La première fois où j’ai vraiment ressenti une envie irrésistible de faire une fellation à un homme, c’était dans un petit studio assez particulier. Deux couchages avaient été aménagés en mezzanine, dans un espace où l’on vivait un peu à l’étroit, mais où régnait une ambiance amicale et décontractée. Les deux amis qui occupaient les lieux m’avaient convaincu de rester dormir chez eux plutôt que de reprendre ma moto. Nous avions bu, et ils estimaient, à juste titre, qu’il était plus raisonnable que je passe la nuit sur place.
J’ai donc accepté. Je me suis installé dans l’un des deux lits avec l’un de mes amis, un grand garçon mince, très masculin, dont la présence ne m’était évidemment pas indifférente. La soirée s’est achevée et nous nous sommes endormis, encore enveloppés dans cette torpeur particulière que laissent les soirées bien arrosées.
Puis le matin est arrivé.
Je ne saurais pas dire précisément ce qui m’a traversé l’esprit à cet instant, ni d’où m’est venu ce courage que je ne me connaissais pas. Peut-être était-ce une envie que je portais déjà en moi sans avoir osé la reconnaître pleinement. Peut-être avais-je simplement cessé, pour quelques instants, de me poser toutes les questions qui m’empêchaient habituellement d’agir.
Toujours est-il que je me suis rapproché de mon ami. Il semblait dormir profondément. Je me suis laissé guider par ma curiosité et par une attirance qui, ce matin-là, prenait une place beaucoup plus importante que mes hésitations. Pour la première fois, mon désir ne se limitait plus à une pensée fugace ou à un fantasme : j’avais réellement envie de découvrir ce que pouvait être une fellation, de donner du plaisir à un homme de cette manière.
Je me souviens de la surprise que j’ai éprouvée devant ma propre audace. Ce qui m’étonnait le plus, finalement, ce n’était pas seulement ce que j’étais en train de découvrir, mais le fait que cette envie soit devenue si naturelle, si pressante, alors que je n’avais encore jamais franchi ce pas.
J’ai poursuivi cette découverte jusqu’à ce que mon ami manifeste son réveil d’une manière tout à fait inattendue. Il s’est soudain exclamé, avec une stupéfaction presque théâtrale :
— Il m’a sucé ! Il m’a sucé !
Ses cris ont réveillé notre deuxième compagnon, qui dormait dans l’autre couchage. Encore à moitié endormi, celui-ci a demandé ce qui se passait.
La réponse a fusé, répétée avec un étonnement qui semblait grandir à mesure qu’il parlait :
— C’est L… ! Il m’a sucé !
À cet instant, j’aurais probablement souhaité disparaître sous terre. Je ne savais plus où me mettre. Ce qui s’était passé dans l’intimité du réveil devenait soudain le sujet d’une conversation à laquelle je n’étais absolument pas préparé. J’étais à la fois embarrassé par cette exposition inattendue et incapable de nier ce que je venais de faire.
Je regardais mon ami, encore étonné par sa propre découverte, puis l’autre qui émergeait lentement du sommeil, essayant de comprendre la scène et les exclamations qui avaient interrompu sa nuit. Je ne savais pas quelle attitude adopter, ni quoi répondre. J’étais partagé entre la gêne de me retrouver ainsi au centre de l’attention et le souvenir encore tout proche d’une expérience qui m’avait profondément marqué.
Cette matinée est restée gravée dans ma mémoire. Elle représentait bien davantage qu’une première expérience sexuelle : c’était le moment où j’avais découvert, de façon très concrète, une envie que je n’avais encore jamais osé assumer pleinement. J’avais franchi une limite personnelle, et cette découverte avait quelque chose d’inattendu, presque de déconcertant.
Avec le recul, je crois que ce qui m’a le plus marqué, ce n’est pas seulement la nouveauté de l’expérience, mais la force du désir que j’avais ressenti. Pour la première fois, j’avais compris que le plaisir pouvait aussi se trouver dans le fait de donner, dans l’attention portée à l’autre et dans cette satisfaction singulière que l’on éprouve lorsque l’on découvre une facette de sa propre sexualité que l’on ignorait encore.
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