On en revient, si je vous suis bien, à mon questionnement... Le féminisme actuel sert-il vraiment la cause féministe ?
- suffragettes militantes, qui attendaient l'égalité du droit de vote
- appuyées, au sortir de la première guerre mondiale, par des industriels et administrateurs que l'expérience de la production "à l'arrière" pendant cette première guerre totale avaient convaincu de la possibilité et de la nécessité de sortir la femme du cadre de la famille pour en faire un élément de production à part entière
Quant à ceux qui s'opposaient à l'entrée de la femme dans les urnes, il ne s'agissait pas de "phallocrates" de droite dure qui auraient vu dans la femme une espèce inférieure, intrinsèquement incapable d'opérer des choix politiques. Mais, bien au contraire, de politiciens surtout de gauche (notamment les rad-socs), qui avaient connu les difficultés de la IIIème République à revenir aux affaires après "les lois scélérates" et sa fragilité, et qui craignaient que l'arrivée brutale de 50% d'électrices dans la vie publique (lesquelles étaient à l'époque largement réactionnaires, volontiers monarchistes, et bien souvent "aux mains du prêtre" plutôt que du maire comme ils disaient) ne sonne le glas de la République.
Ce premier féminisme est donc une opposition politique, essentiellement entre des hommes et des hommes, qui mettait en opposition des intérêts économiques et industriels contre les intérêts de la sauvegarde d'une république parlementaire intrinsèquement faible, laissée extrêmement vacillante par la honte fondatrice de 1870, la répression de la Commune par les Versaillais, l'affaire du canal de Suez, les attentats anarchistes (dont l'assassinat de Sadi Carnot), le retour de l'ordre moral de Mac-Mahon, la crise boulangiste, l'affaire Dreyfus, l'affaire des fiches, l'affaire Stavisky, les ligues de 34 et ainsi de suite. Ce magma foireux fait qu'elle portait en elle une tension interne extrêmement violente et chaotique, et qu'elle oscillait facilement entre les excès d'une strate révolutionnaire potentiellement très explosive, et les espoirs de restauration monarchiste de tout un tas de blocs (Camelots du Roy, Croix de Feu, etc) qui n'étaient pas bien rassurants non plus.
L'existence d'une continuité, réelle ou symbolique, entre ces hommes et ces femmes qui souhaitaient que fût réparée la grande injustice du Projet Condorcet de 1792-1793 d'une part, et des butlériennes qui réclament l'érection de la non-binarité comme genre légal à part entière ou les viragos de #balancetonporc, me semble donc être une fraude intellectuelle grossière, qui ne peut séduire que des simplets des deux sexes mal renseignés sur les enjeux de l'accès féminin aux droits politiques. Je récuse donc, au-delà de cette seule définition-slogan, l'existence même d'une "cause féministe" définie.
(Ça manque de nuance mais je suis persuadée que vous arriverez à me suivre.)
Mes propres raccourcis sont-ils une réelle démonstration d'un système patriarcal qui perdure encore
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