Méridienne d'un soir
par le Il y a 10 heure(s)
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"J'ai vu un ange dans le marbre et j'ai seulement ciselé jusqu'à l'en libérer". Seul son génie dépasse les limites humaines. Il serait unique au monde, s’il n’y avait Platon. Comme a fait la dialectique du philosophe, l’esthétique de l’artiste dégage des choses sensibles l’Idée, qui est l’essence même de leur existence, et Michel-Ange donne à cette idée la forme plastique. Poussant l'art à la démesure dans la sculpture, l’architecture, la peinture mais aussi dans la poésie, indépendant et intransigeant, Michel-Ange est considéré comme le plus grand génie artistique du XVIème siècle. Il connut la gloire et la fortune de son vivant et se démarqua par sa longévité, sa force créatrice et son esprit frondeur. Prodige de la Renaissance italienne, le maître est d'abord un sculpteur virtuose du marbre, mais il s'est aussi illustré en tant que peintre du Vatican, notamment dans la chapelle Sixtine. Grand humaniste et passionné d'anatomie, Michel-Ange n'a pas hésité à représenter des nudités païennes dans ses grandes fresques religieuses, au point d'être parfois jugé scandaleux dans son temps. Cet infatigable travailleur et admirateur de l'antiquité, également architecte, a donné naissance à quelques-unes des plus grandes œuvres de la Renaissance. L'Histoire a offert à la postérité l’image de Michel-Ange (1475-1564) comme artiste idéal, affranchi de sa conditiond’artisan et rivalisant avec les personnages les plus influents de son temps, voire avec Dieu lui-même. Pourtant, sa vie comme son art sont profondément marqués par les figures de la captivité, de la sujétion, du labeur et de lasouffrance, qui émergent en particulier à l’occasion de la décoration, entre 1508 et 1512, de la voûte de la chapelle Sixtine à la demande du pape Jules II. La perception que Michel-Ange a de lui-même en esclave entre alors entension avec l’affirmation progressive de son statut de faiseur d’images "divines". L’analyse de ce phénomène permet ainsi d’approcher sous un angle inédit les mécanismes poétiques de l’art de Michel-Ange, qui fluctuent, de manière constante, entre l’orgueil de l’artiste divin et l’humilité de la créature de Dieu. Michelangelo di Lodovico Buonarroti Simoni, plus connu sous le nom de Michel-Ange, sculpteur et peintre, mais aussi poète, gouverneur et procurateur général des fortifications de Florence (1528), architecte de la basilique Saint-Pierre de Rome et du Palais Farnèse a cumulé d’importantes responsabilités confiées par les plus hauts dignitaires de la papauté. Il a laissé une œuvre considérable, inégalée dans l’histoire de l’art, démontrant par là, l’extraordinaire étendue de ses talents d’exception. Michel-Ange, très tôt, se passionne pour l’anatomie du corps humain qu’il étudie à l’hôpital Santo Spirito de Florence. Il en sublime les postures et mouvements en soumettant son art de la sculpture à certaines distorsions esthétiques pour isoler et mettre en relief, tel ou tel trait d’expression. Il prélève un geste, un affect, une mimique dans l’image. L’extraction de blocs de pierre monumentale issus pour la plupart des carrières de marbre de Carrare, exige des solutions techniques d’une grande ingéniosité, tout comme une logistique des transports que Michel-Ange parvient à maîtriser pour assurer la réalisation de ses imposants chefs d’œuvre. La grandeur des sculptures qui souvent, dépassent de loin la taille humaine est proportionnelle à l’élévation spirituelle de l’âme dans une époque qui magnifie la gloire de Dieu en multipliant à l'infini les signes de religiosité catholique sur les lieux de la souveraineté papale.

