Catégories
La rubrique "Articles" regroupe vos histoires BDSM, vos confessions érotiques, vos partages d'expériences SM.
Vos publications sur cette sortie de blog collectif peuvent aborder autant les sujets de la soumission, de la domination, du sado-masochisme, de fétichisme, de manière très générale ou en se contentrant très précisément sur certaines des pratiques quu vous connaissez en tant que dominatrice/dominateur ou soumise/soumis. Partager vos récits BDSM, vécus ou fantames est un moyen de partager vos pratiques et envies et à ce titre peut être un excellent moyen de trouver sur le site des partenaires dans vos lecteurs/lectrices.
Nous vous rappelons que les histoires et confessions doivent être des écrits personnels. Il est interdit de copier/coller des articles sur d'autres sites pour se les approprier.
En quelques semaines, Paul avait fait une reconnaissance précise et quasi millimétrique de tous les immeubles sur lesquels il avait une vue directe. Par dizaines, il avait noirci des pages de notes. La base, c’était d’écarter les appartements qui ne présentaient aucun angle de vue satisfaisant, puis ceux inhabités, et enfin là où il n’y avait pas d’occupantes dignes de son intérêt et de sa patience. Il restait ensuite un quart des logements à analyser en profondeur.
La méthode scientifique a son ennemi : le hasard et le manque de prévisibilité des gens. A part tomber – coup de bol incroyable– sur une pure exhibitionniste ou une naturiste d’intérieur, il y avait toutes les chances pour que ses binoculaires soient vainement pointés au mauvais endroit quand « l’action », en réalité, se déroulait ailleurs. Quoi qu’il fasse, il y aurait toujours une tonne d’occasions manquées, dont il ne saurait jamais rien.
La seule tactique, à ce stade, c’était d’observer les habitudes de ses voisines les plus sympathiques. Que faisaient-elles en se levant ? Écartaient-elles leurs rideaux nues ou en pyjama ? A quelle heure prenaient-elles leurs douches ? Lesquelles laissaient la fenêtre suffisamment entrouverte pour y glisser un œil ? Avaient-elles une vie sexuelle morne, satisfaisante, débridée ? Et une propension à se laisser emporter par l’excitation et leur(s) amant(s), le moment venu, en toute impudeur et au mépris de toute prudence ?
Par une approche infiniment lente mais systématique, Monsieur Paul avait ratissé chaque appart de jour et de nuit, pour ne rien louper de salé ou de croustillant. Et à force d’accumuler les notes et les heures de traque, il s’était dégotté quatre ou cinq régulières. Une prof de yoga qui, parfois, ne mettait pas sa tenue lors de ses exercices, rythmés comme du papier à musique. Une autre qui trainait souvent le matin en haut de pyjama… mais le cul à l’air. Des jeunes mariés, qui passaient toutes leurs soirées ou presque à baiser sur le canapé du salon. Une infirmière aux mamelles très émouvantes, qui jamais ne mettait de sous-vêtements. Et ainsi de suite…
Il commençait à connaître chacune de leurs habitudes, la fréquence avec laquelle elles se masturbaient ou se faisaient baiser, et, surtout, les meilleurs horaires pour les surprendre en pleine action. Son inspection visuelle cheminait entre différents appartements, au grès des exhibitions involontaires - planifiées tels les créneaux d’une grille télé osée, pour le bénéfice d’un seul spectateur. Il se touchait régulièrement, tenant d’une main ses jumelles, et s’astiquant de l’autre, le sourire aux lèvres. La puissance des binoculaires lui donnait l’impression d’être avec elles dans la même pièce, tandis que ces salopes jouissaient de façon plus ou moins ostentatoire.
Un mardi, alors que la prof de Yoga semblait pour une fois en retard sur son planning, un mouvement soudain attira son attention. Une corneille venait de se poser sur le balcon de la jeune dame. Dans une autre vie, où Sabine était encore follement amoureuse de lui, ils avaient conçu une passion pour l’observation des oiseaux. D’où le cadeau de son ex-femme, à double usage comme tous deux le savaient.
Le volatile semblait le regarder directement à travers ses jumelles. Amusé, Paul régla la mise au point pour mieux l’observer. Soudain, l’oiseau déplia ses ailes et prit son envol. Il glissa hors de son champ de vision. Paul balaya l’espace jusqu’à le retrouver, cette fois posé sur une terrasse un peu plus loin. Un appartement vide, au dernier étage d’un immeuble dont la façade tirait sur le rose. Sauf qu’aujourd’hui, l’appart semblait occupé. Il y avait une table pliante sur la terrasse. Et, juchée sur la table, la corneille. Qui semblait s’acharner sur quelque chose, le frappant du bec. Agacé, l’oiseau finit par carrément embarquer ce qui semblait être un paquet de gâteau, semant son contenu un peu partout au grès de ses battements d’ailes.
