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Par : le Il y a 8 minutes
Un peu après le 15 août, Estelle, la secrétaire du grand patron, vint le trouver. Son influence s’étendait bien au-delà du rôle d’assistante de direction mentionné sur l’organigramme de la boite. Était-ce lié à son physique incroyable ? Très certainement. Estelle était une apparition que l’esprit peinait à concevoir. Du haut de son mètre quatre-vingt, cette jeune eurasienne d’une trentaine d’années imposait sa géométrie vertigineuse : des jambes interminables qui dictaient une démarche chaloupée, des hanches pleines invitant au toucher, et cette taille fine, presque fragile, qui servait de piédestal à l’impensable. Car c’était bien là que le regard finissait par s’échouer, captif. Sa poitrine possédait une arrogance naturelle, une plénitude lourde et majestueuse qui semblait défier les lois de la pesanteur. Ses courbes insolentes n’avaient nul besoin d’artifices pour affirmer leur présence magnétique. Au-delà de ce corps sculptural, il y avait son teint doré, comme caressé par un soleil perpétuel, qui contrastait avec l’éclat de ses grands yeux verts. Et puis cette bouche, aux lèvres charnues et ourlées, qui souvent s’étirait dans un sourire prometteur, mélange de candeur et d’une sensualité parfaitement assumée. Paul s'était déjà risqué à croquer cette silhouette de walkyrie. Ses dessins, d'une audace crue, frôlaient la réalité sans jamais l'égaler. Il n'en fallait pourtant pas davantage pour que Sabine, face à une anatomie aussi insolente, se sente cruellement éclipsée. Comment tout cela pouvait lui sembler encore si réel, alors qu’à présent son ex refusait le moindre échange ? — Paul ! Va falloir arrêter vos conneries ! tonna l’apparition. — Heu… de quoi parl… — Et mes yeux c’est ici, pas en bas ! le coupa Estelle, avec un sourire. Depuis qu’il vivait seul, sans dérivatif sexuel concret – hormis les séances de masturbation solitaire et frénétique auxquelles il se livrait parfois devant sa baie vitrée, jumelles en main – Paul perdait fréquemment tout contrôle sur ses globes oculaires. Face à ce rappel à l’ordre, il réajusta à contre-cœur sa visée. — Vous avez à peine réagit, lors du dernier COSTRAT, quand Aurélie s’est payé votre tête devant tout le board ! Qu’est-ce que vous attendez pour contrattaquer ? Vous n’avez pas encore pigé, que c’était elle ou vous ? — Tu comprends pas, Estelle. Il y a certaines réalités qui… — Mais atterrissez, bordel ! Toute la boite est au courant que Sabine vous a quitté pour cette salope imbuvable ! — Toute la boite, vraiment… ? — Soit vous la virez, soit elle vous aura à l’usure. Paul éclata d’un rire étranglé, pathétique. — Plus facile à dire qu’à faire… Même si je vomis Aurélie, elle fait un excellent travail. Je ne vois pas sous quel prétexte on pourrait se séparer d’elle… — Un excellent travail, vous croyez ? Certains documents importants pourraient disparaître… Elle pourrait être accusée de négligence, voire de faute professionnelle, lança Estelle, d’une voix froide et détachée. — Quoi !? Monter une machination contre elle ? Jamais je pourrais … — Vous, peut-être pas. Mais des gens qui tiennent à vous et à ce que vous gardiez votre job, peut-être que oui… Faudra juste avoir assez de sang froid pour infliger le coup de grâce, le moment venu. Estelle fit avec son doigt manucuré le geste de trancher une tête. — J’avoue que l’idée est séduisante… Même si le procédé, en lui-même… — … peut être décisif, et c’est tout ce qui importe, trancha la métisse.  Après un instant laissé au directeur administratif pour qu’il s’ancre bien ça dans le crâne, elle poursuivit d’un ton plus léger :  — Au fait, les entretiens pour remplacer Régine commencent bientôt. Vous voulez participer au jury ? — Tu crois vraiment que j’ai l’esprit à ça ? soupira Paul. — Je me suis laissé dire que certaines candidates étaient mignonnes. Ça pourrait vous changer les idées… Sachant que la nouvelle va travailler en partie pour vous, son apparence n’est pas un détail. — Robert sera présent, non ? — Oui, bien sûr. Notre DRH ne loupe aucun jury où il faut évaluer des jeunes femmes…  — Très bien. Je lui fais une totale confiance pour nous recruter LA perle. ---- Monsieur Paul était un homme d’habitudes. Au travail, il prenait des notes dans un carnet secret sur toutes les femmes qui l’entouraient. Leurs attitudes et leur caractère, oui, mais surtout leur apparence physique, leur maquillage et leur coquetterie, le côté sexy ou non des tenues du jour. Et bien sûr, ce que lui inspiraient leurs corps. De tout cela, il dérivait