Plongée dans l’histoire sulfureuse des maisons closes de luxe de Paris – du Chabanais au One Two Two – entre fastes orientaux, accessoires de domination raffinés et sensualité orchestrée. Une immersion historique où les prémices du BDSM se dessinent en filigrane sous le velours et les dorures.

L’opulence du vice : naissance des bordels de luxe à Paris

Il fut un temps – entre la fin du XIXe siècle et le milieu du XXe – où Paris était la capitale mondiale de la volupté organisée. Si les maisons closes proliféraient dans les quartiers populaires, certaines, dites de luxe, élevaient le plaisir tarifé au rang d’art de vivre. Le Chabanais, Le Sphinx ou encore le mythique One Two Two n’étaient pas de simples lieux de passage, mais de véritables institutions de la débauche sophistiquée. À travers leurs décors extravagants et leur clientèle triée sur le volet, se dessinent les prémices d’une culture érotique codifiée où certaines pratiques, aujourd’hui associées au BDSM, trouvaient déjà leur place.

Le Chabanais : le Versailles du plaisir

 

Fondé en 1878 par une certaine Madame Kelly, d’origine irlandaise, Le Chabanais était le plus célèbre et le plus aristocratique des bordels parisiens. Situé rue Chabanais, dans le 2e arrondissement, il accueillait ministres, écrivains, têtes couronnées et stars de l’époque. Le roi Édouard VII y avait même son fauteuil personnel — un trône de volupté avec étriers intégrés pour les jeux équestres (oui, littéralement).

Chaque chambre avait une ambiance distincte : la chambre hindoue, la salle japonaise, la chambre Louis XVI... Mais celle qui nous intéresse tout particulièrement, c’est la salle mauresque, souvent utilisée pour des jeux de domination orientalisants. Y trônaient chaînes dorées, tentures pour ligotage, et un lit-cage où les corps pouvaient se mêler dans des mises en scène qui n’étaient pas sans rappeler le jeu de rôle BDSM contemporain. Il ne s’agissait pas encore d’un “dungeon”, mais l’imaginaire du pouvoir, de la contrainte, de l’exotisme et de la théâtralité s’y déployait déjà avec génie.

Le Sphinx : art déco et saphisme élégant

Entre fumerie d’opium et salon lesbien

Le Sphinx, situé boulevard Edgar-Quinet, marquait l’apogée des années 1920. Moins institutionnel que le Chabanais, mais tout aussi raffiné, ce lieu mêlait cabaret, bar et maison close. Les femmes y dominaient non seulement les corps mais aussi les esprits : les grandes figures du saphisme s’y retrouvaient, et les mises en scène y étaient souvent teintées de domination féminine.

C’est dans ces salons tapissés d’ocre et de velours que se jouaient des scènes où des clientes, parfois travesties, exploraient des formes précoces de switch ou de cross-dressing, brouillant les genres dans une ambiance de liberté provocatrice.

Le One Two Two : le temple de la mise en scène érotique

Le joyau de la rue de Provence

C’est dans les années 30 que s’ouvre le One Two Two, au 122 rue de Provence. Ce n’était pas seulement une maison close, c’était un théâtre érotique total. Sur trois étages, 22 chambres à thème reconstituaient des ambiances historiques ou exotiques : donjon médiéval, cellule monacale, boudoir XVIIIe, salle de torture à la "Inquisition"...

BDSM avant l’heure ?

Certes, le terme "BDSM" n’était pas encore en circulation, mais les accessoires de contrainte, les scènes de flagellation, les jeux de rôle dominants/dominés, tout cela était bel et bien présent. On y trouvait :

  • Crochets au plafond, pour attacher les bras

  • Fouets, martinets et cravaches en cuir de Russie

  • Mobiliers d’entrave, banquettes à bascule, fauteuils d’immobilisation

  • Costumes, du bourreau à la nonne dépravée, du prince oriental à la soubrette de fer

Ce qui frappait au One Two Two, c’était la maîtrise du récit : tout y était construit pour créer une illusion totale. La dominatrice était parfois actrice, parfois éducatrice, souvent les deux. Et les clients – artistes, avocats, militaires – venaient y jouer des fantasmes où la perte de contrôle était savamment orchestrée.

