Elle est nue
Accroupie entre les deux hommes.
Ils l'ont déjà prise. Ils vont la reprendre.
Accroupie, presque recroquevillée sur elle-même, dans la stupeur. Elle joue avec une mèche de ses cheveux. Défaits. Comme sont défaites toutes ses certitudes.
Dans la stupeur d'avoir ainsi été prise, debout, pressée entre ces deux hommes.
Dans la stupeur, saisie d’effroi, comme elle a été saisie par la puissance virile. Fascinée. Envahie.
Dans la stupeur d’en avoir joui.
Ils ont surgi, l'un de la rivière où elle se baignait nue, faisait ses ablutions, l'autre des hautes herbes qui bordent la grève, ils ont surgi, nus, et leurs membres déjà dressés comme des glaives, ils l'ont saisie, avec une douceur virile, et ils l'ont dressée hors de l'eau et pressée, entre leurs deux torses, et serrée de leurs bras noueux, pour la prendre, l'un écrasant sa poitrine, l’autre collé contre son dos.
Ils l'ont saisie et elle a subi leurs assauts fougueux.
Elle n'a pas eu le choix. Dans l'évidence de leur désir. Qui est aussi le sien.
Car pourquoi être venue se baigner là alors qu'elle savait que les hommes travaillaient aux champs et que d'autres pêchaient non loin dans la rivière ?
Cet appel du plus profond de son corps. Cet appel qui sourd de son ventre. Cette violence muette qui l’anime.
Et qu'elle a peut-être tenté d'apaiser en venant se baigner. Cherchant les caresses de l'onde et la fraîcheur du courant. Mais les deux hommes ont surgi. Complices. Et se sont dressés pour l’entourer, l'enlacer. Aussitôt la prendre. Dans cette union des forces et des éléments.
Et maintenant elle gît, vautrée, au sol, à leurs pieds, entre les deux hommes debout et leurs membres dressés. Ils vont la reprendre.
*
Ils pourraient la ravir, l'enlever. Pour la coucher dans les herbes hautes.
Mais non ! Ils préfèrent la saillir, maladroitement, debout, les pieds dans l'eau.
Car si la position permet de la tenir étroitement enlacée, elle n'autorise qu'une étreinte furtive qui ne fait qu’exacerber leur désir et les oblige à des mouvements furieux. Qu'ils doivent coordonner. Pour s'enfouir. Entièrement. En elle. Chacun son tour. Et chacun son tour, la posséder de tout leur membre. Turgescent. Avide.
Et elle, docilement, se prête à la situation.
Et tour à tour, elle tend la croupe, pour faciliter la pénétration de celui qui, la tenant aux hanches, la couvre, avant de tendre le ventre pour permettre à celui qui lui fait face de l’enfiler d'une brusque poussée.
Quelques va-et-vient fébriles et hop ! C'est au tour de l'autre d'investir la place…
Fatigante gymnastique qui impose rapidement une pause.
*
Mais, quand ils la reprennent, après l'avoir laissée choir, abandonnée recroquevillée au sol, pour reprendre souffle, quand ils la reprennent, complicité muette dans leurs regards, accord tacite, l'un la soulève pour l’empaler sur son pieu dressé, alors elle noue ses bras et ses jambes autour de sa nuque et ses hanches pour soulager sa peine, tandis que l'autre, lui écartant les fesses, s’immisce en elle, par la porte étroite.
Habitués à l’effort, l'un parce qu'il manie la faucille et la houe, l'autre parce qu'il lance et tire le filet, ils la soulèvent conjointement et la laisse lourdement retomber, ébranlée par le choc.
Alors elle est totalement envahie, possédée, et parcourue de spasmes et de tremblements, laissant jaillir de sa gorge des cris de bête à l’agonie, avec fureur elle mord la bouche de celui qui lui fait face l’incitant à la besogner plus rudement encore, la projetant sur l’autre membre planté au plus profond de ses reins, et l'infernal trio peut se laisser aller, emporter par la fureur des sens. Jusqu'aux râles de la jouissance. Qui les laisse, exténués, vautrés au bord de la rive, apaisés et heureux, dans la fraîcheur de l’onde.


