Le week-end suivant, Anne et Alexandre retournèrent dans la boutique.
Depuis leur conversation sur le canapé, Alexandre savait que cette visite aurait lieu. Il ignorait seulement quand Anne se déciderait.
Elle choisit le samedi matin.
— Habille-toi, lui dit-elle après le petit-déjeuner. Nous sortons.
— Pour aller où ?
— Faire quelques achats.
— Dans quelle catégorie ?
Anne lui adressa un sourire.
— Celle qui te rend nerveux.
Alexandre comprit immédiatement.
Il ne posa aucune autre question, ce qui ne l’empêcha pas de consacrer le trajet à imaginer ce qu’Anne pouvait vouloir acheter. Ses suppositions allaient d’une simple paire de bracelets à des objets dont il ne connaissait que vaguement l’existence.
Anne, elle, conduisait avec une sérénité parfaite.
Le collier était dissimulé dans son sac à main, accompagné de sa petite clé. Alexandre ignorait qu’elle l’avait emporté.
Lorsqu’ils atteignirent la rue de la boutique, son malaise devint visible. Il ralentit devant la vitrine et contempla la porte comme s’il s’agissait de l’entrée d’un bâtiment dont la stabilité lui paraissait douteuse.
— Tu peux encore changer d’avis, lui dit Anne.
— C’est une possibilité ?
— Non. Mais je voulais observer ta réaction.
Elle poussa la porte.
La clochette tinta.
Le souvenir de sa première visite revint aussitôt à Alexandre : son envie de repartir, les objets qu’il évitait de regarder et la conseillère qui avait compris avant lui ce qu’il cherchait.
La boutique était calme. Les accessoires étaient toujours disposés sous leurs éclairages soigneusement orientés, avec l’élégance presque intimidante d’une collection privée.
Anne entra sans la moindre hésitation.
Alexandre la suivit.
La conseillère apparut derrière le comptoir. Son regard passa d’Anne à Alexandre. La reconnaissance fut immédiate.
— Monsieur quarante et un centimètres.
Alexandre ferma les yeux.
Anne se tourna lentement vers lui.
— Quarante et un centimètres ?
— Mon tour de cou, expliqua-t-il.
— Je me demandais déjà quelle information tu avais oublié de me communiquer.
La vendeuse sourit.
— Il ne connaissait pas sa taille. J’ai dû la mesurer.
— Je vois.
Anne paraissait enchantée.
— Je suis Anne.
— La destinataire du cadeau.
— Exactement. Je tenais à vous remercier. Vous avez très bien conseillé Alexandre.
— Le collier vous a plu ?
— Beaucoup.
— Et la manière dont il vous l’a présenté ?
Anne regarda son compagnon.
— Il avait préparé un discours et un déroulement précis. J’ai trouvé le paquet avant qu’il puisse mettre son plan à exécution.
La vendeuse rit.
— Cela lui ressemble.
— Vous ne l’avez rencontré qu’une fois, protesta Alexandre.
— Cela avait suffi.
Anne et la conseillère échangèrent un regard complice.
— Il m’a expliqué que vous lui aviez conseillé de me laisser décider du moment où il porterait son collier, reprit Anne.
— C’est généralement préférable lorsqu’on offre son obéissance à quelqu’un.
— Nous avons suivi ce principe. Son premier ordre a été de sortir les poubelles.
— Un excellent commencement.
— Depuis, nous avons diversifié les tâches.
— Je suis ravie de l’apprendre.
Alexandre avait l’impression de devenir le sujet d’une conversation à laquelle sa présence n’était pas indispensable.
— Peut-être pourrions-nous parler des accessoires ? suggéra-t-il.
— Tu es pressé ? demanda Anne.
— Pas exactement.
— Alors laisse-nous faire connaissance.
La vendeuse s’appuya contre le comptoir.
— Vous semblez déjà avoir trouvé votre manière de fonctionner.
— Je découvre, répondit Anne. J’aime davantage commander que je ne l’aurais imaginé.
— Et monsieur ?
Les deux femmes se tournèrent vers lui.
— Alexandre aime se retrouver à ma merci, répondit Anne à sa place.
Il rougit.
— Je vois que vous avez également appris à parler pour lui.
— Seulement lorsque sa réponse me paraît évidente.
La vendeuse observa Alexandre quelques secondes.
— Il réfléchit encore trop.
— Constamment.
— Je suis présent, leur rappela-t-il.
Anne ouvrit son sac à main.
— Justement.
