sylvie35
par le Il y a 1 heure
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Salut, je m’appelle Sophie !

La Girafe 😂😉

Je viens du futur pour vous raconter une drôle d’histoire qui m’est arrivée à votre époque.

Ce matin-là, je me suis réveillée normalement.

Mon Maître dormait encore. « Super ! Avec un peu de chance je vais échapper à la fessée matinale », me suis-je dit.

J’ai bu mon café, regardé distraitement mon téléphone et ouvert le superbe réseau social bdsm.fr sur lequel je traînais depuis quelques années.

Et là… Quelque chose avait changé.

Je ne sais pas comment vous expliquer ça. Hier encore, tout le monde ou presque écrivait à peu près comme moi. Enfin, non, pas vraiment, il y en a dont l’écriture piquait vraiment les yeux, mais bon, passons.

Des phrases parfois un peu bancales. Quelques fautes de frappe. Des virgules placées à peu près au hasard. Des « lol », des « mdr », des « je sais pas si je me fais bien comprendre » et, de temps en temps, un magnifique « sa va ? » qui donnait à la langue française cette petite touche d’exotisme dont elle a parfois besoin.

Mais ce matin là… Tout le monde écrivait merveilleusement.

Des phrases impeccables. Des paragraphes parfaitement construits.

Des réflexions apparemment profondes sur les valeurs du bdsm, la société, la bienveillance, comment être safe & secure, le sens de la vie et probablement la reproduction des hippocampes si quelqu’un venait à poser la question. Enfin, profondes, c’est peut être un peu vite dit, faut pas trop creuser, mais bon, passons là aussi pour ne pas embrouiller mon propos.

Chaque intervention comportait une introduction, cinq arguments, dix nuances, une ouverture et une conclusion. La plupart incluait même des métaphores qui faisaient très chic et des citations dont je n’avais jamais entendu parler.

De vrais romans inondaient le site, par une multitude d'auteurs prolifiques surgis de nulle part, qui écrivaient cent fois plus vite qu'on ne peut lire et dont le style faisait passer Victor Hugo pour un cancre du fond de la classe. 

À 8 h 17 du matin, j’ai commencé à paniquer.

« Qu’est-ce qui m’arrive ? »

J’ai relu mon dernier article.

Flute ! Il contenait deux fautes, une répétition et quelques phrases lourdingues, ...

J’ai regardé ceux des voisins. Puis des commentaires sur le forum. Mince ! C’était nickel. Fluide. Nuancé. Élégant. On aurait dit que Marguerite Yourcenar avait passé la nuit à préparer une réponse à un commentaire bdsm.fr.

J’ai commencé à me remettre sérieusement en question. Peut-être avais-je perdu la moitié de mes neurones pendant mon sommeil ? Peut-être que mon vocabulaire avait disparu ? Peut-être que tout le monde était devenu soudainement beaucoup plus intelligent que moi ?

Puis j’ai continué à faire défiler. Et j’ai découvert quelque chose de rassurant.

Non, je n’étais pas devenue nulle. C’est simplement que beaucoup de gens avaient découvert une petite chose merveilleuse :

RHETORIX-IA™

Le système avancé qui pense et écrit à votre place. Cette merveilleuse invention qui permet de transformer :

> « Je sait pas trot koi dire. Fait moi un comentaire sympa a collée sur bdsm.fr »

en :

> « Dans un monde où les échanges numériques occupent une place croissante dans nos vies, il convient de s’interroger sur la manière dont la bienveillance et l’authenticité de la communauté BDSM peuvent continuer à nourrir nos interactions… Blablabla Blablabla»

Ah.

Voilà.

Tout s’expliquait.

J’avais passé vingt ans à essayer de trouver mes mots. D’autres avaient simplement trouvé le bouton « Générer »

J’avais passé du temps à sécher sur des règles grammaticales pour essayer de ne pas faire trop de fautes. Voyons, voyons… Est-ce que le participe passé s’accorde avec le complément d’objet direct si celui-ci est placé avant le verbe, mais que le verbe est pronominal, que le pronom réfléchi ne représente pas le complément d’objet, et en plus que le sujet de la proposition subordonnée est antérieur au sujet de la proposition principale dans le temps grammatical, mais postérieur dans l’espace syntaxique, auquel cas l’accord se fait-il au féminin pluriel ou doit-il être non genré conformément au triomphe du progressisme triomphant,  nonobstant le fait qu’il n’est pas exclu que  s’applique la règle de covariance intersexe des participes passés ??? Pfff… C’est compliqué la langue française… Ca me donne mal à la tête.

Et soudain, j’ai ressenti un immense soulagement.

Je ne suis pas moins intelligente. Je ne suis pas devenue incapable d’écrire. Je n’ai pas perdu mon sens de la répartie.

Je suis simplement en train de discuter avec des gens qui ont parfois délégué leur cerveau rédactionnel à  RHETORIX-IA™, le formidable moteur de génération de pensée que vous pouvez utiliser même avec votre cerveau complètement éteint.

Alors, si vous aussi vous avez récemment l’impression que tout le monde autour de vous est subitement devenu écrivain, philosophe, essayiste, journaliste, expert en expertise, et Prix Goncourt à temps partiel…

Respirez.

Vous n’êtes probablement pas nul (enfin, ça dépend, il y a quand même des cas…)

Vous êtes peut-être simplement encore en train de penser et d’écrire par vous-même.

Avec vos petites fautes. Vos phrases maladroites. Vos hésitations. Vos parenthèses ouvertes que vous oubliez de fermer. Vos « euh… » (enfin, n’exagérez pas non plus – ceux là ce n’est peut être pas indispensable de les écrire). Et parfois même cette phrase que vous relisez trois fois avant de vous dire :

 « Bon… tant pis, je publie quand même. »

Ou bien

« Oh non, j’efface, je ne vais pas publier ça – je vais vraiment passer pour un con / une conne (rayez la mention inutile) »

Finalement, c’est peut-être ça, le dernier signe distinctif de l’être humain, écrire quelque chose de sincère, imparfait et personnel… 

« Viens ici, salope ! »

Mon Maître venait de se réveiller. Ah oui, j’ai oublié de vous dire qu’à la maison je me prénomme salope.

Je referme rapidement ma session sur bdsm.fr et m’empresse de monter dans la chambre. A mon époque, bdsm.fr est devenu bdsm.sad – Suprême Alliance Démocratique oblige. Mais cela je vous en parlerai une autre fois. Ou plutôt, c'est Ysideulte qui viendra vous en parler.

« Par le pouvoir du chibre lunaire, je t’ordonne de venir me présenter ton cul ! »

Parfois il aime prendre un ton solennel, avec une grosse voix. Ou alors il me prend pour Sailor Moon. Je ne sais pas trop.

« Oui Maître ! J’arrive ! J’arrive ! »

Bon, désolée, je dois vous laisser, et puis je crois que la suite ne vous concerne pas.


Image d'illustration générée par IA

Texte généré par mon réseau neuronal biologique et rédigé sous Word (vous savez, le traitement de texte de tonton Bill)


 

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