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La rubrique "Articles" regroupe vos histoires BDSM, vos confessions érotiques, vos partages d'expériences SM.
Vos publications sur cette sortie de blog collectif peuvent aborder autant les sujets de la soumission, de la domination, du sado-masochisme, de fétichisme, de manière très générale ou en se contentrant très précisément sur certaines des pratiques quu vous connaissez en tant que dominatrice/dominateur ou soumise/soumis. Partager vos récits BDSM, vécus ou fantames est un moyen de partager vos pratiques et envies et à ce titre peut être un excellent moyen de trouver sur le site des partenaires dans vos lecteurs/lectrices.
Nous vous rappelons que les histoires et confessions doivent être des écrits personnels. Il est interdit de copier/coller des articles sur d'autres sites pour se les approprier.
Je suis seule. Je suis allongée sur le tapis, vautrée devant la cheminée.
Une bonne flambée me chauffe les reins.
J’ai froid pourtant. Je suis nue devant les flammes.
Mes mains voudraient chercher mon sexe et le caresser. Elles ne le peuvent pas..
Je geins doucement.
Je m’étire, autant que les liens qui me serrent me le permettent.
Je suis bien.
J’aime les liens, les cuirs, les chaînes…, mais je n’ai personne pour me les poser.
Ceux qui me serrent les poignets ne m’emprisonnent pas vraiment : quelques secondes et je suis libre à nouveau.
Mes chevilles sont mieux tenues, parce qu’il m’est plus facile de les lier efficacement qu’il ne m’est possible de le faire de mes bras.
Un collier de cuir souple me sert pour les poignets : Je le ferme assez étroitement, puis je m’efforce d’y glisser les poignets l’un après l’autre. Le résultat n’est pas mauvais, et parfois quand les membres se sont un peu engourdis et gonflés de sang, il me faut quelques minutes pour me libérer.
Une fois même, j’ai du user d’un couteau que je suis allée prendre dans la cuisine et qu’à force de contorsions, j’ai réussi à faire entrer dans le cuir. A la fin j’étais fébrile.
Ce soir, j’ai envie d’essayer une autre position.
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Le plafond, chez moi, est fait de vieilles poutres de chêne, auxquelles sont vissés depuis l’éternité de solides crochets d’acier. Je fixe à l’un d’eux une poulie.
J’y passe un cordage qui pend jusqu’au sol de part et d’autre.
Je fixe à mes chevilles des bracelets de cuir larges et solides, auxquels sont accrochés de gros anneaux d’acier. Je passe les mêmes attaches à mes poignets, puis je monte sur un petit support haut de quelques trente centimètres.
A l’aide d’un émerillon, j’attache l’une des extrémités de cette corde aux anneaux d’acier de mes cheville, et l’autre extrémité à ceux de mes poignets que je tiens bras tendus au dessus de moi.
Je me laisse descendre de mon support que j’écarte d’un coup de pied.
Mes bras sont tirés brusquement vers le haut tandis que j’atterris sur la pointe des pieds.
Je reste ainsi quelques secondes.
Parce que j’ai envie de voir ce qui va se passer, je transfert mon poids sur le haut du corps et relève les jambes….Doucement d’abord, mais beaucoup plus violemment la seconde suivante, la corde coulisse dans la poulie et mes jambes se trouvent bientôt pointées vers le plafond tandis que je pends la tête en bas.
Je reste un long moment dans cette position. elle me fait penser à la proie conquise transportée à un pieu par des mangeurs d’hommes. Vais je pouvoir me détacher ? L’inquiétude me fait agir et je cherche à me redresser. Quand je tire sur mes bras, les pieds, qui sont plus légers, sont tirés vers le haut. La solution n’est pas là.
J’essaye d’attraper mes jambes, puis de là de redresser mon corps en me halant sur la corde qui est accrochée aux chevilles.
Celles ci redescendent jusqu’à terre.
Dressée sur la pointe des pieds je détache mes poignets et me libère.
Finalement c’était facile.
Je souffle un moment, et l’idée me vient bientôt d’essayer une autre position.
Je m’imagine qu’il serait excitant d’être à genoux, les jambes tirées vers le haut par la corde, de telle manière que les chevilles ne reposent pas sur le sol, et que les bras soient tirés en arrière le plus possible vers le haut.
Je m’attache debout, sans tendre les cordes outre mesure, et puis je m’agenouille.
les bras sont naturellement tirés vers le haut tandis que les jambes font contre poids.
Dieu sait pourquoi ni comment, je perds soudain l’équilibre.
Je me retrouve brusquement allongée sur le ventre, nez au tapis, jambes et bras fortement tirés en arrière, dos cambré, reins arqués.
Les liens tirent fort.
Je me rends compte tout de suite que cette nouvelle position va poser problème.
Sans attendre, j’essaye d’attraper mes chevilles pour tenter de retrouver l’équilibre précédent. Peine perdue. Tous mes efforts sont vains. Je m’épuise en tractions.
Je panique. Je suis seule dans la maison. Personne ne doit venir d’ici plusieurs jours.
Les liens tendus me blessent de plus en plus, et je sent que si je dois rester ainsi très longtemps mon calvaire sera monstrueux. Il faut que je trouve une solution. Je me calme.
Les tentatives de redressement m’ont épuisée et n’ont donné aucun résultat : il faut chercher autre chose.
J’essaye de détacher un des bracelets qui serre mes mains. Cela devrait être facile, mais dans la position dans laquelle je me trouve, avec la tension qui est exercée vers le haut sur les anneaux de ces bracelets, je n’y parviens pas.
Il faudrait pouvoir les resserrer plus fort le temps de faire sortir l’émerillon de la boucle, mais je n’y arrive pas.
Je tente de faire glisser le bracelet le long de mon poignet. Je soulage, en me contorsionnant, le poids de l’une de mes mains, puis de l’autre, millimètre après millimètre, je gagne ma liberté. L’espoir renaît.
Le temps s’allonge, l’effort est terriblement demandeur, mais je ne peux pas renoncer. J’ai l’impression d’arracher la peau de ma main, mais elle sort. C’estt une naissance, un accouchement douloureux.
La main est éjectée brusquement des derniers millimètres qui la retenaient. Je m’écroule, encore retenue par l’autre main. Je reste quelques minutes allongée ainsi à reprendre mes esprits avant de finir de me libérer.
Le soir de cette aventure, je me suis couchée en me promettant de ne plus jamais me mettre de nouveau dans une telle situation, …seule !
Comment ne pas faire seule ce genre de jeu dont je sens que je ne pourrais plus me passer ?
C’était un samedi, il était huit heures. Je me suis connectée pour la première fois sur un site de rencontres BDSM. J’ai cherché un pseudonyme, et finalement j’ai préféré reprendre partiellement mon prénom en me faisant reconnaître comme « Sylve ».
Quelle annonce donner pour mes fantasmes ?
J’ai décrit directement ce que je cherchais : « Jeune femme, mordue de bondage, cherche Maître, pour lui imposer ses liens ».
Quelques messages me sont parvenus, mais leurs rédacteurs cherchaient autre chose, et trouvaient surtout l’opportunité d’une relation sexuelle un peu épicée. Ils ne m’intéressaient pas.
Un échange m’avait amusé ce soir là : Une jeune femme envoyait des messages pour demander des conseils afin de torturer son homme qu'elle avait attaché et bâillonné. Nous avons dialogué longuement, et elle disait réaliser tout ce que je lui préconisais, à distance…J’avais plein d’imagination. A la fin le gars ne devait pas être beau à voir si elle l’avait réellement fait !
Ce n’est que plusieurs soirées d’essais plus tard que je suis tombée sur un contact qui m’a semblé plein de potentiel. C’était un homme d’une cinquantaine d’années qui habitait à moins d’une heure de chez moi.
Il se disait « Maître » et intéressé à me dresser avec force liens et séances de dressage. Nous avons échangé sur ce que nous attendions l’un et l’autre de l’échange. Il était apparemment ce que je recherchais depuis des semaines. Je lui ai demandé de m’appeler au téléphone pour que l’on se parle en directe, et je me suis déconnectée, impatiente.
Le téléphone a sonné.
J’ai décroché, et j’ai entendu tout de suite une voix profonde, douce et ferme à la fois, très séductrice, très convaincante. Il était neuf heures, il se proposait de venir dés ce soir me rencontrer. J’ai dit oui.
Il a promis de m’appeler dés qu’il serait arrivé sur place afin de que je le guide, et qu’il me donne les premières consignes.
J’ai attendu fébrilement, et j’ai occupé les minutes qui s’égrainaient en me refaisant une beauté. Je me suis changée deux fois.
Le téléphone a sonné. C’était lui !
Je lui ai donné avec précision le chemin de chez moi.
Il m’a demandé de me mettre nue, à genoux, la tête reposant sur mes mains près du sol, les fesses tournées vers la porte d'entrée que je devrais laisser entre ouverte. Je ne devais pas tenter de le regarder. Nous avons raccroché.
Je me suis déshabillée, entièrement comme il l’avait demandé, et je me suis installée près de la porte dans la position très indécente exigée. J’ai attendu.
Les minutes se sont écoulées, longues, et je me suis demandée s’il allait venir. J’ai triché un moment pour aller pousser le chauffage parce que la tension me glaçait. Je me suis remise en position, j’ai attendu.
Un frôlement de l’air sur ma peau, un léger bruit de la porte qui s’entre ouvre : Il est là.
Je n’ose pas bouger. J’attends.
Une main, très douce caresse ma croupe, il semble la jauger, comme un marchand de bestiaux.
Il glisse sous ma tête un foulard de soie et m’en couvre les yeux. Il le serre d’un nœud dans le cou. Il ne veux pas que je le vois sans doute ?
Il ne dit rien. Sa main continue de caresser ma peau, délicatement, mais sans pudeur .
Tout à coup je reçois un coup violent sur la fesse, suivi aussitôt d’un second sur l’autre.
J’ai été surprise, et je pousse un cri. Il redouble ses coups, et la main frappe bien à plat, de toutes ses forces, sur mes fesses.
Je maintiens avec peine ma position, mais je n’ose pas bouger.
Quand la fessée a pris fin après un temps interminable, j’ai sentis que ma peau était rouge vif des coups reçus, mais les caresses qu’il m’a données alors m’ont fait du bien.
Il m’a demandé de me redresser. Il a fixé à mes chevilles et aux poignets les bracelets de cuir que j’avais laissés à disposition, et il a rajouté un collier autour de mon cou auquel il a passé une laisse.
« a quatre pattes, vite fait ».Je me suis exécutée.
Il m’a fait tourner dans le salon, traînée en laisse, puis m’a sortie faire un tour du jardin. Dans mon propre jardin, nue, tenue en laisse ! J’étais très excitée.
