Altair1912
par le Hier, 15:53:06
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Chapitre VII — Le chien

René tint moins de deux kilomètres.

La cage occupait toujours une bonne partie du coffre.

Il ne pouvait pas la voir depuis son siège, mais sa présence semblait avoir envahi toute la voiture.

Madame Thomas conduisait tranquillement.

René regardait la route.

Il avait accepté l'idée.

Enfin, presque.

— Madame ?

— Oui ?

— Il est déjà dressé ?

Elle ne tourna même pas la tête.

— Qui ?

René soupira.

— Le chien.

— Ah. Le chien.

Il n'aimait pas la façon dont elle avait prononcé ces deux mots.

— Oui. Il est dressé ?

Madame Thomas réfléchit.

— Il connaît déjà un certain nombre de règles.

— Lesquelles ?

— Rester à sa place. Attendre. Obéir.

René acquiesça.

— C'est déjà ça.

Un léger sourire apparut sur le visage de Madame Thomas.

— Pour toi, ce sont les choses importantes ?

— Pour un chien qui va vivre avec nous ? Oui.

— Pourquoi ?

René réfléchit.

— Parce qu'il doit comprendre qu'il y a des règles dans une maison.

— Et s'il ne les respecte pas ?

— On le dresse.

Madame Thomas tourna brièvement la tête vers lui.

— Comment ?

— Je ne sais pas. Je ne suis pas éducateur canin.

— Mais tu as forcément une idée.

René haussa les épaules.

— On lui apprend ce qui est permis et ce qui ne l'est pas. On le récompense quand il fait juste. On le corrige quand il fait faux.

Madame Thomas acquiesça.

— Et qui décide de ce qui est permis ?

— Vous, j'imagine. Ce sera votre chien.

— Évidemment.

Elle reporta son attention sur la route.

— C'est une conception assez claire de l'autorité.

René la regarda.

— On parle toujours d'un chien ?

Madame Thomas sourit.

— C'est toi qui en parles depuis le départ.

Il n'avait rien à répondre à cela.

***

Quelques minutes passèrent.

— Il faudra acheter des affaires.

— Probablement.

— Une laisse.

— J'en ai déjà.

René tourna la tête.

— Vous avez déjà une laisse ?

— Plusieurs.

Il réfléchit.

C'était vrai.

Madame Thomas possédait effectivement plusieurs laisses.

Il n'avait simplement jamais pensé qu'elles pourraient un jour servir à un chien.

— D'accord. Un collier.

— J'ai aussi.

— Pour chien ?

Elle lui jeta un regard.

— Tu deviens vraiment obsédé par ce chien.

— J'essaie d'anticiper.

— Continue. Cela m'intéresse.

René ne releva pas la formulation.

— Il faudra vérifier la taille.

— Je connais parfaitement la taille nécessaire.

— Vous connaissez donc déjà le chien.

Madame Thomas resta silencieuse.

René sourit.

— Ah !

— Quoi ?

— Vous venez de vous trahir.

— Vraiment ?

— Vous connaissez sa taille.

— C'est incontestable.

René sembla satisfait de cette petite victoire.

Madame Thomas, davantage encore.

***

— Il faudra aussi une gamelle.

Cette fois, Madame Thomas le regarda brièvement.

— Une quoi ?

— Une gamelle.

— Oui, René, je sais ce qu'est une gamelle.

— Il faudra en acheter une autre.

— Pourquoi ?

La question lui sembla tellement évidente qu'il resta une seconde sans répondre.

— Parce qu'il ne va quand même pas utiliser la mienne.

Madame Thomas tourna lentement la tête vers lui.

— Pourquoi pas ?

— Parce que c'est ma gamelle.

— Et ?

René fronça les sourcils.

— Madame, je n'ai aucune envie de manger dans la même gamelle qu'un chien.

Madame Thomas eut beaucoup de mal à conserver son sérieux.

— Donc chacun la sienne ?

— Absolument.

— C'est important pour toi ?

— Oui.