Elle en sortit le collier.
Le regard d’Alexandre se fixa sur la bande de cuir noir. Son embarras ne disparut pas, mais quelque chose changea immédiatement dans son attitude.
Anne le remarqua.
— Approche.
Il vint se placer devant elle.
— Ici ? demanda-t-il à voix basse.
— Oui.
La conseillère les observait avec intérêt.
Anne leva le collier.
— Baisse la tête.
Alexandre obéit.
Elle passa le cuir autour de son cou et referma la boucle. Puis elle introduisit la petite clé dans le verrou.
Le déclic résonna doucement dans la boutique.
Alexandre inspira. Ses épaules se relâchèrent presque aussitôt.
Anne posa deux doigts contre l’anneau.
— À partir de maintenant, tu cesses d’analyser chaque accessoire et d’imaginer tout ce que je pourrais en faire.
— Cela risque d’être difficile.
Elle tira légèrement.
— Tu t’en remets à mon autorité.
Le regard d’Alexandre se calma.
— Oui, maîtresse.
La vendeuse sourit, visiblement impressionnée.
— Très bien.
Anne tourna la tête vers elle.
— Quoi donc ?
— Vous avez compris l’essentiel. Vous ne lui avez pas seulement mis un collier. Vous lui avez retiré le poids de la décision.
Elle reporta son attention sur Alexandre.
— Le changement est remarquable.
Anne contempla son compagnon. Quelques secondes plus tôt, il semblait prêt à établir une liste de risques pour chaque rayon. Désormais, il attendait simplement à ses côtés.
Cette transformation éveilla en elle une fierté inattendue.
— Montrez-moi les accessoires que devrait posséder toute maîtresse digne de ce nom, demanda-t-elle.
Une inquiétude traversa le visage d’Alexandre.
Anne saisit son anneau.
— Tu n’es plus à la manœuvre.
— Oui, maîtresse.
— Suivez-moi, dit la vendeuse.
Elle les conduisit vers une première vitrine consacrée aux attaches.
Plusieurs paires de bracelets en cuir y étaient exposées. Certaines étaient fines et décoratives. D’autres possédaient des boucles renforcées et un rembourrage intérieur.
La conseillère sélectionna une paire noire assortie au collier.
— De bons bracelets doivent être confortables tout en empêchant réellement le soumis de se libérer. Ceux-ci peuvent être reliés devant ou derrière le dos.
Anne les prit et examina les coutures.
— Donne-moi tes mains.
Alexandre tendit les poignets.
Anne referma les bracelets et demanda à la vendeuse de les relier dans son dos.
— Essaie de les écarter.
Il testa la résistance.
— Je ne peux pas.
Anne se plaça devant lui.
— Ils seront utiles lorsque je voudrai que tu cesses de toucher ou d’intervenir sans permission.
— Oui, maîtresse.
— Nous les prenons.
La vendeuse libéra ses poignets avant de présenter les attaches assorties pour les chevilles.
— Celles-ci limitent les déplacements. Vous pouvez également les fixer aux pieds d’un lit ou les relier entre elles.
Anne imagina Alexandre allongé, incapable de modifier la position qu’elle lui aurait imposée.
— Ajoutez-les.
La troisième paire comportait de simples sangles rembourrées.
— Elles permettent notamment de maintenir les cuisses écartées, expliqua la conseillère.
Alexandre détourna légèrement le regard.
Anne le remarqua.
— Celles-ci aussi.
— Vous apprenez vite, dit la vendeuse.
— J’ai beaucoup d’imagination.
Elles passèrent ensuite aux bandeaux.
La conseillère en choisit un qui bloquait entièrement la lumière.
— Priver un soumis de sa vue amplifie toutes ses autres sensations. Cela l’empêche également d’anticiper ce que sa maîtresse prépare.
— Parfait pour Alexandre.
Anne plaça le bandeau sur ses yeux.
— Que vois-tu ?
— Absolument rien.
Elle fit lentement glisser un ongle le long de sa nuque. Alexandre frissonna.
— Tu ne peux plus analyser que les informations que je décide de te donner.
— C’est une méthode radicale.
— Elle semble efficace.
Anne retira le bandeau et l’ajouta à leurs achats.
La vendeuse leur montra ensuite plusieurs bâillons. Alexandre regarda les modèles alignés avec une prudence nouvelle.
— Celui-ci est relativement confortable, expliqua-t-elle. Il réduit la parole sans empêcher complètement le soumis de produire un signal sonore.