La corneille partie, la curiosité de Paul se concentra sur ce qu’il voyait de cet appart, classé jusqu’ici dans les lieux vides d’intérêt. Les baies vitrées, assez larges et pour l’instant sans rideaux, permettaient d’espionner facilement le grand salon jonché de cartons, ouverts pour certains, encore scellés pour d’autres. Au milieu trônait un large et profond fauteuil en cuir beige, dont l’assise et les accoudoirs rembourrés invitaient à la détente ou à la lecture. Une jeune femme avec de long cheveux blonds ondulés était en train de ranger des ustensiles et des couverts dans les placards de la cuisine américaine. Il la voyait pour l’instant de dos, devinant un corps svelte et nerveux dans cette courte robe d’été, très fluide et à moitié transparente. Intéressant… Très intéressant, même !
Ses repérages étant terminés depuis longtemps et sa routine établie, il ne devait qu’au hasard, incarné par une corneille chapardeuse, de découvrir un spot potentiel et, il l’espérait, une nouvelle source de plaisirs. Il se nota mentalement de faire au moins une fois par mois le tour de tous les appartements inoccupés.
--<0>--
Journal de Bérénice,
Mardi 26/08/2025
15H
Je me surprends à aimer vraiment mon grand appartement tout en haut de la tour. Au début, j’avoue que cet espace immense et le silence m’intimidaient un peu, mais maintenant j’y respire.
Et aujourd’hui… la nouvelle est tombée : j’ai eu le boulot. Positif, validé, confirmé. Je n’arrête pas de relire le mail, pour être sûre que c’est bien vrai. Je commence dès lundi prochain. Une porte s’ouvre enfin, une nouvelle vie commence, ici, tout là-haut, dans mon « petit » refuge suspendu. Je me sens légère. Presque fière. Et surtout… prête pour ce nouveau défi.
Cet après-midi, pour fêter ça, le soleil s’est invité. Alors j’en ai profité pour lézarder sur la terrasse et lui offrir mon corps à lécher. Personne en face pour épier ou juger : quelle aubaine d’avoir eu cet appartement. J’ai eu le nez fin, de choisir cette ville !!!
17h30
J’ai l’impression que les murs m’observent, attendant qu'enfin je les habille. Tout à l’heure, quelque chose m’a troublée : j’étais certaine d’avoir acheté et ouvert un paquet de gâteaux, persuadée de l’avoir posé sur la terrasse, et pourtant il a disparu. Ce détail infime me dérange plus qu’il ne devrait, comme si la ville, l’appartement ou moi-même jouions déjà à me rappeler que rien n’est tout à fait stable.
20h15
Ce soir, je me rends compte que ce n’est pas seulement un appartement que j’habite, mais une sorte de sas entre Celle d'avant et l'autre en devenir. Tout en haut de la tour, je suis détachée du monde, la distance physique avec la rue, le bruit, les autres, me donne enfin la permission de respirer autrement. Je me demande si le calme extérieur finira par faire taire le tumulte intérieur… ou au contraire le révéler.
Je me surprends à tourner longtemps autour des pièces encore trop vides, j’essaye d’apprivoiser un animal effarouché. Le salon, immense, semble écouter mes pas. La chambre sent le neuf, l’inachevé. Je ne sais pas encore où poser mes repères. Le peu d'objets et de meubles présents me rassure, une tasse, mon livre ouvert, une couverture laissée sur le canapé. C’est presque enfantin, cette façon de disposer des petites traces de moi pour ne pas me perdre dans cet espace trop grand.
Je me regarde dans le reflet des fenêtres, ce soir, avec en toile de fond la ville noire derrière moi où flotte mon visage dans la vitre comme une apparition. Je ne sais plus trop qui je suis à cet instant, la jeune femme déterminée qui vient d’obtenir ce poste, ou celle qui doute encore, silencieuse, dans le fond de sa poitrine. C’est étrange, cette dualité qui s’installe… comme si la hauteur me permettait de me voir plus clairement, mais aussi plus crûment.