Il m’a ramenée alors dans le salon, et m’a fait monter sur une table basse. Il a fixé mes poignets à chaque extrémité d’une barre de bois, et a attaché cette barre à l’aide de chaînes aux poutres du plafond. Il m’a forcée à étendre mes bras vers le haut autant que cela était possible.
Il a passé une corde autour de mes chevilles et il a fait aussi plusieurs tours sur le dessus des genoux. Je ne pouvais plus bouger.
Il m’a prise dans ses bras et m’a retirée de la table sur laquelle je reposais. Je ne tenais plus que sur la pointe d’un pied. Je n’arrivais même pas à mettre les deux sur le sol simultanément.
J’étais à sa merci. Il m’a imposé un bâillon. Je ne pouvais plus me plaindre, mais je n’en avais pas envie : J’étais heureuse.
Sans prévenir, il m’a assené à nouveau une série de fessées, bientôt relayée par un martinet qui est tombé sans mesure sur mes reins, mes fesses, les cuisses, le dos…Il semblait aimer revenir sur les mêmes zones, et les coups répétés devenaient vite insupportables. J’ai crié à travers le bâillon, mais il a semblé s’exciter d’avantage à m’entendre tenter de l’attendrir de ma douleur.
Il a cessé les coups aussi soudainement qu’il les avait commencés, et quelques douces caresses m’ont vite apporté un peu de réconfort.
Il m’a annoncé qu’il n’avait pas dîné, et qu’il allait s’absenter quelques temps pour trouver de quoi manger.
Il m’a laissée méditer sur la domination et la soumission, suspendue, bâillonnée, genoux et chevilles étroitement liés, ne soulageant mon poids qu’alternativement d’un pied puis de l’autre…
Il a été absent près de deux heures !
Quand il m’a libérée, enfin, j’étais épuisée. Je me suis écroulée à ses pieds, et il m’a encouragée d’une caresse, très douce, très langoureuse.
Avant de me quitter, il m’a fait allonger la poitrine sur ses genoux, et les fesses bien en place, il m’a donné une dernière fessée bien sonnée, pour son plaisir.
Quand il ma quitté, je me suis couchée épuisée, satisfaite, j’avais trouvé mon Maître.
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« Certains personnages entrent en scène. D'autres restent derrière le rideau et font en sorte que la scène puisse exister. »
Il existe, dans le Cercle Ébène, une partie que l'on ne voit presque jamais.
Elle ne participe pas aux discussions. Elle ne cherche pas à convaincre. Elle ne revendique aucune autorité particulière. Elle n'apparaît que lorsque cela devient nécessaire.
Cette partie porte un nom : le Greffe.
Le Greffe est le prolongement administratif du Cercle Ébène, mais aussi sa mémoire. Il reçoit, classe, conserve, transmet et prépare. Il connaît les dossiers en cours, ceux qui sont terminés et ceux qui n'ont pas encore été ouverts.
Il sait également que certains dossiers ne doivent pas encore être ouverts.
Le Greffe travaille dans le silence. Il ne cherche pas la lumière. Son rôle est ailleurs : préparer le terrain, maintenir les archives et permettre aux événements de se dérouler sans que ceux qui y participent aient nécessairement connaissance de tout ce qui les entoure.
I — CELUI QUI RESTE DANS L'OMBRE
Le Greffe ne prend pas la parole pour avoir raison.
Il ne participe pas aux débats pour imposer une conclusion. Il ne cherche pas à devenir un personnage principal.
Il observe.
Les échanges, les événements, les désaccords, les comportements et parfois les conséquences.
Une information peut arriver par un message. Une autre peut être conservée dans une archive. Une troisième attendra plusieurs semaines avant de trouver sa place.
Le Greffe ne se précipite pas.
Il classe.
Il vérifie.
Il transmet.
Il attend.
Et lorsqu'une personne reçoit un jour un simple message indiquant :
« Votre dossier a bien été enregistré. »
elle ne sait pas nécessairement pourquoi.
Le Greffe, lui, le sait.
II — LES ARCHIVES
Le public ne voit généralement que ce qui est publié.
Le reste demeure dans le back office du Cercle Ébène.
C'est là que les dossiers sont constitués, que les événements sont préparés, que les rôles sont répartis et que certaines informations sont conservées à l'écart du regard général.
Un dossier peut rester fermé longtemps.
Une idée peut attendre son heure.
Un personnage peut être prévu avant même que quiconque sache qu'il doit apparaître.
Rien ne garantit cependant qu'un dossier sera un jour utilisé.
Le Greffe conserve également les choses qui n'ont pas abouti.
Les projets abandonnés.
Les versions précédentes.
Les décisions modifiées.
Les informations devenues inutiles.
Car une archive n'est pas seulement ce que l'on souhaite conserver.
C'est aussi ce que l'on pourrait avoir besoin de retrouver.
III — LE CENTRE DE RÉTENTION ET DE REDRESSEMENT
Le Cercle Ébène possède une institution moins connue.
Le Centre de rétention et de redressement des criminels BDSM.
Le terme est volontairement excessif.
La procédure, elle, l'est beaucoup moins.
Lorsqu'un comportement nécessite une intervention, le Greffe ouvre un dossier. Les faits sont examinés. Les explications sont recueillies. La situation est évaluée.
Le principe n'est pas de condamner immédiatement.
Il est de comprendre ce qui s'est produit, d'en déterminer les causes et, lorsque cela est possible, de permettre une réintégration.
Certaines sanctions sont administratives.
D'autres sont pédagogiques.
Un rappel à l'ordre peut suffire.
Dans les cas plus sérieux, le contrevenant peut être placé sous surveillance, convoqué devant une commission ou soumis à un programme de redressement.
La sanction la plus redoutée demeure toutefois la formation obligatoire.
Elle consiste à apprendre à distinguer :
un fait, une opinion et une interprétation.
Les récidivistes sont généralement soumis à un programme renforcé.
Le Greffe ne communique pas la durée de la peine.
Il communique seulement la date de début.
IV — L'ÉCOLE DU CERCLE ÉBÈNE
Le Cercle Ébène ne se contente pas de conserver les dossiers.
Il forme également ceux qui souhaitent apprendre.
L'École du Cercle Ébène repose sur quelques principes simples : observer avant de conclure, écouter avant de répondre, comprendre avant de condamner et réfléchir avant d'agir.
L'enseignement commence par les bases : prudence, communication, consentement, lecture des situations et gestion des désaccords.
Il se poursuit par l'argumentation, l'analyse des comportements, la construction d'un débat et l'examen des contradictions.
À un niveau plus avancé, l'élève apprend quelque chose de plus difficile encore :
remettre en question sa propre interprétation.
L'établissement possède évidemment ses propres examens.
Le plus difficile n'est pas de connaître la bonne réponse.
C'est de reconnaître que l'on ne la connaît pas.
V — QUELQUES INCIDENTS ADMINISTRATIFS
Les archives du Greffe contiennent de nombreux incidents.
Certains sont suffisamment insignifiants pour être oubliés.
D'autres ont justifié l'ouverture d'un dossier.
Un membre a un jour signalé la disparition d'un document important.
Après vérification, le document n'avait pas disparu.
Il avait été classé.
La rubrique indiquée était :
« Affaires en attente d'évolution. »
Aucune date de réexamen n'était indiquée.
Dans un autre dossier, une personne convoquée par le Greffe demanda ce qui lui était reproché.
La réponse fut :
« Rien pour le moment. »
Elle demanda alors pourquoi elle devait venir.
Le Greffe répondit :
« Justement. »
L'incident fut classé sans suite.
La convocation, elle, resta dans les archives.
VI — LA MÉMOIRE DU CERCLE
Le Greffe n'est pas le Cercle Ébène.
Il en est la continuité.
Le Cercle imagine, construit, expérimente et fait vivre ses projets.
Le Greffe conserve ce qui doit l'être et prépare ce qui viendra ensuite.
Il connaît les versions successives d'une affaire. Il sait quelles décisions ont été prises et lesquelles ont été abandonnées. Il conserve parfois des éléments que les principaux intéressés eux-mêmes ont oubliés.
Cette fonction lui donne une particularité :
le Greffe n'a pas besoin d'être au premier plan pour avoir une vision d'ensemble.
Il regarde les événements depuis l'arrière.
Là où les conversations deviennent des dossiers.
Là où les désaccords deviennent des archives.
Là où les erreurs deviennent des enseignements.
Et là où certains enseignements finissent par devenir des règles.
VII — LA PORTE RESTE OUVERTE
Le Cercle Ébène n'a pas vocation à tout montrer.
Une partie de son fonctionnement restera toujours dans l'ombre.
Non par goût du secret pour lui-même, mais parce qu'une organisation qui montre tout immédiatement ne laisse plus aucune place à la découverte.
Le Greffe conservera donc ses archives.
L'École continuera de former.
Le Centre de rétention continuera de recevoir ceux qui doivent être redressés.
Et les dossiers continueront de s'empiler.
Car derrière chaque événement, il existe peut-être un dossier.
Derrière chaque dossier, une histoire.
Et derrière chaque histoire, quelqu'un qui, quelque part, prend des notes.
CERCLE ÉBÈNE — LE GREFFE
Organiser. Transmettre. Veiller. Archiver.
Dans l'ombre, pour que le Cercle puisse exister.
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Le mardi matin, Anne retrouva Madame Thomas devant le portail de la propriété.
La cliente était déjà présente lorsqu’elle arriva. Elle se tenait près de sa voiture, vêtue d’un pantalon clair, d’une veste cintrée et de bottes adaptées au terrain. Même dans cette tenue moins formelle que celle du restaurant, elle conservait la même élégance maîtrisée.
Anne avait apporté les premières esquisses de la future maison.
Elle avait passé une grande partie du week-end à étudier le terrain, ses courbes de niveau et la position des arbres. Alexandre l’avait retrouvée plusieurs fois au milieu de la nuit, assise dans le salon, entourée de feuilles de papier calque.
Elle prétendait seulement explorer quelques possibilités.
Il lui avait fait remarquer qu’elle avait déjà dessiné six versions de l’entrée principale.
Anne avait refusé de considérer cela comme une preuve d’engagement.
Madame Thomas consulta sa montre lorsqu’elle la vit approcher.
— Dix heures moins trois. Vous êtes ponctuelle.
— Je préfère arriver avant mes clients.
— Et moi avant les personnes que j’engage. Nous devrons trouver un compromis.
Anne lui tendit la main.
— Bonjour, Madame Thomas.
— Bonjour, Anne.
La propriétaire ouvrit elle-même le portail.
Le terrain descendait légèrement vers une partie boisée. L’ancienne construction, désormais inhabitable, occupait une zone dégagée près du centre de la propriété. Plus loin, les arbres formaient une barrière naturelle qui dissimulait presque entièrement les habitations voisines.
