Durant les semaines qui suivirent, le collier ne quitta pas sa boîte.
Après leur souper d’anniversaire, Anne avait fini par le retirer. Elle avait rangé la petite clé dans son enveloppe et déposé le tout dans le tiroir de sa table de chevet. Alexandre ne lui avait pas demandé quand elle comptait le lui faire porter de nouveau.
Cela faisait partie de leur accord.
Le collier lui appartenait désormais. L’initiative devait venir d’elle.
Puis la vie quotidienne avait repris ses droits.
Anne travaillait sur la transformation d’un ancien bâtiment administratif en centre culturel. Le chantier accumulait les retards, les défauts dissimulés et les représentants municipaux persuadés qu’une modification importante pouvait être décidée en quelques minutes au téléphone.
De son côté, Alexandre participait à la migration du système informatique d’une société d’assurances. Chaque soir révélait une nouvelle incompatibilité que personne n’avait prévue et que ses collègues lui demandaient de résoudre avant le lendemain matin.
Ils rentraient tard, soupaient en tête à tête et échangeaient le récit de leurs journées. Certains soirs, Anne s’endormait sur le canapé devant ses plans. D’autres fois, Alexandre restait dans son bureau jusqu’à une heure avancée, absorbé par une anomalie qui refusait de se laisser comprendre.
Le collier demeurait entre eux comme une question qu’aucun des deux ne voulait poser trop directement.
Alexandre y pensait chaque fois qu’Anne lui demandait quelque chose d’un ton un peu plus ferme. Anne y pensait lorsqu’elle ouvrait le tiroir de sa table de chevet, mais trouvait toujours une raison de le refermer.
Elle n’avait pas oublié la sensation de la boucle sous ses doigts ni le changement apparu dans le regard d’Alexandre lorsqu’elle avait ordonné qu’il conserve le collier.
Elle ignorait simplement ce qu’elle était censée en faire.
Un soir, Anne rentra plus tôt que prévu.
Une réunion de chantier avait été reportée après que deux responsables eurent découvert qu’ils avaient chacun oublié d’inviter l’autre. Anne avait renoncé à leur expliquer ce qu’elle pensait de leur organisation et profité de cette libération inattendue pour rentrer chez elle.
Alexandre lui avait envoyé un message un peu plus tôt.
Incident sur la migration. Je ne sais pas encore à quelle heure je termine.
Elle lui avait répondu par une photographie de la bouteille de vin qu’elle comptait ouvrir sans lui.
À la maison, Anne abandonna ses chaussures dans l’entrée, se servit un verre et monta dans la chambre. Elle cherchait un carnet contenant des mesures prises plusieurs semaines auparavant. Le document aurait dû se trouver dans son sac de chantier, mais elle se souvenait vaguement l’avoir utilisé un soir au lit pour noter une idée.
Elle ouvrit le tiroir de sa table de chevet.
Le carnet n’y était pas.
La boîte noire, en revanche, occupait presque tout l’espace.
Anne la contempla un moment avant de la sortir.
Elle souleva le couvercle. Le collier reposait toujours sur le papier bordeaux, soigneusement enroulé. La carte d’Alexandre était glissée dessous.
Mon cadeau n’est pas ce collier. Mon cadeau, c’est le droit de me le faire porter.
Elle passa un doigt sur le cuir.
Depuis combien de temps n’avait-elle pas pris un bain sans téléphone, dossier urgent ou liste mentale de problèmes à résoudre ?
Depuis combien de temps Alexandre ne lui avait-il pas massé les pieds ?
L’idée lui vint avec une simplicité presque déconcertante.
Il lui avait offert le droit de lui donner des ordres. Elle n’avait aucune raison de laisser ce droit enfermé dans une boîte.
Anne emporta son ordinateur dans le salon et s’installa sur le canapé. Le collier posé près de son verre, elle ouvrit un moteur de recherche.
Elle commença par saisir :
Comment dominer son compagnon.
Elle regretta presque immédiatement.
Les premiers résultats lui présentèrent une succession d’images et de titres dont l’agressivité la fit reculer devant l’écran. Des femmes vêtues de latex infligeaient à des hommes des traitements qu’Anne n’aurait jamais envisagé de faire subir à qui que ce soit. La brutalité semblait tenir lieu de personnalité et l’humiliation de scénario.
Elle referma plusieurs pages avec une expression horrifiée.
