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Par : le Il y a 1 heure
"Dans l’obscurité, le vieux devinait l’aube. Il entendait en ramant les vibrations des poissons volants qui jaillissaient de l’eau, le sifflement de leurs ailes raides quand ils s’élançaient dans la nuit. Il aimait beaucoup les poissons volants. C'était, pour ainsi dire, ses seuls amis sur l’océan. Les oiseaux lui faisaient pitié, les hirondelles de mer surtout, si délicates dans leur sombre plumage, qui volent et guettent sans trêve, et presque toujours en vain. Les oiseaux, ils ont la vie plus dure que nous autres, pensait-il, à part les pies voleuses et les gros rapaces. En voilà une idée de faire des petites bêtes mignonnes, fragiles, comme des hirondelles de mer, quand l’océan c'est tellement brutal ? C’est beau l’océan, c'est gentil, mais cela peut devenir brutal, bougrement brutal en un clin d’œil. Ces petits oiseaux- là qui, volent, qui plongent, qui chassent avec leurs petites voix tristes, c'est trop délicat pour l’océan. Tout en lui était vieux, sauf son regard, qui était gai et brave, et qui avait la couleur de la mer. Mais je pense que toutes les générations sont perdues par quelque chose. J'ai parfois l'impression que certains journalistes privilégient la première sottise provocante qui leur passe par la tête, plutôt que d'énoncer une vérité élémentaire : Hemingway est un écrivain, rien qu'un écrivain". Aventurier, bohème, tourné vers l'Europe, Hemingway (1899-1961) a réinventé le récit de soi, puisant dans sa vie déjà bien romanesque des grands motifs littéraires : le traumatisme de la guerre, la nature primitive et sauvage, les désillusions de sa génération. "Un homme intelligent est parfois obligé d’être saoul pour passer du temps avec les imbéciles. Mieux vaut vivre un seul jour comme un lion que cent années comme un mouton. Il embrassa la mer d'un regard et se rendit compte de l'infinie solitude où il se trouvait. J'aime écouter. Cela m'a permis d'apprendre énormément de choses. La plupart des gens n'écoutent jamais". Hemingway a fait de Paris une fête, racontant, le tumulte nocturne et enivré des années 1920. Écrivain désabusé, génie de la "génération perdue", Ernest Hemingway est bien le plus français des écrivains américains. Soldat, journaliste, chasseur, il a écrit ses romans en s’inspirant de ses propres exploits, construisant ainsi sa propre légende de l’écrivain bohème, aventurier et internationaliste, avant de se suicider à soixante-et-un ans. Il est l’un des auteurs les plus lus dans le monde encore au XXIème siècle. Par son style sobre, économe, empreint de cynisme, Hemingway a inauguré une nouvelle manière d’écrire sur soi et de se mettre en scène. Il naît en 1899 près de Chicago dans une famille bourgeoise. Aventurier, hyperactif, il reçoit un fusil de chasse à dix ans. En 1918, il est blessé sur le front européen. Engagé comme correspondant en Europe dans les années 1920, il raconte alors les combats de tauromachie en Espagne, l’émergence du fascisme en Italie, la crise économique en Allemagne. L’ambition littéraire d’Hemingway déborde bientôt du journalisme et de la chronique. Il s’installe dans les années 1920 à Paris et fréquente alors des écrivains américains expatriés, un cercle d’intellectuels fêtards qui se feront appeler la “lost generation”. Chez Hemingway, les histoires d’amour finissent mal en général, autant dans ses livres que dans sa vie privée, avec quatre mariages en quarante ans. Toujours en quête d’action, il couvre la guerre d’Espagne en 1937 du côté des républicains, le débarquement en Normandie, la libération de Paris. Sur le front, il fait preuve d’un culot incroyable et donne même des ordres aux militaires. Il se fait alors réprimander par le général Leclerc en personne. Hemingway n’hésite pas à enjoliver ses exploits pour enrichir sa propre légende. Véritable star internationale, l’écrivain cultive son image de macho qui pose fusil à la main en habits de chasseur. Pourtant ses écrits montrent une virilité parfois plus sensible avec des héros masculins en proie au doute, parfois même impuissants. Profondément américain, l’écrivain montre toute sa vie un goût pour les autres cultures, outrepassant le simple folklore. Hemingway connaît un grand succès de son vivant et reçoit le Nobel de littérature en 1954. En mauvaise santé, atteint de cirrhose, de cécité partielle et de troubles bipolaires, il se suicide le deux juillet 1961 à l'âge de soixante-et-un ans, d'une balle de fusil. Monument de la littérature contemporaine, Hemingway est l’un des auteurs les plus adaptés au cinéma, avec plus de quinze films inspirés de son œuvre, dont "Le Port de l'angoisse", "Le Vieil Homme et la Mer" ou "Les Tueurs". "Toutes les choses vraiment atroces démarrent dans l'innocence".   "Paris valait toujours la peine, vous receviez toujours quelque chose en retour de ce que vous lui donniez. Il n'y a jamais de fin à Paris et le souvenir qu'en gardent tous ceux qui y ont vécu diffère d'une personne à l'autre. Si vous avez la chance d'avoir vécu jeune homme à Paris, où que vous alliez pour le reste de votre vie, cela ne vous quitte pas, car Paris est une fête". Il l'écrivait lui-même: "Ce qui peut arriver de mieux à un écrivain, c'est de vivre une enfance malheureuse". La sienne le fut-elle ? Le vingt-et-un juillet 1899, un gros bébé de cinq kilos, prénommé Ernest Miller, voit le jour à Oak Park, quartier huppé des faubourgs de Chicago. La mère, Grace, d'ascendance britannique, est professeur de chant. Contralto à la carrière avortée, sous le pseudonyme d'Ernestine, elle se comporte en diva. Le père, Clarence Edmonds, surnommé Ed, est médecin. L'une a l'oreille absolue, l'autre, une étonnante acuité visuelle. Grace Hemingway a donné à son fils aîné le prénom de son propre père, héros de la guerre de Sécession. Ernest junior a quatre sœurs et un petit frère. Leur mère les initie aux arts mais Ernie ne supporte pas l'ancienne cantatrice devenue castratrice. Elle l'appelle "poupée chérie", l'habille en fille et refuse de lui couper les cheveux. Il la qualifiera plus tard d'égoïste, d'hystérique et même de "salope". Dans "Paysages originels", Olivier Rolin rapporte une anecdote : elle se serait plainte auprès de l'école de son fils car on lui aurait fait lire un livre "qui n'était pas du genre qui convient à des jeunes gens". Il s'agissait de "L'appel de la forêt", de Jack London. Ernest apprécie la compagnie de son père, qui l'emmène pêcher la truite dès l'âge de trois ans. Il évoquera, dans la nouvelle "Père et fils", les merveilleux moments passés à Walloon Lake, Michigan, en territoire indien. Sur la rive d'un lac alimenté par les glaciers, les Hemingway se sont fait construire un chalet pour la saison estivale. Éden comparé à l'enclave puritaine d'Oak Park. Le docteur Hemingway lui apprend à débusquer les nids d'oiseaux et l'initie à la vie en forêt à la manière des Algonquins. Dans sa première lettre, le futur écrivain raconte fièrement avoir tué un hérisson à coups de hache. Ce père adoré, barbu, lui offre un fusil de chasse le jour de ses dix ans. Ernie passera encore sept années à vivre à la manière des héros de Fenimore Cooper. Ces souvenirs rejailliront dans les très autobiographiques, "Aventures de Nick Adams". Sa mère ayant cherché à faire de lui une fille, Ernie s'évertue à prouver sa virilité. Il se fait appeler "Punch" et se montre résistant à la douleur. Mais une chute, alors qu'il tenait un morceau de bois entre les dents, endommage ses cordes vocales. Sa voix nasillarde va désormais jurer avec son corps robuste. À l'école, doué en anglais, en latin mais aussi en sciences et en algèbre, Ernest est souvent premier de sa classe. Quand on détecte sa myopie, il n'ose en parler à ses professeurs. Il restera longtemps un enfant timide et se réfugie dans les livres pour compenser sa difficulté à lire au tableau. Il dévore le "Robinson Crusoé" de Defoe, Walter Scott, Dickens, Mark Twain, Kipling, tous écrivains de l'action, de l'aventure et des grands espaces. Après avoir obtenu son diplôme en 1917, Hemingway renonce à suivre des études supérieures pour devenir journaliste au "Kansas City Star", sous l’influence bienveillante de son oncle paternel, Alfred Tyler Hemingway. L'écriture devient un refuge complémentaire de la lecture. En 1916, grâce au journal du lycée, Hemingway publie sa première nouvelle, "Le jugement de Manitou". Il s'inscrit aux cours de journalisme de l'école supérieure d'Oak Park. "Les Mémoires d'un ancien correspondant de guerre", R.H. Davis, l'ont marqué. Selon lui, un jeune journaliste peut accumuler autant d'expérience en quelques années que bien des hommes au cours de leur vie. Il a désormais un but, se trouver au cœur de l'histoire en marche, de l'action. Dès lors, son existence sera romanesque. "Le manque est une mauvaise chose. Mais il ne tue pas. Le désespoir, lui, le tue en un rien de temps".   "Il appelait l’océan la mar, qui est le nom que les gens lui donnent en espagnol quand ils l’aiment. On le couvre aussi d’injures parfois, mais cela est toujours mis au féminin, comme s’il s’agissait d’une femme. Quelques pêcheurs, parmi les plus jeunes, ceux qui emploient des bouées en guise de flotteurs pour leurs lignes et qui ont des bateaux à moteurs, achetés à l’époque où les foies de requins se vendaient très cher, parlent de l’océan en disant el mar, qui est masculin. Ils en font un adversaire, même un ennemi. Mais pour le vieux, l’océan c’était toujours la mar, quelque chose qui dispense ou refuse de grandes faveurs. Et si la mar se conduit comme une folle, ou comme une mégère, c’est parce qu’elle ne peut pas faire autrement : la lune la tourneboule comme une femme. Découvrir ce monde nouveau d'écrivains, avoir du temps pour lire, dans une ville comme Paris où l'on pouvait bien vivre et bien travailler, même si l'on était pauvre, c'était comme si l'on vous avait fait don d'un trésor. Mais la sagesse desvieillards, c'est une grande erreur. Ce n'est pas plus sage qu'ils deviennent, c'est plus prudents". Lors de l’entrée en guerre des États-Unis le six avril 1917, l'incorporation d'Hemingway est alors refusée une première fois à cause d’un œil défaillant. En avril 1918, il parvient cependant à incorporer la Croix-Rouge italienne et, après avoir traversé l’Atlantique sur le Chicago, il débarque à Bordeaux, gagne Paris, puis Milan, où il arrive le six juin. Après plusieurs semaines passées à l’arrière, il rejoint le front. Le huit juillet 1918, de nuit, près de Fossalta di Piave, alors qu'il apporte du chocolat et des cigarettes aux soldats, un tir de mortier blesse Hemingway aux jambes, tue un de ses camarades et en blesse grièvement deux autres. Alors qu’il tente de ramener un camarade vers l’arrière, il est de nouveau blessé par un tir de mitrailleuse, mais parvient à un poste de secours, avant de s’évanouir. Pendant sa convalescence de trois mois dans un hôpital de Milan, il s’éprend d’une infirmière américaine, Agnes von Kurowsky, qui est à l'époque plus âgée que lui de huit ans et qui lui inspirera le personnage de Catherine Barkley, l'infirmière anglaise, dans le roman, "L'Adieu aux armes" publié en 1929. Ernest est décoré, pour cet acte de bravoure, de la Croce al merito di guerra. Il écrira plus tard, modifiant certains détails:"Je conservais près de mon lit un bol plein des morceaux de métal retirés de ma jambe. Les gens venaient les prendre comme porte-bonheur. Deux cent vingt-sept morceaux, la jambe droite. Le chiffre exact. Frappé par un minenwerfer, qui avait été expédié par un mortier autrichien. Le plus dur fut de les empêcher de me couper la jambe." En réalité, les médecins ont retiré vingt-huit éclats métalliques. Quel que soit le nombre exact, l'apprenti écrivain a connu son baptême du feu. Il peut désormais déclarer: "Il faut souffrir le martyre avant de pouvoir écrire sérieusement". Le jeune Hemingway regagne son pays en mars 1919. On accueille en héros le premier américain à revenir blessé du front italien. Pourtant, il sombre dans la dépression. À Chicago, il fait la connaissance de Sherwood Anderson, écrivain en vogue qui prône la révolution de la littérature par le dépouillement du style. Il a vécu à Paris et encourage alors Hemingway à l'imiter.   "Et puis, il y avait la mauvaise saison. Elle pouvait faire son apparition du jour au lendemain, à la fin de l’automne. Il fallait alors fermer les fenêtres, la nuit, pour empêcher la pluie d’entrer, et le vent froid arrachait les feuilles des arbres, sur la place de la Contrescarpe. Les feuilles gisaient, détrempées, sous la pluie, et le vent cinglait de pluie les gros autobus verts, au terminus, et le café des Amateurs était bondé derrière ses vitres embuées par la chaleur et la fumée. C’était un café triste et mal tenu, où les ivrognes du quartier s’agglutinaient, et j’en étais toujours écarté par l’odeur de corps mal lavés et la senteur aigre de saoulerie qui y régnaient. Les hommes et les femmes qui fréquentaient Les Amateurs étaient tout le temps ivres ou tout au moins aussi longtemps qu’ils en avaient les moyens, surtout à force de vin qu’ils achetaient par demi-litre ou par litre. Nombre de réclames vantaient des apéritifs aux noms étranges, mais fort peu de clients