Altair1912
par le Il y a 2 heure(s)
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Le collier ne transforma pas Anne et Alexandre en deux personnes différentes.

Il révéla plutôt une manière nouvelle d’être eux-mêmes.

Leur relation D&S s’intégra progressivement à leur quotidien. Elle ne remplaçait ni leur complicité ni les habitudes construites au cours de leurs dix années de vie commune. Elle formait un espace à part, un territoire dans lequel ils pouvaient abandonner les rôles que le monde leur imposait.

Anne n’avait plus besoin de se battre.

Alexandre n’avait plus besoin de tout prévoir.

Lorsqu’elle lui passait le collier, Anne devenait sa maîtresse. Elle formulait ses désirs, donnait ses ordres et attendait qu’ils soient exécutés. Alexandre, de son côté, cessait d’analyser chacune de ses décisions. Il lui remettait le contrôle et se consacrait entièrement à ce qu’elle attendait de lui.

Cet abandon lui procurait un calme profond.

Leur nouvelle dynamique ne se limitait pas à leurs soirées. Ses effets commençaient à se manifester dans le reste de leur existence.

Anne avait longtemps exprimé sa colère de manière frontale. Lorsqu’un homme tentait de l’interrompre ou de diminuer la valeur de son travail, elle attaquait. Cette agressivité lui avait permis de défendre sa place, mais chaque affrontement lui laissait l’impression d’avoir encore dû prouver qu’elle méritait d’être entendue.

La domination lui fit découvrir une autre forme d’autorité.

Une autorité qui ne naissait pas de la colère.

Une autorité qui n’avait pas besoin de demander la permission.

Lors d’une réunion avec un client particulièrement pénible, Anne en fit l’expérience.

L’homme représentait un important groupe immobilier. Depuis le début de la séance, il commentait chaque décision, interrompait les collaboratrices d’Anne et reformulait leurs idées comme s’il venait de les inventer.

— Votre proposition est intéressante, jeune femme, lui dit-il enfin, mais nous allons simplifier tout cela. Les utilisateurs ne remarqueront jamais la différence.

Quelques mois plus tôt, Anne aurait réagi immédiatement. Elle lui aurait expliqué, avec une ironie féroce, ce qu’elle pensait de son expérience des besoins des utilisatrices.

Cette fois, elle resta silencieuse.

Elle le regarda terminer son explication, puis referma calmement le dossier posé devant elle.

— Vous avez deux possibilités, dit-elle.

Le client parut surpris par son ton.

— Vous adoptez notre proposition, qui répond au cahier des charges et aux besoins exprimés pendant les consultations. Ou vous la refusez et vous assumez par écrit la responsabilité des difficultés qui en découleront.

— Ce n’est pas ainsi que nous travaillons habituellement.

— C’est ainsi que nous allons travailler sur ce projet.

Elle ne haussa pas la voix. Elle ne sourit pas davantage.

— Je ne signerai pas des plans que je considère comme défectueux pour préserver votre budget. Si vous voulez supprimer ces aménagements, vous devrez trouver une autre architecte.

Le client se tourna vers la patronne d’Anne, probablement convaincu qu’elle interviendrait pour rappeler sa collaboratrice à l’ordre.

La femme consulta tranquillement ses notes.

— La position d’Anne est également celle du cabinet.

Le client céda dix minutes plus tard.

Lorsqu’elles se retrouvèrent seules, la patronne d’Anne resta un moment à la regarder.

— Tu as changé.

Anne rangea ses documents.

— Dans le bon sens ?

— Tu n’as pas reculé d’un centimètre, mais tu n’as pas non plus essayé de l’étrangler avec sa cravate.

— J’y ai pensé.

— Autrefois, cela se serait vu.

Anne leva un sourcil.

— Tu ne te bats plus pour occuper la pièce, poursuivit sa patronne. Tu entres comme si elle t’appartenait déjà.

Le compliment toucha Anne plus profondément qu’elle ne voulut le montrer.

Elle se contenta de sourire.

— Merci.

Elle n’ajouta rien.

Comment aurait-elle pu expliquer que cette nouvelle assurance était apparue en donnant des ordres à Alexandre ? Qu’elle avait appris, en voyant son compagnon s’agenouiller devant elle, qu’une autorité véritable n’avait pas besoin de colère pour exister ?

Alexandre ressentait lui aussi les effets de leur nouvel équilibre.

