Altair1912
par le Il y a 15 heure(s)
91 vues

René ouvrit la porte de la maison de Madame Thomas.

C’était la première fois qu’Alexandre le rencontrait réellement. René était un homme d’une cinquantaine d’années, vêtu d’une chemise blanche et d’un pantalon sombre. Un collier de cuir très simple entourait son cou. Il ne manifestait ni embarras ni ostentation.

— Madame Thomas vous attend.

Il prit leurs manteaux et les guida jusqu’au salon.

Deux femmes se trouvaient auprès de Madame Thomas. La première possédait un visage calme et un regard dont la douceur n’atténuait en rien l’acuité. La seconde, plus réservée, observait Anne et Alexandre avec l’attention méthodique d’une personne habituée à distinguer les paroles des réactions du corps.

Quatre fauteuils de cuir formaient un cercle. À côté du dernier fauteuil libre, un coussin avait été disposé au sol.

Alexandre le regarda, puis tourna les yeux vers Anne.

Elle n’avait pas encore sorti le collier de son sac.

— Choisis ta place, lui dit-elle.

Il s’assit sur le coussin.

Anne prit place dans le fauteuil et posa machinalement une main dans ses cheveux. Elle sentit ses épaules se détendre.

Madame Thomas commença les présentations.

— Anne, Alexandre, voici la doctoresse Morel, psychiatre, et la doctoresse Steinberg, médecin généraliste. Toutes deux travaillent avec moi sur les relations fondées sur une autorité féminine permanente.

— Vous pouvez dire que nous sommes gynarchistes, précisa Morel. Cela nous évitera de passer la soirée à contourner le mot.

Madame Thomas lui adressa un regard difficile à interpréter.

— René restera à notre disposition.

Il se tenait derrière son fauteuil, les mains croisées dans le dos.

— Ce rendez-vous n’est ni un tribunal ni un examen, poursuivit Madame Thomas. Nous sommes ici pour examiner une difficulté que votre couple ne peut plus ignorer.

Elle exposa leur situation avec une précision qui fit se raidir Alexandre. Elle parla de l’évolution de leur relation, du besoin d’appartenance qu’il avait exprimé et du refus d’Anne de se marier.

La main d’Anne s’immobilisa dans ses cheveux.

— Vous ignoriez que nous connaissions ces détails, constata Morel.

— Oui.

— Votre méfiance est légitime. Rien ne sera décidé sans votre accord.

Madame Thomas se pencha légèrement.

— Alexandre, expliquez-nous ce que vous désirez. Anne ne répondra pas à votre place.

Il parut soudain très seul au centre du cercle.

Anne reprit doucement ses caresses.

— Parle. Je veux qu’elles t’entendent.

Alexandre inspira.

— J’aime Anne depuis que je l’ai rencontrée. Je l’admire parce qu’elle possède tout ce que je n’ai jamais su trouver en moi. Elle avance même lorsqu’elle ne connaît pas encore le chemin. Elle transforme une colère en projet et une idée impossible en quelque chose de réel.

Anne baissa les yeux vers lui.

— Elle est devenue le centre de mon univers. Cela ne signifie pas que je n’existe pas sans elle. Mais tout ce que je construis finit par revenir vers elle.

Sa voix se fit moins assurée.

— J’ai déjà perdu les personnes qui constituaient mes repères. Je sais qu’aucun contrat n’empêche quelqu’un de mourir ou de partir. Pourtant, j’ai besoin de savoir qu’Anne a accepté ma place dans sa vie aussi profondément que j’ai accepté la sienne.

— Et cette place serait celle de son esclave ? demanda Steinberg.

Il hésita.

— Oui.

Madame Thomas ne parut pas surprise.

— Un soumis véritable cesse progressivement de se définir en dehors de sa maîtresse. Son confort, son apparence, son temps et ses priorités sont réorganisés autour d’elle. Cette perte d’autonomie ne constitue pas un dommage lorsqu’elle correspond à son désir. Elle représente l’aboutissement de ce désir.

— La perte d’autonomie n’est pas la perte d’identité, rectifia Morel.

Le silence qui suivit révéla que leur désaccord n’était pas nouveau.