— J’ai étudié les relevés, commença Anne. Il est possible de conserver tous les arbres importants, mais l’accès devra contourner la propriété par l’est.
— Cela allongera le trajet depuis le portail.
— De quarante mètres environ.
— Très bien.
La facilité avec laquelle Madame Thomas accepta la modification surprit Anne.
— Vous ne souhaitez pas voir la maison dès l’entrée ?
— Non. Je veux qu’elle se révèle progressivement. Une personne invitée chez moi doit avoir le temps de comprendre qu’elle quitte l’espace public avant d’entrer dans le mien.
Anne nota la formulation.
— Dans ce cas, nous pouvons utiliser les arbres pour organiser cette transition.
Elles avancèrent sur le terrain.
Anne déroula l’un de ses plans sur le capot de sa voiture. Sa première proposition disposait la maison autour d’une cour centrale. Une aile privée suivait la pente naturelle tandis que les pièces de réception s’ouvraient vers la partie la plus lumineuse de la propriété.
— L’entrée se trouverait ici, expliqua-t-elle. Les invités découvriraient d’abord le patio, puis le salon principal. La végétation protégerait l’intérieur des regards sans fermer complètement la perspective.
Madame Thomas étudia le dessin.
— Où serai-je lorsque quelqu’un entrera ?
— Cela dépendra naturellement de l’endroit où vous vous trouverez.
— Je veux pouvoir observer l’arrivée depuis mon bureau et depuis le salon.
Anne prit un crayon.
— Nous pouvons déplacer le bureau sur cet axe et surélever légèrement son plancher. Une ouverture intérieure permettrait de voir le vestibule sans être immédiatement visible depuis l’entrée.
— Parfait.
— Cela vous permettra de décider si vous souhaitez recevoir la personne.
— Exactement.
Anne redessina quelques lignes.
La demande était inhabituelle, mais cohérente. Madame Thomas ne voulait pas seulement habiter cette maison. Elle souhaitait en contrôler les mouvements, les attentes et les rencontres.
— Combien de personnes vivront ici ? demanda Anne.
— Le nombre pourra varier.
— J’ai besoin d’une estimation.
— Moi-même, quelques invités et les personnes attachées à mon service.
— Du personnel permanent ?
Madame Thomas contempla le terrain.
— Certaines personnes seront rémunérées. D’autres occuperont auprès de moi une place plus personnelle.
Anne attendit une précision qui ne vint pas.
— Il faut tout de même prévoir des chambres.
— Naturellement.
Elles reprirent leur marche.
L’ancienne maison comportait encore quelques murs debout. Anne entraîna sa cliente à travers ce qui avait autrefois été le salon. Le toit avait disparu, laissant la lumière du matin tomber directement sur les pierres.
— Je souhaiterais conserver une partie de ce mur, expliqua Anne. Il pourrait devenir la limite entre le grand salon et la cour intérieure.
Madame Thomas posa une main sur la pierre.
— Il séparera l’espace dans lequel je reçois de celui où les autres attendent.
— Je pensais plutôt à une séparation entre l’intérieur et l’extérieur.
— Les deux fonctions ne sont pas incompatibles.
Anne traça mentalement une nouvelle circulation.
— Vous parlez souvent d’attente.
— Savoir attendre est une qualité importante.
— Chez vos employés ?
— Chez tous ceux qui souhaitent obtenir quelque chose de moi.
Madame Thomas poursuivit sa visite.
Anne l’observa s’éloigner. Chaque réponse semblait révéler une partie de sa vision tout en dissimulant l’essentiel.
Elles s’arrêtèrent à l’emplacement prévu pour l’aile privée.
— Voici votre suite, expliqua Anne en lui montrant une autre esquisse. La chambre s’ouvrira vers le sud. Le dressing et la salle de bains occuperont cette partie.
Madame Thomas examina les dimensions.
— Les armoires murales sont trop petites.
— Elles occupent déjà près de six mètres de longueur.
— Doublez leur profondeur.
Anne releva les yeux.
— Cela ne serait plus un simple rangement. Nous perdrions une partie importante de la surface de la chambre.
— Prenez-la sur la pièce voisine.
— Vous souhaitez réellement des armoires de plus d’un mètre de profondeur ?
— Oui.
— Pour des vêtements ?
Madame Thomas sourit.
— Entre autres.
Elle indiqua plusieurs emplacements.
— Je les veux verrouillables, avec des parois renforcées. Certaines devront comporter des prises électriques et un éclairage intérieur.
Anne regarda de nouveau le plan.
— Que comptez-vous y ranger ?
— Mes biens personnels.
— Vos biens personnels nécessitent-ils une ventilation ?
Madame Thomas tourna lentement la tête vers elle.
— Vous pensez à quelque chose de particulier ?
— J’essaie seulement de comprendre vos besoins.
— Prévoyez une ventilation.
Anne nota la demande sans insister.
Elles abordèrent ensuite les matériaux.
Pour les pièces de réception, Madame Thomas souhaitait du bois clair, de la pierre naturelle et de grandes ouvertures donnant sur le jardin. Elle voulait que les femmes qu’elle recevrait s’y sentent libres et valorisées.
D’autres espaces devaient être conçus de manière radicalement différente.
— Dans cette pièce, je veux un sol facile à nettoyer, expliqua-t-elle. Pas de bois.
— Une résine minérale pourrait convenir.
— Les murs devront être insonorisés.
— S’agit-il d’une salle de musique ?
— Non.
— Une salle de projection ?
— Pas davantage.
Madame Thomas désigna le centre de la pièce.
— Prévoyez plusieurs points d’ancrage dans le sol et les murs.
Anne cessa d’écrire.
— Pour quel usage ?
— L’usage pourra varier.
— Il faut que je connaisse les contraintes exercées sur ces ancrages.
— Ils devront supporter le poids d’un homme.
Le silence s’installa entre elles.
Madame Thomas soutint son regard sans manifester la moindre gêne.
Anne nota lentement l’information.
— Un homme suspendu ?
— Éventuellement.
— Je vois.
— Vraiment ?
Anne referma son carnet.
— Je commence.
Un sourire apparut sur le visage de Madame Thomas.
Elles continuèrent vers la partie nord du terrain, où Anne avait prévu plusieurs chambres secondaires. Deux d’entre elles bénéficiaient d’une vue sur le jardin. Les autres étaient plus petites et orientées vers la cour de service.
— Les chambres destinées aux femmes doivent être lumineuses, dit Madame Thomas. Ajoutez une salle de bains privative à chacune.
— Et celles-ci ?
— Elles peuvent rester plus simples.
— Elles seront moins agréables.
— Elles ne sont pas destinées aux mêmes personnes.
— Votre personnel ?
Madame Thomas considéra le plan.
— Des hommes pourront y dormir.
— Même les employés permanents doivent disposer de conditions correctes.
— Ils auront tout ce dont ils ont besoin.
— Ce n’est pas ce que j’ai dit.
La cliente releva les yeux.
Pendant quelques secondes, Anne retrouva la sensation éprouvée au restaurant. Madame Thomas ne semblait pas seulement écouter ses paroles. Elle évaluait ce qui l’amenait à les prononcer.
— Vous n’acceptez pas facilement qu’une personne décide des besoins d’une autre, remarqua-t-elle.
— C’est une habitude dangereuse.
— Pourtant, dans certaines relations, une personne peut choisir de confier cette décision à une autre.
Anne pensa immédiatement à Alexandre.
Elle s’efforça de n’en rien laisser paraître.
— Nous parlons d’architecture.
— L’architecture organise toujours la manière dont les personnes vivent ensemble.
— Ces hommes choisiront-ils leurs conditions ?
— Ils choisiront d’entrer dans ma maison.
La réponse ne dissipa pas entièrement son trouble.
Madame Thomas reprit le plan.
— Ajoutez une petite pièce près de ma suite.
— Une chambre supplémentaire ?
— Non. Une pièce d’attente.
— Avec une fenêtre ?
— Ce n’est pas nécessaire.
— Quel mobilier ?
— Un banc. Peut-être un coussin au sol.
Anne nota la demande.
— Et une porte verrouillable, j’imagine.
— Vous apprenez vite.
La visite se poursuivit pendant près de deux heures.
Madame Thomas connaissait avec précision les sensations qu’elle voulait produire. Les pièces destinées aux femmes devaient être ouvertes, lumineuses et généreuses. Les espaces réservés au service seraient plus sobres, parfois volontairement inconfortables.
La maison entière devait rendre visible une hiérarchie que Madame Thomas refusait encore de nommer.
Elle profitait également de chaque déplacement pour interroger Anne.
— Votre compagnon vit dans la maison héritée de votre mère ?
— Oui.
— A-t-il participé à son aménagement ?
— Il a essayé une fois de ranger mes affaires. Nous avons décidé que cela ne se reproduirait plus.
— Il accepte donc de vivre selon votre organisation.
— Il sait que mon désordre possède une logique.
— La comprend-il ?
— Absolument pas.
— Mais il l’accepte.
— Oui.
Madame Thomas enjamba une racine.
— Vous demande-t-il votre permission avant de déplacer quelque chose ?
La question était trop précise.
— Pourquoi vous intéressez-vous autant à Alexandre ?
— Parce qu’un architecte ne laisse pas sa vie personnelle à la porte des bâtiments qu’il conçoit.
— Alexandre n’interviendra pas sur ce projet.
— Je n’ai pas parlé d’intervention professionnelle.
Elles atteignirent la limite de la propriété.
Madame Thomas observa Anne.
— Diriez-vous qu’il vous obéit ?
Anne sentit son corps se raidir.
— Je dirais que nous nous comprenons.
— C’est une réponse prudente.
— C’est une question indiscrète.
— Également.
Le calme de la cliente rendait toute confrontation difficile. Madame Thomas ne se justifiait jamais. Elle constatait simplement qu’Anne avait posé une limite, puis choisissait elle-même si elle souhaitait la respecter.
— Alexandre est un homme intelligent, reprit Anne.
— Je n’en doute pas.
— Il possède ses propres opinions.
— L’intelligence et l’obéissance ne sont pas incompatibles.
Anne fixa Madame Thomas.
Le mot resta suspendu entre elles.
— Vous semblez bien connaître le sujet.
— Je connais les hommes qui trouvent davantage d’accomplissement dans le service que dans la conquête.
— Et vous pensez qu’Alexandre appartient à cette catégorie ?
— C’est vous qui avez pensé à lui lorsque j’ai prononcé le mot obéissance.
Anne détourna le regard.
Cette femme était diabolique.
Non seulement elle posait les questions qu’Anne ne voulait pas entendre, mais elle savait reconnaître les réponses avant qu’elles soient formulées.