Le refus d’Anne de se marier ne disparaissait pas de leur histoire. Il se souvenait encore de la tristesse éprouvée lorsqu’elle lui avait expliqué qu’aucune institution ancienne ne renforcerait leur amour.

Pendant longtemps, Alexandre avait cru qu’il leur manquait quelque chose. Un engagement visible. Une structure capable de donner une forme durable au lien qui les unissait.

Le collier occupait peu à peu cet espace.

Il ne liait pas Anne à lui. Il le liait à Anne.

Lorsqu’elle le verrouillait autour de son cou, Alexandre lui offrait ce qu’elle avait toujours refusé de perdre elle-même : le droit de décider. Cette offrande ne ressemblait pas au mariage qu’il avait imaginé, mais elle possédait une force comparable.

Anne acceptait son obéissance.

Elle acceptait la responsabilité de le guider.

Pour Alexandre, cette décision constituait une forme d’engagement plus intime qu’une signature devant un officier d’état civil.

Même le désordre de la maison devenait plus simple à vivre.

L’organisation d’Anne demeurait incompréhensible. Les plans s’accumulaient sur la table, les chaussures apparaissaient dans les endroits les plus improbables et certains objets changeaient de place selon une logique qu’elle seule pouvait suivre.

Autrefois, Alexandre se demandait constamment s’il devait intervenir. Ranger risquait de contrarier Anne. Ne rien faire pouvait lui être reproché plus tard. Chaque objet devenait un problème dont il devait anticiper les conséquences.

Désormais, lorsqu’elle lui faisait porter le collier, Anne lui disait exactement ce qu’elle attendait.

— Ne touche pas à cette pile.

— Range les livres, mais laisse le carnet rouge sur la table.

— Mets cette boîte dans le meuble de l’entrée.

Les ordres d’Anne donnaient une direction à son chaos.

Alexandre n’avait plus besoin de déterminer si une décision était bonne ou mauvaise. Il lui suffisait d’exécuter sa volonté aussi fidèlement que possible.

Un soir, Anne décida de pousser cette expérience un peu plus loin.

Alexandre venait de rentrer du travail lorsqu’elle l’appela dans la salle à manger. Le collier était posé au centre de la table, accompagné de sa petite clé.

— À genoux, ordonna-t-elle.

Il posa sa sacoche et vint prendre place devant elle.

Anne portait un pantalon noir et un chemisier dont les manches étaient retroussées. Sa tenue n’avait rien d’extravagant. Pourtant, la manière dont elle se tenait suffisait à modifier toute l’atmosphère de la pièce.

— Notre mot de sécurité ? demanda-t-elle.

— Rouge.

— Tu me préviens également si quelque chose te fait réellement mal.

— Oui, maîtresse.

Elle lui passa le collier et verrouilla la boucle.

Alexandre ferma les yeux en entendant le léger déclic. Comme chaque fois, quelque chose se détendit en lui. Le monde extérieur venait de perdre son importance.

— Ce soir, tu vas préparer le souper, annonça Anne.

— Que souhaitez-vous manger ?

— Tu choisiras. Mais j’ai deux exigences.

— Je vous écoute, maîtresse.

— Premièrement, tu dresseras la table avec la vaisselle de ma mère.

Alexandre releva les yeux.

Le service était rangé dans la partie supérieure du buffet. Anne ne l’avait jamais utilisé depuis qu’elle avait hérité de la maison. Il avait proposé plusieurs fois de sortir les assiettes à l’occasion d’un anniversaire ou d’une fête, mais elle avait toujours refusé.

— Tu es certaine ?

Le regard d’Anne se durcit légèrement.

— Tu portes le collier depuis moins d’une minute et tu remets déjà en question ma décision ?

— Non, maîtresse.

— Cette vaisselle est faite pour servir. Ce soir, elle servira.

— Oui, maîtresse.

— Deuxièmement, tu enlèveras tes vêtements pour préparer le repas.

Alexandre hésita.

— Tous mes vêtements ?

— Tu peux conserver ton caleçon.

Un sourire malicieux éclaira le visage d’Anne.

— Il cachera ton petit rossignol et son petit bosquet.

Alexandre baissa les yeux vers son pantalon.

— Je ne suis pas certain que cette terminologie respecte les classifications ornithologiques.

— Continue et le rossignol découvrira immédiatement les dangers de la déforestation.

Il se tut.

Anne croisa les bras.

— Déshabille-toi.

