Chapitre 1 — La convocation
La pluie tombait doucement sur les vitres de l’appartement lorsque Céline reçut le message.
Demain. 19h. Hammam d’Orient.
Tu viendras seule.
Nue sous une robe.
Et tu regarderas tout ce que je t’ordonnerai de regarder. Élise
Céline sentit immédiatement la chaleur lui monter au ventre.
Depuis plusieurs jours, elle vivait encore avec le souvenir de sa dernière punition. L’absence. Le silence imposé par Élise. Aucun message. Aucun ordre. Aucun regard.
Pour Céline, cette distance avait été bien plus douloureuse qu’une fessée.
Elle relut le message plusieurs fois avant de répondre :
Oui Maîtresse.
La réponse arriva aussitôt.
Tu apprendras demain ce qu’est l’obéissance complète.
Le lendemain soir, le hammam baignait dans une lumière ambrée.
Des lanternes orientales diffusaient des halos rouges et dorés à travers la vapeur épaisse. L’air était lourd, humide, parfumé à l’eucalyptus et au bois chaud.
Céline tremblait légèrement lorsqu’elle franchit les portes du vestiaire.
Sous sa robe, elle était nue comme exigé.
Elle aperçut Élise déjà installée dans la salle principale du hammam. Assise nue avec une élégance calme sur la pierre chaude, jambes croisées, elle semblait parfaitement à sa place dans cette chaleur étouffante.
Autoritaire. Sereine.
Magnifique.
Élise leva lentement les yeux vers elle.
— Approche.
Céline obéit immédiatement.
— Plus près.
Elle s’avança jusqu’à sentir la chaleur du corps d’Élise.
— Deshabille toi et à genoux.
Céline posa les genoux sur la pierre humide.
— Regarde-moi.
Elle leva les yeux.
Le regard d’Élise était ferme, pénétrant, mais jamais cruel.
— Tu sais pourquoi tu es ici ?
— Pour apprendre à obéir, Maîtresse.
— Exactement.
Élise caressa doucement les cheveux de Céline avant de refermer sa main derrière sa nuque.
— Et ce soir… tu ne détourneras jamais les yeux de ce que je déciderai de te montrer.
— Oui Maîtresse.
— Même si cela t’est difficile.
— Oui Maîtresse.
— Même si tu ressens de la jalousie.
Le souffle de Céline vacilla légèrement.
— Oui Maîtresse…
Élise sourit faiblement.
— Bien.
Puis elle relâcha sa nuque.
Autour d’elles, quelques silhouettes nues circulaient lentement dans la vapeur. Le lieu était calme, presque irréel.
C’est alors que trois personnes entrèrent dans la salle chaude.
Deux hommes très grands, massifs, aux épaules larges, suivis d’une femme à la peau dorée par la chaleur du hammam.
Les regards se croisèrent.
Élise demeura parfaitement détendue.
Comme si elle avait prévu leur arrivée.
La femme s’approcha la première avec un sourire tranquille.
— Toujours aussi élégante, Élise.
— Toujours aussi en retard, répondit Élise calmement.
Les deux hommes échangèrent un regard amusé avant de s’installer autour d’elle avec une aisance presque animale.
Céline sentit immédiatement un mélange de fascination et de malaise lui traverser la poitrine.
Élise tourna la tête vers elle.
— Tu regardes.
— Oui Maîtresse.
La femme vint s’asseoir près d’Élise. Lentement, Élise posa une main ferme sur sa cuisse avant de lui donner une claque sèche sur les fesses.
Le bruit résonna dans la vapeur.
La femme eut un léger rire surpris.
Un des hommes passa alors derrière Élise et posa les mains sur ses hanches avec assurance. L’autre effleura son bras avant de déposer un baiser lent contre sa nuque.
Céline sentit son ventre se nouer.
Élise, pourtant, gardait ce contrôle absolu qui la rendait si troublante.
Elle attrapa le menton de la femme.
— Tiens-toi droite.
— Oui.
Nouvelle claque sur les fesses.
Plus forte.
La chaleur semblait monter d’un cran dans le hammam.
Les corps se rapprochaient. Les souffles devenaient plus lourds.
L’homme derrière Élise lui donna lui aussi une tape ferme sur les reins, puis une autre, plus sonore encore. Élise ne broncha presque pas.
Au contraire.
Elle ferma les yeux une seconde comme pour savourer l’instant.
Céline observait tout.
Obligée.
Immobile.
Son cœur battait beaucoup trop vite.
L’autre homme embrassait maintenant l’épaule d’Élise tandis que la femme riait doucement sous les claques autoritaires qu’elle recevait.
Tout semblait tourner autour d’Élise.
Son assurance.
Son pouvoir.
Sa présence.
Et Céline sentit alors une jalousie brutale lui serrer la gorge.
Elle baissa les yeux.
À peine une seconde.
Mais une seconde suffisait.
Le silence tomba immédiatement.
Élise se redressa lentement.
Très lentement.
Puis tourna la tête vers Céline.
— Regarde-moi.
La voix était calme.
Bien plus inquiétante ainsi.
Céline releva immédiatement les yeux.
— Qu’est-ce que je t’avais ordonné ?
— De… de regarder, Maîtresse…
— Et qu’as-tu fait ?
— J’ai baissé les yeux… Maîtresse…
Les trois autres observaient maintenant la scène sans parler.
Élise se leva.
Chaque pas résonnait doucement sur la pierre humide.
Puis elle s’arrêta devant Céline.
— Debout.
Céline obéit aussitôt.
Élise approcha son visage du sien.
— Tu crois que l’obéissance existe seulement quand c’est facile ?
— Non Maîtresse…
— Tu crois que tu peux choisir les moments où tu supportes mes ordres ?
— Non Maîtresse…
Élise posa une main ferme sous son menton.
— Alors tu vas apprendre.
Le silence du hammam devint écrasant.
Céline sentit tous les regards sur elle.
Et pourtant… plus que la honte… elle ressentait surtout le besoin désespéré de regagner la fierté d’Élise.
Élise la fixa encore quelques secondes.
Puis :
— À genoux.
Céline s’exécuta immédiatement.
— Tu vas rester là.
Tu vas regarder.
Et cette fois… tu ne détourneras plus les yeux.
— Oui Maîtresse.
Élise la contempla un instant avant de retourner auprès des trois autres.
La vapeur enveloppa de nouveau les corps.
Les rires étouffés.
Les gestes lents.
Les mains qui parcouraient des épaules humides.
Et cette fois, malgré le feu dans sa poitrine, malgré la jalousie qui lui brûlait le ventre…
Céline ne baissa plus jamais les yeux.

