Altair1912
par le Il y a 2 heure(s)
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Quelques mois après la cérémonie, le couple — ou devait-on désormais dire la maîtresse et son bien — avait repris sa vie quotidienne.

À un détail près.

La gynarchie avait fait irruption dans leur ménage.

Elle ne se manifestait pas par une succession ininterrompue d’ordres ou de cérémonies. Anne n’avait pas transformé chaque repas en protocole ni chaque erreur d’Alexandre en faute à punir. Son autorité était simplement devenue la structure invisible autour de laquelle leur vie s’organisait.

Elle décidait.

Alexandre exécutait, conseillait lorsqu’elle le lui demandait et conservait le droit de lui signaler une difficulté. Les entretiens réguliers avec Madame Morel avaient confirmé qu’il ne vivait pas cette nouvelle place comme un effacement. La doctoresse Steinberg surveillait sa santé et rappelait parfois à Anne que posséder un bien humain impliquait davantage de précautions que posséder une collection de meubles anciens.

Quant à Madame Thomas, elle avait tenu sa promesse.

Son coaching avait profondément transformé Anne.

Elle lui avait appris à ne plus gaspiller sa force dans la colère, à laisser un silence prolongé faire davantage d’effet qu’une voix élevée et à traverser une pièce comme si sa présence y avait été attendue. Elle l’avait également aidée à comprendre que son apparence ne diminuait pas son autorité.

Anne n’avait donc renoncé ni à son élégance ni à son goût pour la provocation.

Ce matin-là, elle descendit de la chambre avec une assurance tranquille. Elle portait ses bottes Louboutin sous une jupe Prada en cuir patiné et un chemisier blanc dont le décolleté révélait exactement ce qu’elle avait décidé de montrer.

Une fine chaîne disparaissait sous le tissu. Deux petites clés y étaient suspendues.

Elle passa d’abord par le bureau.

Alexandre avait dormi dans la cage. La veille, il avait raté une parmigiana d’aubergines dont Anne attendait beaucoup. Après une punition au fouet soigneusement administrée, elle avait décidé qu’une nuit à sa place lui laisserait le temps de réfléchir au respect des recettes italiennes.

En réalité, elle soupçonnait Alexandre d’avoir ajouté trop de sel avec une intention qui n’avait rien d’accidentel.

Il dormait encore lorsque la clé tourna dans la serrure.

— Debout.

Alexandre ouvrit les yeux et se redressa avec précaution.

— Bonjour, Maîtresse.

— Sors.

Il quitta la cage, s’étira, puis s’agenouilla devant elle. Son collier portait toujours la petite plaque gravée après la cérémonie.

Bien d’Anne.

Alexandre se pencha et embrassa chacune de ses bottes.

— J’espère que ta nuit t’a permis de comprendre la différence entre une parmigiana et une catastrophe industrielle.

— J’ai identifié plusieurs axes d’amélioration.

— Je ne veux pas d’un rapport. Je veux mon petit-déjeuner.

— Oui, Maîtresse.

Il se releva et partit presque en courant vers la cuisine.

Anne le suivit quelques minutes plus tard. Elle prit place à table, croisa les jambes et consulta les nouvelles sur sa tablette pendant qu’Alexandre préparait le café, les tartines et les fruits.

Il posa l’assiette devant elle.

— Ton programme aujourd’hui ? demanda-t-elle.

Alexandre resta debout à côté de la table.

— Je présente à la direction un nouveau concept de sécurité informatique. Le système peut isoler automatiquement les éléments compromis sans interrompre l’ensemble du réseau.

Anne leva les yeux.

— Important ?

— Si la démonstration fonctionne, oui.

— Elle fonctionnera.

Alexandre sourit. La certitude d’Anne possédait sur lui un effet plus puissant que tous les encouragements de ses collègues.

— L’avantage, poursuivit-il, c’est que je peux faire la présentation en télétravail. Je resterai donc à la maison et je pourrai m’occuper du ménage après la réunion.

— Le linge doit être rangé, le salon nettoyé et les courses livrées avant dix-sept heures.

— Ce sera fait.

Anne termina son café, puis se leva. Près de la porte, elle enfila son manteau avant de se tourner vers Alexandre.

Il se mit aussitôt à genoux.

— Pour ce soir, reprit-elle, tu me prépareras un risotto aux champignons. Tu suivras la recette que j’ai laissée sur le plan de travail. Sans improvisation créative.