 

Nous savons que le jeune garçon démontra un talent réellement précoce pour le dessin en portant en lui l'ambition de dépasser ses maîtres, provoquant d'innombrables jalousies parmi ses camarades. Il naît en Toscane, dans une petite ville nommée Caprese le six mars 1475. Il est accueilli à l'âge de quatorze ans au palais de Laurent de Médicis, grand protecteur des arts et des lettres de Florence. C'est le début d'un apprentissage artistique effectué de manière quasi autodidacte. Il rencontre les futurs papes, commanditaires de ses plus grandes œuvres. Bousculant les principes traditionnels de l'art, il est rapidement consacré et surnommé "le Divin". On lui doit la Pietà de la basilique Saint Pierre au Vatican, les sculptures de David et de Moïse, une fresque narrant la Création sur la voûte de la chapelle Sixtine, ainsi que le célèbre Jugement dernier sur le mur de l'autel de cette même chapelle. Cette dernière œuvre a suscité à l'époque de vives polémiques : la nudité joyeuse des personnages choquait. Achevée en 1541, elle a été retouchée en 1564 afin de rhabiller ces protagonistes sacrés. Seuls Raphaël et Léonard de Vinci, ses contemporains, ont pu rivaliser avec ce génie de la Renaissance. Ce fut dans l'atelier de Ghirlandajo qu'entra Michel-Ange, le premier avril 1488. Il y entrait pour trois ans et le maître, contrairement aux usages, s'engageait à payer pour ce temps vingt-quatre florins d'or à l'élève. Il y apprit l'art du dessin le plus rapidement du monde et ayant trouvé une estampe du maître graveur de Colmar, Martin Schœn, Saint Antoine battu par les démons, il la copia et de lui-même il la mit en couleur. II attirait ses premiers envieux avant d'avoir produit sa première œuvre. Ghirlandajo lui-même s'en troublait, et d'un coup de poing le jaloux et violent Torrigiani lui faisait au nez une cassure qui devait pour la vie marquer son dur visage d'un accent plus sauvage encore. Michel-Ange abandonne rapidement l'atelier pour se consacrer alors à la sculpture.

 

Le jeune homme, débordant d'ambition créatrice et d'énergie intellectuelle, cherchait à perfectionner son talent. Il allait rencontrer de façon heureuse sur son chemin, un homme très influent, maître de Florence, fin lettré et mécène. Laurent de Médicis venait de fonder dans son palais une école de sculpture dont il avait confié la direction à un élève de Donatello, Bertoldo. Il demanda des élèves à Ghirlandajo, et le peintre lui envoya alors Granacei et Michel-Ange.Michel-Ange entra à l'école du Magnifique en 1489 sans avoir terminé son apprentissage de peintre. Il pénétra dans les jardins de Saint-Marc et, lui qui allait créer un art nouveau à l'encontre de l'art antique, il fut si surpris d'admiration devant les statues grecques collectionnées par les Médicis, qu'il se promit aussitôt d'être un sculpteur. Il copia d'abord un "Masque de Faune", et Laurent, dès qu'il le vit, en fut satisfait à tel point qu'il reçut l'artiste familièrement à sa table et lui fit donner cinq ducats par mois. Mais Laurent le Magnifique mourut bien vite, en 1492, et Michel-Ange s'éloigna des Médicis. Il retourna chez son père où il composa une figure d'Hercule qui appartint aux Strozzi jusqu'en 1529, elle fut achetée alors par Gian Battista della Palla pour le compte de François Ier et est hélas aujourd'hui disparue. Les dix années qui passent de 1495 à 1505 marquent la période heureuse et tranquille de la vie de Michel-Ange, et pendant ce temps toute la sérénité de sa vie se reflète dans son œuvre. À vingt ans, il a la possession de son art. Il est célèbre et, sorti des tracasseries de l'école, ni les hommes ni les choses ne lui sont encore fâcheux. Le vingt-cinq juin 1496, Michel-Ange arrive à Rome, dans cette Rome éternelle qu'il allait grandir en l'emplissant de sa pensée. Il y resta jusqu'en 1501. De retour à Florence, en 1501, il confirme son talent avec la statue de David, extraite d'un bloc de marbre de près de trois tonnes et cinq mètres de haut, et gagne la faveur du souverain le plus emblématique de la Renaissance italienne, le pape Jules II. Cet homme puissant séduisit Michel-Ange qui, attiré par lui, revint à Rome en 1505. Il semblait que quelque chose de grand dût naître à la rencontre de ces deux intelligences, et Michel-Ange fut ému de joie quand au mois d'avril de cette année Jules Il lui commanda son monumental tombeau. En 1508, le pape exige de Michel-Ange qu'il décore d'une immense fresque la voûte de la chapelle Sixtine. Refus. Il est sculpteur et non peintre. Mais il a beau fuir, il est rattrapé et placé au pied du mur. Ce sera son œuvre maîtresse. Il s'y épuisera pendant quatre ans, perché seul sur les échafaudages dans des conditions pour le moins inconfortables. Chargé à l'origine de représenter les douze apôtres, le peintre profite des mille mètres carrés de surface pour proposer alors un thème plus ambitieux représentant les grands épisodes de la Genèse. Le plafond de la voûte sera achevé à la Toussaint 1512.