— Mais qu’est-ce qui ne va pas chez vous ? murmura-t-elle.
Elle modifia sa recherche.
Domination féminine dans le couple.
Les résultats étaient à peine meilleurs. Les mêmes images revenaient, accompagnées de promesses outrancières. Il y était beaucoup question d’hommes réduits, brisés ou anéantis, et très peu de femmes réelles ou de relations capables de survivre au-delà d’une scène pornographique.
Anne n’avait aucune envie de briser Alexandre.
Elle voulait peut-être le faire obéir. La différence lui paraissait considérable.
Après plusieurs tentatives, elle découvrit un site à l’apparence beaucoup plus sobre. Aucun corps dénudé ni photographie provocante. La page d’accueil ne présentait qu’un symbole féminin stylisé et un mot qu’elle connaissait sans s’être jamais véritablement interrogée sur sa signification :
Gynarchie.
Sous le titre figurait une phrase :
L’autorité féminine ne se limite pas à l’inversion des rôles. Elle propose une autre manière de concevoir le pouvoir, le couple et la société.
Anne redressa légèrement le dos.
Le site comportait plusieurs articles consacrés aux relations dirigées par les femmes, à la discipline, au service domestique et à la responsabilité des dominantes. Certains textes employaient les mots soumis ou esclave, ce qui la gêna d’abord. Une note précisait cependant que ces termes ne pouvaient désigner qu’un rôle librement accepté entre adultes et défini par des règles révocables.
Elle ouvrit un article intitulé : Les devoirs de la Maîtresse envers celui qui la sert.
Le texte ne ressemblait en rien aux pages qu’elle venait de parcourir.
Une femme qui accepte l’obéissance d’un homme accepte également la responsabilité de la diriger. Elle doit connaître ses limites, protéger sa confiance et veiller à ce que son service contribue à l’épanouissement des deux partenaires.
Anne relut le passage.
Un autre paragraphe retint son attention :
La fermeté n’exige pas la cruauté. Un ordre peut être difficile, humiliant ou contraignant, mais il ne doit jamais être vide de sens pour celle qui le donne. Exigez avec clarté. Corrigez avec mesure. Récompensez avec sincérité.
Cette conception lui parlait davantage.
Elle ne lui demandait pas de jouer une caricature vêtue de latex. Elle lui proposait de créer un cadre dans lequel son autorité deviendrait une forme de confiance.
Anne continua sa lecture.
Le site conseillait aux débutantes de commencer par des ordres simples, de surveiller les réactions de leur partenaire et de ne pas chercher immédiatement à reproduire les pratiques les plus extrêmes. Il suggérait également de soigner la mise en scène : la posture, la tenue et le ton de la voix pouvaient aider une femme à se libérer de ses hésitations habituelles.
Anne tourna la tête vers le collier.
Elle n’avait jamais eu besoin d’un costume pour obtenir ce qu’elle voulait. Sur les chantiers, une phrase sèche et un regard suffisaient généralement.
Mais ce soir, elle ne voulait pas seulement donner quelques instructions à Alexandre.
Elle voulait que cette expérience soit érotique. Il méritait d’en profiter un peu.
Elle consulta l’heure. Si l’incident informatique ne se prolongeait pas, Alexandre rentrerait dans moins d’une heure.
Anne referma l’ordinateur et monta dans la chambre.
Au fond de son armoire, elle retrouva un pantalon en similicuir noir acheté pour un concert. Elle ne l’avait porté que deux fois. Sa coupe ajustée soulignait ses jambes et ses hanches avec une assurance presque provocante.
Elle l’associa à un chemisier sombre dont elle laissa les premiers boutons ouverts. Après une hésitation, elle récupéra une paire d’escarpins à talons hauts.
Lorsqu’elle se regarda dans le miroir, elle ne se reconnut pas immédiatement.
Ce n’était pourtant pas un déguisement. Chaque vêtement lui appartenait et elle les avait déjà portés séparément. C’était leur association, peut-être, ou la présence du collier dans sa main.
Elle se redressa.
Ses épaules reculèrent légèrement. Son menton se releva. Elle imagina Alexandre entrant dans la pièce et découvrant cette femme qui l’attendait pour lui imposer sa volonté.
Durant une seconde, Anne entrevit la dominante qu’elle pourrait devenir.
