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Par : le 09/05/26
Dans la mythologie grecque, Harmonie du grec ancien," Ἁρμονία" , est la fille d'Arès et d'Aphrodite que Zeus donna en mariage au fondateur de Thèbes, Cadmos. Les douze dieux de l'Olympe assistèrent à ses noces, et lui firent de somptueux présents. Hermès lui fit don d'une lyre. Déméter lui promit une extraordinaire récolte d'orge en s'unissant, durant la cérémonie, avec Iason dans un champ labouré trois fois. Electre lui enseigna les rites secrets de la Grande Déesse. Athéna lui offrit un péplos, tunique brodée d'or, tissé par elle et une paire de flûtes, et d'Aphrodite, elle reçut le collier d'or magique ciselé avec art par Héphaïtos, offert autrefois à Europe par Zeus, qui conférait à celle qui le portait une beauté irrésistible. Ce furent des noces magnifiques: les Muses chantèrent et dansèrent au son de la flûte jouée par Apollon. Le couple vécut heureux pendant quelques années et donna naissance à Sémélé, Ino, Autonoé, Agavé et Polydoros. Harmonie demeura aux côtés de son mari lorsque des évènements tragiques mirent alors fin à leur félicité, provoqués par le collier d'Aphrodite et le péplos d'Athéna, objets maléfiques qui firent le malheur de leurs descendants. Le péplos fut remis à Eriphyles puis à son fils Alcméon, qui périt à la guerre de Troie, après avoir tué de sa main Laodamas, le fils d'Etéocle, puis sa mère, parce qu'elle l'avait incité ainsi que son père, le devin Amphiaros, à participer à des combats avec l'espoir qu'ils n'en reviendraient pas. Le collier et le péplos échurent ensuite à Arsinoé, fille de Phégée, qui avait purifié Alcméon du meutre de sa mère. Puis ils furent repris par Alcméon qui les offrit à sa seconde épouse, Callirhoé, fille du dieu fleuve Achéloos. Furieux, Phégée fit tuer Alcméon par ses fils Agénor et Pronoos. Tous trois, maudits par Arsinoé, furent exterminés par les deux fils de Callirhoé, Amphotros et Arcanan. On connait le sort tragique d'Œdipe, petit-fils d'Harmonie, et celui de Sémélé, amante de Zeus. Ino, frappée de folie, se précipita d'une falaise. Agavé épousa le roi d'Illyrie, Lycothersès. Un jour, elle dénonça la liaison de  Zeus et de Sémélé et, frappée de démence par Zeus, démembra son fils Penthée qui avait succédé à son père sur le trône de Thèbes. Plus tard, lorsqu'elle apprit que ses parents régnaient sur les Enchéléens, elle tua son mari avec l'aide de sa sœur Autonoé et remis son royaume à son père Cadmos. La malédiction se poursuivait. En effet, selon la prédiction de Dionysos, Cadmos et sa fidèle épouse émigrèrent chez les Enchéléens qui les choisirent pour souverains. Ces peuplades barbares pillèrent de nombreuses villes grecques et le temple d'Apollon qui voulu les punir sévèrement. Mais Arès vint à leur secours, et les transforma en serpents tachetés de bleu et ils furent envoyés par Zeus dans l'île des Bienheureux. Harmonie est aussi le nom d'une nymphe qui fut la mère par Arès des Amazones d'après Apollonius de Rhodes (II,986). Le mythe du mariage de Cadmos et d'Harmonie présidé par douze dieux olympiens relate la reconnaissancepar les Hellènes des conquérants cadmiens de Thèbes, après la garantie des Athéniens et après qu'ils eurent été sérieusement initiés aux Mystères de Samothrace. Les Européens sont fils d'une femme arrivée d'Asie et L'harmonie naît de la rencontre de la guerre avec l'amour. Finalement, les bijoux furent donnés en offrande à Athéna et placés dans son temple de Delphes. Mais la malédiction ne s'arrêta pas pour autant. Le tyran Phayllosvola le collier pour en faire cadeau à sa maîtresse, la femme d'Ariston. Elle le porta quelque temps jusqu'à ce que son jeune fils fut saisi de folie et mit le feu à la maison, où elle périt.    "Les dieux ne dispensent point également leurs dons à tous les hommes, la beauté, la prudence ou l'éloquence. Souvent un homme n'a point de beauté, mais un dieu l'orne par la parole, et tous sont charmés devant lui, car il parle avec assurance et une douce modestie, et il domine l'agora, et, quand il marche par la ville, on le regarde comme un dieu. Un autre est alors semblable aux dieux par sa beauté, mais il ne lui a pas été accordé de bien parler". Harmonie est la conséquence de flagrantes délices où Arès et Aphrodite, piégés dans le filet magique d’Héphaïstos furent soumis dans une involontaire phanérogamie aux sarcasmes des dieux. Harmonie est donc ainsi née d’une scandaleuse union entre l’agressivité d’Arès et le désir d’Aphrodite, divinité plus primordiale que Zeus. Tandis que la Grèce appelait harmonies les divers agencements, affinités et hiérarchies des intervalles successifs dans les gammes, les notes se heurtèrent comme les armes d’Arès, ou s’attirèrent comme sous le charme d’Aphrodite. C’est sans doute cette déesse si sensible qui entraîna toutes les cadences vers la tonique. Son amant, lui, ne se plaîsait qu’aux bruits. Europe, fille ainée du roi de Phénicie, et petite-fille de l’Afrique, a été enlevée par Zeus déguisé en taureau, et ses trois frères ont pour mission de la retrouver. L’un d’eux, Cadmos, n’y étant pas parvenu, ne retournera pas alors en Phénicie, inaugurant néanmoins la civilisation européenne en alphabétisant les Béotiens. Mais pour fonder sa ville de Thèbes, dont le site lui a été indiqué par une vache, il a dû tuer le dragon d’Arès, donnant naissance à une population belliqueuse. Zeus a accordé à Cadmos la main d’Harmonie, et le trousseau de noces contient comme pièces principales une robe tissée par Athéna et un merveilleux collier forgé par Héphaïstos lui-même. Athéna et Héphaïstos ne supportent pas Harmonie, scandaleuse bâtarde parmi les Olympiens, et du collier va émaner une longue série de catastrophes. La malédiction est dans le trousseau; le scénario se répète d’une génération à l'autre. La beauté divine du collier suscite de telles convoitises qu’il entraîne dissensions, calomnies, meurtres et trahisons.C'est à cause de lui qu’échoue la première expédition des Sept contre Thèbes, ou que les fils d’Œdipe s’entretuent. On crut en avoir fini avec la malédiction lorsque les enfants d’Alcméon allèrent déposer le trousseau dans le sanctuaire de Delphes, où on put l’admirer pendant des siècles. Mais en 352, sous le règne de Philippe de Macédoine, les troubles de la"guerre sacrée" ont conduit Phayllos, un des chefs phocidiens, à commettre un imprudent sacrilège: il s’est emparé ducollier pour l’offrir à sa maîtresse. Celle-ci en a orné son enfant, qui est devenu fou, a mis le feu à la maison, et a causé la mort de l'imprudente dans l'incendie. La trace du collier a depuis lors été perdue, mais nous sommes peut-être en mesure de faire quelques hypothèses. L’irrésistible attrait de ce bijou qui ornait Europe, puis Harmonie, estlié à la violence initiale qui l’a fait créer. Tout se passe comme si, se substituant à l’image d’une Europe introuvable depuis son rapt par l’Esprit en personne, la postérité de l’asiatique Cadmos devait répéter à l’infini une erreur féconde mais fatale. Arès et Aphrodite ont choqué l’ordre divin en enfantant Harmonie. La vie du couple inspira la première tragédie lyrique de Jean-Baptiste Lully. Les récits fondateurs de Thèbes offrent un terrain de réflexion privilégié sur le rapport entre mythe et histoire. Comment ce produit de la pensée et de la culture grecques, le mythe, peut-il donc mettre en forme le passé historique de la cité et comment recrée-t-il ce passé ? Quelles déductions pouvons-nous faire sur la nature de l’histoire contenue dans les récits fondateurs ? Tels sont les centres d’intérêt de cette réflexion axée sur l’approche de l’histoire par les Thébains de l’époque archaïque, une communauté humaine et politique qui a créé du mythe en vue de s’approprier son passé. Une particularité frappante des mythes fondateurs thébains réside dans le fait qu’ils semblent bien avoir retenu des faits historiques. La façon dont ils sont susceptibles de l’avoir fait permet de les considérer ainsi comme un “genre” historique tout à fait novateur.   "L'Aurore aux doigts de roses les eût trouvés pleurant, sans l'idée qu'Athéna, la déesse aux yeux pers, eut d'allonger la nuit qui recouvrait le monde. Elle retint l'Aurore aux bords de l'Océan, près de son trône d'or, en lui faisant défense de mettre sous le joug pour éclairer les hommes, ses rapides chevaux Lampos et Phaéton, les poulains de l'Aurore. Car le divin Ulysse en cette terre n'est pas mort, il est encore vivant, mais captif de la vaste mer, dans une île des eaux, des brutes l'ont entre leurs mains,des sauvages contre son gré qui le retiennent". L’analyse doit s’appuyer sur deux mythes qui, de toute évidence, présentent chacun une forme de langage traditionnel des Thébains sur leur passé. Celui d’Amphion et Zéthos d’abord, un récit bien connu: ces jumeaux édifièrent ensemble les célèbres murailles de Thèbes, Amphion en commandant ainsi magiquement aux pierres grâce aux sons de sa lyre, Zéthos en les transportant grâce à sa force surhumaine. Ainsi les Thébains avaient-ils édifié une histoire des origines pour expliquer l’existence de remparts connus de nous pour leurs origines mycéniennes. Ce premier mythe a donc ceci d’intéressant qu’il intègre de quelque façon une réalité historique objective. Les modernes sont allés jusqu’à conclure à l’origine mycénienne du mythe et des héros et donc à un mode de mémoration de l’histoire soucieux de retenir avec fidélité ce passé mycénien. Mais il est un second cycle fondateur encore plus saisissant en raison de son aspect historique pour le moins énigmatique : celui de Kadmos. D’après le mythe, le héros vint fonder Thèbes après un long voyage depuis la Phénicie, à la recherche de sa sœur Europe. Parti de Tyr ou de Sidon, Kadmos arriva, au terme de ses errances, sur le site de la future Thèbes où il s’installa, fondant la cité avec les Spartes, guerriers nés du sol et ancêtres des Thébains. Pourquoi parler d’un aspect historique énigmatique ? Parce que ce récit frappe d’emblée pour sa vraisemblance historique lorsqu’on connaît les contacts qui ont réellement existé entre la Béotie et l’Orient. L’histoire de Kadmos a ainsi été considérée comme un événement historique véridique: elle est censée être le reflet de l’installation, durant l’époque mycénienne, d’immigrés orientaux à Thèbe où ont été retrouvés les fameux sceaux-cylindres babyloniens longtemps attribués à la venue de Kadmos. Considérer le mythe comme un récit historique fidèle revient à appliquer au mode de pensée grec une conception de l’histoire qui nous est propre : celui d’une conservation sourcilleuse des faits du passé. Le mythe de Kadmos ainsi a tout particulièrement été considéré comme un genre d’annale, ni plus ni moins.Par ailleurs, il faut davantage tenir compte de la forme de rationalité bien à part que représente un mythe, susceptible d’opérer une distorsion des faits et de l’histoire. Quand il est en outre fondateur, tel mode culturel d’expression du passé évolue dans un contexte dont les contours doivent être cernés plus méthodiquement. "Écoute donc la prédiction".     "Nous vivons à l'écart et les derniers des peuples, en cette mer des houles, si loin que nul mortel n'a commerce avec nous. Vous êtes injustes, ô dieux, et les plus jaloux des autres dieux, et vous enviez les déesses qui dorment ouvertement avec les hommes qu'elles choisissent pour leurs maris". Or, le mythe fondateur fonctionne dans un espace de pensée. Il est articulé dans une vision originale du monde faite de croyances en dieux et en héros, tous porteurs d’une approche spécifique de l’espace et du temps. Il est, de même, contextualisé dans un espace de vie: la Cité, laquelle produit du mythe suivant une orientation originale. À la Cité correspondent des besoins communautaires qui, me semble-t-il, concernent directement notre problème de mise en forme de l’histoire, car ces besoins sont susceptibles d’opérer une approche de l’histoire sous l’angle d’un vécu communautaire. Si aujourd’hui les chercheurs n’ont plus guère tendance à reconnaître une littéralité historique dans ces mythes, il reste toutefois à déployer une argumentation montrant dans quelle mesure la mémoire historique thébaine réinterprète le passé et le réinvente selon un processus culturel et historique nécessitant d’être analysé de près, d’autant que celui-ci est ainsi observable depuis l’époque archaïque jusqu’aux époques classique et hellénistique. La clé de ce processus se trouve dans les figures de héros fondateurs dont la formation historique est synonyme des mises en formes successives de leur passé par les Thébains. Le mythe d’Amphion et Zéthos semble apparu tout d’abord, celui de Kadmos ensuite. Voyons les sources homériques. Amphion et Zéthos apparaissent dans le Catalogue des Dames de l’"Odyssée" où leur primauté en tant que fondateurs est explicitement soulignée: Ulysse, venu au royaume des morts, affirme au chant XI.260-265: "Puis je vis Antiope, la fille d’Asopos, qui se vantait d’avoir dormi aux bras de Zeus. Elle en conçut deux fils, Amphion et Zéthos, les premiers fondateurs de la Thèbes aux sept portes qu’ils munirent de tours, car, malgré leur vaillance, ils ne pouvaient sans tours habiter cette plaine". La primauté homérique donnée à Amphion et Zéthos a servi d’argument pour dire que Kadmos, en tant que fondateur, fut marginalisé en raison de son origine orientale. Ce genre d’hypothèse qui rythme les débats consiste à expliquer la formation des traditions thébaines par le phénomène de propagande politique menée au moyen du mythe. Or, il semble qu’il faille attribuer la formation de ces mythes à une conception plus large du politique, celle qui est centrée sur les représentations culturelles de la Cité, créatrices de figures héroïques aux contours bien particuliers. En effet, le mythe d’Amphion et de Zéthos paraît tout droit issu d’un ensemble de conceptions homériques relatives à l’idée embryonnaire de "polis". Les murailles de Thèbes construites par les jumeaux ne se distinguent en rien d’autres "poleis" homériques, également définies comme telles à partir de leurs remparts, comme Schérie par exemple, qu’Homère distingue pour ses fortifications et ses maisons bien élevées. L’importance de telle architecture dans la littérature homérique peut se justifier par rapport aux violences contemporaines, omniprésentes à l’arrière-plan des remparts. Sur ce point, le mythe d’Amphion et Zéthos intègre un type de réalité historique propre au mode de vie des communautés du début de l’époque archaïque. Par ailleurs, la formation de tel mythe s’éclaire à la lumière des attributions que la poésie épique confère ainsi, suivant ce même contexte historique, à l’héroïsme homérique.    "Allons Achille, dompte ton cœur superbe. Non, ce n'est pas à toi d'avoir une âme impitoyable, alors que les dieux mêmes se laissent toucher. N'ont-ils pas plus que toi mérite, gloire et force ? Les hommes pourtant les fléchissent avec des offrandes, de douces prières, des libations et la fumée des sacrifices, quand ils les viennent implorer après quelque faute ou erreur. C'est qu'il y a les Prières, les filles du grand Zeus". Les héros constructeurs de murailles deviennent ainsi des fondateurs d’un genre particulier: ils prennent valeur historique aux yeux d’une communauté qui leur confère l’origine d’un espace de vie simultanément érigé en un type d’espace sacré. Tel point de vue ressort encore dans Pindare quand il fait allusion, pour désigner le lieu du mariage divin de Kadmos et d’Harmonie, non pas à l’acropole de la Kadmée mais plus globalement à "Thèbes, signe que les murs enserrent un ensemble qu’ils définissent comme sacré et comme un tout. L’action de délimiter un espace d’habitat indistinct de l’espace cultuel nous mène à une autre représentation bien connue, porteuse de la distinction d’ordre topographique et religieuse qui comptait le plus aux yeux des Grecs archaïques: celle de l’opposition existant entre la zone intérieure aux murailles et l’autre extérieure, synonyme d’une incompatibilité de nature entre deux espaces que tout sépare. Le premier, circonscrit dans les murailles, est fondamentalement apparenté à un espace d’ordre mis sous la protection des dieux, alors que le second, exposé à l’extérieur, permet le déploiement de forces effrayantes. Le chant XXI 522 sq. de l’Iliade met clairement en jeu ce genre de représentations. Achille massacre les Troyens aux pieds des remparts divins, menaçant, comme si jusqu’au vaste ciel, parvenait la fumée d’une ville en flamme. Homère dit ainsi comment le chaos lui-même menace aux portes de Troie et comment l’espace protégé des remparts est comparable à l’Olympe protégé des dieux. Ainsi, n’est-il en rien étonnant de voir que le Catalogue des Dames de l’Odyssée présente à son tour les remparts à la confluence de besoins matériels et religieux. Homère visualise la fondation-contruction des jumeaux comme une garantie contre l’anarchie, décrite dans une dimension à la fois matérielle et cosmique et implicitement révélatrice du contexte historique d’une structuration poétique, celle dont les fondateurs font l’objet. Comme création poétique, cette dernière ne se distingue guère d’une restructuration de l’histoire elle-même. En effet, ce tour d’horizon rapide permet d’entrevoir combien les figures héroïques d’Amphion et Zéthos ont été conçues suivant une logique historique et culturelle et un contexte producteur à la fois de son propre imaginaire et de sa propre histoire. On se trouve au cœur du processus culturel de mise en forme de l’histoire. Le contexte spécifique du haut-archaïsme donne consistance au passé historique au moyen de héros fondateurs qui, à partir d’une réalité historique objective, à savoir l’insécurité matérielle et politique, mettent aussitôt le passé en forme par le biais de représentations, voire de croyances religieuses.   "Boiteuses, ridées, louches des deux yeux, elles courent, empressées, sur les pas d'Erreur. Erreur est robuste, elle a bon pied. Elle prend sur toutes une large avance, et va, la première, par toute la terre, faire du mal aux humains. Les Prières, derrière elle, tâchent à guérir ce mal. À celui qui respecte les filles de Zeus, lorsqu'elles s'approchent de lui, elles prêtent un puissant secours, elles écoutent ses vœux. Celui qui leur dit non et brutalement les repousse, elles vont demander à Zeus, fils de Cronos, d'attacher Erreur à ses pas, afin qu'il souffre et paie sa peine". Parlant de discours identitaire, on notera combien l’identité thébaine, à l’époque de la popularité du récit d’Amphion et Zéthos, semble se définir de façon minimaliste: les deux héros, "malgré leur vaillance ne pouvaient sans tours habiter cette plaine" (v. 265). Dans le contexte politique extrêmement difficile palpable ici, l’identité thébaine s’avère être d’abord non-extinction. L’existence des deux figures héroïques paraît s’expliquer par une position identitaire en mal de survie, laquelle confère donc aux jumeaux un contour à la fois épique et magique. Amphion et Zéthos sont, sur le plan d’une mythologie qui façonne l’identité thébaine archaïque, les garants d’une protection de la collectivité qu’ils évoquent avec beaucoup de force, presque avec matérialité. En effet, les deux figures héroïques tendent à se confondre aux murailles elles-mêmes. Ne se comprennent-ils pas alors d’abord comme une personnification des remparts ? Cités dans une littérature plus tardive que l’Iliade, ils semblent développer avec beaucoup de maturité et dans un sens politico-religieux indéniable l’image du guerrier inébranlable diversement associé à l’efficacité des remparts. Les jumeaux donnent ainsi au passé thébain un sens attendu et culturellement normé, un sens épique: ils stabilisent l’identité thébaine, et du point de vue mythopoétique, et du point de vue philosophique, ancrant la communauté dans un espace territorial et dans un espace-temps. Ces héros, avant de retenir un passé que nous avons abusivement homogénéisé, qu’il s’agisse du référent mycénien ou de tout autre, ont d’abord pour rôle de situer dans l’espace et le temps la singularité d’une identité communautaire. Le plus curieux est qu’ils y parviennent en se faisant les porteurs d’une pensée historique effectivement structurée, mais cela ne signifie pas forcément que cette dernière le soit à partir du paramètre objectivement historique. C’est dire que le mythe, avant d’être construit à partir de réalités historiques qu’il ne retient que partiellement, est construit à partir de besoins communautaires lesquels agencent le mythe fondateur, et l’histoire avec lui, en un ensemble de représentations imaginaires cohérentes les unes par rapport aux autres. La seule cohérence d’ordre historique que l’on peut reconnaître au mythe est bien celle-là : dans l’agencement d’une structure narrative qui n’a d’adéquation avec l’histoire que dans son processus d’émergence, et non pas dans celle de coller fidèlement à des événements passés. Le rapport tangible entre histoire et mythe est uniquement valide au niveau du processus créatif de l’imaginaire qui, à un premier niveau de mise en forme de l’histoire, recourt à des catégories culturelles comme celle des héros, avant de recourir, à un second niveau de mise en forme, à une narration qui ne vaut que par la dynamisation de représentations et de croyances ou d'images au détriment des réalités totalement historiques et prouvées.   "Comme on voit un lion triompher au combat d'un sanglier puissant - sur la cime d'un mont, remplis d'un fier courage, ils ont tous les deux lutté pour une maigre source où chacun prétend boire; le lion sous sa force abat le sanglier qui péniblement souffle: ainsi le Priamide Hector, avec sa lance, de près ôte la vie au fils de Ménoetios, vaillant preux qui lui-même a fait périr tant d'hommes". Plus concrètement, le passé historique thébain est réinventé par rapport aux expériences d’une communauté confrontée aux guerres et à la peur d’un univers hors-les-murs, une vision du monde sans aucun doute proprement thébaine dont Homère se fait l’écho dans l’Odyssée. Les murailles interviennent dans ce cadre-là : non pas pour leurs valeurs objectivement historique et ancienne, mais en tant que donne appartenant au présent et susceptible d’être rattachée à des êtres dont l’action surnaturelle est forcément sacrée et sécurisante. La recréation du passé historique au moyen du mythe découle bien d’un vécu communautaire. Celui-ci différencie la mémoire thébaine archaïque de la nôtre, change fondamentalement le rapport des individus à l’histoire. Cette mémoire, et le mythe avec elle, est donc susceptible, comme genre, d’opérer une distorsion de l’histoire, retraduite selon des normes culturelles qui changent également la nature de l’histoire. Le mythe de Kadmos nous permet de préciser ces remarques. Dans le rapport certain qu’il établit avec l’histoire, il remet parallèlement en cause la valeur proprement historique du récit d’un Oriental venu s’installer à Thèbes. Cette structure narrative n’est qu’une mise en forme du passé historique thébain dont il faut comprendre la logique historique et culturelle et en cerner les enjeux. À ce titre, plusieurs traits du mythe de Kadmos appellent à commentaire. D’après le récit, le héros, une fois arrivé sur le site de la future Thèbes, commence par semer les dents du serpent d’Arès qu’il vient de tuer. De la terre surgissent donc les Spartes autochtones, tout en armes. Cette attribution guerrière paraît être ancienne car la plupart des sources insistent sur ce détail logiquement intrinsèque à des descendants d’Arès . Or, il n’est pas interdit de penser que leur parure guerrière correspond à celle des hoplites. En bref, ce genre de figure ne semble ni neutre ni étonnant dans le contexte politique archaïque. Faut-il en faire des figures contemporaines de la réforme hoplitique ? Tout porte à croire que les Spartes véhiculent un nouveau type d’héroïsme fondé sur une nouvelle pratique de la guerre et une nouvelle conscience de groupe marqué par la solidarité militaire. En d’autres mots, ils pourraient être issus d’un nouveau type d’identité communautaire émergeant à un certain moment à Thèbes. Comme pour Amphion et Zéthos, on se trouve en présence d’un récit qui rapporte, par le biais d’un certain agencement des représentations imaginaires, un passé historique. Celui-ci paraît mettre en forme des changements historiques cette fois plus strictement d’ordre sociopolitique, à l’époque du mûrissement de la "polis". Kadmos est autrement encore lié à cette évolution historique et culturelle. Comme l’indiquent la Théogonie et l’Odyssée, le héros appartient, via ses trois filles, au cycle dionysiaque. Il est également reconnu pour être l’époux d’Harmonie. Or, la déesse est une personnification bien intéressante dont la fonction politique. La déesse a-t-elle déjà un rapport avec le bon fonctionnement des institutions à l’époque archaïque ?  En tant que personnification, Harmonie rappelle également l’idéal politique vers lequel tendent les législateurs comme Philolaos. Ces hypothèses posent sans aucun doute de bonnes questions. Encore faut-il affiner la réflexion sur le plan du langage mythique qui ne saurait être vu ni comme le strict rapporteur de transformations rituelles, ni comme celui d’un simple avènement constitutionnel, car le rapport de ce langage à l’histoire ne se fait pas sans l’intermédiaire de la création poétique qui semble recomposer doublement le passé historique: sur le plan des figures comme sur celui de la structure synthétique du mythe.   "N'espère point connaître toutes mes pensées. Elles te seraient terribles, bien que tu sois mon épouse. Celle qu'il convient que tu saches, aucun des dieux et des hommes ne la connaîtra avant toi. Mais pour celle que je médite loin des dieux, ne la recherche ni ne l'examine". En effet, le mythe de Kadmos a ceci d’intéressant qu’il offre un panel variable d’expressions du langage imaginaire traditionnel qui va de l’épopée, à la personnification, celle d’Harmonie notamment. Le héros Kadmos évolue ainsi au sein d’une dimension sociale, palpable dans la connotation guerrière des Spartes, d’une dimension religieuse, lisible dans le cycle dionysiaque, et d’une dimension politique, palpable en la déesse Harmonie. Exposée ainsi, cette catégorisation, certes artificielle, renvoie pourtant à deux aspects fondamentaux de la vie communautaire grecque auxquels Kadmos se trouve être intimement li: la guerre, mise en avant par les Spartes autochtones, et le mariage dont celui avec Harmonie représente une expression idéalisée. Toutes ces représentations réunies forment donc une confluence de langages poétiques et religieux qui se trouvent bien être à la base même du récit kadméen. Autrement dit, le héros est connecté à des créations actives du langage traditionnel et semble correspondre, en somme, à une dynamisation historique du langage politique et à un changement profond de la culture politico-religieuse. Ainsi, le processus historique et culturel de mise en forme du passé se fait encore une fois par le biais d’un héros qui, à l’occasion d’une nouvelle réflexion d’ordre politico-religieuse, se complexifie, s’humanise, en même temps que se nivellent les représentations que les Thébains ont de la Cité : avec Kadmos, il semblerait que fonder Thèbes ne consiste plus tant à protéger la communauté par des murailles qu’à garantir un équilibre plus institutionnel qui est don des dieux. Ce don, qui ne dissocie pas le commandement politique et le mariage avec Harmonie est le plus explicitement rappelé par Phérécyde: "Après qu’Athéna lui eut donné comme récompense la royauté, Zeus crut sage de lui donner comme femme Harmonie". La mise en forme du passé dans de tels vers n’est pas comparable à celle de la mythographie plus tardive, car on sait les choix personnels de Pindare et la nécessité eulogistique qui est la sienne d’adapter les mythes aux destinataires de ses odes. À l’issue de siècles d’inventions et de réinventions orales, ces synthèses achèvent de recréer le passé thébain en rassemblant des représentations plus ou moins anciennes selon les cas, retenant de l’ancien ce qui sert le prestige d’une identité civique, les remparts notamment, et du moins ancien ce qui sert à répondre à de nouvelles attentes. La mise en forme narrative du mythe de Kadmos que les mythographes et les auteurs de théâtre classiques achèveront de développer n’est autre que le résultat d’une écriture politiquement orientée de l’histoire de la cité béotienne, le fruit d’une propagande athénienne. Cette dernière double l’évolution culturelle de l’idée de polis d’une hostilité de voisinage bien connue: celle d’une cité contre une autre susceptible de s’enorgueillir, comme sa rivale attique, d’une ancienneté immémoriale via le thème de l’autochtonie. Il y a dans le motif d’ancêtres thébains surgis de la terre un point d’achoppement idéologique avec le cycle d’Erichthonios à Athènes.    "Athéna d'autre part, fille de Zeus porte-égide, laissa couler sur le seuil de son père la belle robe brodée qu'elle-même avait faite et ouvrée de ses mains. Elle revêtit ensuite la cuirasse de Zeus assembleur de nuées, et s'arma pour la guerre aux larmes abondantes des armes de ce dieu. Sur ses épaules, elle jeta la terrible égide frangée, que la Terreur de toutes parts environne". En tant que fondateur politique, Kadmos pourrait jouer un rôle primordial dans tous les sens du terme, car le héros semble refléter les transformations de la perception de l’homme par lui-même, correspondre à une nouvelle définition de son humanité par l’homme, lequel envisage d’une nouvelle manière sa relation avec les dieux, avec l’héroïsme et avec les origines dans lesquelles l’histoire, finalement, s’ancre. Via le politique qui se trouve être au centre du mode de vie et de la question de la raison d’être de l’homme grec, les Thébains repensent la nature de l’homme en même temps qu’ils repensent la nature de l’histoire qui, avant d’être le temps qui passe, se singularise par son adaptabilité à un temps alors immobile. La Théogonie d’Hésiode l’exprime à sa manière quand elle introduit Kadmos, sans doute déjà doté d’un statut politique à ce moment-là, dans un logos généalogique. Le héros est cité avec toute sa famille y compris son fils Polydoros, sonnant comme une expression de légitimité du père au fils, ou de succession du fils au père. Cette généalogie, si elle apparaît à nos yeux comme une suite successive de générations et donc d’un espace temps chronologisé, n’est en fait qu’une conscience tronquée du temps qui passe. En tant que logos, son but est d’abord d’ordonner le monde et de définir la royauté, de décrire, en somme, la place de l’homme par rapport au divin. Avant de relier l’homme à l’histoire, le mythe fondateur, c’est bien connu, relie l’homme à l’origine et tisse au fond une réflexion sans alternative: il pense l’homme, ce qui passe par l’exclusion d’une pensée sur le temps et sur l’histoire laquelle se trouve vidée de tout contenu proprement historique, du sens même dont elle se dote à nos yeux. Les héros, en tant qu’intermédiaires entre les hommes et les dieux disent une limite entre deux natures et deux mondes et apparaissent comme les traits d’union entre un présent et un passé qui, au lieu d’être historique, est originel. Dans ce passé là tout reste héros et dieu. L’histoire, si elle existe, évolue dans une échelle humaine et locale et existe donc d’abord par ce que les hommes veulent y voir. Dans la Thèbes archaïque, l’histoire fonctionne dans une certaine mesure avec opportunisme. “Peithô est là” qui agit quand les besoins politiques se posent concrètement: ce sont ceux-là qui font exister le fait historique du moment où ce dernier satisfait des besoins communautaires et humains. L’histoire paraît donc d’abord devoir persuader l’homme grec de son existence même et quand elle y parvient, elle n’apparaît jamais que grâce à la poétique, triée et mise en forme. Dans la Thèbes archaïque, l’histoire s’avère donc être tout à fait congruente.   Bibliographie et références:   - Apollodore, "Bibliothèque" (III, 4, 2; III) - Apollonius de Rhodes (II,986) - P. Chantraine, "Dictionnaire de la langue grecque" - Euripide, "Le mythe de Kadmos" - Hésiode, "Théogonie" (993) - Homère, "Odyssée" - Nonnos, "Dionysiaques" (III, 375; IV, 61) - Ovide, "Métamorphoses" (III) - Pindare, "Hymne" - Platon, "République" - Platon, "Le Banquet" - Plutarque, "Vie de Lycurgue" - Roberto Calasso, "Les Noces de Cadmos et Harmonie"   Bonne lecture à toutes et à tous. Méridienne d'un soir.