Elle acquiesça comme si elle enregistrait réellement l'information.

— Très bien.

René se détendit.

— Vous lui en achèterez une ?

— Je te promets qu'il n'aura pas besoin de partager la tienne.

— Merci.

— En revanche...

René se méfia immédiatement.

— Quoi ?

— Puisque tu sembles réfléchir sérieusement à l'organisation, où mettrais-tu sa gamelle ?

— Je ne sais pas. Dans la cuisine ?

— À côté de la tienne ?

Il grimaça.

— Pas nécessairement.

— Pourquoi ?

— Vous le faites exprès.

— Je cherche simplement à savoir comment tu imagines cette cohabitation.

Le mot rassura René.

Cohabitation.

Voilà enfin une conversation normale.

Ou presque.

***

Il resta silencieux quelque temps.

Puis un problème beaucoup plus important lui vint à l'esprit.

— Où va-t-il dormir ?

— Bonne question.

René attendit.

Madame Thomas ne répondit pas.

— Eh bien ?

— C'est toi qui poses la question. Je voudrais connaître ton avis.

René fut surpris.

Depuis le début de cette histoire, Madame Thomas ne lui demandait pratiquement jamais son avis.

— Mon avis ?

— Oui. Où aimerais-tu qu'il soit logé ?

René réfléchit.

— Dehors.

— Dehors ?

— La maison n'a pas de niche, mais on pourrait en installer une.

Madame Thomas acquiesça lentement.

— Donc tu ne serais pas opposé au principe qu'un chien dispose d'un espace spécialement aménagé pour lui à l'extérieur ?

— Non.

— Même en hiver ?

René hésita.

— S'il est adapté, isolé et que le chien supporte le froid.

— Je vois.

Elle semblait réellement réfléchir à sa réponse.

— Sinon, le vestibule, reprit René.

— Pourquoi pas le salon ?

— Parce que je n'ai pas envie de l'avoir constamment dans les jambes.

— La buanderie ?

— Peut-être.

— Une cage ?

René regarda Madame Thomas.

— Pour dormir ?

— Pourquoi pas ?

Il réfléchit.

— Si elle est suffisamment grande et qu'il y est habitué, je suppose que oui.

Madame Thomas acquiesça.

— Intéressant.

— Quoi ?

— Rien.

Elle poursuivit sa route.

René la regarda quelques secondes.

Pourquoi avait-il soudain l'impression de passer un examen ?

***

— Pas dans la chambre, en tout cas.

Madame Thomas haussa légèrement un sourcil.

— Pourquoi ?

— Parce que c'est notre chambre.

Ma chambre.

La correction fut immédiate.

René baissa légèrement la tête.

— Oui, Madame. Votre chambre.

— Continue.

— Je ne pense simplement pas qu'un chien ait besoin d'y dormir.

— Pourtant, certains chiens dorment dans la chambre de leur Maîtresse.

René grimaça.

— Pas celui-là, j'espère.

— Pourquoi ?

— Parce qu'il y a déjà quelqu'un au pied de votre lit.

Madame Thomas ne répondit pas.

René ajouta :

— Et il n'y a qu'un panier.

Le silence se prolongea.

Madame Thomas regardait la route.

— Vous riez.

— Pas du tout.

— Madame.

Elle céda.

Un rire lui échappa.

— René, je t'en prie.

— Quoi ?

— Continue.

— Pourquoi ?

— Parce que cette conversation devient extrêmement instructive.

René secoua la tête.

— Il n'y a rien d'instructif. Je vous explique simplement qu'il n'y a qu'un panier au pied de votre lit et que je dors dedans.

— Je connais parfaitement l'aménagement de ma chambre.

— Donc il lui faudra un autre endroit.

Madame Thomas réfléchit.

— Et si je voulais qu'il dorme également dans ma chambre ?

— Alors achetez-lui un autre panier.

— Tu ne partagerais pas ?

— Certainement pas.

— Même un grand panier ?

René la regarda, consterné.