 

 

Ce fut la fin d'un chantier titanesque, digne d'un travail herculéen, symbolisant le génie universel de l'artiste au talent"divin". De retour à Florence, auprès des Médicis, le peintre travaille à leur tombeau, au couvent de San Lorenzo. Le nouveau pape a vite fait de pardonner ses infidélités à Michel-Ange. Il commande lui aussi son tombeau à l'artiste, puis une nouvelle fresque pour le mur de l'autel de la chapelle Sixtine. Ce sera le grandiose "Jugement dernier". Il fut seul exécuté et terminé en 1541 après un travail ininterrompu de près de huit ans. Cette fresque terrible et colossale, de dix-sept mètres de haut et de treize mètres de large, décorait le fond de la chapelle Sixtine avec ses onze parties ou ses onze scènes dont huit se passaient au ciel et trois sur la terre. "Les Squelettes sortant de leurs tombeaux", "La Caverne du Purgatoire" et "La Barque ailée de Caron". Elle souleva des admirations et des discussions bruyantes. Entretemps,la chrétienté a basculé subitement dans une nouvelle ère avec les déchirements de la Réforme luthérienne. L'optimisme de la Renaissance a vécu. Michel-Ange exprime ce basculement à travers les corps torturés et contorsionnés de cette fresque, qui expriment son attachement aux traditions de l’art antique et enfin sa vision sombre du destin de l’humanité. Ce fut vers 1538, pendant qu'il était absorbé par son Jugement dernier, que Michel-Ange rencontra alors la marquise de Pescaïre, cette exquise Vittoria Colonna, créature toute supérieure, qui fut pour lui l'objet d'une tendresse infiniment respectueuse et douce où il reposa son âme lassée. Veuve à trente-cinq ans du marquis de Pescaire mort en 1525 des suites d'une blessure reçue à Pavie et qu'elle avait aimé passionnément, Vittoria, pleine de son souvenir, avait vécu d'abord à Naples et à Ischia, puis elle était partie pour Ferrare dont le climat fut dangereux pour elle et d'où elle revenait quand elle rencontra Michel-Ange à Rome. Depuis lors, qu'elle fuit à Rome ou qu'elle s'éloignât jusqu'à Viterbe, elle vécut dans une constante intimité d'intelligence et de cœur avec ce grand homme. Même si l'homosexualité de l'artiste ne fait plus mystère aujourd'hui, et ne pose plus problème, il n'en a longtemps pas été de même, son premier biographe parlant plutôt d'asexualité, faisant référence à Platon. Michel-Ange aima Tommaso dei Cavalieri, gentilhomme romain, jeune et passionné pour l’art. Il fit sur un carton son portrait grandeur nature, le seul portrait qu’il ait dessiné car il avait horreur de copier une personne vivante, à moins qu’elle ne fût d’une incomparable beauté. Ce qui était le cas pour le modèle.

