

<p>Puis elle retourna vers la maison.</p>

<p>Ren&eacute; la suivit.</p>

<p>&mdash; Donc nous allons vraiment chercher un chien demain ?</p>

<p>&mdash; Je n&#39;ai jamais dit &ccedil;a.</p>

<p>&mdash; Mais vous venez de parler des promenades !</p>

<p>&mdash; C&#39;est toi qui as commenc&eacute; &agrave; parler de promenades.</p>

<p>&mdash; Et vous avez parl&eacute; de ramasser derri&egrave;re lui.</p>

<p>Madame Thomas ouvrit la porte.</p>

<p>&mdash; J&#39;explorais ton hypoth&egrave;se.</p>

<p>&mdash; Vous vous moquez de moi.</p>

<p>Elle entra.</p>

<p>&mdash; Un peu.</p>

<p>Ren&eacute; resta quelques secondes dehors.</p>

<p>Il regarda le SUV.</p>

<p>Puis Madame Thomas.</p>

<p>&mdash; Il y a un chien ou pas ?</p>

<p>Elle se retourna.</p>

<p>&mdash; Bonne nuit, Ren&eacute;.</p>

<p>Et disparut dans la maison.</p>

<p>***</p>

<p>Le vendredi matin, la cage &eacute;tait toujours dans le coffre.</p>

<p>Ren&eacute; passa devant la voiture plusieurs fois.</p>

<p>Chaque fois, il la regardait.</p>

<p>&Agrave; midi, il avait pratiquement accept&eacute; son destin.</p>

<p>Il allait vivre avec un chien.</p>

<p>Un grand chien.</p>

<p>Il allait probablement devoir le nourrir, le sortir, nettoyer derri&egrave;re lui et faire semblant d&#39;appr&eacute;cier l&#39;exp&eacute;rience parce que Madame Thomas aurait d&eacute;cid&eacute; qu&#39;elle voulait un animal.</p>

<p>Au fond, pensa-t-il, cela correspondait assez bien &agrave; ce qu&#39;il avait expliqu&eacute; &agrave; la Docteure Morel.</p>

<p><em>Si Madame Thomas d&eacute;cidait que quelque chose vous concernant ne rel&egrave;ve plus de votre d&eacute;cision, comment le vivriez-vous ?</em></p>

<p>Il aurait d&ucirc; se m&eacute;fier de cette question.</p>

<p>&Agrave; treize heures trente, Madame Thomas descendit.</p>

<p>Ren&eacute; prit son sac.</p>

<p>&mdash; Pr&ecirc;t ?</p>

<p>&mdash; Oui, Madame.</p>

<p>Ils sortirent.</p>

<p>Avant de monter en voiture, Ren&eacute; ouvrit le coffre une derni&egrave;re fois.</p>

<p>Il v&eacute;rifia machinalement la cage.</p>

<p>Madame Thomas l&#39;observait.</p>

<p>&mdash; Tout va bien ?</p>

<p>&mdash; Oui.</p>

<p>Il testa la porte.</p>

<p>&mdash; Elle est parfaitement fix&eacute;e.</p>

<p>&mdash; Excellent.</p>

<p>Ren&eacute; referma le coffre.</p>

<p>&mdash; J&#39;esp&egrave;re simplement qu&#39;il n&#39;est pas agressif.</p>

<p>Madame Thomas resta silencieuse.</p>

<p>Puis elle s&#39;approcha de lui.</p>

<p>Elle r&eacute;ajusta l&eacute;g&egrave;rement son col.</p>

<p>Exactement comme avant leur rendez-vous chez Morel.</p>

<p>&mdash; Ne t&#39;inqui&egrave;te pas.</p>

<p>Ren&eacute; la regarda.</p>

<p>Elle souriait.</p>

<p>&mdash; <strong>Je suis certaine qu&#39;il est tr&egrave;s bien dress&eacute;.</strong></p>

<p>Elle monta dans la voiture.</p>

<p>Ren&eacute; resta immobile une seconde.</p>

<p>Quelque chose dans cette phrase lui avait paru &eacute;trange.</p>

<p>Mais il ne parvenait pas &agrave; d&eacute;terminer quoi.</p>

<p>Il finit par monter &agrave; son tour.</p>

<p>Derri&egrave;re lui, dans le coffre du SUV, la cage attendait son premier occupant.</p>]]></description>
			<guid>https://www.bdsm.fr/blog/12702/Le-JOUR-OÙ-JE-SUIS-DEVENU…-Chapitre-5-et-6/</guid>
			<pubDate>Thu, 03 Sep 2026 19:27:50 +0000</pubDate>
			<dc:creator>Altair1912</dc:creator>
		</item>
		<item>
			<title>Altair1912 a posté un article.</title>
			<link>https://www.bdsm.fr/blog/12699/LE-JOUR-OÙ-JE-SUIS-DEVENU…-Chapitre-3-et-4/</link>
			<description><![CDATA[<h1>Chapitre III &mdash; Le rendez-vous</h1>

<p>Les jours suivants furent interminables.</p>

<p>Madame Thomas n&#39;avait plus reparl&eacute; de leur conversation.</p>

<p>Pas une fois.</p>

<p>C&#39;&eacute;tait probablement ce qui perturbait le plus Ren&eacute;.</p>

<p>Elle avait termin&eacute; son plaidoyer par cette phrase :</p>

<p><em>Je vais t&#39;expliquer ce que j&#39;ai d&eacute;cid&eacute; de te proposer.</em></p>

<p>Puis elle ne lui avait rien expliqu&eacute;.</p>

<p>Le lendemain matin, elle avait repris sa vie comme si cette conversation n&#39;avait jamais eu lieu.</p>

<p>Cabinet.</p>

<p>R&eacute;unions.</p>

<p>T&eacute;l&eacute;phone.</p>

<p>Dossiers.</p>

<p>Ren&eacute; avait pr&eacute;par&eacute; son caf&eacute;, entretenu la maison, ex&eacute;cut&eacute; ses t&acirc;ches habituelles et attendu.</p>

<p>Rien.</p>

<p>Le soir suivant, m&ecirc;me chose.</p>

<p>Il avait fini par se demander si Madame Thomas ne testait pas simplement sa patience.</p>

<p>Ou pire : si elle avait chang&eacute; d&#39;avis.</p>

<p>Cette possibilit&eacute; l&#39;obs&eacute;dait.</p>

<p>Elle avait parl&eacute; d&#39;aller <em>beaucoup plus loin que le collier</em>. Beaucoup plus loin que le mot <em>esclave</em>.</p>

<p>Mais o&ugrave; pouvait-on aller apr&egrave;s cela ?</p>

<p>Ren&eacute; avait envisag&eacute; toutes sortes de sc&eacute;narios.</p>

<p>Un contrat ?</p>

<p>Un nouveau collier ?</p>

<p>Une c&eacute;r&eacute;monie ?</p>

<p>Peut-&ecirc;tre voulait-elle modifier radicalement les r&egrave;gles de leur relation.</p>

<p>Il imagina des choses beaucoup plus extr&ecirc;mes.</p>

<p>Puis les trouva absurdes.</p>

<p>Puis recommen&ccedil;a &agrave; les imaginer.</p>

<p>Madame Thomas, elle, ne disait toujours rien.</p>

<p>Elle observait parfois Ren&eacute; avec un l&eacute;ger sourire qui lui donnait l&#39;impression d&eacute;sagr&eacute;able qu&#39;elle savait exactement ce qui se d&eacute;roulait dans sa t&ecirc;te.</p>