Une femme sûre de son autorité. Exigeante sans être injuste. Une femme qui ne s’excusait pas de désirer être servie.
L’impression disparut presque aussitôt.
Anne contempla son reflet avec scepticisme.
— Tu vas lui demander de préparer le souper, pas de conquérir un royaume.
Son reflet ne parut pas entièrement convaincu.
Elle descendit, se servit un second verre de vin et s’installa dans le canapé. Elle croisa les jambes, posa le collier sur sa cuisse et tenta plusieurs positions.
La première lui donna l’impression d’attendre un entretien d’embauche.
Dans la deuxième, elle ressemblait à une actrice jouant maladroitement une femme fatale.
Elle finit par s’adosser naturellement au canapé, le verre dans une main et le collier dans l’autre.
Elle n’aurait pas besoin de jouer.
Alexandre lui avait offert son obéissance parce qu’elle était Anne.
La porte d’entrée s’ouvrit une vingtaine de minutes plus tard.
— Je suis rentré !
La voix d’Alexandre trahissait sa fatigue.
Anne entendit ses clés tomber dans la coupelle, puis le froissement de son manteau.
— J’espère que tu n’as rien préparé, poursuivit-il. Mon cerveau vient officiellement de déposer une demande de congé. Je pensais que nous pourrions aller au restaurant.
Il apparut à l’entrée du salon.
Son regard se posa d’abord sur Anne. Il descendit le long de sa tenue, s’attarda sur les escarpins, puis remonta jusqu’à son visage.
Enfin, il vit le collier.
Il cessa de parler.
Anne porta tranquillement son verre à ses lèvres.
— Ferme la porte du salon.
Le ton de sa voix était calme, plus grave qu’à l’ordinaire.
Alexandre obéit.
— Pose ton téléphone sur la table.
Il le sortit de sa poche et le déposa à l’endroit indiqué.
— Anne…
— Je ne t’ai pas demandé de parler.
Elle sentit son propre cœur accélérer. La phrase lui était venue spontanément. Une partie d’elle craignit d’être allée trop loin.
Le regard d’Alexandre dissipa cette crainte.
Sa fatigue n’avait pas disparu, mais quelque chose de plus intense venait de la traverser. Il regardait le collier avec la même attente que le soir de son anniversaire.
Anne posa son verre.
— Approche.
Il fit quelques pas.
— Mets-toi à genoux devant moi.
Alexandre inspira profondément avant de s’exécuter.
Le mouvement manquait d’élégance. Son pantalon de ville gênait sa descente et son genou heurta légèrement le tapis. Pourtant, lorsqu’il trouva sa position devant elle, Anne éprouva un trouble qui n’avait rien d’amusé.
Cet homme écouté par des dirigeants, capable de concevoir des systèmes dont dépendaient des entreprises entières, venait de s’agenouiller parce qu’elle le lui avait ordonné.
Elle prit le collier à deux mains.
— Quel est notre mot ?
— Rouge.
— Que se passe-t-il si tu le prononces ?
— Tu retires le collier et tout s’arrête.
— Tu me dis aussi si quelque chose te fait mal ou te met réellement mal à l’aise. Je ne veux pas avoir à le deviner.
— Oui.
Anne haussa un sourcil.
— Oui qui ?
Une hésitation passa dans ses yeux.
— Oui… maîtresse.
Le mot produisit en elle un effet inattendu.
Elle s’était toujours méfiée des titres. Ils servaient trop souvent à exiger le respect sans avoir à le mériter. Dans la bouche d’Alexandre, pourtant, celui-ci ne ressemblait pas à une convention imposée.
Il était une reconnaissance.
Anne passa le collier autour de son cou et referma la boucle. Cette fois, elle sortit la petite clé de sa poche et engagea le verrou.
Le déclic fut presque imperceptible.
Alexandre le ressentit pourtant dans tout son corps.
— Ce soir, annonça-t-elle, je garde la clé.
— Oui, maîtresse.
Elle glissa la clé dans la poche de son pantalon.
— Tu avais envie d’aller au restaurant ?
— Oui.
— Tu vas changer de projet. Ta maîtresse a faim et tu vas lui préparer son souper.
Un sourire apparut au coin des lèvres d’Alexandre.
— Que désirez-vous manger ?
— Tu es l’architecte de solutions. Trouve une solution.
— Les paramètres sont insuffisants.
