Hephaistos
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Je cherche une femme qui comprenne que mes mots viendront toujours avant mes mains.
Parce que chez moi le désir commence dans la tête, s’y attarde, s’y salit, s’y organise avec précision, avant de descendre, lentement, vers quelque chose de beaucoup moins présentable, de beaucoup plus ancien. Une faim primale sans syntaxe, une brutalité du corps dont toute l’intelligence préalable n’aura servi qu’à aiguiser l’appétit.

Je veux pouvoir lui parler longtemps.
Lui déposer dans l’oreille mes pensées les moins montrables, lui dire ce que j’attends de sa posture, de sa disponibilité, de cette manière qu’elle aura de se tenir devant moi déjà consciente d’être observée, désirée, évaluée, et sentir peu à peu la femme raisonnable se dissoudre derrière la femelle.
Pas une créature diminuée.
Une créature débarrassée de la nécessité d’expliquer, de commenter, de décider, capable de laisser sa chair devenir une réponse avant même que sa bouche n’en formule une.

Elle serait lascive sans avoir besoin de jouer la lascivité, obscène sans grimace, offerte avec cette impudeur sereine qui est infiniment plus troublante que toutes les provocations apprises et surjouées.
Parce qu’elle ne chercherait pas à me séduire en agitant devant moi quelque théâtre de femme fatale.
Elle saurait simplement que son corps de femelle m’est destiné, qu’il peut être baisé, tenu, regardé, laissé dans l’attente, et que cette disponibilité même constitue déjà une langue.

Je voudrais que son abandon ait quelque chose d’animal.
Que la sage mécanique sociale se défasse lentement, que la parole devienne plus rare à mesure que le souffle devient plus lourd, que les gestes perdent cette correction que nous passons notre vie à entretenir et qu’apparaisse enfin, sous les vêtements, sous les habitudes, sous la politesse, la réalité brute et vulgaire.
Nous sommes aussi des corps, des odeurs, des bouches, des peaux échauffées, des muscles qui se tendent, des respirations qui se cherchent et des volontés qui ont décidé, pour un temps, de ne plus peser le même poids.

Je veux être cérébral dans ce que je lui annonce et beaucoup moins fréquentable dans ce que mon désir devient lorsqu’il rencontre sa chair.
Passer de la phrase élaborée au mot court, du commentaire bienséant au grondement. Du raffinement à cette pauvreté merveilleuse du vocabulaire lorsque le corps reprend ses droits et que les mots les plus simples, parfois les plus immondes, cessent brusquement d’être outrances parce qu’ils sont exactement ceux qu’il fallait.

Esclave.
Mot scandaleux lorsqu’on oublie qu’ici il est choisi, construit, négocié, révocable et qu’il appartient à notre langage et non à celui du monde.
Elle saurait ainsi que j’aime l’idée de l’usage.
Ce mot sec parce qu’il devient vice appliqué à l’intimité, et qu’être à moi signifierait aussi accepter cette part de dépersonnalisation volontaire où elle pourrait se laisser considérer comme une chose de plaisir, un objet vivant, sensible, désirant, suffisamment conscient de lui-même pour choisir parfois de ne plus être traité comme un sujet que l’on consulte à chaque seconde.

Je voudrais qu’elle aime être placée, qu’elle aime l’ordre qui simplifie le monde, la posture qui dispense de penser, la main qui indique sans discuter, la voix qui tranche dans le bruit et ramène tout à quelques évidences : rester, attendre, offrir, recevoir, ne pas se dérober tant que demeure entre nous la certitude préalable, silencieuse et absolue, que tout ce qui se joue là repose sur son assentiment.
Elle me permettrait d’aller dans mes zones les plus sombres.
Non pas malgré son consentement mais grâce à lui.
Avec cette sécurité paradoxale qui autorise la noirceur, la vulgarité, l’égoïsme, l’impression troublante que pendant un instant tout mon désir peut devenir central, qu’elle accepte de se mettre au service de cette faim-là et qu’elle éprouve elle-même du plaisir à sentir ce déplacement.

Recevoir l’abandon de quelqu’un oblige.
Être appelé Maître ne donne pas seulement des droits imaginaires.
Il impose une responsabilité. Celle de regarder. D’écouter. De comprendre. De ne jamais confondre puissance et brutalité, exigence et mépris, abandon et effacement.

Je ne cherche pas quelqu’un qui disparaisse devant moi.
Je cherche quelqu’un qui apparaisse autrement.
Je ne cherche pas une femme à vaincre.
Les victoires m’ennuient lorsqu’elles sont faciles, et davantage encore lorsqu’elles sont prises.
Je cherche celle qui aura l’étrange audace de venir déposer devant moi ce que personne ne pourrait lui arracher. Sa volonté.
C’est là tout le paradoxe, magnifique et presque insolent de la soumission. Elle ne vaut que par la liberté qui la précède.
Que son abandon ne soit jamais une absence mais une présence plus aiguë encore.
Que lorsqu’elle s’agenouille, ce ne soit pas parce qu’elle est moindre, mais parce que nous aurons décidé ensemble que cette place-là possède un sens.

Je ne veux pas d’une amante qui réclame sans cesse que le désir soit joli.
Le désir est rarement joli.
Il transpire, il salive, il froisse, il déplace les cheveux, il fait perdre aux visages leur meilleure expression, il rend ridicules les poses que l’on croyait sensuelles et magnifiques les abandons que l’on aurait jugés indignes à froid.
Il transforme la femme élégante en femelle haletante, la bourgeoise en putain et l’homme cérébral en mâle usant à loisir de chaque orifice.

Elle serait donc celle devant qui je pourrais parler comme un homme cultivé et désirer comme une bête.
Je pourrais lui écrire des pages pour expliquer une envie, choisir mes mots avec une minutie absurde, peser chaque nuance, chercher une métaphore juste, puis, quelques heures plus tard, n’avoir plus envie que de sa disponibilité, de sa chaleur, de cette manière qu’elle aurait de s’abandonner au rôle qu’elle a choisi, et constater avec amusement que plusieurs siècles de littérature française ne m’ont finalement préparé qu’à devenir beaucoup moins éloquent quand elle se tient réellement devant moi.

Je veux cette contradiction et cette dualité.
L’intelligence qui prépare le vice.

Je ne sais pas si elle arrivera avec l’assurance de celle qui connaît déjà ses labyrinthes ou avec cette hésitation de celle qui vient seulement d’en découvrir la porte mais je la cherche comme la nuit cherche la peau où déposer son ombre.

A cette femelle que je n’aurai pas à convaincre d’être offerte, parce qu’elle aura compris depuis longtemps que c’est précisément dans cet abandon, choisi, assumé, lascif et sans hypocrisie, qu’elle vient chercher sa propre ivresse.

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Sa GoodGirl 佩玲
#1
Jolie lumière dans votre texte, alors je vous souhaite que celle-ci illumine le chemin à celle qui viendra à vous.
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