<p>Le troisi&egrave;me soir, il finit par c&eacute;der.</p>

<p>&mdash; Madame ?</p>

<p>Elle ne quitta pas son dossier des yeux.</p>

<p>&mdash; Oui ?</p>

<p>&mdash; Concernant l&#39;autre soir...</p>

<p>&mdash; Quoi, l&#39;autre soir ?</p>

<p>Il h&eacute;sita.</p>

<p>Elle savait parfaitement.</p>

<p>&mdash; Vous m&#39;avez dit que vous aviez trouv&eacute; une mani&egrave;re d&#39;aller beaucoup plus loin.</p>

<p>Madame Thomas tourna une page.</p>

<p>&mdash; C&#39;est exact.</p>

<p>Ren&eacute; attendit.</p>

<p>Rien.</p>

<p>&mdash; Puis-je savoir laquelle ?</p>

<p>Elle releva enfin les yeux.</p>

<p>&mdash; Non.</p>

<p>Un seul mot.</p>

<p>Puis elle retourna &agrave; son dossier.</p>

<p>Ren&eacute; resta devant elle quelques secondes.</p>

<p>&mdash; Autre chose ?</p>

<p>&mdash; Non, Madame.</p>

<p>&mdash; Alors cesse d&#39;essayer de deviner.</p>

<p>Il baissa les yeux.</p>

<p>&mdash; Oui, Madame.</p>

<p>&mdash; Tu te fais des films.</p>

<p>Ren&eacute; la regarda, surpris.</p>

<p>Madame Thomas sourit.</p>

<p>&mdash; Et aucun n&#39;est juste.</p>

<p>Il ne sut jamais si elle disait vrai.</p>

<p>***</p>

<p>Le vendredi matin, elle lui donna enfin une instruction.</p>

<p>&mdash; Sois pr&ecirc;t &agrave; treize heures trente.</p>

<p>Ren&eacute; releva imm&eacute;diatement les yeux.</p>

<p>&mdash; Pour quoi faire ?</p>

<p>Madame Thomas continua &agrave; consulter son t&eacute;l&eacute;phone.</p>

<p>&mdash; Sortir.</p>

<p>&mdash; O&ugrave; allons-nous ?</p>

<p>&mdash; Dehors.</p>

<p>Ren&eacute; soupira.</p>

<p>Elle leva les yeux.</p>

<p>&mdash; Un probl&egrave;me ?</p>

<p>&mdash; Non, Madame.</p>

<p>&mdash; Parfait.</p>

<p>Elle rangea son t&eacute;l&eacute;phone.</p>

<p>&mdash; Treize heures trente.</p>

<p>Puis elle partit travailler.</p>

<p>Ren&eacute; passa la matin&eacute;e &agrave; recommencer exactement ce qu&#39;elle lui avait interdit de faire.</p>

<p>Imaginer.</p>

<p>***</p>

<p>&Agrave; treize heures vingt-huit, il l&#39;attendait dans l&#39;entr&eacute;e.</p>

<p>Madame Thomas descendit deux minutes plus tard.</p>

<p>Et imm&eacute;diatement, Ren&eacute; comprit qu&#39;il allait avoir beaucoup de mal &agrave; obtenir des r&eacute;ponses.</p>

<p>Elle avait encore choisi du cuir.</p>

<p>Pas la robe de l&#39;autre soir.</p>

<p>Cette fois, elle portait une longue jupe noire en cuir, une blouse claire parfaitement coup&eacute;e et des bottes &agrave; talons.</p>

<p>Ren&eacute; resta silencieux.</p>

<p>Cette tenue r&eacute;veillait quelque chose de beaucoup plus ancien en lui.</p>

<p>Un tribunal.</p>

<p>Des couloirs impersonnels.</p>

<p>Des dossiers de divorce.</p>

<p>Et Madame Thomas avan&ccedil;ant vers lui dans une longue jupe de cuir alors qu&#39;elle &eacute;tait encore la Femme qu&#39;il &eacute;tait cens&eacute; d&eacute;tester.</p>

<p>Elle remarqua son regard.</p>

<p>&mdash; Quoi ?</p>

<p>&mdash; Rien, Madame.</p>

<p>&mdash; Alors prends mon sac.</p>

<p>Il ob&eacute;it.</p>

<p>Elle passa devant lui et ouvrit la porte.</p>

<p>&mdash; Nous partons.</p>

<p>***</p>

<p>Madame Thomas conduisait elle-m&ecirc;me.</p>

<p>Ce d&eacute;tail aussi intriguait Ren&eacute;.</p>

<p>Habituellement, lorsqu&#39;ils se d&eacute;pla&ccedil;aient ensemble et que les circonstances le permettaient, elle lui laissait volontiers conduire.</p>

<p>Pas aujourd&#39;hui.</p>

<p>Ren&eacute; &eacute;tait assis &agrave; c&ocirc;t&eacute; d&#39;elle.</p>

<p>Il regardait alternativement la route et ses mains sur le volant.</p>

<p>Puis beaucoup trop souvent sa jupe.</p>

<p>Madame Thomas le surprit.</p>

<p>&mdash; Ren&eacute;.</p>

<p>&mdash; Madame ?</p>

<p>&mdash; Mes yeux sont plus haut.</p>

<p>&mdash; Pardon.</p>

<p>Elle sourit.</p>

<p>Quelques kilom&egrave;tres pass&egrave;rent.</p>

<p>&mdash; O&ugrave; allons-nous ?</p>

<p>&mdash; Quelque part.</p>

<p>&mdash; J&#39;avais compris.</p>

<p>&mdash; Alors pourquoi poser la question ?</p>

<p>Ren&eacute; soupira.</p>

<p>&mdash; Parce que vous ne me dites rien depuis plusieurs jours.</p>

<p>&mdash; Et tu es toujours vivant.</p>

<p>&mdash; Pour le moment.</p>

<p>Elle eut un petit rire.</p>

<p>&mdash; Tu dramatises.</p>

<p>&mdash; Vous m&#39;annoncez que vous allez bouleverser ma vie, puis vous refusez de m&#39;expliquer comment.</p>

<p>&mdash; Je n&#39;ai jamais dit que j&#39;allais bouleverser ta vie.</p>

<p>Ren&eacute; se tourna vers elle.</p>

<p>&mdash; Vous avez dit que vous vouliez aller beaucoup plus loin que le mot esclave.</p>

<p>&mdash; C&#39;est diff&eacute;rent.</p>

<p>&mdash; Pas vraiment rassurant.</p>

<p>Madame Thomas changea de vitesse.</p>

<p>La jupe de cuir bougea l&eacute;g&egrave;rement.</p>

<p>Le regard de Ren&eacute; descendit.</p>

<p>&mdash; Tu vois ?</p>

<p>&mdash; Quoi ?</p>

<p>&mdash; Je pourrais probablement t&#39;annoncer que je vais te vendre &agrave; une mine de sel et tu continuerais &agrave; regarder ma jupe.</p>

<p>Ren&eacute; sourit malgr&eacute; lui.</p>

<p>&mdash; C&#39;est pr&eacute;cis&eacute;ment pour cela que vous l&#39;avez mise.</p>

