Alexios
par le 13/10/26
127 vues

Pendant trois mois, Madame Vyc a vécu dans des motels.

Des chambres à rideaux jaunes, des néons qui bourdonnent, des distributeurs de café tiède. Elle avait vendu ce qu’il fallait vendre. Le reste tenait dans une remorque fermée à clé : quelques meubles, des papiers, du cuir, de l’argent, et une petite boîte en bois qu’elle n’ouvrait jamais devant personne. Le jour, elle conduisait. La nuit, elle cherchait.

Le Réseau des Terres était un bric-à-brac : annonces de domaines, de ranchs, de silos abandonnés. Elle a écarté dix propriétés. Trop près d’une ville, trop de voisins, trop de routes. Elle voulait du silence, de l’eau, du bois, et une ligne de chemin de fer à quelques miles pour pouvoir recevoir ce qu’elle recevrait. Elle voulait surtout une terre où personne ne prononcerait le nom de Louve.

Elle ne cherchait pas à oublier. On n’oublie pas onze ans. Mais elle ne voulait pas recommencer sur des cendres. Une ferme comme la sienne, ça se bâtit sur du neuf.

Certains soirs, elle s’arrêtait d’écrire et elle repensait aux deux. Pas avec colère. Avec une espèce de dégoût tranquille, celui qu’on garde pour les choses qu’on a touchées sans le savoir. Elle aurait préféré qu’ils volent, qu’ils frappent, qu’ils violent le Pacte franchement. Une faute franche, ça se punit. Une faute douce, ça ne se punit pas : ça se constate, et il ne reste qu’à fermer la porte.

C’est ça qu’elle avait fait. Fermer la porte. Et maintenant, elle cherchait une autre porte.

Puis, un soir, dans un motel au bord de la nationale 9, elle a trouvé une annonce sobre.

Domaine de la Pierre-Grise. 340 hectares. Maison de pierre, trois granges, silo, écurie, rivière. Isolé. À vendre à personne de confiance. Prix à débattre.

La photo montrait une grange grise sous un ciel bas, et derrière, une ligne de collines rousses.

Madame Vyc a regardé longtemps. Puis elle a ouvert la messagerie.

Vyc : Bonsoir. Je réponds à votre annonce de la Pierre-Grise. Le domaine est-il toujours disponible ?

M. Ferrand : Bonsoir. Oui, toujours. Vous êtes de la région ?

Vyc : Non. Je viens de loin. Je cherche un endroit isolé, avec de l’eau et du bois. La Pierre-Grise correspond.

M. Ferrand : C’est le cas. C’était la ferme de ma mère. Je l’ai héritée, mais je n’ai ni les moyens ni la force de la tenir. Je cherche quelqu’un qui en prendra soin. Pas juste un acheteur.

Vyc : Je comprends. Je prendrai soin de la terre. Et de ce qu’il y a dessus.

M. Ferrand : Vous avez un projet agricole ?

Vyc : Un projet, oui. Pas exactement agricole.

M. Ferrand : Je peux savoir lequel ? C’est une ferme, pas un terrain vague. Je veux savoir ce qui s’y passera.

Vyc : Vous avez raison de demander. Ce sera une ferme un peu particulière.

M. Ferrand : Particulière comment ?

Vyc : J’y élèverai des bêtes. Et des gens. Les deux ensemble, parfois.

Un long silence. La petite icône « en train d’écrire » apparut, disparut, revint.

M. Ferrand : Je ne suis pas sûre de comprendre.

Vyc : Vous comprenez très bien. Vous avez lu le mot « élèverai » et vous avez hésité avant de répondre. C’est déjà une réponse.

M. Ferrand : …

M. Ferrand : Vous parlez de ce genre de choses ? Le cuir, les colliers, les règles ?

Vyc : Je parle de ça, oui. D’un domaine où des adultes consentants vivent selon des règles que j’écris, où certains sont domestiques, et d’autres portent le collier. Où l’on mérite ce qu’on obtient. Où personne n’est pris par surprise. Je ne cache rien, Mademoiselle Ferrand. Je ne mens pas. C’est pour ça que je réponds à votre annonce et pas à une autre.

M. Ferrand : C’est… je ne m’attendais pas à ça.

Vyc : Vous pouvez refuser. Je ne vous relancerai pas.

M. Ferrand : Attendez. Je n’ai pas dit non.

Vyc : Je sais.

M. Ferrand : Comment ça, vous savez ?

Vyc : Parce que vous avez écrit « attendez ». Les gens qui refusent n’écrivent pas « attendez ». Ils écrivent « non merci » et ils ferment la fenêtre.

Silence.

M. Ferrand : Vous êtes très sûre de vous.

Vyc : Non. Je suis très attentive. Ce n’est pas la même chose.

M. Ferrand : … Je peux vous poser une question ?

Vyc : Vous pouvez.

M. Ferrand : Est-ce que ce serait dangereux ?

Vyc : Physiquement ? Non. Je ne frappe pas pour blesser. Je frappe pour marquer, quand c’est mérité. Moralement ? Oui, ça peut l’être. On y perd des illusions sur soi-même. Certains ne le supportent pas. C’est pour ça que je préviens avant, et pas après.