— Madame !

Elle éclata de rire.

— Très bien. Chacun sa place.

— Merci.

Elle répéta doucement :

— Chacun sa place.

Quelque chose dans sa manière de le dire aurait peut-être dû inquiéter René.

Mais il était beaucoup trop occupé à imaginer un énorme chien essayant de s'installer dans son panier.

***

Quelques kilomètres plus tard, René reprit son inventaire.

— Il mange quoi ?

— Une alimentation adaptée.

— Très précis.

— Merci.

— Il est propre ?

Madame Thomas eut un silence.

— Généralement.

— Généralement ?

— Personne n'est à l'abri d'un accident.

— Formidable.

— Tu nettoieras.

— Évidemment.

Elle sourit.

— Tu vois ? Tu commences déjà à t'adapter.

— Je me résigne.

— C'est parfois le début de l'adaptation.

***

René réfléchit encore.

— Il est stérilisé ?

Cette fois, Madame Thomas ne répondit pas immédiatement.

— Pourquoi cette question ?

— Parce que c'est une question normale quand on adopte un chien.

— C'est important ?

— Je ne sais pas. Ça évite certains problèmes, non ?

Madame Thomas sembla sincèrement intéressée.

— Quels problèmes ?

— Les fugues. Les comportements sexuels. Le marquage. Ce genre de choses.

— Donc tu serais favorable à la stérilisation ?

René se raidit légèrement.

— Du chien ?

Madame Thomas lui jeta un regard amusé.

— De qui d'autre parlerions-nous ?

— Avec vous, je préfère vérifier.

Elle sourit.

René réfléchit.

— Je suppose que ça dépend.

— De quoi ?

— De son âge. De sa santé. De son comportement. Et puis ce serait à la vétérinaire de vous conseiller.

Madame Thomas acquiesça.

— Réponse raisonnable.

— Et vous ?

— Moi quoi ?

— Vous le feriez stériliser ?

Elle laissa volontairement quelques secondes s'écouler.

— Pas nécessairement.

— Pourquoi ?

— Il existe peut-être d'autres moyens de contrôler certains comportements.

René la regarda.

— Lesquels ?

— Nous demanderons à Caroline.

La réponse lui parut parfaitement logique.

Il passa à autre chose.

Madame Thomas, elle, ne souriait plus.

Elle semblait avoir retenu quelque chose.

***

— Il mord ?

— Pas à ma connaissance.

— Il aboie ?

— Rarement.

— Il est agressif ?

— Non.

— Sociable ?

Madame Thomas réfléchit.

— Ça dépend avec qui.

— Il supporte de rester seul ?

— Oui.

— Enfermé ?

Elle réfléchit davantage.

— S'il sait que c'est sa place et qu'il a appris à attendre, je ne vois pas pourquoi cela poserait problème.

René acquiesça.

— Tant mieux.

— Combien de temps te semblerait raisonnable ?

Il la regarda.

— Pour quoi ?

— Le laisser dans sa cage.

— Je n'en sais rien.

— Une heure ?

— Probablement.

— Deux ?

— Si la cage est adaptée.

— Pendant un trajet ?

— Bien sûr. C'est justement fait pour ça.

Madame Thomas acquiesça.

— Et s'il n'aime pas ça au début ?

René haussa les épaules.

— Il faudra l'habituer.

— Progressivement ?

— Oui.

— Et s'il proteste ?

— Vous venez de dire qu'il est dressé.

— Même un animal dressé peut ne pas apprécier une nouvelle règle.

René réfléchit.

— Alors il finira par comprendre que c'est vous qui décidez.

Madame Thomas resta silencieuse.

Puis :

— J'aime beaucoup cette réponse.

René la regarda.

— Pourquoi ?

— Parce qu'elle est cohérente.

— Avec quoi ?

Elle sourit.

— Avec ta conception de l'éducation canine.

***

La route changeait progressivement.

René ne connaissait pas le quartier.

Il regarda les bâtiments.

Cabinets.

Petites entreprises.

