Idaelle
par le 05/01/26
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Lettre n° 3 Hubert

 

    Bonjour Mademoiselle 1578408,

 

Si je puis te faire un compliment, en plus de tes qualités de rédaction et de ta maturité (très étonnante - t’es sûre de n’avoir “que” 18 ans ?), c’est celui de ta franchise. Qui, plus que rafraichissante, me semble extrême à plus d’un titre. 

 

D’abord sur ton identité : tu ne cherches pas à nier l’utilisation d’un prénom d’emprunt… même si cela me frustre de ne pas connaître le vrai, je conçois bien qu’il en va de ta sécurité. Un furieux que tu aurais éconduit dans ses propos relâchés sur toi pourrait avoir des projets violents. J’espère qu’au fil de nos échanges, nous tisserons une relation suffisamment confiante pour que je puisse enfin te saluer autrement que par “Mademoiselle 1578408”.

 

Puis, sur tes difficultés avec ton image corporelle, que tu m’exposes sans fioriture… Sache que ça me touche. Tu n’en es pas moins bandante, pour moi, bien au contraire, dans cette exposition crue de tes difficultés (des complexes ? de mon côté, je ne comprends pas lesquels… sauf peut-être ton “look” de jeune-fille un peu trop sous-nutrie, mais bon, le tout est assez excitant, quand même - tiens, tu aurais sans doute plus de poitrine, avec un poids normal).

Et aussi ton souhait d’augmenter ta libido et de te “décoincer”. Je pense que là, je peux contribuer, quand nous nous connaîtrons mieux… d’autant que j’ai compris que cela excitait ton compagnon, de te savoir en train de te faire lutiner par courriers interposés, et par des hommes mûrs - ta situation de soumise m’ouvre à ce titre de belles perspectives… au contraire de me choquer.

 

Enfin, sur ton historique scolaire et tes difficultés à joindre les deux bouts en tant qu’étudiante… Je sais, pour être retraité de l’enseignement supérieur - confidence à garder pour toi ! - que nombre d’étudiantes en sont réduites à… on va dire, vendre leurs charmes. Car elles n’ont pas le choix, plus que par désir ou plaisir de se faire baiser pour de l’argent. Je ne dis pas que ce fut ton cas, même si tu te trouves dans ce magazine d’annonces sexuelles… et que ma méfiance initiale me faisait craindre d’avoir affaire à une “professionnelle” déguisée en jouvencelle.

 

Toutefois, il y a des éléments que tu gardes un peu trop dans l’ombre. Et si ton compagnon attend, lui aussi, des réponses par l’intermédiaire de tes retours aux courriers de tes “admirateurs”, alors cela m’aiguise l’appétit pour te cuisiner un peu plus :

 

  • tu dis être excitée depuis “longtemps” par les hommes mûrs. Je ne veux pas de cette généralité ; je veux savoir depuis quand, dans ton passé sexuel de jeune-fille, tu éprouves ce genre de fantasmes. Quels ont été les éléments déclencheurs de cette préférence ?! Les pensées un peu “sales” que tu as pu avoir à ce sujet ? (je veux connaître tes fantasmes les plus honteux)

  • sur le sujet de l’exhibition, tu ne veux pas “te mouiller”, on dirait… Si tu ne peux “y répondre de façon simple”, alors je te demande de plonger en toi pour me donner une réponse aussi détaillée que possible, même si elle est alambiquée. J’aime ce qui est “tordu”, sache-le !

 

L’argent se trouve dans l’enveloppe comme d’habitude. Si tu le prends, alors tu te dois de satisfaire ma curiosité, même si elle te dérange… et mon intérêt pour ton histoire personnelle.

Ton dévoué Hubert...



 

Lettre 3, Freya

 

Cher Monsieur Hubert. 

 

C'est toujours un plaisir de recevoir vos courriers. Je dois vous retourner le compliment, rédigés de si belle façon. Je ne suis pas étonnée de votre ancienne profession. Vous avez l'art et la manière de distiller vos questions. 

 

Je vais donc tenter d'honorer le contrat qui me lie à vous en y répondant. Je vous remercie au passage pour votre contribution. Joachim, c'est le nom de mon compagnon, salue par mon intermédiaire votre personne et votre contribution à ma mise à nue d'un autre type.