M. Ferrand : Et… on peut partir ?

Vyc : Toujours. À pied, à cheval, en camion. Sans être poursuivi, sans être dénoncé, sans qu’on parle de vous derrière. Le Pacte est simple : on ne retient personne. On garde ceux qui restent.

M. Ferrand : Et si je vous vendais la ferme… est-ce que je pourrais… venir voir ?

Vyc : Venir voir, oui.

M. Ferrand : Et rester ?

Madame Vyc a souri, seule dans sa chambre de motel, devant l’écran.

Vyc : Rester, ce n’est pas à vous de le décider. Ni à moi de vous le promettre. Ici, on ne s’installe pas. On mérite.

M. Ferrand : Je comprends.

Vyc : Non. Pas encore. Vous croyez comprendre. C’est différent. Le chemin est long, Mademoiselle Ferrand. Il est dur. Il y a des jours où vous détesterez chaque seconde. Il y a des jours où vous voudrez rentrer chez vous et brûler mes lettres. Et je ne vous consolerai pas. Je vous regarderai.

M. Ferrand : …

M. Ferrand : Et ensuite ?

Vyc : Ensuite, si vous tenez, vous serez peut-être des miennes. Peut-être. On verra bien ce que vous valez.

M. Ferrand : Vous êtes sadique.

Vyc : Oui. Mais je suis honnête. C’est plus rare.

Un autre silence. Plus long. Puis :

M. Ferrand : J’ai une condition.

Vyc : Dites.

M. Ferrand : La ferme est à vous. Le prix que vous voudrez, ça n’a pas d’importance. Mais je garde un droit : celui de venir un jour, quand vous m’appellerez, et de demander à entrer dans le cheptel. Et si vous jugez que je ne mérite pas, je partirai sans rien dire.

Vyc : C’est une drôle de condition. Vous vendez, et vous demandez la permission de revenir en servante.

M. Ferrand : Oui.

Vyc : Pourquoi ?

M. Ferrand : Parce que je suis seule depuis longtemps. Parce que je n’ai jamais osé le dire à personne. Et parce que, ce soir, quelqu’un vient de me parler franchement pour la première fois depuis des années.

Madame Vyc a relu le message deux fois. Puis elle a écrit :

Vyc : Marché conclu. Le domaine est à moi. Vous viendrez quand je vous appellerai. Vous ne serez pas reçue en invitée. Vous serez reçue en candidate. Et je vous préviens une dernière fois : ce ne sera pas doux.

M. Ferrand : Je m’en doute.

Vyc : Bien. Envoyez-moi les actes. Je serai là dans trois semaines.

M. Ferrand : Trois semaines ? C’est long.

Vyc : Non. C’est le temps qu’il me faut pour prévenir les miens et pour leur donner un point de rendez-vous. On ne vient pas à la Pierre-Grise directement. On y arrive ensemble, ou on n’y arrive pas.

M. Ferrand : Ensemble ?

Vyc : Oui. Par la route. Comme on menait les troupeaux autrefois.


Trois semaines plus tard, Madame Vyc s’est installée à une table de motel, devant une liasse de papier, un stylo et une carte routière dépliée. Elle a écrit deux lettres avant toutes les autres.

La première était pour Shepard.

Elle a écrit son nom en haut de la page, puis elle est restée un moment sans rien ajouter. Shepard. Blonde, large d’épaules, les mains abîmées par les cordes et les mors. Elle avait été la meilleure cavalière du Domaine de Louve. Elle avait aussi été la seule à venir trouver Madame Vyc, la veille de la fermeture, pour lui dire en face :

— Je n’ai rien vu. C’est ça, le pire. Je n’ai rien vu et je les ai crus.

Madame Vyc n’avait pas répondu grand-chose ce soir-là. Elle avait juste posé la main sur son épaule. Mais elle s’en souvenait.

Shepard,

Je ne t’invite pas. Je te demande.

J’ai trouvé une terre. Elle est isolée, elle est rude, et elle ne ressemble pas à Louve. C’est mieux ainsi. Il y aura des bêtes, des écuries, des clôtures à refaire, une rivière à connaître et des gens à tenir. Je ne peux pas faire ça seule. Je ne veux pas le faire avec quelqu’un qui me dira toujours oui.

Je te veux à ma droite. Pas en dessous : à côté. Tu regarderas ce que je ne regarde pas. Tu me diras ce que les autres n’oseront pas me dire. Et si un jour je me trompe, tu me le diras aussi, même si ça te coûte.

Ce n’est pas une place confortable. Tu seras juge et tu seras jugée. Les tiens te détesteront certains jours, et moi aussi.

Si tu refuses, je comprendrai. Si tu acceptes, prends ton cheval, ta selle et rien d’autre. Le reste est déjà là-bas.

V.

La seconde était pour Épervier.