— Bien, Maîtresse.

Le regard qu’Anne posa sur lui et le sourire qui releva le coin de ses lèvres signifiaient clairement : Rate cette recette et je vais beaucoup m’amuser ce soir.

Alexandre lui rendit son sourire.

— Comptez sur moi, Maîtresse.

Elle plissa les yeux.

— Pour réussir ou pour me donner une raison de te punir ?

— Je préfère conserver une part de mystère.

Anne se pencha, saisit doucement son collier et l’embrassa avec tendresse.

— Travaille bien.

— Vous aussi.

Lorsqu’elle arriva au cabinet, plusieurs regards accompagnèrent son passage.

Depuis le début de son accompagnement avec Madame Thomas, quelque chose avait changé dans sa manière de se déplacer, de s’habiller et d’occuper l’espace. Elle ne cherchait plus à provoquer pour obtenir une réaction. Elle choisissait l’effet qu’elle voulait produire et laissait les autres s’y adapter.

Ses collègues lui reconnaissaient désormais une autorité singulière. Les clients les plus pénibles perdaient une grande partie de leur assurance lorsqu’elle les regardait en silence avant de reprendre calmement la parole.

Sa patronne semblait ravie de cette évolution.

Ce matin-là, un entrepreneur tenta de lui expliquer pourquoi plusieurs modifications pouvaient être apportées au projet sans son approbation.

Anne le laissa parler jusqu’au bout.

Puis elle posa son stylo.

— Vous allez reprendre chacune de ces modifications, les documenter et me les soumettre avant dix-huit heures.

— Ce délai est impossible.

— Dans ce cas, vous auriez dû me consulter avant de modifier mes plans.

L’homme ouvrit la bouche, croisa son regard et renonça à protester.

— Dix-huit heures, répéta-t-il.

— Parfait.

Sa patronne, assise à l’autre extrémité de la table, dissimula difficilement son sourire.

À midi, Anne retrouva Madame Thomas dans un café élégant de la place.

Les deux femmes s’installèrent près de la baie vitrée. Anne commanda sans consulter longuement la carte. Madame Thomas remarqua ses bottes, la coupe de sa jupe et la manière dont le serveur attendait ses instructions.

— Vous progressez, dit-elle.

— Vous parlez de mon projet ou de ma capacité à effrayer les entrepreneurs ?

— Les deux paraissent désormais indissociables.

Elles discutèrent d’abord de la villa. Les travaux préparatoires devaient bientôt commencer et les silos suscitaient déjà des difficultés que seul Alexandre semblait capable de transformer en solutions réalistes.

Puis leur conversation se déplaça vers le cercle gynarchique.

Madame Morel travaillait à la rédaction des premiers principes destinés à encadrer l’appartenance volontaire. La doctoresse Steinberg établissait un protocole médical pour les pratiques domestiques prolongées. Plusieurs femmes présentes lors de la cérémonie avaient demandé à rejoindre leurs réflexions.

Anne elle-même commençait à concevoir des espaces adaptés à ces nouvelles organisations du foyer.

— Nous allons devoir donner un nom à ce que nous construisons, observa-t-elle.

— Les noms viennent lorsque les idées ont suffisamment de force pour leur survivre, répondit Madame Thomas.

Autour d’elles, les conversations semblaient s’être faites plus discrètes. Deux hommes installés à une table voisine jetaient régulièrement des regards vers Anne avant de les détourner lorsque Madame Thomas les surprenait.

Les deux femmes paraissaient dominer l’ensemble du café sans avoir élevé la voix une seule fois.

— Et Alexandre ? demanda Madame Thomas.

— Il est heureux.

— Ce n’était pas ma question.

Anne comprit.

— Je le suis aussi.

Madame Thomas acquiesça, satisfaite.

En fin d’après-midi, Anne reçut un message alors qu’elle terminait ses dernières annotations :

Votre commande est arrivée. Vous pouvez venir la retirer dès aujourd’hui.

Elle regarda l’heure.

Le détour lui permettrait tout de même de rentrer à dix-neuf heures trente, comme elle l’avait annoncé à Alexandre.

Elle referma son dossier.

La soirée promettait d’être intéressante.

La vendeuse l’accueillit avec son sourire habituel.

— Madame Anne. Votre commande spéciale nous a enfin été livrée.