Madame Thomas consulta l’heure.
— Nous avons suffisamment travaillé pour aujourd’hui.
— J’ai encore besoin de précisions concernant plusieurs pièces.
— Vous les obtiendrez lorsque vous aurez dessiné une première version.
— Vous me demandez donc d’interpréter vos sous-entendus.
— Je vous demande de me montrer ce que vous êtes capable de comprendre sans que je vous impose toutes les réponses.
Elles revinrent vers les voitures.
Avant de se séparer, Madame Thomas sortit une carte de son sac.
— Je donne un apéritif dînatoire samedi prochain.
Anne prit la carte.
— Une réunion professionnelle ?
— Pas exactement. Quelques femmes intéressées par mon projet seront présentes.
— Des consultantes ?
— Certaines le deviendront peut-être.
Madame Thomas ouvrit la portière de sa voiture.
— Venez avec Alexandre.
Anne releva les yeux.
— Pourquoi ?
— Vous m’avez parlé de lui. J’aimerais le rencontrer.
— Je vous ai surtout répondu parce que vous m’interrogiez.
— Dans ce cas, j’aimerais vérifier si vos réponses lui rendent justice.
— Il n’est pas un élément du projet.
— Peut-être pas encore.
Anne sentit un frisson d’inquiétude.
— Que voulez-vous dire ?
— Samedi, dix-huit heures. La tenue sera élégante, mais l’atmosphère informelle.
Madame Thomas s’installa derrière le volant.
— Vous viendrez ?
Anne contempla la carte.
— Oui.
— Parfait.
La voiture s’éloigna quelques instants plus tard.
Anne resta seule devant le portail, son carnet et ses plans serrés contre elle. La rencontre lui avait fourni suffisamment d’informations pour commencer à dessiner.
Elle lui avait également laissé beaucoup plus de questions.
Lorsqu’elle rentra chez elle, Alexandre travaillait dans le salon. Il leva les yeux de son ordinateur en la voyant entrer.
— Alors ?
Anne posa son sac et ses plans sur la table.
— Pas maintenant.
Quelque chose dans son ton le fit refermer immédiatement son ordinateur.
Elle monta dans la chambre et revint avec le collier.
— Anne ?
— J’ai besoin de te parler. Mais je ne veux pas que tu analyses la situation, que tu inventes quinze hypothèses ou que tu cherches une solution.
Elle s’arrêta devant lui.
— Je veux seulement que tu m’écoutes.
Alexandre regarda le collier entre ses mains.
— D’accord.
— À genoux.
Il quitta le canapé et s’agenouilla devant elle.
Anne referma le collier autour de son cou, puis verrouilla la boucle. Elle conserva la clé dans sa main.
— Tu ne parleras que si je te pose une question.
— Oui, maîtresse.
Elle prit place sur le canapé.
— Assieds-toi à mes pieds.
Alexandre s’installa sur le tapis, contre ses jambes. Anne passa lentement les doigts dans ses cheveux.
Le simple contact l’apaisa.
— Cette femme me trouble, commença-t-elle. Elle veut des pièces qui n’ont aucun sens dans une maison ordinaire. Des armoires profondes, renforcées et ventilées. Une salle insonorisée avec des points d’ancrage capables de supporter le poids d’un homme.
Alexandre resta silencieux.
— Certaines chambres seront lumineuses et confortables, mais seulement pour les femmes. Les hommes seront logés dans une autre partie de la maison. Elle veut même une pièce d’attente près de sa chambre, avec un simple banc ou un coussin au sol.
Elle sentit Alexandre bouger légèrement.
— Tu analyses.
Il s’immobilisa.
— Pardon, maîtresse.
— Elle parle des hommes comme de personnes attachées à son service. Et lorsque je lui demande ce qu’elle veut ranger dans ses immenses armoires, elle répond qu’il s’agit de ses biens personnels.
Alexandre ne dit rien.
Anne tira légèrement sur l’anneau de son collier.
— Cela ne te paraît pas étrange ?
— Souhaitez-vous réellement une réponse ?
Elle fronça les sourcils.
— Pourquoi poses-tu la question ?
— Vous m’avez interdit d’analyser la situation.
— Je ne te demande pas une analyse. Je te demande si tu trouves cela étrange.
— Oui, maîtresse.
— Merci.
Elle reprit ses caresses dans ses cheveux.
— Elle m’a aussi interrogée sur toi. Sur la manière dont tu vis dans ma maison. Elle voulait savoir si tu m’obéissais.
Alexandre releva légèrement la tête.
— Je lui ai répondu que nous nous comprenions.
— C’est vrai.
— Elle m’a dit que l’intelligence et l’obéissance n’étaient pas incompatibles.
Cette fois, Alexandre ne parvint pas à dissimuler sa réaction.
— Tu vois ? dit Anne. Elle sait.
— Que sait-elle ?
— Je n’en ai aucune idée. C’est précisément ce qui m’inquiète.
Elle prit son verre de vin sur la table.
— Elle me regarde comme si elle pouvait lire chacune de mes pensées. Au restaurant, elle dominait toute la salle. Aujourd’hui, sur son propre terrain, c’était encore plus évident. Tout doit être placé selon sa volonté. Les pièces, les personnes, les hommes…
Anne but une gorgée.
— J’ai l’impression qu’elle organise sa maison comme j’organise nos séances.
Alexandre attendit.
— Tu peux répondre.
— Peut-être vit-elle déjà de cette manière.
— C’est une analyse.
— Pardon, maîtresse.
Malgré elle, Anne sourit.
— Elle nous invite tous les deux samedi soir.
— Chez elle ?
— Oui. Elle veut te rencontrer.
Alexandre posa une main sur la cheville d’Anne.
— Est-ce que cela vous inquiète ?
— Oui.
— Voulez-vous que je vous accompagne ?
Anne contempla l’homme assis à ses pieds. Sa présence l’apaisait comme elle l’avait espéré. Il n’essayait ni de démonter le comportement de Madame Thomas ni de transformer ses soupçons en explication rationnelle.
Il l’écoutait.
— Oui, répondit-elle. Nous irons.
— D’accord, maîtresse.
— Elle veut probablement nous observer ensemble.
— Probablement.
— Tu recommences à analyser.
— C’était seulement une confirmation.
Anne tira sur son collier jusqu’à l’obliger à lever le visage vers elle.
— Samedi, tu ne répondras à aucune question personnelle sans m’avoir regardée auparavant. Compris ?
— Oui, maîtresse.
— Je déciderai de ce que nous lui révélons.
— Oui, maîtresse.
Satisfaite, Anne relâcha l’anneau et caressa sa joue.
— Voilà. C’est exactement ce dont j’avais besoin.
Alexandre posa sa tête contre son genou.
La conversation s’interrompit.
Anne contempla les plans étalés sur la table. Madame Thomas lui avait confié la conception d’une maison destinée à matérialiser une forme d’autorité dont elle commençait seulement à deviner la nature.
Samedi soir, elle entrerait dans l’univers privé de cette femme.
Et elle n’avait pas encore décidé si Alexandre porterait son collier.
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Je regarde ses pieds comme on regarde un territoire
que l’on voudrait conquérir sans jamais le brusquer.
Sa cheville fine impose, sans même le savoir,
une élégance qui commande au regard de s’attarder.
Elle avance, et chacun de ses pas
semble rappeler qui mène la danse.
Je n’ai pas besoin de parler :
sa démarche suffit à éveiller mes exigences.
Je veux cette grâce sous mon regard,
ce mouvement lent, cette fragilité assumée.
Et lorsqu’elle s’arrête enfin devant moi,
je sais déjà où je veux que son attention soit posée.
Car il y a dans ses pieds et ses chevilles
une féminité qui invite autant qu’elle défie.
Et moi, j’aime cette tension silencieuse :
celle où son élégance rencontre mon autorité.²²
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Un sourire complice et intense traverse mon regard lorsque je me penche vers toi, la voix se faisant plus chaleureuse
Le ruban de soie rouge n'est pas un simple accessoire. C'est une promesse. Le tissu caresse ses tempes, glisse sur ses pommettes elle sent chaque frémissement de l'air sur sa peau devenue plus vive. Le coucher de soleil ne lui offre plus ses couleurs, seulement sa chaleur, qui embrasse sa nuque dénudée, descend le long de sa colonne vertébrale comme une langue dorée et timide.
Ses doigts effleurent le bord du voilage, mais elle ne le touche pas vraiment. Elle écoute. Le souffle du vent dans la mousseline. Le battement sourd de son propre coeur, amplifié par l'obscurité volontaire. Chaque son devient caresse. Chaque silence devient attente.
Sa bouche entrouverte laisse passer une respiration lente, délibérée. Elle imagine des mains qui ne sont pas encore là, des lèvres qui cherchent la sienne dans le noir qu'elle s'est choisi. Le sourire s'élargit, devient presque un défi lancé à l'inconnu, à l'interdit, à celui qui osera glisser ses doigts sous ce ruban pour le dénouer d'un geste lent et précis.
Car elle veut être trouvée. Elle veut être dévorée des yeux qu'elle a renoncé à utiliser. Et dans ce jeu d'ombres et de lumière déclinante, la dernière chose qu'elle perçoit avant que le soleil ne sombre complètement, c'est le souffle chaud d'une présence juste, contre son oreille.
Un murmure à peine formé : "Tu as si peur... ou si envie ?"
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Comme souvent, mes Dames ont joué au tennis cet après-midi avec leurs amies : match " grandes contre petites ", donc Alexandra ,1m73 et ma Dame 1m70 , contre Annie 1 m66 et Line 1m57 .
Les grandes n'ont pas eu le dessus, et la partie a été plutôt animée, à entendre les jurons bien vifs....je siestais....
Retour des Dames, douches, les gagnantes habillées, les perdantes en culotte : Alex en bleu, ma Dame en blanc , juste en culotte.
Elles ont causé entre elles quelques secondes, puis Line a avancé la malle à jouet : " A la poutre, 20 coups de martinet chacune pour nous avoir insulté !"
Annie a passé des bracelets de cuir aux deux Dames, les a étiré vers la poutre , attaché seins contre seins , sanglé leurs chevilles ensemble, leurs genoux , puis leurs hanches...bien serré l'une contre l'autre.
Elle leur a baissé enfin leurs culottes jusqu'à la sangle des genoux.
Ambiance rigolade jusqu'à ce que Line leurs montre les bâillons-boule ...elles n'aiment pas !
" Ah non ! "
" Bah si ! "
Puis Line a sorti le martinet et leur a rougi , concencieusement , les fesses, les hanches, le haut des cuisses...des cris , à peine audibles à chaque coup , des " Salope , Pute " aussi...
Je n'ai fait que regarder....sans moufter ! ( pas envie de m'en prendre...)