Je suis venue ici pour recommencer, mais je n’ai pas encore défini ce que je veux être. Pour l’instant, je note, j’observe, j’écoute : la lumière tourne, le vent tape doucement aux vitres, la ville respire en bas. Et moi, dans tout ça, j’apprends.
J’apprends à me sentir chez moi.
J’apprends à me sentir vivante.
J'apprends à ne plus avoir peur et honte.
J’apprends à accepter que ce nouveau départ m’effraie autant qu’il m'enthousiasme.
(À suivre…)
22 vues
2 aime
Un peu après le 15 août, Estelle, la secrétaire du grand patron, vint le trouver. Son influence s’étendait bien au-delà du rôle d’assistante de direction mentionné sur l’organigramme de la boite. Était-ce lié à son physique incroyable ? Très certainement.
Estelle était une apparition que l’esprit peinait à concevoir. Du haut de son mètre quatre-vingt, cette jeune eurasienne d’une trentaine d’années imposait sa géométrie vertigineuse : des jambes interminables qui dictaient une démarche chaloupée, des hanches pleines invitant au toucher, et cette taille fine, presque fragile, qui servait de piédestal à l’impensable.
Car c’était bien là que le regard finissait par s’échouer, captif. Sa poitrine possédait une arrogance naturelle, une plénitude lourde et majestueuse qui semblait défier les lois de la pesanteur. Ses courbes insolentes n’avaient nul besoin d’artifices pour affirmer leur présence magnétique.
Au-delà de ce corps sculptural, il y avait son teint doré, comme caressé par un soleil perpétuel, qui contrastait avec l’éclat de ses grands yeux verts. Et puis cette bouche, aux lèvres charnues et ourlées, qui souvent s’étirait dans un sourire prometteur, mélange de candeur et d’une sensualité parfaitement assumée.
Paul s'était déjà risqué à croquer cette silhouette de walkyrie. Ses dessins, d'une audace crue, frôlaient la réalité sans jamais l'égaler. Il n'en fallait pourtant pas davantage pour que Sabine, face à une anatomie aussi insolente, se sente cruellement éclipsée. Comment tout cela pouvait lui sembler encore si réel, alors qu’à présent son ex refusait le moindre échange ?
— Paul ! Va falloir arrêter vos conneries ! tonna l’apparition.
— Heu… de quoi parl…
— Et mes yeux c’est ici, pas en bas ! le coupa Estelle, avec un sourire.
Depuis qu’il vivait seul, sans dérivatif sexuel concret – hormis les séances de masturbation solitaire et frénétique auxquelles il se livrait parfois devant sa baie vitrée, jumelles en main – Paul perdait fréquemment tout contrôle sur ses globes oculaires. Face à ce rappel à l’ordre, il réajusta à contre-cœur sa visée.
— Vous avez à peine réagit, lors du dernier COSTRAT, quand Aurélie s’est payé votre tête devant tout le board ! Qu’est-ce que vous attendez pour contrattaquer ? Vous n’avez pas encore pigé, que c’était elle ou vous ?
— Tu comprends pas, Estelle. Il y a certaines réalités qui…
— Mais atterrissez, bordel ! Toute la boite est au courant que Sabine vous a quitté pour cette salope imbuvable !
— Toute la boite, vraiment… ?
— Soit vous la virez, soit elle vous aura à l’usure.
Paul éclata d’un rire étranglé, pathétique.
— Plus facile à dire qu’à faire… Même si je vomis Aurélie, elle fait un excellent travail. Je ne vois pas sous quel prétexte on pourrait se séparer d’elle…
— Un excellent travail, vous croyez ? Certains documents importants pourraient disparaître… Elle pourrait être accusée de négligence, voire de faute professionnelle, lança Estelle, d’une voix froide et détachée.
— Quoi !? Monter une machination contre elle ? Jamais je pourrais …
— Vous, peut-être pas. Mais des gens qui tiennent à vous et à ce que vous gardiez votre job, peut-être que oui… Faudra juste avoir assez de sang froid pour infliger le coup de grâce, le moment venu.
Estelle fit avec son doigt manucuré le geste de trancher une tête.
— J’avoue que l’idée est séduisante… Même si le procédé, en lui-même…
— … peut être décisif, et c’est tout ce qui importe, trancha la métisse.
Après un instant laissé au directeur administratif pour qu’il s’ancre bien ça dans le crâne, elle poursuivit d’un ton plus léger :
— Au fait, les entretiens pour remplacer Régine commencent bientôt. Vous voulez participer au jury ?
— Tu crois vraiment que j’ai l’esprit à ça ? soupira Paul.
