Nicojedi
le Hier, 14:52:44
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Le Royaume et le Regard Égaré
Je vis dans un Royaume où les rôles sont évidents, assumés et gravés comme des serments anciens. Je n'y posséde rien, pas même mon propre souffle. Tout appartient à Elle, ma Reine et ma Déesse, que j'appelle avec ferveur et fierté, Maîtresse Elie.
Samedi soir, comme d'autres fois, nous avons franchit les portes d’un Palais de Miroirs, un lieu où les corps s'animent, s'échangent ou se dressent, mais où nous venons moins pour agir que pour nous montrer et moins pour toucher que pour éprouver. Les lumières y sont trompeuses et les reflets infinis.
Je le reconnais avec humilité, sans que je puisse incriminer la pleine lune, j'ai commis une erreur, j'ai fauté.
Mon regard, traître et fugace, s’est égaré hors du cercle sacré. Une fraction de seconde. Un battement d’ailes. Mais dans un Royaume régi par l’absolu, le moindre frémissement devient séisme.
Rien n'avait échappé à Maîtresse Elie. Ses lèvres sont restées scellées. Le silence était son premier verdict.
Lentement, nous avons déambulé au mlieu des gémissements et des corps suppliciés, ma laisse beaucoup trop lâche pour ne pas être un signe dont je n'avais simplement pas la traduction. Mais le symbole dont je ne comprenais pas le sens était clair ; je n'en étais qu'au prélude et d'autres chapitres seraient écrit.
C'est dans une salle austère où se dressait une croix de bois ancien, symbole d’abandon et d’impuissance, que la leçon pris forme quand je fus fermement immobilisé, incapable même de tourner la tête. Non pour la douleur mais pour l’attente. Pour la conscience aiguë de la faute, de ma faute.
De la main Maîtresse Elie frôlait les instruments, les jaugeant du bout des doigts, appréciant du regard les tourments qu'ils pourraient infliger. Mais aucun d'entre eux ne répondit à ses attentes, à ses envies.
C'est alors que Maîtresse Elie disparut, de longues et interminables minutes.
Le temps s’étira comme une corde, tendue, proche de la rupture.
Quand elle revint, elle n’était plus seule. Trois ombres l’accompagnaient, silhouettes soumises à sa volonté, corps suintants de désirs, comme des preuves vivantes que son Royaume ne dépendait pas d’un seul sujet mais uniquement de sa volonté. Elle s’installa près de moi, face à moi, souveraine dans son calme. Jambes écartées, dans une posture volontairement provocatrice, elle permit à ces ombres d’exister à travers elle, sous son regard et sous ses ordres. Ils n'eurent le privilège que de ses mains et de la vue de son corps majestueux, offert mais toujours inaccessible. Tout du moins est-ce ce que j'espérais intérieurement mais, quand soudain son regard, vissé dans le mien, se fit glacial, mon cerheau explosa sous l'assaut de mes sens. Elle n'eut besoin d'aucun mots pour que ses larbins du moment s'agenouillent. Toujours solidement attaché, je fus contraint de voir quand les langues se posèrent sur son intimité, quand ses doigts serrèrent pour endurcir toujours plus, quand ses yeux se firent flammes pour embraser encore. À cet instant précis j'ai compris que ce que je croyais exclusif n’était en réalité qu’un privilège. Et qu’un privilège peut être retiré, d'un claquement de doigts, d'un battement de cils.
Les ombres accomplirent leur rôle, non pour le plaisir mais pour la leçon. Elle les emmena, experte, au seuil de l'orgasme qu'elle leur demanda de déverser sur moi, satisfaite de son fait. Maîtresse Elie, elle, ne détourna jamais les yeux. Son regard n’était ni colère ni haine, il était justice, il était leçon.
Lorsque tout fut achevé, elle me fit détacher. Elle ne cria pas. Elle ne frappa pas. Elle ne me regarda plus.
Elle prononça simplement « Purifie-toi. Seul. Nous rentrons. »
Et ces mots, aujourd'hui encore, pèsent plus lourd que toutes les chaînes.
Morale
Dans les Royaumes fondés sur le don total, la liberté n’est pas dans l’absence de règles mais dans le respect absolu du pacte choisi.
Un regard peut sembler léger comme l’air mais lorsqu’on a juré de ne voir qu’une seule étoile, même l’éclat d’une autre devient trahison.
L’amour souverain n’est pas seulement possession.
Il est discipline du cœur, vigilance de l’âme et conscience que l’exclusivité est un honneur, jamais un acquis.
Merci, Maîtresse Elie, pour cette leçon.
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