À Maîtresse Elie,
Vous m'avez demandé, un jour sans le dire, de regarder en face ce qui est mort en moi. Alors voici le rapport d'autopsie.
Identité du défunt :
Ma vie vanille.
Date du décès :
Le jour où j'ai croisé votre regard.
L'heure exacte demeure inconnue. Les témoins parlent d'un instant ordinaire, sans bruit ni éclat particulier. Pourtant, c'est à ce moment précis que quelque chose a cessé de respirer. J'ai d'abord cru à un simple vertige, à une fascination passagère. Je me suis trompé.
L'examen externe révèle un individu qui, pendant quelque temps encore, a continué à sourire, travailler, répondre aux attentes des autres. Toutes les fonctions vitales semblaient préservées. Le cœur battait. Les jambes marchaient. Les mots sortaient de la bouche. Mais le sujet n'habitait déjà plus tout à fait son ancienne existence.
L'examen interne raconte une autre histoire.
Les premiers signes de défaillance sont apparus sous la forme d'une obsession discrète. Votre regard revenait sans cesse, comme une empreinte impossible à effacer. J'ai opposé à cette attraction toutes les résistances dont j'étais capable : la raison, la prudence, les habitudes et la peur. Chacune d'elles s'est révélée insuffisante.
Les défenses se sont effondrées une à une, non dans un fracas héroïque mais dans une lente érosion. Chaque tentative pour reprendre le contrôle semblait, paradoxalement, me rapprocher davantage de votre emprise. Plus je luttais, plus je découvrais que cette lutte elle-même était déjà devenue une manière de graviter autour de vous.
Aucune trace de violence extérieure n'a été relevée. Aucun arrachement brutal. Seulement une attraction si profonde qu'elle a fini par redessiner la géographie entière de mon esprit.
La cause officielle du décès est donc la suivante :
Disparition progressive de l'ancienne identité, consécutive à une rencontre ayant rendu toute tentative de retour à l'état antérieur impossible.
Il convient toutefois d'ajouter une observation.
L'autopsie ne met pas seulement en évidence une mort. Elle révèle aussi l'absence du corps. Car plus les investigations avancent, plus il devient évident que ma vie vanille ne repose dans aucun cercueil. Elle s'est dissoute au moment où votre présence est devenue l'axe autour duquel tout le reste s'est mis à tourner.
J'ai longtemps cherché un responsable. J'ai accusé le hasard, le désir ou la curiosité. Puis moi-même. Aujourd'hui, je ne cherche plus à désigner un coupable. Les faits sont là, j'ai résisté autant que je savais le faire et pourtant votre influence a trouvé le chemin de chacune de mes certitudes jusqu'à les rendre étrangères.
Le verdict final est sans appel.
La vie que je menais avant vous ne peut être réanimée. Aucun traitement ne la ramènera. Aucun souvenir ne lui rendra son souffle. Elle appartient désormais au registre des existences révolues.
Et s'il fallait inscrire une dernière ligne au bas de ce rapport, ce serait celle-ci :
Le défunt est décédé le jour où il a croisé votre regard. Ce qui lui a survécu n'est pas un rescapé de son ancienne vie mais l'être qui est né dans l'ombre de votre emprise, après avoir cessé de lutter contre l'évidence de sa propre métamorphose.
Dans l'album: Les photos du mur perso de Nicojedi
Dimension:
1200 x 900
Taille:
75.2 Kb
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Maîtresse Elie
Une précision chirurgicale, tu m’as hypnotisée. Tu dissèques chaque émotion avec une sincérité désarmante. 
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1
19/07/26

Nicojedi
Merci Maîtresse Elie , toujours un plaisir d'écrire sur les émotions et les ressentis comme sur tout ce que vous provoquez.
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1
19/07/26

SOUMIS A PARIS
quelle cambrure de pieds j'adore c'est magique
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1
19/07/26