Alexandre retira sa chemise, son pantalon et ses chaussettes. Il plia soigneusement ses vêtements sur une chaise avant de se tenir devant elle, vêtu uniquement de son caleçon et du collier.

Anne prit le temps de l’observer.

Le contraste lui plaisait. Alexandre ne possédait plus aucun signe de son statut professionnel. Plus de veste, de téléphone ou d’ordinateur. Seulement cet homme presque nu, attendant ses instructions.

Son homme.

Son soumis.

— Va chercher la vaisselle, dit-elle.

Alexandre ouvrit le buffet. Les assiettes étaient protégées par des feuilles de papier. Leur bord était décoré d’un motif végétal bleu et argent.

— Manipule-les avec précaution, ordonna Anne. Elles comptaient beaucoup pour ma mère.

— Je ferai attention.

— Je sais.

Il sortit chaque pièce séparément et la déposa sur la table. Anne l’observait en silence.

Au fond du buffet, Alexandre découvrit également deux verres en cristal et un plat ovale assorti au service.

— Celui-ci aussi ?

— Tout ce qui est nécessaire pour dresser correctement la table.

Il commença à organiser les couverts.

Anne entra dans la cuisine et ouvrit un tiroir. Elle en sortit une longue cuillère en bois.

Alexandre la regarda revenir.

— Je ne crois pas que cet objet fasse partie du service.

Anne fit claquer la cuillère contre sa paume.

— Nous n’avons pas encore acheté de cravache.

— Cette cuillère est destinée à la cuisine.

— Ce soir, elle possède plusieurs fonctions.

Elle se plaça derrière lui.

— Continue.

Alexandre déposa les fourchettes à gauche des assiettes. Il allait placer les couteaux lorsqu’un coup sec s’abattit sur son derrière.

Il sursauta et manqua de faire tomber un couvert.

— Qu’est-ce que j’ai fait ?

— Les verres ne sont pas alignés.

Il les observa.

— Ils le sont presque.

Un deuxième coup claqua contre son caleçon.

— Presque n’était pas ma consigne.

Une chaleur immédiate se répandit sur sa peau.

— Non, maîtresse.

— Recommence.

Alexandre réaligna les verres avec une attention renouvelée.

— Comme ceci ?

Anne examina la table.

— Mieux.

Elle fit lentement glisser la cuillère contre sa fesse.

— Tu apprends rapidement lorsque tu es correctement motivé.

Alexandre sentit son visage rougir.

— Merci, maîtresse.

Anne prit place sur une chaise pendant qu’il gagnait la cuisine. Elle avait apporté un verre de vin et conservait la cuillère en bois dans sa main.

Alexandre consulta le contenu du réfrigérateur.

— Puis-je vous préparer un risotto aux champignons ?

— Oui.

— Souhaitez-vous une salade ?

— Alexandre.

Il se retourna.

— Je t’ai demandé de préparer le souper. Je ne t’ai pas demandé de me présenter toutes les décisions nécessaires à sa préparation.

— Je voulais m’assurer…

Anne frappa la cuillère contre sa paume.

— Tu recommences à analyser chaque détail.

Il s’interrompit.

— Prépare-moi un repas. Fais les choix nécessaires. Je te corrigerai s’ils ne me conviennent pas.

Alexandre inspira profondément.

— Oui, maîtresse.

Il se mit au travail.

Anne le surveillait depuis sa chaise. Elle aimait le voir se déplacer presque nu dans la cuisine, le collier autour du cou. Elle aimait surtout la concentration avec laquelle il tentait de répondre à ses attentes.

Lorsqu’il ouvrit un placard sans le refermer, elle se leva.

Le coup de cuillère résonna dans la pièce.

— Le placard.

Alexandre le referma.

— Pardon, maîtresse.

— Tu peux faire mieux.

— Oui, maîtresse.

Elle retourna s’asseoir, enchantée par son rôle.

Le repas prit forme progressivement. Une odeur de champignons, de vin blanc et de parmesan se répandit dans la maison. Alexandre dressa le risotto dans le plat ayant appartenu à la mère d’Anne.

Lorsqu’il apporta celui-ci dans la salle à manger, il avait préparé une seule assiette et un bol.

Anne sourit.

— Tu n’as pas oublié ta place.

— L’expérience précédente m’a permis d’améliorer mes procédures.

— Pose mon assiette.

Il la servit avant de remplir son propre bol. Il déposa ensuite celui-ci sur le sol, près de la chaise d’Anne.

