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Au cours de mes nombreux voyages, au gré de mes innombrables et éphémères existences, j’ai vu des licornes, des dragons cracheurs de feu, des guerrières sans peur et des travailleurs paisibles.

 

Et puis des chevaliers, qui se bagarraient sans arrêt pour les beaux yeux de la demoiselle en détresse. Parfois elle n’était pas du tout en détresse, et elle riait de voir ces empotés se prendre les pieds dans leur cote de maille et se taper sur la gueule, finalement sans raison. Que les chevaliers sont stupides… parfois, ils arrêtaient de se battre pour reprendre un peu leur souffle, et désignaient d’une seule voix l’un d’eux comme un « chevalier blanc », le pire d’entre-eux qu’il fallait pulvériser par tous les moyens nécessaires, à douze contre un si nécessaire.

 

Beaucoup furent tués. Les chevaliers avaient l’habitude de jeter un regard défiant, menaçant, envers tous les autres villageois. Ils exigeait de tous qu’ils baissent les yeux et gardent le silence à leur passage. Quand ils croisaient un barde qui chantait un peu trop bien, qui attirait un peu trop le regard des jeunes femmes qui passaient par là, ils s’attroupaient autour de lui, le désignaient comme un « chevalier blanc » et le passaient à tabac, cassant son instrument, frappant fort à son entrejambe. Ils faisaient la même chose avec les peintres, les danseurs et les poètes : ils les faisaient taire, discréditaient leur parole et les émasculaient.

 

Un jour, ils chargèrent un musicien excentrique qui commençait à attirer l’oeil d’une donzelle convoité par l’un des plus puissants chevaliers. Ce musicien se leva quand les chevaliers arrivèrent. Il était grand, puissant, le regard perçant. Il était évident qu’il n’avait pas peur d’eux. Il était flagrant qu’ils avaient peur de lui. Alors le chef des chevaliers demanda à l’un des siens d’aller chercher du renfort. Il avait pris la décision de gagner du temps, pour éviter le combat tant que l’équilibre des forces n’était pas plus favorable.

 

« Tu fais fuir les gens avec ta musique de dégénéré. Remballe ton instrument et quitte cette bourgade.

  • Je ne fais fuir personne, j’attire les idiots, répondit le musicien impertinent.
  • Les bonnes gens n’ont pas envie de te voir ici. Regarde, ils partent tous.
  • C’est ton attroupement d’ignares belliqueux qui fait les fait fuir. »

 

La voix du musicien était calme, déterminée, froidement sarcastique. Il n’avait même pas besoin d’afficher un sourire provocateur, son être entier était provocation.

 

« Ça suffit dit le chef des chevaliers, je suis mandaté par le Duc pour faire respecter l’ordre et la loi ici. Obéis, mendiant, ou péris !

  • J’emmerde le Duc. S’il n’a rien de mieux à m’envoyer que des gringalets analphabètes comme toi, il peut bien aller se faire foutre ! Vous croyez que vous me faites peur ? Vous pensez que je n’ai pas compris pourquoi vous êtes là ?
  • Silence, vagabond ! dit le chevalier en mettant la main sur son épée.
  • De toute façon, même si j’avais été poli et calme, vous m’auriez détroussé et tabassé. Je connais vos méthodes. Regardez-bien, vous tous, dit le grand musicien en interpellant les passants, ces brigands en robe de justiciers sont là pour me fracasser. Est-ce que vous savez pourquoi ? »

 

La foule resta silencieuse, embarrassée. La moitié faisait mine de n’avoir rien entendu, l’autre chuchotait en gardant un oeil inquiet sur les chevaliers en armure.

