Altair1912
par le 26/09/26
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La doctoresse Morel reçut Anne trois jours plus tard.

Son cabinet ne ressemblait pas à celui qu’Anne avait imaginé. Aucun diplôme n’était placé ostensiblement derrière le bureau. Deux fauteuils se faisaient face près d’une fenêtre, séparés par une petite table ronde.

Morel lui désigna le premier.

— Où est votre bureau ? demanda Anne.

— Derrière la porte.

— Vous n’en avez pas besoin pour cet entretien ?

— Je préfère ne pas donner à un meuble la responsabilité de mon autorité.

Anne s’assit.

— Madame Thomas aurait choisi le fauteuil le plus haut.

— Madame Thomas n’a pas besoin de fauteuil pour produire cet effet.

— Vous l’admirez.

— Beaucoup.

— Mais vous n’êtes pas d’accord avec elle.

Morel croisa les jambes.

— L’admiration n’exige pas l’obéissance intellectuelle.

Pendant presque une heure, elle posa des questions à Anne.

Que ferait-elle si Alexandre acceptait un ordre uniquement par peur de la décevoir ? Pourrait-elle interrompre une pratique dont elle tirait du plaisir ? Accepterait-elle qu’il lui dise non devant une autre femme ? Souhaitait-elle assurer son bonheur ou le façonner selon sa propre définition ?

Anne répondit d’abord avec assurance. Peu à peu, les questions devinrent plus inconfortables.

— Que se passera-t-il le jour où vous lui donnerez un ordre sous le coup de la colère ?

— Je ne mélange pas nos pratiques avec une dispute.

— Vous ne l’avez jamais fait jusqu’à présent.

— Et je ne le ferai pas.

— Ce n’est pas une réponse. Vous ne serez pas toujours raisonnable, Anne.

Elle se raidit.

— Madame Thomas ne m’a posé aucune de ces questions.

— Madame Thomas veut savoir si vous êtes capable de commander. Moi, je veux savoir si vous êtes capable de vous arrêter.

— Vous n’avez donc pas confiance en elle ?

— J’ai confiance dans son intelligence. Beaucoup moins dans son goût pour les limites.

Anne se leva et marcha jusqu’à la fenêtre.

— Alexandre veut devenir un véritable esclave.

— Que signifie « véritable » pour lui ?

— Ne plus pouvoir reprendre sa décision.

— Et pour vous ?

Anne ne répondit pas immédiatement.

— Je veux qu’il m’appartienne. Mais je ne veux pas être la femme qui profitera de sa peur de me perdre pour l’enfermer.

— Alors ne le soyez pas.

— C’est un peu court comme conseil.

— Les principes essentiels le sont souvent. Leur application, en revanche, peut occuper une vie entière.

Anne se retourna.

— Madame Thomas pense que son identité doit finir par se confondre avec la mienne.

— Une partie de ce qu’Alexandre appelle son identité masculine est probablement faite de rôles appris, de devoirs sociaux et de privilèges qu’il ne désire pas conserver. Madame Thomas veut démanteler cet ensemble.

— Et vous ?

— Je veux distinguer ce qui lui a été imposé de ce qui le constitue. Son humour, son intelligence, sa créativité, ses attachements et sa capacité de jugement ne sont pas des obstacles à votre autorité.

Morel se pencha légèrement.

— La volonté d’Alexandre n’est pas votre ennemie. Elle est la matière sur laquelle votre autorité s’exerce. Un homme privé de volonté ne vous obéit pas. Il fonctionne.

La phrase accompagna Anne jusqu’à la maison.

Alexandre l’attendait dans le salon. Le contrat était posé sur la table, entouré de feuilles couvertes de notes.

— Tu as commencé sans moi.

— Morel a dit que nous devions le lire séparément.

— Elle n’a pas dit que tu devais tenter de le réécrire entièrement.

— Je n’ai modifié que les parties techniquement incohérentes.

Anne retira sa veste et s’assit.

— Combien ?

— Trente-sept.

Elle contempla l’épaisseur du document.

— Il n’y a que vingt-quatre clauses.

— Certaines sont incohérentes de plusieurs manières.

Anne tendit la main.

— Donne-moi ça.

Alexandre lui remit les feuilles.

Elle lut d’abord les clauses concernant la vie quotidienne. Il avait rayé le paragraphe qui préservait ses décisions personnelles.

— Tu as supprimé ton autonomie domestique.

— Elle me semblait contradictoire avec la notion d’appartenance totale.

— Tes décisions personnelles comprennent tes vêtements, tes loisirs et l’organisation de ton travail.

— Je suis prêt à te les confier.

— Tu veux que je choisisse aussi tes chaussettes ?