 

D'abord ma maturité, déjà, c'est important à mes yeux, je suis âgée de 19 ans. Ensuite oui je rédige moi même mes courriers comme je vous l'avais dit dans le précédent. J'ai toujours eu ce souci avec ce soi disant décalage entre mon âge physique et mental, ce depuis très longtemps. A tel point que déjà au collège, mon travail en français, lorsqu'il s'agissait d'expression libre était mis en doute par mes professeurs, pensant que j'avais reçu une aide parentale extérieure. Mes notes en ont souffert et j'ai dû adapter mon style en lui donnant un caractère plus immature pour ne pas avoir à me justifier. Seulement en quatrième, une prof plus ouverte et pédagogue que les autres, me fit changer d'attitude et écrire de nouveau comme bon me semblait. 

 

Malheureusement, lorsque j'ai rendu mon premier devoir, non seulement elle me donna la note maximale mais en plus fit la lecture à voix haute devant l'ensemble de la classe, n'ayant aucune idée des conséquences que cela entraîna. En effet j'étais souvent sujette au harcèlement d'un groupe de filles qui depuis longtemps prenait plaisir à se défouler sur celles qui étaient en marge ou différentes de leurs codes. Elle comprit en voyant chuter la qualité de mon travail par la suite qu'il y avait un problème sans en identifier la vraie raison et s'arrangea pour ne plus lire, commenter ou diffuser mes résultats. Ce fut pour moi une sorte d'âge d'or car enfin je pouvais écrire librement sans pression aucune, positive comme négative.

 

Dès que j'ai su écrire, ce moyen d'expression ne m'a plus jamais quitté. C'était une façon pour moi de m'évader. D'oublier un mon quotidien trop terne et solitaire pour vivre des aventures riches pleine de rebondissements. Ou simplement exprimer ce que je ne pouvais dire que rarement. 

 

Je vais anticiper votre prochaine question en vous avouant être fille unique dans un couple qui bât de l'aile depuis ma naissance. Peu de présence et d'expression paternelle, ce qui certainement a entraîné une forme de fascination jusqu'à sexuelle envers les hommes plus âgés. Concernant l'amour maternel, sans entrer dans les détails, l'abandon du foyer par mon père lorsque j'étais au seuil de l'adolescence entraîna des bouleversements financiers et moraux chez ma mère qui l'obligèrent à trouver des boulots fatigants et peu rémunérateurs avec en supplément un moral souvent dépressif.

 

Je relis votre lettre Monsieur Hubert et j'ai le sentiment, même si je suis totalement nue actuellement, d'ôter encore des voiles pour être plus impudique encore en que je le suis avec les autres hommes qui pourtant pour certains n'ignorent rien de mon anatomie, réclamant au fur et a mesure des envois plus de chair. Même si cela me met mal à l'aise, ce qui n'est pas votre dessein je pense l'avoir compris, j'en ressens aussi une forme de reconnaissance de celle que je suis profondément. Venons en à mon physique que vous avez qualifié de " chétif"..... souvent j'ai eu droit à des sobriquets évoluant au fil de ma croissance, parfois sans arrière pensée comme " la puce ou l'elfe" dans d'autres bouches et circonstances je suis devenue " la naine, l'ano ( plus court encore et tranchant qu'anorexique) le squelette ou sac d'os,, Barbie également en raison de ma longue chevelure blonde que je me suis rapidement gardée de laisser détacher pour éviter ses quolibets et aussi que l'on tire dessus en classe, évidemment ce dernier titre était décliné avec du fiel plein la bouche. Je pense Monsieur Hubert, qu'étant donné votre profession, vous êtes sensibilisé à ce type de dérives souvent cachées et tues. Je reconnais avoir des complexes concernant mon physique, ma taille, mon absence de rondeurs mais le fait de m'exposer comme je le fais à travers ces annonces et plus encore dans mes courriers m'oblige justement selon Joachim à revaloriser ma propre image grâce aux regards des autres hommes. Je peux vous avouer que les hommes mûrs sont bien plus indulgents et même friands pour certains de ma morphologie.

