Sauf erreur de ma part, France Connect pourra vérifier l'identité. Pareil pour Laposte, entreprise privée mais détenue par l'Etat. Ce ne sont pas que des entreprises privées.
Jusqu'ici, notre identité pouvait être vérifiée par des personnes qui ne sont pas de l'Etat. Quand on s'inscrit sur un site de Paris sportifs, il faut envoyer sa CNI. Pareil au bureau de tabac pour acheter du tabac ou encore pour entrer en boîte.
Dans beaucoup de circonstances, on doit envoyer notre CNI pour procéder à des vérifications.
Pour moi, ce n'est pas forcément le problème de les envoyer à des personnes privées.
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Le recours à un tiers de confiance entérine une tendance intéressante de la législation, sous-jacente au sujet de fond qui nous intéresse ici.
À la base, c'est l'état qui juge la conformité des actes des citoyens à la législation, au moyen de l'administration et de la justice.
On répète d'ailleurs à longueur de temps "qu'on ne se fait pas justice soi-même" et que l'état a le "monopole légal/légitime de la violence". Dans la même veine, on est "présumé innocent" jusqu'au prononcé d'une décision de justice définitive, laquelle ne doit et ne peut, théoriquement, qu'être rendue par le bras public de la justice.
Or, depuis quelques temps (en fait depuis que l'état s'ingère à l'excès dans la vie et la liberté des citoyens), l'état remet au goût du jour une sorte de féodalité du droit. L'état délègue l'appréciation de la conformité à la loi à des entités privées. Ainsi, il n'est plus question seulement de soumettre à la justice la légalité d'un propos, mais de le modérer a priori. La modération est en fait une décision de justice privée qui aboutit à l'application d'une peine limitant l'expression. Peut-être même le propos aurait-il été jugé légal par un tribunal ? Qu'importe, la menance potentielle que l'état fait peser sur le modérateur, au cas où il laisserait passer un propos illégal, l'incite à la plus stricte interprétation au moindre doute.
Ainsi, l'état délègue en fait un grand nombre de décisions de justice à des personnes privées. Il se contente de menacer ce petit nombre de personnes privées de lourdes peines si elles laissent passer le moindre propos qui pourrait être condamné. Et il les transforme ainsi en auxiliaires zélés de censure généralisé, tout évitant de se donner le mauvais rôle : un excès de censure, ma foi, ne sera d'abord reproché qu'à l'entité responsable chargée de la modération.
Le recours à un tiers de confiance relève du même principe. L'état devrait en fait juger lui-même de l'âge d'un individu. Il s'agit de limiter ses droits. Donc, une décision de justice serait théoriquement nécessaire. Eh bien, non. Ce sont des entités privées qui seront chargées de décider si oui ou non, le droit de s'exprimer sur un réseau social est acquis ou s'il est refusé.
Le phénomène est intéressant à observer. En fait, le contrôle de l'expression des citoyens est une tâche considérable. Par le passé, l'autorité utilisait la menace et la vertu de l'exemple pour maintenir l'expression des personnes dans des limites qui lui convenait. À partir de 1881, le paradigme a changé : sauf quelques limites destinées à éviter les règlements de comptes personnels en confiant le jugement de l'injure et de la diffamation à la justice de l'état, la règle était la liberté quasi-absolue.
Au fur et à mesure que cette loi de 1881 est amendée, limitée, encadrée, l'état est impuissant à contrôler l'expression quotidienne de dizaines de millions d'individus. Il remet donc la menace et la vertu de l'exemple au goût du jour. Mais en plus de l'exercer au public en général, il utilise un certain nombre de relais privés, pour la modération-censure d'abord, pour l'accès-censure aux réseaux sociaux demain.
Bienvenue dans le monde de la responsabilité diluée. Si vous n'êtes pas content, le censeur dira : c'est l'état qui m'oblige, et l'état répondra : ce n'est pas moi qui censure.
Le bonheur.