— Assieds-toi.

Alexandre prit place à ses pieds.

Anne goûta le risotto.

— C’est excellent.

— Merci, maîtresse.

Elle posa un pied contre sa cuisse.

— Tu peux commencer.

L’atmosphère resta détendue. Anne mangeait dans la vaisselle de sa mère tandis qu’Alexandre, installé sur le sol, lui racontait les moments les plus absurdes de sa journée. Il devait cependant demander la permission avant de prendre la parole trop longuement.

Lorsqu’il oublia cette règle, Anne lui donna un léger coup de cuillère sur l’épaule.

— Tu sais que cet instrument perd toute crédibilité lorsqu’il contient encore du risotto ? demanda-t-il.

— Veux-tu que je choisisse une autre cible ?

— Non, maîtresse.

Ils rirent tous les deux.

Sous leur légèreté, quelque chose de plus profond traversait pourtant la soirée. Anne avait enfin sorti la vaisselle de sa mère. Elle regardait les motifs bleus apparaître sous les aliments et retrouvait des souvenirs qu’elle croyait enfermés avec les assiettes dans le buffet.

Elle se revit enfant, assise devant une table trop haute. Sa mère utilisait ce service lors des jours importants. Elle lui répétait de ne pas cogner les verres et de tenir correctement sa fourchette.

Pendant des années, Anne avait craint qu’utiliser cette vaisselle efface une partie de ces souvenirs. Ce soir, elle comprenait qu’elle ne les protégeait pas en les maintenant enfermés.

Elle les empêchait simplement de vivre.

Alexandre ne posa aucune question. Il attendit qu’elle choisisse elle-même de parler.

— Ma mère servait toujours le dessert dans les petites assiettes, dit-elle finalement.

— Celles avec le bord argenté ?

— Oui. Même lorsqu’il ne s’agissait que d’une part de gâteau achetée au supermarché. Elle disait qu’une belle assiette pouvait sauver un mauvais dessert.

— C’est une théorie défendable.

— Ne l’analyse pas.

— Pardon, maîtresse.

Anne caressa doucement ses cheveux.

— Tu peux la trouver défendable.

Après le repas, Alexandre débarrassa la table. Anne lui ordonna de laver chaque pièce à la main et de l’essuyer immédiatement.

Elle resta dans la cuisine avec sa cuillère en bois.

Un nouveau coup s’abattit lorsqu’il empila deux assiettes humides.

— Séparément, avait-elle précisé.

— Elles allaient rester ainsi moins de dix secondes.

La cuillère claqua une seconde fois.

— Tu discutes ?

— Je fournis un contexte.

Un troisième coup lui arracha une grimace.

— Ton contexte ne m’intéresse pas.

— Oui, maîtresse.

Lorsqu’il eut terminé, Alexandre rangea soigneusement le service dans le buffet. Anne vérifia la disposition, puis lui fit signe d’approcher.

— À genoux.

Il obéit.

Elle déverrouilla le collier et le retira lentement. Ses doigts massèrent quelques secondes la marque légère laissée par le cuir.

— C’est terminé, murmura-t-elle.

Alexandre releva les yeux.

— Merci, maîtresse.

Anne se pencha et l’embrassa.

— Tu peux m’appeler Anne.

— Je vais commencer par remettre un pantalon.

— Excellente initiative. Le rossignol risque de prendre froid.

Quelques minutes plus tard, ils s’installèrent sur le canapé avec deux cafés. Alexandre s’assit avec une prudence qui n’échappa pas à Anne.

— Un problème ? demanda-t-elle innocemment.

— J’ai les fesses en feu.

— À ce point ?

— Je prévois d’importantes difficultés pour m’asseoir au cours des prochains jours.

Anne éclata de rire.

— La prochaine fois, travaille correctement et tu ne seras pas puni.

— J’ignorais que l’alignement des verres justifiait une sanction corporelle.

— Tu vois ? Tu analyses encore.

— Le collier est retiré. J’ai récupéré le droit de contester les méthodes de gestion.

Elle se rapprocha de lui et posa ses jambes sur ses cuisses.

— J’ai beaucoup aimé cette soirée.

— Même la partie culinaire ?

— Surtout le fait de te voir faire des efforts pour obéir exactement à mes souhaits. Tu n’essayais plus de transformer chaque demande en problème complexe. Tu agissais.

— Les coups de cuillère contribuaient à clarifier vos attentes.