<p>Madame Thomas tourna bri&egrave;vement la t&ecirc;te vers lui.</p>

<p>&mdash; Tu deviens perspicace.</p>

<p>&mdash; Donc j&#39;ai raison.</p>

<p>&mdash; Je n&#39;ai pas dit cela.</p>

<p>Elle reporta son attention sur la route.</p>

<p>&Eacute;chec.</p>

<p>Encore.</p>

<p>Ren&eacute; essaya une autre approche.</p>

<p>&mdash; Est-ce que je dois m&#39;inqui&eacute;ter ?</p>

<p>&mdash; Non.</p>

<p>La r&eacute;ponse &eacute;tait arriv&eacute;e imm&eacute;diatement.</p>

<p>Il se d&eacute;tendit l&eacute;g&egrave;rement.</p>

<p>&mdash; C&#39;est simplement un rendez-vous.</p>

<p>&mdash; Quel genre de rendez-vous ?</p>

<p>&mdash; Un rendez-vous qui est bon pour toi.</p>

<p>Cette formulation ne le rassura absolument pas.</p>

<p>&mdash; Vous savez que c&#39;est exactement ce qu&#39;on dit &agrave; un enfant avant de l&#39;emmener chez le dentiste ?</p>

<p>Madame Thomas &eacute;clata de rire.</p>

<p>&mdash; Quelle imagination.</p>

<p>&mdash; Donc ce n&#39;est pas le dentiste ?</p>

<p>&mdash; Non.</p>

<p>&mdash; Un m&eacute;decin ?</p>

<p>Elle ne r&eacute;pondit pas.</p>

<p>Ren&eacute; la regarda.</p>

<p>&mdash; Madame ?</p>

<p>Elle posa bri&egrave;vement une main sur son genou.</p>

<p>Le geste &eacute;tait inhabituellement doux.</p>

<p>&mdash; Ren&eacute;.</p>

<p>&mdash; Oui ?</p>

<p>&mdash; Fais-moi confiance.</p>

<p>Il se tut.</p>

<p>Elle laissa sa main quelques secondes.</p>

<p>&mdash; Je m&#39;occupe de toi.</p>

<p>Puis elle la retira et reprit le volant &agrave; deux mains.</p>

<p>Quelque chose dans cette phrase apaisa Ren&eacute;.</p>

<p>Ou aurait d&ucirc; l&#39;apaiser.</p>

<p>Pourtant, apr&egrave;s quelques secondes, une pens&eacute;e beaucoup moins rassurante lui traversa l&#39;esprit.</p>

<p>Madame Thomas avait soigneusement &eacute;vit&eacute; de r&eacute;pondre &agrave; sa question.</p>

<p>***</p>

<p>Il ne reconnut pas imm&eacute;diatement le quartier.</p>

<p>Puis la voiture tourna dans une rue qu&#39;il avait emprunt&eacute;e des dizaines de fois autrefois.</p>

<p>Ren&eacute; regarda dehors.</p>

<p>Un b&acirc;timent apparut au bout de la rue.</p>

<p>Son sourire disparut.</p>

<p>Non.</p>

<p>Il regarda Madame Thomas.</p>

<p>Elle conduisait tranquillement.</p>

<p>&mdash; Madame...</p>

<p>Aucune r&eacute;ponse.</p>

<p>Il regarda de nouveau le b&acirc;timent.</p>

<p>Il le connaissait.</p>

<p>Beaucoup trop bien.</p>

<p>Madame Thomas entra dans le parking souterrain et prit un ticket.</p>

<p>&mdash; Qu&#39;est-ce qu&#39;on fait ici ?</p>

<p>&mdash; Nous avons un rendez-vous.</p>

<p>&mdash; Avec qui ?</p>

<p>Elle gara la voiture.</p>

<p>Coupa le moteur.</p>

<p>Puis se tourna vers lui.</p>

<p>&mdash; Tu vas le d&eacute;couvrir dans quelques minutes.</p>

<p>Ren&eacute; ne bougea pas.</p>

<p>&mdash; Sortez.</p>

<p>Le vouvoiement involontaire la fit sourire.</p>

<p>&mdash; Voil&agrave; que je redeviens <em>vous</em>. C&#39;est int&eacute;ressant.</p>

<p>&mdash; Madame Thomas...</p>

<p>&mdash; Ren&eacute;.</p>

<p>Son ton changea.</p>

<p>Il connaissait ce ton-l&agrave;.</p>

<p>&mdash; Descends.</p>

<p>Il ob&eacute;it.</p>

<p>***</p>

<p>Dans l&#39;ascenseur, il essaya encore.</p>

<p>&mdash; Je suis d&eacute;j&agrave; venu ici.</p>

<p>&mdash; Je sais.</p>

<p>Cette fois, Ren&eacute; tourna brusquement la t&ecirc;te vers elle.</p>

<p>&mdash; Vous savez ?</p>

<p>Les portes s&#39;ouvrirent.</p>

<p>Madame Thomas sortit.</p>

<p>&mdash; Viens.</p>

<p>Ren&eacute; la suivit.</p>

<p>&Agrave; mesure qu&#39;ils avan&ccedil;aient dans le couloir, les souvenirs revenaient.</p>

<p>Les m&ecirc;mes murs.</p>

<p>Le m&ecirc;me silence.</p>

<p>M&ecirc;me cette odeur particuli&egrave;re qu&#39;il n&#39;avait jamais r&eacute;ussi &agrave; identifier.</p>

<p>Madame Thomas s&#39;arr&ecirc;ta devant une porte.</p>

<p>Ren&eacute; n&#39;avait plus besoin de lire la plaque.</p>

<p>Il connaissait d&eacute;j&agrave; le nom qui y figurait.</p>

<p><strong>Docteure &Eacute;lise Morel<br />
Psychiatrie &mdash; Psychoth&eacute;rapie</strong></p>

<p>Ren&eacute; resta immobile.</p>

<p>Pendant quelques secondes, plusieurs ann&eacute;es de sa vie sembl&egrave;rent se t&eacute;lescoper.</p>

<p>Son divorce.</p>

<p>Ses nuits sans sommeil.</p>

<p>Les m&eacute;dicaments.</p>

<p>Cette Femme devant laquelle il avait essay&eacute; de comprendre pourquoi l&#39;avocate de son ex-&eacute;pouse occupait autant ses pens&eacute;es.</p>

<p>Puis Madame Thomas.</p>

<p>Sa Ma&icirc;tresse.</p>

<p>Aujourd&#39;hui debout &agrave; c&ocirc;t&eacute; de lui, dans cette m&ecirc;me longue silhouette de cuir qui avait autrefois aliment&eacute; tant de s&eacute;ances dans ce cabinet.</p>

<p>Ren&eacute; se tourna lentement vers elle.</p>

<p>&mdash; Pourquoi ?</p>

<p>Madame Thomas ne r&eacute;pondit pas.</p>

<p>Elle sonna.</p>

<p>La porte s&#39;ouvrit quelques secondes plus tard.</p>

<p>La Docteure Morel apparut.</p>

<p>Elle regarda Ren&eacute;.</p>

<p>Puis Madame Thomas.</p>

<p>Et sourit.</p>

<p>&mdash; Bonjour Madame Thomas.</p>

<p>Ren&eacute; sentit imm&eacute;diatement quelque chose se nouer dans son ventre.</p>