— Je me suis laissé dire que certaines candidates étaient mignonnes. Ça pourrait vous changer les idées… Sachant que la nouvelle va travailler en partie pour vous, son apparence n’est pas un détail.
— Robert sera présent, non ?
— Oui, bien sûr. Notre DRH ne loupe aucun jury où il faut évaluer des jeunes femmes…
— Très bien. Je lui fais une totale confiance pour nous recruter LA perle.
----
Monsieur Paul était un homme d’habitudes. Au travail, il prenait des notes dans un carnet secret sur toutes les femmes qui l’entouraient. Leurs attitudes et leur caractère, oui, mais surtout leur apparence physique, leur maquillage et leur coquetterie, le côté sexy ou non des tenues du jour. Et bien sûr, ce que lui inspiraient leurs corps. De tout cela, il dérivait une moyenne qu’il attribuait à chacune.
Une sorte d’argus de la « bonne meuf », une cotation des plus beaux culs de la place, indexés sur leur propension à se mettre correctement en valeur tout en étant agréable - du point de vue du charme et de la conversation. Quand une jeune femme le piquait particulièrement, il ajoutait dans son carnet quelques commentaires flatteurs - et même, parfois, salés. C’était pour lui une façon de se « débarrasser » des pensées sexuelles parasites qui lui tournaient sans cesse autour, au contact de ces filles particulièrement excitantes.
Personne dans la boite n’était au courant, hormis Estelle. Comme s’il revenait à cette beauté exotique de connaître jusqu’à la plus petite manie de ses supérieurs. Une aptitude innée chez elle, sans doute liée à des dons d’observations hors du commun. Rien ne lui échappait, et elle faisait ce qu’il fallait pour que cela continue ainsi. Au fil des ans, cette habitude était devenue une source importante du pouvoir occulte dont elle jouissait.
En son absence, Estelle ne se privait évidemment pas de venir compulser le carnet intime de Monsieur Paul. Elle était ainsi un témoin privilégié de ses attirances et goûts érotiques. Comme sans doute la plupart du personnel féminin – même si aucune ne se permettrait jamais d’en parler – elle connaissait bien les tendances voyeuristes de son patron. Ce directeur-ci avait au moins le bout goût de rester discret, dans son appréciation visuellement indiscrète de leurs physiques respectifs.
Tout comme la plupart de celles qui étaient bien notées dans son carnet, Estelle se sentait valorisée par l’attention soutenue de Monsieur Paul pour ses formes. Mais elle seule avait une vue directe sur le « top 5 » de ce voyeur patenté, dont elle était l’indétrônable reine depuis des années déjà. Et cela non plus, il n’était pas question que ça change. De longue date, cette sombre beauté avait compris que l'influence sur un homme commence là où sa raison vacille…
Jusqu’ici, elle n’avait jamais eu de compétition sérieuse. Mais à présent que « Mémé Régine » rendait son tablier, il était vital de s’assurer que la relève ne viendrait pas siphonner son prestige. Et pour cela, il lui fallait faire un tri rigoureux parmi les postulantes, ne garder en lice que celles dont le profil était « approprié » pour le poste.
Convaincre Monsieur Robert de la validité de son point de vue ne serait guère qu’un jeu d’enfant. D’autant que le PDG venait de lui signifier qu’Estelle participait à présent aux entretiens de sélection. En sa qualité d’assistante au pedigree particulièrement flatteur…
--<0>--
Journal intime de Bérénice,
jeudi 21/08/2025
Cher Journal,
Ce soir, le silence me tient compagnie. Il y a encore si peu de choses ici… quelques cartons, une table, une chaise, mon lit posé près de la grande baie vitrée, et maintenant Mon Fauteuil que j’ai enfin installé. Merci au concierge, de m’avoir gentiment aidée à le porter jusqu’à mon appartement. Sans lui, je n’aurais jamais réussi à le hisser jusque-là. Il trône maintenant au beau milieu du salon, comme un refuge doux et accueillant.
Le reste de l’appartement, c’est de l’espace, du vide, de la lumière et une immense terrasse sans vis-à-vis direct. Mais ce vide ne me fait pas peur. Il respire, m’enveloppe, me donne le sentiment que tout reste à inventer.
D’ici, tout en haut de la tour, la ville s’étend comme un territoire inconnu. Je commence à la découvrir, pas à pas. Les bruits d’en bas, les lumières, les odeurs… tout est nouveau, étranger, excitant. J’ai vraiment l’impression de débuter une autre vie, la mienne, enfin.