Quelques commerces.

Puis Madame Thomas ralentit.

— Nous arrivons ?

— Oui.

René se redressa.

Enfin.

Il allait rencontrer ce fameux chien.

— C'est un refuge ?

— Non.

— Un élevage ?

— Non.

— Alors où est-il ?

Madame Thomas ne répondit pas.

Elle ralentit devant un bâtiment moderne.

René regarda l'enseigne.

Clinique vétérinaire.

Il sourit.

— Ah.

Tout s'expliquait.

— Caroline est vétérinaire.

— Oui.

Première information concrète.

René éprouva une satisfaction disproportionnée.

— Et le chien est ici.

Madame Thomas prit son sac.

— C'est ta théorie.

— Madame, nous venons d'arriver dans une clinique vétérinaire avec une cage pour chien dans le coffre.

Elle ouvrit sa portière.

— Ton raisonnement est impeccable.

René sourit.

Enfin.

Il avait compris.

Du moins le croyait-il.

***

Madame Thomas contourna la voiture et s'arrêta devant lui.

Elle réajusta son col.

Encore.

— Pourquoi faites-vous toujours ça avant vos rendez-vous mystérieux ?

— Parce que j'aime que ce qui m'appartient soit correctement présenté.

René ne releva même plus.

Il regarda vers la clinique.

— Vous savez déjà quel chien vous allez prendre ?

— Oui.

— Et vous avez déjà décidé de tout ce qu'on vient de discuter ?

Madame Thomas réfléchit.

— Non.

Cette réponse surprit René.

— Non ?

— Tu m'as donné plusieurs idées intéressantes.

Il fronça les sourcils.

— Moi ?

— Oui.

Elle posa brièvement une main sur sa joue.

— J'ai trouvé ta conception de la manière dont devrait être traité un chien particulièrement instructive.

— Vous allez vraiment tenir compte de mon avis ?

Madame Thomas sourit.

Plus que tu ne l'imagines.

Elle se dirigea vers l'entrée.

René resta une seconde près de la voiture.

Il aurait dû être rassuré.

Madame Thomas venait de lui dire qu'elle tiendrait compte de son avis.

Pourtant, il ressentit une légère appréhension sans parvenir à comprendre pourquoi.

Il la rejoignit.

Avant d'entrer, il regarda une dernière fois le SUV.

La cage.

Puis Madame Thomas.

Il pensa à ses propres réponses.

Une place définie.

Une cage suffisamment grande.

Un apprentissage progressif.

Une Maîtresse qui décide.

La stérilisation seulement si elle était nécessaire.

Chacun sa gamelle.

Chacun son panier.

Il sourit.

Après tout, pensa René, peut-être que cette cohabitation ne serait pas aussi difficile qu'il l'avait imaginé.

Madame Thomas lui tint la porte de la clinique.

— René ?

— Oui, Madame ?

— Tu viens ?

— Oui.

Il entra.

Madame Thomas le suivit.

Et lorsqu'elle referma la porte derrière eux, elle avait toujours ce petit sourire que René ne savait décidément pas interpréter.

 

 

Chapitre VIII — L’examen

La clinique était calme.

Trop calme au goût de René.

Il s’était attendu à entendre des aboiements, peut-être à croiser une assistante tenant en laisse l’animal que Madame Thomas devait récupérer.

Mais il n’y avait rien.

Une Femme attendait avec un chat dans une caisse de transport. Plus loin, un couple âgé parlait à voix basse.

René s’assit à côté de Madame Thomas.

— Il est déjà ici ?

Elle consulta tranquillement son téléphone.

— Qui ?

René soupira.

— Le chien.

— Ah. Le chien.

Il commençait à détester cette réponse.

— Oui, il est ici ?

Madame Thomas rangea son téléphone.

— Tu es vraiment impatient de le rencontrer.

— J’aimerais surtout savoir à quoi ressemble celui avec lequel je vais devoir cohabiter.

Elle sourit.

