La Chanson du collier
(à chanter sur un piano désaccordé, dans une cave de Peyredragon, avec un violon qui pleure et un tambourin qui bat comme un cœur d’esclave)
Elle était reine, nom de Dieu,
Elle avait des dragons dans les yeux,
Des armées qui courbaient l’échine,
Et des trônes qui lui baisaient les bottines. Et puis un soir, sous les voûtes noires,
Un khal est venu, avec sa voix de cuir,
Il a dit : « À genoux, ma belle, à genoux… »
Et la reine a senti son ventre qui fond.Refrain :
Mets-lui le collier, mets-lui le collier,
Qu’elle sente l’acier qui lui serre la fierté,
Mets-lui le collier, mets-lui le collier,
Et qu’elle devienne enfin ce qu’elle est : une femme, putain !Elle s’appelle plus Daenerys,
Elle s’appelle plus Khaleesi,
Elle s’appelle plus rien du tout,
Elle s’appelle « kajira » maintenant, et c’est tout.Ses cheveux d’argent traînent sur la pierre froide,
Ses seins pointent comme des flèches qui ont perdu la guerre,
Ses cuisses s’ouvrent toutes seules, traîtresses,
Parce que le corps, lui, il a toujours su la vérité.Le Maître tient le collier dans sa main rude,
Un cercle d’acier valyrien, simple et lourd,
Pas de joyaux, pas de dorure, rien que la vérité nue :
« Tu m’appartiens. »Il le passe autour de son cou blanc,
Clac ! fait le verrou, comme un baiser qui claque,
Et elle tremble, la reine déchue,
Elle tremble de honte, elle tremble de joie, elle tremble d’amour.« Dis-le, kajira, dis-le fort,
Que tout le château entende ta chute.
Je suis une esclave.
Je suis une esclave. »Elle le dit, d’abord tout bas, comme une prière qu’on viole,
Puis plus haut, puis elle crie, elle hurle presque :
« Je suis une esclave ! »
Et sa voix se brise comme du verre sur les dalles.Avec le temps, avec le temps va…
Sa couronne est tombée, ses dragons se sont tus,
Avec le temps, avec le temps va…
Il ne reste plus qu’un collier qui brille dans le noir.Il tire sur la laisse, doucement, cruellement,
Elle rampe à ses pieds, les lèvres sur le cuir de ses bottes,
« Merci Maître… merci de m’avoir mise au collier… »
Et dans sa gorge, l’acier chante une chanson nouvelle.Elle n’est plus libre, elle n’est plus reine,
Elle est nue, elle est chaude, elle est prête,
Elle est kajira, elle est femme, elle est tout ce qu’un homme veut qu’elle soit
Quand il a décidé que l’anarchie, c’était de la posséder tout entière.Et le Maître sourit dans l’ombre,
Il sait que demain elle servira le vin à genoux,
Que ce soir elle hurlera son plaisir d’esclave sous lui,
Et que le collier, ce putain de collier,
Ne la quittera plus jamais.Dernier refrain, plus lent, presque murmuré :
Mets-lui le collier… mets-lui le collier…
Et qu’elle apprenne enfin, la belle,
Que la vraie liberté,
C’est d’être enchaînée par celui qu’on aime.
Katartik Editions Ia.
Dans l'album: Les photos du mur perso de Karazoustra
Dimension:
715 x 894
Taille:
50.06 Kb
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