— J’ai trouvé cela très reposant.

Alexandre prit doucement l’un de ses pieds et commença à le masser.

— J’ai aimé vous servir.

— Anne.

— J’ai aimé te servir.

Elle le laissa poursuivre quelques instants.

— Il faudra néanmoins procéder à une amélioration, dit-elle.

— La cuillère en bois ?

— Toi.

Alexandre s’arrêta.

— Moi ?

— Une épilation intégrale sera nécessaire.

Il baissa les yeux vers son corps, désormais dissimulé sous ses vêtements.

— Intégrale ?

— Intégrale.

— Pour quelle raison ?

— Une question d’hygiène.

Alexandre prit son expression la plus analytique.

— D’un point de vue strictement scientifique, la présence de pilosité ne constitue pas nécessairement…

— Et parce que cela me plairait davantage.

Il referma la bouche.

— Voilà un argument plus honnête.

— La prochaine fois que tu me serviras presque nu, je ne veux plus voir le petit bosquet.

— Le rossignol risque de perdre son habitat naturel.

— Il s’adaptera.

— Puis-je au moins demander un délai de relogement ?

Anne rit de nouveau.

Le silence qui suivit fut plus doux. Alexandre reprit son massage, puis son regard se posa sur le buffet.

— Merci d’avoir sorti la vaisselle de ta mère.

Anne cessa de sourire.

— Pourquoi me remercies-tu ?

— Parce que tu ne m’avais jamais laissé la toucher.

— J’avais peur qu’elle soit abîmée.

— Ce n’était pas seulement cela.

Elle le regarda.

Alexandre ne chercha pas à lui fournir lui-même la réponse.

— Non, reconnut-elle. Ce n’était pas seulement cela.

— Ce soir, tu m’as laissé entrer dans une partie de ta vie que tu gardais fermée. Tu m’as montré comment ta mère utilisait ces assiettes et tu m’as confié quelque chose qui comptait pour toi.

— Je t’ai surtout frappé avec une cuillère parce que tu rangeais mal ses verres.

— Ta méthode pédagogique reste perfectible.

Il prit sa main.

— Mais je suis reconnaissant que tu m’aies guidé dans cette partie de ton histoire.

L’émotion surprit Anne. Elle posa sa tasse et vint se blottir contre lui, prenant soin d’éviter ses fesses douloureuses.

Alexandre passa un bras autour de ses épaules.

Pendant quelques minutes, il ne fut plus son soumis et elle ne fut plus sa maîtresse. Ils redevinrent simplement Anne et Alexandre, deux êtres qui avaient appris à traverser ensemble leurs deuils et leurs blessures.

Le collier n’avait pas diminué leur tendresse.

Il leur permettait d’atteindre des endroits qu’ils n’avaient jamais su ouvrir autrement.

— Nous avons tout de même un problème matériel, dit finalement Anne.

— Lequel ?

— La cuillère.

— Je commençais à m’y attacher.

— Elle n’est pas conçue pour cela. Elle est difficile à manier et je ne contrôle pas précisément la force des coups.

— Je confirme.

— Il nous faudrait une véritable cravache. Ou une palette.

Alexandre tourna la tête vers elle.

— Tu sembles avoir réfléchi à la question.

— Il nous faudrait également des bracelets, un bandeau et peut-être quelque chose pour t’empêcher de discuter.

— Je crains qu’aucun accessoire disponible sur le marché ne soit capable de garantir ce résultat.

Anne se redressa.

— Il est temps d’accessoiriser nos séances.

Alexandre comprit immédiatement où cette décision allait les conduire.

— Tu veux aller dans la boutique ?

— Celle où tu as acheté mon collier.

— Je pourrais y retourner seul.

— Certainement pas. Cette fois, je choisis.

Il tenta de dissimuler son inquiétude.

Anne la remarqua et sourit.

— Ne t’en fais pas. Je commencerai doucement.

— Ta définition de la douceur vient de laisser des marques sur mes fesses.

— Alors tu disposes déjà d’un point de comparaison.

Elle reprit sa tasse et se réinstalla contre lui.

Alexandre contempla la cuillère en bois abandonnée sur la table de la cuisine.

La première fois, il était entré seul dans la boutique, poussé par une impulsion qu’il comprenait à peine.

La prochaine fois, Anne serait à ses côtés.

Et ce serait sa maîtresse qui choisirait ce qu’ils rapporteraient à la maison.

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