Anne prit l’accessoire.
— Il pourrait enfin m’écouter sans essayer d’apporter une solution.
— Je peux parfaitement écouter sans parler.
Elle leva un sourcil.
— Tu es en train de discuter l’utilité de l’objet.
Alexandre se tut.
— Nous le prenons.
Vint ensuite une rangée de laisses. Certaines étaient constituées d’une chaîne métallique, d’autres d’une simple lanière de cuir.
La conseillère attacha un modèle court à l’anneau du collier. Elle tendit l’extrémité à Anne.
— Une laisse courte permet de contrôler facilement sa position. Elle est également très symbolique.
Anne exerça une légère traction.
Alexandre fut contraint d’avancer d’un pas.
Elle recula et l’obligea à la suivre.
— J’aime beaucoup.
— Cela se voit, remarqua la vendeuse.
Anne fit lentement le tour de la boutique, Alexandre relié à elle par la laisse. Il suivait chacun de ses mouvements sans protester.
— Elle sera parfaite lorsque je voudrai te rappeler où est ta place.
— Oui, maîtresse.
— Ajoutez-la.
Le rayon suivant était consacré aux instruments de correction.
Anne reconnut les cravaches aperçues lors de ses recherches. À côté se trouvaient des martinets, des fouets et différentes palettes.
La vendeuse lui fit prendre une palette en cuir relativement souple.
— Celle-ci produit un bruit impressionnant sans demander beaucoup de force. Elle convient bien pour apprendre à doser les coups.
Anne la fit claquer contre sa propre paume.
Alexandre sursauta légèrement.
— Elle remplacera avantageusement la cuillère en bois, déclara-t-elle.
La vendeuse regarda Alexandre.
— Une cuillère ?
— Une solution provisoire, expliqua Anne.
— Elle manquait de précision, ajouta-t-il.
— Et il a eu les fesses en feu pendant deux jours.
— Cette information n’était pas nécessaire.
Les deux femmes rirent.
La conseillère proposa ensuite une cravache fine.
— Celle-ci est plus précise. Elle permet de désigner une position, de guider un mouvement ou de concentrer la sensation sur une zone particulière.
Anne la prit et en fit glisser l’extrémité sur le torse d’Alexandre.
— Je pourrais m’en servir pour te montrer exactement ce que je veux.
— Oui, maîtresse.
— La palette et la cravache.
— Les deux ? demanda-t-il avant de pouvoir se retenir.
Anne posa la languette de la cravache sous son menton.
— Tu viens de remettre en question ma décision ?
— Non, maîtresse.
— C’est bien ce que je pensais.
La vendeuse ajouta les deux accessoires à leur sélection.
Elle leur présenta enfin un coussin d’agenouillement en cuir rembourré.
— Celui-ci est moins spectaculaire, mais très utile. Un soumis peut rester longtemps aux pieds de sa maîtresse si ses genoux sont correctement protégés.
Anne appuya sur le rembourrage.
— Nous le prenons.
Alexandre la regarda.
— Celui-là ne t’inquiète pas ? demanda-t-elle.
— Non. Il suggère que vous envisagez de me garder longtemps à genoux.
— C’est exactement son utilité.
Le sourire qu’ils échangèrent n’échappa pas à la vendeuse.
— Vous avez de la chance, dit-elle doucement.
Anne ne releva pas immédiatement la remarque.
La visite se poursuivit vers une partie de la boutique consacrée aux vêtements féminins. Plusieurs tenues étaient présentées sur des mannequins : robes de cuir, corsets, pantalons moulants et combinaisons brillantes.
Des bottes et des gants occupaient tout un mur.
Anne s’arrêta devant une paire de cuissardes noires.
— Elles sont magnifiques.
— Le cuir est souple, répondit la vendeuse. Le talon reste suffisamment stable pour se déplacer avec assurance.
Elle décrocha une botte et la tendit à Anne.
— La tenue ne fait pas la maîtresse. Une femme peut commander en robe légère, en tailleur ou sans le moindre vêtement. Mais une tenue choisie pour une séance amplifie son autorité. Elle l’aide à entrer dans son rôle et produit un effet immédiat sur son soumis.
Anne passa la main sur le cuir.
— Surtout avec ce genre de bottes ?
— Tous les hommes sont fétichistes.
— Affirmation difficile à démontrer, intervint Alexandre.
La vendeuse se tourna vers lui.
— Le cuir vous laisse indifférent ?
— Je n’ai pas dit cela.