pouvaient s’offrir le luxe d’en consommer, sauf pour étayer une cuite". Engagé en novembre 1920 comme correspondant étranger du Toronto Star où il devient ami avec Morley Callaghan, il déménage à Paris, où il habite, avec sa femme Hadley, rue du Cardinal-Lemoine, dans le Quartier latin, de janvier 1922 à août 1923. C'est à Paris qu'il fait la connaissance de Gertrude Stein, la papesse du modernisme, qui fut son mentor avant de se brouiller avec lui, mais qui lui aura fait entre-temps rencontrer les peintres qu'elle a découverts avec son frère, Pablo Picasso ou Joan Miró, mais aussi les expatriés américains qui ont fait partie de ce qu'elle a appelé alors la "Lost Generation", cette génération incluant artistes, écrivains, intellectuels, savants qui a atteint la majorité durant la première guerre mondiale tels F. Scott Fitzgerald, T. S. Eliot, James Joyce, Sherwood Anderson, John Dos Passos, JohnSteinbeck, William Faulkner, Isadora Duncan, Abraham Walkowitz, Franz Kafka, Henry Miller ou encore Aldous Huxley. Paris symbolise la liberté. Ses terrasses de café ne désemplissent pas. Montparnasse pullule de peintres, de musiciens et de poètes. Un carrefour obligé pour tout écrivain en mal de reconnaissance. Gertrude, lesbienne notoire et poétesse, a une influence hypnotique sur lui. Elle lui apprend à se débarrasser de la psychologie, à se focaliser sur la musique des mots, sur l'instant à décrire. Hemingway passe ses journées à écrire à la Closerie des Lilas, isolé du bruit de la ville. Le grand poète Ezra Pound corrige ses manuscrits en échange de leçons de boxe. Hemingway devient le petit protégé de James Joyce, qui vient de publier "Ulysse" grâce à Sylvia Beach, une libraire qu'Ernest fréquente beaucoup. Hadley offre à son mari une machine à écrire portative Corona. Elle racontera plus tard : "Il était alors le partenaire des boxeurs à l'entraînement, l'ami des garçons de café, le confident des prostituées". Paris, à l'époque était véritablement une fête.   "Le café des Amateurs était le tout-à-l’égout de la rue Mouffetard, une merveilleuse rue commerçante, étroite et très passante, qui mène à la place de la Contrescarpe. Les vieilles maisons, divisées en appartements, comportaient, près de l’escalier, un cabinet à la turque par palier, avec, de chaque côté du trou, deux petites plates-formes de ciment en forme de semelle, pour empêcher quelque locataire de glisser. Des pompes vidaient les fosses d’aisances pendant la nuit, dans des camions-citernes à chevaux. En été, lorsque toutes les fenêtres étaient ouvertes, nous entendions le bruit des pompes et il s’en dégageait une odeur violente. Les citernes étaient peintes en brun et en safran et, dans le clair de lune, lorsqu’elles remplissaient leur office le long de la rue du Cardinal-Lemoine, leurs cylindres montés sur roues et tirés par des chevaux évoquaient des tableaux de Braque. Il doit être, je pense, aussi possible de vivre toute une vie en soixante-dix heures qu'en soixante dix ans, à condition que votre vie ait été bien remplie jusqu'au moment où commencent les soixante-dix heures et qu'on ait déjà atteint uncertain âge". Ernest Hemingway a beaucoup de mal à se réadapter à la vie civile après cette longue période de guerre. Il épouse Hadley Richardson et s'installe avec elle à Paris dès 1921. C'est à partir de cette période qu'il passe beaucoup de temps à écrire. Principalement inspiré par Gertrude Stein et Ezra Pound, il est réputé pour ses récits très concentrés, au style dépouillé et laconique, témoignant de son expérience de la vie et de la mort. Après un recueil de nouvelles peu populaire, "De nos jours", il sort en 1926 son premier roman, "Le soleil se lève aussi". Ce best-seller lui permet alors de s'imposer rapidement sur la scène littéraire. Dans son deuxième roman, "L'Adieu aux armes", Hemingway écrit sur la première guerre mondiale. Sorti en 1929, soit onze ans après la fin de la guerre, le récit est cinglant et ironique. Ce n'est pas un hasard s'il est publié aussi tardivement. Dans son esthétique implicite, une émotion n'est évoquée qu'une fois l'émoi passé. À cette même période, sa situation conjugale se dégrade. L'écrivain s'avère alors incapable d'aimer pleinement car il est souvent amoureux de deux femmes en même temps. Il divorce pour épouser sa maîtresse, Pauline Pfeiffer, journaliste à Vogue. "Pendant que j'écrivais, mon second fils Patrick vint au monde