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Noéline
#27
L’indécence de la bienveillance ​C'est l'article qui m'a coûté le plus à écrire. Dans notre milieu, on se targue souvent de bienveillance, on parle de don de soi et de générosité. Mais si on arrêtait le marketing deux minutes pour se regarder en face ?   ​Je me suis regardé dans le miroir et je me suis demandé : ce qui m'excite, au fond, est-ce vraiment son bien-être ? Ou est-ce l'image de moi-même reflétée dans ses yeux pleins de crainte ou d'obéissance ?   ​Sommes-nous capables d'admettre que nos "mots doux" d'après séance ne sont peut-être que la quittance de notre bonne conscience ? Une façon de valider un acte de consommation pure pour pouvoir dormir la nuit ? J’ai peur que, sous couvert de générosité, nous ne soyons que des acheteurs de sensations qui refusent de dire leur nom.
Je vais répondre à votre dernier post et vous donner mon opinion en tant que soumise. Merci pour cette série de réflexions. En tant que soumise, je les ai lues avec beaucoup d'intérêt, car elles m'ont amenée a me poser la question inverse. Vous vous demandez si le Dominant n'est pas, au fond, le véritable "consommateur" de la relation. Pour ma part, je ne le ressens pas ainsi. Si je choisis de m'abandonner, ce n'est pas parce que l'on m'a pris quelque chose, mais parce que je décide librement de l'offrir. Ce don n'existe que parce qu'il y a en face quelqu'un en qui j'ai suffisamment confiance pour le recevoir. Vous écrivez également : « Sans ses larmes ou ses frissons, que resterait-il de notre puissance ? » Je pourrais presque retourner la question : sans votre présence, votre cadre, votre capacité à accueillir cet abandon, que resterait-il de ma soumission ? L'un n'existe pas sans l'autre. Concernant le "sauveur", je partage votre prudence. Un Dominant ne devrait pas se croire thérapeute. En revanche, une relation peut parfois permettre à chacun de grandir, non pas parce que l'un répare l'autre, mais parce qu'ils évoluent ensemble. Enfin, votre phrase : « J'ai peur d'être un prédateur sans le savoir » m'a particulièrement touchée. À mes yeux, un homme qui continue de s'interroger sur sa pratique et sur son impact sur l'autre est probablement moins dangereux que celui qui ne doute jamais de lui-même. Au fond, je ne vois ni un consommateur, ni un fournisseur. J'y vois deux personnes qui se donnent des choses différentes, mais tout aussi précieuses. Sans confiance, il n'y a pas de soumission. Sans soumission librement consentie, il n'y a pas de domination. C'est cette réciprocité qui, à mes yeux, donne tout son sens à une relation D/s.
Soyez la première personne à aimer.