— La distinction devient fragile lorsqu’elle est appliquée au quotidien, répondit Madame Thomas. Tant qu’un homme conserve le droit de redéfinir continuellement ce qu’il accepte, l’autorité de sa maîtresse reste conditionnelle.

— Toute autorité humaine est conditionnelle.

— Voilà précisément le genre de principe qui permet aux hommes de reprendre ce qu’ils prétendent avoir offert.

Morel ne se laissa pas détourner.

— Si Alexandre perd sa capacité de penser, de choisir et de refuser, Anne ne possédera plus un homme. Elle administrera une personne devenue dépendante d’elle.

— Vous faites une distinction théorique.

— Pas pour une psychiatre.

Madame Thomas soutint son regard, puis revint à Alexandre.

— Que pensez-vous de cette distinction ?

— Je ne veux pas devenir incapable de travailler ou de réfléchir.

— Ce n’est pas ce que Madame Thomas vous demande, intervint Steinberg.

Alexandre regarda Anne.

— Mais je veux que mon identité soit liée à elle. Je ne veux plus pouvoir décider un matin que notre relation ne me convient plus et reprendre simplement mon ancienne place.

Anne sentit sa poitrine se serrer.

Morel l’observa.

— Et vous ? Que voulez-vous ?

Anne prit le temps de répondre.

— J’aime le dominer. J’aime qu’il dépende de mes décisions et qu’il fasse des efforts pour me satisfaire. Je ne veux plus prétendre que ce plaisir ne concerne que notre sexualité.

Elle caressa la nuque d’Alexandre.

— L’autorité qu’il m’a offerte est le plus beau cadeau que j’aie reçu. Avec lui, je n’ai pas besoin de me battre pour occuper ma place. Il ne me demande jamais de devenir moins forte pour protéger son orgueil.

Ses doigts se refermèrent légèrement dans ses cheveux.

— Mais plus j’aime être sa maîtresse, plus j’ai peur de lui prendre quelque chose qu’il ne saura pas me refuser.

Madame Thomas désigna son sac.

— Vous avez apporté le collier ?

— Oui.

— Mettez-le-lui.

Anne sortit l’écrin et le posa sur ses genoux. Le bâillon se trouvait dans une seconde pochette.

— Et le bâillon ? demanda Madame Thomas.

Morel intervint avant qu’Anne ne réponde.

— Alexandre doit pouvoir participer à une discussion qui concerne son avenir.

— Il a déjà exprimé son désir.

— Un désir général ne constitue pas une réponse à chaque proposition particulière.

Les deux femmes tournèrent les yeux vers Anne.

Elle ouvrit l’écrin.

— Le collier seulement.

Madame Thomas inclina légèrement la tête. Elle n’approuvait peut-être pas la décision, mais elle reconnaissait à Anne le droit de la prendre.

Anne passa le cuir autour du cou d’Alexandre. Lorsqu’elle referma la boucle, elle sentit son corps se détendre contre ses jambes.

— Nous pensons qu’il existe une solution susceptible de répondre à votre refus du mariage comme au besoin d’Alexandre, reprit Madame Thomas.

— Laquelle ?

— Un PAX, un pacte civil d’alliance. Il s’agit d’un ensemble de dispositions permettant d’organiser légalement certains aspects de votre union sans reproduire les usages symboliques du mariage.

— Avec quelles adaptations ?

— Alexandre pourrait prendre votre nom comme nom d’usage. Certaines procurations et dispositions patrimoniales vous permettraient également de devenir la personne de référence pour les décisions que vous aurez définies ensemble.

— Cela ne ferait pas de moi son propriétaire.

— Non. La société actuelle ne reconnaît pas la propriété volontaire d’une personne. Le PAX serait accompagné d’un second document : un contrat privé d’appartenance.

Alexandre se redressa contre sa jambe.

— Que contiendrait ce contrat ? demanda Anne.

— Il déclarerait qu’Alexandre vous délègue l’autorité sur sa vie domestique et intime. Il reconnaîtrait votre droit à organiser sa place dans le foyer, son service, certaines habitudes et les pratiques D&S convenues entre vous.

— Il deviendrait mon esclave.

Le mot déplut à Anne dès qu’elle le prononça.

Madame Thomas le remarqua.

