Altair1912
par le Il y a 17 heure(s)
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Chapitre I — La mise en scène

À dix-neuf heures vingt-sept, René entendit la porte d’entrée.

Il connaissait le bruit des clés de Madame Thomas, sa manière de déposer son sac, puis le rythme précis de ses pas dans le corridor. Il se plaça à genoux avant qu’elle n’entre dans le salon.

— Bonsoir, Madame.

Elle le regarda quelques secondes.

— Bonsoir, René.

Elle semblait satisfaite.

— Votre journée s’est bien passée ?

— Très bien. J’ai obtenu ce que je voulais.

René savait qu’avec elle cette phrase pouvait concerner un dossier, une négociation ou quelque chose qui le concernait directement. Il attendit.

— À vingt et une heures, tu m’attendras dans le salon, devant le canapé.

Elle marqua une pause.

— À quatre pattes.

Puis elle monta.

À vingt et une heures précises, René était en place.

Madame Thomas ne descendit pas.

Cinq minutes passèrent. Puis dix.

Il connaissait cette méthode. L’attente faisait partie de la mise en scène, mais elle avait surtout une autre fonction : elle lui rappelait que l’heure à laquelle il devait être disponible et celle à laquelle elle choisirait de l’utiliser n’étaient pas nécessairement les mêmes.

Enfin, il entendit ses pas.

Elle apparut dans une robe noire élégante, serrée à la taille par une ceinture de cuir. Ses longues bottes noires captaient la lumière à chaque mouvement.

René les regarda trop longtemps.

Madame Thomas s’assit sur le canapé et croisa les jambes.

— Toujours aussi efficace.

René releva les yeux.

— Madame ?

— Le cuir.

Elle sourit.

— Il suffit parfois de très peu de choses pour désorganiser un raisonnement pourtant convenable.

Le ton était amusé. Puis son visage changea.

René connaissait également cette transformation.

La Maîtresse venait de céder la place à l’avocate.

— Je veux discuter avec toi de quelque chose qui pourrait modifier profondément notre relation.

Il sentit son ventre se contracter.

— Mais avant cela, je veux m’assurer que nous mettons les mêmes choses derrière certains mots.

Elle se pencha légèrement vers lui.

— Depuis combien de temps es-tu mon esclave, René ?

 

 

Chapitre II — Le plaidoyer

Madame Thomas aimait plaider.

René l’avait compris bien avant de devenir son soumis. Elle ne cherchait pas seulement à imposer une conclusion. Elle préférait conduire son interlocuteur jusqu’à l’endroit où il serait obligé de la formuler lui-même.

— Plusieurs années, Madame.

— Et depuis plusieurs années, tu me dis que tu veux m’appartenir.

— Oui.

— Qu’est-ce que cela signifie ?

René hésita.

— Que vous décidez de ma place. De certaines règles. De ce que vous attendez de moi.

— Certaines ?

Il rectifia :

— De ce que vous décidez de contrôler.

Elle acquiesça.

— Et si demain tu décidais que mon autorité ne te convient plus ?

René se tut.

— Réponds.

— Je pourrais partir.

— Donc mon pouvoir existe tant que tu décides de le reconnaître.

La formulation le dérangea.

— Techniquement…

— Je déteste ce mot lorsqu’il sert à éviter une conclusion.

Elle désigna la pièce.

— Cette maison m’appartient. Réellement. Ma voiture m’appartient. Mes bijoux m’appartiennent. Mes bottes m’appartiennent.

Son regard descendit vers celles qu’il fixait encore.

— Elles ne peuvent pas décider demain qu’elles cessent de m’appartenir.

René sentit où elle voulait l’emmener.

— Et toi ?

— Je veux être votre propriété.

— Tu utilises encore un mot.

Elle se pencha.

— Cette maison m’appartient réellement. Toi, tu ne m’appartiens que parce que nous avons décidé de nous comporter comme si c’était vrai.

Silence.

— C’est précisément mon problème.

René releva les yeux.

— Votre problème ?

— Oui.

Elle se redressa.

— J’ai pris ton fantasme ultime au sérieux.

Son cœur accéléra.

— Le collier ne suffit plus ?

— Il n’a jamais été qu’un symbole.

— Alors quoi ?

Madame Thomas sourit.

— Tu vas encore trop vite.

Elle recommença à questionner. Sa place dans la maison. Son emploi du temps. La manière dont elle pouvait le présenter. Le droit qu’il lui reconnaissait de le dresser, de décider de certains usages, de déterminer les règles.

Chaque réponse semblait fermer une porte derrière lui.

Enfin René demanda :

— Vous essayez de me convaincre ?

— Naturellement.

— Et si je refuse ?

Elle eut ce sourire presque professionnel qu’il connaissait si bien.

— Je ne plaide pas pour la partie adverse.

Elle croisa de nouveau les jambes.

— J’ai trouvé une manière d’aller beaucoup plus loin que le mot « esclave ».

René attendit.

Madame Thomas le regarda longuement.

— Mais je ne te dirai pas encore comment.

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yourboy7
Quelle facilité à nous tenir en éveil, en attente et dans l'ivresse du désir irrésistible de connaître la suite sur le fond comme dans nos émotions...
J'aime Il y a 11 heure(s)
archivinae
A suivre donc avec curiosité
J'aime Il y a 2 heure(s)
yourboy7
Parfaitement, avec le plus grand respect mais le plus humble remerciement également...
J'aime Il y a 55 minutes