— Si tu souhaites exercer pleinement ton autorité…

— Alexandre, tu ne possèdes que des chaussettes noires.

— Ce qui simplifierait considérablement la gouvernance.

Anne tenta de conserver son sérieux.

— Et si je t’ordonne d’en porter des jaunes ?

Une inquiétude sincère traversa son visage.

— Dans quel contexte ?

Elle éclata de rire.

— Tu veux devenir un esclave absolu, mais les chaussettes jaunes exigent une étude d’impact ?

— Il faut bien conserver une hiérarchie des risques.

Elle reprit sa lecture.

Alexandre proposait également de lui remettre tous ses mots de passe, ses accès personnels et le contrôle de ses comptes numériques.

— Certainement pas.

— Pourtant, mes données font partie de mes biens.

— Je ne veux pas recevoir une alerte chaque fois que tu te connectes au réseau de ton entreprise.

— Nous pourrions établir plusieurs niveaux d’autorisation.

— Tu es en train de concevoir l’architecture informatique de ton propre esclavage.

— Je préfère que le système soit correctement sécurisé.

— Et moi, je préfère que mon esclave reste capable de réparer le Wi-Fi.

Alexandre récupéra une feuille et nota quelque chose dans la marge.

— Qu’est-ce que tu écris ?

— Maintien d’une autonomie technique en cas de panne critique.

Elle lui arracha le stylo.

— Arrête.

Le sourire d’Alexandre disparut lorsqu’elle atteignit la clause de révocation. Il avait supprimé le paragraphe permettant à l’un d’eux de suspendre le pacte.

— Pourquoi as-tu rayé cela ?

— Parce que je ne veux pas d’un engagement provisoire.

— Une possibilité de retrait ne rend pas l’engagement provisoire.

— Si je peux reprendre demain ce que je te donne aujourd’hui, comment pourras-tu croire que je t’appartiens réellement ?

— Parce que tu choisiras de rester.

— Ce n’est pas suffisant.

Anne posa les documents sur la table.

— Pour moi, si.

— Tu refuses le mariage parce que tu considères qu’il enferme les femmes dans une institution. Mais lorsque je te demande un engagement qui m’empêcherait de partir, tu refuses également.

— Précisément parce que je refuse de reproduire cette prison sur toi.

— Je ne le vivrais pas comme une prison.

— Tu ne peux pas savoir comment tu le vivras dans dix ans.

— Toi non plus.

Le silence tomba entre eux.

Anne ouvrit l’écrin du collier. Alexandre observa le cuir noir, croyant qu’elle allait le lui mettre.

Elle posa au contraire l’objet à l’autre extrémité de la table.

— Pas de collier pendant cette discussion. Ta maîtresse n’existe pas encore dans le cadre que nous sommes en train de définir. Je veux entendre Alexandre.

— C’est justement Alexandre qui te demande cela.

— Alors Alexandre doit accepter que je puisse lui répondre non.

Il se leva et marcha jusqu’à la fenêtre.

— Je veux être ton esclave. Un vrai.

Anne le rejoignit.

— Et moi, je veux posséder Alexandre.

— Je ne comprends pas la différence.

— J’aime l’homme qui trouve des solutions impossibles, celui qui me fait rire au pire moment, celui qui transforme mon chaos en quelque chose d’habitable sans essayer de le supprimer. Si je détruis tout cela, qu’est-ce qu’il me restera à posséder ?

— Quelqu’un qui t’obéit.

— Une coquille vide peut obéir. Je ne veux pas d’une coquille vide.

Elle posa une main contre son dos.

— Je ne veux pas que tu sois moins intelligent, moins drôle ou moins vivant. Je veux décider de la place que toutes ces choses occupent auprès de moi.

— Et si je change d’avis ?

— Tu devras me le dire.

— Tu pourrais refuser.

— Je pourrais te demander d’attendre. Je pourrais te rappeler les raisons de ton choix. Je pourrais exiger que nous en parlions avec Morel. Mais je ne t’enfermerai jamais dans une décision que tu ne serais plus capable d’assumer.

Il resta immobile.

— Cela te paraît encore insuffisant ?

— Cela me fait peur.

— Pourquoi ?

— Parce que j’ai peur qu’un jour tu décides que me garder représente trop de travail.

Anne le força à se retourner.

— Tu crois qu’un contrat irrévocable ferait disparaître cette peur ?

— Non.

— Alors ne lui demande pas de choisir à ta place.

La résistance qu’elle cherchait depuis plusieurs semaines apparaissait enfin. Non contre son autorité, mais au cœur même de la manière dont Alexandre voulait la lui offrir.

Ils travaillèrent jusqu’au milieu de la nuit.