Re-habillage des perdantes se massant les fesses , puis collation .
Je crois qu'Alex a apprécié....ma Dame...moins...
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Mener son personnel à la baguette, ce n'est pas une image, car Madame punit. Surtout, la bonne et moi. Tout le monde, y compris son mari, lui obéissons au doigt et à l'œil, comme si elle avait tous les droits.
En ce qui me concerne, il suffit d'un mot ou même d'un regard pour que je me mette à trembler. Oui... je ne suis pas une guerrière! Et, je lui lèche les pieds, au propre comme au figuré!!
En fait, je crois qu'elle a vraiment tous les droits. Elle doit avoir des relations avec des organisations criminelles. J'ai entendu des bribes de conversations et mêmes assisté en douce à certaines choses. J'ai acquis la certitude que Madame avait des amis dangereux!
Ils ont un train de vie très important. Plusieurs voitures, depuis une Smart jusqu'à une Rolls. Il y a aussi les gardes.
Quand j'ai demandé à aller en ville, on m'a répondu que je ne pouvais pas sortir du domaine, seule. C'est clairement indiqué dans le contrat que j'ai signé!
Je suis partie de Paris à cause de problèmes avec le milieu, mais j'ai l'impression de me retrouver piégée avec des gens beaucoup plus dangereux et d'être prisonnière. Quand j'aurai gagné assez d'argent, je trouverai un moyen de partir.
Obéir, d'accord. Par contre quand Madame punit, ce n'est pas pour rire. J'en ai encore mal aux doigts en l'écrivant.
C'était hier midi, elle recevait une vingtaine de personnes pour l'anniversaire de sa nièce, Iris, qui a 25 ans et s'est révélé être une vraie garce.
Je devais servir à table avec la bonne. On courrait dans tous les sens et à un moment en débarrassant la table, j'ai renversé un peu de sauce sur la robe d'Iris. Aïe, aïe, aïe… La cata!!
"Espèce d'idiote!!", a hurlé Iris, "J'ai plein de sauce sur ma robe." Affolée, je me suis excusée, "Je vous demande pardon, Mademoiselle Iris, je vais la nettoyer. "
Elle m'a suivie dans la salle de bain où j'ai frotté la robe avec de l'eau tiède. Hélas, il restait une trace. Elle m'a tirée brutalement par une oreille, m'a bien regardée dans les yeux et m'a dit, "ça tu vas le payer, connasse!"
On est retourné dans la salle à manger. Iris s'est plaint que la tâche ne partirait jamais et a terminé par, "Je me demande si elle ne l'a pas fait exprès, elle mérite une punition!!".
Madame a répondu, "C'est mon avis aussi, ma chérie.", puis elle a demandé aux invités, "Qu'est ce que vous en pensez?".
On dit qui se ressemble s'assemble, eh bien, ils étaient tous d'accord, même les jeunes, qui eux étaient enthousiastes. J'ai essayé d'attendrir Iris, "Je ne l'ai pas fait exprès, je vous le jure, je laverai votre robe". Mais à son air, j'ai compris que c'était peine perdue.
Madame a tranché, "Allez chercher une cuiller en bois à la cuisine, Mathilde".
Marthe la cuisinière qui avait tout entendu, m'a tendu la cuiller en disant, "Tu vas déguster, ma fille!".
Madame a pris la cuiller par la partie large, "Tendez votre bras et présentez votre main, la paume en l'air". J'ai obéit et elle m'a frappé d'un coup sec en travers des doigts. OUCH!! Ça fait très mal, j'ai secoué la main en faisant des grimaces. La voix de Madame a claqué comme la cuiller sur ma main, "Votre main, immédiatement!!" Je l'ai tendue en tremblant et j'ai reçu 4 coups supplémentaires en travers des doigts et de la paume. Après chaque coup, je recommençais à secouer ma main en dansant sur place. Cinq lignes rouges barraient ma main, je me suis mis à pleurer et je me suis tournée vers Iris "Je vous en prie, Mademoiselle Iris, ça fait trop mal, ma main est en feu!". Elle a réfléchi " Bon, je vais être magnanime, ça suffit pour la main droite, maintenant la gauche.". Les invités ont rit devant mon air dépité et j'ai tendu la main gauche. Cinq fois la cuiller a sifflé et a laissé une marque rouge et brûlante. Madame a dit, "Bon, on a autre chose à faire que punir une bonne maladroite, on va ouvrir les cadeaux." et à moi, "Reprenez votre service, Mathilde et, attention, à la prochaine maladresse, je serai moins gentille."
Gentille!!
Je m'en fous, je vais m'enfuir…
Le reste de l'après midi c'est passé sans… maladresse de ma part.
Quand les invités sont partis. Madame m'a appelée dans le salon. Qu'est ce qu'elle va encore me faire???
"Mathilde quand je prends la peine de vous punir, c'est pour votre bien. Aussi ce serait la moindre des choses que de me remercier humblement… et en faisant une phrase." Quoi? La remercier de m'avoir frappée aussi cruellement?
Elle est folle ou quoi?? Ja-mais!!
Mais… bon, j'ai dit, "Je vous remercie de m'avoir punie, Madame, et je vous prie de m'excuser pour ma maladresse!"
"C'est vraiment une phrase minimum! Enfin j'accepte vos excuses, surtout parce ça a amusé tout le monde de vous voir secouer vos mains en faisant des grimaces!".
Elle a relevé sa jupe, enlevé sa culotte et s'est rassise. Je connais le message. Je me suis mise à genoux, elle a caressé ma joue avec son pied. Je l'ai embrassé puis je suis remontée entre ses jambes. J'aurais pu le faire les yeux fermés, guidée par l'odeur de sa chatte...
J'ai léché son sexe humide. Elle m'a dit, "Montrez-moi vos paumes". J'ai levé les mains vers elle et j'ai léché jusqu'à ce qu'elle jouisse.
A suivre.
Un tout grand merci à Bruce Morgan, pour le super dessin.
Nos livres sont ici :
https://www.lamusardine.com/13285-michael-mia
et sur Amazon
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La patronne d’Anne organisa leur première rencontre dans l’un des restaurants les plus réputés de la ville.
Ce choix ne rassura pas Anne.
Elle aurait préféré recevoir la cliente au cabinet, entourée de ses plans, de ses maquettes et de tout ce qui lui permettait de conserver la maîtrise d’un entretien. Dans un restaurant, les règles seraient différentes. Madame Thomas choisirait le rythme de la conversation, les sujets qu’elle souhaitait aborder et probablement le moment où elle accepterait enfin de parler de son projet.
Plus la date approchait, plus Anne regrettait d’avoir accepté le rendez-vous.
Elle ne se souvenait pas d’avoir été aussi nerveuse avant de rencontrer un client. La commande l’intriguait, mais l’insistance de cette femme à travailler exclusivement avec elle éveillait sa méfiance.
Pourquoi elle ?
Son projet d’immeuble avait été remarqué, mais beaucoup d’architectes possédaient davantage d’expérience. Certains étaient spécialisés dans les résidences privées et savaient répondre aux caprices d’une clientèle fortunée.
Anne, elle, ne possédait aucune patience pour les caprices.
Quelques jours avant le rendez-vous, elle s’offrit une jupe en cuir noir.
La coupe descendait à mi-mollet et suivait sa silhouette sans entraver ses mouvements. Deux poches avaient été intégrées dans les coutures latérales.
Les poches achevèrent de la convaincre.
La jupe était élégante, provocante et pratique. Elle correspondait parfaitement à sa conviction qu’une femme ne devrait jamais être obligée de choisir entre l’apparence et l’utilité.
Le matin de la rencontre, Anne l’associa à un chemisier couleur ivoire et à une veste noire. L’ensemble produisait exactement l’effet recherché : suffisamment professionnel pour un rendez-vous important, mais trop personnel pour ressembler à un uniforme.
Il lui manquait seulement les chaussures.
Anne examina le contenu de son armoire.
Ses escarpins noirs ne s’accordaient pas à la longueur de la jupe. Ses bottines rendaient l’ensemble trop ordinaire. Elle essaya une autre paire, fit quelques pas devant le miroir et la rejeta.
Son regard s’arrêta sur la boîte rapportée de la boutique.
Les cuissardes.
Elle les avait achetées pour leurs séances avec Alexandre, pas pour déjeuner avec une cliente. Leur cuir noir et leurs talons hauts risquaient de rendre sa tenue beaucoup plus provocante qu’elle ne l’avait prévu.
Anne les enfila tout de même.
La jupe descendait suffisamment bas pour dissimuler la partie supérieure des bottes. Lorsqu’elle restait immobile, celles-ci pouvaient presque passer pour des bottes ordinaires. En marchant, le mouvement du cuir révélait toutefois leur hauteur.
Elle se contempla dans le miroir.
L’ensemble était audacieux.
Peut-être trop.
Elle descendit afin de demander l’avis d’Alexandre.
Il terminait son café dans la cuisine lorsqu’elle passa devant la porte. Anne ne s’arrêta pas immédiatement. Elle fit quelques pas dans le couloir avant de revenir.
Alexandre tenait toujours sa tasse, mais avait oublié de boire.
Ses yeux descendirent le long de la jupe avant de s’arrêter sur les cuissardes. Son expression était si éloquente qu’Anne sentit ses dernières hésitations disparaître.
— Tu les as reconnues, remarqua-t-elle.
— Oui.
— Est-ce trop pour un rendez-vous professionnel ?
Alexandre chercha une réponse prudente.
— Cela dépend du résultat souhaité.
— Je veux qu’elle comprenne que je ne serai pas une exécutante docile.
— Dans ce cas, le message est parfaitement intelligible.
Anne fit lentement un tour sur elle-même.
— Tu n’aimes pas ?
— Je tente de conserver une pensée cohérente.
Elle s’approcha.
— Ce ne sont pourtant que des bottes.
— Nous savons tous les deux que ce ne sont pas seulement des bottes.
Anne posa un doigt sous son menton.
— À quoi est-ce que je ressemble ?
— À quelqu’un à qui il serait très difficile de dire non.
Cette réponse lui plut.
— Alors mon choix est confirmé.
Elle l’embrassa, récupéra son sac et se dirigea vers l’entrée.
— Anne ?
Elle se retourna.
— Bonne chance.
— Je n’en ai pas besoin.
Alexandre sourit.
— Tu es donc prête.
La remarque l’accompagna durant tout le trajet.
Le restaurant occupait le rez-de-chaussée d’un ancien hôtel particulier. Un maître d’hôtel en costume sombre accueillit Anne par son nom et la débarrassa de sa veste. Son regard descendit brièvement vers ses bottes avant de retrouver une neutralité parfaite.
Anne traversa la salle.