par opération césarienne à Kansas City et pendant que je récrivais l'ouvrage, mon père se tua à Oak Park, Illinois". Le docteur Hemingway était endetté, voire ruiné. Paradoxe : il était membre du club des optimistes. Ernest accusa sa mère de l'avoir harcelé. Les biographes ne s'accordent pas sur un détail. Ed aurait utilisé un revolver ou un fusil datant de la guerre de Sécession. Pour oublier les fantômes d'Oak Park, le couple Hemingway s'installe à Key West, île tropicale à la pointe de la Floride. En 1931, Pauline donne un troisième fils à son mari, Gregory. Quand "L'adieu aux armes" paraît, quatre-vingt mille exemplaires s'écoulent en quelques mois. Hemingway devient une célébrité, les journaux s'arrachent ses nouvelles, Hollywood achète les droits et l'argent coule à flots. Il entreprend la tournée des bars, adopte une armée de chats qui reposent toujours dans le cimetière de son jardin, s'offre un bateau pour pêcher au gros dans la mer des Caraïbes. Mais l'émotion procurée par la capture d'un marlin ne lui suffit pas. Cela donnera "Le Vieil Homme et la Mer" (1952). "Nous sommes ici. Ici. Oh, ici, si bon, si bien, si délicieux dans la nuit".    "Puis je me remis à écrire et m’enfonçai dans mon histoire et m’y perdis. C’était moi qui l’écrivais, maintenant, elle ne se faisait plus toute seule et je ne levai plus les yeux, j’oubliai l’heure et le lieu et ne commandai plus de rhum Saint-James. J’en avais assez du rhum Saint-James, à mon insu d’ailleurs. Puis le conte fut achevé et je me sentis très fatigué. Je relus le dernier paragraphe et levai les yeux et cherchai la fille, mais elle était partie. J’espère qu’elle est partie avec un type bien, pensai-je. Mais je me sentais triste. Je refermai le cahier sur mon récit et enfouis le tout dans la poche intérieure de ma veste, et je demandai au garçon une douzaine de portugaises et une demi-carafe de son vin blanc sec. Après avoir écrit un conte je me sentais toujours vidé, mais triste et heureux à la fois, comme après avoir fait l’amour, et j’étais sûr que j’avais fait du bon travail. Toutefois je n’en aurais la confirmation que le lendemain en revoyant ce que j’avais écrit. Ce n'est pas la liberté de ne pas enfouir les ordures qu'on fait, songeait-il. Il n'y a pas d'animal plus libre que le chat mais il enterre ses saletés. Le chat, c'est le meilleur anarchiste. Pourquoi que les vieux se réveillent tôt ? Est-ce pour avoir des jours plus longs en leur compagnie ?" L'auteur gagne l'Espagne et se consacre à sa nouvelle passion, la tauromachie. Il assiste à toutes les corridas, y participe parfois, s'affiche avec les plus grands toréadors. À ses yeux, le matador est au centre de l'univers, comme le Christ. Il tue pour en finir avec la faiblesse humaine, convertir l'échec en victoire. Hemingway aime cet exorcisme, orgueil des espagnols et résurrection du paganisme en terre chrétienne. Ces réflexions mystiques donnent un ouvrage incompris par la critique de l'époque, "Mort dans l'après-midi" (1932). Ses voyages incessants alimentent ses textes. Au cours d'un safari de plusieurs mois en Afrique de l'Est, une dysenterie l'oblige à se faire rapatrier. La mésaventure inspire une nouvelle adaptée par Hollywood, "Les neiges du Kilimandjaro" (1961). Puis il se rend compte qu'on ne peut vivre éternellement en retrait des autres, ce qui lui inspire un nouveau roman, paru en 1937: "En avoir ou pas". Harry Morgan, faute d'argent pour nourrir les siens, se lance dans toutes sortes d'aventures auxquelles il finit par succomber. Cette œuvre marque alors une rupture dans l'existence solitaire d'Hemingway. Le franquisme aux portes de l'Espagne ne le laisse pas indifférent. Conscient qu'il ne peut vivre indéfiniment à part, il choisit alors de s'engager volontairement dans la guerre civile espagnole dès 1937. Ses séjours en terre ibérique lui font aimer le peuple espagnol. Il s'engage aux côtés des républicains: "Le fascisme est un vrai mensonge, il est condamné à la stérilité littéraire. Un écrivain qui n'a pas le sentiment de la justice ou de l'injustice ferait mieux de se consacrer à l'édition d'un annuaire". Hemingway offre pour quarante mille dollars de matériel sanitaire à l'armée loyaliste et devient correspondant de guerre de la "North American Newspaper Alliance" pour couvrir la guerre civile espagnole. Selon la légende, il aurait sympathisé avec André Malraux, rencontré sur place. L'un écrirait sur le début de la guerre d'Espagne, l'autre sur la fin. Cette amitié donnera "L'espoir" et "Pour qui sonne le glas". Comme Hemingway l'avait prophétisé, la victoire du franquisme a affaibli les démocraties européennes et entraîné la seconde guerre mondiale. Il lui faut poursuivre le combat contre les nazis. Il monte alors un réseau de contre-espionnage à Cuba, arme d'un bazooka son bateau, le "Pilar", pour traquer les sous-marins allemands. "L'ennemi est sournois, traquons-le sans pitié".   "Chaque village possède son terrain de pelote, sur lequel, parfois, des enfants jouaient en plein soleil. Sur les murs de l'église, il y avait un écriteau défendant d'y jouer à la pelote, et, dans les villages, les maisons avaient des toits en tuiles rouges. Puis, la route tourna et commença à monter, et nous grimpâmes à flanc de coteau, avec une vallée dans le bas et des collines qui s'étendaient derrière nous, vers la mer. On ne pouvait pas voir la mer. Elle était trop loin. On ne pouvait voir que des collines, toujours des collines, mais on savait où se trouvait la mer. Les premières étoiles se montraient. Bientôt toutes ses amies lointaines parsèmeraient le ciel. Le poisson aussi est mon ami, dit-il tout haut. Pourtant faut que je le tue. Heureusement qu'on est pas obligé de tuer les étoiles. Ce que ça peut être facile, les choses, quand on a perdu, pensa-t-il. J'aurais jamais cru que c'était si facile". On le retrouve en Normandie, immortalisé par le photographe Robert Capa lors du Débarquement. Hemingway se l'était alors juré : être toujours là où l'Histoire s'écrit. Sa propre "division", composée d'admirateurs des FFI, lui permet de participer à la libération de Rambouillet. Sur les exploits réels d'Hemingway, l'écrivain de la seconde guerre mondiale, l'historien Paul Fussell relate : "Hemingway créa une gêne en jouant les capitaines d'infanterie pour un groupe de résistants qu'il avait rassemblé, car un correspondant de guerre n'est pas censé diriger des troupes, même s'il le fait bien". Cela était alors contraire aux Conventions de Genève, et Hemingway se vit accusé de façon formelle, mais il s'en tira en affirmant qu'il s'était simplement contenté de donner des conseils. Il réussit à avoir une entrevue avec le général Philippe de Hauteclocque, dit Leclerc, au moment où celui-ci, pressé par le général de Gaulle, se demandait s'il investirait Paris malgré l'interdiction qui lui en était faite par sa hiérarchie américaine. Hemingway se présenta en tenue mi militaire ,mi civile et demanda un blindé de reconnaissance, deux ou trois jeeps et une demi-douzaine d'hommes pour libérer le bar du Ritz. Hemingway garda une mauvaise image de ce général qui l'éjecta en le traitant de clown. Le vingt-cinq août, il fut présent à la libération de Paris, bien que les affirmations selon lesquelles il était entré en premier dans la ville, ou qu'il avait libéré le Ritz, soient considérées comme totalement légendaires. Le mythe doit survivre entre affabulation et réalité.   "Je m'essayais au métier d'écrivain en commençant par les choses les plus simples, et l'une des choses les plus simples de toutes et des plus fondamentales est la mort violente. Tu es le type idéal de l'anglo-saxon. Tu es le garçon à remords. J'attends le moment où l'anglo-saxon lavera sa débauche avec sa brosse à dents". Après la guerre, l'auteur n'est plus le même. L'action lui manque. Le héros de trois guerres n'en est pas moins homme. S'il sait se montrer généreux avec ses amis, certains le trouvent ingrat, rancunier, prompt à la trahison. Il s'est coupé des écrivains qui l'aidèrent à ses débuts. Hemingway est en amitié comme en amour, infidèle. Ses proches décrivent un être hâbleur, gavé de succès, ivrogne, colérique et volontiers bagarreur. Martha le trouve pathétique et demande alors le divorce. Complètement à la dérive, il ingurgite un litre de whisky par jour et voit des nazis sans visage dans ses cauchemars. Incompris, il s'exile pour se consacrer à la pêche, à ses chats et à l'écriture. Il épouse Mary Welsh, plus dévouée, plus effacée que Martha. Hemingway a découvert Cuba dans les années 1930. L'île se situe en face de Key West. Son cadre lui avait inspiré "En avoir ou pas", adapté au cinéma par Howard Hawks sous le titre "Le port de l'angoisse", fameux pour la rencontre entre Humphrey Bogart et Lauren Bacall. L'hôtel Ambos Mundos, le "papa doble", un double daïquiri au