— Après toutes les règles que tu as établies dans la voiture, je pensais que tu étais prêt.

— Je n’ai établi aucune règle.

— Vraiment ?

Elle compta sur ses doigts.

— Chacun sa gamelle. Chacun son panier. Une place clairement définie. Une cage suffisamment grande. Un dressage cohérent. Et une Maîtresse qui décide.

René la regarda.

— Présenté comme ça…

— C’est pourtant exactement ce que tu m’as expliqué.

Avant qu’il puisse répondre, une porte s’ouvrit.

Une Femme d’une cinquantaine d’années apparut.

— Thomas ?

Madame Thomas se leva.

— Caroline.

Les deux Femmes s’embrassèrent.

René se leva à son tour.

Caroline le regarda.

Brièvement.

Mais avec cette manière particulière qu’ont les médecins d’observer quelqu’un tout en donnant l’impression de ne pas le faire.

— Et voici René, dit Madame Thomas.

— Bonjour René.

— Bonjour Madame.

Caroline regarda de nouveau Madame Thomas.

— Tout est prêt.

— Parfait.

René remarqua immédiatement la formulation.

Tout est prêt.

Il attendit que Caroline appelle quelqu’un ou qu’une assistante apporte le chien.

Rien.

— On y va ? demanda Caroline.

— Oui.

René resta immobile.

— Et le chien ?

Les deux Femmes se regardèrent.

Caroline fut la première à sourire.

— Nous allons commencer tranquillement.

Elle ouvrit la porte.

— Entrez.

***

La salle de consultation ressemblait exactement à ce que René imaginait d’un cabinet vétérinaire.

Une grande table occupait le centre.

Des placards.

Un lavabo.

Une balance au sol.

Quelques instruments dont il préférait ignorer l’utilité.

Toujours aucun chien.

Caroline posa un dossier sur son bureau.

Madame Thomas prit place.

— J’ai lu le rapport d’Élise.

René tourna immédiatement la tête.

Ainsi, Caroline avait elle aussi lu le rapport de la Docteure Morel.

— Et ? demanda Madame Thomas.

— Rien qui m’inquiète. Au contraire.

Caroline ouvrit le dossier.

— Nous pouvons poursuivre.

Encore ce mot.

René commençait sérieusement à ne plus aimer certains verbes.

Avancer.

Poursuivre.

Préparer.

Toujours sans complément.

— Poursuivre quoi ? demanda-t-il.

Caroline regarda Madame Thomas.

Ce fut elle qui répondit.

— René.

Un seul mot.

Le ton suffisait.

Il se tut.

Caroline reprit :

— Je préfère procéder dans l’ordre. D’abord un examen général. Ensuite, si tout va bien, l’identification.

René se détendit légèrement.

Enfin quelque chose qu’il comprenait.

— La puce ?

— Oui.

— Vous allez contrôler quoi avant ?

Caroline semblait apprécier ses questions.

— L’état général. La mobilité. La peau, les yeux, les oreilles. Quelques paramètres de base. Rien d’exceptionnel.

— Et vous allez l’examiner comment ?

— Sur cette table.

Elle désigna celle qui se trouvait entre eux.

René s’en approcha.

— Debout ?

— Pour certaines vérifications. Pour le reste, à quatre pattes, ce sera plus pratique.

Il regarda la table.

Il imagina le grand chien dessus.

— Et s’il bouge ?

— Nous limiterons ses mouvements.

— Comment ?

Caroline désigna un point d’attache sur le côté.

— Une laisse fixée ici devrait suffire.

René examina le dispositif.

— Juste une laisse ?

— S’il est correctement dressé, oui.

— Et s’il essaie de descendre ?

— Il ne devrait pas pouvoir le faire facilement.

René semblait sceptique.

— Vous avez l’air très confiante.

Caroline sourit.

— Madame Thomas m’a beaucoup parlé de son dressage.

René se retourna.

Sa Maîtresse le regardait.

Elle souriait elle aussi.

— De son dressage ?

— Beaucoup, confirma Caroline.