— Les cuissardes ?
— Cette conversation n’est peut-être pas indispensable.
Anne tira sur la laisse encore attachée à son collier.
— Réponds.
Alexandre contempla les bottes entre les mains de sa compagne.
— Non, maîtresse. Elles ne me laissent pas indifférent.
— Et le cuir ?
— Non plus.
Anne échangea un sourire avec la vendeuse.
— Voilà. Tous les hommes ont leurs déclencheurs. Certains les reconnaissent simplement plus vite que d’autres.
Anne essaya les cuissardes.
Lorsqu’elle sortit de la cabine, Alexandre resta immobile. Les bottes montaient au-dessus de ses genoux et transformaient entièrement sa silhouette. Anne fit quelques pas, appréciant le bruit ferme de ses talons sur le sol.
Elle s’arrêta devant lui.
— À genoux.
Alexandre obéit.
Depuis cette position, les cuissardes dominaient tout son champ de vision. Anne posa une botte sur le coussin prévu pour ses genoux.
— Embrasse-la.
Il approcha ses lèvres du cuir.
Anne sentit une vague de plaisir la traverser.
— Nous les prenons.
Elle choisit également une paire de gants montant jusqu’aux coudes et un pantalon en cuir dont la coupe lui plut immédiatement.
La vendeuse lui présenta une combinaison en latex.
— Celle-ci demande un peu plus de préparation, mais l’effet sur un soumis est rarement décevant.
Anne observa Alexandre.
— Qu’en penses-tu ?
— Je n’ai pas reçu l’autorisation d’analyser.
— Je t’accorde celle de donner ton avis.
Il examina la combinaison.
— Je pense que vous seriez très impressionnante.
— Seulement impressionnante ?
— Et particulièrement difficile à quitter des yeux.
Anne se tourna vers la vendeuse.
— Ajoutez-la.
Lorsque vint le moment de s’intéresser aux vêtements destinés aux hommes, le choix se révéla beaucoup plus limité.
La vendeuse leur présenta plusieurs caleçons en cuir ou en latex. Leur coupe couvrait les hanches et le derrière, mais une ouverture était aménagée à l’avant.
Alexandre regarda le premier modèle avec perplexité.
— Il manque une partie du vêtement.
— C’est volontaire, répondit la conseillère.
Anne prit un caleçon en cuir noir.
— Expliquez-moi.
— Beaucoup de maîtresses aiment que leur soumis reste partiellement vêtu. Cela rappelle son statut sans le laisser entièrement nu. L’ouverture permet également de rendre visible une cage de chasteté.
La main d’Anne s’immobilisa sur le cuir.
— Une cage ?
Alexandre reconnut immédiatement le changement de son expression.
— Anne…
Elle tira sur la laisse.
— Maîtresse.
— Maîtresse, je ne suis pas certain que…
— Tu n’as pas besoin d’être certain. Je suis seulement en train de me renseigner.
La vendeuse les conduisit vers une vitrine plus petite.
Plusieurs dispositifs y étaient présentés. Certains étaient fabriqués en matière synthétique, d’autres en métal poli.
— La cage empêche le soumis de disposer librement de son excitation, expliqua-t-elle. Sa maîtresse conserve la clé et décide du moment où il peut être libéré. Il existe des modèles légers pour les périodes courtes et d’autres conçus pour être portés plus longtemps.
Anne se pencha devant la vitrine.
L’idée s’accordait parfaitement avec ce qu’elle aimait dans le collier. Elle ne contrôlerait plus seulement les actions d’Alexandre. Elle déciderait également du moment où son plaisir lui serait permis.
— Quel modèle conviendrait avec ce caleçon ?
La vendeuse sortit une boîte contenant une cage en acier chirurgical.
— Celle-ci. L’acier est durable et facile à entretenir. Le modèle est livré avec plusieurs anneaux d’ajustement. Il faudra commencer par de courtes périodes et vérifier qu’aucune gêne anormale n’apparaît.
Alexandre observa la cage.
Elle lui parut beaucoup plus imposante entre les mains de la vendeuse que dans la vitrine.
— Qu’en penses-tu ? demanda Anne.
— Que le concept mérite probablement une longue phase d’étude.
— Ce n’était pas ma question.
Elle se rapprocha.
— Est-ce que cela dépasse une limite ?
Alexandre prit le temps de considérer honnêtement sa réponse.
— Non, maîtresse.
— Cela te fait peur ?
— Un peu.
— Et veux-tu me laisser décider ?