<p>Pas <em>&laquo; Bonjour, enchant&eacute;e &raquo;</em>.</p>

<p>Pas <em>&laquo; Vous &ecirc;tes Madame Thomas ? &raquo;</em></p>

<p><strong>Bonjour Madame Thomas.</strong></p>

<p>Elles se connaissaient.</p>

<p>Madame Thomas lui rendit son sourire.</p>

<p>&mdash; Bonjour &Eacute;lise.</p>

<p>&Eacute;lise.</p>

<p>Ren&eacute; regarda l&#39;une.</p>

<p>Puis l&#39;autre.</p>

<p>Madame Thomas posa doucement une main dans son dos et le poussa vers l&#39;int&eacute;rieur.</p>

<p>&mdash; Entre, Ren&eacute;.</p>

<p>Il franchit le seuil.</p>

<p>Derri&egrave;re lui, Madame Thomas ajouta simplement :</p>

<p>&mdash; <strong>La Docteure Morel et moi avons beaucoup de choses &agrave; apprendre sur toi.</strong></p>

<p>La porte se referma.</p>

<p>&nbsp;</p>

<p>&nbsp;</p>

<h1>Chapitre IV &mdash; L&rsquo;&eacute;valuation</h1>

<p>La porte se referma derri&egrave;re eux.</p>

<p>La Docteure Morel regarda Ren&eacute; quelques secondes.</p>

<p>Puis Madame Thomas.</p>

<p>&mdash; Je pense que nous pouvons commencer.</p>

<p>Ren&eacute; attendit.</p>

<p>Madame Thomas posa son sac sur une chaise.</p>

<p>&mdash; Tr&egrave;s bien.</p>

<p>Elle se tourna vers Ren&eacute;.</p>

<p>&mdash; Tu restes avec la Docteure Morel.</p>

<p>&mdash; Et vous ?</p>

<p>&mdash; Je vais prendre un caf&eacute;.</p>

<p>Il fron&ccedil;a les sourcils.</p>

<p>&mdash; Vous ne restez pas ?</p>

<p>&mdash; Non.</p>

<p>&mdash; Pourquoi ?</p>

<p>Madame Thomas eut ce l&eacute;ger sourire qu&#39;il commen&ccedil;ait &agrave; d&eacute;tester autant qu&#39;&agrave; aimer.</p>

<p>&mdash; Parce qu&#39;elle veut te parler.</p>

<p>Morel intervint :</p>

<p>&mdash; Seule.</p>

<p>Ren&eacute; regarda alternativement les deux Femmes.</p>

<p>&mdash; Vous avez d&eacute;j&agrave; discut&eacute; de moi.</p>

<p>Ce n&#39;&eacute;tait pas une question.</p>

<p>Madame Thomas reprit son sac.</p>

<p>&mdash; &Eacute;videmment.</p>

<p>&mdash; De quoi ?</p>

<p>Elle s&#39;approcha de lui.</p>

<p>Pendant une seconde, Ren&eacute; crut qu&#39;elle allait enfin lui r&eacute;pondre.</p>

<p>Elle r&eacute;ajusta simplement son col.</p>

<p>&mdash; Sois parfaitement honn&ecirc;te avec elle.</p>

<p>Puis elle regarda Morel.</p>

<p>&mdash; &Agrave; tout &agrave; l&#39;heure, &Eacute;lise.</p>

<p>&mdash; &Agrave; tout &agrave; l&#39;heure.</p>

<p>Madame Thomas sortit.</p>

<p>La porte se referma.</p>

<p>Ren&eacute; resta debout.</p>

<p>Morel l&#39;observait.</p>

<p>&mdash; Asseyez-vous.</p>

<p>Il s&#39;assit.</p>

<p>&mdash; Vous pouvez respirer aussi.</p>

<p>Ren&eacute; eut un petit rire nerveux.</p>

<p>&mdash; J&#39;aimerais surtout comprendre ce que je fais ici.</p>

<p>&mdash; Je m&#39;en doute.</p>

<p>&mdash; Madame Thomas refuse de me le dire.</p>

<p>&mdash; Cela ne m&#39;&eacute;tonne pas.</p>

<p>Ren&eacute; la regarda attentivement.</p>

<p>&mdash; Vous savez pourquoi je suis ici.</p>

<p>&mdash; Oui.</p>

<p>&mdash; Et vous n&#39;allez pas me le dire.</p>

<p>&mdash; Non.</p>

<p>Il soupira.</p>

<p>Morel sourit.</p>

<p>&mdash; Voil&agrave;. Nous avons d&eacute;j&agrave; &eacute;tabli deux choses.</p>

<p>&mdash; Lesquelles ?</p>

<p>&mdash; Je sais pourquoi vous &ecirc;tes ici et vous voulez le savoir.</p>

<p>Elle prit son carnet.</p>

<p>&mdash; Nous pouvons commencer.</p>

<p>***</p>

<p>Il y avait quelque chose de profond&eacute;ment &eacute;trange &agrave; retrouver ce fauteuil.</p>

<p>Des ann&eacute;es auparavant, Ren&eacute; s&#39;y &eacute;tait assis apr&egrave;s son divorce.</p>

<p>Il dormait mal. Mangeait peu. Ressassait continuellement les m&ecirc;mes &eacute;v&eacute;nements.</p>

<p>La Docteure Morel l&#39;avait accompagn&eacute; pendant cette p&eacute;riode et lui avait prescrit un traitement.</p>

<p>Mais leurs s&eacute;ances avaient progressivement abord&eacute; un sujet beaucoup plus inattendu.</p>

<p>Madame Thomas.</p>

<p>&Agrave; l&#39;&eacute;poque, Ren&eacute; la d&eacute;testait.</p>

<p>Du moins &eacute;tait-ce ce qu&#39;il r&eacute;p&eacute;tait.</p>

<p>Morel avait &eacute;t&eacute; la premi&egrave;re &agrave; remarquer que lorsqu&#39;il parlait de son ex-femme, il racontait son divorce.</p>

<p>Lorsqu&#39;il parlait de son avocate, il d&eacute;crivait sa voix.</p>

<p>Sa mani&egrave;re de marcher.</p>

<p>Son assurance.</p>

<p>Ses v&ecirc;tements.</p>

<p>Et beaucoup trop souvent ses chaussures.</p>

<p>Morel posa son carnet sur ses genoux.</p>

<p>&mdash; Vous souvenez-vous de notre premi&egrave;re conversation &agrave; propos de Madame Thomas ?</p>

<p>&mdash; Malheureusement.</p>

<p>&mdash; Pourquoi malheureusement ?</p>

<p>&mdash; Parce que vous aviez raison.</p>

<p>&mdash; &Agrave; propos de quoi ?</p>

<p>Ren&eacute; h&eacute;sita.</p>

<p>&mdash; Je ne la d&eacute;testais pas autant que je voulais le croire.</p>

<p>&mdash; Ce n&#39;est pas exactement ce que je vous avais dit.</p>

<p>&mdash; Non.</p>

<p>&mdash; Qu&#39;avais-je dit ?</p>

<p>Ren&eacute; sourit.</p>

<p>&mdash; Que personne ne consacre autant d&#39;&eacute;nergie &agrave; d&eacute;crire les jambes d&#39;une Femme qu&#39;il pr&eacute;tend d&eacute;tester.</p>