une moyenne qu’il attribuait à chacune. Une sorte d’argus de la « bonne meuf », une cotation des plus beaux culs de la place, indexés sur leur propension à se mettre correctement en valeur tout en étant agréable - du point de vue du charme et de la conversation. Quand une jeune femme le piquait particulièrement, il ajoutait dans son carnet quelques commentaires flatteurs - et même, parfois, salés. C’était pour lui une façon de se « débarrasser » des pensées sexuelles parasites qui lui tournaient sans cesse autour, au contact de ces filles particulièrement excitantes. Personne dans la boite n’était au courant, hormis Estelle. Comme s’il revenait à cette beauté exotique de connaître jusqu’à la plus petite manie de ses supérieurs. Une aptitude innée chez elle, sans doute liée à des dons d’observations hors du commun. Rien ne lui échappait, et elle faisait ce qu’il fallait pour que cela continue ainsi. Au fil des ans, cette habitude était devenue une source importante du pouvoir occulte dont elle jouissait. En son absence, Estelle ne se privait évidemment pas de venir compulser le carnet intime de Monsieur Paul. Elle était ainsi un témoin privilégié de ses attirances et goûts érotiques. Comme sans doute la plupart du personnel féminin – même si aucune ne se permettrait jamais d’en parler – elle connaissait bien les tendances voyeuristes de son patron. Ce directeur-ci avait au moins le bout goût de rester discret, dans son appréciation visuellement indiscrète de leurs physiques respectifs. Tout comme la plupart de celles qui étaient bien notées dans son carnet, Estelle se sentait valorisée par l’attention soutenue de Monsieur Paul pour ses formes. Mais elle seule avait une vue directe sur le « top 5 » de ce voyeur patenté, dont elle était l’indétrônable reine depuis des années déjà. Et cela non plus, il n’était pas question que ça change. De longue date, cette sombre beauté avait compris que l'influence sur un homme commence là où sa raison vacille… Jusqu’ici, elle n’avait jamais eu de compétition sérieuse. Mais à présent que « Mémé Régine » rendait son tablier, il était vital de s’assurer que la relève ne viendrait pas siphonner son prestige. Et pour cela, il lui fallait faire un tri rigoureux parmi les postulantes, ne garder en lice que celles dont le profil était « approprié » pour le poste.  Convaincre Monsieur Robert de la validité de son point de vue ne serait guère qu’un jeu d’enfant. D’autant que le PDG venait de lui signifier qu’Estelle participait à présent aux entretiens de sélection. En sa qualité d’assistante au pedigree particulièrement flatteur… --<0>-- Journal intime de Bérénice, jeudi 21/08/2025 Cher Journal, Ce soir, le silence me tient compagnie. Il y a encore si peu de choses ici… quelques cartons, une table, une chaise, mon lit posé près de la grande baie vitrée, et maintenant Mon Fauteuil que j’ai enfin installé. Merci au concierge, de m’avoir gentiment aidée à le porter jusqu’à mon appartement. Sans lui, je n’aurais jamais réussi à le hisser jusque-là. Il trône maintenant au beau milieu du salon, comme un refuge doux et accueillant. Le reste de l’appartement, c’est de l’espace, du vide, de la lumière et une immense terrasse sans vis-à-vis direct. Mais ce vide ne me fait pas peur. Il respire, m’enveloppe, me donne le sentiment que tout reste à inventer. D’ici, tout en haut de la tour, la ville s’étend comme un territoire inconnu. Je commence à la découvrir, pas à pas. Les bruits d’en bas, les lumières, les odeurs… tout est nouveau, étranger, excitant. J’ai vraiment l’impression de débuter une autre vie, la mienne, enfin. Ce matin, j’ai eu mon entretien avec cette grande entreprise. J’étais nerveuse, bien sûr, mais j’ai parlé avec mon cœur. Ils ont vu que je manquais d’expérience, mais j’espère qu’ils ont senti ma sincérité, mon envie d’apprendre. Peut-être que ce sera le début de quelque chose. Le vent passe doucement par les fenêtres ouvertes. Il fait presque doux. Une page blanche attend mes mots, mes pas, mes rêves. Je me sens libre, un peu seule, mais heureuse d’être ici, à ce point de départ. Je regarde autour de moi et je souris bêtement : l’appartement me ressemblera. Tout en haut, baigné de lumière, avec ces grandes baies vitrées ouvertes sur le ciel. Le soleil du soir s’invite jusque dans mes pensées. J’aime cette impression d’espace, de liberté. Ici, je peux enfin après ces semaines intenses, respirer. Et maintenant, dans mon fauteuil, m’asseoir, sentir que ce lieu commence vraiment à devenir chez moi. (À suivre…)
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