Floridita et les mojitos à la Bodeguita del Medio. Son parcours à La Havane est désormais connu de tous les touristes. Il achète une vaste propriété sur les hauteurs, la "Finca Vigia", réplique de la Spanish House de Key West, et reçoit les stars d'Hollywood au bord de sa piscine. Parmi elles, Ava Gardner, qui a joué dans trois films tirés de ses romans. Dans "Îles à la dérive", il révélera son amitié amoureuse avec l'héroïne des "Tueurs", sans la nommer. Goujat dans la vie, il demeurait délicat dans l'écriture. Son installation à Cuba attire les soupçons du FBI. Edga rHoover, l'un des hommes les plus puissants d'Amérique, met l'écrivain sous surveillance. On en sait plus depuis la parution d'un livre sur le KGB, paru aux États-Unis en janvier 2009. Selon l'un des auteurs, Harvey Klehr, "L'écrivain conservait des sympathies pour l'URSS depuis la guerre d'Espagne. Il a probablement été approché dès 1941. On lui donna un nom de code et un mot de passe pour les contacts futurs. Les soviétiques pensaient qu'ils pourraient en tirer quelques renseignements mais ils n'ont jamais su comment." Ernest Hemingway était un personnage de roman.   "On devrait jamais rester seul quand on est vieux, pensa-t-il. Mais c'est inévitable. Le pire, c'est quand vous êtes séparé d'un ami par l'esprit. La chance, c'est quelque chose que l'on rencontre jamais deux fois de suite. Bien malin qui la reconnaît. Rappelle-toi que celui qui sait dominer son esprit est plus grand que celui qui conquiert une cité. Je t'aime autant que tout ce pour quoi nous nous sommes battus. Je t'aime comme j'aime la liberté et la dignité et le droit de tous les hommes de travailler et de n'avoir pas faim. Je t'aime comme j'aime Madrid que nous avons défendue, et comme j'aime tous mes camarades qui sont morts. Et il y en a beaucoup qui sont morts. Beaucoup. Beaucoup. Tu ne peux pas savoir combien. Mais je t'aime comme j'aime ce que j'aime le plus au monde, et je t'aime encore plus que cela". Le monde littéraire le croyait fini quand Hemingway publie "Le vieil homme et la mer" en 1952. Ce chef-d'œuvre de dépouillement lui vaut le prix Pulitzer. Puis la presse annonce la mort du grand écrivain dans un accident d'avion en Afrique. Cela l'amuse, il conserve les articles nécrologiques laudateurs dans un album relié en peau de lion. Michael Palin, auteur d'une biographie, a été l'un des rares à se rendre en Ouganda sur les traces de l'écrivain, pour savoir comment il avait échappé à la mort: "Il s'est crashé deux fois la même semaine. La seconde, il a défoncé la porte de l'avion en feu pour sortir. Il se retrouve avec des brûlures et de graves lésions à la tête". Les séquelles empêcheront l'écrivain de se rendre à la remise de son prix Nobel de littérature, décerné le vingt-huit octobre 1954. Un second miracle survient quand le Ritz lui renvoie une malle remplie de souvenirs, oubliée dans les caves de l'hôtel depuis la guerre. Cette madeleine de Proust va nourrir son dernier ouvrage, "Paris est une fête" publié à titre posthume. Hemingway quitte son paradis tropical après la révolution cubaine. Les cubains ont beau le respecter, il est devenu l'ami de Fidel Castro, il ne supporte plus l'antiaméricanisme de l'île. Retranché dans sa maison aux airs de bunker, dans l'Idaho, il souffre d'hypertension, de diabète, d'impuissance sexuelle, d'une cirrhose, d'un début de la maladie d'Alzheimer et surtout d'une dépression. Devenu paranoïaque, il voyait des agents du FBI partout. Hemingway met fin à ses jours peu avant son soixante-deuxième anniversaire. D'un double coup de fusil de chasse dans la tête. Sa femme ayant estimé, selon le rapport de police, qu'il s'agissait d'un accident, sa thèse fut retenue, aucune autopsie ordonnée. Comme son père avant lui, l'auteur de "Pour qui sonne le glas" ne laissera aucune explication, mais parmi ses dernières volontés, celle-ci, lapidaire et prémonitoire : "Je préférerais que l'on analyse mon œuvre plutôt qu'un incident de mon existence".   "Cette année-là, à la fin de l'été, nous habitions une maison, dans un village qui, par-delà la rivière et la plaine, donnait sur les montagnes. Dans le lit de la rivière il y avait des cailloux et des galets, secs et blancs au soleil, et l'eau était claire, et fuyait, rapide et bleue dans les courants. Des troupes passaient devant la maison et s'éloignaient sur la route, et la poussière qu'elles soulevaient poudrait les feuilles des arbres. Il y avait également de la poussière sur le tronc des arbres, et, cette année-là, les feuilles tombèrent de bonne heure, et nous voyions les troupes passer sur la route. Il ne rêvait plus jamais de tempête, ni de femmes, ni de grands événements. Il ne rêvait que de paysages et de lionsau bord de la mer. Le poisson, la mort dans le ventre, revint à la vie. Dans un ultime déploiement de beauté et depuissance, ce géant fit un bond fantastique. Pendant un instant, il resta comme suspendu en l'air au-dessus du vieil homme et de la barque". Ses vœux furent exaucés. Il n'a pas seulement eu un impact sur sa génération, Drieu la Rochelle, Kessel, Camus, Sartre. De nombreux écrivains, et pas des moindres, ont continué à rendre hommage à son style. La puissance de ses textes, sa technique d'écriture ont marqué des générations: Salinger, Raymond Carver, Truman Capote, Richard Brautigan, Hunter Thompson, Jim Harrison et tant d'autres. Dans "Ardoise", Philippe Djian se livre à un recensement précis de toutes les blessures physiques d'Hemingway au cours de son existence et dénombre trente-deux accidents : de voiture, de bateau, de chasse, etc. Le dossier médical de Hemingway, rendu accessible en 1991, montra qu'il souffrait d'hémochromatose, une maladie génétique qui provoque de sévères dommages physiques et mentaux. Cette maladie pourrait expliquer les nombreux suicides dans la famille Hemingway :son père, son frère, sa sœur et sa petite-fille Margaux Hemingway. Ses biographes ont montré quel homme sensible se cachait derrière les masques du boxeur à barbe, du pêcheur d'espadons, du chasseur de fauves et du combattant. Comme si Hemingway avait été victime de l'image virile qu'il voulait donner de lui. Premier roman d’un jeune écrivain de vingt-sept ans, "The Sun Also Rises", "Le soleil se lève aussi", publié en 1926, est un coup de maître. Controversé dès la réception, le texte n’a cessé depuis d’attirer une attention critique inégalée, même si les mœurs dissolues de ses expatriés américains qui traînent leur oisiveté élégante de bars parisiens en fiestas espagnoles, de beuveries en coucheries, n’ont plus le parfum de scandale de naguère, et si les énigmes d’un roman réputé à clef, une fois ses références topiques ou biographiques à peu près élucidées, ont vu au fil du temps leur intérêt s’émousser. De même encore, l’image, en partie construite et cultivée, de l’auteur en aficionado, en chasseur, en correspondant de guerre, en baroudeur, en parangon d’une virilité héroïque et aventurière, s’est peu à peu découplée de sa production littéraire. Nous savons maintenant qu’Ernest Hemingway n’est pas un torero mais un écrivain aimant l'aventure et le récit de soi.   Bibliographie et références :   - Carlos Baker, "Hemingway, histoire d'une vie" - Marianne Debouzy, "La critique française de Hemingway" - Marc Fenoli, "Le jeune homme et la neige" - Daniel Gallagher, "D'Ernest Hemingway à Henry Miller" - Mariel Hemingway, "Ernest Hemingway, la vie et ailleurs" - Geneviève Hily-Mane, "Le style de Ernest Hemingway" - Milan Kundera, "À la recherche du présent perdu" - Marie-Pierre Liny, "Le récit de la mort chez Hemingway" - Jean-Pierre Naugrette, "Hemingway et la citation picturale" - Marie-Odile Salati, "La blessure d'Ernest Hemingway" - Philippe Sollers, "Articles biographiques de la guerre du goût"   Bonne lecture à toutes et à tous. Méridienne d'un soir.
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Par : le Il y a 1 heure
Tu parles de contrôle, mais tu ne vois pas l’harmonie. Tu parles de pouvoir, mais tu ne sens pas la confiance. Tu parles de soumission, mais tu ne comprends pas son essence. Un Maître n’est pas un tyran. Il est un guide. Une soumise n’est pas un jouet. Elle est une offrande. Mon Maître ne fuit pas ses responsabilités, Il les porte avec honneur. Il ne brise pas, Il élève. Il ne possède pas, Il protège. La soumission n’est pas une faiblesse, c’est une force. C’est le choix de se mettre entre les mains de quelqu’un qui sait diriger avec sagesse, commander avec respect, et aimer avec intensité. Tu parles de désert ? Moi, je vois un jardin. Un jardin où chaque règle est une graine, chaque ordre un soin, chaque limite une fleur qui s’épanouit sous Sa main. Alors oui, je suis une soumise. Mais je suis Sa soumise. Et c’est là que réside toute la différence.
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