Maîtresse Elie,
Je suis rentré ce jour-là à un horaire complètement inhabituel.
Beaucoup plus tôt que d’habitude.
Et surtout, bien plus tôt que prévu.
Quand j’ai poussé la porte, avant même d’avoir le temps de prononcer « Je suis là, Maîtresse Elie », quelque chose m’a immédiatement frappé. Une sensation étrange, froide, qui s’est installée dans ma poitrine comme une main glacée.
Vos escarpins traînaient dans l’entrée.
Ceux que je vous avais offerts. Ceux que vous ne portez que pour moi.
Mon cœur a raté un battement. Pourquoi étaient-ils là, abandonnés comme ça ?
Un peu plus loin dans le couloir, votre robe noire en dentelle transparente gisait au sol, froissée, comme arrachée à la hâte.
J’ai avancé doucement, la gorge déjà serrée. Chaque pas me coûtait.
Sur le dossier du canapé, votre string.
À côté, sur la table basse, deux coupes de champagne vides.
Les traces de votre rouge à lèvres encore visibles sur le bord de l’une d’elles.
Et au sol, juste à côté, une boîte de préservatifs ouverte avec quelques sachets éparpillés.
À ce moment-là, les larmes ont commencé à monter, brûlantes et impossibles à retenir.
Une nausée m’a envahi. Mon estomac s’est noué. Je n’arrivais plus à respirer normalement.
Deux verres. Des préservatifs.
L’évidence s’imposait, cruelle et impossible à nier.
Sur la rampe de l’escalier, votre soutien-gorge était accroché.
Jamais les marches ne m’avaient semblé aussi hautes, aussi hostiles.
Mes jambes tremblaient. Je m’accrochais à la rampe, le cœur battant si fort que j’entendais le sang dans mes oreilles.
Une idée terrible, insupportable, s’installait en moi ; quelqu’un d’autre était là. Quelqu’un d’autre vous touchait. Quelqu’un d’autre vous avait baisée.
Sur le palier de l’étage, un pantalon.
Pris par l’émotion, je n’ai même pas réalisé tout de suite que c’était l’un des miens.
Des sons étouffés provenaient de la chambre.
Des gémissements. Des chocs de peau. Des bruits de baise, nets, crus, impossibles à nier.
Je me suis figé derrière la porte.
Le temps s’est arrêté.
J’étais prostré, incapable de bouger, les larmes qui coulaient silencieusement, la tête vide et trop pleine à la fois.
Tout mon corps criait. La jalousie, la honte, la douleur, la peur. Tout se mélangeait en une boule brûlante dans ma poitrine.
J’ai mis une éternité à trouver le courage d’ouvrir.
Quand j’ai poussé la porte d’un geste brutal, le monde a basculé.
Vous étiez là.
En combinaison de cuir. Équipée de votre plus gros gode-ceinture. Le fouet déjà à la main.
Votre regard brillait d’une excitation pure, presque féroce.
« Ah, quand même ! Je t’attendais, ma salope. »
Sur la télé, une de nos vidéos tournait.
Ma tête a tourné. Tout mon corps a tremblé.
Le soulagement, la confusion, l’humiliation, le désir ; tout a explosé en même temps.
Vous ne m’avez pas laissé une seconde pour reprendre mes esprits.
Mon collier était déjà autour de mon cou.
Vous avez tiré sur la laisse d’un geste sec et m’avez attiré vers le lit comme une chose qui vous appartenait.
La suite, je vous laisse vous en souvenir.
Mais mon corps entier s’en souvient encore.
Chaque frisson. Chaque larme. Chaque abandon.
Et vous, vous étiez heureuse.
Vraiment heureuse.
Votre scénario vous avait emportée plus loin que vous ne l’aviez imaginée.
Moi, j’étais rassuré.
Mais surtout, s’il en était encore besoin, j’ai réalisé à quel point je vous aime.
À quel point je tiens à vous.
À quel point vous êtes indispensable à ma vie.
Seule une femme exceptionnelle peut me faire vivre de telles émotions, si violentes et si intenses.
Et pourtant…
Plus tard, alors que tout était retombé, j’ai entendu le bruit de la porte d’entrée qui claque.
Et cette question me taraude encore l’esprit.
Est-ce moi qui avais mal fermé la porte ?
Un courant d’air qui l’a fait claquer ?
Ou finalement n’y avait-il pas eu un autre homme, et tout ce scénario final n’avait-il existé que pour m’empêcher de voir la réalité ?
Dans l'album: Les photos du mur perso de Nicojedi
Dimension:
1200 x 1600
Taille:
145.9 Kb
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Maîtresse Elie
Là est la question
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1
16/08/26

Nicojedi
Toujours laisser sur le qui-vive pour ne pas laisser le soumis se reposer sur ses lauriers
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1
16/08/26