<p>Morel sourit &agrave; son tour.</p>

<p>&mdash; Je manque parfois de d&eacute;licatesse.</p>

<p>&mdash; Parfois ?</p>

<p>&mdash; Ren&eacute;.</p>

<p>Le ton lui rappela quelque chose.</p>

<p>Il se redressa.</p>

<p>&mdash; Vous &eacute;tiez fascin&eacute; par elle.</p>

<p>&mdash; Oui.</p>

<p>&mdash; Vous l&#39;&ecirc;tes toujours ?</p>

<p>Cette fois, aucune h&eacute;sitation.</p>

<p>&mdash; Oui.</p>

<p>&mdash; Davantage ?</p>

<p>&mdash; Beaucoup davantage.</p>

<p>Morel nota quelque chose.</p>

<p>Ren&eacute; regarda le carnet.</p>

<p>&mdash; Qu&#39;&eacute;crivez-vous ?</p>

<p>&mdash; Quelque chose qui ne vous regarde pas encore.</p>

<p>Il leva les sourcils.</p>

<p>&mdash; Vous avez chang&eacute;.</p>

<p>&mdash; Vous aussi.</p>

<p>Elle tourna une page.</p>

<p>&mdash; Parlez-moi de votre relation avec Madame Thomas.</p>

<p>***</p>

<p>Ren&eacute; commen&ccedil;a prudemment.</p>

<p>Puis Morel posa des questions.</p>

<p>Depuis quand &eacute;tait-il son esclave ?</p>

<p>Qui avait propos&eacute; cette &eacute;volution ?</p>

<p>Qu&#39;avait-il ressenti la premi&egrave;re fois qu&#39;elle lui avait donn&eacute; un ordre ?</p>

<p>Que signifiait son collier ?</p>

<p>Pouvait-il d&eacute;sob&eacute;ir ?</p>

<p>L&#39;avait-il d&eacute;j&agrave; fait ?</p>

<p>Pourquoi ob&eacute;issait-il lorsqu&#39;aucune cons&eacute;quence imm&eacute;diate ne l&#39;y obligeait ?</p>

<p>Ren&eacute; r&eacute;pondait.</p>

<p>Certaines questions lui semblaient parfaitement normales.</p>

<p>D&#39;autres beaucoup moins.</p>

<p>&mdash; Si Madame Thomas vous demandait de rester pendant deux heures dans une pi&egrave;ce vide, sans justification, que feriez-vous ?</p>

<p>&mdash; Je resterais.</p>

<p>&mdash; Pourquoi ?</p>

<p>&mdash; Parce qu&#39;elle me l&#39;aurait demand&eacute;.</p>

<p>&mdash; M&ecirc;me si elle n&#39;&eacute;tait pas l&agrave; ?</p>

<p>&mdash; Oui.</p>

<p>Morel nota quelque chose.</p>

<p>&mdash; Si elle d&eacute;cidait de votre tenue ?</p>

<p>&mdash; Elle le fait d&eacute;j&agrave; parfois.</p>

<p>&mdash; Si elle choisissait votre nourriture ?</p>

<p>&mdash; Cela d&eacute;pend.</p>

<p>Morel releva les yeux.</p>

<p>&mdash; De quoi ?</p>

<p>Ren&eacute; r&eacute;fl&eacute;chit.</p>

<p>&mdash; De la raison.</p>

<p>&mdash; Donc vous avez besoin de comprendre ses d&eacute;cisions pour les accepter ?</p>

<p>&mdash; Non...</p>

<p>Il s&#39;arr&ecirc;ta.</p>

<p>Morel attendit.</p>

<p>&mdash; Pas n&eacute;cessairement.</p>

<p>Elle nota encore.</p>

<p>Ren&eacute; commen&ccedil;ait &agrave; &eacute;prouver une sensation famili&egrave;re.</p>

<p>&mdash; Vous faites comme elle.</p>

<p>&mdash; Comme qui ?</p>

<p>&mdash; Madame Thomas.</p>

<p>&mdash; Je suis psychiatre, Ren&eacute;. Les questions font partie de mon m&eacute;tier.</p>

<p>&mdash; Elle est avocate. Elle dit exactement la m&ecirc;me chose.</p>

<p>Morel eut un sourire.</p>

<p>&mdash; Peut-&ecirc;tre avez-vous simplement un probl&egrave;me avec les Femmes qui posent de bonnes questions.</p>

<p>***</p>

<p>Elle changea brusquement de sujet.</p>

<p>&mdash; Qu&#39;est-ce qu&#39;une propri&eacute;t&eacute; ?</p>

<p>Ren&eacute; la regarda.</p>

<p>&mdash; Pardon ?</p>

<p>&mdash; Vous avez entendu.</p>

<p>Il se m&eacute;fia imm&eacute;diatement.</p>

<p>&mdash; Quelque chose qui appartient &agrave; quelqu&#39;un.</p>

<p>&mdash; C&#39;est une d&eacute;finition circulaire.</p>

<p>&mdash; Un Bien dont quelqu&#39;un peut disposer.</p>

<p>Morel ne r&eacute;agit pas.</p>

<p>&mdash; Madame Thomas vous consid&egrave;re-t-elle comme sa propri&eacute;t&eacute; ?</p>

<p>&mdash; Oui.</p>

<p>&mdash; Et vous ?</p>

<p>&mdash; Aussi.</p>

<p>&mdash; &Ecirc;tes-vous heureux de cela ?</p>

<p>&mdash; Oui.</p>

<p>&mdash; Pourquoi ?</p>

<p>Ren&eacute; chercha ses mots.</p>

<p>&mdash; Parce que...</p>

<p>Il s&#39;arr&ecirc;ta.</p>

<p>Morel attendit.</p>

<p>&mdash; Parce que cela correspond &agrave; quelque chose de profond chez moi.</p>

<p>&mdash; Quoi ?</p>

<p>&mdash; Le besoin de lui appartenir.</p>

<p>&mdash; Pourquoi <em>elle</em> ?</p>

<p>Cette question-l&agrave; le d&eacute;sarma davantage.</p>

<p>Il r&eacute;fl&eacute;chit longtemps.</p>

<p>&mdash; Parce que je lui fais confiance.</p>

<p>Morel ne nota rien cette fois.</p>

<p>&mdash; Continuez.</p>

<p>&mdash; Parce qu&#39;elle est plus forte que moi sur certaines choses. Parce qu&#39;elle sait ce qu&#39;elle veut. Parce qu&#39;elle ne joue pas &agrave; &ecirc;tre dominante.</p>

<p>Il sourit l&eacute;g&egrave;rement.</p>

<p>&mdash; Et parce qu&#39;elle sait exactement comment me faire perdre mes moyens.</p>

<p>&mdash; Le cuir ?</p>

<p>Ren&eacute; soupira.</p>

<p>&mdash; Vous vous souvenez de &ccedil;a aussi ?</p>

<p>&mdash; Je suis psychiatre. Nous avons une m&eacute;moire particuli&egrave;rement efficace pour les choses que nos patients pr&eacute;f&eacute;reraient oublier.</p>

<p>Puis elle redevint s&eacute;rieuse.</p>

<p>&mdash; Si vous retiriez le cuir, les bottes, le collier, les rituels et toute dimension &eacute;rotique, voudriez-vous toujours lui appartenir ?</p>