Ce matin, j’ai eu mon entretien avec cette grande entreprise. J’étais nerveuse, bien sûr, mais j’ai parlé avec mon cœur. Ils ont vu que je manquais d’expérience, mais j’espère qu’ils ont senti ma sincérité, mon envie d’apprendre. Peut-être que ce sera le début de quelque chose.
Le vent passe doucement par les fenêtres ouvertes. Il fait presque doux. Une page blanche attend mes mots, mes pas, mes rêves.
Je me sens libre, un peu seule, mais heureuse d’être ici, à ce point de départ.
Je regarde autour de moi et je souris bêtement : l’appartement me ressemblera. Tout en haut, baigné de lumière, avec ces grandes baies vitrées ouvertes sur le ciel. Le soleil du soir s’invite jusque dans mes pensées. J’aime cette impression d’espace, de liberté. Ici, je peux enfin après ces semaines intenses, respirer. Et maintenant, dans mon fauteuil, m’asseoir, sentir que ce lieu commence vraiment à devenir chez moi.
(À suivre…)
324 vues
10 aime
La lettre de séparation à peine digérée, Paul fonça chez un ténor du barreau, le chéquier entre les dents, prêt à financer une guerre de tranchées ; il en ressortit délesté de trois cents euros et de ses dernières illusions, apprenant que l’ultime réforme en date avait transformé le mariage en un CDD résiliable sans préavis.
— Vous voulez vous battre ? avait ricané l’avocat, après avoir consulté sa montre.
— Évidemment !
— Cher Monsieur, le divorce moderne est une autoroute. Vous, vous êtes un piéton égaré sur la voie de gauche.
Les semaines suivantes furent un écartèlement administratif savamment orchestré : au bureau, Aurélie validait ses notes de frais le matin et détruisait sa vie privée l’après-midi, avec le sourire carnassier de celle qui tient son boss par les couilles. L’huissier passa, en mode livreur Amazon pressé, déposant l’acte de décès de son couple entre deux réunions budgétaires. Devant le Juge aux Affaires Familiales, Paul tenta de jouer la carte de la passion bafouée, mais ne récolta qu’un regard ennuyé : son amour éternel n’avait aucune prise juridique sur « l’altération définitive du lien » plaidé par l’avocate de sa femme.
Son dossier ? Un vulgaire ticket de boucherie qu’on appelle au guichet suivant.
Leurs dix-neuf ans de vie commune furent « désassemblés » en six mois chrono : on lui retira le titre d’époux, on le somma de libérer le domicile conjugal mais on lui laissa généreusement le droit de payer la moitié des dettes. Sabine ne lui adressa même pas la parole, laissant son avocate dépecer leur patrimoine commun avec la précision d'un médecin légiste.
Paul finit par échouer dans un deux-pièces meublé à la hâte chez Ikea, en étage élevé, dans une des immenses tours de la périphérie. En vissant seul une étagère bancale, il réalisa qu'il n'avait pas été victime d’un grand drame romantique, mais simplement « effacé » du jour au lendemain par sa femme. Elle avait classé le dossier « Paul » dans la corbeille, sans même se donner la peine de la vider.
Le pire, c’est qu’il croisait tous les jours au bureau celle qui avait fait exploser son mariage, ruiné son bonheur tranquille avec Sabine. Cette grosse salope de comptable, qui ne loupait jamais une occasion de l’humilier.
--<0>--
Depuis qu’il avait pris possession de son nouveau logis, perché à une belle hauteur au-dessus de la ville, Paul avait eu l’occasion d’apprécier à de nombreuses reprises la vue saisissante dont jouissait celui-ci. Cela ne le consolait pas de sa séparation, mais ce changement d’air radical contribuait à rendre plus supportable le passage de ce cap étrange qu’était son célibat retrouvé.
En termes d’agencement, une baie vitrée séparait le salon d’un petit balcon juché 14 étages au-dessus du vide. A peine de quoi y poser deux chaises et une petite table basse pour une dinette en altitude, mais il avait l’avantage d’être bien séparé des voisins, et de ne pas être trop exposé aux vents dominants. Une sorte de nid d’aigle, qui lui permettait de « surplomber » ses semblables, éparpillés dans divers immeubles autour du sien. Un certain nombre de ces appartements étaient eux-mêmes agrémentés de terrasses et de baies vitrées donnant dans sa direction.