 

 

Avec l'âge, la maturité, la plastique de sa création évolue. L'artiste se dirige vers une forme moins travaillée de son œuvre. C'est le non-finito, qui joue sur la matière même du marbre en la laissant par endroits à peine dégrossie, d'une façon plutôt moderne. Il va aussi s'engager dans de vastes projets architecturaux et urbanistiques: la place du Capitole, siège du Sénat de la ville, et la reconstruction de la basilique Saint-Pierre de Rome, délaissée depuis la mort de Bramante, trente-deux ansplus tôt. À soixante-douze ans, Michel-Ange remanie les plans de son ancien rival et dessine une majestueuse coupole. il est chargé d'une œuvre énorme qui, plus que toute autre peut-être, allait lui attirer des contrariétés et des ennemis. San Gallo étant mort, Paul III nomme Michel-Ange architecte de Saint-Pierre, le quatre janvier 1547, avec la faculté pour lui d'en modifier le plan à son gré. Michel-Ange accepta la charge en en refusant le traitement et en commençant par mettre fin à tous les trafics qui s'agitaient autour de cette colossale entreprise : le plan primitif de Saint-Pierre, celui de Bramante, était une croix grecque. Raphaël en avait fait une croix latine. Baldassare Peruzzi avait repris le plan de Bramante et San Gallocelui de Raphaël en le compliquant. Michel-Ange simplifia tout et revint à la croix grecque. Depuis longtemps tous les maîtres de la Renaissance étaient morts. Seul le plus grand, Michel-Ange, avait survécu, grand jusqu'à la fin. Ses derniers ouvrages sont l'église San Giovanni de Fiorentini à Rome, la porte Pia de Rome, la transformation d'une salle des Thermes de Dioclétien en l'église Santa Maria degli Angeli. Michel-Ange souffrait de la pierre. le quatorze février 1564, se trouvant fatigué, il ne put monter à cheval comme il en avait l'habitude. Puis se sentant plus malade, il demanda à Daniel de Volterre d'écrire à son neveu Leonardo de venir auprès de lui, il dicta à Daniel de Volterre et à Tomaso de Cavalieri ce testament :"Je donne mon âme à Dieu, mon corps à la terre et mes biens à mes plus proches parents", en priant qu'on lui parlât de la Passion tandis qu'il serait près de mourir et il mourut dans la maison qu'il habitait au pied du Capitole, via delle tre pile, le samedi dix-huit février 1564, à l'âge de quatre-vingt-huit ans. L'émotion fut grande à Rome et l'on s'apprêta à l'enterrer en grande pompe à Saint-Pierre, mais Michel-Ange avait demandé à reposer à Florence, Leonardo dut, pour ne pas soulever les Romains, emmener son corps à la dérobée, à Florence des funérailles magnifiques lui furent faites à San Lorenzo et son mausolée fut élevé à Santa Croce sur les dessins de Vasari par Giovanni dell' Opera, Cioli et Lorenzi. À contempler l'œuvre colossal de Michel-Ange, sculpteur, peintre, et architecte enfin, mais seulement à l'heure tardive où il se sent en possession définitive de l'art, l'auteur des "Tombeaux des Médicis", de la "Chapelle Sixtine" et du "Dôme de Saint-Pierre" apparaît comme le plus grand créateur d'art des temps modernes. Ayant reçu de la beauté antique une révélation de l'art, il lui donne une forme nouvelle et à la suite de la formule plastique des anciens il trouve la formule humaine des modernes.

 

Bibliographie et références :

 

- Giulio Carlo Argan, "Michel-Ange architecte"

- Giovanni Papini, "Michel-Ange, le génie universel"

- Charles de Tolnay, "Michel-Ange"

- Irving Stone, "La vie ardente de Michel-Ange"

- Lutz Heusinger, "Michel-Ange"

- Michel Orcel, "Michel-Ange, Poésies"

- Marcel Brion, "Michel-Ange"

- Charles Sala, "Michel-Ange, sculpteur, peintre, architecte"

- Catherine Scheck, "Michel-Ange"

- Antonio Forcellino, "Michel-Ange, une vie inquiète"

- John T. Spike, "La jeunesse de Michel-Ange"

 

Bonne lecture à toutes et à tous.

Méridienne d'un soir.

Thèmes: littérature
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