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Par : le 09/05/26
Magiciennes ou mantes religieuses, les cinquantes filles de Danaos, roi d'Argos, les Danaïdes, en grec ancien "Δαναΐδες", parvinrent, grâce à leur beauté resplendissante, à charmer leurs cousins dans le but de les tuer. Après s'être querellé avec son frère Egyptos et avoir fui l'Egypte, Danaos feignit de se reconcilier avec lui et organisa une rencontre entre ses filles et ses cinquante neveux. Ces derniers, envoûtés par la séduction qui émanait des jeunes filles, les épousèrent. Mais leur nuit de noces fut fatale aux maris que, sur l'ordre de leur père, les belles Danaïdes poignardèrent en plein cœur.   Ce destin sanglant fut épargné à Lyncée, époux d'Hypermnestre, qui parvient à la ville de Lyncée. Quant aux meutrières, elles furent purifièes par Hermès et Athéna dans les eaux du lac de Lerne, puis se remarièrent à des Pélasges, donnant naissance à la race des Danéens. La légende ajoute que plus tard, Lyncée tua le père-tyran Danaos, régna à sa place puis extermina toutes les criminelles Danaïdes qui furent expédiées au Tartare et condamnées à remplir éternellement un tonneau sans fond. On dit qu'elles étaient les ancètres prêtresses de l'eau à Lerne et que trois d'entre elles appelées "Telchines" (magiciennes) donnèrent leur nom aux trois principales villes de l'île de Rhodes. Au temps de la guerre deTroie, toutes les populations grecques portaient le nom générique de Danéens, descendant de Danaos.   Le supplice des Danaïdes, qu'on retrouve dans la mythologie aryenne, symbolise un travail à la fois pénible et inutile, la prodigalité menant à la pauvreté, bref, l'insatisfaction perpétuelle. Il a inspiré une très ancienne épopée, Danïs, sur laquelle se sont basés les poètes postérieurs: Archiloque, Eschyle. En 1784, un opéra en cinq actes de Salieri obtint un très grand succès. Peintre et sculpteurs ont représenté ces magiciennes. Leur statue ornait le temple d'Apollon Palatin. On doit à Hector Leroux et Tnony Robert-Fleury, peintres de la Renaissance, les "Danaïdes aux enfers".    Le mythe s’appuie sur la légende d’Io, dont une autre tragédie d’Eschyle, le Prométhée enchaîné, nous rappelle les tribulations. On se souvient que la jeune Io, transformée en vache, parcourt l’Europe et l’Asie poursuivie par la jalousie d’Héra, et par le taon que la déesse a lancé à sa suite. Au terme d’une douloureuse équipée, elle parvient finalement en Égypte où la main de Zeus l’atteint, apaise ses souffrances et la féconde. De cette divine caresse, notre tremblante génisse va concevoir Épaphos. Apollodore fait de celui-ci le père de Libyè qui concevra à son tour Bélos, futur père de jumeaux: Danaos et Egyptos. Danaos va régner sur la Libye et son frère, Egyptos, gouvernera l’Égypte.   Mais Danaos a cinquante filles, les Danaïdes, que convoitent les cinquante fils d’Egyptos, les Égyptiades. Ces derniers demandent leurs cousines en mariage, mais elles refusent cette union et s’enfuient d’Égypte avec Danaos, poursuivis par l’essaim des prétendants. Les fuyards finissent par débarquer sur la terre natale de leur aïeule Io, à Argos. C’est ici que la légende finit et que la tragédie commence. C’est sur les rives argiennes, qu’Eschyle campe la voie des Danaïdes, fraîchement débarquées du vaisseau à bord duquel elles avaient trouvé refuge et cherchant asile et réconfort auprès des citoyens d’Argos.   Dans le deuxième récit de la trilogie, Les Égyptiens, Danaos, selon la légende rapportée par Apollodore, il est entre-temps devenu roi d’Argos a fait la paix avec les Égyptiades et leur a accordé la main de ses filles. Mais cette réconciliation n’est qu’apparente et il ordonne à celles-ci d’égorger leurs époux au cours de leur nuit de noces. Dans "Les Danaïdes" enfin,qui concluait la trilogie, Hypermnestre, l’aînée des filles, la seule qui ait désobéi à la sanglante injonction paternelle et épargné Lyncée son mari, se justifie de son acte avec à ses côtés, pour la défendre, Aphrodite, qui pour ce faire invoqueune loi supérieure au respect dû aux ordres d’un père, celle de l’Amour.   À quoi le refus obstiné des Danaïdes de l’hymen avec leurs cousins tient-il ? Pourquoi le souverain et les citoyens d’Argosse rangent-t-ils aussi aisément aux arguments des Danaïdes ? De toutes les interprétations possibles de leurs refus, la question du conflit politique supposé entre Danaos et ses neveux est de toute évidence, la moins plausible. La seule et unique raison est le refus catégorique du mariage. À ce titre, le lien de parenté existant entre Danaïdes et Égyptiades n’est pas tant un obstacle qu’il ne constitue une circonstance aggravante. C’est cette violence, d’autant moins tolérable qu’elle vient d’un parent. Les Danaïdes, comme les Amazones sont des farouches ennemies des nœuds de l’hyménée.   Après leur mort, les Danaïdes arrivèrent aux Enfers, où elle furent jugées et précipitées dans le Tartare, ce lieu terrible où les plus grands criminels expient leurs fautes en subissant des tortures physiques et psychologiques. Le supplice imposé aux Danaïdes fut le suivant. Elles furent condamnées à remplir éternellement des jarres percées. Ce mythe des Danaïdes a donné naissance à l’expression "le tonneau des Danaïdes" qui désigne une tâche absurde, sans fin et impossible à mener à son terme. La danseuse Isadora Duncan s'inspira du mythe dans une de ses chorégraphies. Apollinaire dans son recueil de poèmes "Alcools", fait référence aux Danaïdes.   Suivant le mythe rapporté par Apollodore, les Danaïdes étant purifiées de leur crime devaient être exemptes désormai sde toute punition. Mais la mythologie les représente comme condamnées dans les enfers à remplir éternellemen tun tonneau sans fond. On leur rendait des honneurs divins à Argos, on on leur avait consacré quatre puits, dont elles avaient pourvu cette ville. Suivant Hérodote, elles avaient transporté les mystères de Déméter Thesmophore d'Égypte dans le Péloponnèse, où elles les avaient enseignés aux femmes. Elles portaient aussi le nom de Bélides, de leur grand-père Bélos. Les anciens les appelaient également proverbialement, "filles de Danaüs".   Bibliographie et références: - Apollodore, "Bibliothèque" - Apollodore, "Épitome" - Eschyle, "L'Orestie" - Eschyle, "Les Suppliantes" - Euripide, "Danaïdes" - Hésiode, "Théogonie" - Nonnos de Panopolis, "Dionysiaques" - Ovide, "Héroïdes" - Pausanias, "Description de la Grèce" - Pindare, "Odes" - Stésichore,"Odes"   Bonne lecture à toutes et à tous. Méridienne d'un soir.
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Par : le 09/05/26
Athéna occupe une place singulière dans le panthéon et l'imaginaire des Grecs. La fonction guerrière, on l'a vu, la libère des rôles féminins traditionnels endossés par les autres déesses, Artémis la vierge farouche, Héra l'épouse très jalouse des maîtresses de son mari et Aphrodite, à la fois amante sensuelle et mère dévouée. La fille de Zeus présente un nouveau visage de la Femme dans la société patriarcale car elle développe avec les hommes une sorte de fraternité et instaure avec eux une égalité insolite. La bienveillance est le trait caractéristique d'Athéna. Dans les textes homériques déjà, elle semble toujours encline à délaisser les joyeux banquets de l'Olympe pour rejoindre la mêlée, afin de secourir les braves et leur apporter le réconfort de sa chaleureuse présence". Athéna ou Athéné, en grec ancien, Athéna (en attique Ἀθηνᾶ / Athēnâ), ou Athéné (en ionien Ἀθήνη / Athḗnē) est une déesse de la mythologie grecque, identifiée à Minerve chez les Romains; associée à l'origine à l'éclair et à l'orage, née en Libye selon la tradition pélasge (premiers habitants de la Grèce), où trois nymphes vêtues de peau de chèvre la trouvèrent près du lac Tritonis et la nourrirent. Selon la légende primitive, devenue adulte, Athéna tua accidentellement une de ses compagnes de jeu, Pallas. Pour perpétuer sa mémoire, elle fit précéder son nom de celui de sa camarade de jeux et fit sculpter le "palladion", statue sans pieds, haute de trois coudées, la reproduisant la poitrine protégée par l'égide, un fuseau et une quenouille dans la main gauche et une lance dans la main droite. Cette effigie devint le talisman de la ville d'Athènes où résida Athéna lorqu'elle s'établit en Grèce. Selon une autre version, le "palladium" ou "palladion", statue en bois la représentait terminée en gaine, vénérée à Troie dont elle assurait le salut, était tombé du ciel près de la tente d'Illion, lorqu'il bâtissait la ville qui portait son nom. Il était conservé précieusement dans le sanctuaire d'Athéna, ce qui n'empêcha pas Odysseus, (Ulysse) e tDiomède de le dérober. D'autres affirment que le "palladium" est resté à Troie jusqu'à la prise de la ville par les Romains. Enée l'ayant retrouvé dans les débris du temple, le fit transporter en Italie. Un "palladium" en bois doré placé dans une niche à la proue des navires protégeait les navigateurs lors des traversées maritimes. Le récit du combat amical entre Athèna et Pallas fut repris par Apollodore qui en donna une version patriarcale: Pallas y apparaît comme la sœur de lait d'Athèna, fille de Zeus, élévée par le dieu-fleuve Triton. C'est Pallas qui frappe la déesse et Zeus détourne le coup fatal en interposant son égide, sac magique en peau de chèvre qui contenait un serpent et était protégé par un masque de Gorgone. Mais une version différente d'Athèna était fournie par les prêtres de son culte: Métis était sur le point d'accoucher lorsque Zeus, son époux, l'avala. Peu après, il fut pris d'une violente migraine et Hermès persuada Héphaïtos d'utiliser son maillet pour pratiquer dans son crâne une brèche d'où sortit Athèna casquée et armée. Toujours d'après les mythes primitifs, Athèna se fit violer par Poséidon et Borée et eut une liaison avec Héphaïtos dont les fruits furent Apollon, Oychnos et Erichthonios, le serpent, auquel Athèna conféra le pouvoir de ressusciter les morts à l'aide du sang de la Méduse: symbole de la régénération car ils changent de peau chaque année, ils faisaient partie du culte d'Athèna. Les Grecs refusèrent d'admettre cette version et firent de sa virginité le symbole sacré de l'inexpugnabilité de leurs villes et devint Athéna "Parthénos", la lumineuse déesse vierge de la lune, Athéna "Ergané", la patronne des arts de la forge et de tous les arts mécaniques. Ils racontèrent que, non contente d'éconduire ses prétendants, elle punissait sévèrement ceux qui osaient la défier: Tirésias perdit la vue et Héphaïtos fut banni. Les nombreux surnoms ou épithètes qui lui furent attribués sont liés aux fonctions qu'elle remplissait ou à son apparence: "Glaukopis" aux yeux verts; "Hippia", la protectrice des chevaux; "Pronoia", personnification de la sagesse, prérogative masculine, qui explique la légende de sa naissance, ruse désespérée de la théologie pour se soustraire aux lois matriarcales; "Agoraia" ou "Boulaia", la conseillère des dieux et la médiatrice dans les conflits; "Niképhora, ladéesse victorieuse de la guerre portant le casque, la lance, la cuirasse, l'égide, le bouclier orné de la Méduse, qui affronta les plus grands dieux et les héros, et, comme elle était la préférée de Zeus, l'emportait généralement. Poséidon lui disputa la possésion d'un puits dans l'Acropole et Trézène.   "Le conflit armé est parfois l'ultime recours des hommes dont les droits ont été bafoués et le seul moyen d'instaurer une paix durable. C'est pourquoi le feuillage emblématique de la Vierge guerrière, l'olivier, que Virgile désigne comme le "rameau de Pallas", finit par symboliser la paix. Dans certaines circonstances, la guerre est un mal nécessaire et légitime. Puissante par les armes, Minerve est donc la championne des causes justes. Je ne veux ni les tendres baisers ni les caresses ni les liens du mariage ni ceux du sang. Je ne suis la femme ou la mère de personne". Lorsque les Titans, obéissant à Héra, dévorèrent Zagréos, fils de Zeus et de Perséphone, transformé en taureau, Athéna sauva son cœur, l'enferma dans une statue en plâtre, lui insuffla la vie et Zagréos devint immortel. D'autres disent qu'elle le remit à Zeus qui l'avala, concevant ainsi Dioysos. Les Titans furent frappés par la foudre de Zeus. Pour punir Ajax le petit, fils d'Oïlée, qui avait profané son temple en poursuivant Cassandre, Athéna provoqua une terrible tempête qui décima sa flotte. Bien que participant aux combats, Athéna n'était pas considérée comme une déesse assoiffée de sang, comme Arès et Eris. Elle faisait preuve de clémence lors des procès et apporta son aide aux héros de l'Attique et aux chefs grecs pendant la guerre de Troie. Ainsi, elle aida et encouragea Héraklès dans certains de ses travaux, le conseilla aussi lors de la prise de la cité de Pylos, ainsi que les Argonautes et Odysseus. En dehors de ses fonctions masculines, Athéna, assura aussi la prospérité de la Grèce en protégeant l'agriculture, inventant le joug pour les animaux de trait, la charrue et le rateau. On lui doit aussi l'importation de l'olivier de Lybie.Elle était aussi la protectrice des familles, du mariage, et enseignait aux femmes l'art de la cuisine, du tisssage et de la poterie: les plus belles poteries crétoises ont été fabriquées par des femmes. Les Béotiens lui attribuaient également l'invention de la trompette et de la flûte. Fière de ses prérogatives, l'orgueilleuse déesse ne supportait aucune rivalité. Elle transforma Arachné, la trop habile flleuse, en araignée. Le maintien de la santé était également l'une de ses prérogatives. Représentée à l'origine par une météorite, elle fut ensuite symbolisée par une statue d'origine céleste, assise sur un trône, portant l'égide et un masque de Gorgone, ou un casque orné d'un sphinx et de deux griffons.Très populaire, Athéna était adorée dans toute la Grèce, et particulièrement à Athènes dont elle était la protectrice. En son honneur, on célébrait les "arrhérophories", les "skirophories", les "panathénés" au cours desquelles sa statue était portée en grande pompe par des prêtres ou des prêtresses assistés de magistrats, cavaliers et de jeunes filles portant des branches d'olivier, arbre emblème de la déesse. On offrait des gâteaux en forme de phallus et de serpent, symbole de fécondiité et de fertilité. Athéna fut identifiée par Platon à Neith, déesse lybienne remontant à une période archaïche où la paternité n'était pas reconnue, où il n'y avait ni dieux ni prêtres, mais seulement une déesse universelle et ses prêtresses, la femme alors dominait l'homme qui était sa victime apeurée. On n'honorait pas le père car on attribuait la conception au vent, ou alors à l'ingestion de haricots ou à un insecte avalé accidentellement. Pour devenir prêtresse de Neith, les jeunes filles s'affrontaient chaque année dans des combats armés. Il est possible que son culte ait émigré en Crète avec les Libyens adorateurs de Neith, quatre mille ans avant J.C, et en Grèce continentale environ trois mille ans avant notre ère. Selon certains mythographes, elle fut probablement une Walkyrie. Un mythe crétois la fait surgir d'un nuage fendu par Zeus,dans la région des eaux supérieures (nuées), autre explication du surnom de Tritogeneia, la fille des eaux. La déesse Athéna était multiple.   "Son bras blanc a frappé sa poitrine, frappé sa pauvre tête à coups retentissants. Elle a fui. Dans les sandales d'or, ses pieds couraient, couraient ! Mais dans ses bottes mycéniennes Oreste allait plus vite ! Ma pauvre sœur, tu n'as pu l'épouser, quand je te l'avais accordée pour consacrer notre amitié. Ce lien-là entre nous ne peut plus exister. Choisis une autre femme qui te donnera des enfants. Toi qui mérite le plus beau des noms, Fidélité, pars à présent, et sois heureux". Les Romains l'assimilèrent à Minerve qui adopta ses qualités de sagesse et de patronne des arts et de la musique. La déesse Athéna inspira nombre de peintres au cours des siècles dont Botticelli, Rubens, David et Klimt. Avant de devenir la Vierge aux yeux pers avec son casque et son bouclier, Athéna était une bûche, purement et simplement, une forme humaine au stade le plus élémentaire que quelqu’un songea à installer au sommet du rocher, au centre de la cuvette de l’Attique. Et même plus tard, quand sa forme divine fut revêtue de tous ses atours, de ses spécificités et de ses légendes, les Athéniens conservèrent la bûche à l’Erechtéion où elle cohabitait avec son concurrent Poséidon qui était son oncle du côté paternel. Les Athéniens, connus pour leur goût effréné du changement, n’abolirent jamais d’institutions ni de formes tombées en désuétude. Ils les maintenaient dans la marge où elles coexistaient avec les espèces les plus évoluées. Comme on le sait, Athéna jaillit tout armée de la tête de son père Zeus. Pour le maître foudroyant de l’Olympe, les douleurs de l’enfantement prirent l’aspect d’un violent mal de tête dont Héphaïstos le débarrassa en lui ouvrant la tête avec sa hache. La grossesse résultait de l’avalement par Zeus de la mère d’Athéna dont le nom était Mêtis. C’est elle qui légua à sa fille le gène de la sagesse auquel les Athéniens attribuaient des propriétés divines, soulageant ainsi les mortels qu’ils étaient eux-mêmes de la nécessité de la cultiver. Protectrice d’Athènes, après avoir été la rivale heureuse de Poséidon, elle offrit son olivier pour remplacer le cheval de son oncle. Ensuite, elle devint la protectrice d’Ulysse, le héros le plus mal compris de la mythologie grecque ancienne. Elle fut la première à réaliser que cet homme, bien que "polymêtis" (très avisé), n’était ni un aventurier ni un explorateur. C’était juste un roi malheureux qui dirigeait un royaume tout aussi malheureux que lui et que le destin l’avait forcé à quitter contre sa volonté. Contrairement à Magellan et à Christophe Colomb, Ulysse ne nourrissait pas la moindre curiosité pour l’inconnu ni le nouveau. Il n’avait qu’un désir, qu’on le laisse tranquille, et Athéna à l’assemblée des dieux intervint résolument pour qu’ils l’exaucent. Elle prend part à la danse des vierges dures et pures qui préfèrent tisser et tricoter plutôt que de se livrer à des excès vénériens. On va jusqu’à dire que le sperme la dégoûte. Quand Héphaïstos, un prolo mal foutu mais un coureur impénitent, la prit en chasse pour la sauter puis éjacula sur sa cuisse, elle prit un bout d’étoffe de laine et fit tomber le sperme sur le sol. Le fruit de son dégoût, ce fut Erichthonios, moitié homme et moitié serpent, l’un des principaux artisans de l’autochtonie athénienne. Si Phidias fut châtié, ce fut très vraisemblablement en raison de cette coquetterie, lui qui avait érigé la statue chryséléphantine que les Athéniens avaient installée au Parthénon. A en juger d’après la copie qui en a été conservée et qui se trouve aujourd’hui au musée archéologique d’Athènes, il s’agit d’une création plutôt figée et disgracieuse qui contredit l’admiration que notre époque nourrit pour l’art classique, dans la mesure où elle figure Athéna sous les traits d’une boulotte guindée, quelque chose comme la reine Victoria en plus souriant. Les Athéniens opposés à Périclès accusèrent Phidias d’avoir volé une partie de l’or et de l’ivoire utilisés pour son édification, et quand il eut réussi à prouver son innocence, ils l’accusèrent d’avoir osé se représenter lui-même sous les traits d’un vieil homme chauve sur la face interne du bouclier. Il mourut de maladie en prison car il vivait en un temps qui croyait si fort au pouvoir de la représentation qu’il considérait l’autoportrait comme une forme d’hybris. Rien n’est plus inconstant que l’apparence d’une déesse grecque.    "C'est dans la détresse que les amis doivent venir à la rescousse. À quoi nous servent-ils quand le ciel est pour nous ? Voici, Ménélas, la seule question que je te ferai : la femme qu'il épousera, qu'elle le tue, que son fils à son tour assassine sa mère, et qu'alors le fils de ce fils exige sang pour sang, où s'arrêtera la suite de crimes ? Nos pères autrefois en ont sagement décidé. L'homme souillé de sang, on lui interdisait de paraître aux regards, de rencontrer les autres hommes. On le purifiait par l'exil, sans exiger meurtre pour meurtre, ce qui chaque fois aurait exposé un homme à la mort". Ce fut misérablement, de la peste, que mourut à son tour Périclès, l’inspirateur du monument qui fut dès lors la demeure permanente d’Athéna. Mais d’après sa copie, l’Athéna du Barbakéion, la réputation posthume de Phidias doit en apparence beaucoup aux Galates qui ont détruit, à ce qu’on dit, l’original à l’époque où ils ont pillé Athènes. Arès ne fut pas plus heureux qu’Héphaïstos. Il tenta lui aussi de se livrer à des obscénités sur la virginité de la déesse. Le résultat, ce fut que son sperme, qui n’avait pu atteindre son but, fit pousser dans la terre un grand rocher, le célèbre "Areios Pagos" (l’Aréopage). C’est là qu’Athéna parvint, avec son vote, à innocenter le matricide Oreste pour le débarrasser des Erinyes et c’est là que, bien des siècles plus tard, un Juif cultivé du nom de Paul recommanda aux Athéniens son dieu inconnu. Arès était le dieu de la guerre chez Homère. Bruyant et anarchique, il escortait sur le champ de bataille les héros indifférents aux stratégies, aux alignements, aux formations et aux colonnes. Athéna était la déesse de la guerre organisée, celle qui estime les pertes, le coût en matériaux et en bêtes et qui est menée avec des objectifs concrets, quand il n’y a plus d’autre solution. C’est la raison pour laquelle elle préférait toujours exercer son influence par la voie diplomatique, épuisant toutes les possibilités de réconciliation entre les adversaires. Athéna, en remportant la compétition face à Poséidon, gagne donc le titre de Poliade, donne son nom à Athènes et devient la déesse tutélaire de la cité (polis). En tant que Poliade, Athéna va protéger et représenter son peuple citoyen car une cité, en Grèce, c’est avant tout une communauté politique qui partage un territoire, une identité citoyenne, une constitution, des règles, des lois et des valeurs communes. Cette déesse guerrière qui fait rempart de son bouclier va ainsi proposer une protection efficace aux Athéniens. Mais l’effigie d’Athéna, frappée au flanc des monnaies ou sculptée sur les décrets officiels de la cité, nous montre qu’elle va également incarner l’identité politique de la cité. Pour les Grecs, les dieux font partie du politique et garantissent le bon respect des lois. Un extrait de Platon exprime combien Zeus et Athéna apparaissent comme des puissances de régulation car ils 'participent ensemble au gouvernement de la cité (koinônous politeias)", même si cette réflexion sur la cité idéale n’est pas une description de l’Athènes historique. Dans le mythe du Critias, Platon réitère en écrivant qu’Héphaïstos et Athéna "organisent le gouvernement (politeias)" d’Athènes selon leur volonté. Au sein du mythe de fondation qui enracine les Athéniens sur leur territoire et affiche l’identité de la cité, l’olivier occupe une place centrale. Cet arbre mythique est le signe de la puissance d’Athéna, un témoignage de sa présence protectrice et un symbole du destin de la polis. Comme une manifestation polysémique de la déesse Poliade, on a vu qu’il affiche des qualités très politiques : la fertilité, la civilisation, l’ancrage, la force indomptable, la résistance et la renaissance. S’il est un signe d’Athéna, emblème et métaphore de la déesse, il devient un symbole politique, à la fois signe de la cité et signe d’un citoyen. Entre mythe et histoire, du sol de la cité aux portes des maisons, du bouclier des guerriers aux pièces de monnaie, l’olivier incarne l’identité mythique d’Athènes. "Voici, devant la maison, le serpent parricide, l’oeil luisant d’un morbide éclat, objet de mon horreur. L'un du moins nous sera acquis, ou mourir avec gloire, ou avec gloire nous sauver".   "Contrairement à une idée reçue, la mythologie ne se réduit pas à une succession de contes et légendes, de récits d'aventures plus ou moins fantastiques avant tout destinés aux enfants. Elle représente au contraire une tentative grandiose pour apporter des réponses à l'antique question du sens de la vie, de la vie bonne pour les mortels". Notre société perçoit le phénomène de la guerre avec une distance certaine, et, parfois même, comme un véritable spectacle télévisé, tel le recrutement des femmes pour la nouvelle armée professionnelle, qui est présenté dans les médias comme un signe de l’idéal moderne de l’égalité des droits entre les sexes. Cette pratique de notre temps nous conduit à évoquer les usages et les mentalités de la Grèce antique où l’affrontement belliqueux était un trait de la vie quotidienne, dans une société où tout homme politique participait activement à la défense de l’État, et où les femmes étaient tenues à l’écart du recrutement. Mais notre société, dotée de conceptions particulièrement complexes, annulant la stricte polarité sexuelle sur laquelle reposait autrefois son organisation quotidienne préfigure l’existence de ces femmes combattantes qui bouleversent totalement et dangereusement les fondements de la relation matrimoniale : les Amazones. Pourtant, si le mythe des Amazones exaltait Athéna comme paradigme du guerrier, cette dernière, tout en incarnant la femme comme sauveur de la cité, ou mieux comme sauveur des hommes, participait comme toute allégorie à l’invisibilité politique des femmes de chair et d’os. En effet, en Grèce ancienne, Athéna et les Amazones sont les deux représentations imaginaires de la quintessence de la féminité qui se protège derrière les armes dont elles usent comme font les hommes. En raison de leur ambivalence, aussi bien Athéna que les Amazones semblent faire figure de médiatrices entre les sexes, dont l’opposition fut exacerbée par les Grecs. Athènes est indéniablement la cité d’Athéna. Chantée par les poètes, mise en image par les peintres et les sculpteurs, célébrée dans les fêtes, priée dans les institutions, apposée sur les monnaies ou les décrets de la cité, la déesse est omniprésente en terre athénienne. Mais Athéna a dû gagner son titre de déesse "politique" face au dieu Poséidon qui, lui aussi, revendiquait l’honneur de protéger la cité. Les mythes vont les mettre face à face dans une querelle qui va déclencher compétition puis partage. Car, cette "éris" athénienne n’est pas un scénario qui raconte les origines sous le signe de la violence et de l’exclusion. Ou qui contribue à créer la dissension entre dieux. Ces récits mythologiques des origines politiques sont en réalité des mises en scène privilégiées pour hiérarchiser, structurer, partager. En un mot : façonner le panthéon politique et afficher le destin de la cité. Après les partages cosmogoniques du début du monde, les dieux vont entrer dans le territoire des hommes sous le signe d’une querelle qui va cette fois les ordonner autour de la cité. Nît, Ashrat, Tanit, Athéna, chacune de ces déesses présente avec les autres de telles analogies qu'il est difficile de préciser leurs relations exactes. Il reste acquis que dès le Vème siècle avant J.-C, une grande déesse vierge et guerrière était adorée par les Libyens et que son culte semble avoir été particulièrement important dans les Syrtes, entre les pays de culture grecque et ceux sous influence phénicienne. "La déesse Athéna entra dans la tunique de Zeus assembleur de nuages, se cuirassa d'armes pour la guerre qui fait pleurer. Autour des épaules elle jeta l'égide et ses franges, une terreur que de tous côtés. Déroute couronne. Là, il y a Querelle, il y a Force et la glaçante Poursuite. Là, surtout, il y a la tête gorgonéenne du monstre prodige de Zeus qui tient l'égide". Le sage est celui qui est capable d'habiter le présent comme s'il était alors l'éternité.   Bibliographie et références:   - Apollodore, "Bibliothèque" - Callimaque, "Hymnes" - Déméter, "Les Hymnes homériques" - Eschyle, "Euménides" - Hérodote, "Histoire" - Hésiode, "La Théogonie" - Homère, "Odyssée" - Homère, "L’Iliade" - Pausanias, "Description de la Grèce" - Pierre. Chantraine, "Dictionnaire de la langue grecque" - Pierre Grimal, "Dictionnaire de la langue grecque" - Platon, "République" - Platon, "Le Banquet" - Virgile, "Enéides" - Sergio Ribichini, "La déesse Athéna"   Bonne lecture à toutes et à tous. Méridienne d'un soir.  