 

  • le sieur Pierre-Edouard ici présent bande mou. Tout le monde y compris dame Marguerite le sait à la cour. C’est pour cette raison qu’elle cherche un amant digne de ce nom, sentant bien qu’elle sera forcée de se marier avec cet impotent. Elle a bien entendu eu vent de ma réputation et… »

 

À cet instant, le grand musicien reçut un coup d’épée perforant dans le dos, traversant son rein droit. Un spasme de douleur et de rage lui déforma le visage. En se retournant, il désarma de chevalier sournois aux ordres de Pierre-Edouard et d’un coup de pied chassé frontal d’une rare puissance, déforma l’armure de celui-ci qui semblait faite de carton. La poitrine compressée par le métal cabossé, il ne pouvait respirer correctement. La moitié de la troupe menée par Pierre-Edouard prit la fuite, les autres se mirent en position de combat. Le musicien rebelle reprit ses esprits, observa la disposition de ses adversaires, repéra ceux qui tremblaient de peur, cherchant le plus faible, celui qui pourrait être rapidement désarmé. Car il savait qu’il ne devait en aucun cas retirer l’épée qui lui transperçait le flanc.

 

Sur la gauche de la meute se trouvait un jeune chevalier, alors le rebelle blessé fonça sur lui avec rapidité et fureur, en poussant un cri caverneux qui semblait provenir des tréfonds de l’enfer. Le musicien pu saisir son épée et balayer le frêle guerrier qui fit mine d’avoir perdu connaissance au sol, il fracasse le genou du suivant d’un coup de pied latéral appuyé avant de plonger la pointe de sa lame dans le cou du malheureux qui gémit comme un cochon que l’on égorge. Puis le musicien à présent couvert de sang se dirigea vers la suite de la troupe en grognant, toujours enragé et froidement déterminé à les mettre en fuite. Les suivants résistèrent mieux, et entaillèrent son bras gauche, purent faire bouger l’épée plantée dans son abdomen. Le musicien pu encore briser une jambe, percer une armure jusqu’au sang, puis il sentit que ses forces l’abandonnaient. Ses ennemis plus nombreux que lui prenaient petit à petit le dessus.

 

Jusqu’à ce que le musicien héroïque pose lourdement les deux genoux à terre et laisse tomber son arme, prêt à affronter l’inéluctable fin. À ce moment, Pierre-Edouard prit la parole, la voix encore tremblante, à destination de la foule :

 

  • voyez braves gens, combien ces troubadours sont des animaux diaboliques assoiffés de sang. Si vous leur tournez le dos, vous finirez en miette. Fort heureusement, les forces du Duc, menées par moi-même, le grand chevalier Pierre-Edouard de la Basilique De la Sainte Mère (famille noble souvent désignée par l’acronyme BDSM) veillent sur vous et protègent les humbles habitants du village en respectant nos traditions ancestrales pour faire rempart à la perversion de ces dégénérés. Que le corps de cette abomination serve de rappel destiné à chaque citoyen, de la grandeur et de la miséricorde de la famille BDSM au service du Duc, et de l’infamie que représentent ces affreux païens qui cherchent à nous envahir. Ce monstre sera épargné, et partout où il se rendra, il sera vu tel qu’il est : tel un dangereux criminel décadent, généreusement épargné par le Duc et les gens civilisées qui le défendent. »

 

Les chevaliers arrachèrent ses habits au musicien, le mirent nu. Ils commencèrent à entailler sa peau pour écrire sur son dos « Troll de BDSM ». Le regard froid, résigné et digne, à peine secoué de quelques spasmes douloureux du troll ainsi rebaptisé ne quittait pas celui de Pierre-Edouard de BDSM. Puis les hommes écrivirent en plus petit sur son front un simple « TROLL ».

 

La foule se dispersa, rassasiée de sang et de beaux discours. Les bonnes gens pouvaient dormir sur leurs deux oreilles ainsi protégées par le Duc et Pierre-Edouard de BDSM.

 

La légende raconte que le troll erra ensuite de ville en ville, cherchant à se faire petit, mais dès que les villageois voyaient son front découvert, ils le faisaient capturer et torturer. Et chaque milice était aussi généreuse que BDSM : la vie du troll était systématiquement épargnée. Le troll est plus utile vivant que mort aux puissants, il justifie leurs pouvoir, légitime leur violence et signe leur supériorité morale.