Anne rétablit certaines clauses, en supprima d’autres et réécrivit entièrement la définition de l’appartenance. Alexandre protesta, argumenta et proposa des formulations alternatives. Chaque fois qu’il glissait vers une logique absolue, Anne l’obligeait à expliquer ce qu’il cherchait réellement.

À deux heures du matin, une phrase demeurait entre eux :

Mon appartenance ne naît pas de mon incapacité à choisir, mais du choix renouvelé de confier à Anne la place que j’occuperai dans notre vie commune.

Anne traça un cercle autour des mots.

— Celle-là reste.

— C’est un ordre ?

— La première clause de notre pacte.

Le texte final reconnaissait l’autorité prépondérante d’Anne dans leur vie domestique et intime. Alexandre s’engageait à obéir sans transformer chaque ordre en négociation. Son travail, sa santé, sa conscience et sa capacité juridique demeuraient toutefois sous sa responsabilité.

Le mot de sécurité suspendrait immédiatement l’autorité d’Anne. Alexandre pourrait demander un entretien privé avec Morel ou Steinberg. Une volonté de rupture ouvrirait une période de suspension durant laquelle aucune pratique de domination ne serait autorisée.

Anne refusait de pouvoir lui ordonner de renoncer à son métier, à ses relations affectives essentielles ou à sa capacité d’exprimer un danger.

En contrepartie, Alexandre prendrait son nom comme nom d’usage. Il reconnaîtrait officiellement sa place sous son autorité et porterait les signes d’appartenance qu’elle choisirait.

Une semaine plus tard, ils présentèrent leur version à Madame Thomas, Morel et Steinberg.

Madame Thomas lut le document en silence.

— Vous lui laissez beaucoup d’issues.

— Je lui laisse des protections.

— Chaque protection peut devenir un moyen de reprendre ce qu’il vous a offert.

— Et l’absence de protection peut transformer son offre en piège.

Madame Thomas posa le document.

— Vous refusez donc l’appartenance totale.

— Je refuse votre définition de l’appartenance totale.

Morel ne dissimula pas son intérêt.

— Quelle est la vôtre ?

Anne posa une main sur l’épaule d’Alexandre.

— Alexandre sera mon bien. Son temps à la maison, son service, son corps dans les limites convenues et la place qu’il occupera auprès de moi dépendront de mon autorité. Mais son intelligence, sa parole et sa capacité à reconnaître un danger resteront intactes.

Madame Thomas soutint son regard.

— Vous pensez pouvoir exercer une domination réelle sur un homme qui conserve le droit de vous contredire ?

— Il ne pourra pas discuter chaque ordre sous prétexte qu’il possède une opinion. En revanche, s’il estime que je mets sa santé, son travail ou notre relation en danger, je veux qu’il soit encore capable de parler.

— Vous protégez beaucoup l’homme que vous prétendez vouloir posséder.

— Naturellement. Les objets auxquels je tiens le plus sont ceux dont je prends le plus grand soin. Pourquoi mon bien humain mériterait-il moins ?

Un léger sourire apparut sur les lèvres de Steinberg.

Morel se tourna vers Madame Thomas.

— Cette définition me paraît cohérente.

— Je n’ai pas dit qu’elle ne l’était pas.

Madame Thomas contempla Anne avec une expression différente. Pour la première fois, elle ne semblait plus observer une élève ou une architecte chargée de donner une forme à ses idées. Elle évaluait une femme capable de lui opposer les siennes.

— Vous ne serez ni ma copie ni celle de la doctoresse Morel, conclut-elle.

— Non.

— Vous avez donc choisi votre manière de posséder.

— Oui.

— Dans ce cas, défendez-la.

Elle remit le contrat devant Anne.

— Nous pouvons organiser la cérémonie.

Alexandre se détendit. Anne sentit son épaule s’abaisser sous sa main.

— Pas si vite, précisa Steinberg. Je dois encore effectuer un examen complet.

— Et je souhaite revoir Alexandre seul, ajouta Morel.

Madame Thomas leva les yeux au ciel avec une discrétion insuffisante.

— Vous voyez ? murmura Alexandre à Anne. Même la domination féminine souffre de lourdeurs administratives.

Anne lui donna une petite tape derrière la tête.

— Tais-toi.

— Oui, future Maîtresse.

Le sourire qu’elle lui adressa contenait déjà une promesse.

 

 

Thèmes: gynarchie, femdom
8 personnes aiment ça.
homosoumis
toutes les clauses revues et définies vont Faire d'Alexandre un esclave au service de ces Dames avec la benediction d'Anne vivement la suite soumis Régis
J'aime 26/09/26
yourboy7
Intéressant en vérité même si mon attention ou mon intérêt s'envole régulièrement devant la complexité des thématiques évoquées... Navré.
J'aime 26/09/26





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