Et puis parfois je ne me questionne plus sur ce qui est systémique ou biais personnel... ... Parce qu'on en est encore là... pour CERTAINS :) https://www.lemonde.fr/sport/article/2026/05/29/roland-garros-2026-adolfo-daniel-vallejo-sanctionne-pour-des-propos-sexistes-envers-l-arbitre-apres-sa-defaite_6694798_3242.html
Un mauvais perdant d'Uruguay a l'impression de s'être fait voler le match à Roland-Garros par le public (nécessairement acquis à la cause de son adversaire français), face auquel l'arbitre n'aurait pas trouvé la force pour imposer une lecture juste du match. Son analyse me semble tenir en 3 points :
- Je méritais objectivement de gagner le match
- Le chauvinisme puant du public (principalement français) de Roland-Garros voulait me voir perdre face à leur compatriote
- Il a été rendu opérant par le fait qu'une femme-arbitre a plus de mal à imposer ses décisions, et qu'elle a ici cédé à la pression du public, contre laquelle un homme aurait pu mieux se défendre
Bon. Je ne crois pas trahir le raisonnement de ce joueur en ayant ainsi reconstitué son raisonnement. À titre personnel, pour avoir vu le match, je pense qu'il s'agit d'une excuse éclatée au sol, qui contrevient au "fair-play" de rigueur dans les grands événements sportifs, et qu'il était juste moins bon, surtout dans le dernier set où il s'est laissé couler. Autrement dit, je le tiens pour un mauvais perdant, et pense qu'il devrait surtout être sanctionné pour son attaque en creux contre le public et sa remise en cause d'une décision arbitrale du personnel désigné par la FFT, bien plus que pour un soupçon de wrongthink sexiste. Mais peu importe.
À présent, que penser du commentaire "On en est encore là [dans notre lutte féminisme]", que je trouve personnellement accablant ?
1°) Je ne sais pas qui est ce "on", que je juge malhonnête. La France n'est pas l'Uruguay, et je ne vois pas bien à quel titre les conneries proférées par un uruguayen de 22 piges pourraient être présenter comme caractéristiques d'un état des rapports entre hommes et femmes en France. Je pense qu'il s'agit d'une formule de nigaud ou d'attrape-nigaud.
2°) Quand une mauvaise perdante, et elles ne manquent pas, se prévaut de ce qu'elle a été jugée par des hommes pour remettre en question son échec, je ne la vois jamais être pénalisée par son corps disciplinaire pour sexisme. Quand des académiciennes, par exemple, ont imputé la faible représentation féminine au sein de cet aréopage au grand nombre d'hommes qui y président... personne ne les a taxées de sexisme, personne n'a prétendu les sanctionner ou leur imposer des amendes. Ce que je trouve bien naturel : que leur critique soit fondée (ce dont je doute), ou pas, elles ont encore bien le droit de penser ce qu'elles veulent. À quel titre remettre en question la légitimité d'une femme parce que femme dans un corps arbitral serait moins tolérable que celle d'un homme parce qu'homme ?
3°) Ce que je trouve particulièrement piquant et grotesque, dans la lecture proposée par cet article du Monde (comme par le gros de la presse aux ordres du sexisme institutionnalisé qu'on nous fait bouffer comme "féminisme"), c'est que les mêmes organes de presse, les mêmes journalistes, les mêmes chercheurs, le même personnel politique, et la même opinion publique sait parfaitement que les femmes ont plus de peine à imposer leurs vues contre le groupe, et tendent beaucoup plus volontiers à fuir le conflit ou à taire leur propre point de vue pour épouser l'égrégore du groupe. Ce point est sanctionné par à peu près toutes les recherches sur le comportement genré depuis 40 balais, et c'est un des facteurs le plus souvent mis en avant (à bon droit, me semble-t-il) pour expliquer la disparité des salaires et des promotions entre hommes et femmes à postes homologues : les femmes s'affirment moins, négocient moins durement pour leurs intérêts, font plus facilement primer l'intérêt perçu du groupe sur leurs exigences personnelles, se mettent moins en avant au détriment de leurs collègues, et ainsi de suite. C'est d'ailleurs pour compenser ce biais que tout ce petit monde se félicite que des initiatives telles les "primes" versées aux femmes dans beaucoup d'entreprises, ou la parité de genre dans les mécanismes ordinairement discrétionnaires de promotion interne. Il faudrait donc, d'une part, tenir pour acquis et évident que les femmes cèdent plus volontiers à la pression du groupe, que des hommes en abusent pour les clouer au bas de hiérarchies internes... et d'autre part, juger "sexiste" qu'un joueur de tennis uruguayen pense lui aussi que les femmes cèdent plus volontiers à la pression du groupe, et que le public ait pu en abuser pour faire triompher son nationalisme ordinaire à Roland-Garros.
Rien de tout cela n'est sérieux, et je renvoie les deux parties dos-à-dos, avec leurs préjugés simplets : Ce mauvais perdant qui ne voit dans les français du public de R-G qu'une masse de hooligans, nécessairement ligués contre lui, ne part pas d'un axiome fondamentalement différent de celui de ces aboyeurs professionnels, qui voient dans toute remise en cause par un homme d'un arbitre femme (et jamais l'inverse, mystérieusement) l'expression de la misogynie la plus scandaleuse et de l'oppression patriarcale. Ce sont les mêmes pitreries à l'usage des mêmes pitres. Et, dans le fond, si les uruguayens qui loupent leur performance sont trop cons pour comprendre que les français qui paient 500 balles pour voir un match à Roland-Garros ne sont pas venus voir "perdre un étranger", si les journalistes du Monde sont trop stipendiés ou intellectuellement paresseux pour voir dans les commentaires d'un loser homme contre une femme autre chose que du sexisme... c'est leur problème. Ils sont irréductiblement porteurs de la même médiocrité, du même simplisme et de la même hystérie. Qu'ils s'arrangent entre eux.
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