 

Je vais maintenant répondre à l'un des points soulevés dans votre courrier à propos de la précarité financière de certaines étudiantes, obligées, j'insiste sur ce terme, d'avoir parfois recours à certaines pratiques illicites pour payer des loyers élevés ou simplement pouvoir manger. Je peux vous dire que j'ai toujours travaillé de façon honnête en faisant du babysitting jusqu'à des heures tardives, donné des cours de soutien à des élèves de lycée, jusqu'à faire la plonge dans des restaurants,ceci en l'absence de bourses d'études étant donné que mon père pouvait subvenir à mes besoins, ce qu'il ne fit quasiment jamais. Voilà pourquoi lorsque j'ai travaillé également en qualité de serveuse dans un bar, il m'est arrivée, sollicitée par des clients éméchés souvent laissant traîner leurs mains, de les suivre dans des chambres d'hôtel pour faire ce que vous devinez. Je tiens à vous dire que jamais au grand jamais ces quelques expériences furent pour moi source de plaisir et qu'à aucun moment je n'ai jouis ou été excitée par cela. Je ne faisais que m'allonger et avec les précautions d'usage laisser à ces hommes prendre ce qu'ils avaient voulu. Pour aussitôt ensuite m'enfuir chez moi, placer cet argent nécessaire pour subvenir à mes besoins et passer une heure sous la douche pour tenter d'oublier ce que j'avais laissé faire. Je n'en tire aucune gloire et ne demande non plus pas à devoir me justifier, c'est du passé et je préfère oublier ce qui n'était pour moi qu'une dérive alimentaire.

 

Évidemment, vous risquez de me mettre devant mes contradictions au sujet de votre suspicion sur le caractère de mon annonce et je le comprendrais MAIS sachez que je n'ai fait cela qu'à de RARES occasions et que TOUJOURS dans des circonstances où cet argent m'était vital pour pouvoir poursuivre " correctement" mes études.

 

Je n'ai jamais cédé à la tentation de réitérer ce type de comportement, chaque fois que j'ai pû l'éviter sachez que je l'ai fait. Vous étendre sur ce sujet, sachez le par avance sera pour moi douloureux et réduira mes confidences à des aspects purement mécaniques sans la moindre trace d'érotisme.

 

Maintenant concernant mes complexes ils sont évidemment nombreux, a commencer par le plus profond ma hauteur qui toujours a été un marqueur de différence avec les autres enfants et adolescents de mon âge. Toujours la plus petite, peu importait la classe où je me trouvais, sachant maintenant que j'étais très solitaire et peu protégée affectivement dans ma bien nommée cellule familiale, j'ai toujours pris soin de passer inaperçue tant dans mes attitudes que tenues vestimentaires. Au second plan, contrairement à certaines autres filles arborant des formes plus harmonieuses et expressives j'ai passé pour éviter regards et réflexions le peu d'atouts que j'avais à offrir. Je sais maintenant grâce aux réactions des hommes pour qui je me dévoile que justement mon corps menu et fin est capable d'exciter certains regards. Je vous remercie d'ailleurs d'abonder dans ce sens en recevant avec plaisir vos compliments à la seule vue des photos de mon annonce. Les hommes mûrs à ce titre sont bcp plus indulgents et intéressés par ma plastique que ceux de mon âge préférant l'abondance.

 

Je sais parfaitement maintenant ce que peut signifier une morphologie telle que la mienne dans l'esprit et le sexe des hommes mûrs. Je l'assume pleinement et j'avoue que cela m'aide bcp dans ma propre acception. Ne pas avoir de fesses, de poitrine opulente offre à vous messieurs, des fantasmes et des projections que je ne juge pas. J'ai ce corps, vous ses yeux, l'essentiel est que chacun y trouve son gain.

 

Pour passer de l'ombre comme citée par vous à la lumière, il va me falloir dévoiler un pan de ma sexualité secret. J'ai cependant peur de vous choquer et je préfère attendre un peu car ces choses là sont aussi difficiles à expliquer qu'à comprendre sans doute. Je n'ai nullement envie en prenant des raccourcis de biaiser mes propos et mon ressenti. Avant de vous quitter, j'espère avoir répondu à nombre de vos interrogations et je me tiens à votre entière disposition pour développer les questions suivantes si bien entendu ma petite personne parvenait encore à capter votre attention. J'aime être prénommée par mon numéro d'annonce plutôt que Freya, cela me donne un caractère plus anonyme et m'invite à oser déballer ma vie intime. Je vous embrasse et suis impatiente de recevoir prochainement votre courrier. PS....oui j'aime savoir des hommes mûrs se caresser en songeant à moi et en imaginant des choses obscènes sur l'usage qu'ils feraient de mon corps. Sachez aussi que souvent oui mon compagnon profite de mon état d'excitation pour m'offrir des moments intimes profonds et parfois outrageant. Bien à vous. ...1578408

