genderbender
par le 09/01/26
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     Soyons honnêtes : je n’ai jamais été un chasseur, j’ai toujours soigneusement évité de me mêler à la meute aboyante bave aux lèvre. À chaque fois qu’une appétissante proie se présentait, je salivais en espérant qu’elle viendrait d’elle même entre mes griffes, sans aucun autre effort à fournir que d’être moi-même, beau et puissant et calme et sûr de moi. Après tout, c’est bien comme ça que ça se passe dans les films : le mâle parade en étalant fièrement sa testostérone avec nonchalance, et les femelles lui sautent dans les bras.

 

     Sauf que je ne suis pas vraiment beau, et même si c’est relatif, je peux affirmer que la question idiote du « suis-je beau » m’a obsédé pendant mes jeunes années. Non, évidemment, du moins pas beau au point d’avoir à tendre les bras pour récolter les femmes qui me sautent dessus, c’est évident.

     Et sauf que je ne suis pas puissant, ni par les muscles ni par l’entre-jambe. J’ai ma force de caractère et une certaine hargne déterminée, mais rien de ce que je suis n’évoque la puissance. Je n’ai pas la queue massive des supposés mâles alphas du porno, et j’ai fréquemment bandé mou sous l’effet du stress, y compris dès mon plus jeune âge. Alors évidemment qu’aucune femelle en chaleur ne cherchera jamais à arracher mon caleçon sans que je n’ai quoi que ce soit à demander. Ça fait aussi de moi quelqu’un qui n’est pas véritablement calme.

     Et bien sûr, j’ai trop peu de confiance en moi, surtout quand il s’agit de chasser. Trop lucide, trop prudent, trop fier pour me lancer dans une bataille que j’ai de bonnes chances de perdre. Soit la proie m’arrache la gueule, soit les rivaux me mettent en pièce, alors à chaque fois quasiment j’ai préféré choisir de ne pas me lancer dans la chasse. J’en avais envie, mais je savais, je supposais, je calculais qu’il y avait de bonnes chances  de rentrer bredouille et blessé, alors je protégeais mon égo fragile en ne bougeant pas, en regardant les vrais mâles s’étriper pour bouffer la belle gazelle.

 

     Je ne suis pas un chasseur, je suis un paria, un solitaire errant, opportuniste. J’ai fini par croiser le chemin de vagabonds qui me ressemblent, des chasseurs frustrés, des proies qui n’ont pas vraiment envie de se laisser manger, et puis des animaux qui cultivent leur champ pour se nourrir paisiblement. Mais l’appel de la chair est une chose tenace pour ceux qui ont ça dans le sang.

     Je ne serai jamais un chasseur, je le sais, je le sens. Je ne veux ni conquérir ni protéger aucun territoire. Planter mes crocs dans la chair encore palpitante de ma proie n’est pas ce qui me tient en haleine, c’est sa beauté, son agilité dans la fuite, le plaisir de lui courir après. Au moment où je l’attrape, peu importe si c’est elle qui me mange ou l’inverse, on sait bien qu’on s’évanouira dans une frénésie mystique avant de recommencer cette danse.

     Je suis peut être une proie, qui voudrait danser une drôle de chorégraphie avec une prédatrice qui s’ignore, plus pour le mouvement que pour le festin. Il se pourrait que cette dans tourne tant et si bien qu’au bout d’un moment, on ne saurait plus vraiment qui chasse qui.

 

 

 

     Mais je vais devoir errer encore un peu, et disperser quelques meutes, pour le plaisir de les emmerder un peu, et aussi dans l’espoir de trouver un jour quelque part ma prédatrice spéciale qui aura été prise pour une proie.

     Enfin je ne suis pas un chasseur, juste un original à la recherche de quelque chose qui n’existe probablement pas.

Thèmes: animalité
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Kyle
Ahah, je commence à comprendre ce que notre connaissance commune trouvait qu’on avait en commun, dans un style différent car moi j’ai fini par développer un côté chasseur mais je confirme qu’on fini souvent blessé par des personnes qui nous croient simplement "comme les autres" sans bénéfice du doute. Difficile de sortir du lot quand on ne veut pas jouer au jeu du mensonge et de la surenchère, quand on parle vrai alors que les autres cherchent ce qui se cache dans notre discours, habituées aux bonimenteurs.
J'aime 09/01/26
genderbender
@Kyle : oui, difficile de sortir du lot sans chercher à jouer selon les règles du plus grand nombre, mais c'est tout une philosophie de vie. le tout est d'affiner la conscience de ce que l'on est, et de rester fidèle à soi-même. je pense que ça finit par payer tôt ou tard, mais souvent plus tard que tôt, et la patience est un apprentissage très difficile...
J'aime 09/01/26
ÉviDanse
Ça va vous ? 😍
J'aime 09/01/26
Kyle
Ça farte et toi p’tite sœur ? 😘
J'aime 10/01/26
genderbender
@Lilisweet70 : merci pour le lien, je ne connaissais pas, ce titre est très poignant
J'aime 10/01/26
Lilisweet70
Un Flow qui me fait penser à vous, des lâcheurs de mots qui mettent parfois quelques gifles - j'aime beaucoup.
J'aime 10/01/26
Kyle
@Lilisweet70 Fauve, valeur sûre, le tirtre "Jennifer" mon p’tit câlin perso, et sinon un peu dans le style, écouter JusteNiels ça peut parler aux gens un peu différents, plus sensibles que la moyenne, les "hyper"...
J'aime 11/01/26
ÉviDanse
Oui j'aime vous lire 🥰
J'aime 11/01/26
Lilisweet70
@Kyle - J'écoute plutôt Les Hautes Lumières en câlin perso quand j'ai besoin, parce que tout est encore possible et à vivre. J'evite Jennifer, mais c'est justement parce que hyper que me prendre dans les bras et me dire ça va aller, c'est un peu trop pour moi en projection ! Je connais bien sur JusteNiels, un nouvel EP vient justement de sortir il y a peu si vous voulez vous faire plaisir... "Un peu plus fort" m'a particulierement touchée.
J'aime 11/01/26 Edité