Orage, ô rageOrage, ô rage.Il y eut d’abord l’annonce du torrent — promesse de crue, de vitalité sauvage.Puis le ruisseau, au flux constant, qui ouvrit son lit sans réserve, croyant reconnaître dans ce tumulte un rythme à épouser, un chant à harmoniser.Le navigateur, lui, tendit les deux mains.L’une pour canaliser, l’autre pour accueillir.Il crut pouvoir lire deux cours d’eau sur la même carte,sans devoir en assécher aucun.Mais l’orage, parfois, ne cherche pas à féconder la terre.Il cherche à tout couvrir de son fracas.Ses éclairs déchirent le ciel, ses gouttes dispersent la lumière —et le soleil, un instant, se fragmente en mille reflets sans chaleur.Le ruisseau, alors, a débordé.Non de colère, mais de l’effort de contenir ce qui ne voulait pas être contenu.Ses berges, érodées, portent maintenant la trace de cette crue passagère.Elles gardent l’empreinte d’un niveau qu’elles n’étaient pas faites pour atteindre.L’orage est passé.Il a laissé derrière lui cette étrange paix, lourde et mouillée,où la terre semble à la fois nettoyée et meurtrie.Où l’air sent encore l’ozone et le possible.Le torrent est reparti vers d’autres reliefs,cherchant une pente qu’il pourrait descendre seul,un soleil qu’il n’aurait pas à partager.Il emporte avec lui l’énergie du départ,la conviction qu’un cours d’eau ne peut se diviser.Le ruisseau, lui, reste.Il reprend son débit lent, obstiné.Il sait que les berges abîmées finiront par se reconstruire,que la mémoire de l’eau est aussi faite de ces remous passagers.Son soleil à lui n’est pas une possession —c’est une alliance ancienne, un angle de lumière qui caresse la surface,fait miroiter les profondeurs et réchauffe le fond du lit.Et si, parfois, il regarde le sillon laissé par l’orage,ce n’est pas avec amertume, mais avec le regret tranquillede ce qui aurait pu être :non pas deux fleuves parallèles,mais un seul delta, riche de multiples bras,se jetant dans la même mer.L’orage aura duré ce qu’il devait durer.Le ruisseau, lui, continue.La main du navigateur, par son labeur un peu plus abîmée ,repose de nouveau sur une seule berge,fidèle,comme elle l’a toujours été…Sous le ciel immense n’oublions pas que le soleil, après l’orage, brille pour tous ceux qui consentent à lever les yeux…#photoperso
Dans l'album: Les photos du mur perso de Mia
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