René essaya de comprendre.

Madame Thomas lui avait donc déjà parlé du chien avant même leur conversation de la veille.

Cela expliquait peut-être pourquoi elle connaissait sa taille.

Et pourquoi Caroline semblait déjà tout savoir.

Presque tout.

***

Madame Thomas se leva.

Elle s’approcha de la table et testa elle-même le point d’attache.

Puis elle regarda René.

— Monte.

Il cligna des yeux.

— Pardon ?

— Sur la table.

— Moi ?

— Je ne vois personne d’autre qui s’appelle René ici.

— Pourquoi ?

Elle posa une main sur le rebord.

— Tu viens de passer plusieurs minutes à expliquer que tu n’étais pas convaincu par le système.

— Pour le chien.

— Alors vérifions.

René resta interdit.

— Vous voulez que je teste la table ?

— Exactement.

— Comment ?

Madame Thomas sourit.

Il comprit.

— À quatre pattes ?

— Très bien.

René regarda Caroline.

La vétérinaire ne semblait absolument pas surprise.

C’était peut-être cela le plus troublant.

— Madame…

— Hier, tu m’as expliqué qu’un animal bien dressé devait savoir prendre la place que sa Maîtresse lui assigne.

— Oui, mais…

— Et qu’il devait y rester.

René ne répondit pas.

Madame Thomas désigna la table.

— Je veux montrer à Caroline que lorsque je te donne une place, tu sais la prendre.

Cette explication changea immédiatement la situation.

René comprenait.

Ce n’était pas réellement une affaire de chien.

Ou plutôt, pas uniquement.

Madame Thomas profitait de la présence d’une autre Femme pour tester quelque chose de beaucoup plus personnel.

Son autorité sur lui.

Il posa les mains sur la table.

Monta.

Puis se plaça à quatre pattes.

Madame Thomas observa.

— Bien.

Ce simple mot suffit à lui faire oublier une partie de son embarras.

Caroline prit une laisse.

— Je peux ?

René tourna légèrement la tête.

— Oui, répondit Madame Thomas.

Pas lui.

Caroline fixa la laisse au dispositif.

— Comme ça ?

Madame Thomas observa.

— Un peu plus court.

Caroline ajusta.

— Là ?

— Parfait.

René testa instinctivement son amplitude de mouvement.

Limitée.

Il regarda Madame Thomas.

— Alors ? demanda-t-elle.

— Alors quoi ?

— Tu avais peur que ce ne soit pas suffisamment sécurisé.

Il tira légèrement.

— Ça tient.

— Excellent.

Caroline sourit.

— Premier point réglé.

René releva la tête.

Premier ?

***

Madame Thomas lui donna quelques instructions.

— Reste.

Elle se déplaça autour de la table.

René ne bougea pas.

— Tête droite.

Il obéit.

— Attends.

Puis elle se mit à parler avec Caroline.

Comme s’il n’était plus là.

Une trentaine de secondes.

Puis davantage.

René resta en position.

Madame Thomas revint finalement devant lui.

— Bien.

Elle détacha la laisse.

— Descends.

René obéit.

Il ne put empêcher un petit sourire satisfait.

— Convaincue ? demanda-t-il à Caroline.

Caroline regarda Madame Thomas.

— Pour cette partie, oui.

René fronça les sourcils.

— Cette partie de quoi ?

Madame Thomas intervint.

— Nous allons recommencer.

— Pourquoi ?

Elle le regarda.

Son expression avait changé.

— Parce que la première fois était facile.

René comprit immédiatement qu’elle voulait augmenter la difficulté de son petit exercice.

Et il connaissait suffisamment sa Maîtresse pour savoir que discuter ne ferait que prolonger le moment.

— Déshabille-toi.

René regarda Caroline.

— Ici ?

— Oui.

— Devant elle ?

Madame Thomas inclina légèrement la tête.

— Est-ce la présence de Caroline qui te gêne ou le fait de ne pas comprendre pourquoi je te le demande ?

