Allez, j'ai envie d'essayer de faire rebondir ce sujet, dans une direction qui me semble (un peu) pertinente...
En effet, je serais tenté de balayer d'un revers de main le questionnement initial d'Epicure: si on est en relation avec quelqu'un qui a besoin d'aide (matérielle, psychologique...), alors on a un choix assez simple à faire: soit on l'aide, soit on ne l'aide pas (waouh, qu'elle finesse d'analyse!). Et la réponse à cette question dépend de pas mal de paramètres, le type d'aide demandé, la manière dont elle est sollicitée, sa propre capacité à fournir de l'aide ou non, la perception d'un éventuel comportement "profiteur", etc. Mais ça semble s'appliquer à tout type de relation, et je ne vois pas trop ce que le BDSM vient faire là-dedans.
Si j'essaie donc d'explorer une autre dimension du sujet, j'aimerais m'attarder un peu sur la dimension "empathie, compassion" dans le BDSM, en évacuant l'aspect méprisant de la pitié, ou les situations de déséquilibre flagrant dans la relation. Et pour être plus précis et partir d'un témoignage personnel: ma compagne supporte et apprécie parfois, à petite dose, de se soumettre à moi, mais elle a assez clairement plutôt une "nature" dominante, que j'essaie de lui faire révéler et développer. Or, si elle me tient à sa merci et commence à vouloir en profiter, se mêlent en elle le plaisir qui peut être associé à cette situation, et un sentiment d'empathie, de pitié qui l'amène à avoir très peur que je me sente mal, que j'aie mal, que ce soit inconfortable pour moi. Au moment où elle domine, et bien que je lui aie indiqué que tout va bien pour moi et que dans le cas contraire je le lui dirais, elle est envahie par un désir, un besoin, (une habitude?) de me protéger, me rassurer, me préserver - qui se combine assez mal, on l'imagine, avec une posture dominante.
Alors c'est ma question, surtout aux personnes Doms : comment gérez-vous ça, particulièrement vis-à-vis de quelqu'un avec qui vous êtes en relation suivie, profonde? Est-ce que le fait de voir cette personne dans l'inconfort voire la souffrance n'éveille pas en vous un sentiment de pitié, d'empathie lié à l'amour que vous éprouvez, et qui viendrait faire "mollir" votre bras ou votre détermination ?
J'ai l'impression que d'écrire ça m'éclaire un peu sur ce qu'Epicure essayait d'exprimer: quelqu'un qui est dans la dèche, en difficulté, on peut avoir le réflexe de "ne pas en rajouter" en imposant une couche supplémentaire de domination BDSM sur toutes les dominations que cette personne subit (économique, sociale, de genre, raciale, etc.)? Et du coup ça devient difficile de se mettre en posture dominante vis-à-vis d'une personne déjà "dominée par la vie "?