Vu les plus de 40 degrés du jour, le tribunal a exceptionnellement ouvert une audience publique. Au moins, cela permet d'imaginer une salle climatisée et de rafraîchir un peu l'atmosphère.
Tribunal des Conversations Humaines – Audience du jour
Affaire n°45 : Une femme dit "je ne sais plus qui je suis", un homme répond "avez-vous essayé le BDSM ?"
Le tribunal a étudié les faits.
Une femme de bientôt 45 ans expose un mal-être existentiel. Elle évoque le poids des attentes, la fatigue de devoir être parfaite, l'impression d'avoir passé sa vie à jouer des rôles écrits par d'autres.
L'accusé écoute attentivement.
Enfin... le mot "attentivement" est peut-être excessif.
Disons qu'il attend poliment son tour.
Puis, tel un missionnaire perdu dans le désert, il dégaine son sujet favori :
— Avez-vous entendu parler de notre seigneur et sauveur, le BDSM ?
Le tribunal constate alors un phénomène bien connu.
Une personne parle de sa vie.
Une autre entend son hobby.
Une personne dit :
— Je ne sais plus qui je suis.
L'autre comprend :
— Cette personne a manifestement besoin d'un fouet et d'un protocole.
Le tribunal tient néanmoins à souligner une circonstance atténuante.
L'accusé n'est pas malveillant.
Il souffre simplement d'une affection fréquente sur les forums spécialisés : le syndrome du marteau.
Quand on possède un marteau, tout finit par ressembler à un clou.
Quand on découvre le BDSM, tout finit parfois par ressembler à une future révélation BDSM.
Verdict :
Non coupable de mauvaise intention.
Coupable d'avoir répondu à une crise existentielle par une brochure touristique.
Peine prononcée :
Trois séances d'écoute active et l'obligation de poser la question :
« Et toi, qu'est-ce que tu en penses ? »
avant de proposer une solution.
Audience levée.
Le tribunal rappelle enfin que toutes les ressemblances avec des discussions réellement observées sur Internet sont parfaitement volontaires.
Soyez la première personne à aimer.