La distance qui le séparait de ces différents ensembles était suffisante pour ne pas que ce soit étouffant. De jour, on distinguait assez bien les gens sur leurs balcons, à peine des silhouettes qui ne lui prêtaient guère attention. De nuit, s’il n’allumait pas et restait dans le noir, il était quasi indétectable.
Ce point de vue plongeant sur les habitations d’en face le fascinait. Il avait en point de mire toute une humanité protéiforme. Des couples avec ou sans enfants, des personnes âgées, des étudiants braillards ou studieux, des célibataires dans de petits appartements étriqués ou parfois des lofts plus spacieux. Autant d’existences exposées en temps réel sous son regard inquisiteur.
Depuis que son divorce avait été prononcé, il disposait de nettement plus de temps. Il avait presque oublié à quel point ça vous laisse de la liberté d’action, d’être seul et sans enfant.
Que faire de tout cet ennui ? Continuer de travailler d’arrache-pied ? Il avait assez donné. Ce qui lui avait valu un poste enviable et plus aucune envie de se tuer à la tâche. Visiter les musées, courir les expos, prendre le temps de relire les classiques ? Oui, quand il serait vieux, décati, à la retraite, pourquoi pas… L’essentiel de sa vie avait été dédié à l’érotisme, au sexe, aux femmes, qu’il observait à la dérobée et dessinait dans des cahiers Canson. C’était ça, qui le faisait vibrer et se sentir vivant.
Devait-il continuer sa collection de croquis, plus ou moins pornos, basés sur l’esthétique entraperçue de collègues parfois un brin impudiques ? Ça le ramenait bien trop directement à la douleur d’avoir perdu Sabine - ou plutôt, de se l’être fait piquer. Ces dessins, qu’il conservait par nostalgie, faisaient à présent parti d’un chapitre clos. Trop dangereux de le rouvrir, frustré comme il était. Déjà, les filles sur son lieu de travail devaient bien s’apercevoir qu’il les observait avec une faim nouvelle, dévorante. Son vice de déshabiller du regard les donzelles, jolies ou moins jolies, il devait à présent le pratiquer de façon anonyme, là où se faire surprendre n’emportait aucune conséquence.
Pourquoi pas depuis chez lui, en profitant de ce point de vue en surplomb ? Dans un de ses cartons, il avait retrouvé une paire de jumelles de marine que son ex femme lui avait offert pour un anniversaire. Sur la carte accompagnant le cadeau, elle avait laissé un message à double lecture, encourageant ses tendances à l’observation « de loin » des plus beaux spécimen. Des binoculaires assez puissants, avec stabilisateur optique. Une étrange ironie, que ce présent de sa femme soit peut-être la meilleure façon de passer à autre chose.
Sa principale crainte était de se faire démasquer. Qu’une victime de ses futures indiscrétions repère son manège et vienne se confronter à lui, et il courrait le risque d’un scandale, ou pire : une plainte, remontant jusqu’à son employeur. Il devait donc agir avec une extrême prudence. Plonger la pièce dans l’obscurité, revêtir des vêtements sombres, éviter tout reflet sur les verres des jumelles. Selon les heures du jour, se placer en retrait à quelques mètres des baies vitrées, ou bien observer à travers des voilages fins : y plaquer doucement les binoculaires, sans forcer, pour tout voir parfaitement sans être vu.
La première chose à faire, c’était d’être ordonné, systématique : observer chaque appartement, en inventorier le potentiel érotique, trier ceux réellement prometteurs, noter les habitudes, horaires et manies des occupants… enfin, plutôt des occupantes – les cibles privilégiées de ses observations attentives.
Avec son goût pour l’optimisation rationnelle des tâches, Paul ne laissait aucune place au hasard. Afin de maximiser son excitation et le potentiel masturbatoire de ses observations, autant se concentrer sur la sélection intransigeante des meilleures chaudasses, à même de lui procurer un spectacle haut en couleurs. Après un certain nombre de séances, il pourrait établir une sorte de programme, observant à une heure convenue d’avance tel ou tel logis, pour ne pas laisser trop de temps morts entre chaque exhibition involontaire.
Le soir tombait, encore chaud en ce mois d’août. À cette heure-ci, les gens mangeaient, riaient, regardaient la télé. Certains faisaient peut-être l’amour. Des femmes s’épilaient ou se rasaient la chatte. Il était temps de débusquer un maximum de ces visions érotiques, ces joies et ces plaisirs, et s’en repaître en témoin discret et silencieux.
(À suivre…)
327 vues
11 aime
Top rédacteurs
Sujets tendances