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Par : le 09/05/26
"Comme les vents sonores, soufflant en tempête, quand la poussière abonde sur les routes, la ramassent et en forment une énorme nue poudreuse, de même la bataille ne fait plus qu'un bloc des guerriers. Tous brûlent en leur cœur de se massacrer avec le bronze aigu au milieu de la presse. La bataille meurtrière se hérisse de longues piques, des piques tailleuses de chair qu'ils portent dans leurs mains. Les yeux sont éblouis des lueurs que jette le bronze des casques étincelants, des cuirasses fraîchement fourbies, des boucliers éclatants, tandis qu'ils avancent en masse. Il aurait un cœur intrépide, l'homme qui pourrait alors trouver plaisir, et non chagrin, à contempler telle besogne". Fille de Cronos et de Rhéa, la déesse Héra ou Héré, en grec ancien, Ἥρα / Hêra ou en ionien, Ἥρη / Hêrê, était la reine du ciel et de l'Olympe. Épouse et sœur aînée de Zeus, elle partageait avec lui la domination du ciel. Elle fait partie des douze Olympiens. Elle fut identifiée à Junon par les Romains et considérée comme la grande déesse préhellenique des phénomènes célestes dont, selon les Arcadiens, le culte était contemporain de celui de l'ancètre du Grec Pelasgos, né de la terre. Elle perdit progressivement sa dimension cosmique pour devenir le type de la femme idéale, la protectrice de la femme dans les différentes étapes de la vie, le mariage et la maternité. Elle était adorée dans tous les pays grecs comme représentant la belle saison. Primitivement adorée sous la forme d'un tronc d'arbre, d'une colonne, d'une planche ou d'un "xoanon", gaine enveloppant tout le corps. Elle fut plus tard vêtue d'une tunique et coiffée du polos. Son nom en grec signifie généralement dame. Il représente peut-être à l'origine une "Herwä" (protectrice). En sanscrit, il signifiait: "svar", c'est-à-dire, ciel. Héra était née sur l'île de Samos, ou, selon certains auteurs à Argos. Comme tous les enfants de Cronos, excepté Zeus, Héra avait été avalée par son père puis régurgitée. Dans une version rapportée par Hygin, Héra ne fut pas avalée par Cronos mais au contraire, c'est elle qui aurait sauvé et élevé Zeus en cachette. Elle se trouvait en Crète lorsque son frère tenta de la séduire en se transformant en coucou mouillé. Touchée, Héra recueillit l'oiseau sur son sein, l'oiseau Zeus la viola. Elle en conçut une telle honte qu'elle l'épousa. Ce mariage commémore les conquêtes de la Crête et de la Grèce mycénienne, c'est à dire crétoise, et la fin de sa suprématie dans ces deux pays et explique la fusion de deux cultes différents, crétois et grec. On raconte qu'à leurs noces, la Terre-Mère offrit à Héra un arbre couvert de pommes d'or dont la garde fut confiée aux Hespérides sur le mont Atlas, que leur nuit de noce dura trois cents ans et que Héra renouvelait régulièrement sa virginité. Pendant la titanomachie, elle fut élevée par Océan et Théthys ou bien elle aurait été élevée par Téménos, fils de Pélasgos, en Arcadie, ou bien par les Heures, en Eubée, ou encore par les filles du fleuve Astérion, en Argolide. Les Saisons furent ses nourrices puis elle fut élevée en Arcadie par Téménos. Zeus et Héra donnèrent le jour à Arès, Hébé, Héphaïtos et Illithye. Certains prétendirent qu'Héphaïtos fut alors conçu par parthénogenèse, c'est-à-dire, par autofécondation et que son époux soupçonneux l'attacha à une chaise mécanique qui la maintenait assise et l'obligea à jurer par le Styx qu'elle disait la vérité, légende née de la coutume d'attacher les statues divines à leur trône pour les empêcher de s'enfuir. En perdant la statue de sa déesse, la cité perdait sa protection divine.   "Ainsi que des moissonneurs, qui, face les uns aux autres, vont, en suivant leur ligne, à travers le champ, soit de froment ou d'orge, d'un heureux de ce monde, et font tomber dru les javelles, ainsi Troyens et Achéens, se ruant les uns sur les autres, cherchent à se massacrer, sans qu'aucun des deux partis songe à la hideuse déroute. La mêlée tient les deux fronts en équilibre. Ils chargent comme des loups, et Lutte, qu'accompagnent les sanglots, a plaisir à les contempler. Seule des divinités, elle se tient parmi les combattants". Son type plastique est peu caractérisé. Debout ou trônant, elle portait avec beaucoup de majesté les attributs royaux traditionnels: le sceptre et le diadème. Sa tête recouverte de voiles est le symbole du mariage. Parfois elle tenait dans l'une de ses mains une grenade, emblème de la fécondité. Le paon lui était consacré en souvenir d'Argos, dont elle prit les cent yeux, lorsqu' il eut été tué, pour les placer sur le plumage de l'oiseau. Elle était la protectrice par excellence de la femme et la déesse du mariage légitime, la protectrice de la fécondité du couple et, particulièrement avec Ilithye, des femmes en couches. Ses végétaux favoris: la grenade, l'hélichryse et le lys. Elle avait le pouvoir de conférer le don de prophétiser à un homme aussi bien qu'à un animal de son choix. Elle était aussi la protectrice d'Argos et de l'Argolide qu' elle avait disputée à Poséidon. Elle avait des temples qu'elle partageait souvent avec son époux, dans presque tous les pays grecs et tout particulièrement à Samos et Argos où se déroulait tous les cinq ans une grande fête "Héraea" en son honneur. Il y avait aussi la fête "Daedala" qui se passait tous les sept ans ou une grande fête tous les soixante ans. Gamelia, célébrée au mois de "Gamelion", fin janvier-début février, était le meilleur moment pour se marier. Ses animaux favoris: le paon et la génisse. Héra est le prototype même de la femme jalouse et rancunière qui se vengeait des constantes et humiliantes infidélités de son époux en persécutant ses rivales et leur progénitures. Les rapports de mari et femme entre Zeus et Héra sont le reflet de ceux qui existaient chez les barbares de l'âge dorien. Parmi ses victimes, on cite: Héraklès, fis de Zeus et d'Alcmène, sur le berceau duquel elle envoya deux serpents qui furent étranglés par le nouveau né; Sémélé, fille de Cadmos et d'Harmonie, mère de Dionysos, qui sur les conseils d'Héra, osa regarder Zeus dans toute sa gloire et fut foudroyée; la nymphe Io, que Zeus transforma en vache pour la protéger, mais qui fut malgré tout rendue folle par les piqûres d'un taon envoyé par Héra; Léto qui donna naissance à Apollon et Artémis. Héra, la protectrice du mariage était un modèle de fidélité. Il lui arriva toutefois d'être l' objet de l'assiduité des hommes, tels Ixion, Ephialtès ou le Géant Porphyrion qui furent rapidement chatiés par Zeus ou ses enfants.Toutefois il existe une légende où elle serait la mère de Pasithéa par Dionysos (Nonnus, Dionysiaca 31.103). Un jour, Héra abandonna ainsi Zeus, lassée par l' infidélité constante de son mari.    "Aucun autre dieu n'est là; ils sont assis, tranquilles, en leur palais, là où chacun a sa demeure bâtie aux plis de l'Olympe. Ils incriminent, tous, le Cronide à la nuée noire. Ils voient trop bien son désir d'offrir la gloire aux Troyens. Mais Zeus n'a souci d'eux. Il s'est mis à l'écart, et, assis loin des autres, dans l'orgueil de sa gloire, il contemple à la fois la cité des Troyens, et les nefs achéennes, et l'éclair du bronze, les hommes qui tuent, les hommes qui meurent". Alors sur le conseil du roi de Platée, Alalcoménée, ou Cithaeron, Zeus façonna une élégante statue en bois, il la recouvrit d'un voile et il la plaça à côté de lui sur son char. Puis il fit courir le bruit qu'il allait épouser Plataea, la fille du roi. Dès qu' Héra l'apprit, elle fut si furieuse qu'elle accourut immédiatement et renversa la statue. Mais en voyant la supercherie, elle se réconcilia avec son mari dans un grand éclat de rire. Ses attributs matériels étaient le diadème royal et le sceptre. De nombreux récits la montrent combattant les géants, troublant l' Olympe de ses jalousies et de ses querelles avec Zeus. Un jour, lassée de ses infidélités elle fomenta une révolte avec Poséidon, Apollon et tous les autres habitants de l' Olympe, sauf Hestia. Ils l'entourèrent par surprise tandis qu' il était endormi sur sa couche, l'attachèrent avec des lanières de cuir et firent cent nœuds afin qu'il ne puisse plus bouger. Il les menaça de les tuer sur-le-champ mais comme ils avaient mis la foudre hors de sa portée, ils se moquèrent de lui. Alors qu' ils célébraient leur victoire et discutaient âprement pour savoir qui serait son successeur, Thétis la Néréide, prévoyant une guerre civile dans l' Olympe, alla chercher Briarée aux cent bras qui défit promptement les lanières, se servant de toutes ses mains à la fois et libéra son maître. Elle était appelée par Homère, la déesse aux bras blancs. Comme Héra était l'instigatrice de la conspiration dirigée contre lui, Zeus la suspendit dans le ciel, une chaîne d'or attachée au poignet et une enclume à chaque cheville. Les autres dieux étaient furieux mais n' osaient pas lui porter secours malgré ses cris déchirants. Finalement, Zeus la libérera à la condition qu 'ils fassent le serment de ne plus jamais s' insurger contre lui. Ils obéirent à contrecœur. Elle favorisa des divinités ou des héros, les Argonautes et les combattants grecs de la guerre de Troie ou contrecarra d' autres. D'autres aussi furent l' objet de son courroux pour lui avoir déplu comme Pâris qui ne l' avait pas élue "la plus belle", et Tirésias qu 'elle rendit aveugle pour avoir affirmé que les femmes avait neuf fois plus de plaisir que les hommes. Mais les conquêtes féminines de son époux furent les principales cibles comme Io, Sémélé, Léto, Europe, Callisto ou leur progéniture comme Héraclès ou Dionysos. Héra en tant que reine du ciel a été très souvent représentée par les artistes grecs. À l'origine , ils lui donnèrent la simple forme d' un tronc d' arbre, d' une colonne, puis d' un xoanon. Ensuite, le type archaïque se constitua: une femme de grande stature, aux traits rigides, à la chevelure ondulée, coiffée du polos et vêtue d' une longue tunique. Les Jeux organisés en son honneur s'intitulaient les "Héraia". Au Vème siècle, Phidias et Polyclète créèrent un nouveau type pour donner à la déesse une attitude pleine de noblesse. Le mythe était ainsi né.    "Chante, déesse, la colère d'Achille, le fils de Pélée, détestable colère, qui aux Achéens valut des souffrances sans nombre et jeta en pâture à Hadès tant d'âmes fières de héros, tandis que de ces héros mêmes elle faisait la proie des chiens et de tous les oiseaux du ciel, pour l'achèvement du dessein de Zeus. Pars du jour où une querelle tout d'abord divisa le fils d'Atrée, protecteur de son peuple, et le divin Achille. Allons ! Achille, dompte ton cœur superbe. Non, ce n'est pas à toi d'avoir une âme impitoyable, alors que les dieux mêmes se laissent toucher. N'ont-ils pas plus que toi mérite et force ? Les hommes pourtant les fléchissent avec des offrandes, de douces prières, des libations et la fumée des sacrifices, quand ils viennent implorer après quelque faute ou erreur". L’irascible épouse de Zeus véhicule en depuis l’Iliade une désagréable réputation de mégère qu’elle a transmise à la cruelle Junon de l’Énéide. Les traditions mythiques l’associent aux monstres dont Héraklès doit débarasser le monde. Et pourtant, cette image négative ne correspond pas à la figure divine dont témoignent les cultes. La mégère des traditions épiques et mythiques était d’autre part la plus vénérée des grandes déesses à l’époque archaïque, celle qui fut honorée des premiers temples en dur. La déesse "aux bras blancs" rayonnait sur ses domaines particuliers, Argos, Samos, Corinthe, Platées, et sur la Grande Grèce, en particulier sur Crotone, sur Poséidonia. Elle rencontra en Italie la Junon italique et l’Astarté carthaginoise, et ce grand syncrétisme prépare dans le domaine de l’Italie méridionale et centrale la diffusion du culte marial. On l’enferme souvent dans son rôle de garante du mariage légitime. Mais sa sphère d’action est bien plus vaste. C’est avant tout, il est vrai, l’épouse de Zeus. En Argos, l’Argos assoiffée, elle garantit, grâce au "hieros gamos", le retour des pluies de printemps, donc la fécondité et la prospérité. Elle s’intéresse aux naissances, aux initiations féminines et au statut de la femme en général. Mais elle ne se cantonne pas dans ce domaine. Mère d’Arès, elle garantit la sécurité, assumant ainsi une certaine fonction militaire, symbolisée par le bouclier, et elle protège les navigateurs, à commencer par le premier d’entre eux, Jason. Elle est enfin, et surtout, la Reine, garante de la Souveraineté. Son lait d’immortalité dessine au ciel la Voie Lactée. Les fouilles des "Heraia d’Argos", de Samos, de Pérachora, de Poséidonia et de Crotone ont montré, grâce aux innombrables trouvailles d’offrandes souvent modestes et émouvantes, que la déesse était l’objet d’une vénération intense, y compris dans les couches populaires. C’est pourquoi sans doute, dans le cadre des évolutions religieuses de l’Antiquité tardive, elle a joué un rôle au moins localement, sur le territoire des cités où elle jouait un rôle dominant – dans la naissance du culte marial. Mais cet héritage va bien au-delà d’une réinterprétation locale. La continuité a été facilitée par le fait que la Vierge, en gagnant en puissance, devient elle-même plurifonctionnelle. Jeune épouse inépousée, certains de ses titres font d’elle tout autre chose qu’une "Grande Mère" confinée dans la sphère de la fécondité, même si celle-ci reste dominante. En effet, outre son statut de Mère ("christotokos", "theotokos, "theomêtôr", Mère du Christ, de Dieu), et de protectrice de la fécondité,  elle est, comme Isis et comme Héra-Junon, "maîtresse des étoiles", "miroir de la justice", "reine du ciel". Sa fonction souveraine et impériale sera développée en particulier à la cour de Byzance.    "Mérion, tu as beau être brave: pourquoi parler ainsi ? Doux ami, ce n'est pas en usant de mots injurieux que tu éloigneras les Troyens du cadavre. La terre auparavant doit garder une proie. Les bras décident à la guerre, comme les paroles au Conseil. Ce qu'il faut, ce n'est pas entasser des mots, c'est se battre. Le jour qui fait un enfant orphelin le prive en même temps des amis de son âge. Devant tous il baisse la tête: ses joues sont humides de larmes. Pressé par le besoin, l'enfant recourt aux amis de son père". C’est Pausanias lui-même qui écrit : "À la pointe de la Larisa se trouve un temple de Zeus dit Larisaios". L’épiclèse de l’Athéna honorée au sommet de l’Acropole était "Akria". Au fond, l’épiclèse de la "Vierge du Rocher" rappelle celle d’Héra. La localisation du sanctuaire d’Héra "Akraia" sur le site du couvent de la "Panaghia tou Brachou" paraît donc l’hypothèse la plus vraisemblable, mais reste une hypothèse. L’étape suivante sera sans doute plus convaincante. Pour une fois, Pausanias lève ne serait-ce qu’un petit pan du voile qui couvre les mystères. Et il nous permet d’entrevoir un lien entre d’une part le bain rituel et la virginité renouvelée, et d’autre part le rite central du "hieros gamos" de l’Héraion, qui garantit le retour régulier des pluies de printemps et la prospérité agricole. Le bain d’Héra est attesté également à Platées, à Samos, et même en Syrie. En Grande-Grèce également la continuité Héra-Vierge se révèle avec une particulière netteté. Nous ne pouvons ici qu’évoquer en quelques mots l’itinéraire d’Héra, qui à la faveur de la colonisation dont elle constitue l’une des patronnes, a rencontré les déesses italiques qui lui correspondaient, et fut vénérée par les Grecs et par les peuples indigènes, en son sanctuaire extra-urbain du Silaris, en limite de la "chora" de Poséidonia-Paestum. Son assimilation à la Junon romaine trifonctionnelle, qui dépend comme elle de l’héritage indoeuropéen, n’a rien d’artificiel. Et tout semble prouver qu’à l’avénement du christianisme, la "Madonna" a pris localement le relais d’Héra. À Paestum, les indices d’une certaine continuité religieuse sont en effet concordants. Le temple d’Athéna fut converti en église dès le Vème siècle. L’aire suburbaine consacrée à Aphrodite-Vénus a gardé le nom de "Santa Venera". L’essentiel n’est pourtant pas ici, mais sur les hauteurs de Capaccio Vecchio, qui dominent la plaine. C’est là, au-dessus du "Caput aquae", que les habitants, chassés par l’insécurité et l’insalubrité, ont trouvé refuge, pour y construire une église au VIIIème siècle. Dans l’église bâtie au XIIème siècle à côté de la précédente et pour la remplacer, une statue ancienne représente la Vierge à l’enfant tenant une grenade: c’est la "Madonna del granato" généralement considérée comme l’évidente héritière d’Héra. En fait, l’importance du fruit symbolique, qui donne son nom à la Madone locale, précisément sur le territoire de l’ancienne Poséidonia, dominé dans l’Antiquité par Héra, nous oblige à admettre une continuité. En effet, l’iconographie de la déesse, à Poséidonia comme dans les autres centres de son culte, est pour ainsi dire peuplée de grenades. À l’Héraion d’Argos, par exemple, Pausanias (II, 17, 4) a vu la grande statue chryséléphantine de Polyclète: "La statue d’Héra est assise sur un trône. Elle porte une couronne où sont sculptées les Charites et les Heures, et dans une main elle tient alors le fruit du grenadier, dans l’autre un sceptre".    "C'est Zeus qui m'envoie jusqu'ici. Il dit que tu retiens contre son gré le plus malheureux des héros qui combattirent sous les murailles de troie, Aujourd'hui il t'ordonne de le renvoyer, car son destin n'est pas de mourir sur cette île loin des siens. Les plus braves sont meurtris par le bronze impitoyable. Il est pourtant deux hommes, deux guerriers glorieux, Thrasymède et Antiloque, qui ignorent toujours que Patrocle sans reproche est mort, et qui s'imaginent que, vivant, il se bat encore avec les Troyens aux premières lignes". Quant à la grenade gardons le silence: le mythe est défendu par le secret". Comment devons-nous interpréter ce symbole ? La discrétion scrupuleuse du Périégète nous prive d’un "logos" essentiel. Il ne nous reste plus qu’à tourner autour du mystère pour en cerner les significations. Le fruit se caractérise par des traits riches d’associations: ses innombrables grains qui expliquent son nom en latin et dans les langues romanes suggèrent l’idée d’abondance, de richesse. La couleur rouge de sa pulpe et de son jus évoque le sang. Si l’on songe que le nom grec "rhoia" doit s’expliquer par l’idée d’écoulement (grec "rheô"), on entrevoit peut-être le sujet du "logos" mystérieux, en rapport avec l’écoulement du sang menstruel. Dans l’ensemble, le symbolisme de la grenade se rapporte à la féminité, à la fécondité-multiplicité, au mystère de la vie et de la mort. C’est donc tout naturellement qu’il sera passé d’une Dame à l’autre. Du reste, d’autres symboles leur sont communs: la couronne, la pomme et les fruits d’une façon générale, la colombe ou le lys. Bien sûr, faut-il le préciser ?, la Vierge, qui synthétise à la fois l’ensemble des grandes divinités féminines du paganisme et des valeurs éminemment chrétiennes, ne s’identifie pas à Héra sur le plan théologique et mythico-légendaire. La différence est évidente, puisque les forces monstrueuses, dont l’épouse de Zeus avait le contrôle, sont désormais les adversaires diaboliques de la Vierge. Ni cette différence importante, ni les élaborations théologiques, ni la profondeur de la conception proprement chrétienne de Marie, ne peuvent rien contre l’évidence de la continuité. La trop rapide étude que nous avons menée à la fois sur le terrain et dans les textes suffit en effet à démontrer, nous semble-t-il, qu’en Grèce comme en Italie méridionale la Vierge succède à Héra, comme elle succède à d’autres divinités païennes, essentiellement féminines, qu’elle synthétise. Elle ne se contente pas d’occuper mécaniquement le site ou le sanctuaire. Elle reprend à son compte une partie des fonctions de la divinité, mais il ne s’agit pas de "survivances". Nous sommes au contraire en présence d’une prodigieuse Source de Vie religieuse. Le processus que nous découvrons à l’œuvre est dialectique et créatif. Il intègre les fonctions des déesses et les fond dans un creuset religieux, où le symbolisme universel et les données du paganisme grec se croisent avec la théologie proprement chrétienne, en une synthèse profonde. "La lune se leva sur la rive orientale et ses ailes revetirent alors un éclat argenté".      Bibliographie et références:   - Callimaque, "Hymnes" - Hésiode, "La Théogonie" - Homère, "Odyssée" - Homère, "L’Iliade" - Pausanias, "Description de la Grèce" - Pierre Chantraine, "Dictionnaire de la langue grecque" - Platon, "République" - Platon, "Le Banquet" - Plutarque, "Vie de Lycurgue" - Philippe Borgeaud, "Héra, la mère des dieux" - Félix Buffière, " Les mythes d’Homère" - Jean-Claude Fredouille, "La déesse Héra" - Raymond Janin, "Constantinople byzantine" - Nicole Thierry, "Le culte de la déesse Héra"   Bonne lecture à toutes et à tous. Méridienne d'un soir. 