Du fantasme à la culture BDSM : une filiation à explorer

Il serait anachronique de dire que ces maisons closes pratiquaient du BDSM tel que nous le connaissons aujourd’hui avec ses codes, ses dynamiques de pouvoir explicites, ses consentements négociés. Et pourtant... elles en ont jeté les bases esthétiques et narratives.

Les scénarios codifiés, la mise en scène de la contrainte, le raffinement des accessoires, la valorisation de la domination féminine, tout cela résonne étrangement avec nos pratiques contemporaines. Les maisons closes de luxe ont été des laboratoires érotiques, où se sont inventés des archétypes, des rituels et des décors que la scène BDSM a, bien plus tard, repris à son compte.

Anecdotes croustillantes mais révélatrices

  • Colette, la célèbre autrice, fréquenta ces lieux pour y observer la sexualité féminine et les rôles genrés, nourrissant ainsi ses réflexions littéraires.

  • Mistinguett, star du music-hall, aurait commandé une salle du One Two Two inspirée de ses spectacles, mêlant fouets en strass et menottes à plumes.

  • Marcel Proust, discret client du Chabanais, prenait des notes mentales sur les dynamiques de pouvoir entre courtisanes et clients — l’un des socles de son regard sur la société.

L'héritage d’un érotisme théâtralisé

Les maisons closes de luxe parisiennes n’étaient pas seulement des lieux de prostitution raffinée, elles étaient des cathédrales de l’imaginaire sexuel. En offrant un espace où l’érotisme se vivait dans la mise en scène, la contrainte feinte et le jeu de rôle, elles ont préfiguré bien des pratiques BDSM. Aujourd’hui, certains donjons privés ou clubs fétichistes parisiens revendiquent d’ailleurs cet héritage : velours noir, cage dorée, fauteuils de domination inspirés du Chabanais...

Alors, la prochaine fois que vous entrez dans un playroom stylisé, demandez-vous : n’êtes-vous pas, au fond, les héritiers d’un art de vivre disparu – celui des plaisirs orchestrés, du vice majestueux et de la servitude en soie ?


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A propos du groupe
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Créateur

Un groupe pour tous ceux et celles qui s'intéressent aux maisons closes de luxe (La Chabanais, Le Sphinx, Le One Two Two...) leur histoire, décoration, accessoires, anecdotes... et bien entendu à l'aspect BDSM !

