sylvie35
par le Il y a 19 heure(s)
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Au-dessus
de Davos,

berceau
des Young Leaders,

flottaient
trois Lunes.

Non de pierre.

Non de glace.

De métal.

Elles demeuraient
suspendues
par la science
des hommes.

Mais
ce qui est suspendu
n'est pas toujours
élevé.

Dans leurs flancs
de titane,

les maîtres 
des consciences

dessinaient
l'âme

qu'ils voulaient 
donner 
au monde.

Ils nommaient cela
le progrès.

Ils croyaient
qu'un homme pouvait
être réécrit
comme un livre.

Ils enfermèrent
les pensées
dans le confort
du conformisme.

Ils imposèrent
à chacun
la manière juste
de parler.

Puis
la manière juste
de penser.

Enfin
la manière juste
de se souvenir.

Lorsqu'il ne resta
plus rien à imposer,

ils proclamèrent
le triomphe
du camp du bien.

On ne brûlait plus
les livres.

On apprenait
à leurs lecteurs
qu'ils ne les avaient
jamais compris.

On ne condamnait plus
les paroles.

Elles mouraient
avant d'être prononcées.

La peur
avait changé de métier.

Elle n'arrêtait plus
les hommes.

Elle habitait
leurs phrases.

Elle corrigeait
leurs silences.

Elle choisissait
leurs hésitations.

Chaque citoyen
surveillait son voisin.

Puis lui-même.

Enfin
ses propres pensées.

Les chaînes invisibles
sont les plus solides.

Un jour,

une femme
fut convoquée
dans la Lune rouge.

Ce jour-là,
on lui avait retiré
son Maître.

Ils croyaient
lui avoir tout pris.

Ils ignoraient
qu'on ne sépare pas
une source
de son eau.

Ce qui est choisi
demeure.

Ce qui est imposé
attend seulement
le jour
où il tombera.

Elle se nommait
Ysideulte,

un prénom
que personne
n'avait jamais porté.

Elle semblait
plus fragile
qu'un rameau
au printemps.

Ils ignoraient
que déjà
naissait en elle
un souffle.

Un souffle
qui ne devait rien
à la colère.

Un souffle
qui ne demandait
aucune victoire.

Le souffle
de la résistance.

Ce souffle
n'était pas
le sien.

Il venait
de plus loin
qu'elle.

Les puissants
ne craignent pas
ce qui semble fragile.

Ils comprennent
la peur.

Ils comprennent
le désir.

Ils comprennent
l'ambition.

Ils ne comprennent pas
celle
qui préfère perdre
plutôt que trahir.

Ils oublient
que celle qui se soumet

librement

devient plus difficile
à gouverner
que celle
qui se croit libre.

Autour des Lunes,

des canons
veillaient.

Le fer
protège du fer.

Il ne protège pas
de la vérité.

On disait
qu'un être insaisissable
marchait
auprès d'Ysideulte.

Un pangolin fou.

Personne
ne l'avait vu.

Peut-être
était-ce un ange.

Peut-être
une machine.

Peut-être
une idée
qui ne voulait pas mourir.

Quelle différence

pour celui
qui ne peut
être atteint ?

La flèche
atteint le corps.

Le décret
atteint la foule.

Le mensonge
atteint la mémoire.

Mais rien
n'atteint
l'esprit
qui ne dépend
de rien.

Les maîtres des consciences
voulaient écrire
l'homme nouveau.

Ils ignoraient

que l'homme
n'est jamais
l'œuvre de l'homme.

Alors

la panique
parcourut les Lunes.

Les canons
cherchèrent
un ennemi.

Ils ne trouvèrent
que leur propre peur.

Le fer
sait frapper
le fer.

Il ignore
où demeure
l'esprit.

Quand Ysideulte
quitta la montagne,

deux Lunes
flottaient encore.

La troisième
avait choisi
la terre.

Pourtant,

la femme
n'avait livré
aucune bataille.

Elle ne portait
ni uniforme,

ni arme,

ni emblème.

Car la vallée
ne dispute jamais
avec la montagne.

Elle demeure.

Puis un jour,

la montagne
s’effondre
d'elle-même.

Ils avaient bâti
leur empire
sur l'obéissance
et la manipulation.

Elle avait bâti
sa vie
sur une promesse.

L'obéissance
cesse
lorsque disparaît
le manipulateur.

La fidélité
demeure
même dans l'absence
du Maître.

Ysideulte
se retourna
une seule fois.

Ce qu'elle vit
n'était pas
la chute
d'une forteresse.

C'était le poids
d'un mensonge

qui ne trouvait plus
de ciel
où demeurer.


Post-scriptum :

J’ai revisité, en optant pour un style très différent, un article que j’avais écrit il y a deux ans, intitulé « Les Lunes de Davos » (https://www.bdsm.fr/blog/9856/Les-Lunes-de-Davos/). Un texte né d'une lointaine résonance avec la philosophie du Tao.

L’histoire d’Ysideulte se situe dans un futur proche, au sein d’une société qui est une extrapolation d’évolutions sociétales récentes. Si ce texte a éveillé votre curiosité, vous pourrez découvrir le monde d’Ysideulte à travers mes articles précédents, dont la liste est ici https://www.bdsm.fr/sylvie35/blog/ (à lire de préférence dans l’ordre chronologique de leur publication).
 

6 personnes aiment ça.
Balthazar Claës
Vous avez un univers riche et foisonnant 🙂 je vais me plonger dedans à mon rythme 😌 Au delà de cela, j’aime beaucoup cette forme de texte, que je trouve très « orale ». Merci 🙏
J'aime Il y a 15 heure(s)
sylvie35
Merci beaucoup Balthazar Claës 2665.png
J'aime Il y a 13 heure(s)