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Par : le 09/05/26
"Quand nous nous sommes tournés l'un vers l'autre, deux fleurs vers le soleil, nous n'accomplissions pas une prophétie, nous ne rejouions pas une vieille histoire. Nous écrivions la nôtre." Aphrodite tenait son extraordinaire pouvoir de séduction d'une ceinture magique qui rendait irrésistible celle qui la portait. Tout en étant l'image de la joie de vivre, de l'amour et de la jouissance sexuelle, la protectrice des unions légitimes est représentée avec une personnalité ambiguë voire redoutables. Elle pouvait éveiller des désirs et des passions coupables, incestueuses ou bestiales chez les dieux et les hommes. Ceux qui suscitaient son courroux étaient punis. Les mythographes lui attribuèrent étrangement comme mari le plus inouï personnage: Héphaïstos, le forgeron difforme et boiteux, infirmité qui fait de lui l'antithèse de l'amour, le pied étant un symbole phallique. En compensation, ils lui attribuèrent des dons magiques et créateurs. La légende lui attribue la paternité de Phobos, Déibos et Harmonie. Mais en réalité, Arès, le dieu de la guerre, l'amant viril et fougueux était leur véritable père. Fils de la Nuit et d'Érèbe, chargé de l'harmonie cosmique, présenté par Hésiode et les Orphiques comme l'un des éléments primordiaux du monde, Éros est un dieu créateur. On lui attribua plus tard pour père Zeus, Arès ou Hermès et pour mère Aphrodite. On le représente comme un enfant ailé, muni d'un arc et de flèches destinées à éveiller les affres de la passion chez les humains. Turbulent et malicieux, il fut cependant victime de ses propres armes quand il tomba amoureux de la belle Psyché. Le culte d'Éros remonte à la plus haute antiquité. Il était célébré en Thrace et en Béotie où tous les cinq ans, avaient lieu les Érotidies qui n'avaient rien à voir avec les brutales et chancelantes Dionysiaques. Le dieu au carquois, force primordiale dominant le cosmos, est ainsi le symbole de la passion sexuelle. Pour Hésiode, il était une pure abstraction. Les grecs primitifs le décrivaient comme une "calamité ailée." L’esthétique du beau est assuré par l’éclat de Himéros, le désir rendu visible, qui brille, de ce personnage fictif créé par le poète. Himéros est un nom du désir, le désir qui fascine et captive, éblouit et aveugle. Son nom contient le nom du dieu Éros. Himéros provient du verbe grec "himeirein", "désirer." Dans la mythologie, Himéros est un dieu, jumeau d’Éros, tous les deux présents au moment de la naissance de Vénus, la déesse de la beauté. Alors qu’Éros est l’amour commesentiment, Himéros est le désir sexuel proprement dit. Himéros n’est pas le désir en tant que manque, aspiration, videde satisfaction, mais plutôt l’état de désir, d’excitation jouissante, éros dans son assertivité, ou encore "promis au lit."Le désir érotique est un mal qui brûle dès le premier jour, un mal allumé par des séparations qui s’enchaînent, qui estattisé par la répétition de fantasmes destinés à retourner ce mal à l’avantage de celui qui en souffre. Mais cela veut-il dire que ce mal doit s’exercer aux dépens de quelqu’un ? Le désir est un mal intrinsèque. Il ne fait de mal à personne, sinon à celui qui l’éprouve, rongé par une nostalgie que rien ne soulage. Désirer ne revient pas à faire le mal, bien que cela puisse démanger un amant. Le désir lui donne ainsi ce rendez-vous du mal, qu’aucune rencontre ne devrait suivre. C’est une violence suave non adressée, sinon par erreur, lorsque celui qui souffre en impute la faute à celle qu’il désire.   "En apprenant à véritablement aimer quelqu'un d'autre, tu apprends à aimer le monde. Et toi-même, ce qui est peut-être encore plus difficile". La naissance d'un amour plonge souvent les amants dans un état léthargique, à la frontière de l'enchantement et de l'extase. La vie semble plus intense. Le temps s'arrête et se roule comme une boule de feu autour de trois ou quatre mots où se concentrent toute la douleur et toute la réalité du monde. La faute devient alors le symbole de ce mal, pourtant intrinsèque, pourtant sans rapport. Mais le mal du désir insiste dans la durée, sans répit. Et dans la longueur de son parcours historique, le centre de la peur a fini par se déplacer et par se retourner contre elle. C’est ce qui est arrivé. Le mal du désir s’est déboîté trois fois. Il est d’abord un mal intrinsèque. Il s’est ensuite trouvé une cause dans ce qu’il désire le plus, c’est-à-dire le féminin. Enfin, en désespoir de cette cause, il lui a fallu "faire le mal", comme on dit "faire l’amour." Ces déboîtements successifs du mal du désir l’ont enfoncé toujours plus avant dans son mal. Si la cause du désir fait souffrir, elle engendre déjà une inhibition du désir. Et ce mal se multiplie par deux si, pour se libérer de cette inhibition, la tentation s’impose de faire le mal à celle qui causa ce désir. Quiconque rejette la féminité la reconnaît aussitôt comme la cause d’un désir qu’il préfère ignorer, qu’il tient dans la marge, obscène, excitant. Il croit se libérer de sa fascination, alors qu’il est entraîné dans la répétition infinie de son mouvement aveugle d’exclusion. Quand bien même l’anatomie serait-elle vue de la manière la plus aveuglante, elle continue de receler un mystère. Le sexe féminin reste ainsi l’objet d’une fascination angoissée. Il annonce une altérité inquiétante dont il n’y a pourtant pas moyen de se passer, puisque c’est grâce à elle que la virilité s’affirme. Ce scandale du mal du désir se multiplie par deux lorsqu’il se renie lui-même. Le désir d’une femme peut effrayer un homme, et le contraire aussi, mais ce mouvement n’est pas symétrique. L’angoisse des hommes devant les femmes qu’ils désirent attise leur violence, et cela d’autant plus qu’ils cherchent à la surmonter en jouant aux pères. Une femme peut être effrayée par le masque violent d’un père, mais moins par un homme qu’il faut plutôt rassurer, dès que la mascarade masculine arrive à son terme.   "C'est alors que je compris: la mort était un bienfait. La mort était la seule chose qui distinguait réellement les humains des dieux. Elle donnait forme à leur vie, lui conférait un sens". Ces mots si simples qui annoncent la mort d'un être ou la fin d'un amour se chargent d'une signification que le chagrin et le désespoir poussent indéfiniment à creuser. les hommes éprouveraient une angoisse de castration devant le sexe féminin. Ou, pour le dire selon l’imagerie forte du "vagin denté", ils auraient un désir certain de donner le phallus, mais, en même temps, une toute aussi forte angoisse qu’une fois cet instrument donné, il ne leur soit pas rendu. D’où une impuissance, le plus souvent occasionnelle. En apparence, ce serait l’absence de pénis de la femme qui les effraierait. Pourtant, toutes les femmes ne provoquent pas ce genre d’angoisse. Elle ne menace un homme que devant la femme qu’il aime et qu’il désire. Il l’idéalise, faisant d’elle l’objet fantasmatique du désir du père, avec lequel s’instaurent aussitôt une concurrence et une inévitable jalousie. La femme n’angoisse un homme qu’à proportion de cette invocation du père. C’est ce dernier qui menace de castration. Tout change dans le cadre de la rivalité pour l’amour. L'amour fait sortir le sexe de son anonymat, il oblige à un choix contre un tiers, et mettant en jeu l’interdit, la jouissance qui était d’abord masturbation va prendre un autre sens. La présence du tiers est toujours implicite dans l’amour, de même que la demande d’exclusivité, et cet amour introduit sa dimension dans la sexualité. C’est à l’occasion des jeux de la rivalité pour l’exclusivité que le deux de la reconnaissance de l’autre va s’établir à partir du trois, et non plus comme c’était lecas dans le rapport narcissique au service du un. C’est à partir de l’exclusion de la troisième personne que le deux de l’altérité apparaît. La jouissance sexuelle prend alors brusquement son sens à partir de cet interdit du tiers qui ne se découvre jamais si bien qu’à l’heure de la rivalité malheureuse. Voir la rivale l’emporter, c’est voir, imaginer la scène primitive, et la souffrance de cette défaite remémore et fait comprendre la séduction qui a été subie dans le passé.   "Les Grecs ont trois mots pour désigner l'amour. Le premíer est "philia", le genre d'amour que nous désignons aujourd'hui par le terme d'amitié. Il sous-entend l'affection et se développe entre deux personnes qui apprécient la compagnie l'une de l'autre. Le deuxième est "agapè", l'amour désintéressé des parents pour les enfants, et qui désigne aussi bien tout autre lien familial. Le troisième est "éros", que l'on ne présente plus: la connexion, l'étincelle, le désir du corps de trouver son accomplissement avec un autre". Ce qui surgit dans ce temps immobile, chargé de souffrances et de larmes encore retenues, c'est un amas énorme, un afflux de questions. Elles brûlent de crever cette membrane étroite et fragile que la stupeur du moment et peut-être une ultime et déjà désespérée prudence opposent déjà à leur poussée. Une femme n’est castratrice qu’à titre de suppôt du père, et elle l’est même plus que lui, lui qui n’est jamais là. Cette angoisse est tributaire du désir qu’elle provoque. Pour faire image, même vues de loin, les femmes actualisent la castration, puisqu’elles provoquent une érection qui téléporte le phallus à leur portée, à distance de celui qui s’en croyait propriétaire. Il se retrouve désirant et castré dans le même mouvement. Ce processus aurait-il paru plus clair, si l’on avait plutôt dit que la femme désirée est la femme du père ? Peut-être. Mais cela aurait fait aussitôt penser qu’il s’agit de la mère, comme c’est le cas dans l’Œdipe. Alorsqu’au contraire il s’agit de n’importe quelle femme plutôt que de la mère, pourvu qu’elle soit désirée par une sorte de père. La vérification est facile. Dès qu’une femme ne représente plus cet idéal, dès qu’elle est ravalée, l’impuissance de son amant prend fin. L’absence de pénis féminine n’est pas le déclencheur de l’angoisse. Cette source ordinaire d’impuissance devant une femme, surtout lorsqu’elle est idéalisée, surtout lorsqu’elle est imaginée armée, déguisée en guerrier, en Vampirella, déchaîne une violence masculine, d’ailleurs susceptible, une fois qu’elle a été perpétrée, derendre sa puissance à l’impuissant. Car pourquoi prendre par le viol ce que le consentement de l’amour obtiendrait ? D’abord parce que le mal du désir brûle en contrepoint de l’amour et que la violence résout cette contradiction. L’amour est d’abord né de la simplicité de l’attachement maternel, que contredisent la séparation onaniste, puis le désir sexuel.   "Une vie plus courte devait signifier des joies plus vives. Il était comme un barrage rompu et inondant les berges, comme un homme qui se noie et cherche de l'air". La victime de ces conjurations sait bien que les réponses feront souffrir. Mais si on choisit de ne pas mourir, de survivre à ces mots qui font plus mal que tout, le besoin de savoir l'emporte sur toutes les sagesses. Le désir du féminin contredit l’amour maternel et n’importe quelle violence, morale plus que physique, tend à maintenir cette séparation. Si l’attachement à la mère s’alignait sur l’irréel de la féminité, l’amour éteindrait l’étincelle érotique. C’est le risque, dès que l’amour calme la séparation et comble le manque, non à être, mais à avoir, le phallus. La féminité est lourde de cette violence. Elle allume un contrefeu contre l’amour. C’est couramment qu’elle provoque le désir pour le refuser: "Regarde-moi, admire ma beauté, mesure ma promesse, mais passe ton chemin, Chevalier. Va chercher plus loin ton Graal." Le refus forge l’arme de sa brutalité propre, immobile, muette, pure aura sans pitié. Oui, sans le moindre geste de pitié qui anticiperait sur l’angoisse, comme une mère qui se souvient de sa propre enfance a pitié de son enfant. Le désir risque d’être inhibé par l’amour, et la violence masculine comme féminine cherche à contourner cet écueil. La violence paraît donc moins dangereuse pour le désir masculin que le consentement de l’amour. À ce motif de violence s’ajoute l’angoisse devant l’orgasme féminin. C’est une terreur presque religieuse, comme si le cri orgastique évoquait alors la chute du père primitif, au point que dans l’aire d’influence de l’une des religions monothéistes, l’excision et l’infibulation des femmes sont toujours de nos jours pratiquées.   "Pensée obsessionnelles, accélération du cœur, malaise généralisé. Tous le signes de la maladie de l'amour. Mais peut-être l'amour n'était-il pas destiné aux dieux. Après tout, l'immortalité impliquait de vivre pour toujours avec les conséquences de ses actions". Les coups une fois portés, qui arrêtent le temps dans la douleur, ne laissent rien subsister que l'horreur et le mal. Les causes psychiques de la misogynie sont le plus souvent inconscientes. Elles sont passées au second plan derrière des motifs secondaires qui ont pris toute la place. Le tabou du féminin s’est extériorisé avec beaucoup de force à travers le tabou de la virginité, la honte de la nudité, une sorte de phobie extrême du sexe féminin, et, surtout à travers une angoisse généralisée devant le sang des règles, sang de l’enfant qui ne viendra pas, d’une sorte de parricide, donc. Les règles sont sacrées, sacrifice horrifiant en l’honneur de l’idole abattue. Le père qu’il n’y aura pas de l’enfant parti goutte à goutte. La phobie du sang féminin a été d’une grande puissance. Comme l’écrit la Torah: "Le flux menstruel est une malédiction qui se transmet de mères en filles." Il conjoint l’érotisme, la procréation et la mort. La femme menstruée est impure, elle corrompt les aliments, et le si sage Aristote écrivit même que son reflet dans le miroir "dégage un nuage sanglant." Les rapports sexuels pendant les règles sont tombés sous le coup d’interdits religieux jusqu’au XVIIIème siècle. Dans "Le Marteau des sorcières", le "Malleus Malificarum" de 1486, manuel de l’Inquisition, la femme en son genre était le symbole du mal, destinée à tromper, à "priver l’homme de son membre viril." Première matérialité à laquelle le regard puisse se raccrocher devant la nudité du sexe, la pilosité féminine est l’objet d’une phobie intense, déplacée jusqu’aux cheveux. Les femmes eurent souvent la tête rasée depuis la naissance du monothéisme, avec une recrudescence sous l’Inquisition, et à la Libération en France. Encore de nos jours, au XXIème siècle, cette phobie du poil est toujours puissante au Japon.   "Parfois les âmes connectées parviennent à se toucher dans le sommeil. Le désir, après tout, trouve toujours sa cible. Dans la faible lumière d'un croissant de lune, je regardai mon foyer tomber dans la mer, s'écrasant dans l'eau comme s'il n'avait été construit qu'avec rien de plus solide que du sable". C'est un paradoxe, plus on décrit les gestes de l'amour, plus on les montre, plus la vision se brouille. En matière sexuelle, on voit bien que soi-même. Et la description érotique risque d'égarer la curiosité. "On pourrait presque dire que la femme dans son entier est taboue", comme l’écrivit Freud dans "Le tabou de la virginité." Freud ne fait d’ailleurs que répertorier des faits. Rabelais avait déjà écrit que le diable lui-même prenait alors la fuite devant une femme exhibant son sexe. La Gorgone des Étrusques sculptée sur leurs chars devait faire fuir les ennemis. Méduse ornait le bouclier de Persée. Car les hommes ont préféré faire la guerre, non seulement entre eux pour contrer leur angoisse, mais ils l’ont d’abord menée à l’aveugle contre l’ensemble des femmes, contre leurs droits politiques et économiques. Car la violence morale, répressive, physique, exercée contre l’ensemble du féminin permet de précéder et de prévenir l’angoisse. Cette violence a d’abord été théologique, contre le désir lui-même désigné comme la source du mal par le bouddhisme, et contre le féminin dans les monothéismes d’Occident. Elle a ensuite été philosophique, comme si tout l’effort de la pensée était d’oublier le plus vite possible l’hétéros, de rejeter dans un hors scène l’obscénité du désir dont elle ne traite jamais. Et elle a continué sur sa lancée avec les théories de l’objet, celles qui confondent la cause du désir et l’objet de la pulsion. Freud a pourtant été clair à ce propos. La pulsion est définitivement rejetée avec le refoulement originaire, et, en contrepoint, à l’envers de ce rejet de la pulsion dans l’inconscience du corps, à contresens d’un objet dont il n’y a rien à faire, naissent les hallucinationsde désir. Purement psychiques, elles alors cherchent à remonter le temps selon leur puissance hallucinatoire propre.   "L'amour était comme cela, visible seulement par son absence. Le doute est une graine, et une fois planté il ne peut que germer". C'est au lecteur d'admirer avec son imagination érotique ou sentimentale, les corsages dégrafés, les porte-jarretelles entrevus, que le romancier lui offre afin qu'il les agrémente à sa guise. Le meilleur livre, c'est celui qui nous donne un canevas pour reconstruire notre vie, nos rêves et nos fantasmes. Ce sexe crûment exposé, on l'emploie souvent comme cache-misère de l'indigence littéraire. Une érection est une hallucination incarnée d’un membre fantôme, d’un entre-deux du désir dont le féminin fait cause, et qui ne saurait être ravalé au rang d’objet. Comme si une femme était désirée comme on aime la confiture, ou un article de consommation prostitué. Tenace, le ravalement a poursuivi sa route comme il a pu, toujours obnubilé par la même stratégie, celle de rejeter le féminin hors scène, même de celle de l’inconscient dont il est pourtant la cause. Théologique, philosophique, politique, économique. Une fois cette ségrégation de masse installée, chaque femme a droit en supplément à son traitement particulier, en fonction de ses talents et de son charme. Plus une femme est belle, plus elle affiche les fétiches, les bijoux, les parures qui font d’elle un symbole du désir, et plus une aura de violence potentielle l’accompagne. Une femme qui veut être tranquille ne s’habille-t-elle pas le plus mal possible ? Sous le fardeau écrasant du mal du désir, les femmes n’auraient-elles pas dû disparaître ? La fascination qui couvre ce mal a-t-elle été leur seul abri, une séduction dont le rempart est fragile, et même plutôt un pousse-au-crime ? Ce rejet effrayant du féminin s’est exercé en basse continue depuis la nuit des temps dans toutes les cultures, occulté par la sorte d’aura magique de leur fascination. Le mal du désir a suivi le pli de l’exclusion du féminin. Le corps féminin occupe cette vacuité irréelle, dans la mise en creux hallucinatoire de ce désir qui la nimbe de son aura d’interdit, si excitant.   "Éris, très chère sœur, répondis-je d'une voix mielleuse, je préférerais me planter une de mes flèches dans l’œil que de coucher avec toi". Contrairement à ce que l'on croit, il ne s'agit pas d'un problème de morale. Le sexe dans sa description picturale ou littéraire pose une question qui dépasse la pudeur et la pudibonderie. Sur hauts talons, voilée, en jupe, enrobée, en pantalons serrés, le corps féminin reste pris dans ce flottement, dans ce tremblement. Bien habillée, bien maquillée, lorsqu’une femme laisse miroiter le troisième moment du devenir féminin, elle fait monter le désir en puissance, mais aussi la misogynie. D’abord celle des hommes que leur désir angoisse. Mais aussi celle des autres femmes, et enfin souvent la sienne, sous la forme d’un sentiment d’étrangeté, de méchanceté par rapport à elle-même. C’est l’heure de l’oubli des clefs, des rendez-vous ratés, des verres renversés, de la scarification ou de l’accident. C’est l’heure de tous les dangers. Se débattre avec sa propre altérité impose une gymnastique quotidienne, ne serait-ce que pour s’habiller. Une femme marchant dans la rue s’avance comme si elle séduisait, tout en s’y refusant. Car cette séduction anonyme dépersonnalise. C’est ainsi une aventure hasardeuse. Cette phobie sociale illustre la division de l’altérité féminine. Sa différence à elle-même. De sorte que lorsqu’un homme la désire, elle peut se demander à qui cela s’adresse, à elle ou à un rêve dont elle prend l’apparence et emprunte les semblants ? Elle réclamera d’être aimée pour elle-même. Cette demande rend compte de la division créée par son altérité intime. Le contretemps du désir s’appuie sur cette division.   "Mes flèches pouvaient pourrir dans un cœur blessé, se reprendre comme une affection. Ou peut-être l’amour lui-même était-il pourri depuis le départ". Images chaudes et épicées qui se superposent aux visages et aux corps. La femme apparaît alors dans l'éclairage violent de leur autre vie, celle ardente du lit, de la volupté, des étreintes. Sommes-nous dans les cris que nous poussons ou que nous suscitons dans l'alcôve ? Quelle part de nous-mêmes participe à ces coups de reins ? Nombre de femmes affichent une misogynie de leur propre féminité que cherche à contrer leur demande d’amour pour elles-mêmes. À quoi peut-il leur servir de se porter tel un bijou, sinon à être aimées en contrepoint de leur désamour propre ? La séduction devient une nécessité vitale. Une femme peut chercher à séduire activement, comme un homme, elle y gagne d’être aimée, elle qui ne s’aime pas toujours. Mais alors la chasseresse risque bien d’être prise en chasse elle-même, cette fois-ci passivement, et cela peut ne pas lui convenir. On a reconnu les virages contrastés, du oui au non, prêtés à la séduction féminine. Ce combat à front renversé se complique encore lorsqu’un homme cherche à séduire mais qu’il est finalement séduit lui-même. Sa féminité ainsi dévoilée risque bien de se traduire par une impuissance. Cela ne fera alors qu’accentuer son rejet du féminin, son angoisse, sinon sa misogynie. Cette misogynie commence avec la séduction qui précède la danse et elle atteint son maximum avec la perte de contrôle de l’orgasme. Le mal du désir joue ainsi sa partie à peu près partout, mais il reste dans la sphère d’une belligérance intime, presque silencieuse, comme une sorte de film muet qui montre la succession de ses passages à l’acte. Mais comment alors ne pas voir son extension extraordinaire ?   "Les véritables grands amants sont rarement connus du public. Ils sont trop occupés l'un avec l'autre". D'autres objets du plaisir surnagent dans la mémoire, devenus tout aussi incongrus, obsolètes et poussiéreux que les anachroniques bicyclettes de l'arrière-grand-père. La ceinture est là, racornie et craquelée, mais que sont devenues la délicieuse croupe prête à recevoir le châtiment désiré, et la jeune femme qui voulait être punie ? La folie de destruction anime les hommes en temps de guerre. Pourquoi une sorte de rage de détruire la beauté mine-t-elle aussi la paix ? L’iconoclastie, la défiguration de paysages sublimes, l’abattage inutile en masse de gracieux animaux prouvent cette passion de la dévastation. Comme si la beauté portait à son revers un appel à l’anéantissement, comme le féminin, dont la fascination taille la pierre des statues et scande la musique des poèmes, tandis qu’il est traité au quotidien comme une chose bonne à battre, comme un objet. Le féminin qualifie cette chose psychique inqualifiable, abritée par le corps incroyable mais visible qui le supporte. Ce corps improbable pris dans ce doublon supporte à la fois l’aura de la cause du désir, et l’horreur de ce qui fut rejeté. Son parfum couvre la mort par inceste, l’odeur paternelle de la charogne, ou celle de l’excrément. La subtilité d’une fragrance enivrante n’oublie jamais la senteur insupportable qu’il recouvre. Notre odeur la plus propre est tenue le plus loin possible comme la plus impropre, la plus inappropriée, la plus malpropre.   "Imagine ça ! Brûler à jamais de désir pour ce que tu ne peux avoir !" Chaque femme possède bien à elle sa manière de faire l'amour. Elle a son identité sexuelle, ses seins éprouvent desémotions particulières et son sexe est aussi singulier que l'empreinte digitale. En cristallisant la contradiction du désir, le corps féminin incarne cet oxymore, dont l’attraction engendre la répulsion. Incoercible mais coupable, le désir se déplace sans jamais s’éloigner de son port d’attache. L’odeur salée de la fente se métamorphose alors en passion du parfum. L’obscénité d’un sexe sur lequel le regard n’ose s’arrêter, s’extasie sur la beauté des jambes, ou plus haut sur les reflets des cheveux, ou sur le galbe des seins. L’obscénité crée la beauté. Le choc esthétique inverse l’instant de sidération du désir. Son charme est proportionnel à l’effroi de ce qu’il ne faut surtout pas voir, l’éclat des cheveux ou la cambrure du pied captive le regard le plus loin possible de la fente. L’obscénité de la cause du désir ressemble à l’onde de choc d’une pierre dans l’eau. De proche en proche, elle départage le monde entre sa beauté et sa laideur. La beauté féminine est d’abord une création. Elle appartient à l’irréel culturel et elle participe ensuite de la naissance de l’esthétique elle-même. Son aura inspire l’œuvre de l’artiste. Les œuvres créées naissent dans son sillage. Et si l’on repense maintenant à la folie de destruction et à la haine de la beauté, c’est comme si elle était ainsi motivée par une rage déplacée contre le féminin. Comme le féminin, la beauté demeure inaccessible et elle suscite la destruction. C’est bien sous le coup de la puissance irrésistible du désir que lorsque irréalisé, il se renie alors lui-même, passant du mal subi au soulagement de faire le mal.   Bibliographie et références:   - Romain Treffel, "Le désir selon Platon" - René Girard, "Quand ces choses commenceront" - Pierre-Christophe Cathelineau, "Le mal du désir" - Delphine Schilton, "Accomplissement du désir" - Sigmund Freud, "Théorie sur la sexualité" - Jacques Lacan, "Séminaire, Livre II" - Patrick Delaroche, "Désir du sujet" - Gérard Bonnet, "Le désir du corps féminin" - Françoise d'Eaubonne, "Vivre son corps" - Roger Perron, "Fantasmes du corps de la femme" - Jacqueline Schaeffer, "Le fil rouge du sang féminin"   Bonne lecture à toutes et à tous. Méridienne d'un soir.
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Par : le 09/05/26