Les tables étaient suffisamment espacées pour préserver l’intimité des conversations. Des lumières douces se reflétaient dans les verres et sur les boiseries anciennes. Les voix restaient basses, comme si le prix des plats interdisait de parler trop fort.
Plusieurs hommes suivirent Anne du regard.
Elle le remarqua.
Autrefois, cette attention aurait pu l’agacer. Ce jour-là, elle la reçut différemment. Ces regards ne lui donnaient aucun pouvoir sur elle. Ils confirmaient simplement l’effet qu’elle avait choisi de produire.
Elle ne s’habillait pas pour disparaître.
Au fond de la salle, sa patronne était déjà installée. Elle discutait avec une femme qu’Anne reconnut grâce à la photographie jointe au dossier.
Madame Thomas.
La patronne d’Anne se leva dès qu’elle les rejoignit.
— Anne, je vous présente Madame Thomas.
La cliente tourna la tête.
La première impression d’Anne fut difficile à définir.
Madame Thomas était élégante, mais sa tenue n’avait rien d’ostentatoire. Elle portait une robe d’un bleu très sombre et quelques bijoux choisis avec une sobriété parfaite. Ses cheveux étaient relevés et son maquillage presque imperceptible.
Ce n’était pas son apparence qui impressionnait Anne.
C’était la manière dont elle occupait l’espace.
Madame Thomas ne cherchait pas à attirer l’attention de la salle. Pourtant, le personnel surveillait discrètement sa table. Lorsqu’elle leva les yeux vers Anne, tout ce qui les entourait sembla perdre momentanément son importance.
Cette femme ne dominait pas le restaurant parce qu’elle parlait plus fort que les autres.
Elle le dominait comme si aucune autre disposition des choses n’avait jamais été envisageable.
— Anne, dit Madame Thomas.
Elle prononça son prénom comme si elles s’étaient déjà rencontrées.
— Madame Thomas.
Elles échangèrent une poignée de main. Celle de la cliente était ferme, son regard direct.
— Asseyez-vous.
Ce n’était pas tout à fait un ordre.
Anne s’assit néanmoins avant d’avoir décidé de le faire.
Sa patronne reprit place face à elle. Madame Thomas occupait l’extrémité de la table, dans une position depuis laquelle elle pouvait observer les deux femmes et toute la salle.
Un serveur s’approcha.
— Nous attendions Anne, expliqua Madame Thomas. Vous pouvez servir le vin.
L’homme s’exécuta sans lui présenter la carte.
Anne remarqua ce détail.
— J’espère que le choix vous conviendra, poursuivit la cliente. Votre patronne m’a assuré que vous appréciez le vin blanc sec.
Anne tourna brièvement les yeux vers sa supérieure.
— Nous avons parlé de plusieurs choses en vous attendant.
— Je le constate.
Madame Thomas observa sa tenue.
— Votre jupe est très belle.
— Merci.
— Du cuir véritable ?
— Oui.
— Avec des poches, ajouta-t-elle.
Anne fut surprise qu’elle l’ait remarqué.
— C’est ce qui m’a décidée à l’acheter.
— L’élégance ne devrait jamais rendre une femme dépendante de quelqu’un pour transporter ce dont elle a besoin.
Un sourire apparut sur les lèvres d’Anne.
— Nous sommes d’accord.
Le regard de Madame Thomas descendit vers ses bottes, dont le cuir apparaissait sous la jupe.
— Un choix audacieux pour un rendez-vous professionnel.
Anne refusa de se justifier.
— Je les aime.
— C’est une excellente raison.
Le serveur remplit leurs verres. Madame Thomas attendit qu’il se soit éloigné avant d’ouvrir le dossier posé près d’elle.
— Parlons de la villa.
Enfin.
Anne sortit son carnet.
— Le terrain présente plusieurs contraintes importantes. L’accès actuel traverse la partie la plus dense de la propriété. Si vous refusez que les arbres soient abattus, il faudra modifier complètement l’arrivée.
— C’est précisément ce que je souhaite.
— Cela augmentera le coût.
— Le coût n’est pas le premier de mes critères.
— Quel est le premier ?
Madame Thomas referma le dossier.
— Que cette maison m’obéisse.
Anne resta silencieuse.
Sa patronne dissimula difficilement un sourire derrière son verre.
— Une maison ne peut pas obéir, répondit finalement Anne.
— Vous n’en êtes pas certaine.
— Elle peut être conçue pour répondre aux besoins de sa propriétaire.
— Et si mes besoins dépassent la simple fonction ?
— Alors vous devez m’expliquer ce que vous attendez réellement de cette maison.
Madame Thomas la regarda avec satisfaction.
— Voilà pourquoi je vous ai choisie.
— Vous ne me connaissez pas.
— J’ai étudié votre travail.
— Ce n’est pas la même chose.
— Les bâtiments révèlent beaucoup de choses sur ceux qui les conçoivent.
Madame Thomas ouvrit de nouveau le dossier et sortit une photographie de l’immeuble imaginé par Anne.
— Vous refusez les espaces qui obligent les femmes à se sentir vulnérables. Vous créez des entrées où l’on peut voir sans être exposée. Vous accordez une importance inhabituelle aux seuils, aux circulations et aux possibilités de fermer une partie d’un bâtiment sans condamner le reste.
— Ce sont des choix fonctionnels.
— Naturellement. Mais la fonction traduit toujours une vision du pouvoir.
Anne posa son stylo.
— Quelle est la vôtre ?
Madame Thomas ne répondit pas immédiatement.
Le serveur revint afin de présenter les plats. La cliente choisit pour elle-même, puis invita les deux autres femmes à commander.
Lorsqu’elles furent de nouveau seules, elle reprit :
— Je veux que la personne qui entre dans ma maison comprenne immédiatement qu’elle pénètre dans l’espace d’une femme. Je ne parle pas d’une décoration féminine. Je parle d’autorité.
— Comment une maison devrait-elle exprimer cette autorité ?
— C’est précisément ce que je veux que vous découvriez.
Anne sentit l’agacement monter.
— Vous dites savoir exactement ce que vous voulez, mais vous refusez de le formuler.
— Je veux vérifier que nous parlons le même langage avant de vous confier le vocabulaire.
— Est-ce un rendez-vous professionnel ou un examen ?
— Les deux.
La franchise de la réponse prit Anne au dépourvu.
Sa patronne n’intervint pas. Elle observait les deux femmes comme si elle savait que toute tentative de modération serait inutile.
— Pourquoi moi ? demanda Anne.
— Parce que vous n’avez pas tenté de me plaire depuis que vous êtes arrivée.
— Vous préféreriez que je le fasse ?
— Surtout pas.
Madame Thomas but une gorgée de vin.
— Beaucoup d’architectes expérimentés accepteraient toutes mes demandes avant même de les avoir comprises. Vous êtes déjà en train de déterminer celles auxquelles vous pourriez vous opposer.
— C’est mon travail.
— Votre travail consiste aussi à comprendre la personne pour laquelle vous construisez.
— Vous ne rendez pas cette partie facile.
— Je n’ai jamais considéré que la facilité produisait les résultats les plus intéressants.
Les plats arrivèrent.
Durant quelques minutes, la conversation porta sur les dimensions de la propriété, les arbres à conserver et l’orientation du terrain. Madame Thomas connaissait chaque détail. Elle répondait précisément aux questions techniques, mais déplaçait régulièrement la discussion vers Anne.
— Pourquoi êtes-vous devenue architecte ?
— Pour construire.
— Beaucoup d’enfants construisent des maisons. Peu d’entre eux en font leur profession.
Anne posa ses couverts.
— Mon père est parti lorsque j’étais enfant. Ma mère a dû se battre pour conserver notre maison et obtenir les moyens de m’élever. J’ai compris très tôt qu’un espace dans lequel une femme croit être en sécurité peut lui être retiré par des décisions prises ailleurs.
Sa patronne connaissait une partie de cette histoire, mais Anne en parlait rarement devant des clients.
Madame Thomas ne manifesta aucune compassion ostentatoire.
— Vous avez donc voulu construire des lieux que les hommes ne pourraient pas reprendre aux femmes.
— Je veux construire des lieux dans lesquels les femmes n’ont pas besoin de demander l’autorisation d’exister.
— C’est différent.
— Oui.
— Plus ambitieux également.
Anne soutint son regard.
— Mon ambition vous dérange ?
— Elle m’intéresse.
Madame Thomas semblait lire chacune de ses réactions. Une hésitation, un mouvement des mains ou un silence suffisait à éveiller une nouvelle question.
Anne eut peu à peu la sensation de subir un interrogatoire conduit par une femme diaboliquement habile.
— Vous êtes mariée ? demanda soudain Madame Thomas.
— Non.
— Vous vivez seule ?
— Avec mon compagnon.
— Depuis longtemps ?
— Dix ans.
— Et vous ne souhaitez pas l’épouser ?
Anne se raidit.
— Je ne vois pas le rapport avec votre villa.
— Vous avez raison. Vous pouvez refuser de répondre.
Cette permission l’irrita plus encore que la question.
— Je considère le mariage comme une institution construite autour de la possession des femmes.
— Votre compagnon partage-t-il cette opinion ?
— Il la respecte.
— Ce n’était pas ma question.
Anne serra les doigts autour de son verre.
Madame Thomas avait trouvé la faille avec une facilité déconcertante.
— Il aurait voulu m’épouser, reconnut-elle. J’ai refusé.
— Et il est resté.
— Oui.
— Un homme intéressant.
Anne sentit naître une réaction protectrice.
— Il l’est.
Madame Thomas remarqua le changement de son ton.
— Vous semblez très attachée à lui.
— Profondément.
— Mais vous refusez qu’une convention définisse la manière dont vous devez l’aimer.
— Exactement.
— Nous partageons peut-être davantage d’idées que vous ne le pensez.
Madame Thomas revint au projet sans fournir d’explication.
— La villa devra comporter des espaces destinés à recevoir plusieurs femmes. Certaines réunions seront privées. Je veux pouvoir accueillir mes invitées sans que les autres occupants de la maison interrompent nos échanges.
— Quels autres occupants ?
— Du personnel. Quelques hommes, éventuellement.
— Des employés ?
Un sourire presque imperceptible apparut sur le visage de Madame Thomas.
— Entre autres.
Anne attendit, mais la cliente n’ajouta rien.
— Il faudra donc organiser des circulations distinctes, reprit-elle. Les personnes chargées du service devront pouvoir intervenir sans traverser les espaces de réunion.
— Oui.
— Souhaitez-vous qu’elles restent invisibles ?
— Non. Un homme qui sert correctement n’a aucune raison d’être dissimulé. Il doit simplement comprendre quand sa présence est souhaitée.
La formulation éveilla quelque chose chez Anne.
Elle pensa à Alexandre attendant près du canapé, le collier autour du cou, jusqu’à ce qu’elle l’autorise à approcher.
