Carcosa
par le 09/03/19
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Et Il murmura :
"De mémoire, vous m'avez tendu en premier votre main, petite chose.
Vous l'avez même ouverte pleine d'hésitation, tremblante au contact. Suintant l'habitude de se retirer au goût du sel de la peur. Une vilaine odeur de proie blessée, dont l'orbite n'est plus que comblée du blanc de la fuite de son prédateur. C'était les premiers indices d'une certaine négligence. Vous étiez étalée, paralysée au contact, incapable de franchir la porte qu'on vous avait ouverte.
La mienne était rugueuse, pierreuse, froide, solide. Le totem qu'on caresse pour y lire les inscriptions écaillées a peine effacées, alors qu'on est capturée dans les tentacules de l'obscurité.
Ce pas maladroit fut de votre propre perte : vous m'avez permis de lécher les premières veines, de sentir le goût de votre sève montante. J'y ai glissé la fourche de ma langue, tel l'oracle qui lit a travers des yeux morts. J'ai été témoin du resserrement de vos cuisses, de la contraction de vos muscles, du souffle de votre corps.
Mes muscles n'avait pas besoin de physique pour suivre les lignes de votre chair. J'ai su sur l'instant ce qui m'appartenait, où je pouvais me lover confortablement. Il me restait pour ma distraction des entrées plus étroites, ou mes muscles ont su d'avance qu'il fallait de l'effort.
Vous avez tenté d'en diriger le sens, de me faire parcourir votre chemin. Vous avez même tenté de vous retirer au moments de vos conclusions. Je ne voulais que les voies interdites, celles comblées d'odeurs humides.Celles qui restent collées en bouche.
Je désirai l'encre cachée des pensées nocturnes, celles dissimulées derrières les paravents de la sagesse.
Ainsi je jouais entre vos pétales, respirant leur parfum. Je mettais aux ordures ce qui ne me paraissait pas comestible, pour en garder que l'indispensable. Je me suis introduit, cassant vos simplistes résistances. A la première morsure, vous avez soupiré timidement pour moi, pourtant comblé par les hurlements et les suppliques.
Vous êtes, sans le savoir, dans l'Ouroboros. La genèse de ma mue, du renouvellement et de l'évolution.
Grâce vous soit rendue, petite chose.
Posté dans: Cadavres exquis
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Superbe prose !