— Ce terme ne vous convient toujours pas.

— Un esclave est privé de choix. Alexandre, lui, me choisit.

— Alors appelons-le un bien humain.

Anne resta silencieuse.

— Un bien humain ? répéta-t-elle.

Morel prit la parole.

— Le terme est volontairement provocateur. Il désigne un être humain qui choisit de placer une partie importante de son existence sous l’autorité d’une femme. Son humanité ne disparaît pas. Elle impose au contraire des responsabilités particulières à celle qui accepte de le posséder.

— Vous n’avez pas exactement la même définition que Madame Thomas.

— Non.

Madame Thomas ne chercha pas à le nier.

— Pour moi, l’appartenance doit transformer l’identité du soumis. Il ne s’agit pas seulement d’ajouter un rôle à sa vie. Alexandre deviendrait d’abord votre bien, avant d’être votre compagnon, votre conseiller ou l’architecte informatique que son entreprise emploie.

— Pour moi, répondit Morel, ces identités doivent coexister. Son intelligence, son métier et sa capacité de jugement font partie de ce qu’il vous offre. Les détruire appauvrirait votre possession au lieu de l’accomplir.

Anne passa le pouce sur le bord du collier.

— Et laquelle de vous décide ?

— Vous, répondit Morel.

Madame Thomas eut un léger sourire.

— À condition d’assumer votre décision jusqu’au bout.

Steinberg intervint pour expliquer son propre rôle. Elle vérifierait que les pratiques prolongées, la chasteté, les postures, la douleur ou l’enfermement ne mettraient pas la santé d’Alexandre en danger. Morel le recevrait régulièrement seul afin de s’assurer que son désir d’appartenance ne dissimulait pas un effacement destructeur.

— Et si je refuse votre avis ? demanda Anne.

— Votre autorité restera la vôtre, répondit Morel. Mais vous ne pourrez pas réclamer notre garantie tout en rejetant les conditions qui la rendent possible.

Madame Thomas se leva et prit un dossier posé sur une console.

— Voici une première proposition.

Elle le déposa sur la table basse.

Alexandre fit un mouvement, mais Anne posa la main sur son épaule. Il s’immobilisa.

— Vous ne l’ouvrirez pas ici, précisa Morel.

Madame Thomas lui lança un regard impatient.

— Pourquoi ?

— Parce qu’ils doivent le lire séparément, puis ensemble. S’ils commencent maintenant, chacun observera les réactions de l’autre avant de comprendre les siennes.

— Vous pensez qu’ils ne sont pas capables de parler librement devant nous ?

— Je pense qu’ils ont besoin de découvrir ce qu’ils veulent avant que nous leur expliquions ce qu’ils devraient vouloir.

Anne considéra la psychiatre avec une attention nouvelle.

— Et ensuite ?

— Je souhaite vous recevoir seule, dit Morel. Je veux comprendre ce que vous désirez posséder et ce que vous êtes capable de protéger.

— Vous voulez m’évaluer.

— Oui.

La franchise de la réponse la surprit.

Madame Thomas fit glisser le dossier vers elle.

— Vous n’avez rien à signer ce soir. Cherchez ce qui vous dérange. Une autorité digne de ce nom doit supporter d’être définie avec précision.

Anne posa la main sur la couverture sans l’ouvrir.

À ses pieds, Alexandre leva les yeux vers elle. Son collier entourait son cou, mais sa présence ne suffisait plus à résoudre la question.

Anne avait désormais devant elle un mot, un contrat et deux conceptions du pouvoir.

Aucune ne lui appartenait encore.


 

Thèmes: gynarchie, femdom
6 personnes aiment ça.
homosoumis
La démarche est magnifiquement etablie Anne et soumis Alexandre vont étudier le contrat ce qui va faire de lui l'esclave qui désire au plus profond de lui , Vivement la suite je suis Fan de Vous Soumis Régis
J'aime Il y a 12 heure(s)
homosoumis
pour vous
J'aime Il y a 10 heure(s)
yourboy7
Je persiste à trouver Complexe cette approche et je regrette que René ne rencontre pas Alexandre en tête à tête loin de toutes ces femmes qui décident ainsi de leur sort... Ite Missa Est...
J'aime Il y a 3 heure(s)