Son regard passa de la cage à la clé du collier qu’elle portait sur elle.
— Oui, maîtresse.
Anne se retourna vers la vendeuse.
— Nous prenons le caleçon et la cage.
Alexandre ferma brièvement les yeux.
— En acier chirurgical, précisa Anne.
— Naturellement.
La satisfaction de la vendeuse contrastait avec l’expression résignée d’Alexandre.
— Vous veillerez à respecter les durées conseillées, dit-elle à Anne. Et vous vérifierez régulièrement son confort.
— Je prendrai soin de ce qui m’appartient.
Alexandre rouvrit les yeux.
Ces mots suffirent à transformer son inquiétude en un trouble beaucoup plus profond.
Au moment de passer à la caisse, le comptoir disparut presque entièrement sous leurs achats.
Les bracelets, les sangles, le bandeau, le bâillon, la laisse, la palette, la cravache et le coussin formaient un premier ensemble. À cela s’ajoutaient les cuissardes, les gants, le pantalon de cuir, la combinaison en latex, le caleçon ouvert et la cage en acier.
La vendeuse répartit le tout dans plusieurs grands sacs noirs.
— La première fois, remarqua Alexandre, je suis reparti avec un seul petit paquet.
— Tu manquais d’ambition, répondit Anne.
— Je commence à mesurer les conséquences de mon impulsion.
— Je t’avais interdit d’analyser.
— Pardon, maîtresse.
Une fois les achats réglés, Anne détacha la laisse. Elle fit ensuite signe à Alexandre de s’approcher.
Il baissa la tête.
Sous le regard de la vendeuse, Anne déverrouilla son collier. Elle ne le retira pas immédiatement. Ses doigts restèrent quelques secondes contre sa nuque.
— Tu t’es bien comporté, lui murmura-t-elle.
— Merci, maîtresse.
Elle ouvrit enfin la boucle et reprit possession du collier.
Le changement fut subtil. Alexandre se redressa légèrement, comme s’il retrouvait une partie de ses responsabilités. Il demeura néanmoins près d’Anne, attendant presque encore ses instructions.
La vendeuse observait leur échange avec un sourire différent. Son amusement était toujours présent, mais une pointe d’envie s’y mêlait désormais.
Elle pratiquait elle-même la domination et connaissait la difficulté de trouver un homme capable d’offrir une confiance aussi entière sans cesser d’être lui-même.
— Prenez soin l’un de l’autre, dit-elle.
— Nous le ferons, répondit Anne.
Alexandre récupéra les sacs.
Il en prit deux dans chaque main, puis dut en passer un dernier sur son avant-bras. Sa silhouette disparut presque derrière leurs achats.
Anne, elle, ne portait que son sac à main et le collier.
La vendeuse retint un rire.
— Vous semblez déjà avoir trouvé une première utilisation à votre autorité.
— Il aime se rendre utile.
— Je constate.
Anne poussa la porte de la boutique.
Alexandre franchit difficilement le seuil, surchargé par les sacs. La clochette tinta derrière eux.
Dans la rue, il s’arrêta pour rééquilibrer son chargement.
— La dernière fois, dit-il, je n’avais qu’un petit sac contenant un collier.
— Et maintenant ?
Il contempla les nombreux paquets.
— Maintenant, j’ai l’impression d’avoir financé l’ouverture d’une succursale.
Anne éclata de rire.
— Tu regrettes d’être entré dans cette boutique ?
Alexandre regarda le collier qu’elle tenait à la main, puis la femme qui avait progressivement découvert tout ce qu’elle pouvait devenir en le lui faisant porter.
— Non.
— Même avec la cage en acier chirurgical ?
Son silence se prolongea.
— Alexandre ?
— Je réserve ma réponse jusqu’à l’évaluation des conditions réelles d’utilisation.
Anne s’approcha et glissa le collier dans son sac.
— Ce soir, tu n’auras rien à évaluer. Tu t’en remettras à ta maîtresse.
Elle reprit le chemin de la voiture, les mains libres.
Alexandre la suivit avec tous les sacs, partagé entre l’appréhension et le désir de découvrir ce qu’elle avait déjà imaginé pour lui.
La première fois qu’il avait quitté cette boutique, il portait un petit paquet et un secret.
Cette fois, il en ressortait chargé des instruments qui permettraient à Anne de donner une forme nouvelle à son autorité.
Et parmi eux se trouvait une seconde clé dont elle seule déciderait bientôt de l’usage.

