Je suis à genoux.
La tête basse, le front presque collé au sol, la laisse entre les dents. Elle pend lourdement, le cuir encore tiède de mon haleine. Je l’ai apportée comme on rapporte une offrande, comme on ramène quelque chose qu’on n’aurait jamais dû abandonner.
Bientôt un mois.
Un mois que j’avais cru pouvoir m’éloigner. Pas une vraie rébellion. Juste… une envie d’affirmer quelque chose. D’être son homme, son mari, son égal. Plus de règles. Plus de cadre. La liberté de bander quand je voulais, de jouir quand j’en avais envie, de ne plus demander, de ne plus attendre.
Au début, ça avait le goût de la victoire. Une petite liberté aigre-douce. Puis le vide s’est installé. Lentement. Sournoisement. Maîtresse Elie me traitait avec une douceur presque indifférente, comme si mon émancipation lui convenait parfaitement. Comme si elle n’avait plus besoin de me diriger. Comme si mon évolution ne la concernait plus.
J’ai essayé de la titiller. Discrètement. Un regard trop long. Une phrase un peu trop soumise. Un silence trop chargé. Rien. Elle restait calme, distante, presque amusée par mes maladroites tentatives.
Ce soir, j’ai craqué.
Je suis revenu vers elle à quatre pattes. La laisse entre les dents. Le cœur battant si fort que j’avais peur qu’elle l’entende. Je me suis arrêté à ses pieds. J’ai déposé la laisse devant elle, doucement, comme on pose une preuve de reddition. Et j’ai parlé, la voix rauque, presque cassée.
« Maîtresse Elie… reprenez-moi. S’il vous plaît. Je ne peux plus. Je ne veux plus être libre de vous. »
Elle m’a regardé longtemps. Sans surprise. Comme si elle avait toujours su que ce moment arriverait. Comme si elle m’avait laissé errer juste assez longtemps pour que je comprenne moi-même à quel point j’avais besoin d’elle.
Puis elle s’est penchée.
Ses doigts ont repris mon collier. Celui que je n’avais plus porté depuis des semaines. Elle l’a refermé autour de mon cou avec un clic net, définitif. Le cuir s’est resserré contre ma peau, familier, juste, nécessaire. Et sa main a glissé dans mes cheveux, caressant ma tête avec une tendresse presque cruelle de certitude.
« Tu es revenu, mon chien. »
J’ai fermé les yeux. La honte m’a envahi, brûlante et délicieuse. La honte d’avoir cru pouvoir me passer d’elle. La honte d’avoir joué à l’égal. Et en même temps, un soulagement si immense que j’ai senti mes épaules s’affaisser, mon corps entier s’abandonner enfin.
Je suis de nouveau à elle.
Pas son mari.
Pas son égal.
Son soumis.
Son homme à genoux.
Son chien qui a enfin compris.
Et cette fois, je ne repartirai plus.
Dans l'album: Les photos du mur perso de Nicojedi
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Maîtresse Elie
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