<p>Ren&eacute; ne r&eacute;pondit pas imm&eacute;diatement.</p>

<p>Pour la premi&egrave;re fois depuis le d&eacute;but de la s&eacute;ance, Morel ne chercha pas &agrave; remplir le silence.</p>

<p>Une minute passa peut-&ecirc;tre.</p>

<p>&mdash; Oui.</p>

<p>&mdash; Pourquoi ?</p>

<p>&mdash; Parce que ce n&#39;est plus seulement sexuel.</p>

<p>Morel prit son stylo.</p>

<p>&mdash; Voil&agrave; une r&eacute;ponse int&eacute;ressante.</p>

<p>***</p>

<p>Les questions devinrent progressivement plus &eacute;tranges.</p>

<p>&mdash; Si Madame Thomas d&eacute;cidait que quelque chose vous concernant ne rel&egrave;ve plus de votre d&eacute;cision, comment le vivriez-vous ?</p>

<p>&mdash; Cela d&eacute;pendrait de quoi.</p>

<p>&mdash; Mauvaise r&eacute;ponse.</p>

<p>Ren&eacute; fron&ccedil;a les sourcils.</p>

<p>&mdash; Pourquoi ?</p>

<p>&mdash; Parce que je ne vous demande pas d&#39;&eacute;valuer sa d&eacute;cision. Je vous demande comment vous vivez l&#39;id&eacute;e de <strong>ne plus &ecirc;tre celui qui d&eacute;cide</strong>.</p>

<p>Il resta silencieux.</p>

<p>&mdash; Cela me ferait probablement peur.</p>

<p>Morel acquies&ccedil;a.</p>

<p>&mdash; Bien.</p>

<p>Cette r&eacute;action le surprit.</p>

<p>&mdash; Bien ?</p>

<p>&mdash; J&#39;aurais &eacute;t&eacute; davantage pr&eacute;occup&eacute;e si vous m&#39;aviez r&eacute;pondu que cela ne vous faisait absolument rien.</p>

<p>Elle &eacute;crivit quelques mots.</p>

<p>&mdash; La peur n&#39;invalide pas n&eacute;cessairement un d&eacute;sir. Elle indique parfois simplement que nous avons compris ses cons&eacute;quences.</p>

<p>Ren&eacute; la regarda.</p>

<p>Cette phrase lui rappela &eacute;trangement Madame Thomas.</p>

<p>&mdash; Elle vous a parl&eacute; de notre conversation.</p>

<p>Morel ne r&eacute;pondit pas.</p>

<p>&mdash; Docteure ?</p>

<p>&mdash; Question suivante.</p>

<p>Ren&eacute; sourit.</p>

<p>&mdash; Donc oui.</p>

<p>&mdash; Vous pouvez interpr&eacute;ter mon silence comme vous le souhaitez.</p>

<p>&mdash; Elle vous a vraiment bien choisie.</p>

<p>Cette fois, Morel rit.</p>

<p>&mdash; Vous n&#39;avez encore aucune id&eacute;e de ce que Madame Thomas a choisi.</p>

<p>Le sourire de Ren&eacute; disparut.</p>

<p>Morel baissa les yeux sur son carnet.</p>

<p>&mdash; Continuons.</p>

<p>***</p>

<p>Une heure plus tard, Ren&eacute; &eacute;tait &eacute;puis&eacute;.</p>

<p>Morel avait explor&eacute; son divorce, son rapport au contr&ocirc;le, sa sexualit&eacute;, sa relation &agrave; Madame Thomas, son besoin d&#39;appartenance, sa capacit&eacute; &agrave; distinguer fantasme et r&eacute;alit&eacute;.</p>

<p>Mais surtout, elle revenait continuellement sur une distinction qui finissait par l&#39;obs&eacute;der.</p>

<p><strong>&Ecirc;tre trait&eacute; comme une propri&eacute;t&eacute;.</strong></p>

<p>Et <strong>&ecirc;tre une propri&eacute;t&eacute;.</strong></p>

<p>Chaque fois qu&#39;il croyait comprendre pourquoi elle posait ces questions, elle changeait de direction.</p>

<p>Finalement, elle ferma son carnet.</p>

<p>&mdash; Tr&egrave;s bien.</p>

<p>Ren&eacute; regarda l&#39;heure.</p>

<p>&mdash; C&#39;est termin&eacute; ?</p>

<p>&mdash; Pour aujourd&#39;hui.</p>

<p>&mdash; Et ?</p>

<p>&mdash; Et quoi ?</p>

<p>&mdash; Votre conclusion.</p>

<p>&mdash; Je ne vous dois pas encore de conclusion.</p>

<p>Le <em>encore</em> ne lui &eacute;chappa pas.</p>

<p>Morel se leva.</p>

<p>&mdash; Attendez ici.</p>

<p>Elle ouvrit la porte.</p>

<p>Quelques secondes plus tard, Ren&eacute; entendit des voix dans le couloir.</p>

<p>Puis Madame Thomas entra.</p>

<p>Elle avait toujours sa jupe de cuir.</p>

<p>Elle s&#39;assit tranquillement dans le fauteuil voisin.</p>

<p>Ren&eacute; &eacute;prouva imm&eacute;diatement la sensation d&eacute;sagr&eacute;able de redevenir <strong>le sujet de la conversation plut&ocirc;t que l&#39;un de ses participants</strong>.</p>

<p>Morel reprit place.</p>

<p>&mdash; Globalement, c&#39;est tr&egrave;s positif.</p>

<p>Ren&eacute; tourna la t&ecirc;te vers elle.</p>

<p>Positif ?</p>

<p>Madame Thomas, elle, ne manifesta aucune surprise.</p>

<p>&mdash; Tu confirmes donc ton impression initiale ?</p>

<p>&mdash; Tr&egrave;s largement.</p>

<p>Ren&eacute; regarda l&#39;une puis l&#39;autre.</p>

<p><em>Impression initiale ?</em></p>

<p>Morel poursuivit.</p>

<p>&mdash; Son d&eacute;sir d&#39;appartenance est ancien. Il ne semble pas &ecirc;tre une simple extension circonstancielle de l&#39;excitation sexuelle. La dimension &eacute;rotique est &eacute;videmment importante...</p>

<p>Elle jeta un regard amus&eacute; vers la jupe de Madame Thomas.</p>

<p>&mdash; ...particuli&egrave;rement dans certains domaines.</p>

<p>Madame Thomas sourit.</p>

<p>Ren&eacute; rougit.</p>

<p>&mdash; Mais elle n&#39;explique pas tout.</p>

<p>Morel redevint s&eacute;rieuse.</p>

<p>&mdash; Il existe une coh&eacute;rence entre son discours actuel, ce que j&#39;avais observ&eacute; autrefois et l&#39;&eacute;volution de votre relation.</p>

<p>Madame Thomas croisa les jambes.</p>

<p>&mdash; Et sa compr&eacute;hension des cons&eacute;quences ?</p>

<p>&mdash; Incompl&egrave;te.</p>

<p>Ren&eacute; voulut intervenir.</p>

<p>Morel leva l&eacute;g&egrave;rement la main.</p>

<p>&mdash; Ce n&#39;est pas une critique, Ren&eacute;. Vous ne pouvez pas comprendre des cons&eacute;quences que l&#39;on ne vous a pas encore expos&eacute;es.</p>