René resta silencieux.

Elle avait encore visé juste.

— C’est un test ?

— Oui.

***

Quelques minutes plus tard, René se trouvait de nouveau sur la table, dans la position prescrite par Madame Thomas.

Cette fois, Caroline prit la laisse sans que la situation paraisse provoquer chez elle le moindre étonnement.

C’était cela qui troublait le plus René.

Elle se comportait comme si cette scène était parfaitement normale.

— Prêt ? demanda Caroline.

René allait répondre.

— Oui, répondit Madame Thomas.

Caroline fixa la laisse.

René tourna la tête vers sa Maîtresse.

— Je ne suis quand même pas le chien.

Un silence.

Madame Thomas sourit.

— Je n’ai jamais dit que tu l’étais.

Cette réponse le rassura.

Un peu.

— Alors pourquoi tout ça ?

Elle s’approcha.

— Parce que je veux savoir si ton obéissance existe encore lorsque quelqu’un d’autre la voit.

Voilà.

René possédait enfin une explication cohérente.

Madame Thomas voulait pousser leur relation hors de l’intimité de la maison.

L’exposer davantage.

Peut-être même utiliser René devant d’autres Femmes.

L’idée était déjà suffisamment vertigineuse pour expliquer le rapport de Morel et la présence de Caroline.

Il cessa de chercher plus loin.

***

Caroline s’approcha.

Elle observa d’abord René.

— Il tient facilement cette position ?

Demanda-t-elle.

— Oui.

René tourna légèrement la tête.

Caroline parlait à Madame Thomas.

— Longtemps ?

— Cela dépend de ce que je lui demande.

— Il signale lorsqu’il a un problème ?

— Normalement.

— Bien. C’est important.

René intervint :

— Je peux aussi répondre.

Caroline le regarda.

Puis regarda Madame Thomas.

Celle-ci eut un sourire amusé.

— Je sais.

Ce fut tout.

L’évaluation se poursuivit.

***

Lorsqu’elle eut terminé, Caroline revint à son dossier.

— Rien de particulier.

Madame Thomas sembla satisfaite.

— Donc ?

— Jusqu’ici, tout va bien.

Jusqu’ici.

Encore un mot que René n’aimait pas.

Caroline consulta une note.

— Pour le transport ?

— Tout est prêt.

— La cage ?

— Installée hier.

Madame Thomas regarda René.

— Il l’a montée lui-même.

Caroline sourit.

— Parfait.

René releva la tête.

— Pour le chien.

Silence.

Caroline regarda Madame Thomas.

Madame Thomas regarda Caroline.

Puis sa Maîtresse posa doucement une main sur son dos.

— Oui, René.

Elle semblait presque attendrie.

— Nous savons.

Il fronça les sourcils.

Pourquoi cette réponse lui paraissait-elle soudain étrange ?

***

Caroline poursuivit.

— Le couchage ?

Madame Thomas regarda René.

— Nous en avons longuement discuté.

— Vous aussi ?

— Non. Toi et moi.

La voiture.

René comprit.

— Monsieur préfère une séparation assez stricte des espaces, expliqua Madame Thomas. Chacun sa gamelle. Chacun son panier.

Caroline eut un sourire.

— Je vois.

René rougit.

— Je trouve cela raisonnable.

— Moi aussi, répondit Caroline.

— Et pour la cage ?

Madame Thomas prit un air pensif.

— René estime qu’elle convient parfaitement si elle est suffisamment grande, correctement sécurisée et que son occupant y est habitué progressivement.

— C’est raisonnable également.

René regarda sa Maîtresse.

— Pourquoi est-ce que vous lui racontez tout ça ?

— Parce que tu m’as donné d’excellents conseils.

— Pour votre chien.

Madame Thomas passa doucement un doigt sur la laisse.

— Naturellement.

La réponse aurait dû le rassurer.

Elle ne le rassura pas.

***

Caroline tourna une page.

— Et concernant la stérilisation ?