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La Maison où l'on passe...
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Où l'on passe et où l'on repasse !
J'aime 14/09/25
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CoupleBDSM
Document d'une qualité médiocre mais intéressant...
J'aime 08/08/25
CoupleBDSM
Bertie, le fils de la reine Victoria, n'aimait que le Mumm Cordon Rouge...
J'aime 08/08/25
CoupleBDSM
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Notre maison a une excellente réputation...
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CoupleBDSM
Notez la grosse lampe rouge sur l'angle à droite, caractéristique d'une maison close...
J'aime 03/08/25
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CoupleBDSM
Avec une préférence marquée pour la lampe située sur la gauche...
J'aime 25/05/25
CoupleBDSM
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Réplique de la chaise sexuelle du roi Édouard VII Il n'existe que trois exemplaires de la chaise sexuelle du roi Édouard VII. L’une se trouve au Musée du sexe à Prague, une autre a été vendue en 2020 à la Nouvelle-Orléans, le troisième exemplaire est la chaise originale, propriétaire aujourd'hui d'un descendant du fabricant Louis Soubrier. En 1890, le constructeur de meubles Louis Soubrier a fait livrer cette commande insolite au Chabanais. Le commanditaire n’était autre que le roi britannique Édouard VII, connu pour son grand appétit sexuel. La chaise avait été conçue sur les mesures du futur souverain et avait pour but de lui permettre d’avoir des relations avec plusieurs femmes à la fois. Le roi Édouard VII avait une certaine corpulence et en se positionnant sur la chaise, il évitait à ses partenaires de devoir subir son poids.
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Un fauteuil incurvé avec toutes les caractéristiques du style Louis XVI...
J'aime 20/04/25 Edité
CoupleBDSM
L'avatar du groupe "Maisons closes de luxe & BDSM" est une photo de la véritable chaise...
J'aime 20/04/25
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Les maisons, ce n'est pas que pour les hommes
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CoupleBDSM
"Les maisons, ce n'est pas que pour les hommes" titre un peu rapide. Les ordonnances de police interdisaient de recevoir des femmes seules, mais pas des couples... Certaines arriver habillées en homme avec leur mari ou leur amant. Le Boeuf à la ficelle, le restaurant du One Two Two était ouvert à tous et à toutes. Quelques-unes montaient ensuite... Ainsi Martine Carol, Audrey Hepburn, Marlene Dietrich...
J'aime 05/04/25
vlad_t666
"N’entrez jamais dans un bordel pour demander une tribade quand vous n’avez pas vingt francs sur vous." Pierre Louÿs Manuel de civilité pour les petites filles à l’usage des maisons d’éducation (1919) wikisource.org/wiki/Livre:Louÿs_-_Manuel_de_civilité_pour_les_petites_filles,_1998.djvuPierre Louÿs Manuel de civilité pour les petites filles à l’usage des maisons d’éducation (1919)
J'aime 05/04/25 Edité
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La chambre Transatlantique du One Two Two
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Avec la chaise longue sur le pont... Et la bouée au nom du paquebot "La Provence"...
J'aime 05/04/25
vlad_t666
Ah les belles maisons d'antan : le Chabanais, le one-two-two... le one-two-two était situé 122 rue de Provence d'où le nom sur la bouée...
J'aime 05/04/25
CoupleBDSM
C'est bien plus logique ! Merci vlad_t666
J'aime 05/04/25
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CoupleBDSM
Années 30, le Sphinx ou le Chabanais...
J'aime 26/03/23
Merci pour cette si fabuleuse compilation d'information. L'épilation des aisselles n'était pas le standard, savoir vivre. Chapeau bas !
J'aime 05/04/25
CoupleBDSM
Merci à vous Alain33 ! N'hésitez pas à faire des commentaires
J'aime 05/04/25
CoupleBDSM
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Vers 1900...
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vlad_t666
les belles dames du temps jadis...
J'aime 22/02/25
CoupleBDSM
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Quelques adresses parisiennes...
2 personnes aiment ça.
vlad_t666
Hélas la "Veuve qui clôt" est passée par là !
J'aime 15/02/25
CoupleBDSM
Un jour d'infamie !
J'aime 16/02/25
CoupleBDSM
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Quelle tenue souhaitez-vous faire porter ?
CoupleBDSM
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Quelques tarifs...
7 personnes aiment ça.
CoupleBDSM
Excellent le "voyage en terre jaune" !
J'aime 09/02/24
Alchemist
Les anglais débarquent tous les 28 jours...
J'aime 09/02/24
CoupleBDSM
Historiquement, les soldats anglais étaient "les habits rouges"
J'aime 09/02/24
Dominants07
C'était très précis et détaillé, avec l'argot de l'époque 😊
J'aime 14/09/24
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La fameuse baignoire en action
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CoupleBDSM
Vendue aux enchères par Maurice Rheims à la fermeture du Chabanais, puis utilisée par Salvador Dali comme pot de fleurs...
J'aime 24/08/24
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La canne idéale pour se rendre dans une maison...
10 personnes aiment ça.
Fabuleux! Qui oserait l'utiliser au quotidien de nos jours ?
J'aime 06/02/24
CoupleBDSM
Moi !
J'aime 08/03/24
CoupleBDSM
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La chambre africaine au One Two Two
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L'entrée du Chabanais en 1936
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Nous avons de nouvelles pensionnaire...
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Les maisons closes de Paris (Alphonse Boudard) https://youtu.be/n6_MzZP60fA
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The Bordello (Lee Dubin)
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Bonne ambiance...
J'aime 14/07/24
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