Je vais être honnête : ce qui me frappe dans ton récit, ce n’est pas la réaction de ton amie, c’est la tienne. Tu demandes à une femme ce qui est le plus difficile dans sa vie. Elle te répond qu’elle ne sait plus qui elle est, qu’elle subit le regard permanent des autres, qu’elle doit être toujours au top, qu’elle se conforme depuis l’adolescence, qu’on la classe comme mère, épouse et employée parfaite, et qu’elle trouve sa vie superficielle. Elle te parle d’identité, d’injonctions, de liberté intérieure et d’existence. Et toi, tu lui réponds BDSM. Je ne dis pas que le BDSM ne peut rien apprendre sur soi. Il peut parfois révéler certaines facettes du rapport au désir, au pouvoir, aux limites et à l’authenticité. Ce que je trouve regrettable, c’est que tu sembles avoir entendu un problème individuel là où elle décrivait surtout un problème social. Quand une femme explique qu’elle passe sa vie à être évaluée, jugée, classée et enfermée dans des rôles, la première question qui me vient n’est pas : « As-tu exploré ton identité sexuelle ? » La première question qui me vient est : « Qui t’impose tout cela ? » Parce que le problème n’est peut-être pas qu’elle ne se connaît pas assez. Le problème est peut-être qu’on lui a appris depuis l’enfance à exister davantage pour répondre aux attentes des autres que pour répondre aux siennes. Ce qui me gêne aussi, c’est ta conclusion : « quelque chose aura peut-être germé dans son esprit ». Pourquoi partir du principe que c’est elle qui avait quelque chose à apprendre de cette conversation ? En te lisant, je me demande plutôt si quelque chose a germé dans le tien. Une femme qui dit « je ne sais plus qui je suis », ce n’est pas forcément une invitation à lui parler BDSM. C’est peut-être simplement une invitation à écouter. Vraiment écouter.