Voilà trois belles plaidoiries bien humaines !
Certes. Mais le procès en question ne leur semble (ce qu'il n'est), q'un jeu. Alors qu'un débat sur le forum nous apparaît (ce qu'il n'est pas) une affaire sérieuse. D'où le paradoxe… apparent… ou réel… selon comment on l'entend.
Je ne suis pas du tout d'accord avec vous, cher prévenu. Et je pense porter plainte contre vous (ou contre "X", puisqu'on m'a dit que cela revenait au même ici) pour délit d'opinion agravé, et à plus d'un titre !
Comme vous l'avouez rhétoriquement à-demi, les pseudo-IA ne sont pas impartiales. Elles sont mêmes très loin de l'impartialité. Mais ce qui est plus dangereux, avec ces usines à illusion, c'est que, contrairement à l'humain qui trahit facilement ses passions, le robot ne laisse pas facilement percer ses biais. Et non seulement il les cache très bien, mais en plus, étant conçu par des éditeurs dont l'intérêt est de flatter l'ego d'une clientèle qu'il cherche à fidéliser, les utilisateurs ne sont que difficilement enclins à adopter une position aussi critique vis-à-vis du robot que vis-à-vis d'un humain.
Je vois cela tous les jours dans le milieu pro. Des personnes dont les qualifications devraient garantir une appréciation critique de la production de la pseudo-IA, l'accueillent en fait sans aucun recul. Et au contraire, elles cherchent à défendre à tout pris des affirmations de la machine objectivement défaillantes, contre l'évidence que la réflexion humaine aurait fait beaucoup mieux avec un peu d'amour du travail bien fait.
Et je ne partage pas non plus votre avis sur ce point.
La clarté de l'IA… comment dire ? Je ne prétends pas à l'exemplarité en la matière, mais dès que l'IA est poussée dans quelque retranchement, ses tentatives de justification pour retomber sur ses pattes et, justement, masquer la fausseté de son objectivité, deviennent absolument indigestes. Ce qui contribue, d'ailleurs, à donner à sa production une position d'autorité, trop spécialiste pour être comprise. C'est faux.
La précision. Tout est relatif sur ce point. Bien sûr, lorsqu'on interroge le robot sur un domaine que l'on ne connaît pas, il donne souvent une réponse correcte, et pour tout un chacun la précision convient plus que largement au niveau de détail que l'on attendait a priori. Mais lorsqu'on tente de creuser un sujet sans complaisance et en essayant de relever les biais de la machine à bavardage artificiel… la précision se trouve rapidement battue en brêche.
Je reviens toujours à mon exemple de la poésie, mais il est très fertile et puissant pour révéler le fonctionnement de la pseudo-IA. Lorsqu'on n'a pas de connaissance en prosodie et que l'on demande à un moteur de produire des vers, par niveau de langage, emphase du vocabulaire, mise en forme et assonances approximatives, le résultat paraît plutôt très bon. Mais lorsque l'on s'est penché sur le sujet, on y voit les problèmes à chaque ligne qui maquillent en fausse poésie, une horreur authentique.
On peut, certes, signaler ces problèmes au moteur… qu'il fera mine de corriger… pour donner le change… mais qu'il ne fera qu'agraver, comme si les processeurs entraient dans un mode de panique, qui à certains égard rappelle ces collégiens interrogés en classe qui, cherchant à masquer leur ignorance, "corrigent" une réponse donnée au hasard des possibles par une série d'autres, plus erronées encore, qui se succèdent désespérément.
J'espère que j'aurais été aussi objectif, clair et précis que possible. Mais un dernier mot…
Ces caractéristiques ne sont pas forcément des valeurs ultimes. Sauf, peut-être, la clarté. Mais la subjectivité n'est pas un mal, tant qu'elle reste consciente. Pourvu qu'elle trouve sa source dans un affect humain plutôt que dans un déséquilibre statistique, elle apporte de la chaleur… et de l'humanité. Heureusement, par exemple, que nous ne sommes pas jugés par des machines, mais par des humains capables de subjectivité.
Quant à la précision, outre qu'elle me semble avant tout relever de l'illusion en ce qui concerne les robots, elle n'est pas idéale en toutes choses. Certes, en certains cas, on n'est jamais trop précis. Mais c'est rare. Trop de précision nuit souvent, et parfois rapidement. L'imprécision, c'est aussi l'humanité qui ressort. Quoi de plus horrible que la précision diabolique d'un morceau de musique artificiel ? Et dans la vie courante, l'imprécision, c'est le quiproquo qui produit le rire, c'est l'erreur qui amène en fait l'idée féconde, c'est l'ambiguïté subtile qui flotte au-dessus d'un jeu de mots…
Bonne journée cher LauDupond.