<p>Il se tourna imm&eacute;diatement vers Madame Thomas.</p>

<p>Elle resta impassible.</p>

<p>Morel poursuivit :</p>

<p>&mdash; En revanche, il distingue correctement d&eacute;sir, fantasme et r&eacute;alit&eacute;. Il est capable d&#39;identifier la peur sans n&eacute;cessairement la confondre avec un refus. Et surtout...</p>

<p>Elle consulta une note.</p>

<p>&mdash; Lorsque j&#39;ai retir&eacute; mentalement les &eacute;l&eacute;ments &eacute;rotiques de la relation, son d&eacute;sir d&#39;appartenance est rest&eacute; pr&eacute;sent.</p>

<p>Madame Thomas regarda Ren&eacute;.</p>

<p>Longuement.</p>

<p>&mdash; C&#39;est important.</p>

<p>&mdash; Tr&egrave;s.</p>

<p>Il n&#39;aimait pas du tout la mani&egrave;re dont elles venaient de prononcer ces deux mots.</p>

<p>&mdash; Important pour quoi ?</p>

<p>Aucune des deux ne r&eacute;pondit.</p>

<p>Ren&eacute; eut un rire incr&eacute;dule.</p>

<p>&mdash; Vous &ecirc;tes s&eacute;rieuses ?</p>

<p>Madame Thomas posa une main sur son genou.</p>

<p>&mdash; Tout va tr&egrave;s bien.</p>

<p>C&#39;&eacute;tait exactement ce qu&#39;elle lui avait dit dans la voiture.</p>

<p>Morel se leva.</p>

<p>&mdash; Je r&eacute;digerai mon rapport ce week-end.</p>

<p>Ren&eacute; la regarda.</p>

<p>&mdash; Quel rapport ?</p>

<p>Morel se tourna vers Madame Thomas.</p>

<p>&mdash; Tu l&#39;auras probablement mardi.</p>

<p>&mdash; Parfait.</p>

<p>&mdash; Je pr&eacute;ciserai les points qui n&eacute;cessitent encore une v&eacute;rification, mais je ne vois actuellement aucun &eacute;l&eacute;ment psychologique qui justifierait d&#39;interrompre la d&eacute;marche.</p>

<p>Ren&eacute; se figea.</p>

<p><strong>La d&eacute;marche.</strong></p>

<p>Voil&agrave; encore un nouveau mot.</p>

<p>Madame Thomas se leva.</p>

<p>&mdash; Merci, &Eacute;lise.</p>

<p>&mdash; Avec plaisir. Et je suis curieuse de voir o&ugrave; tout cela va vous mener.</p>

<p>Cette phrase n&#39;&eacute;tait absolument pas rassurante.</p>

<p>Madame Thomas r&eacute;cup&eacute;ra son sac.</p>

<p>&mdash; Viens, Ren&eacute;.</p>

<p>Il resta assis une seconde.</p>

<p>&mdash; Madame...</p>

<p>Elle s&#39;arr&ecirc;ta &agrave; la porte.</p>

<p>&mdash; Oui ?</p>

<p>&mdash; Quelle d&eacute;marche ?</p>

<p>Madame Thomas regarda Morel.</p>

<p>Morel regarda Madame Thomas.</p>

<p>Pendant une fraction de seconde, Ren&eacute; eut la certitude que les deux Femmes savouraient exactement le m&ecirc;me moment.</p>

<p>Puis Madame Thomas sourit.</p>

<p>&mdash; Celle pour laquelle j&#39;avais besoin de savoir si tu &eacute;tais pr&ecirc;t.</p>

<p>&mdash; Et je le suis ?</p>

<p>Cette fois, ce fut Morel qui r&eacute;pondit.</p>

<p>&mdash; <strong>Beaucoup plus que vous ne le pensez.</strong></p>

<p>Madame Thomas ouvrit la porte.</p>

<p>&mdash; Viens.</p>

<p>Ren&eacute; se leva et la suivit.</p>

<p>Dans le couloir, il comprit que quelque chose venait encore de changer.</p>

<p>Il ignorait toujours o&ugrave; Madame Thomas le conduisait.</p>

<p>Mais d&eacute;sormais, quelque part derri&egrave;re cette porte, <strong>un rapport &eacute;tait en train d&#39;&ecirc;tre r&eacute;dig&eacute; pour l&#39;aider &agrave; l&#39;y emmener.</strong></p>]]></description>
			<guid>https://www.bdsm.fr/blog/12699/LE-JOUR-OÙ-JE-SUIS-DEVENU…-Chapitre-3-et-4/</guid>
			<pubDate>Wed, 02 Sep 2026 20:59:06 +0000</pubDate>
			<dc:creator>Altair1912</dc:creator>
		</item>
		<item>
			<title>Altair1912 a posté un article.</title>
			<link>https://www.bdsm.fr/blog/12692/LE-JOUR-OÙ-JE-SUIS-DEVENU…/</link>
			<description><![CDATA[<h1>Chapitre I &mdash; La mise en sc&egrave;ne</h1>

<p>&Agrave; dix-neuf heures vingt-sept, Ren&eacute; entendit la porte d&rsquo;entr&eacute;e.</p>

<p>Il connaissait le bruit des cl&eacute;s de Madame Thomas, sa mani&egrave;re de d&eacute;poser son sac, puis le rythme pr&eacute;cis de ses pas dans le corridor. Il se pla&ccedil;a &agrave; genoux avant qu&rsquo;elle n&rsquo;entre dans le salon.</p>

<p>&mdash; Bonsoir, Madame.</p>

<p>Elle le regarda quelques secondes.</p>

<p>&mdash; Bonsoir, Ren&eacute;.</p>

<p>Elle semblait satisfaite.</p>

<p>&mdash; Votre journ&eacute;e s&rsquo;est bien pass&eacute;e ?</p>

<p>&mdash; Tr&egrave;s bien. J&rsquo;ai obtenu ce que je voulais.</p>

<p>Ren&eacute; savait qu&rsquo;avec elle cette phrase pouvait concerner un dossier, une n&eacute;gociation ou quelque chose qui le concernait directement. Il attendit.</p>

<p>&mdash; &Agrave; vingt et une heures, tu m&rsquo;attendras dans le salon, devant le canap&eacute;.</p>

<p>Elle marqua une pause.</p>

<p>&mdash; &Agrave; quatre pattes.</p>

<p>Puis elle monta.</p>

<p>&Agrave; vingt et une heures pr&eacute;cises, Ren&eacute; &eacute;tait en place.</p>

<p>Madame Thomas ne descendit pas.</p>

<p>Cinq minutes pass&egrave;rent. Puis dix.</p>

<p>Il connaissait cette m&eacute;thode. L&rsquo;attente faisait partie de la mise en sc&egrave;ne, mais elle avait surtout une autre fonction : elle lui rappelait que l&rsquo;heure &agrave; laquelle il devait &ecirc;tre disponible et celle &agrave; laquelle elle choisirait de l&rsquo;utiliser n&rsquo;&eacute;taient pas n&eacute;cessairement les m&ecirc;mes.</p>

<p>Enfin, il entendit ses pas.</p>

<p>Elle apparut dans une robe noire &eacute;l&eacute;gante, serr&eacute;e &agrave; la taille par une ceinture de cuir. Ses longues bottes noires captaient la lumi&egrave;re &agrave; chaque mouvement.</p>