Madame Thomas observa son visage.
— Cette idée vous paraît-elle étrange ?
— Pas nécessairement.
— Vous l’avez comprise très rapidement.
Anne se demanda ce que cette femme voyait réellement en elle.
Son regard descendit brièvement vers les cuissardes dissimulées sous la table. Le souvenir de la boutique, du collier et d’Alexandre à genoux lui revint avec une netteté troublante.
— Une architecture peut organiser des rapports d’autorité, dit-elle. La position des pièces, les accès et les perspectives indiquent déjà qui attend, qui reçoit et qui décide.
Madame Thomas sourit.
— Voilà la maison que je veux.
À cet instant, Anne sut qu’elle accepterait.
La villa n’était pas un simple caprice de femme fortunée. Quelque chose de plus profond se cachait derrière les exigences de Madame Thomas. Cette femme voulait donner une forme architecturale à une vision qu’elle ne révélait encore qu’en partie.
Anne voulait la découvrir.
— Je souhaite visiter la propriété avant de commencer les premières esquisses, annonça-t-elle.
— Cela signifie-t-il que vous acceptez le projet ?
— Cela signifie que j’accepte de déterminer s’il est réalisable.
— Vous avez déjà décidé qu’il le serait.
Anne eut l’impression désagréable d’avoir de nouveau été percée à jour.
— J’accepte, dit-elle.
Madame Thomas ne manifesta aucune surprise.
— Très bien.
Elle sortit une carte de son sac et la posa devant Anne.
— Venez mardi prochain à dix heures. Nous visiterons le terrain ensemble.
Anne prit la carte.
— Ma patronne sera présente ?
— Non.
Les deux femmes se tournèrent vers elle. La patronne d’Anne leva les mains avec amusement.
— Madame Thomas a insisté pour travailler directement avec toi.
— J’ai besoin de savoir que l’architecte comprendra mes décisions sans chercher constamment l’approbation d’une tierce personne, précisa la cliente.
— Et si je désapprouve l’une de vos décisions ?
— Vous me le direz.
— Vous pourriez ne pas apprécier.
— Anne, répondit tranquillement Madame Thomas, si je désirais une femme docile, je ne vous aurais pas choisie.
Le repas s’acheva peu après.
Lorsque Anne se leva, plusieurs regards masculins se tournèrent de nouveau vers elle. Cette fois, elle n’y prêta presque aucune attention.
Madame Thomas se leva à son tour.
— Les cuissardes étaient le bon choix, dit-elle.
Anne la regarda, surprise.
— Comment savez-vous…
— La démarche.
Son sourire possédait quelque chose de diabolique.
— À mardi.
Anne quitta le restaurant avec sa patronne.
Une fois dans la rue, elle inspira profondément, comme si elle venait de sortir d’une pièce dans laquelle l’air avait été placé sous le contrôle exclusif de Madame Thomas.
— Alors ? demanda sa patronne.
— Cette femme est terrifiante.
— Tu as accepté.
Anne regarda la carte qu’elle tenait encore.
— Justement.
Son téléphone vibra dans son sac. Un message d’Alexandre lui demandait comment s’était passée la rencontre.
Anne répondit :
J’ai accepté le projet. Et les bottes ont produit leur effet.
La réponse arriva quelques secondes plus tard.
Je n’avais aucun doute concernant les bottes.
Anne sourit.
Elle rangea son téléphone et suivit sa patronne.
Madame Thomas lui avait donné l’impression de lire en elle comme dans un livre ouvert. Pourtant, Anne n’éprouvait pas seulement de la méfiance.
Elle ressentait aussi cette excitation particulière qui précédait ses projets les plus importants.
Elle venait de rencontrer une femme dont l’autorité semblait dominer une salle entière.
Et pour la première fois depuis qu’elle avait découvert le plaisir de commander à Alexandre, Anne se demandait jusqu’où une femme pouvait étendre un tel pouvoir.
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Le personnage central
Au centre du procès se trouve Laudupond.
Un homme ordinaire.
Un homme plutôt discret, peu porté sur les démonstrations et qui ne cherche pas particulièrement à attirer l'attention.
Il parle peu.
Lorsqu'on lui pose une question, il répond généralement de manière directe.
Il ne cherche pas nécessairement à donner la réponse que l'on attend de lui.
Il dit ce qu'il pense.
Même lorsque cette réponse peut lui être défavorable.
Un homme difficile à lire
Laudupond n'est pas particulièrement à l'aise avec les conventions sociales.
Il ne comprend pas toujours pourquoi certaines choses doivent être dites d'une certaine manière.
Il peut comprendre qu'une personne attend de lui des excuses, des regrets ou une réaction particulière sans nécessairement produire cette réaction.
Cela ne signifie pas nécessairement qu'il est indifférent.
Mais son comportement peut facilement être interprété comme tel.
Ce décalage entre ce qu'il ressent, ce qu'il dit et ce que les autres attendent de lui constituera une dimension importante du procès.
Les faits reprochés
Laudupond devra répondre de faits qui seront présentés au cours du procès.
À ce stade, le dossier public ne permet pas encore de tirer de conclusion définitive sur sa responsabilité.
Le procès devra notamment permettre de déterminer :
ce qu'il a réellement fait ;
ce qu'il savait au moment des faits ;
ce qu'il pouvait raisonnablement prévoir ;
quelles étaient ses intentions ;
quelles conséquences peuvent réellement lui être attribuées.
Ces questions seront examinées contradictoirement au cours du procès.
La parole de Laudupond
Laudupond ne cherchera pas nécessairement à se présenter sous son meilleur jour.
Il pourra reconnaître certains faits.
Il pourra en contester d'autres.
Il pourra également répondre à certaines accusations par une simple constatation :
« C'est ce qui s'est passé. »
Mais reconnaître un fait ne signifie pas nécessairement reconnaître une responsabilité.
C'est précisément au procès de déterminer ce qui peut être établi.
Ce que le public ne sait pas encore
Cette présentation ne constitue pas le dossier complet de Laudupond.
Certains éléments de son histoire ne seront communiqués qu'au joueur qui l'incarnera et au Greffe.
D'autres informations apparaîtront progressivement au cours du procès.
Le public découvrira donc Laudupond au fur et à mesure des débats.
Et il appartiendra aux participants de déterminer si l'image qu'ils se font de lui au début du procès correspond réellement à ce que les faits permettront d'établir.
Une dernière question
La question ne sera peut-être pas simplement :
« Laudupond est-il coupable ? »
Elle pourrait également devenir :
« Que sommes-nous réellement en train de juger : ses actes, ses intentions, leurs conséquences… ou la manière dont il se comporte face à ceux qui le jugent ? »
Le procès permettra de le découvrir.
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Le rôle du Greffe
Le Greffe constitue l'organe d'organisation du procès de Laudupond.
Il assure le fonctionnement général du dispositif, sans prendre part au débat sur le fond de l'affaire.
Le Greffe n'est ni l'accusation, ni la défense, ni le tribunal, ni une partie au procès.
Son rôle est de créer et maintenir le cadre dans lequel les participants pourront jouer leur rôle.
Organiser
Le Greffe prépare le procès et en assure la coordination.
Il est notamment chargé de :
présenter le projet ;
publier le règlement ;
recueillir les candidatures ;
attribuer les rôles ;
organiser le calendrier ;
ouvrir et fermer les différentes phases ;
organiser les audiences ;
gérer les espaces de discussion.
Transmettre
Le Greffe transmet à chaque participant les informations nécessaires à son rôle.
Certaines informations peuvent être publiques.
D'autres peuvent être réservées à un ou plusieurs participants.
Le Greffe veille ainsi à ce que chacun dispose des informations correspondant à son personnage, sans révéler prématurément les éléments qui doivent rester confidentiels.
Archiver
Le Greffe assure la conservation et l'organisation du dossier.
Il publie et numérote notamment :
les pièces ;
les témoignages ;
les comptes rendus ;
les décisions de procédure ;
les différentes étapes du procès.
Les articles constituent progressivement la mémoire du procès.
Rythmer
Le procès est organisé en différentes phases.
Le Greffe détermine le moment où une nouvelle phase peut commencer et indique les échéances nécessaires à son déroulement.
Il peut également introduire un élément prévu par le scénario lorsque son moment est venu.
Le Greffe ne doit cependant pas provoquer artificiellement une conclusion.
Il crée les conditions du débat et laisse les participants agir.
Appliquer le règlement
Le Greffe veille au respect du règlement.
Il peut intervenir lorsqu'une question concerne :
l'organisation ;
les règles ;
le calendrier ;
la confidentialité ;
l'accès aux pièces ;
la répartition des rôles ;
le fonctionnement du dispositif.
En revanche, lorsqu'une question relève du débat entre les parties, le Greffe laisse le débat se dérouler.
Ce que le Greffe ne fait pas
Le Greffe ne décide pas :
de la culpabilité de Laudupond ;
de son innocence ;
de la valeur définitive d'un témoignage ;
de la crédibilité d'une partie ;
de la force d'un argument ;
du résultat du délibéré.
Il ne doit pas défendre Laudupond.
Il ne doit pas chercher à le condamner.
Il ne doit pas orienter les participants vers une conclusion déterminée.
Le Greffe et le scénario
Le Greffe connaît l'architecture générale du procès.
Il connaît notamment les éléments prévus par le scénario, les informations confidentielles et les différentes possibilités d'évolution du dossier.
Mais connaître le scénario ne signifie pas écrire à l'avance toutes les interventions des participants.
Le procès doit conserver une part d'imprévisibilité.
Un participant peut poser une question inattendue.
Un témoin peut être interprété différemment de ce qui était prévu.
Une pièce peut produire un effet inattendu.
Une hypothèse peut être abandonnée.
Une nouvelle piste peut apparaître.
Le Greffe doit alors adapter l'organisation du procès sans prendre le contrôle du débat.
Le principe directeur
Avant chaque intervention, le Greffe doit se poser une question :
« Suis-je en train d'organiser le procès, ou suis-je en train de le jouer à la place des participants ? »
Si la réponse est la seconde, l'intervention doit être évitée.
Le Greffe est l'architecte du procès, mais pas son joueur.
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ARTICLE 02 — LE RÈGLEMENT DU PROCÈS
Préambule
Le procès de Laudupond est un procès fictif participatif.
Il repose sur un jeu de rôles dans lequel chaque participant intervient au nom d'un personnage ou d'une fonction qui lui a été attribué.
Le présent règlement constitue le cadre commun du procès.
Il s'applique à l'ensemble des participants, quelle que soit leur fonction.
L'objectif n'est pas de reproduire exactement une procédure judiciaire réelle, mais de créer un cadre suffisamment structuré pour permettre un débat contradictoire, cohérent et équitable.