— Alexandre…
— Je vais inspecter la cuisine.
— Voilà une excellente idée.
Il se releva.
— Tu as trente minutes, ajouta-t-elle.
— Cette contrainte aurait été utile avant la phase de conception.
— Il ne t’en reste plus que vingt-neuf.
Alexandre disparut dans la cuisine.
Anne reprit son verre, satisfaite. Elle entendit la porte du réfrigérateur s’ouvrir, plusieurs placards grincer, puis le bruit méthodique d’ingrédients déposés sur le plan de travail.
— Que prépares-tu ? demanda-t-elle.
— Vous m’avez demandé de trouver une solution.
— Je peux tout de même m’assurer que cette solution est comestible.
— Des pâtes aux champignons avec une sauce au vin blanc.
— Approuvé.
— Merci.
— Merci qui ?
Un silence suivit.
— Merci, maîtresse.
Anne sourit dans son verre.
Elle commençait à comprendre pourquoi certaines femmes prenaient autant de plaisir à cette forme de relation. Le mot ne lui plaisait pas seulement parce qu’il confirmait son pouvoir. Il transformait chaque échange banal en rappel de la décision qu’Alexandre lui avait confiée.
Quelques minutes plus tard, elle le rejoignit dans la cuisine.
Il avait retiré sa veste et retroussé les manches de sa chemise. Le collier noir contrastait avec le tissu clair. Une casserole chauffait sur la cuisinière tandis qu’il découpait les champignons avec sa précision habituelle.
Anne s’assit sur une chaise.
— Viens ici.
Alexandre regarda la casserole.
— La sauce…
— Peut attendre trente secondes.
Il posa son couteau et s’approcha.
Anne tendit une jambe.
— Retire ma chaussure.
Il s’agenouilla et saisit délicatement son pied. L’escarpin glissa entre ses doigts.
— L’autre.
Il recommença.
— Masse-moi les pieds pendant que la sauce réduit.
Alexandre posa son pied droit sur sa cuisse. Ses pouces commencèrent à parcourir lentement la plante, recherchant les zones tendues.
Anne ferma les yeux.
Cela faisait effectivement beaucoup trop longtemps.
— Plus fort.
Il augmenta la pression.
— Là. Continue.
Alexandre suivit ses indications avec la concentration qu’il accordait habituellement aux problèmes complexes. Ses gestes devinrent plus précis. La fatigue accumulée dans les pieds et les mollets d’Anne se dissipa progressivement.
— C’est bien, murmura-t-elle.
Elle sentit une légère tension parcourir les mains d’Alexandre.
Anne rouvrit les yeux.
— Tu aimes que je te félicite ?
— Oui, maîtresse.
— Je m’en souviendrai.
L’alarme de la cuisinière retentit.
— Va terminer le repas.
Alexandre reposa doucement son pied et retourna aux fourneaux.
Anne demeura assise, pieds nus, à le regarder travailler. Elle n’avait pas levé le petit doigt et ne ressentait aucune culpabilité. Cette absence de culpabilité représentait peut-être la découverte la plus surprenante de la soirée.
Alexandre dressa deux assiettes et les apporta dans la salle à manger.
— Qu’est-ce que tu fais ? demanda Anne.
Il s’immobilisa.
— Je sers le souper.
— Je vois deux assiettes.
— J’avais prévu de manger également.
Anne pensa à l’un des articles lus un peu plus tôt. Une dominatrice débutante devait choisir des exercices simples capables de rendre visible la différence de statut pendant la scène.
Son regard se posa sur le sol, près de ses pieds.
— Rapporte ton assiette dans la cuisine.
Alexandre l’observa, intrigué.
— Prends plutôt un bol.
— Un bol ?
— Nous n’avons pas d’écuelle. Il faudra nous adapter.
Il comprit.
La rougeur qui gagna son visage fut presque immédiate. Anne sentit sa propre assurance vaciller. Cet ordre était différent de ceux qu’elle lui avait donnés jusque-là. Il ne concernait plus seulement le service. Il introduisait une forme d’humiliation.
Elle posa sa fourchette.
— Regarde-moi.
Alexandre obéit.
— Tu peux prononcer notre mot à tout moment.
— Je sais.
— Ce n’est pas ce que je te demande. Est-ce que tu veux continuer ?
Il contempla quelques secondes la place qu’elle lui désignait à ses pieds.