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SuaireRouge
J’ai l’impression que ce troisième chapitre fait basculer le récit : l’écriture n’est plus seulement un jeu de cadres et de regards, mais un lieu où se déposent enfin les blessures, les silences et les contradictions. Quinze ans plus tard, relire et publier ces mots, est-ce pour apaiser, comprendre, ou mesurer ce qu’ils ont laissé en toi ? Que font aujourd’hui ces confidences à celle que tu es devenue ?
J'aime 05/01/26
Idaelle
J'avance sans réfléchir à travers ma propre jungle, munie d'une machette, j'essaie de me frayer un chemin. Pas de plan bien défini à vrai dire, juste l'envie, le besoin d'avancer enfin et peut être, qui sait trouver les vestiges d'un temple ancien et comprendre l'origine des rites qui s'y sont pratiqués.
J'aime 05/01/26
Lana9404
Je dévore vos récits. L'écriture fluide, la fragilité qui émane de chaque mot, la sincérité derrière chaque phrase... Merci pour ces partages. J’espère que cela a l'effet escompté sur votre psyché. J’ai hâte de poursuivre vos écrits. 🌻
J'aime 05/01/26
Idaelle
Merci Lana pour les encouragements. L'exercice n'est pas aisé mais à mesure que les mots se posent, je me sens plus légère. Gageons que toutes les confessions passent de la même façon. 😉
J'aime 05/01/26
Solcaliente
En espérant que votre liberté sera retrouvée au fil de vos écrits..tout en sachant...que le corps et l esprit..sont 2 instruments de mesure qui se calibrent et évoluent avec un travail d orfèvre.
J'aime 05/01/26
Idaelle
Je suis la première à le vouloir
J'aime 05/01/26
Cruz
bonsoir Idaelle...encouragements (et il me semble (avec ttes les precautions que je le peux) que vous ne devriez pas trop porter d'attention aux sentiments de ce "hubert" qui semble plus pervers que son intention initiale...ou bien l'etait il dejà et lachement dans sa premiere lettre). autrement dit, ne doit il pas rester (pour le moment) qu'un vecteur avec ces questions, pour vous laisser la place A VOUS d'exprimer vos ressentis?). Autrement dit, ne perdez pas le fil de VOTRE bien être dans ce chemin d'ecriture introspectif.... courage . bien à vous
J'aime 05/01/26
Idaelle
Bonjour Cruz, Cet Hubert, contrairement aux correspondants avec lesquels, à une époque j'ai pu échanger, est totalement fictif et crée de toute pièce par moi même pour justement me servir de fil rouge dans ma narration.
J'aime 06/01/26
erodess
lu et approuvé, son maître
J'aime 06/01/26
LuneMystique
Coucou Idaelle. Et bien, je dévore tes écrits ! J'aime beaucoup ta plume et je sais que se plonger dans le rétro n'est pas toujours chose aisée. En tout cas, le récit est tenant et émouvant. Bisous
J'aime 08/01/26
Idaelle
Coucou la lune 🌙. Ça fait plaisir de te recroiser.
J'aime 08/01/26
LuneMystique
Je me fais un peu discrète en ce moment, j'avoue mais je te lis, je te lis. Promis, je te recroise bientôt
J'aime 08/01/26
Idaelle
Pas bcp de temps non plus. Boulot meteo blocages c'est le top dans les transports actuellement pour être occupée. Pour la prochaine publication faudra attendre un peu je dois la finir déjà, ensuite l'edulcorer pour être publiable.
J'aime 08/01/26
LuneMystique
J'attendrai le temps qu'il faut 1f642.png
J'aime 08/01/26
Idaelle
Sans trop me planter je dirais...🤔 A la prochaine lune 🌙
J'aime 08/01/26
LuneMystique
C'est bon, je suis là 1f602.png
J'aime 08/01/26