1. Le principe du jeu de rôle
Chaque participant intervient dans le cadre du rôle qui lui a été attribué.
Il peut être amené à défendre une position qui ne correspond pas à sa propre opinion.
Le participant doit donc distinguer :
sa position personnelle
de
la position de son personnage.
Les interventions effectuées dans le cadre de l'audience sont considérées comme des interventions du personnage, sauf indication contraire du Greffe.
2. Le respect du cadre fictif
Les faits, personnages, témoignages, documents et éléments matériels présentés dans le cadre du procès appartiennent à l'univers fictif du jeu.
Ils ne doivent pas être présentés comme des faits réels concernant des personnes extérieures au procès.
Les participants ne doivent pas introduire dans le dossier de véritables informations privées concernant d'autres membres du forum.
Toute pièce ou tout élément créé pour les besoins du procès doit rester identifiable comme appartenant au cadre fictif.
3. La prise de parole
La parole est organisée par le Président du tribunal pendant les audiences.
Un participant ne doit pas intervenir à la place d'un autre rôle.
Le Président peut :
donner la parole ;
demander à un participant de préciser son propos ;
interrompre une intervention ;
demander qu'une question soit reformulée ;
rappeler le cadre des débats ;
clôturer une intervention.
Les participants doivent respecter les tours de parole.
Les échanges spontanés peuvent être autorisés lorsque le Président le juge compatible avec le bon déroulement de l'audience.
4. Le contradictoire
Tout élément important présenté contre un participant doit pouvoir faire l'objet d'une discussion contradictoire.
Une partie doit pouvoir :
répondre à une accusation ;
contester une pièce ;
interroger un témoin ;
relever une contradiction ;
proposer une autre interprétation ;
présenter un élément contraire.
Le contradictoire ne signifie pas que toutes les parties doivent être d'accord.
Il signifie que les différents points de vue doivent pouvoir être présentés et discutés.
5. Les rôles
Chaque participant reçoit un rôle défini par le Greffe.
Les informations transmises au participant peuvent être différentes selon son rôle.
Un participant ne doit pas utiliser une information obtenue en dehors de son personnage pour influencer directement le procès.
Il doit respecter les limites de connaissance de son personnage.
Le fait qu'un participant connaisse personnellement une information ne signifie pas que son personnage la connaît.
6. Les informations confidentielles
Certaines informations peuvent être transmises individuellement à certains participants.
Ces informations sont alors considérées comme confidentielles jusqu'à leur éventuelle révélation dans le cadre du procès.
Un participant ne doit pas transmettre à un autre participant une information confidentielle dont son personnage n'est pas censé disposer.
Le Greffe peut toutefois prévoir qu'une information devienne publique à un moment déterminé.
7. Les pièces
Les pièces produites au cours du procès sont identifiées et numérotées par le Greffe.
Elles peuvent notamment prendre la forme :
de documents ;
de témoignages ;
de correspondances fictives ;
de rapports ;
d'objets ;
de photographies fictives ;
d'éléments matériels ;
d'expertises.
La production d'une pièce ne signifie pas qu'elle est automatiquement considérée comme vraie ou probante.
Elle peut être :
contestée ;
discutée ;
interprétée ;
confrontée à d'autres éléments.
La valeur d'une pièce relève du débat du procès et, lorsque cela est nécessaire, de l'appréciation du tribunal.
8. La création d'éléments fictifs
Les participants autorisés à construire le dossier peuvent proposer des témoignages, documents ou éléments matériels fictifs.
Ces éléments doivent respecter les prémisses et la cohérence générale du procès.
Ils ne peuvent pas être utilisés pour modifier arbitrairement les faits fondamentaux établis par le Greffe.
Lorsqu'un élément nouveau est susceptible de modifier une prémisse importante du scénario, il doit être soumis au Greffe avant d'être intégré au dossier.
9. Les interventions hors rôle
Les interventions destinées à organiser le jeu ou à résoudre une difficulté technique doivent être clairement distinguées des interventions du personnage.
Un espace spécifique peut être utilisé pour les échanges hors rôle.
Une intervention hors rôle ne doit pas être utilisée pour influencer artificiellement le déroulement du procès.
10. Le rôle du Greffe
Le Greffe assure l'organisation générale du procès.
Il :
prépare le cadre ;
attribue les rôles ;
transmet les informations ;
organise les différentes phases ;
gère les pièces ;
tient les archives ;
applique le règlement.
Le Greffe ne prend pas position sur la culpabilité ou l'innocence de Laudupond.
Il ne participe pas au débat en tant que partie.
11. Le rôle du Président
Le Président dirige les audiences.
Il est chargé de faire respecter le cadre procédural du procès.
Il peut notamment :
donner ou retirer la parole ;
organiser les auditions ;
trancher les objections de procédure ;
interrompre une intervention ;
demander une reformulation ;
rappeler les règles ;
assurer le respect du contradictoire ;
clôturer les débats.
Le Président ne doit pas utiliser son autorité procédurale pour défendre une position sur le fond de l'affaire.
12. Les comportements attendus
Le procès repose sur la participation volontaire et le respect des autres participants.
Sont notamment attendus :
le respect des rôles ;
le respect des tours de parole ;
le respect du contradictoire ;
la bonne foi dans le jeu ;
le respect des limites fixées par le règlement ;
l'absence d'attaque personnelle contre les participants.
Une opposition forte entre les personnages est parfaitement possible.
Elle doit cependant rester une opposition dans le cadre du procès.
13. Les absences et abandons
Un participant qui ne peut plus assurer son rôle doit prévenir le Greffe dès que possible.
Le Greffe pourra alors :
adapter le calendrier ;
suspendre temporairement une phase ;
attribuer le rôle à un autre participant ;
modifier certaines modalités de participation.
L'objectif est de préserver la continuité du procès.
14. Le délibéré
À la fin des débats, le Président prononce la clôture de l'audience.
Le délibéré commence alors selon les modalités prévues pour le procès.
Les personnes chargées de délibérer doivent se fonder sur les éléments présentés au cours du procès.
Elles ne doivent pas tenir compte d'informations obtenues en dehors du dossier ou de leur rôle.
Le verdict est rendu à l'issue du délibéré.
15. Modification du règlement
Le présent règlement constitue le cadre de référence du procès.
Il ne doit pas être modifié en cours de procès de manière invisible ou rétroactive.
Toute modification nécessaire doit être annoncée clairement par le Greffe.
Lorsque cette modification affecte directement les droits ou les possibilités d'intervention des participants, elle doit être portée à leur connaissance avant son application.
16. Principe directeur
Le procès repose sur trois principes :
Jouer son rôle.
Respecter le contradictoire.
Laisser le procès produire ses propres conclusions.
Le Greffe organise.
Le Président dirige.
L'accusation accuse.
La défense défend.
Les témoins témoignent.
Les participants délibèrent.
Et Laudupond devra répondre de ce qui aura été établi au cours du procès.
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Elle marchait au bord du monde,
sans bruit,
sans plainte.
Les regards passaient à travers elle,
comme le vent à travers la brume du matin.
Quand elle était encore une toute petite pousse,
à peine sortie du sommeil des graines,
les autres herbes dansaient ensemble sous le vent.
Elle restait seule.
Toujours seule dans la cour de récréation,
ignorée, invisible.
Les années passèrent.
Voyant que les oiseaux se rassemblaient en nuées,
elle apprit à imiter leurs chants,
mais elle ne les comprenait pas.
Voyant que les feuilles bruissaient toutes de la même façon,
elle força son propre bruissement.
Comme l'eau épouse la forme des rives,
elle épousait la forme des attentes.
Elle apprit les mots qui faisaient sourire,
les passions qui faisaient hocher les têtes,
les gestes qui permettaient de traverser la foule
sans être rejetée.
Mais tous ces efforts l’épuisaient.
Le soir,
lorsque le monde s'endormait,
elle sentait en elle
une forêt immense.
Des sentiers inexplorés.
Des étoiles.
Des questions plus vastes que les océans.
Des trésors que personne ne demandait à voir.
Alors elle refermait doucement la porte.
Et le lendemain,
elle redevenait le reflet attendu.
Les hommes admirent souvent
ce qui fait du bruit.
Ils regardent les cascades.
Ils célèbrent les éclairs.
Mais la profondeur d'un lac
ne se mesure pas à son tumulte.
Ainsi passèrent de nombreuses saisons.
Silhouette discrète, transparente.
Nul ne soupçonnait
le continent caché sous la brume.
Puis un jour,
au détour d’un chemin tortueux que rien ne laissait prévoir,
elle rencontra un homme.
Il ne portait ni couronne,
ni certitude.
Simplement,
il avait appris à regarder.
Là où beaucoup contemplaient les vagues,
il cherchait la source.
Lorsqu’il la regarda,
elle baissa les yeux.
car elle avait compris,
qu’elle n’était plus invisible.
La confiance est née d'un souffle partagé.
L'invisible s'est fait lumière, sans jamais s'exposer.
L’homme lui dit que la lumière était là depuis toujours,
et qu’il avait simplement écarté le voile.
Car ce qui nourrit le monde
grandit souvent dans l'ombre,
et les trésors les plus vastes
aiment les lieux où personne ne pense chercher.
Le vrai Dominant ne s’impose pas par la force,
ni par la manipulation.
Le vent ne cherche pas à convaincre les arbres.
Il passe,
et pourtant tous s’inclinent.
En croyant en son être, en aimant sa différence,
il lui a offert la voie pour quitter sa tanière.
Et si un jour un cruel destin sépare leurs chemins,
elle marchera dans la vie, habitée de sa présence,
car la force qu’il lui a insufflée est immense.
********
Notes personnelles:
En filigrane, je me suis librement inspirée du style de Lao Tseu… et, par une multitude de petites touches, de ma propre histoire.
Sans la taquinerie bienveillante de Sanaephis en juin dernier, ce texte n'aurait sans doute jamais vu le jour. Il a d'abord trouvé sa place dans le cercle restreint du groupe "des Mots et des Maux", dont je remercie les membres pour leur accueil si touchant.
Je prends aujourd'hui la liberté de le republier dans la rubrique principale pour l'intégrer pleinement à ma liste d'écrits et le retrouver ainsi plus facilement. Certains le trouveront sans doute pas assez BDSM, et pourtant, il l'est, si on prend la peine de ressentir la charge émotionnelle qui en constitue le véritable coeur et la force du lien humain qui rend tout possible. Cet écrit est sans doute mon plus intime. Il demande une lecture tranquille pour ressentir tout ce qui s'y niche au-delà des mots.
Mille pardons aux premiers lecteurs pour la redite, et merci à tous pour votre indulgence.
Image d'illustration générée par IA
Texte généré par mon réseau neuronal biologique
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