— Oui, maîtresse.
— Alors va chercher ton bol.
Il retourna dans la cuisine et revint avec un grand bol blanc. Il y avait transféré sa portion et conservé une fourchette.
Anne examina l’ensemble.
— Tu as pris une fourchette.
— Nous n’avons établi aucune interdiction concernant les couverts.
— Très juste. Je dois améliorer mes spécifications.
— Une documentation plus complète réduirait les risques opérationnels.
— Assieds-toi avant que je ne revoie les conditions du contrat.
Alexandre s’installa sur le tapis, à côté de ses jambes. Il posa le bol devant lui et commença à manger.
Anne prit une première bouchée.
— C’est très bon.
— Merci, maîtresse.
Elle glissa un pied contre sa cuisse. Le simple contact de ses orteils à travers le tissu suffit à lui rappeler la place qu’elle lui avait assignée.
— Ton restaurant te manque toujours ?
Alexandre regarda son bol.
— La cuisine est excellente. L’organisation de la salle me semble plus discutable.
Anne éclata de rire.
— Tu es en train de critiquer les décisions de ta maîtresse ?
— Je produis une analyse destinée à l’amélioration continue du service.
— Mange.
— Oui, maîtresse.
Ils poursuivirent leur repas ainsi.
La situation aurait pu paraître ridicule. Elle l’était probablement. Pourtant, sous leurs plaisanteries, une tension nouvelle s’installait. Chaque fois qu’Alexandre levait les yeux vers elle, Anne percevait son excitation et sa sérénité.
Il ne semblait ni diminué ni malheureux.
Il paraissait libéré.
Une fois son assiette terminée, Anne lui tendit sa main.
— Embrasse-la.
Alexandre posa son bol et prit délicatement ses doigts. Ses lèvres effleurèrent le dos de sa main.
Le geste, simple et presque cérémonieux, fit disparaître son sourire.
Anne comprit soudain qu’elle ne jouait plus seulement à imiter les femmes découvertes sur Internet. Elle commençait à inventer sa propre manière d’exercer l’autorité.
— Tu as bien servi ta maîtresse, dit-elle.
— Merci.
— Merci qui ?
Il sourit contre sa main.
— Merci, maîtresse.
Elle caressa ses cheveux.
— Débarrasse la table. Ensuite, tu me feras couler un bain.
— Quelle température ?
— Assez chaud pour que je n’aie plus envie de réfléchir à mon chantier.
— Ce paramètre reste difficile à mesurer.
— Ajoute de la mousse. Beaucoup.
Pendant qu’Alexandre rangeait la cuisine, Anne remonta avec son verre de vin. Lorsqu’elle entra dans la salle de bains, la baignoire était presque pleine. La vapeur commençait à couvrir le miroir.
Alexandre attendait près de la porte.
— Autre chose, maîtresse ?
Anne défit lentement le premier bouton de son chemisier.
— Oui. Après mon bain, tu me masseras.
Le regard d’Alexandre descendit malgré lui vers ses doigts.
— Les pieds ?
— Tu as déjà commencé par les pieds.
Elle ouvrit un second bouton.
— Cette fois, tu t’occuperas du reste de mon corps.
Une chaleur visible monta sur le visage d’Alexandre.
Anne sourit.
— Tu peux disposer pour le moment.
— Oui, maîtresse.
Lorsqu’elle fut seule, elle se glissa dans l’eau et ferma les yeux.
Cette soirée n’avait rien de parfaitement maîtrisé. Elle avait improvisé la plupart de ses ordres et douté à plusieurs reprises. Pourtant, elle avait aimé voir Alexandre à genoux. Elle avait aimé être servie et entendre ce titre dans sa bouche.
Plus encore, elle avait aimé la confiance avec laquelle il avait accepté chacune de ses décisions.
Une phrase du site lui revint en mémoire :
Le pouvoir offert ne diminue pas celui qui le donne. Il révèle celle qui accepte de le recevoir.
Anne ouvrit les yeux.
Dans la chambre voisine, Alexandre attendait la suite de ses ordres, le collier toujours verrouillé autour du cou.
Elle termina lentement son vin.
Ce soir, elle avait voulu mettre à l’épreuve le choix d’Alexandre.
Elle commençait à comprendre que c’était également le sien qu’elle venait de mettre à l’épreuve.