Elle a souri en écrivant son nom. Épervier était l’un des plus anciens. Un homme mince, aux yeux clairs, qui parlait peu mais qui savait tout des bêtes. Il avait un don avec les chevaux. Les chiennes le suivaient sans qu’il les appelle. Les oiseaux se posaient sur la clôture quand il passait. Il avait porté le collier pendant sept ans sans jamais demander à le retirer, et quand la ferme avait fermé, il était resté jusqu’au dernier jour pour aider les autres à partir, alors que lui-même n’avait nulle part où aller.

Il n’avait rien demandé en retour. C’était pour ça qu’elle lui écrivait.

Épervier,

Tu n’as jamais rien demandé. C’est pour ça que je te demande quelque chose.

Viens. Pas comme les autres. Avant les autres.

J’ai besoin de quelqu’un pour les bêtes. Les chevaux, les chiens, et tout ce qu’on trouvera là-bas. Tu seras leur gardien. Tu les connaîtras avant moi. Tu les soigneras, tu les nourriras, tu les calmeras. Et quand il faudra les mener, c’est toi qui iras devant.

Je te demande aussi autre chose. Tu parleras aux autres. Pas comme un chef — tu n’en es pas un. Mais tu les connais. Tu sais qui a peur, qui est fatigué, qui ment. Tu me le diras. Pas pour les punir. Pour que je sache.

Tu seras à moi, et seulement à moi, jusqu’à ce qu’on arrive. Après, on verra. Je ne promets rien. Tu sais comment je fonctionne.

Une seule chose : ne me remercie pas. Je ne fais pas ça par bonté. Je fais ça parce que j’ai besoin de toi.

V.

Puis elle a écrit à tous les autres. Une lettre courte, la même pour chacun, avec juste le nom changé en haut de la page.

Rendez-vous à l’Auberge du Bout-du-Monde, sur la route 12, dans dix jours, au lever du jour.

L’auberge est à trois jours de route de la ferme. C’est voulu. On ne s’y installe pas. On s’y retrouve, et on repart.

Venez avec le strict minimum. Des vêtements, de l’eau, une couverture, ce qui tient dans un sac ou sur un dos. Pas de meubles. Pas d’objets. Pas de souvenirs. La Pierre-Grise a de quoi nourrir, habiller et équiper ceux qui viendront. Ce que vous apporterez, vous le porterez jusqu’au bout.

Il y aura des chevaux à l’auberge. À partir de là, on ne roule plus. On monte. On traversera les collines, la forêt et la rivière. Trois jours, peut-être quatre, selon la météo et selon vous. Ceux qui ne savent pas monter apprendront. Ceux qui ne veulent pas apprendre resteront à l’auberge.

Ceux qui ont peur de la route peuvent rester. Personne ne leur en voudra.

Ceux qui viennent comprendront pourquoi on ne va pas directement au but.

Dans chaque enveloppe, une petite tresse de crin de cheval, nouée en boucle.

Elle a cacheté la dernière, puis elle est restée un moment assise, la boîte en bois devant elle. Elle ne l’a pas ouverte. Elle a juste posé la main dessus.

— On recommence, a-t-elle dit à voix basse. Mais pas comme avant.

Dehors, la route était longue. Le moteur du pick-up a démarré au premier tour de clé.

8 personnes aiment ça.
masque_gris
Quel talent narrateur... Quelle qualité de rédaction... Je salive en attendant vos suites...
J'aime 13/10/26
Alexios
Je vous remercie. J'ai des muses de qualité et j'espère bientôt continuer
J'aime 13/10/26
masque_gris
Ces muses sont très inspirantes et je vous envie...!
J'aime 13/10/26
Okka
Un petit coté Yellowstone pour commencer.. mais toujours tres bien écrit
J'aime 14/10/26





LE LIVRE POUR DEVENIR CE DOMINATEUR QU'ELLE N'OUBLIERA PAS...

Homme dominateur

"BDSM : l'Homme Dominateur : Incarner la Domination, guider la soumission, susciter l’abandon" est un livre pensé pour vous.

Pas un roman. Pas une fiction.
Un véritable manuel pour les hommes qui veulent comprendre leur pouvoir, affirmer leur présence et devenir des Dominateurs crédibles, désirables et respectés.

Ce que vous y trouverez :
• Comment assumer pleinement votre désir de dominer
• Comment construire une posture masculine forte, calme et sûre
• Comment poser un cadre clair, excitant et sécurisant
• Comment comprendre le désir féminin et créer les conditions propices à l’abandon
• Comment rencontrer une soumise et installer une vraie confiance
• Comment manier les ordres, le regard, la voix, les rituels et la discipline
• Comment explorer l’humiliation, la douleur, le contrôle, le 24/7 ou la Domination à distance
• Et même… comment utiliser l’IA pour clarifier vos envies, créer des scénarios et affiner votre style

Ce guide s’adresse aux hommes qui ne veulent pas jouer au Dominateur, mais paufiner leur incarnationr.
À ceux qui comprennent que le pouvoir se mérite, que l’autorité se construit, et qu’une femme ne s’abandonne vraiment qu’à un homme capable de tenir sa place.

Prenez donc votre place.
Et devenez le Dominateur qu’elle n’oubliera pas.


Commander ce livre