"Si donc les plus estimables d'entre les philosophes, dès qu'ils ont remarqué dans les substances inanimées et privées des corps quelques traits rappelant la Divinité, n'ont pas cru devoir les négliger et les mépriser, à plus forte raison nous devons nous montrer scrupuleux lorsque dans les êtres doués de sens, de vie et d'affections nous retrouvons des ressemblances morales avec la Divinité". Nés du ciel "Nut" et de la terre "Geb", Isis et Osiris s'accouplèrent dans les entrailles de leur mère pour donner naissance à Horus, l'Apollon des grecs, symbolisant l'union des pouvoirs actif et passif de la création. Père, mère et fils constituent la célèbre triade de la religion égyptienne qui lutta contre Seth, le typhon grec, dieu du mal et des forces maléfiques de la nuit, personnification de la perversité et frère d'Osiris. Ils régnèrent sur l'Égypte, enseignèrent à leur peuple l'écriture, le tissage et l'agriculture, instituèrent le mariage tout en civilisant la terre de Kemet. Puis Osiris partit à la conquête du monde, laissant la régence du royaume à son épouse. Les victoires qu'il remporta suscitèrent la jalousie de son frère Seth qui, avec l'aide de sa femme-sœur Nephtys, déesse des régions humides, lui tendit un guet-apens au moment de son retour triomphal. Ayant pris l'apparence d'Isis, Nephtys l'attira dans sa couche sur les bords du Nil. De cette union devait naître Anubis, le gardien de l'enfer à tête de chacal qui abandonné par sa mère, fut élevé par Isis. Lorsque le roi s'endormit, Seth le tua d'un coup de trident, le dépeça et jeta ses membres dans le fleuve. Folle de douleur, Isis se coupa les cheveux, se couvrit le corps de cendre, fit construire une barque et partit à la recherche des restes de son époux surle Nil jusqu'à la côte phénicienne. Lorsqu'elle les eut rassemblés, elle cacha le corps d'Osiris sous un acacia gigantesque et se retira dans la riche région de Bouto dans la Basse-Égypte pour accoucher d'Horus. Dans la mythologie d'Héliopolis, les dieux naissent deux par deux, plutôt quatre par quatre, à partir d'Atoum qui engendre ses enfants en se masturbant. Quatre par quatre, car à chaque couple divin plutôt lumineux et bienfaisant, par exemple Isis et Osiris, va correspondre un second couple plutôt sombre, voire malfaisant, par exemple Nephtys et Seth. Les uns personnifient les forces de régénération dans la nature et la psyché, les autres en incarnent les aspects de déclin. Ici, à l'inverse du mythe fondateur biblique, le mal est d'emblée perçu comme une propriété des dieux, un aspect des archétypes et non pas, comme dans la Genèse, le résultat d'une faute humaine, voire féminine. À l'inverse aussi de beaucoup de cosmogonies, le ciel, ici, est personnifié par une déesse, Isis, rayonnante image de la nature tout entière, alors qu'Osiris représente la terre dans son aspect fertile, le Nil dans sa force féconde ou encore la lune. Nephtys, sœur d'Isis, est l'épouse de Seth ennemi juré d'Osiris. Typhon-Seth incarne les forces en chaos de la nature, l'amertume saline de la mer indomptée et les vents desséchés du désert. Nephtys, en miroir, personnifie les terres en pentes arides que l'inondation du Nil n'atteint pas. Cependant, selon Plutarque, elle demeure fidèle à Isis et aide la déesse à ensevelir son époux après que Seth l'ait tué.   "Il faut approuver non pas ceux qui adorent ces êtres en eux-mêmes, mais ceux pour qui ces êtres deviennent une occasion d'adorer Dieu. Ce sont comme des miroirs fidèles que nous offre la nature". Cette légende qui prône l'amour maternel et conjugal et le dévouement, devint l'histoire sainte de l'Égypte et donna alors naissance chez les grecs, par voie d'initiation, aux mystères orphiques et à ceux d'Éleusis. Isis et Osiris sont mère et fils, dit la légende, mais aussi frères jumeaux. Amoureux l'un de l'autre, avant même de naître, ils font l'amour ensemble dès le ventre de leur mère. Osiris devenu roi parcourt la terre, édicte des lois et répand partout la civilisation. Il persuade les peuples en les charmant par la musique et le chant. Il fait cesser les coutumes anthropophages et développe la culture pacifique du blé, de l'orge et de la vigne. Alors Typhon réunit soixante-douze complices et fait construire un coffre superbe de cinq mètres de long. Au cours d'une fête, il le promet à celui qui pourra le remplir. Osiris s'y étend. Typhon-Seth et ses complices en referment le couvercle et on jette le coffre au fleuve et du fleuve jusqu'à la mer. Après un long temps de désespoir et de recherches, Isis retrouve le coffre qui contient Osiris et le cache dans un endroit secret. Mais Seth, une nuit de chasse, le trouve, l'ouvre et découpe le corps en quatorze morceaux qu'il disperse de tous côtés. Isis, repartant dans une quête éperdue à travers le pays, réunit tous les morceaux sauf un, le pénis du dieu, mangé par trois poissons. Isis en sculpte une effigie et en fait distribuer des images partout dans les temples. Finalement, Osiris ressuscite des enfers et peut poursuivre l'éducation de son fils Horus. Isis donne naissance à Harpocrate, symbole du soleil levant, renaissant, qu'elle a engendré avec Osiris après la mort de celui-ci, lorsqu'il était encore aux enfers. Osiris règne ainsi désormais sur tous les cycles qui animent l'élan vital universel. Les Égyptiens en font le principe des métamorphoses de l'âme au cours de la vie et le garant de son immortalité lorsque le mort devient lui-même Osiris en pénétrant alors dans l'au-delà. Sous les premières dynasties, seul le pharaon est jugé digne de posséder cette qualité qui confère l'immortalité.   "Tout ce qui a vie doit être à nos yeux un instrument de cette Divinité qui préside à l'harmonie de l'Univers et d'ailleurs, disons-le comme un principe général. On ne doit jamais admettre que ce qui est inanimé, insensible, puisse l'emporter sur ce qui a la vie et le sentiment, même lorsqu'on rassemblerait tout ce qu'il y a d'or et d'émeraudes dans le monde." Isis, celle qui pleure est la figure féminine la plus connue du Panthéon égyptien. Elle incarnait le trône, siège mystérieux et sacré du pouvoir royal, elle devint par la suite la bienfaitrice universelle, dont le pouvoir s'étendait sur la terre, dans les cieux et dans le monde souterrain. C'est l'une des raisons qui expliquent la facilité avec laquelle le christianisme des commencements a séduit l'Égypte. Après des centaines d'années d'un culte voué à un dieu, soumis à une passion, mis à mort et revenant ressuscité des enfers, les Égyptiens étaient tout préparés à s'ouvrir au message du même symbole. En revanche, à trop chanter les côtés romanesques de ce dieu de la lune et de la terre humide, amoureusement mais passivement croit-on, enlacé à sa puissante épouse céleste, on affadit considérablement les forces que révéraient les peuples du Proche-Orient dans la haute antiquité. La lune n'était pas alors un satellite de la terre, un modeste miroir du soleil, comme nous le ressentons dans nos contrées nordiques depuis les astronomes de la Renaissance. Au second siècle après J.-C., Plutarque, à la suite de ses maîtres préférés Pythagore et Platon, se passionne pour la pensée mystique de l'Égypte. Bien avant la découverte d'un inconscient collectif, il affirme l'existence d'une âme du monde dont la variété des philosophies, des mythes et des cultes, ne fait que traduire les facettes innombrables d'un unique joyau. Pour Plutarque, le mythe est à la fois réel et symbolique. Il peut, dans le cas du mythe d'Isis et d'Osiris, nous parler du soleil et de la lune, de la végétation ou des flux du Nil et, en même temps, révéler, à tous les degrés du mouvement de la vie, la puissance de l'âme unique en action. Derrière la trame des amours et des luttes divines, les joies et les pleurs d'Isis, les crimes de Seth, le démembrement et la résurrection d'Osiris, c'est l'unité de l'âme qui est à l'œuvre. Une unité très paradoxale, au-delà des ombres et des lumières de la conscience, bien au-delà du plaisir et de la peine des dieux et de ce que le moi humain éprouve comme bien ou mal. La figure d'Isis était la personnification même de la nature.   "En effet ce n'est ni dans l'éclat des couleurs, ni dans l'élégance des formes, ni dans le poli des surfaces que s'imprime la Divinité et même ce qui n'a pas eu vie, ce qui n'a pas été créé pour en avoir, est d'une condition inférieure à ce qui est mort."  Dans le Tarot, elle est représentée comme la Papesse immobile, calme, impénétrable, hiératique, prêtresse du mystère. À la fin du mythe, lorsque Isis a perdu et retrouvé son frère-époux, Osiris le dieu-Nil poursuivi par Typhon-Seth, le vent brûlant du désert, leur fils Horus parvient à se saisir de Seth. Impatient de venger sa mère, il le livre à Isis, mais Isis le délie en disant qu'il n'est pas bon que le mal disparaisse de la Terre, que sans l'imperfection, la douleur et le deuil, la nature cesserait de croître, de décroître et d'évoluer. L'âme, comme Osiris, a besoin de mourir pour devenir, et la nature privée de son ferment diabolique, selon Isis, risquerait de susciter un mal bien pire que le dieu Seth, un carnage absolu. Car l'amertume de la mer, attribuée à Typhon, est aussi le sel de la terre qui pollue les puits mais conserve les aliments. Horus, nous dit Plutarque, est l'atmosphère qui entoure le monde terrestre lequel n'est jamais totalement affranchi de la corruption et de la génération, qui forment le mouvement de la vie. Horus, incapable, comme nous le sommes souvent, d'accepter cette dure leçon de sagesse, pris de fureur, arrache le bandeau royal d'Isis et même, dans une autre versiondu mythe, la décapite. Hermès-Thot la ressuscitera, en lui donnant le visage et les cornes de vache de la déesse Hathor, la déesse de la vie érotique, l'Aphrodite égyptienne à laquelle on l'identifiera par la suite. Isis, l'amoureuse déesse éplorée en quête de son frère amant, est aussi à la fin du mythe, l'image, la personnification de la source irreprésentable de la divinité, de l'archétype, au-delà de toutes les catégories de la perception humaine dans l'espace-temps de la vie. Principe d'une lumière qui contient les ténèbres, d'un sens qui accueille et transcende le non-sens, elle est ce vide essentiel, dans lequel s'accomplit la conjonction des opposés, après chaque passion et chaque sacrifice en nous, chacune des morts symboliques que comporte un trajet d'individuation. Le mythe d'Isis se fond plus tard dans celui de la nymphe-vache Io.   "Au contraire une substance qui vit, qui voit, qui a en elle-même un principe de mouvement, qui discerne ce qui lui convient et ce qui lui est étranger, a reçu, à n'en pas douter, une part, une émanation de cette Providence par qui, selon l'expression d'Héraclite, est gouverné le grand Tout." Isis avait pour attributs le ciste, la croix ansée, le globe, le palmier et le vautour, symbole du pouvoir des mères célestes.Tandis que la chrétienté, entée sur les mythes juifs et grecs, développe son essor patriarcal, l'alchimie, quant à elle, va, dans le secret de ses oratoires et laboratoires, recueillir et faire fermenter les valeurs que l'esprit nouveau réprime pour mieux asseoir son empire. Chaque cycle de civilisation, à sa naissance, agit ainsi comme un jeune roi impétueux qui, pressé de régner et d'imposer son style, néglige les palais et les temples de son enfance, voire les détruit purement et simplement. Les amours incestueuses d'Isis et d'Osiris seraient bien lointaines pour nous dans le temps si l'alchimie occidentale n'en avait conservé le souvenir vivant et opératoire. Elle fait des jumeaux divins des principes actifs dans la mutation de la "materiae prima" des passions en pierre philosophale, en élixir de sagesse, comme Jung l'a montré au cours de ses années de recherche, d'interprétation des textes alchimiques. Ceux-ci, depuis l'antiquité égyptiennej usqu'à l'Europe du XVIIème siècle, forment une véritable pré-psychologie et nous transmettent, aujourd'hui, les images des dynamismes à l'œuvre dans la psyché inconsciente occidentale au cours des trente derniers siècles. L'éros indique la tension vers l'autre, l'inceste l'attrait pour le même. L'éros incestueux est une belle trouvaille symbolique pour exprimer la tension vers la réunion de composantes différentes dans la même psyché, dans un même sujet, dont l'axe moi-soi se forge au rythme des différentes séparations et conjonctions. Dans leur quête vers l'un, soulignera Jung, les formes de civilisation à leurs débuts ont posé l'inceste comme sacré, ne devant être mis en acte que par des souverains, symboles vivants de la réalité de l'âme. Le pharaon épouse ainsi sa sœur, c'est-à-dire son anima, son double kantien et spirituel.   "Aussi la Divinité n'a-t-elle pas moins sensiblement imprimé sa ressemblance dans de telles natures que dans les ouvrages de bronze et de pierre. Il est vrai que ces derniers peuvent reproduire aussi le mélange des teintes et la combinaison des couleurs, mais ils sont, par nature, privés de sentiment et d'intelligence."  Apulée, qui fut initié aux mystères de la déesse la décrit comme la mère de la création, l'ancêtre primitive des ombres.Témoins des valeurs oubliées, dans l'alchimie, en place du roi et de la reine, on rencontre souvent Osiris et Isis. Isis, mère première et finale, eau de sagesse sophianique, quintessence ou encore rusée déesse, qui arrache les secrets du dieu Ra, son père vieillissant, ou se refuse coquettement à l'ange Amaël, là aussi, pour lui soutirer le savoir qu'il détient. Après le furieux combat dans lequel Horus, principe solaire de l'ordre, coupe les testicules de Seth, la passion chaotique, qui l'a aveuglé, tous deux sont soignés par le dieu lunaire Thot. Isis délie Seth, Osiris ressuscite et, sur ce happy end, survient un "kaïros", "un moment juste", favorable à l'évolution de l'art sacré, c'est-à-dire de l'alchimie. Dans l'alchimie, les kaïros jouent un rôle extrêmement important. Ce texte date approximativement du Ier siècle après J.-C., mais treize siècles plus tard, un savant comme Paracelse, considère toujours que, pour progresser dans les secrets de la matière ou pour soigner quelqu'un, il faut que la constellation astrologique du moment soit en résonance avec le but recherché. Ainsi, Isis qui veut connaître de l'ange ce qui concerne la fabrication de l'argent et de l'or, les stades les plus précieux de la pierre sacrée, doit-elle attendre que les passions se soient apaisées, sous la forme d'Horus et Seth, et que le principe de conscience Osiris ait ressuscité pour marcher dans son œuvre. Son œuvre qui n'est autre que les transformations qu'elle opère sur son frère époux Osiris, dont Isis représente plutôt l'aspect stable, actif et solaire, c'est-à-dire supérieur.    "Car Isis est un mot grec, de même que Typhon; celui-ci est l’ennemi de la déesse. Dans l’orgueil que lui inspirent l’erreur et l’ignorance, il dissipe, il détruit la doctrine sacrée qu’Isis recueille et rassemble avec soin, qu’elle communique à ceux qui, par leur persévérance dans une vie sobre, tempérante, éloignée des plaisirs des sens, des voluptés et des passions, aspirent à la participation de la nature divine." Le culte de la déesse s'étendit jusqu'aux frontières du Rhin et fut institué en Grèce au IVème siècle avant J.C, à Rome au IIIème siècle avant notre ère. Dans l'analyse, les moments de séparation et de réunion psychique semblent souvent se produire en fonction d'un mystérieux "moment juste", où se déclenche soudain un mouvement, une progression ou un apaisement des conflits, un lâcher prise des résistances. L'analyste fatigué ou en régression dans son propre parcours constate souvent que, peu à peu, tous ses analysants se bloquent et regimbent d'une manière ou d'une autre. Lorsque le flux de la libido commence à dépasser l'obstacle, qu'Osiris ressuscite, il constate que le processus de croissance se réactive aussi chez ses analysants. Ou encore parfois, blessé, irrité ou bloqué par les circonstances de la vie, l'analyste entendra, à deux ou trois reprises dans sa journée, le message d'un rêve ou un commentaire de la part de l'un de ses consultants qui, bien entendu, ignore tout de ce qui l'occupe. Cette étincelle du dedans, venue par le dehors apparent, suffit alors souvent pour réanimer la flamme du sens et le sourire intérieur. Les vicissitudes du lien amoureux entre Isis et Osiris sont l'image d'alternance de systoles et diastoles, du mouvement de respiration, au sein du lien transférentiel, au rythme des "moments justes" et moins justes. On se déprime avant chaque nouvel élan psychique mais aussi avant chaque nouvelle réalisation créatrice, une période d'examen, par exemple, un article ou une promotion professionnelle, voire une nouvelle saison sentimentale. Osiris est en même temps son propre cercueil et la suffocation qu'il y endure.    "Tout en pratiquant et en observant les prescriptions des cérémonies sacrées, soyez convaincue que ce qui est le plus agréable aux Dieux c'est que l'on ait sur leur compte des idées vraies, et que nul sacrifice, nulle offrande ne saurait les charmer davantage. De cette manière vous éviterez un mal non moins détestable que l'athéisme, je veux dire la superstition." Ces représentations constituèrent à la fois la base de l'enseignement des sages de l'antiquité et celle des analystes de l'époque contemporaine. La conscience, déprimée dans la phase de décomposition, doit accepter de s'introvertir au maximum, jusqu'à toucher l'énergie brûlante des désirs ou des complexes refoulés, désirs trop infantiles, libido clivée du moi par les traumatismes de l'enfance, ou encore énergies encore enfouies d'un archétype. Ce n'est qu'après une longue pérégrination analytique à la rencontre des blessures et des souffrances du passé, de la sphère de feu contenue dans le sous-sol de la personnalité, que l'énergie vitale, l'eau de la vie, peut remonter réanimer la conscience. Osiris a suffoqué tout le plomb jusqu'à la prochaine phase de dépression créatrice. Comme le plomb dégage, en brûlant, des fumées fortement toxiques qui peuvent empoisonner l'utilisateur inexpérimenté, les alchimistes croyaient tout naturellement quele plomb renfermait un démon qui rend fou. Comme chacun le sait, lorsqu'on se sent déprimé, on se sent le cœur lourd comme du plomb, tout figé et suffoquant d'ennui devant le jour qui s'avance. Mais pour la psychanalyse, comme pour l'alchimie, ce n'est qu'en descendant jusque dans les enfers à la rencontre du tombeau d'Osiris, à condition de ne pas y rester prisonnier à son tour, que de nouvelles conditions peuvent émerger, tel un nouveau lien entre le moi et le soi. "La vie a mis sous sa main son eau et son vent, son herbe et tous ses troupeaux, tout ce qui vole et tout ce qui se pose."   "Dans les cérémonies qui se pratiquent aux funérailles d’Osiris, ils coupent du bois, dont ils font un coffre qui a la forme d’un croissant, parce que la lune a cette forme lorsqu’elle se rapproche du soleil et qu’elle disparaît à nos yeux. Les quatorze parties dans lesquelles Osiris est coupé, marquent, selon les auteurs de cette explication, le nombre des jours pendant lesquels la lune décroît depuis son plein jusqu’à la néoménie". Pour l'analyser et comprendre sa portée allégorique, il faut replacer le mythe dans le contexte. Il a été perpétué afin de justifier les alliances consanguines au temps de l'ancienne Égypte et des civilisations nubiennes. En effet, la plupart des pharaons épousaient leur demi-sœur ou des cousines. L'inceste légal s'avère ainsi exceptionnel jusque dans les familles pharaoniques. Il n'y a guère que la dernière dynastie, celle des Ptoléméens, qui se croit obligée de l'appliquer à la lettre, sans doute parce qu'elle a beaucoup à se faire pardonner. Osiris, dans l'alchimie, est bien sûr un analogue du Christ. Comme lui, il subit sa passion, est mis au tombeau, descend aux enfers et revient ressuscité. Mais là où la Passion du Christ s'effectue en fonction du Père, pour monter trôner à la droite du Père, la passion et la résurrection d'Osiris se fait tout entière au service des valeurs du féminin mutilées par l'église officielle. Car Isis, sœur lumineuse et secourable, est aussi le tombeau obscur dans lequel gît Osiris tout le temps de sa passion. La lumière du sens inclut les épreuves qui affligent l'âme et font douter du sens. Isis est tout autant la partie consciente que la partie encore inconsciente de la création. Accepter le temps de l'épreuve allume une lumière au sein de la nature elle-même qui, a besoin de l'œuvre de réflexion humaine pour se parachever, passer ainsi de l'excès du chaos à l'équilibre et à la mesure des contraires. Les grands créateurs sont souvent de grands orphelins. En eux, le jardin merveilleux, les fleurs d'or et les amours magiques du soleil et de la lune demeurent bien vivants. Mais recentrés dans le champ du symbole, dans le territoire de la psyché, ils éclairent et fécondent le monde du réel. Alors la terre, embrassée par le rêve, produit de beaux fruits de conscience.   Bibliographie et références:   - Camille Aubaude, "Le mythe d'Isis et d'Osiris" - Françoise Dunand, "Isis, mère des dieux" - Aude Gros de Beler, "La mythologie égyptienne" - Plutarque, "Isis et Osiris" - Dimitri Meeks, "Mythes et légendes" - Florence Quentin, "Isis l'éternelle" - Alain Verse, "Manuel de magie égyptienne" - Nadine Guilhou, "Aux origines de l'Égypte" - Claire Lalouette, "Textes sacrés égyptiens" - Erik Hornung, "Les dieux de l'Égypte" - Christian Jacq, "L'Égypte ancienne"   Bonne lecture à toutes et à tous. Méridienne d'un soir.
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Par : le 09/05/26
Fille de Cadmos et d'Harmonie, qui séduite par Athamas, roi de Béotie, Ino en grec ancien, Ἰνώ / Inố, de ἴς, ῑ̓νός / ís, ínós, "force", lui donna deux fils, Léarchos et Mélicerte. Mais Athamasavait eu de sa femme Néphélé, fantôme qu'il avait façonné à l'image d'Héra, deux fils, Phrixox et Leucon, et une fille, Hellé. La nymphe Ino obtint que Phrixos soit immolé à Zeus afin de mettre fin à une famine qui ravageait le pays. Héraklès survint à temps pour arrêter le sacrifice, un bélier d'or descendit de l'Olympe, et emporta Phrixos et Hellé vers la Colchide. Mais en traversant le détroit séparant l'Europe de l'Asie, la jeune fille, prise de vertige, tomba à la mer. Depuis lors, le détroit s'appelle l'Hellespont. Ino s'enfuit avec Mélicerte, pour tenter d'échapper à la vengeance d'Athamas et se jeta à la mer du haut des roches Scironiennes et se noya. Zeus la divinisa, ensouvenir de sa bonté envers Dionysos. Elle devint alors la déesse marine Leucothéa. Ino était l'une des filles de Cadmos, fondateur de Thèbes. Elle épousa le roi de Béotie Athamas. Celui-ci, de sa première femme, Néphélé, la Nuée qu'il avait répudiée, avait eu deux enfants, Phrixos et Hellé. Ino eut à son tour deux fils, Léarque et Mélicerte. Mais, jalouse des enfants de la première épouse, elle résolut de les faire disparaître. Ino persuada les paysannes de faire griller secrètement les grains de blé qui devaient servir de semence. Les semailles se révélèrent catastrophiques, Athamas fit consulter l'oracle de Delphes. Mais Ino suborna le messager, et celui-ci rapporta que la disette ne cesserait que si le roi sacrifiait les enfants de son premier lit. Athamas se disposait à exécuter la sentence lorsqu'un bélier ailé à la toison d'or, envoyé par Zeus chargea les deux jeunes gens sur son dos et les emporta dans les airs. Mais voici que la sœur d'Ino, Sémélé, que Zeus avait aimée, succomba, à l'instigation d'Héra, avant de mettre au monde le fils du dieu, Dionysos. Ino recueillit l'enfant, à la grande fureur d'Héra, qui frappa le couple royal de démence: Athamas égorgea son fils Léarque et Ino se précipita dans la mer, tenant contre elle Mélicerte. Les Néréides eurent pitié de la reine. Elles la prirent dans leur demeure et, sous le nom de Leucothée, la Blanche, Ino devint une divinité bienfaisante de la mer. Les Romains l'honorèrent sous le vocable de Mater Matuta et son temple fut édifié sur le Forum boarium. Ino est une déesse marginale dans la mythologie grecque. Elle intervient dans des cultes à Poséidon, vénérée par les marins grecs comme une mère protectrice. Son culte se poursuit plus tard chez les romains. Son rôle auprès d'Ulysse est un peu celui-ci. Elle lui apparaît sous la forme d'une mouette sortant de l'océan. Elle le rassure et lui conseille de quitter son radeau que Poséidon va détruire. Elle lui donne un voile à nouer autour de sa poitrine comme une bouée. Il devra le jeter à la mer une fois sur le rivage. Ino repart comme elle est venue et Ulysse suit exactement ses conseils afin d'arriver en Phéacie. Le mythe d'Ino ressemble à d'autres mythes de mortelles ou de nymphes déifiées pour leur piété. À leur mort, elles changent de noms. Ino est devenue Leucothée. Sa légende est admirable. Ino est la fille de Cadmos, roi de Thèbes, et d'Harmonie, la sœur de Sémélé et la nourrice de Dionysos, fils de Sémélé et de Zeus. Elle épouse le roi Athamas, qui a déjà deux enfants. Elle a deux fils avec Athamas et cherche à nuire au premier fils d'Athamas en brûlant toutes les semences de blé. Elle soudoie le serviteur chargé de consulter l'oracle de Delphes, à propos de ce désastre. Il faut sacrifier l'enfant pour lutter contre la famine. Juste avant le sacrifice, apparaît un bélier à toison d'or. Il enlève le jeune garçon et sa sœur et les amène en Colchide. Ino s'enfuit avec ses enfants pour échapper à la colère d'Athamas. La colère d'Héra aveugla Ino et Athamas qui tua l'un de ses fils en le prenant pour un cerf. Ino ébouillanta son fils Mélicerte et se jeta à la mer avec son cadavre pour échapper à Athamas. A la demande de Dionysos, Ino et son fils devinrent immortels sous les noms de Leucothée et de Palémon. Ino apparaît comme une pièce rapportée à la suite du rituel d'intronisation que constitue la boucle solaire effectuée par Ulysse. Elle fait charnière avec les Phéaciens. Elle apparaît comme l'antidote à la colère de Poséidon. Elle apparaît quand Poséidon apparaît, c'est à dire lorsque Ulysse s'est suffisamment éloigné d'Ogygie et du soleil.   "Comme il disait, le Messager aux rayons clairs se hâta d'obéir: il noua sous ses pieds ses divines sandales, qui, brodées de bel or, le portent sur les ondes et la terre sans bornes, vite comme le vent; il saisit la baguette dont tout à tour il charme le regard des humains ou les tire à son gré du plus profond sommeil et, sa baguette en main, l'alerte dieu aux rayons clairs prenait son vol, et, plongeant de l'azur, à travers la Périe, il tomba sur la mer, puis courut sur les flots, pareil au goéland qui chasse les poissons dans les terribles creux de la mer inféconde et va mouillant dans les embruns son lourd plumage". Elle marque avec Poséidon le retour d'Ulysse dans le panthéon traditionnel grec et, plus particulièrement, dans le panthéon des marins grecs. En effet, tous les temples où apparaît Ino-Leucothée sont côtiers et d'abord dédiés à Poséidon. Ils sont fréquentés par les marins et sont entièrement tournés vers la mer. S'il fallait un contre-poids à la colère de Poséidon, Ino est présente ainsi qu'Athéna. S'il fallait de la douceur et de la compassion, Athéna n'est pas bien placée pour en donner, seule Ino est capable de d'humanité. Comme l'apparition du cerf marquait l'entrée dans un panthéon différent du panthéon grec, archaïque, confectionné par Homère à partir de légendes étrangères, de religion crétoise ou hittite, de symboles glanés ici et là, l'apparition d'Ino-Leucothée, comme une mouette sortant de la mer, marque le retour d'Ulysse dans son univers. Quel meilleur accueil pour lui que cette déesse protectrice des marins ? Elle va l'aider contre Poséidon et lui permettre d'effectuer son retour. Pour un marin grec, Ino est la déesse à prier en cas de malheur. Elle est à sa place. Quelle curieuse construction que cette boucle solaire voulue par Homère. Les divinités semblent encore une fois attachées à leur territoire géographique selon la conception hittite. Ils n'ont rien d'universel. Incidemment, les rituels comme la morale en vigueur sont différents. Cette boucle est une incursion dans l'altérité, poussée au-delà d'une excursion lointaine puisqu'elle remonte aussi le temps vers des pratiques ignorées des grecs, probablement faites de légendes et de racontars de marin. Enfin, il y a le voile donné à Ulysse.Ce voile remplace les vêtements merveilleux donnés par Calypso. Ils appartiennent à un autre monde et gardaient Ulysse enveloppé dans une chrysalide insupportable. Les conserver aurait provoquer sa noyade. Les quitter lui donne une chance de renaître à son monde. C'est effectivement l'impression ressentie quand il atteindra la terre et jettera le voile à la mer: celle d'une renaissance précédée d'un séjour dans un liquide amniotique protégé par le voile comme un placenta reliant Ulysse à Ino-Leucothée. Telle est la légende admirable de la déesse Ino devenue Leucothée. Les femmes antiques que nous appelons "héroïnes" aujourd’hui n’étaient pas nécessairement qualifiées de la même façon par les Anciens. Le terme désigne en français une femme remarquable par son courage exceptionnel, mais aussi le personnage principal féminin dans une action réelle ou fictive. Étudier la figure de l’héroïne dans l’Antiquité place la question de la définition au centre des investigations. Andromaque est une "héroïne" dans le sens moderne du terme. Est-elle qualifiée comme "héroïne" dans la littérature et les inscriptions ? Fait-elle l’objet d’un culte ? Pour le savoir, il faut analyser la façon dont elle est nommée et sa caractérisation dans les mythes où elle intervient. Seules ces étapes permettraient de conclure. Ino secourt Ulysse, au moment où il quitte l'île de Calypso, alors que Poséidon se déchaîne sur le héros, elle lui donne un voile qui le protège de la mort et lui permet de rejoindre le rivage. "La prudence, jointe à la valeur, triomphe toujours des plus grands obstacles".   "Nous avons, mes amis, connu bien d'autres risques ! peut-il nous advenir quelque danger plus grand qu'au jour où le Cyclope, au fond de sa caverne, nous tenait enfermés sous sa prise invincible ? Pourtant, même de là, n'est ce pas ma valeur, mes conseils, mon esprit qui nous ont délivrés ? La reine descendit. Quel trouble dans son cœur ! Elle se demandait si, de loin, elle allait interroger l'époux ou s'approcher de lui et, lui prenant la tête et les mains, les baiser". Dans les sources écrites, le féminin de "hêrôs" apparaît tardivement, au début de l’époque classique. Est-ce à dire que les Grecs ne connaissaient pas d’héroïnes avant le Vème siècle ? Certes non, et plus particulièrement chez Homère. Homère est le premier à évoquer des "hêrôes". Le lien entre les cultes héroïques, leur développement et la poésie épique homérique, a fait l’objet de discussions serrées. Jusqu’ici les archéologues et historiens ont cherché dans les textes d’Homère des preuves de l’existence des cultes héroïques, afin d’évaluer le rôle de ces textes dans le développement des cultes. Leur essor correspond en effet à l’époque où la tradition épique s’est fixée. Il s’agissait de déterminer si Homère connaissait ces pratiques ou si la diffusion de l’épopée avait contribué activement au développement des cultes héroïques. L’historien peut être surpris du relatif silence d’Homère sur ces pratiques qui connurent au VIIIème siècle un développement exceptionnel. Mais ce phénomène est lié à la nature même de l’épopée. La poésie épique constitue une forme de "mnêma". Elle contribue à cultiver le souvenir du héros par les improvisations et récitations. En mettant en scène les héros du passé, elle exclut toute allusion directe aux cultes héroïques, car elle fait un choix parmi les meilleurs des héros et les fait vivre. La place des femmes dans les pratiques cultuelles héroïques de la période géométrique n’a pas fait l’objet d’une analyse d’ensemble, et ce probablement pour plusieurs raisons. La première, et peut-être la principale explication tient au caractère proprement anonyme d’un certain nombre de ces cultes. Comment distinguer une héroïne d’un héros quand l’identité des bénéficiaires des cultes est impossible à préciser ? Cette identité genrée avait-elle une quelconque importance ? L’anonymat de certains cultes de héros se maintient à l’époque classique comme en témoignent les calendriers attiques, mais désormais le héros est distingué de l’héroïne. Il est aussi possible que "hêrôs" ait suffi à définir un personnage de héros, sans distinction de genre. On sait notamment qu’en grec "déesse" se dit "theos" précédée de l’article féminin ou "thea". Comment y démêler la place des femmes et peser l’importance en termes de genre ? Enfin, dans bien des cas et tout particulièrement pour les sépultures mycéniennes auxquelles un culte est rendu à l’âge du Fer, il est bien souvent impossible de déterminer le sexe du ou des occupants. Mais les Anciens le pouvaient-ils eux-mêmes ? La distinction de genre dans les pratiques funéraires est rare ou difficile à établir.  Les fouilles archéologiques ne permettent pas toujours de préciser la part qu’occupent les femmes dans les tombes auxquelles un culte était rendu et l’archéologie du genre n’en est qu’à ses débuts. La particularité de certains de ces cultes héroïques repose cependant sur la primauté de la figure féminine, déesse locale avant de devenir, dans un second temps, héroïne: pour Hélène, cette distinction est rendue visible par l’existence de deux lieux de culte près de Sparte. La déesse est honorée à Therapnè, et la femme du héros Ménélas à Platanistas. La déesse précède le héros dans les cultes et l’héroïne n’apparaît que dans un second temps. "Dis-moi une partie de ces choses, Déesse, fille de Zeus. Ino est silencieuse".   "De même qu’un lion facilement met en pièces les jeunes faons d’une biche rapide, lorsqu’il les a saisis avec ses fortes dents après avoir pénétré dans leur gite, et leur enlève leur délicate vie. La biche alors, si proche qu’elle soit, ne peut les secourir, car une frayeur terrible l’envahit, et elle s’élance éperdument à travers les fourrés des forêts et des bois, halète et ruisselle, pressée par l’élan du fauve redoutable". Dans l’Iliade et l’Odyssée trois objets d’analyse sont à notre disposition. Il y a l’épithète "aristos", associé à "hêrôs", qui sert à caractériser le héros homérique et plus généralement à distinguer des guerriers. Si "hêrôs" n’est jamais employé pour une femme, certaines sont dites "les meilleures". Dans le registre de l’héroïsme homérique s’établit donc une équivalence marquée entre les exploits masculins et les qualités physiques féminines. L’association de l’épithète et de la formulation "dia gynaikôn" va dans le même sens. "Aristê" qualifie toujours une ou plusieurs jeunes filles dans un contexte de mariage. Ces femmes dites les plus belles peuvent être considérées comme des héros au féminin, plutôt que proprement des héroïnes. Comme elles ne sont pas désignées par un terme générique, l’appellation "héros au féminin" est plus neutre et permet de souligner qu’une catégorie propre n’est pas encore en place, même si ces femmes remarquables sont qualifiées comme des héros. Laodice, Cassandre ou Alceste sont filles de héros et de roi et leur perfection physique leur permet d’acquérir un statut social spécifique qui confirme et renforce le prestige de leur origine (ce dont témoigne le mariage mis en valeur). Péribée est dans une situation légèrement différente: elle est fille de héros mais fut surtout la maîtresse de Poséidon. Son fils Nausithoos est un héros au sens de demi-dieu. Autre élément d’analyse, femmes et filles d’"aristoi" sont considérées comme une catégorie particulière de femmes exemplaires et elles sont énumérées comme telles dans la "nekuya". Au cours de cet épisode, Ulysse entre en contact avec l’au-delà et rencontre un certain nombre de personnages défunts, dont des femmes, dans le passage qu’on appelle traditionnellement et de manière abusive le catalogue des héroïnes. Elles représentent un second aspect de l’héroïsme au féminin chez Homère. En effet, elles sont mortes et sont singularisées par leur appartenance à la lignée des héros. Le passage homérique est encadré par deux formules qui précisent le statut des femmes évoquées: au vers 227, "les femmes et filles des meilleurs", et au vers 329, "les femmes et filles de héros". L’Odyssée propose donc ce qui a été interprété comme une première liste d’héroïnes présentées d’emblée selon les critères familiaux. L’épisode occupe une place réelle dans l’économie de l’action et du chant XI. En XI, 328, en clôture, Ulysse explique: "Je ne pourrai toutes les raconter ni les nommer". Sans prétention à l’exhaustivité, il présente les femmes et filles qu’il a le plus facilement identifiées et auxquelles il parle. La rencontre avec les morts est motivée par les prédictions de Tirésias qui révèlent à Ulysse la conduite à tenir et une partie de l’avenir (de façon tout à fait illusoire, puisque les compagnons d’Ulysse mangeront les troupeaux du soleil malgré l’interdiction du devin). Les personnages rencontrés au cours de l’épisode sont des morts en relation avec Ulysse. Elpénor est un compagnon mort par accident et sans sépulture. Les quatorze femmes nommées dans la suite jouent un rôle dans l’équilibre de la "nekuya". Leur apparition se place entre le dialogue avec Anticlée, femme d’Autolycos et mère d’Ulysse.    "Il touchait au cadavre quand le brillant Hector le frappa d'une pierre à la tête. Toute la tête se fendit en deux sous le casque pesant. Face en avant, sur le cadavre, il tomba, et la mort briseuse d'âmes se répandit autour de lui. La perte de son ami fut à Patrocle une rude douleur. Ce fut lui qui vint ici jadis chercher les chevaux de Laomédon et, avec six nefs seulement et un petit nombre d’hommes, sut ravager la ville d’Ilion et vider d’hommes ses rues. Mais toi, ton cœur est lâche et ton monde périt. J’imagine que tu ne seras pas venu de Lycie pour être d’un secours quelconque aux Troyens, si fort que tu sois, et qu’au contraire tu vas, dompté par moi, passer les portes d’Hadès". L’épisode donne une sorte de concentré de l’image de la femme dans l’épopée. Dans cette brève énumération, la structure repose sur un jeu d’opposition et de complémentarité: la jeunesse/la vieillesse, les hommes/les femmes, les jeunes mariés et les jeunes vierges, les jeunes vierges et les guerriers tombés au combat. Deux hypothèses permettent d’expliquer la présence des femmes : dans un premier temps, elles nourrissent la parole d’Ulysse. Quand Ulysse accepte d’évoquer les héros, il s’appuie sur le rôle des femmes dans le destin de ses compagnons de la guerre de Troie: "C’est en plein retour que, par la volonté d’une femme maudite, ils allaient succomber" (Od. xi, 384) dit-il à Alkinoos, puis il enchaîne en reprenant son récit là où il l’avait laissé: "Donc les femmes s’étaient dispersées çà et là" (385). Les femmes constituent un élément de cohérence narrative supplémentaire. Elles rendent possible l’étape suivante que constitue la rencontre avec les héros troyens, puis ceux du passé. Le récit de la vie de certaines femmes, quand il est développé, permet aussi d’amorcer la suite du passage et la rencontre avec certains héros. Il y a aussi les femmes remarquables des épopées car elles jouent un rôle dans le "drama", mais ne sont pas à proprement parler singularisées comme héros au féminin. S’agit-il d’une troisième catégorie d’héroïnes homériques ? D’une certaine manière, des paires peuvent se retrouver qui les associent à un héros et c’est en ce sens qu’elles peuvent rejoindre "les femmes et filles de héros". Si Achille est bien le meilleur des Achéens, Hélène est, de part la tradition, la plus belle des femmes. Comme les héros, les femmes des épopées n’ont reçu des cultes que de façon très marginale et dans un contexte davantage lié aux cultes locaux qu’à une influence directe des épopées. Ino était une princesse de Thèbes et l'épouse du roi Athamas de Béotie dans la mythologie grecque. Elle aida à élever Dionysos, le dieu du vin, mais le mythe le plus célèbre qui lui est associé est sa descente dans la folie et le destin tragique de sa famille. Après avoir perdu la raison et sauté d'une falaise avec son fils Melicerte, Ino et son fils furent sauvés par sa grand-mère Aphrodite, et le dieu de la mer, Poséidon, qui les transforma en la déesse de la mer Leucothée et le dieu de la mer Palémon. Dans l'Odyssée d'Homère, (vers 750 av. J.-C.), Leucothée sauva le héros grec Ulysse après que Poséidon eut déclenché une violente tempête. Selon Apollodore (vers 180 av. J.-C.), le dieu Hermès amena un nouveau-né, Dionysos, à Ino et Athamas pour qu'ils s'occupent de lui. Hermès les persuada de l'élever en tant que femme. Héra, furieuse qu'Ino s'occupe de Dionysos, envoya Tisiphone, l'une des Furies, pour faire sombrer Ino et Athamas dans la folie. Une fois Ino et Athamas rendus fous, Zeus emmena Dionysos chez les nymphes nysiennes. D'autres versions du mythe affirment que ce furent les nymphes nysiennes qui élevèrent Dionysos dans un premier temps avant de le laisser aux bons soins d'Ino et Athamas. Lorsque parut la fille du matin, l'aube aux doigts roses.   "Ce fut lui qui vint ici jadis chercher les chevaux de Laomédon et, avec six nefs seulement et un petit nombre d’hommes, sut ravager la ville d’Ilion et vider d’hommes ses rues. Mais toi, ton cœur est lâche et ton monde périt. J’imagine que tu ne seras pas venu de Lycie pour être d’un secours quelconque aux Troyens, si fort que tu sois, et qu’au contraire tu vas, dompté par moi, passer les portes d’Hadès". Une autre tradition veut que Sémélé et le bébé Dionysos aient été placés dans un coffre par son père Cadmos et aient été envoyés en mer. Le coffre s'échoua à Prasiae (Brysées), où l'on découvrit que Sémélé était morte. Ino passa devant le coffre au cours de ses voyages, trouva son neveu vivant et en bonne santé, et le prit en charge pour l'élever dans une grotte voisine. Penthée était le fils d'Agavé et le neveu d'Ino, qui connut une fin horrible aux mains de sa propre mère et de ses tantes Ino et Autonoé, qui l'assassinèrent dans une frénésie dionysiaque après que Penthée eut refusé d'adorer Dionysos. "Aie pitié de moi, mère; oui, c'est moi qui suis coupable, mais ne tue pas ton fils." Elle, l'écume à la bouche et roulant des yeux hagards, n'a pas les sentiments qu'elle doit. Elle est possédée du dieu, elle n'écoute pas son enfant. Elle prend son bras gauche dans ses mains et, un pied sur le flanc de l'infortuné, elle le lui arrache de l'épaule, non par sa propre force, mais le dieu lui donnait l'aide de sa toute-puissance. Inô, de l'autre côté, fait de même, lui déchire les chairs. Autonoé et toute la foule des Bacchantes s'acharnent sur lui. (Euripide, "Les Bacchantes"). L'histoire de la descente d'Ino et d'Athamas dans la folie diffère selon l'auteur et la source. Selon Ovide (43 av. J.-C. à 17 ap. J.-C.), dans ses "Métamorphoses", Tisiphone, l'une des Furies, aurait, sur ordre d'Héra, jeté deux serpents et une potion venimeuse sur Ino et Athamas, ce qui les aurait rendus fous. Ino se jeta du haut d'une falaise dans la mer avec son fils Melicerte dans les bras, tandis qu'Athamas frappa leur autre fils, Léarque, contre un mur jusqu'à ce qu'il meure. Aphrodite, la grand-mère d'Ino, demanda à Poséidon de sauver sa petite-fille et de transformer Ino et son fils en créatures marines. Apollodore donne plus de détails dans sa version du mythe. Il écrit qu'avant son mariage avec Ino, le roi Athamas avait eu deux enfants avec la déesse des nuages Néphélé. Ino détestait ses beaux-enfants et conçut un plan pour s'en débarrasser. Elle s'arrangea pour que les récoltes soient mauvaises, obligeant Athamas à consulter l'oracle de Delphes. Ino intercepta son messager et le soudoya pour qu'il dise que le seul moyen d'assurer la reprise des récoltes était de sacrifier le fils d'Athamas, Phrixos. Athamas se prépara à sacrifier son fils, mais Néphélé descendit en piqué et les sauva, lui et sa sœur Hellé. Apollodore écrit également qu'après avoir été rendue folle par Héra, Ino jeta Melicerte dans un chaudron bouillant avant de sauter dans la mer avec lui. Tandis qu'Athamas, en proie au délire, chassait Léarque, croyant qu'il s'agissait d'un cerf. Selon une autre version, le roi Athamas fut exilé de Béotie et fonda une communauté en Thessalie. Il épousa la princesse thessalienne Thémisto, et ensemble ils eurent Érythrios, Leucon, Schénéus et Ptoos. Thémisto voulait se débarrasser des enfants d'Athamas et d'Ino, mais elle finit par tuer accidentellement ses propres enfants. Athamas devint fou et tua le fils d'Ino et le sien, Léarque, ce qui poussa Ino à se jeter dans la mer. Après qu'Ino soit devenue folle et ait sauté d'une falaise avec son plus jeune fils Melicerte dans les bras, Aphrodite eut pitié de sa petite-fille et supplia alors Poséidon de les sauver.    "La divine Calypso m'a retenu près d'elle, dans ces grottes profondes, pour que je devienne son époux. L'artificiel Circé ma elle aussi retenu dans son palais afin que je devienne son époux. Mais jamais, au fond de moi, mon coeur il n'y a consenti. Car il n'est rien de plus doux pour un homme que sa patrie et sa famille, quand même quand il habite une riche demeure située loin de chez lui, en terre étrangère". Poséidon transforma Ino en déesse de la mer, connue sous le nom de Leucothée ("la déesse blanche"), et Melicerte en dieu de la mer, connu sous le nom de Palémon. Les fidèles d'Ino avaient suivi ses traces de pas jusqu'au bord de la falaise. Sachant qu'elle était probablement morte, ils crièrent leur chagrin pour la funeste maison de Cadmos. Ils maudirent également Héra pour sa cruauté et plusieurs d'entre eux menacèrent de suivre Ino dans la mer. La réponse d'Héra fut de transformer ce groupe de pleureuses en mouettes qui volent encore aujourd'hui au-dessus de la mer Ionienne. Le mythe le plus célèbre associé à Leucothée est son sauvetage du héros grec Ulysse. Poséidon avait déclenché une énorme tempête qui s'était abattue sur Ulysse, accroché au radeau qu'il avait fabriqué. Leucothée émergea des vagues et ordonna à Ulysse d'abandonner son radeau et de nager. Mais Ulysse est aperçu par la fille de Cadmus, la belle Ino, qui, mortelle autrefois, parla le langage des hommes, et qui maintenant, sous le nom de Leucothée, partage sous les flots les honneurs dus aux dieux. Cette déesse prend pitié du héros errant sur la mer et souffrant mille douleurs, semblable à un oiseau plongeur, elle s'élance du gouffre des eaux, elle se place sur le radeau d'Ulysse et lui adresse ces paroles: " Malheureux ! pourquoi Neptune est-il si violemment irrité contre toi ? Pourquoi te prépare-t-il des maux si grands et si terribles ? Non, malgré son désir, il ne te perdra pas ! Fais ce que je vais te dire. Quitte tes habits, abandonne aux vents ton radeau, et, gagne, en nageant avec force, le pays des Phéaciens où le destin veut que tu sois sauvé. Puis entoure ta poitrine de ce voile sacré, et désormais tu n'auras à craindre ni les souffrances, ni la mort. Lorsque tes mains auront touché la plage, détache ce voile, et jette-le loin des rives, dans la mer ténébreuse, en détournant le visage"(Homère, Odyssée). Leucothée tendit à Ulysse son écharpe et lui dit qu'elle était immortelle, et l'avertit de la rejeter à la mer une fois qu'il aurait atteint la terre ferme. Il nagea avec acharnement et finit par atteindre la terre des Phéaciens avec l'aide d'Athéna. Ino et Leucothée faisaient l'objet d'un grand culte dans toute la Grèce. Dans sa "Description de la Grèce", Pausanias (115 à v. 180 de notre ère) écrit qu'en Attique, sur la route du Prytanée (lieu de réunion du gouvernement), un monticule était dédié à Ino, sur lequel poussaient des oliviers. Il affirme que les habitants de Mégare étaient les seuls en Grèce à croire qu'Ino avait échoué sur leurs côtes et qu'ils furent les premiers à l'appeler Leucothée et à lui offrir des sacrifices. Les habitants de l'Attique croyaient également que la Roche molourienne était sacrée pour Leucothée et son fils Palémon. À Corinthe, une statue de Leucothée se trouve dans le temple de Palémon, ainsi qu'une statue de Poséidon. Sur la route de Léchaion à Corinthe se trouvaient des sculptures d'Hermès, de Leucothée, de Poséidon et de Palémon sur un dauphin. En Laconie, un petit lac était appelé l'Eau d'Ino par les habitants, qui y jetaient des pains d'orge lors de la fête d'Ino. Un hymne orphique est également consacré à Leucothée, où elle est encore considérée comme une déesse vénérée et comme la plus grande sauveuse des mortels.   Bibliographie et références:   - Apollodore, "Bibliothèque" - Apollodore, "Épitome" - Eschyle, "L'Orestie" - Eschyle, "Les Suppliantes" - Euripide, "Danaïdes" - Hésiode, "Théogonie" - Hésiode, "Travaux" - Homère, "Odyssée" - Nonnos de Panopolis, "Dionysiaques" - Ovide, "Héroïdes" - Pausanias, "Description de la Grèce" - Pindare, "Odes" - Pindare, "Pythiques"   Bonne lecture à toutes et à tous. Méridienne d'un soir.
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Par : le 09/05/26
"Chante, déesse, la colère d'Achille, le fils de Pélée : détestable colère, qui aux Achéens valut des souffrances sans nombre et jeta en pâture à Hadès tant d'âmes fières de héros, tandis que de ces héros mêmes elle faisait la proie des chiens et de tous les oiseaux du ciel, pour l'achèvement du dessein de Zeus. Pars du jour où une querelle tout d'abord divisa le fils d'Atrée, protecteur de son peuple, et le divin Achille. C'est Zeus qui m'envoie jusqu'ici. Il dit que tu retiens contre son gré le plus malheureux des héros qui combattirent sous les murailles de troie, Aujourd'hui il t'ordonne de le renvoyer, car son destin n'est pas de mourir sur cette île loin des siens". Fille de la Nuit et de l'Erèbe selon Hésiode, d'Océanos ou de Zeus selon d'autres auteurs, Némésis,en grec ancien, Νέμεσις / "Némesis", fut à l'origine de la déesse de la vengance divine. Mais à partir du VIème siècle avant J.C, on la considéra comme la gardienne de l'ordre universel, responsable de la morale, l'instrument de la justice assurant une juste distribution des faveurs divines. En effet, les dieux étaient jaloux de la prospérité excessive ou du bonheur insolent des hommes qui tentaient de rivaliser avec eux. Ces heureux mortels devaient, pour se faire pardonner, leur offrir des sacrifices ou soulager la misère de leurs concitoyens. Némésis intervenait lorsque ces conditions n'étaient pas remplies etl es ramenaient à la raison et à l'humilité. Némésis fut désiré par Zeus et, pour lui échapper, se métamorphosa plusieurs fois: en castor, en poisson, puis en oie, mais à chaque fois, il changea de forme et s'unit à elle. Leur union produisit un œuf qui fut confié à Léda et d'où naquirent Hélène et les Dioscures Castor et Pollux. Elle fut populaire en Asie Mineure et en Grèce, et le concept philosophique de Némésis fut vénéré à Rhadamonte où, avant la bataille de Marathon, le commandant des Perses souhaitait édifier un trophée en marbre blanc célébrant sa victoire en Attique, mais dut se retirer ayant subi une défaite navale à Salamine. On utilisa le marbre blanc pour sculpter une statue de Némésis qui personnifia ainsi la vengeance divine et non plus, le plus juste décret du drame de la mort figuré par ses transformations saisonnières. Elle était représentée avec une couronne décorée de cerfs, tenant dans une main une branche de pommier et dans l'autre, une roue. Cette roue était à l'origine de l'année solaire, comme dans la structure du nom de sa réplique latine, Fortuna, celle faisant tourner l'année. De sa ceinture pendait un fouet, autrefois employé dans les flagellations destinées à féconder les arbres et à fertiliser les champs de blé. Parfois, elle tenait la main droite sur la bouche, conseillant aux hommes la discrétion et la modération. Elle était honorée dans un sanctuaire archaïque de Rhamnonte en Attique, où elle était une fille d'Océan. Elle y est alors appelée "Rhamnousia", la déesse de Rhamnonte. Pausanias remarqua sa statue iconique avec une couronne de cerfs et des petites Nikê, fabriquée par Phidias après la bataille de Marathon (490 av. J.-C.) à partir d'un bloc de marbre de Paros que les Perses présomptueux avaient apporté avec eux, pour en faire une stèle commémorative après leur victoire qu'ils considéraient comme acquise. Un rituel appelé Nemesia, identifié par certains avec le Genesia, se tenait à Athènes: Il s'agissait d'un office pour les morts, afin de tenterde leur éviter la "némésis" des morts, censée posséder la puissance de punir la vie si son culte avait été négligé. Selon la mythologie grecque antique, Nemesis est la déesse de la vengeance et du châtiment. Si une personne a commis une mauvaise action, elle veillera à ce que le châtiment lui soit imputé. La mère de Nemesis était la déesse de la nuit de Nykta, elle l'a mise au monde en punition à Kronos. D'autres divinités apparurent avec Nemesis: Eris, la déesse de la discorde; Thanatos, le dieu de la mort; Apata, la déesse de la tromperie et enfin Hypnos, le dieu des rêves sombres.Souvent, à côté du nom de cette divinité, le nom Adrastea est mentionné, ce qui se traduit par inévitable. Cela est apparunon par hasard, mais dû au fait que le destin de chacun est inévitable, nous sommes tous, tôt ou tard, redevables de nos actes. La déesse Nemesis est appelée à suivre l'ordre du monde, le cours des événements, afin que personne ne tente de changer son destin, qui est prévu par les forces supérieures. Le nom de la divinité est associé au mot "nemo", qui se traduit par "justement indigné". Ses représentations sont multiples.   "Et le patient et divin Odysseus, joyeux de voir ce lit, se coucha au milieu, en se couvrant de l'abondance des feuilles. De même qu'un berger, à l'extrémité d'une terre où il n'a aucun voisin, recouvre ses tisons de cendre noire et conserve ainsi le germe du feu, afin de ne point aller le chercher ailleurs. De même Odysseus était caché sous les feuilles, et Athènè répandit le sommeil sur ses yeux et ferma ses paupières, pour qu'il se reposât promptement de ses rudes travaux. Non tu n'es pas mon père Ulysse !Un dieu cherche à me tromper pour augmenter mon chagrin". Elle était peinte sur des mosaïques, des amphores anciennes et d'autres objets. Dans ses mains, il y avait toujours des écailles et d'autres symboles qui personnifiaient l'équilibre et la juste colère: fouet, épée et bride. Derrière elle se trouvaient des ailes, un char était nécessairement présent, qui était attelé par des griffons féroces. Elle était souvent représentée avec avec son bras plié au coude, qui symbolisait l'unité temporaire en tant que mesure des choses. À Ramna, petit village situé sur les rives de l’Attique près du marathon, il y avait un grand temple dédié à Nemesis. Chaque année, il y avait des compétitions d'athlètes, des représentations théâtrales et des fêtes. Dans le temple, il y avait une statuede la déesse, qui a été sculptée, selon la légende, par Phidias. La déesse Némésis était représentée avec une branche de pomme dans une main et un verre de vin dans l'autre. Les Romains lui ont érigé une staue sur le Capitole. Elle était la patronne des gladiateurs romains. Dans la chambre de chaque gladiateur gréco-romain, il y avait nécessairement l'image de la déesse et de sa silhouette. Les astronomes ont donné son nom à une étoile sombre, non encore localisée, qui serait responsable de l'apparition des comètes dans le système solaire. Cette Némésis accompagnerait le soleil, orbitant à deux ou trois années-lumière de distance autour de lui et, tous les trente millions d'années, son orbe elliptique se rapprocherait d'un énorme nuage qui circule depuis quatre milliards et demi d'années, entraînant des centaines de milliers de débris rocheux glacés datant des premiers âges du système solaire. Ceux-ci, déstabilisés par sa proximité, seraient projetés sous forme de comètes. Cette théorie, émise dans les années quatre-vingt, par Richard A. Muller, demeure, à ce jour, toujours une hypothèse. Le mot Némésis signifie la fatalité. Dans la langue française, il devient synonyme de colère et de vengeance divine. Un, ou une némésis s’emploie de plus en plus dans le langage courant comme la désignation de son pire ennemi. D’ailleurs, dans le jeu vidéo de survival-horror Resident Evil 3, le Nemesis est un monstre destiné à éliminer les S.T.A.R.S., unité spéciale de police, dont fait partie Jill Valentine, l’héroïne. Seul l’aspect vengeur de Némésis semble perdurer à notre époque. Fille de la déesse de la nuit, Nyx, elle est ainsi parfois assimilée, à la fois, à la vengeance et à l'équilibre. La Némésis est aussi interprétée comme étant une messagère de mort envoyée par les dieux comme punition. Parfois confondue avec les Erinyes, elle a acquis lentement et progressivement une généalogie, et une légende propres. En effet, contrairement aux Erinyes, Némésis se différencie par les vengeances qu'elle exerce qui ne sont point aveugles, elle veille simplement à ce que les orgueilleux mortels ne tentent pas de s'égaler aux dieux. Elle abaisse ceux qui ont reçu trop de dons et s'en flattent, et conseille par conséquent la modération et la discrétion.Le nom némésis dérive du verbe grec "némein", signifiant "répartir équitablement, distribuer ce qui est dû", que l'on peut rapprocher de moïra qui signifie à la fois destin et partage. La mythologie romaine en reprend un aspect sous la forme d'Invidia, soit "l'indignation devant un avantage injuste".Némésis fut vénérée peu à peu dans toute la Grèce, mais le temple le plus célèbre dédié à cette déesse était celui de Rhammonte, en Attique. On l'adorait également à Smyrne, à Patres, à Cyzique, et quinze autels, dit-on, lui étaient dédiées sur les bords du lac Moeris.   "Les Nymphes sont des divinités de la nature: ce sont de belles jeunes filles qui vivent dans les eaux, les forêts et les montagnes. Ainsi les Grecs distinguaient-ils les dryades (nymphes des arbres), les naïades (nymphes des sources et des cours d'eau), les néréides (nymphes de la mer) et les oréades (nymphes des montagnes et des grottes). Ces divinités sont généralement bienfaisantes, protectrices de la jeunesse, surtout des jeunes filles et des fiancées. Elles peuvent être les suivantes d'une grande divinité comme Artémis, la déesse de la chasse, ou d'une nymphe d'un rang plus élevé, comme Calypso. Elles habitent dans des grottes où elles passent leur vie à filer et chanter". À noter que les surnoms les plus ordinaires de Némésis sont Adrastée, tiré soit du sanctuaire élevé par Adraste, soit du mot grec, qui la désigne comme la déesse à laquelle on ne saurait échapper et Rhamnusie qui lui fut donné à cause du temple qu'elle avait à Rhamnus ou Rhamnonte, village de l'Attique. La caverne joue un rôle symbolique essentiel dans les vieilles croyances grecques qui sont enracinées dans les forces élémentaires de la terre.  Ces puissances de sang sont à la fois sources de fécondité et de mort, à l’image des Érinyes, ces furies nées des éclaboussures sanglantes d’Ouranos qui viennent féconder Gaïa ("Théogonie", v. 185). Mères des vivants et des morts, les divinités chthoniennes relèvent originellement de la sphère féminine, et leur domaine obscur qu’Hésiode évoque avec la venue de Gaïa eurysternos, "au large sein", émergeant par ses seules forces du Chaos primordial, ne sera jamais oublié par le monde lumineux des dieux olympiens. Les pratiques des cultes chthoniens et olympiens en Grèce faisaient un contraste parfait en opposant l’orientation céleste des sacrifices des seconds à l’orientation terrestre des premiers. On tuait une victime de couleur blanche en l’honneur des Olympiens, la gorge tournée vers le ciel, sur un autel surélevé ou bromos. Pour les Chthoniens, au contraire, on sacrifiait une victime de couleur noire, souvent une brebis ou un bélier, la gorge baissée vers la terre, sur un autel bas, l’âtre, eschara, ou dans une fosse profonde, le bothros. L’illustration la plus frappante de ce rite se trouve au chant X de l’Odyssée, lorsque Circé ordonne à Ulysse de prendre le chemin de la maison d’Hadès. Déesse de la Vengeance et du châtiment céleste, Némésis personnifiait la loi morale qui réprouve tout excès ("hybris", la démesure en grec) et la jalousie divine qui frappe la prospérité trop éclatante des mortels qui osent se comparer aux dieux. Parmi les auteurs les plus célèbres de l'antiquité comme Hésiode, elle est présentée comme la fille de Nyx (la Nuit) seule, ou plus rarement de la Nuit et de l'Érèbe, mais d'innombrables auteurs tels que Pausanias, Nonnos de Panopolis et Tzétzès la présentent comme née d'Océan sans que le nom de sa mère ne soit mentionné. Dans les textes orphiques, elle est généralement présentée sous le nom d'Adrastée et est donnée pour la fille née sans père de la nécessité. Des traditions isolées la nomment néanmoins "fille de Zeus" sans mentionner le nom de sa mère, d'autres la prétendent née de Dikê, la justice personnifiée. Hésiode l'associe étroitement à la déesse Aidos qui symbolise à la fois la pudeur et le respect et prétend que lorsque la race de fer aura remplacé celle des héros. Aidos et Némésis abandonneront définitivement l'humanité à son triste sort pour remonter dans l'Olympe. Elle représente la justice distributive et le rythme du destin. Par exemple, elle châtie ceux qui vivent un excès de bonheur chez les mortels, ou l'orgueil excessif chez les rois. Une tradition isolée prétend qu'elle engendra les Telchines de son union avec le Tartare. Elle représente un des rares exemples de personnification d'un concept abstrait. Chez Homère, Némésis n'est utilisé que comme personnification d'une chose abstraite. Dans la Théogonie, Hésiode évoque "Némésis, fléau des hommes mortels".   " Et voici qu'Athéna, déployant du plafond son égide qui tue, terrasse leurs courages et à travers la grand'salle, ils fuient épouvantés: tel, un troupeau de bœufs qu'au retour du printemps, lorsque les jours allongent, tourmente un taon agile. Mais Ulysse et les siens, on eût dit des vautours qui, du haut des montagnes, fondent, le bec en croc et les griffes crochues, sur les petits oiseaux qui tombent dans la plaine en fuyant les nuages. Les vautours les massacrent". La déesse est l'exécutrice de la justice, la justice de Zeus, retransmise par Hermès selon l'organisation olympienne du monde. En tant que principe opposé à la bonne fortune, elle a pu être associée à Tyché. Le mot Némésis, à l'origine, signifiait "qui dispense la fortune, ni bonne ni mauvaise, simplement dans la proportion due à chacun selon ses mérites". Puis, le ressentiment provoqué par n'importe quelle perturbation de cette proportion. Dans les tragédies grecques, Némésis apparaît principalement comme vengeresse des crimes et celle qui punit l'hybris, elle est alors apparentée à Até et aux Érinyes. D'après une légende rapportée par Callimaque, Némésis fut pourchassée par Zeus, qui en était amoureux. Néanmoins, cette dernière ne souhaitant pas l'avoir pour amant, elle tenta de lui échapper en se métamorphosant en divers animaux pour lui échapper, ce qui ne découragea pas Zeus qui pouvait en faire tout autant. Finalement, alors que Némésis avait revêtu la forme d'une oie sauvage, Zeus se transforma en cygne, ou en jars, et réussit à l'approcher seul, ou sans doute avec la complicité d'Aphrodite qui, transformée en aigle, fit mine de le pourchasser. Ainsi, le dieu de la foudre trouva naturellement refuge auprès de Némésis qui, naïve, l'enveloppa tendrement dans ses ailes et s'endormit. Cependant, Zeus abusa la déesse dans son sommeil et Némésis sous forme d'oie pondit quelque temps plus tard un œuf qu'elle déposa du coté de Sparte où il fut donné par un paysan, ou par Hermès à Léda, la femme de Tyndare. Ici on retrouve la légende classique de la naissance d'Hélène (qui sera à l'origine de la guerre de Troie) et des Dioscures. Plus tard, dans une autre légende, au 48ème et dernier chant des Dionysiaques de Nonnos de Panopolis, Némésis châtia l'orgueilleuse nymphe chasseresse Aura (Brise) qui avait offensé Artémis en se moquant de sa virginité. Toutefois, par souci de justice, Némésis punit Aura moins durement que ce que la déesse avait souhaité en voulant que l'imprudente jeune femme soit changée en statue de pierre. À l'origine, les premières représentations de Némésis ressemblaient à Aphrodite, qui elle-même porte parfois l'épithète Nemesis, c'est du moins ce qu'on peut conjecturer d'un passage de Pline, où il est dit qu'Agoracrite, élève de Phidias, ayant manqué le prix du concours, n'eut qu'à changer les attributs de la statue de Vénus qu'il avait présentée, pour en faire une Némésis. Plus tard, comme déesse de la proportion et vengeresse des crimes, ses attributs sont une tige de mesure, une bride, une balance, une épée et un fléau. Elle monte dans un chariot conduit par des griffons. De nombreuses médailles nous la montrent écartant de la main droite des vêtements qui lui couvrent la poitrine, et dirigeant ses regards sur son sein. Elle tient dans sa main gauche une coquille, un frein ou une branche de frêne, et dans la droite une mesure ; quelquefois on voit à ses pieds la roue de la fortune et un griffon. Pausanias remarqua sa statue iconique avec une couronne de cerfs et des petites Niké, fabriquée par Phidias après la bataille de Marathon (490 av. J.-C.) à partir d'un bloc de marbre de Paros que les Perses présomptueux avaient apporté avec eux, pour en faire une stèle commémorative après leur victoire qu'ils considéraient comme acquise.    "Il vous faudra d'abord passer près des Sirènes. Elles charment tous les mortels qui les approchent. Mais bien fou qui relâche pour entendre leurs chants ! Jamais en son logis sa femme et ses enfants ne fêtent son retour. Car, de leurs fraîches voix, les Sirènes le charment, et le pré, leur séjour, est bordé d'un rivage tout blanchi d'ossements et de débris humains, dont les chairs se corrompent. Passe sans t'arrêter ! Nous arrivons à l'île d'Eole, où habite le dieu des vents. C'est une île flottante, entourée d'une côte de bronze indestructible ;en son milieu, un pic pointe vers le ciel". Un rituel appelé Nemesia se tenait à Athènes. Il s'agissait d'un office pour les morts: son objet était d'éviter la némésis des morts, qui étaient censés avoir la puissance de punir la vie si leur culte avait été négligé de quelques façons. À Smyrne, il y avait deux manifestations de Némésis, plus apparentées à Aphrodite qu'à Artémis. Il est difficile d'expliquer la raison de cette dualité. On suggère qu'ils représentent deux aspects de la déesse: l'aimable et l'implacable, ou les déesses de la vieille ville et celle de la nouvelle ville reconstruite par Alexandre le Grand. À Rome, Némésis était révérée par les généraux victorieux, les gladiateurs dont elle était la patronne et figurait une des divinités tutélaires du forage du sol ("Nemesis campestris"). Au IIIème siècle av. J.-C., il y a des indices d'un culte envers une Némésis-Fortuna toute-puissante. Elle était révérée par une société dont les membres étaient appelés en latin Nemesiaci. Le compositeur crétois Mésomède de Crète lui dédie un hymne. Les mythes sont, pour les sociétés, ces montages symboliques fondateurs qui relient à l’origine et donnent sens à l’exister. "Muthos", en effet, désigne un récit, une histoire hors du temps, qui s’ouvre sur l’instant primordial, originaire où tout est confondu : dieux, hommes et animaux. Il répond à la question de l’origine : ou bien l’homme descend des dieux ou bien il est la suite directe de l’évolution animale. La "Théogonie" est un de ces récits fantastiques qui chante le commencement du monde, moment d’intense confusion, chaos primordial où tout est confondu, où êtres humains et dieux ne vivent pas encore séparés. Elle met en images la manière dont l’humain advient difficilement, à son humanité. La vie d’Hésiode, auteur du poème, nous est, dans l’ensemble, assez mal connue. Les spécialistes d’histoire de la littérature grecque situent son existence au milieu du VIIIe siècle avant J.-C. S’il existe des "Vies" d’Hésiode, elles tiennent le plus souvent de la légende. Une certitude, cependant: "La Théogonie" est signée du poète lui-même: "Ce sont les Muses, écrit-il aux vers 23 et 24, qui à Hésiode, un jour, apprirent un beau chant, alors qu’il paissait ses agneaux, au pied de l’Hélicon divin". Comme l’indique ainsi l’étymologie, la "Théogonie" décrit la naissance de l’Univers et la généalogie des dieux. Ainsi, après avoir chanté les Muses dans son prélude, comme cela était de tradition, Hésiode en vient à les interroger sur la question de l’origine: "Contez-moi ces choses, ô Muses, habitantes de l’Olympe, en commençant par le début, et, de tout cela, dites-moi ce qui fut en premier" vers 114-115. À quoi, les Muses répondent: "Donc avant tout, fut Abîme". Le terme grec "Chaos", traduit ici par "abîme", a plusieurs sens. Point de départ de toute la création hésiodique, il signifie d’abord la "béance" ou encore "l’ouvert". Le mot français "chaos" a, le plus souvent, le sens de confusion, de désordre et rend, de ce fait, assez mal compte de la notion grecque. "La Béance, l’Abîme", métaphorisent l’idée de "vide sans fond" mais surtout d’éléments sans coordonnées, sans haut, ni bas, sans droite, ni gauche. Le "chaos" hésiodique, la "béance, l’Abîme sont comparables à l’"apeiron" comme lieux d’indétermination à partir duquel le monde pourra surgir. Aristote le dit à sa manière dans la "Physique": "il pourrait sembler qu’Hésiode ait vu juste comme s’il fallait qu’il existât d’abord une place pour les étants mais à supposer qu’il en soit ainsi, la puissance du lieu est alors prodigieuse et prime tout; car ce sans quoi rien d’autre n’existe, alors qu’il existe sans les autres choses, est premier".   "Les dieux ne dispensent point également leurs dons à tous les hommes, la beauté, la prudence ou l'éloquence. Souvent un homme n'a point de beauté, mais un dieu l'orne par la parole, et tous sont charmés devant lui, car il parle avec assurance et une douce modestie, et il domine l'agora, et, quand il marche par la ville, on le regarde comme un dieu. Un autre est semblable aux dieux par sa beauté, mais il ne lui a pas été accordé de bien parler. Ainsi, tu es beau, et un dieu ne t'aurait point formé autrement, mais tu manques d'intelligence, et, tu as parlé, tu as irrité mon cœur dans ma chère poitrine". De surcroît, ce non-lieu, ce pur rien, ce chaos primordial n’est heureusement pas fermé sur lui-même, il est "l’Ouvert" par excellence. "Logos" indique que la parole est un acte de sélection, de préférence, d’élection. Parler c’est sélectionner dans le réel, c’est produire de la distinction dans la confusion chaotique. Aussi n’est-il pas étonnant que "chaïnô", "ouvrir la bouche" et "parler",  induise l’idée, qu’à partir du "Chaos" s’originent les premières distinctions. Le "Chaos" est qualifié de "genet"(vers 116) c’est-à-dire "qui ne sort de rien", "qui n’est pas engendré", qui est "génésis", "source de création", tandis que l’Erèbe et la nuit, enfants du "Chaos" sont "égenonto" (vers 123), La nuit et l’Erèbe (noir), d’abord espaces de confusion, sont cependant, une première distinction dans le Chaos. Ils permettent de construire la première paire d’opposés. L’émergence des contraires est essentielle pour les Grecs, sans eux, la pensée est impossible. La Nuit et l’Erèbe sont encore dans l’indistinction mais plus dans la confusion. C’est pourquoi Ether et Lumière du jour pourront naître de leurs opposés, la Nuit et l’Erèbe. Le redoublement du "ek" ("ex-é-genonto"), indique ici l’idée d’un engendrement du Jour par la Nuit et d’un ordre de succession, en même temps que la nuit et l’Erèbe ne prendront leur sens qu’en rapport avec l’Ether et la Lumière du jour. Du "Chaos" surgit un premier être qui lui est presque semblable "l’Erèbe" et "la Nuit", mais pas complètement puisque l’on peut déjà distinguer autre chose que le "Chaos". La "nuit" est à la fois semblable et différente, c’est pourquoi pourra sortir de son sein obscur, son exact contraire le Jour. À partir de ce couple fondamental d’opposition, le monde devient visible, parce que lisible (legein, logos). Un premier trait de lumière partage le monde: l’ordre du discours comme acte de distinction le produit. " Assise et sûre", éternelle et inébranlable, la Terre l’est aussi pour l’auteur d’Antigone: "La mère des dieux, la Terre souveraine, l’Immortelle, l’Inépuisable". Pour les Grecs, aucune "rapine" ne peut épuiser la fécondité de la Terre, nul sillage de charrue ou de navire ne saurait l’endommager, nul déchet en souiller les profondeurs. La déesse, auguste entre toutes, comme dit Sophocle, est la mère inépuisable de tous les vivants. Aussi, dans la tradition grecque, les cultes de la Terre-Mère sont-ils nombreux. La Terre-Mère y apparaît comme détentrice du don de la vie, elle symbolise la fertilité, elle est l’agent de toute fécondité. Liée au culte des morts retournés en son sein, elle est fantasmatiquement représentée comme éternelle. La Terre-Mère signifie la fertilité agraire et la fécondité animale et humaine. Ainsi dans la Crète Minoenne (–3000 à –1100 av. J.-C.) la Terre-Mère apparaît le plus souvent comme une divinité chtonienne toujours ambivalente ("chton": signifie terre, terroir, sol, sein de la Terre mais aussi les Enfers, le Royaume des morts). Cette fécondité de la Terre-Mère, de Gaïa prend des formes étranges. "Terre, dit Hésiode, elle, d’abord enfanta un être égal à elle-même, capable de la couvrir tout entière, Ciel Étoilé, qui devait offrir aux dieux bienheureux, une assise sûre à jamais". Elle enfanta: "égeinato", où l’on retrouve le même verbe préalablement utilisé à propos de la Nuit, il signifie ici aussi l’engendrement et la filiation. C’est donc la mère qui est première, le père est contenu dans la mère qui l’enfante. Sous cet angle, sexe absolu signifie délié de la contingence".   "L'Aurore aux doigts de roses les eût trouvés pleurant, sans l'idée qu'Athéna, la déesse aux yeux pers, eut d'allonger la nuit qui recouvrait le monde. Elle retint l'Aurore aux bords de l'Océan, près de son trône d'or, en lui faisant défense de mettre sous le joug pour éclairer les hommes, ses rapides chevaux Lampos et Phaéton, les poulains de l'Aurore. Nous vivons à l'écart et les derniers des peuples, en cette mer des houles, si loin que nul mortel n'a commerce avec nous". "Car c’étaient de terribles fils que ceux qui étaient nés de Terre et de Ciel, et leur père les avait en haine depuis le premier jour. À peine étaient-ils nés qu’au lieu de les laisser monter à la lumière, il les cachait tous dans le sein de Terre, et, tandis que Ciel se complaisait à cette œuvre mauvaise, l’énorme Terre en ses profondeurs gémissait, étouffant". L’attitude d’Ouranos refusant l’avènement de ses enfants est celle d’un être qui veut garder la Femme pour lui seul, comme objet de plénitude, il rejette ainsi toute maternité. Or, d’une certaine façon, ce sont les enfants qui font éclater ce fantasme de complétude homme-femme. En les déplaçant sur une autre position père-mère, l’enfant devient le tiers séparateur. Le mythe essaie de rendre compte de cette difficulté pour l’homme d’advenir à la paternité. Toute la mythologie grecque est remplie d’histoires de pères craignant de perdre la femme et à travers elle, l’amour, ainsi que le pouvoir. La figure la plus connue est celle d’Œdipe qui sera exposé à la mort, par son père le roi Laïos. Œdipe, précisément tuera son père, prendra le pouvoir à Thèbes et épousera sa mère Jocaste. Le premier rapport père-enfant est donc celui de la haine productrice de séparation. Car l’enfant ne peut émerger comme tel, tant que le père n’est pas séparé de la mère et inversement. La semence du père archaïque est jetée au hasard, au gré du vent. Le poète exprime ainsi la toute puissance sans limites du père archaïque à l’instar de celui de la horde primitive décrite dans "Totem et tabou". Comme lui, Ouranos se heurtera évidemment à la révolte des fils et en particulier à celle de Chronos. Platon le fait pressentir dans le mythe des cycles inversés du "Politique". L’auteur explique, en effet, comment le devenir au monde est cyclique et soumis à des révolutions périodiques. L’univers est un vaste navire tantôt guidé par le dieu, tantôt abandonné à sa propre course. Quand l’univers suit la marche divine, les êtres vivants cheminent de la vieillesse à la maturité puis à l’enfance. Ils s’anéantissent en poussière et renaissent de la terre elle-même, à la vie. Le cycle est un perpétuel rajeunissement. Abandonnons un instant l’histoire de Gaïa, d’Ouranos et de leur descendance pour nous pencher sur les "enfants" de Nuit, fille de Chaos. Elle enfante, le grec dit "étéké"et non pas "égenonto", d’odieux personnages: la Mort, le Trépas, le Sommeil, les Songes et, précise Hésiode, elle les enfante seule, "sans dormir avec personne" (vers 213, Théogonie). Ce processus d’insistance vient précisément après l’histoire de la naissance des Titans et d’Aphrodite, née du sperme du père Ouranos et des flots de la mer. La Nuit, elle enfante sans sexualité, monstres, fantômes et cauchemars qui font très peur aux humains. Parmi ces monstres, les Parques (Clothô, Lachésis, Atropos) les Kérés vengeresses "qui poursuivent toutes fautes contre les dieux et les hommes" (vers 219-220) et surtout la déesse Némésis, figure de la justice. Figure de la colère et de l’indignation, elle intervient lorsque surgissent des erreurs de partage. Le détour du philosophe par le "logos", "l’eidos" et le "cosmos" n’a de signification que si le voyage dialectique le ramène au sein de la cité où la loi se donne en partage sous l’égide de Némesis, la déesse d’Hésiode. Il faut bien, en effet, pour que l’existence humaine ait un sens, qu’elle respecte la loi qui gouverne, entre ciel et terre, les hommes et les dieux, et qu’elle trouve le lien qui unit toutes choses en une juste répartition. Si la colère de Némesis naît devant la violation de la loi, on comprend le rapprochement que la langue grecque instaure entre nomos, la loi, nemesis, le partage légal, et Némesis, la déesse du partage qui s’indigne, "nemesein", devant ceux qui défient la loi. Symboles de la colère et de la vengeance divine.   "Les dieux n'accordent pas mêmes faveurs à tous les hommes, la taille, le sens, l'éloquence. L'un a moins belle apparence, mais le dieu met une couronne de beauté sur ses paroles. Un autre est une beauté comparable aux Immortels, mais la grâce ne couronne pas ses paroles. La divine Calypso m'a retenu près d'elle, dans ces grottes profondes, pour que je devienne son époux. L'artificiel Circé ma elle aussi retenu dans son palais afin que je devienne son époux. Mais jamais, au fond de moi, mon coeur il n'y a consenti. Car il n'est rien de plus doux pour un homme que sa patrie et sa famille, quand même quand il habite une riche demeure située loin de chez lui, en terre étrangère". Avec l’arrivée de ce mal si beau qui, au fond, n’est qu’une prise de conscience par le "genos andron" de sa mortelle condition, l’homme découvre que le bonheur total n’a aucun sens. Car, l’être humain est pris dans un terrible piège: "celui qui fuyant, avec le mariage, les œuvres de souci qu’apportent les femmes, refuse de se marier, et qui, lorsqu’il atteint la vieillesse maudite, n’a pas d’appui pour ses vieux jours, celui-là sans doute ne voit pas le pain lui manquer, tant qu’il vit mais dès qu’il meurt, son bien est partagé entre collatéraux. Et celui qui, en revanche, dans son lot trouve le mariage, peut rencontrer sans doute une bonne épouse de sain jugement; mais même alors, il voit toute sa vie le mal compenser le bien, et s’il tombe sur une espèce folle, alors sa vie durant, il porte en sa poitrine un chagrin qui ne quitte plus son âme ni son cœur, et son malest sans remède". S’il fallait alors une preuve complémentaire de ce processus d’anthropogonie dans la pensée hésiodique, elle pourrait être trouvée dans le mythe des races des "Travaux et des jours". Némésis dont le nom s’origine dans la racine grecque "nem ou nom". Elle renvoie à l’idée de partage, de distribution. Le verbe "nemein" signifie "faire une attribution régulière" et plus précisément dans le vocabulaire des bergers, "attribuer à un troupeau sa part de pâturage". On comprend que chez les peuples pasteurs, les nomades, la part du partage soit une question essentielle pour qu’à la fois, les troupeaux puissent se nourrir et surtout qu’ils ne se mélangent pas. La Némésis, fille de la Nuit est la déesse du partage, elle empêche la confusion nocturne et le retour au Chaos mortifère. Elle fait barrage à la régression vers l’indifférencié. "Le grand Uranus, irrité contre les enfans qu’il avait engendrés lui-même, les surnomma les Titans, disant qu’ils avaient étendu la main pour commettre un énorme attentat dont un jour ils devaient recevoir le châtiment. "La Nuit" enfanta l’odieux Destin, la noire Parque et la Mort. Elle fit naître le Sommeil avec la troupe des Songes, et cependant cette ténébreuse déesse ne s’était unie à aucun autre dieu. Ensuite elle engendra Momus, le Chagrin douloureux, les Hespérides, qui par delà l’illustre Océan, gardent les pommes d’or et les arbres chargés de ces beaux fruits, les Destinées, les Parques impitoyables, Clotho, Lachésis et Atropos qui dispensent le bien et le mal aux mortels naissans, poursuivent les crimes des hommes et des dieux et ne déposent leur terrible colère qu’après avoir exercé sur le coupable une cruelle vengeance. La Nuit funeste conçut encore Némésis, ce fléau des mortels, puis la Fraude, l’Amour criminel, la triste Vieillesse, Éris au cœur opiniâtre. L’odieuse Éris fit naître à son tour le Travail importun, l’Oubli, la Faim, les Douleurs qui font pleurer, les Disputes, les Meurtres, les Guerres, le Carnage, les Querelles, les Discours mensongers, les Contestations, le Mépris des lois et Até, ce couple inséparable, enfin Horcus, si fatal aux habitans de la terre quand l’un d’eux se parjure volontairement. À l’origine était le vide, et la nuit, et le noir Erèbe. La Terre, l’air ni le ciel n’existaient encore".   Bibliographie et références:   - Hérodote, "Histoire" - Hésiode, "La Théogonie" - Hygin, "Fables" - Ovide, "Métamorphoses" - Pausanias, "Description de la Grèce" - Pierre. Chantraine, "Dictionnaire de la langue grecque" - Sophocle, "Électre et Némésis" - Virgile, "Enéides" - Jean Chevalier, "Dictionnaire des symboles" - Félix Guérand, "Mythes et mythologie" - Françoise Loux, "Némésis ou la justice des dieux" - Bernard Sergent, "Dictionnaire critique de mythologie" - Charles Russel Coulter, "Encyclopédie de la mythologie"   Bonne lecture à toutes et à tous. Méridienne d'un soir. 
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Par : le 09/05/26
"Si tu veux être à moi, je te ferai plus heureux que Dieu lui-même dans son paradis. Les anges te jalouseront. Déchire ce funèbre linceul où tu vas t'envelopper. Je suis la beauté, je suis la jeunesse, je suis la vie, viens à moi, nous serons l'amour. Ne regardez jamais une femme, et marchez toujours les yeux fixés en terre, car, si chaste et si calme que vous soyez, il suffit d'une minute pour vous faire perdre l'éternité". Fille d'Iardanès, mère de Tantale et reine de Lydie, qui reçut comme esclave du dieu Hermès, le héros Héraklès, coupable d'avoir tué son ami Iphotos dans un accès de fureur. La reine s'éprit de son esclave qui devint le père de ses trois fils: Laomédon, Lamos et Agalaos, ancêtre du roi Crésus. Selon une tradition, ils n'auraient eu qu'un fils, Agésilas. Certains racontent qu'une des suivantes d'Omphale, appelée Malis, eut une aventure avec le héros auquel elle donna Alcée, le fondateur de la dynastie lydienne supplantée sur le trône de Sardes par Crésus et Clelaos. On a longtemps admis que les divinités bisexuées ne sont pas une création du génie hellénique. Et l’on a voulu reconnaître une influence orientale dans les croyances qui, plus ou moins sporadiquement, prêtent les deux pouvoirs à certaines figures du panthéon classique, celles que nous allons évoquer à présent. Et cependant, les plus anciennes théogonies, les plus authentiquement grecques, connaissent des êtres féminins qui engendrent sans époux. Comme ce le fut à l'origine de la création, selon la mythologie. Dans ce cas, l’androgynie reste purement implicite. Rien n’indique même que les imaginations aient jamais songéà la préciser. Mais voici qui est plus net: Tout d’abord, dit Hésiode, apparut Chaos, puis Terre aux larges flancs, puis Amour, Chaos, le Vide. l’Espace béant est un mot neutre. Platon entend le passage dans le Banquet comme si Terre et Éros naissaient de Chaos, c’est-à-dire qu’il voit les deux genres sortir d’un élément cosmique primitif. Quant à Éros, dont le nom est masculin, les artistes et les poètes, d’un bout à l’autre de la tradition, l’ont toujours conçu et représenté comme androgyne, et les cosmogonies orphiques insistèrent sur ce caractère. Amour va-t-il unir des êtres aux puissances différentes et complémentaires ? Pas tout de suite. De Chaos naquirent Érèbe et Nuit noire.Terre, Gaïa, enfanta un être égal à elle-même, capable de la couvrir toute entière, Ciel étoilé. Elle mit au monde les Montagnes et les Nymphes. Elle enfanta aussi, sans l’aide du tendre amour, Flot aux furieux gonflements. Mais ensuite,des embrassements du Ciel, elle enfanta Océan aux tourbillons profonds. Dans la mythologie grecque, Omphale, du grec ancien, Ὀμϕάλη, est une reine de Lydie, fille du roi Iardanos. Elle était la veuve du roi Tmolos et régnait sur Lydie. Mais il semble que le mythe se déroulait à l'origine en Epire. Tmolos était fils d'Arès et de la nymphe Théogène. Un jour qu'il était à la chasse, il viola la nymphe Arrhipé devant l'autel du temple d'Artémis. La déesse lança contre le roi un taureau furieux pour venger sa prêtresse qui s'était percée le sein. Pour éviter l'animal, Tmolos tomba sur des pieux acérés. Il fut enterré sur place et son nom fut donné à la montagne par ses fils. Héraklès fut emmené en Asie, à la demande de Xénoclée, proposé comme esclave par Hermès, patron de toutes les transactions financières importantes. Ce dernier, remit par la suite l'argent de la vente, trois talents d'argent, aux enfants d'Iphitos. Mais Eurytos s'entêta à interdire à ses petits-enfants d'accepter aucune compensation sous forme pécuniaire, en disant que seul le sang rachèterait le sang. Hermès seul sait ce qui advint de l'argent en définitive. Comme l'avait prédit la Pythie, Héraklès fut acheté par Omphale, une femme qui s'y entendait sans doute en affaires mais plus encore en homme. Il lui rendit de loyaux services pendant un an, en débarrassant l'Asie Mineure des brigands qui l'infestaient. Parmi les nombreux travaux secondaires qu'accomplit Héraklès, pendant cette période de servitude, on trouve la capture des deux Cercopes d'Ephèse. Enfin, près du fleuve Sagaris, Héraklès tua un serpent gigantesque qui massacrait les femmes et les hommes et détruisait les récoltes. Héraklès, le héros aux douze travaux.   "Ce sont des événements si étranges, que je ne puis croire qu'ils me soient arrivés. J'ai été pendant plus de trois ans le jouet d'une illusion singulière et diabolique. Répands le vin de ce calice, et tu es libre. Je t’emmènerai vers les îles inconnues. Tu dormiras sur mon sein, dans un lit d’or massif et sous un pavillon d’argent car je t’aime et je veux te prendre à ton Dieu, devant qui tant de nobles cœurs répandent des flots d’amour qui n’arrivent pas jusqu’à lui". Pendant ce temps, en Grèce, on racontait que le héros portait des vêtements féminins et filait de la laine entre deux exploits, assis aux pieds de la reine qui s'amusait avec sa massue et la peau du lion de Némée. C'est dans ce curieux accoutrement qu'un jour Pan, en compagnie d'Omphale, s'était endormi dans une grotte. Le dieu lubrique souhaita s'unir à celle qui croyait être la reine et tenta de lui faire violence. Il se fit expulser brutalement d'un vigoureux coup de pied. On dit qu'à la suite de cette mésaventure, Pan exigea que ses disciples soient nus lors de la célébration des rites. Omphale avait acheté Héraklès comme amant, plutôt que comme un simple serviteur. Il devint le père de ses trois enfants Lamos, Agélaos, l'ancêtre du célèbre roi Crésus qui tenta de s'immoler lui même sur un bûcher lorsque les Perses s'emparèrent de Sardes et Laomédon. Certains en ajoutent un quatrième, Tyrrhénos qui inventa la trompette et qui prit la tête des Lydiens émigrants en Etrurie, où ils prirent le nom de Tyrrhéniens, mais il est plus probable que Tyrrhénos fut le fils du roi Atys, et un descendant assez éloigné d'Héraklès et d'Omphale. Des nouvelles circulèrent en Grèce annonçant qu'Héraklès avait quitté sa peau de lion et sa couronne de tremble et portait maintenant des colliers de pierreries, des bracelets d'or, un turban de femme, un châle pourpre et une ceinture maeonienne. Il passait son temps, disait-on, entouré de jeunes filles lascives et débauchées filant et tissant la laine et qu'il tremblait lorsque sa maîtresse le grondait quand il s'y prenait mal. Elle le frappait de sa pantoufle d'or quand ses doigts malhabiles écrasaient le fuseau, et lui faisait raconter, pour la distraire, ses exploits passés. Mais il n'en éprouvait aucune honte.C'est pourquoi certains peintres montrent Héraklès habillé d'une robe rose et se faisant coiffer et faire les mains par les femmes de chambre d'Omphale, tandis qu'elle, revêtue de sa peau de lion, tient sa massue et son arc. Mais ce qui s'est passé en réalité, est tout simplement cela: un jour qu'Héraclès et Omphale visitaient les vignes de Tmolos, elle vêtue d'une robe rouge brodée d'or, les cheveux ondulés et parfumés, lui, portant également un parasol d'or au-dessus de sa tête, Pan les aperçut du haut d'une colline. Il tomba amoureux d'Omphale et dit adieu aux divinités de la montagne en jurant qu'il allait la conquérir au plus vite.Omphale et Héraklès arrivèrent à la grotte retirée où ils se proposaient de se rendre et où ils eurent la fantaisie de faire l'échange de leurs vêtements. Elle l'habilla d'une ceinture en filet transparente, ridiculement étroite pour lui, et lui passa sa robe rouge. Bien qu'elle ait déboutonné celle-ci le plus possible, il fit craquer les manches; quant aux cordons de ses sandales, ils étaient trop courts et n'arrivaient pas à croiser sur son pied. Après avoir dîné, ils allèrent se coucher dans des lits séparés car ils avaient décidé de faire hommage à Dionysos dès l'aube, rite exigeant qu'ils soient abstinents. Vers minuit, Pan se glissa dans la grotte, et en tâtonnant dans l'obscurité, il atteignit ce qu'il prit pour le lit d'Omphale car la personne qui l'occupait avait des vêtements de soie. En tremblant, il releva les couvertures dans le bas du lit et se faufila à l'intérieur, mais Héraklès s'étant réveillé, le dieu le projeta alors tout au fond de la grotte d'un violent coup de pied.   "Moi, pauvre prêtre de campagne, j’ai mené en rêve toutes les nuits (Dieu veuille que ce soit un rêve !) une vie de damné, une vie de mondain et de Sardanapale. Un seul regard trop plein de complaisance jeté sur une femme pensa causer la perte de mon âme, mais enfin, avec l’aide de Dieu et de mon saint patron, je suis parvenu à chasser l’esprit malin qui s’était emparé de moi". Omphale, qui avait entendu un bruit de chute et un grand cri, se jeta hors de son lit et demanda des torches. Quand les lumières arrivèrent, Héraklès se mit à rire aux larmes à la vue de Pan recroquevillé tout endolori, dans un coin en trainde se frotter le dos. Depuis lors, Pan voua une haine farouche à tout vêtement et demanda à ses adeptes de venir nus célébrer ses rites. C'est lui qui, pour se venger, fit courir le bruit que cet échange bizarre de vêtements avec Omphale était un vice et qu'ils en étaient l'un et l'autre coutumiers. Finalement Omphale reconnaissante de tous les services qu'Héraklès lui avait rendus et ayant enfin découvert sa véritable identité et sa naissance divine, lui rendit sa liberté et le renvoya à Tirynthe, chargé de présents. Le mythe d'Omphale est une allégorie utilisée par les auteurs classiques pour montrer combien il est facile pour un homme fort d'être rendu à l'esclavage par une femme ambitieuse et sensuelle et le fait qu'ils considéraient le nombril comme le siège de la passion chez la femme, expliquant le nom d'Omphale, d'"omphalos", centre de la terre. En littérature, Théophile Gautier édita en 1834, une nouvelle fantastique, intitulée Omphale. Guillaume Apollinaire y fit référence dans son roman "Les Onze Mille Verges" publié en 1907. Au XVIIIème siècle, François Boucher peignit un tableau érotique montrant Hercule et Omphale nus. Au cinéma, le mythe d'Hercule et d'Omphale inspira le genre du péplum. (film de Pietro Francisci 1959). Chez Diodore de Sicile, Omphale, reine de Lydie, achète comme esclave Héraclès qui doit expier le meurtre d’Iphitos. Elle lui confie la tâche de débarrasser son royaume de divers monstres et brigands. Séduite par ses exploits, Omphale découvre les origines du héros et lui rend sa liberté, elle l’épouse et lui donne même un fils, Lamos. Le motif de l’effémination d’Héraclès se développe à l’époque romaine. Les auteurs se plaisent à décrire comment, sous l’emprise de sa maîtresse, l’identité masculine du héros vacille. Les amants échangent leurs vêtements, leurs attributs et leurs rôles: amolli, parfumé et revêtu d’atours féminins, Héraclès "de sa robuste main file la douce laine", tandis qu’Omphale adopte sa massue et sa peau de lion". Dès la Renaissance, ce couple insolite a inspiré les artistes qui ont traité sur le mode burlesque l’épisode piquant des rôles inversés, dépeignant le héros soumis et féminisé, occupé à des travaux d’aiguille ou apprenant à manier la quenouille et le fuseau aux pieds d’Omphale.  