 

 

Je n’ai pas encore parcouru tous les pays, mais on m’a dit que cette légende avait inspiré bon nombre de monarques de papier au pouvoir chancelant, et que bientôt, ils ne règneraient plus que sur des trolls. En attendant, je m’en vais prendre le bateau, pour fouler le sol d’un autre continent que l’on m’a décrit comme extra-ordinaire, sur lequel ne règne que le soleil.

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sylvie35
Une bien belle histoire. Je ne vous connaissais pas dans ce style. C’est réussi. J’imagine que toute ressemblance avec des personnages existants est purement fortuite 😂 J’en viens presque à regretter de ne pas avoir fréquenté le mur général. Du coup je n’ai pas toutes les clés de décryptage 😉
J'aime 12/10/26 Edité
###PROFIL BANNI###ZèbreO'Brannigan
Merci Sylvie35, pas de véritable référence nominale, c’est plutôt du global. Allez voir sur le mur si vous voulez une illustration 😁
J'aime 12/10/26
sylvie35
Ouh là! C'est chaud. Je vois que vous vous êtes encore fait tout plein d'amis 1f602.png Si ce n'était pas votre dernière vie ici, je vous proposerais bien un stage chez un vigneron, intitulé “Mettre de l'eau dans son vin sans en altérer la saveur”. Vu l'intérêt du cru sur le fond, ce serait dommage de rebuter les dégustateurs par l'étiquette ! Mais bon, plaisanterie à part, je vous souhaite le meilleur pour la suite. 1f607.png
J'aime 12/10/26
VraiEsclavagiste
Vrai que bien écrit et une bien belle histoire. Souvent, je lis que le meilleur moyen de se faire connaitre est de réagir sur le MurGé. Mais très peu pour moi ! Je n'apprécie guère les paniers de crabes, les mises en avant pour après cracher sur les uns et les autres, que ce soit devant ou par derrière... Alors, oui, je me tire peut-être une balle dans le pied de ma recherche, me retrouvant ainsi comme un unijambiste dans une course de 100 mètres (ce pourquoi, je suis peut-être en recherche après tant de temps... Mais au-delà: tout groupe humain à besoin d'un mouton noir, d'une tête de Turque, ou d'un troll afin de souder le reste du groupe. Et, pour cela, un chef de meute qui commence à hurler... Et le chefs de meute se mettant à hurler, toute la meute suit... Alors, je préfère être un loup solitaire que d'hurler avec les autres, et chasser les trolls (celui de l'histoire, hein! pas ceux dans le sens moderne d'internet!).... Une expérience m'a marquée: Dans un aquarium séparé en deux par une cloison (mais permettant si nage sous-marine il y a de passer de l'autre coté). D'un coté une plage ou rats peuvent se reposer. De l'autre, de la nourriture mais sans qu'un rat ne puisse se poser. Juste prendre la nourriture.... Quelque soit la configuration, sur 6 rats, il y en aura toujours 2 "dominants" obligeant 2 autres "dominés" a donner la nourriture..et 2 indépendants ne se laissant pas faire.... Si on prend 6 dominants, 6 dominés, 6 indépendants et qu'on les mets ensemble... le schéma se répète... Le plus intéressant? Quand on analyse les cerveaux, les cerveaux les plus stressés sont...Les "dominants" !!! : la peur de perdre leur statut.... Pour ma part, j'essaie d’être toujours un indépendant... Mais un indépendant donnant les clefs, y compris par la domination (faut pas exagérer quand même! je suis BDSM et esclavagiste!) à sa propriété comment être indépendante et ne pas hurler avec la meute... De la schizophrénie? Peut-etre.... Mais je ne suis pas presser de passer l'arme à gauche afin qu'un savant fou regarde les lanières de mon cerveau au microscope afin de voir mon état de stress....
J'aime 12/10/26 Edité





 

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