Elle posa sur le comptoir un paquet soigneusement emballé. Anne l’ouvrit suffisamment pour vérifier son contenu.

À l’intérieur se trouvait un magnifique gode-ceinture en cuir noir, conçu pour s’accorder à sa robe et à ses autres accessoires. La vendeuse avait ajouté plusieurs éléments permettant d’en modifier l’apparence et l’usage.

— Alexandre va en prendre pour son grade, ce soir, observa-t-elle.

Anne contempla son achat.

— Considérez cela comme ma dernière vengeance contre le patriarcat.

La vendeuse éclata de rire.

— La dernière ? Je vous croyais plus ambitieuse.

— Disons la dernière en date.

Elle referma le paquet.

En quittant la boutique, Anne imagina la réaction d’Alexandre. Depuis leur cérémonie, il avait appris à reconnaître certains de ses silences. Mais son esprit d’ingénieur conservait une faiblesse : lorsqu’il lui manquait une information, il produisait une quantité impressionnante d’hypothèses, rarement dans la bonne direction.

Elle comptait bien le laisser travailler.

Anne rentra à dix-neuf heures trente précises.

Dès qu’elle ouvrit la porte, l’odeur des champignons, du parmesan et du vin blanc lui donna l’eau à la bouche.

Alexandre apparut dans le couloir. Il portait une chemise noire, un tablier et son collier. Son regard s’éclaira en la voyant.

Il se précipita à ses pieds, embrassa chaque botte, puis ajouta un discret coup de langue sur le cuir.

C’était sa touche personnelle.

Anne le laissa faire avant de tirer légèrement sur son collier.

— Le repas ?

— Prêt, Maîtresse. Le risotto repose depuis exactement deux minutes et trente secondes.

— Et tu as suivi la recette ?

— À la lettre.

— Dommage.

Il leva les yeux.

— Vous semblez déçue.

— Je trouverai peut-être une autre raison de m’occuper de toi.

Alexandre remarqua alors le sac posé sur la console de l’entrée. Il reconnut immédiatement la marque de la boutique.

Son expression changea.

— Vous avez acheté quelque chose ?

— Manifestement.

— Est-ce que je peux savoir quoi ?

— Non.

Il tenta d’observer le contenu tandis qu’Anne retirait son manteau. Elle referma le sac avant qu’il puisse apercevoir la boîte.

— Dans la cuisine, ordonna-t-elle. Le risotto n’attendra pas que ta curiosité soit satisfaite.

Alexandre se releva, mais son regard resta fixé sur le paquet.

Anne plongea la main dans son sac à main et en sortit seulement une boîte de préservatifs. Elle la lui tendit avec un clin d’œil.

— Range-moi cela dans la chambre.

Alexandre prit la boîte.

Pendant quelques secondes, son imagination parut cesser entièrement de fonctionner. Puis plusieurs scénarios se formèrent derrière son regard.

Il contempla les clés suspendues au cou d’Anne. Peut-être avait-elle enfin décidé de lui retirer sa cage de chasteté pour la nuit. Le paquet contenait sans doute une nouvelle tenue, un déshabillé de satin ou quelque autre surprise destinée à célébrer leur cérémonie avec quelques mois de retard.

— Dois-je préparer quelque chose après le repas ? demanda-t-il.

— Toi-même.

— C’est assez peu précis.

— Tu t’en remettras à mon autorité.

Le sourire d’Alexandre confirma qu’il interprétait encore la situation d’une manière excessivement optimiste.

Anne passa près de lui et lui caressa la joue.

— Sers le dîner. Ensuite, tu prendras une douche et tu viendras m’attendre à genoux dans la chambre.

— Avec ou sans ma cage ?

— Avec.

Il parut surpris, mais s’inclina.

— Oui, Maîtresse.

Anne prit le sac de la boutique et monta lentement l’escalier.

Derrière elle, Alexandre la regardait partir, toujours convaincu que le paquet contenait un vêtement de satin et que la boîte de préservatifs annonçait la fin de sa chasteté.

Il se trompait sur les deux points.

Anne sourit.

La gynarchie avait peut-être transformé leur ménage, leurs habitudes et la place qu’ils occupaient l’un auprès de l’autre.

Elle n’avait rien enlevé à leur complicité.

Elle lui avait simplement offert de nouvelles façons de s’exprimer.

 

FIN.

Thèmes: gynarchie, femdom
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