René vit immédiatement le regard de Madame Thomas venir vers lui.

— Nous avons justement abordé cette question hier.

René sentit revenir la conversation dans la voiture.

— Tu te souviens de ce que tu m’as répondu ?

— Oui.

— Dis-le à Caroline.

Il hésita.

— Que cela dépendait de l’âge, de la santé et du comportement.

— Et ?

— Qu’il fallait demander conseil à la vétérinaire.

Caroline acquiesça.

— C’est une approche raisonnable.

René éprouva un soulagement presque absurde.

Enfin une conversation qui ressemblait réellement à celle qu’on pouvait avoir chez une vétérinaire.

— Et toi ? demanda Caroline à Madame Thomas. Tu as déjà une préférence ?

Madame Thomas ne répondit pas immédiatement.

Elle regarda René.

Longuement.

Puis revint vers Caroline.

— Non.

Une pause.

— Pas pour le moment.

René expira.

Il ne savait même pas pourquoi il avait retenu son souffle.

Caroline nota quelque chose.

— Très bien. Cela peut attendre.

Madame Thomas acquiesça.

Puis ajouta :

— En revanche, je veux conserver un contrôle strict de son activité sexuelle.

Caroline releva les yeux.

— Dans ce cas, il existe des solutions réversibles.

Un nouveau silence.

Madame Thomas regarda René.

— Une cage de chasteté ?

— Par exemple.

René se figea.

Cette fois, quelque chose ne fonctionnait plus.

Il regarda Caroline.

Puis Madame Thomas.

— Attendez…

Aucune des deux Femmes ne répondit.

— On parle toujours du chien ?

Madame Thomas sourit.

— Pourquoi cette question ?

— Parce que…

René chercha ses mots.

Une cage de chasteté.

Le rapport de Morel.

L’examen.

La laisse.

La table.

La cage qu’il avait lui-même installée dans le SUV.

Ses réponses de la veille.

Une place définie.

Une Maîtresse qui décide.

Un occupant progressivement habitué à sa cage.

Toutes ces choses avaient encore une explication.

Individuellement.

Ensemble, elles commençaient à produire quelque chose de beaucoup plus inquiétant.

— Madame…

Elle posa calmement une main sur sa tête.

— Tout va bien.

Exactement les mêmes mots.

Exactement le même ton que dans la voiture avant son rendez-vous avec Morel.

— Fais-moi confiance.

René regarda Caroline.

La vétérinaire avait repris son dossier comme si rien d’étrange ne venait d’être dit.

Elle tourna une page.

— Très bien.

Puis :

— Il nous reste l’identification.

René sentit son estomac se contracter.

Quelques minutes auparavant, cette phrase aurait été parfaitement anodine.

Le chien devait recevoir une puce.

Évidemment.

Maintenant, il n’en était plus aussi certain.

Caroline regarda Madame Thomas.

— On peut continuer ?

Madame Thomas ne répondit pas immédiatement.

Elle regarda René.

Et René découvrit dans ses yeux cette même expression satisfaite qu’il avait observée lorsqu’elle avait lu le rapport de Morel.

La même que lorsqu’elle avait téléphoné à Caroline.

La même que lorsqu’elle avait inspecté la cage dans le coffre.

Pour la première fois, il eut l’impression de voir non pas plusieurs événements étranges, mais une seule opération commencée plusieurs jours auparavant.

— Madame…

Sa voix était moins assurée.

— Oui, René ?

Il hésita.

Puis posa enfin la question.

— L’identification de qui ?

Madame Thomas sourit.

Caroline ne dit rien.

Et ce silence fut infiniment plus inquiétant qu’une réponse.

***

Pour la première fois depuis le début de cette histoire, René envisagea une possibilité qu’il jugea immédiatement absurde.

Il la repoussa.

Puis regarda la table.

La laisse.

Caroline.

Et enfin Madame Thomas.

La possibilité revint.

Cette fois, il ne parvint pas à s’en débarrasser.

Thèmes: gynarchie, femdom
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