<p>Ren&eacute; les regarda trop longtemps.</p>

<p>Madame Thomas s&rsquo;assit sur le canap&eacute; et croisa les jambes.</p>

<p>&mdash; Toujours aussi efficace.</p>

<p>Ren&eacute; releva les yeux.</p>

<p>&mdash; Madame ?</p>

<p>&mdash; Le cuir.</p>

<p>Elle sourit.</p>

<p>&mdash; Il suffit parfois de tr&egrave;s peu de choses pour d&eacute;sorganiser un raisonnement pourtant convenable.</p>

<p>Le ton &eacute;tait amus&eacute;. Puis son visage changea.</p>

<p>Ren&eacute; connaissait &eacute;galement cette transformation.</p>

<p>La Ma&icirc;tresse venait de c&eacute;der la place &agrave; l&rsquo;avocate.</p>

<p>&mdash; Je veux discuter avec toi de quelque chose qui pourrait modifier profond&eacute;ment notre relation.</p>

<p>Il sentit son ventre se contracter.</p>

<p>&mdash; Mais avant cela, je veux m&rsquo;assurer que nous mettons les m&ecirc;mes choses derri&egrave;re certains mots.</p>

<p>Elle se pencha l&eacute;g&egrave;rement vers lui.</p>

<p>&mdash; Depuis combien de temps es-tu mon esclave, Ren&eacute; ?</p>

<p>&nbsp;</p>

<p>&nbsp;</p>

<h1>Chapitre II &mdash; Le plaidoyer</h1>

<p>Madame Thomas aimait plaider.</p>

<p>Ren&eacute; l&rsquo;avait compris bien avant de devenir son soumis. Elle ne cherchait pas seulement &agrave; imposer une conclusion. Elle pr&eacute;f&eacute;rait conduire son interlocuteur jusqu&rsquo;&agrave; l&rsquo;endroit o&ugrave; il serait oblig&eacute; de la formuler lui-m&ecirc;me.</p>

<p>&mdash; Plusieurs ann&eacute;es, Madame.</p>

<p>&mdash; Et depuis plusieurs ann&eacute;es, tu me dis que tu veux m&rsquo;appartenir.</p>

<p>&mdash; Oui.</p>

<p>&mdash; Qu&rsquo;est-ce que cela signifie ?</p>

<p>Ren&eacute; h&eacute;sita.</p>

<p>&mdash; Que vous d&eacute;cidez de ma place. De certaines r&egrave;gles. De ce que vous attendez de moi.</p>

<p>&mdash; Certaines ?</p>

<p>Il rectifia :</p>

<p>&mdash; De ce que vous d&eacute;cidez de contr&ocirc;ler.</p>

<p>Elle acquies&ccedil;a.</p>

<p>&mdash; Et si demain tu d&eacute;cidais que mon autorit&eacute; ne te convient plus ?</p>

<p>Ren&eacute; se tut.</p>

<p>&mdash; R&eacute;ponds.</p>

<p>&mdash; Je pourrais partir.</p>

<p>&mdash; Donc mon pouvoir existe tant que tu d&eacute;cides de le reconna&icirc;tre.</p>

<p>La formulation le d&eacute;rangea.</p>

<p>&mdash; Techniquement&hellip;</p>

<p>&mdash; Je d&eacute;teste ce mot lorsqu&rsquo;il sert &agrave; &eacute;viter une conclusion.</p>

<p>Elle d&eacute;signa la pi&egrave;ce.</p>

<p>&mdash; Cette maison m&rsquo;appartient. R&eacute;ellement. Ma voiture m&rsquo;appartient. Mes bijoux m&rsquo;appartiennent. Mes bottes m&rsquo;appartiennent.</p>

<p>Son regard descendit vers celles qu&rsquo;il fixait encore.</p>

<p>&mdash; Elles ne peuvent pas d&eacute;cider demain qu&rsquo;elles cessent de m&rsquo;appartenir.</p>

<p>Ren&eacute; sentit o&ugrave; elle voulait l&rsquo;emmener.</p>

<p>&mdash; Et toi ?</p>

<p>&mdash; Je veux &ecirc;tre votre propri&eacute;t&eacute;.</p>

<p>&mdash; Tu utilises encore un mot.</p>

<p>Elle se pencha.</p>

<p>&mdash; Cette maison m&rsquo;appartient r&eacute;ellement. Toi, tu ne m&rsquo;appartiens que parce que nous avons d&eacute;cid&eacute; de nous comporter comme si c&rsquo;&eacute;tait vrai.</p>

<p>Silence.</p>

<p>&mdash; C&rsquo;est pr&eacute;cis&eacute;ment mon probl&egrave;me.</p>

<p>Ren&eacute; releva les yeux.</p>

<p>&mdash; Votre probl&egrave;me ?</p>

<p>&mdash; Oui.</p>

<p>Elle se redressa.</p>

<p>&mdash; J&rsquo;ai pris ton fantasme ultime au s&eacute;rieux.</p>

<p>Son c&oelig;ur acc&eacute;l&eacute;ra.</p>

<p>&mdash; Le collier ne suffit plus ?</p>

<p>&mdash; Il n&rsquo;a jamais &eacute;t&eacute; qu&rsquo;un symbole.</p>

<p>&mdash; Alors quoi ?</p>

<p>Madame Thomas sourit.</p>

<p>&mdash; Tu vas encore trop vite.</p>

<p>Elle recommen&ccedil;a &agrave; questionner. Sa place dans la maison. Son emploi du temps. La mani&egrave;re dont elle pouvait le pr&eacute;senter. Le droit qu&rsquo;il lui reconnaissait de le dresser, de d&eacute;cider de certains usages, de d&eacute;terminer les r&egrave;gles.</p>

<p>Chaque r&eacute;ponse semblait fermer une porte derri&egrave;re lui.</p>

<p>Enfin Ren&eacute; demanda :</p>

<p>&mdash; Vous essayez de me convaincre ?</p>

<p>&mdash; Naturellement.</p>

<p>&mdash; Et si je refuse ?</p>

<p>Elle eut ce sourire presque professionnel qu&rsquo;il connaissait si bien.</p>

<p>&mdash; Je ne plaide pas pour la partie adverse.</p>

<p>Elle croisa de nouveau les jambes.</p>

<p>&mdash; J&rsquo;ai trouv&eacute; une mani&egrave;re d&rsquo;aller beaucoup plus loin que le mot &laquo; esclave &raquo;.</p>

<p>Ren&eacute; attendit.</p>

<p>Madame Thomas le regarda longuement.</p>

<p>&mdash; Mais je ne te dirai pas encore comment.</p>]]></description>
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			<pubDate>Tue, 01 Sep 2026 18:48:01 +0000</pubDate>
			<dc:creator>Altair1912</dc:creator>
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			<title>Altair1912 </title>
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			<pubDate>Sat, 05 Jul 2025 23:34:05 +0000</pubDate>
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			<title>Altair1912 a mis a jour sa propre photo de profil.</title>
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			<pubDate>Thu, 07 Sep 2023 09:09:01 +0000</pubDate>
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			<title>Altair1912 a partagé une photo</title>
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			<pubDate>Sun, 04 Feb 2018 17:43:15 +0000</pubDate>
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			<title>Altair1912 a partagé une photo</title>
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			<pubDate>Sat, 05 Aug 2017 12:46:37 +0000</pubDate>
			<dc:creator>Altair1912</dc:creator>
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