par le 28/04/26
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J’ai parfois l’impression qu’ici, comme ailleurs hélas, les personnes ont du mal à ne pas attribuer un sens différent aux mots que ce qu’est leur définition officielle.

Les mots ont un sens et il faut le respecter.

Les mots, c’est complexe. Chacun en a une vision un peu personnelle forgée par sa propre histoire. SI je dis le mot “maison” mon interlocuteur visualisera dans son esprit  une maison avec les attributs qu’il considère de base pour le bâtiment. Et cette maison qu’il visualisera ne ressemblera pas du tout à celle à laquelle je pensais. Il est donc impératif de préciser un minima des caractéristiques de la maison, pour que l'interlocuteur visualise quelque chose d’approchant.

Donc non seulement le mot a un sens, une maison n’est pas un immeuble, mais sans un minimum de détail la maison de l’un n’est pas la maison de l’autre. C’est la base de la communication entre un Emetteur et un Récepteur.

Échanger sur le BDSM demande de faire attention à ce que l’on dit car sur un mot qui a le même sens pour tous la projection que chacun s’en fait est souvent bien plus que différente.

Il y a une part forte de subjectivité dans tout ce que l’on perçoit, ce que l’on a vécu. Aussi le simple mot “fessée”, j’en suis certaine, n’est pas visualisé à l’identique. 

Certains en verront la conséquence : des fesses plus ou moins rougies. D’autres penseront en premier à une posture précise. D’autres encore penseront au sentiment de honte d’une fessée publique surgit de son vécu.

Bien sûr rappeler cela c’est un peu défoncer des portes ouvertes. Mais c’est hallucinant de voir à quels points beaucoup n’en ont absolument pas conscience et ne comprennent même pas que l’on peut avoir une vision totalement différente lorsqu’ils formulent de façon basique une idée.

Pour illustrer cela, je me souviens d'un échange bref mais très révélateur avec un membre.

- Moi je suis un sadique, j’aime posséder et faire mal.

N’étant pas maso, mais ayant assisté à quelques séances purement SM, je voyais déjà cet homme chercher à clouer les lèvres de la femme à une planche, et je me revois me cacher les yeux et me détourner de la scène. Mais comme j’essaie de comprendre ce qu’il entend, je lui exprime ce que je visualisais et lui demandais si c’était cela. Sa réponse a été cinglante.

- Mais t’es conne ou quoi ? Suis pas un taré moi je kiffe avec de la cire sur les seins.

Bref, ce monsieur utilise des mots de "haute intensité" pour décrire une pratique de "découverte". Résultat ? Un dialogue de sourds et une agression verbale en prime. Les mots ont un sens, et il est nécessaire de le préciser pour être compris, sous peine de passer pour un fou... ou pour un ignorant.
Si je prends la définition du dictionnaire, ce sont deux notions très différentes. Mais BEAUCOUP de messieurs ont envie d’en faire une seule. Il est possible d’inverser le propos avec la différence entre un Maître et un Dominant.

Je conçois l’aspect fantasmagorique que l’on peut mettre derrière des mots, mais si l’on souhaite une rencontre faisons l’effort d’utiliser les bons mots, éventuellement de mieux les définir pour parler de la même chose.

En BDSM, il y a un fondement. La soumise et l’esclave. 

Pour simplifier, si je prends la définition du dictionnaire, ce sont deux notions très différentes. (Je vais simplifier à l'extrême car cela mérite bien plus que quelques lignes). 

  • L'une consent à obéir dans un cadre (reste à déterminer comment s’est créé ce cadre). L’objectif partagé est le plaisir de chacun.

  • L'autre appartient à l'autre. Le rôle de l’esclave est de servir son propriétaire pour le plaisir de ce dernier. L'esclave prenant plaisir de cet état.

Pourtant, BEAUCOUP de messieurs ont une envie pressante d’en faire une seule et même chose, que ce soit par paresse intellectuelle ou par fantasme mal dégrossi.

Il en va de même pour la différence entre un Maître et un Dominant. Ce qui fait un tout aussi long débat

Je ne parle bien évidemment pas de ceux qui vont déjà conclure : “Rien à péter de ces conneries d’intello, je veux juste baiser parce que dans la vraie vie personne ne veut m’obéir”.

Pour les autres, je conçois tout à fait l'aspect fantasmagorique que l'on peut mettre derrière ces termes. On a le droit de rêver en grand ! Mais si l’on souhaite une rencontre réelle, faisons l’effort d’utiliser les bons mots. Que très rapidement il soit possible pour chacun d’entrevoir un peu le fond de la recherche. Utiliser un vocabulaire "Hard" pour une pratique "Soft" (ou inversement) n'est pas un signe de puissance, c'est un signe d'immaturité technique. Et je ne parle pas encore ici de la subjectivité de ces mots en dehors ds fils pornos.

Je pense qu’être précis dans les échanges c’est d’une certaine façon être sexy. On me dira peut-être que sortir le dictionnaire avant de sortir les cordes tue la magie. Je pense exactement le contraire. La précision est l'anti-tue-l'amour par excellence. Rien ne brise plus l'ambiance qu'un "Ah non, je ne voulais pas dire ça" en plein milieu d'une montée en tension.

Préciser ses mots, ce n'est pas remplir un formulaire administratif, c'est peindre le décor de son futur plaisir. C’est donner à l’autre les clés de son univers pour qu’il puisse s’y installer sans casser les meubles.

Alors, de grâce, avant de vous déclarer "Maître absolu", "Sadique fini", “Daddy”, “Esclave”, “Soumise” ou “Little” ou tout autre qualitatif,  demandez-vous quelle couleur a votre "maison". Et surtout, prenez le temps de nous la décrire. La sémantique est le premier des préliminaires.

 

Posté dans: Lexique/Definitions
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Effrontée
Bonjour, je me reconnais vraiment dans vos mots, bien choisis.
J'aime 28/04/26
Méridienne d'un soir
Bonjour Obscure et bravo pour vos mots, empreints de justesse, de clarté et de conseils. À méditer. 🌹.
J'aime 28/04/26
Ce résumé est utile. Nouveau dans le BDSM, j'ai du choisir un pseudo et j'ai pris Esclave 80, pensant qu'il était fort et très provocant. J'ai ensuite découvert que ce terme d'esclave a pris une signification précise qui ne me correspond pas, avec une rôle permenanence et exclusivité que je n'accepte pas. Si j'avais été initié j'aurais plutôt pris Soumis 80 - encore que je me vois devenir Switch....1f60f.png Je ne cherche pas "un plan cul", mais à faire rougir décemment, si j'ose dire, mes fesses et mon dos. 1f642.png
J'aime 28/04/26 Edité
sylvie35
Les mots sont des récipients que chacun remplit avec son vécu et ses émotions. C'est le grand paradoxe de la communication: même en utilisant des dictionnaires identiques, nos mondes intérieurs sont différents. Nous avons tendance à partir du principe que l'autre possède les mêmes informations de base que nous, le même référentiel, ce qui en réalité n'est jamais le cas. S'accorder tant que faire se peut sur les définitions des termes importants va dans le bon sens. Ensuite, il me semble qu'on ne peut jamais comprendre l'autre si on n'accepte pas d'y consacrer du temps: faire l'effort de lire, ou d'écouter, pour entrer dans le système de valeurs de l'interlocuteur. Quand un Dom me disait "moi je n'aime pas discuter, je n'aime pas écrire", quand la communication se résumait à quelques affirmations lapidaires et une vague checklist, la sonnette d'alarme se déclenchait immédiatement 🙂
J'aime 28/04/26