Cet engouement contraste avec le désintérêt relatif des imagiers de l’Antiquité, en dépit de l’importance du thème dans la tradition littéraire. L’image de ce couple non conventionnel n’apparaît qu’à l’époque hellénistique. Dans l’art romain, peu de documents font allusion à la dimension négative de la servitude d’Héraclès, à la perte de son identité héroïque et sexuelle, hormis quelques représentations, peut-être influencées par la propagande d’Octave qui vise à dénoncer la corruption d’Antoine, dominé par une reine orientale. Le décor de demeures campaniennes met l’accent sur l’ivresse du héros dans un cadre propice au franchissement des limites, au délaissement des conduites.    "Mon existence s’était compliquée d’une existence nocturne entièrement différente. Le jour, j’étais un prêtre du Seigneur, chaste, occupé de la prière et des choses saintes. La nuit, dès que j’avais fermé les yeux, je devenais un jeune seigneur, fin connaisseur en femmes, en chiens et en chevaux, jouant aux dés, buvant et blasphémant et lorsqu’au lever de l’aube je me réveillais, il me semblait au contraire que je m’endormais et que je rêvais que j’étais prêtre". Dès la fin du Ier siècle apr. J.-C. le regain de faveur du thème s’explique diversement selon les contextes. À l’époque des Sévères, le personnage d’Hercule devient un modèle auquel l’art funéraire rend indirectement hommage en immortalisant les charmes d’une épouse défunte sous les traits de sa compagne d’une beauté légendaire. Sur les pierres gravées, le motif d’Omphale connaît également un intérêt particulier. De nombreuses gemmes montrent une Omphale d’un érotisme discret, parfois réduite à un buste coiffé de la "leontè", ou debout, nue, portant avec grâce les attributs d’Héraclès, sans perdre de sa féminité ni de sa pudeur, traduite par l’inclinaison de sa tête.  La faveur de ces pierres est d’ordinaire interprétée comme l’expression du désir de séduction, voire d’émancipation et de domination de la clientèle féminine. D’autres interprétations sont cependant possibles. Leur vogue ne pourrait-elle être due aux pouvoirs cachés d’Omphale, qui vont bien au-delà de la séduction érotique ? La position d’Omphale parfois varie. Sur le jaspe rouge de la collection Southesk, elle se tient debout, de face, la tête coiffée de la leontè. Sa posture, les jambes légèrement fléchies, évoque l’attitude caractéristique du dieu nain Bès aux jambes torses. La référence est peut-être volontairement appuyée et vise à renforcer les pouvoirs d’Omphale. En Égypte dynastique et romaine, Bès est l’un des gardiens familiers de la grossesse et de l’accouchement. Mi-homme, mi-lion, il est comme Héraclès vêtu d’une peau de félidé. Des milliers d’amulettes portent son effigie protectrice que l’on retrouve sur les gemmes utérines. L’Héraclès auquel Omphale se substitue détient des compétences particulières sur les gemmes magiques. Gravé d’ordinaire sur du jaspe de couleur rouge, le héros y lutte contre un lion. L’explication réside probablement dans sa réputation proverbiale de gros mangeur, voire de goinfre. La comédie en fait un glouton qui s’empiffre sans jamais tomber malade, un ventre auquel s’identifier afin de bénéficier de la même résistance. Le pouvoir protecteur d’Héraclès ne se limite toutefois pas à l’estomac. Dans le corps féminin, la région du ventre comprend aussi l’utérus et les problèmes qu’on lui associe, des déplacements incontrôlés (toute la gamme des fameuses maladies "hystériques") au déroulement de la grossesse et de l’accouchement. Dans le vocabulaire médical, les mêmes termes s’appliquent d’ailleurs aux deux organes, tel "stoma", la bouche, désignant l’orifice utérin et celui de l’estomac . Cette proximité particulière avec le monde féminin pourrait l’avoir qualifié comme le gardien du ventre des femmes. Les attributs adoptés par Omphale, la massue et la "leontè", possèdent une valeur supplémentaire dans le contexte de la magie médicale. La massue est l’arme qui définit Héraclès comme le champion des monstres et autres créatures dangereuses. L’image de la bête féroce est souvent utilisée dans la littérature grecque pour traduire métaphoriquement la violence de la maladie. Une lettre apocryphe n’hésite pas à comparer à Héraclès le médecin Hippocrate qui "purge la terre et la mer non pas des bêtes farouches, mais des maladies sauvages et malfaisantes", tandis que Pline l’Ancien raconte que la Grèce lui aurait conféré les mêmes honneurs qu’au héros pour avoir prédit et soigné une épidémie. La massue d’Héraclès donne ainsi à Omphale des compétences non seulement agonistiques mais guérisseuses. Omphale se différencie de son amant, qui étouffe le lion à mains nues sans employer son arme.   "De cette vie somnambulique il m’est resté des souvenirs d’objets et de mots dont je ne puis pas me défendre, et, quoique je ne sois jamais sorti des murs de mon presbytère, on dirait plutôt, à m’entendre, un homme ayant usé de tout et revenu du monde, qui est entré en religion et qui veut finir dans le sein de Dieu des jours trop agités, qu’un humble séminariste qui a vieilli dans une cure ignorée, au fond d’un bois et sans aucun rapport avec les choses du siècle". L’identité de son adversaire souligne le rapport d’Omphale à la sexualité et à la procréation: tandis qu’Héraclès combat toujours un lion, Omphale affronte toujours un âne. Au-delà de son lien avec le fantasme d’une sexualité débordante, mis en scène dans le célèbre roman d’Apulée, l’âne possède aussi une signification plus profonde qui éclaire la fonction de l’amulette. En milieu égyptien, l’âne personnifie les forces obscures responsables des accidents de la santé, qu’il s’agisse d’une fausse couche ou d’une autre maladie. L’action malfaisante d’un âne mâle est évoquée dans les textes de magie et de médecine égyptiennes qui contiennent de nombreuses allusions à des entités malignes qui agissent de nuit. Leur mode d’action évoque celui des incubes. Elles viennent inoculer à leur victime endormie une semence nocive, capable de provoquer toutes sortes de maladies, du simple cauchemar à une fièvre mortelle. À côté des âmes de morts dangereux, l’incube le plus redouté est le dieu Seth, associé au désordre et à la violence, dont la démonisation se développe à la Basse Époque (dès le VIIème siècle. av. J.-C.). Seth peut adopter l’apparence d’un canidé ou d’un quadrupède indéfinissable zoologiquement, mais à Basse Époque, et surtout à l’époque gréco-romaine, il prend celle d’un âne sauvage, un animal de mauvaise réputation. On le retrouve sur les gemmes utérines, mobilisé par le magicien pour contraindre l’utérus que l’on se représente comme un organe doué d’une vie propre, aux mouvements imprévisibles, capable de causer toutes sortes de maladies en se déplaçant dans le corps. La puissance séthienne possède aussi une dimension positive. Dans la pensée religieuse égyptienne, la violence de Seth n’est pas toujours destructrice. Elle peut même être jugée nécessaire à la dynamique cosmique, à la succession des cycles de la vie qui sont rythmés par des épisodes violents, comme celui de l’accouchement. Cette nature ambivalente de l’âne séthien explique que de nombreuses recettes gynécologiques médico-magiques utilisent des substances tirées de l’âne, cœur, poils, testicules, et d’animaux associés à Seth (tortue, porc), pour prévenir ou stopper des saignements et calmer divers maux de la matrice. La puissance de Seth est toutefois sous contrôle, comme le révèle non seulement le geste d’Omphale, mais le jeu de mots contenu dans l’image de la massue. Au deuxième degré, la femme et l’âne utilisent les mêmes armes, puisque le mot grec "skutalè", "la massue", signifie alors métaphoriquement le phallus.   "Oui, j’ai aimé comme personne au monde n’a aimé, d’un amour insensé et furieux, si violent que je suis étonné qu’il n’ait pas fait éclater mon cœur. Ah ! quelles nuits ! quelles nuits ! L’épreuve est nécessaire à la vertu et l’or sort plus fin de la coupelle. Ne vous effrayez ni ne vous découragez. Les âmes les mieux gardées et les plus affermies ont eu de ces moments". L’image d’une Omphale magique, repoussant les forces malfaisantes qui menacent sa santé et celle de l’enfant qu’elle porte, se retrouve-t-elle sur d’autres supports, comme les bronzes ou les terres cuites ? Plusieurs exemplaires, jusqu’ici alors non répertoriés, apparaissent dans la série bien connue des pseudo-Baubô d’Égypte romaine. Ce type de personnage représente une femme nue, corpulente, peut-être enceinte, accroupie, les jambes écartées et parfois relevées. Si la référence à la Baubô ou Iambé du mythe de Déméter est incorrecte, cette appellation moderne est restée dans le langage courant et n’a pas été remplacée . La pose impudique des figurines les fait entrer dans la catégorie des représentations auxquelles l’indécence confère une force apotropaïque et l’on s’accorde à voir dans ces objets des amulettes destinées à favoriser la sexualité et la fécondité féminine. Des exemplaires de très petite taille, provenant d’Égypte, mais aussi de Palestine et de Phénicie, sont d’ailleurs munis d’une bélière ou percés d’un trou qui permet de les porter en pendentif. À ce groupe appartiennent des figures d’Omphale identifiables au port de la "leontè" et de la massue, jusqu’ici interprétées comme des Baubô atypiques ou des "erotica". Dans des groupes plus complexes, il est tentant de reconnaître l’évocation du couple d’Héraclès et d’une Omphale partageant la nudité et la pose indécente des pseudo-Baubô. Une terre cuite de la collection Fouquet montre ainsi une femme aux seins volumineux assise sur les épaules d’un homme barbu aux traits marqués que l'on peut identifier, sans l’expliquer, à un "Héraclès portant sur ses épaules une vieille femme nue dans une pose obscène". Le secret de la figure d’Omphale se situe donc bien au-delà de son simple charme séducteur. Par un jeu de mots et d’images (Omphale avec les attributs d’Héraclès, mais aussi de Bès), surgit une figure féminine aux compétences nouvelles, absente des sources littéraires traditionnelles. L’Omphale des magiciens veille activement sur la santé, la sexualité et la fécondité des femmes. Elle offre un modèle féminin positif, celui d’un personnage qui maîtrise son corps et sait repousser les influences des entités malignes. Elle transpose sur le plan mythique la force cachée et la capacité de résilience des femmes d’autrefois, un vécu qui n’a guère laissé de trace écrite. La valeur prophylactique d’Omphale était peut-être implicite sur les gemmes d’apparence plus anodine. Des amulettes représentant Omphale et Hercule sont utilisées pour protéger femmes enceintes et enfants à naître dans le monde gréco-romain. "On aurait dit une reine avec son diadème ; son front, d’une blancheur bleuâtre et transparente, s'étendait large et serein sur les arcs de deux cils presque bruns, singularité qui ajoutait encore à l'effet de prunelles vert de mer d'une vivacité et d'un éclat insoutenables. Quels yeux ! avec un éclair ils décidaient de la destinée d'un homme. Ils avaient une vie, une limpidité, une ardeur, une humidité brillante que je n'ai jamais vues à un œil humain et il s'en échappait des rayons pareils à des flèches et que je voyais distinctement aboutir à mon cœur. Je ne sais si la flamme qui les illuminait venait du ciel ou de l'enfer, mais à coup sûr elle venait de l'un ou de l'autre. Cette femme était un ange ou un démon, et peut-être tous les deux. Si chaste et si calme que vous soyez, il suffit de peu pour vous faire perdre l’éternité".   Bibliographie et références:   - Apollodore, "Bibliothèque" - Aristophane, "Les Guêpes" - Callimaque, "Hymnes" - Déméter, "Les Hymnes homériques" - Diodore de Sicile: IV, 31 - Hésiode, "La Théogonie" - Hygin, "Fables": 32 - Ovide, "Héroïdes": IX, 55 - Pausanias, "Description de la Grèce" - Pausanias, "Périégèse" - Guillaume Apolliaire, "Les Onze Mille Verges" - Pierre Commelin, "Mythologie grecque et romaine" - Théophile Gauthier, "Omphale" - Victor Hugo, "Le Rouet d'Omphale"     Bonne lecture à toutes et à tous. Méridienne d'un soir.
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Par : le 09/05/26
"Comme il disait, le Messager aux rayons clairs se hâta d'obéir: il noua sous ses pieds ses divines sandales, qui, brodées de bel or, le portent sur les ondes et la terre sans bornes, vite comme le vent. Il saisit la baguette dont tout à tour il charme le regard des humains ou les tire à son gré du plus profond sommeil et, sa baguette en main, l'alerte dieu aux rayons clairs prenait son vol, et, plongeant de l'azur, à travers la Périe, il tomba sur la mer, puis courut sur les flots, pareil au goéland qui chasse les poissons dans les terribles creux de la mer inféconde et va mouillant dans les embruns son lourd plumage". Fille de Saturne et de Rhéa, Cérès, en latin Ceres, est une très ancienne divinité italique qui fut complètement identifiée à la Déméter grecque. Dans le mythe, Perséphone prend le nom de Prerephata ou Proserpine, fruit des amours de Cérès et de Jupiter. Pluton l'emporte dans son royaume souterrain. Aux plaintes de la mère, les dieux de l'Olympe, peu compatissants,lui prescrivirent des infusions de pavot pour l'aider à retrouver le sommeil. Mais inspirée par l'amour pour sa fille, Cérès attelle des dragons ailés, s'empare d'une torche qu'elle enflamme en passant au-dessus de l'Etna et court les airs en appelant Proserpine à grands cris. Son culte fut introduit à Rome en 496 avant J.C en même temps que celui de Perséphone ou Coré et de Dionysos (Bacchus ou Liber). Lors d'une disette, suite à la consultation des trois livres sibyllins, on construisit un temple commun à ces trois divinités grecques qui se confondirent avec Cérès, Libera et Liber. Jusqu'au temps de Cicéron, les prêtresses étaient choisies parmi les femmes grecques de Naples ou d'Elée et la légende de Cérès, qui conserva toutes les caractéristiques grecques, rassemblait toutes les traditions d'Eleusis ou d'Enna. Chaque année, les Romains célébraient trois fêtes en l'honneur de la déesse de l'agriculture et des moissons: les "ludi cerealia" qui duraient huit jours. Ces célébrations perpétuaient, par des rites imitatifs, le mythe grec: le quinze des ides apriliennes, à la tombée de la nuit, des femmes vêtues de blanc, portant des torches allumées, couraient autour du temple, suivies par la foule qui poussait des clameurs. Le "sacrum anniversarium Ceresis", célébré par des femmes, avait lieu en août. Le "jejunium Ceresis", célébré en Octobre, était basé sur le jeûne. Ces fêtes présidées par deux magistrats institués en l'an quarante-quatre par César s'appelaient les "aediles cereales". Cérès, chez les Grecs, Déméter est la fille de Saturne et de Rhée. Elle est également la sœur de Vesta, de Junon, de Pluton, de Neptune et de Jupiter. Dévorée comme ses frères et ses sœurs par son père, il la rendit à la suite du vomitif que Métis, fille de l'Océan, lui fit prendre. Elle eut de Jupiter une fille, Proserpine, et, suivant Diodore, un fils, Bacchus. Selon quelques-uns, elle rendit Neptune père de Despoina et du cheval Arion. Le dieu des mers ne la posséda qu'après une apte résistance. Métamorphosée et cachée dans un troupeau de juments arcadiennes, elle ne put cependant échapper à Neptune, qui avait pris la forme d'un cheval. Furieuse de sa défaite, elle reçut le surnom d'Érinnys (furie), ou elle se métamorphosa en furie, suivant Apollodore. Puis, s'étant apaisée et baignée dans le fleuve Ladon, fut appelée Lousia, la baigneuse. D'autres mythologues disent qu'elle quitta l'Olympe et alla cacher sa honte dans une grotte, d'où elle ne sortit que sur les instances de Jupiter, auquel Pan avait révélé la retraite de la déesse. Selon Hésiode, le premier qui ait rapporté ce mythe, important dans l'histoire fabuleuse de l'antiquité, car Homère ne mentionne pas le rapt. Jupiter, à l'insu de Cérès, avait promis à Pluton qu'il posséderait Proserpine; la légende s'accomplit par la volonté divine. Ovide a brodé la tradition antique: il suppose que Vénus, irritée contre Pluton, qui méprise son pouvoir, donne ordre à l'Amour de percer d'une flèche le cœur du dieu souterrain. Claudien réunit les deux fables: dans son poème, Vénus n'agit qu'après la permission formelle de Jupiter. Enflammé d'amour pour Proserpine, Pluton l'enleva en Sicile, suivant la tradition la plus commune, mais non pas la plus ancienne, car ce pays ne fut pas la patrie originaire du culte de Cérès, qui y parvint par les colonies grecques de Corinthe et de Mégare. Les lieux que les poètes désignent comme ayant été le théâtre de sa fin, sont du reste aussi multiples que les contrées qui s'attribuaient l'honneur d'avoir, les premières, cultivé les arts agricoles.   "Dis-moi, Muse, cet homme subtil qui erra si longtemps, après qu'il eut renversé la citadelle sacrée de Troie. Et il vit les cités de peuples nombreux, et il connut leur esprit et, dans son âme, il endura beaucoup de maux, sur la mer, pour sa propre vie et le retour de ses compagnons. Mais il ne les sauva point, contre son désir et ils périrent par leur impiété, les insensés ! ayant mangé les boeufs de Hèlios Hypérionade. Et ce dernier leur ravit l'heure du retour. Dis-moi une partie de ces choses, Déesse, fille de Zeus. Tous ceux qui avaient évité la noire mort, échappés de la guerre et de la mer, étaient rentrés dans leurs demeures". On voit tour à tour figurer parmi eux le pays d'Enna (Diodore), l'Etna (Hygin), Érinée sur le Céphise (Pausanias), Hermione dans le Péloponnèse( Apollodore), Colone en Attique, une île près de la côte occidentale de l'Espagne, les sources de Cyané et d'Aréthuse, etc. C'était à ces sources, dit Ovide, qu'habitait la nymphe Cyané, qui, à l'approche de Pluton et de Proserpine, s'opposa à leur descente dans la terre. Mais le dieu fendit le sol de son sceptre et entra dans son empire. Hécate et le Soleil furent seuls témoins de la disparition de Proserpine, dont les cris d'angoisses parvinrent jusqu'auxoreilles de sa mère. Ainsi le raconte l'hymne homérique. Suivant d'autres, Cérès apprit cette triste nouvelle des Phénéates ou des Hermioniens ou de Chrysanthis d'Argos, ou d'Eubulus et de Triptolème, ou d'Hélice, ou d'Aréthuse, qui, allant d'Élis en Sicile à travers les profondeurs de la terre, put voir Proserpine, reine des enfers, révéler ceci à la déesse. Une dernière tradition dit qu'elle apprit sa perte en trouvant la ceinture de sa fille auprès de la source Cyané. Égarée par le désespoir, elle parcourut la terre pendant neuf jours à la lueur des torches, ou, suivant Ovide, de deux sapins qu'elle avait allumés sur l'Etna, aux sons des cymbales et des tambours, sans prendre d'ambroisie ou de nectar, et sans se baigner. Le dixième jour, elle rencontra Hécate, qui lui apprit qu'elle avait entendu les cris de désespoir de sa fille, sans avoir reconnu le ravisseur. Les déesses se rendirent alors chez Hélios, qui, cédant aux prières de la malheureuse mère, lui découvrit que Platon, favorisé de Jupiter, était le ravisseur de sa fille. La déesse, irritée, s'enfuit de l'Olympe et se mêla parmi les hommes.Arrivée à Éleusis, elle prit la forme d'une vieille femme, et s'assit près d'une source à l'ombre d'un olivier, ou, suivant Apollodore, sur le rocher Agelastos, où elle rencontra les filles de Céléos. Cérès n'accepta cependant le fauteuil que Mantanire lui offrit que de la main de Jambé, et après que celle-ci l'eut couvert d'une toison. Jambé, voyant la déesse plongée dans une tristesse profonde, réussit à l'égayer par ses rires et ses jeux folâtres. Ce fut là que Cérès but le cycéon, breuvage mystérieux, qui figura plus tard dans les Eleusinies. Métanire lui confia son fils cadet, le jeune Démophon, ou, suivant d'autres, Céléos, ou bien Triptolème, qu'elle nourrit de son lait et d'ambroisie. Suivant Apollodore, l'enfant fut dévoré par le feu. Mais Cérès, pour réparer cette perte, donna à Triptolème le fils aîné, un char attelé de deux dragons allés, des grains de blé, et lui enseigna l'agriculture. Le récit d'Hygin diffère de celui d'Ovide en ce que Cérès fut reçue par Éleusinos, dont l'épouse était Cothonée et dont le fils Triptolème fut nourri par la déesse. Suivant d'autres, Cérès, pendant son séjour parmi les hommes, s'arrêta chez Pélasgos à Argos, chez Phylatos sur les bords du Céphissos, auquel elle donna l'olivier, et elle fut également reçue par Trisaulès et Damithalès, qui lui bâtirent un temple à Phénée et y instituèrent ses mystères. La divine Cérès devint alors une Grâce.   "Prompte Iris, en marche, va ! Fais-les retourner. Ne les laisse pas venir en face de moi ! Si nous nous rencontrons pour nous battre, ce ne sera pas beau ! Car je vais te révéler ici ce qui précisement va devenir une réalité: je briserai les membres à leurs prompts chevaux, sous le joug du char. Quant à elles, je les jetterai hors de leur siège et mettrai le char en morceaux ! Les cycles des années se feront bien dix fois que leurs plaies à toutes deux ne se cicatriseront pas, celles que la foudre fera en s'acharnant sur elles !". La fable de Cérès et de sa fille se rapporte à ce qu'en hiver la puissance fécondante et protectrice de la nature disparaîtou plutôt reste cachée dans le sol, où elle domine encore, quoique plongée dans la tristesse et regrettant les rayons du soleil dont elle ne jouit plus. Proserpine, mangeant les fruits du grenadier, est le symbole de la floraison. Comme elle, Proserpine revient au printemps pour vivre pendant deux tiers de l'année dans les régions de la lumière, et pour nourrir de ses fruits toute la création.La croyance populaire et les poètes ont beaucoup ajouté au mythe originaire, soit pour expliquer certaines idées de la philosophie des mystères, soit pour donner une origine mythologique à certains usages mystérieux du culte de cette déesse. Cèrès était adorée en Crète, à Délos, dans l'Argolide, en Arcadie, en Attique, sur la côte occidentale de l'Asie, en Sicile et en Italie. Son culte était mystérieux et accompagné d'orgies. Ses temples, appelés Mégara, se trouvaient souvent dans des forêts et près des fontaines.Le culte de Cérès était généralement répandu chez les Étrusques, qui la rangeaient parmi leurs pénates, à côté de Vertumnus, dieu de l'année. Les Latins ont souvent confondu Cérès avec la "Bona Dea", à cause des rapports qui existaiententre le culte de celle-ci et celui de Cérès. On le célébrait par les mêmes solennités nocturnes et mystérieuses, auxquelles les femmes seules pouvaient assister, et les sacrifices étaient les mêmes. L'art plastique a donné à Cérès le même caractère maternel qu'à Junon. Mais ses traits sont plus doux, les yeux moins ouverts. Elle est représentée assise ou marchant, entièrement vêtue. Parfois même la partie postérieure de la tête est couverte. L'idéal de Cérès est dû à Praxitèle. Des statues de cette déesse furent exécutées par divers sculpteurs célèbres, tels que Déraophon, Onatas, Sthénis. Mais la plupart de celles qui nous restent sont incomplètes ou restaurées. Elle y est presque toujours représentée comme en courroux, et cherchant avec précipitation le ravisseur de sa fille. Les Anciens ne s’accordent ni sur le nom, ni sur le nombre, ni sur la fonction des Charites, mais dans la tradition la plus communément suivie, ce sont trois sœurs nommées Aglaé, Euphrosyne et Thalie. À l’origine divinités chthoniennes, elles répandent la fécondité et la grâce sur les êtres et les choses, étant par là-même dispensatrices de joie. On saisit alors le rapport étroit qui existe entre leur nom et la famille de "charis": les "Charites" sont tout ce qui embellit et favorise la vie. Toujours vêtues sur les monuments figurés de l’époque archaïque et classique, et souvent encore à l’âge hellénistique, elles sont ensuite représentées nues ou couvertes d’un voile transparent, l’une montrant son dos au spectateur. Pausanias (IX, 35, 6) déclare ignorer le nom de l’artiste qui eut le premier l’idée de dévoiler les charmes des "Charites". Les modernes ne sont pas plus renseignés que lui, mais supposent que c’est à l’imitation d’Aphrodite qu’elles furent à partir d’un certain moment représentées nues. Parmi les anciennes œuvres d’art figurant les "Charites", l’une nous retiendra particulièrement en ce qu’elle met en scène Socrate. On sait que le père du philosophe, Sophroniscos, un artisan, était tailleur de pierre ou sculpteur, et c’est par allusion à cette activité que Socrate dit en badinant dans le "Premier Alcibiade" descendre de Dédale.   "De même qu’un lion facilement met en pièces les jeunes faons d’une biche rapide, lorsqu’il les a saisis avec ses fortes dents après avoir pénétré dans leur gite, et leur enlève leur délicate vie; la biche alors, si proche qu’elle soit, ne peut les secourir, car une frayeur terrible l’envahit, et elle s’élance éperdument à travers les fourrés des forêts et des bois, halète et ruisselle, pressée par l’élan du fauve redoutable ; de même, aucun Troyen ne put préserver du désastre les deux fils de Priam, car tous s’enfuyaient devant les Argiens". Considérées habituellement, donc, comme personnifiant le charme uni à la beauté, et répandant une joie féconde dans la nature et dans le cœur des hommes, les "Charites" ont été l’objet d’une interprétation symbolique en relation avec le sens de "bienfait, reconnaissance" qu’a le grec "charis". Sénèque, tout en recommandant d’abandonner aux poètes de telles inepties, la rapporte en détail dans le "De beneficiis", en l’empruntant à Hécaton qui la tenait lui-même du stoïcien Chrysippe: "Pourquoi y a-t-il trois Grâces et pourquoi sont-elles sœurs ? Pourquoi se tiennent-elles par la main ? Pourquoi ont-elles le sourire, la jeunesse, la virginité, une robe sans ceinture et transparente ? Les uns veulent faire croire qu’il y en a une pour adresser le bienfait, une autre pour le recevoir, une troisième pour le rendre. Selon d’autres, il y aurait trois sortes de bienfaisance qui consistent respectivement à obliger, à rendre, à recevoir et à rendre tout à la fois. Parce que le bienfait forme chaîne et, tout en passant de main en main, ne laisse pas de revenir à son auteur, et que l’effet d’ensemble est détruit s’il y a quelque part solution de continuité, tandis que la chaîne est fort belle si elle n’est pas interrompue entre temps et si elle perpétue la succession des rôles. Dans ce groupe, toutefois, l’aînée a une situation privilégiée comme, en bienfaits, celui qui commence. Elles ont un air joyeux, comme ordinairement celui qui donne ou celui qui reçoit ; elles sont jeunes parce que le souvenir des bienfaits ne doit pas vieillir; vierges, parce qu’ils sont sans tache, sans mélange, vénérables pour tout le monde. Ils ne sont à aucun degré un lien, une gêne; aussi les robes qu’elles portent n’ont-elles pas de ceinture ; et elles sont transparentes parce que les bienfaits ne craignent pas les regards". Cette interprétation allégorique, apparemment d’origine stoïcienne, selon laquelle les Grâces représentent le triple mouvement de la générosité (donner, recevoir, rendre, avec retour du bienfait à son premier auteur), Sénèque pour sa part la récuse, moins peut-être dans son fonds que parce qu’il juge la mythologie sans profit pour la morale. Comme Socrate rencontrait un homme qui prodiguait ses libéralités à tout venant, il lui dit: "Que les dieux te confondent ! Les Grâces sont vierges et tu en fais des courtisanes." Il pourrait évidemment s’agir d’un pur jeu de mots sur les deux sens de "charis", comme on en trouve un plus tard chez Dion de Pruse: "Qu’y a-t-il de plus saint que l’honneur et la gratitude ? Ne savez-vous pas que la plupart des hommes considèrent les Grâces comme des déesses ? Ou encore chez Plutarque: Rien en effet n’engendre autant l’allégresse que de répandre des grâces. Il était bien avisé, celui qui a donné aux Grâces les noms d’Aglaé, d’Euphrosyne et de Thalie. Car c’est celui qui départ la grâce qui éprouve la fierté et la joie les plus vives et les plus pures. C’est pourquoi on a souvent honte de recevoir un bienfait, alors qu’on est fier d’en accorder. De même, selon Strabon, si Étéocle fonda à Orchomène un sanctuaire dédié aux "Charites", c’est en raison de services rendus ou reçus qui avaient favorisé sa réussite.    "Vous avez vu l'Euros, à la fonte des neiges, fondre sur les grands monts qu'à monceaux, le Zéphyr a chargés de frimas, et la fonte gonfler le courant des rivières; telles ses belles joues paraissaient fondre en larmes. Elle pleurait l'époux qu'elle avait auprès d'elle ! Le coeur plein de pitié, Ulysse contemplait la douleur de sa femme". Diodore, enfin, juxtapose à la fonction traditionnelle des Grâces celle dont nous parlons. Il écrit en effet dans sa Bibliothèque historique: "Aux Grâces fut donné d’orner l’aspect des personnes et de façonner chaque partie de leur corps pour rendre celui-ci meilleur et plus agréable à voir; il leur fut donné en outre de prendre l’initiative des bienfaits, et d’accorder aux auteurs de bienfaits les faveurs appropriées". De ces divers textes il ressort que, parallèlement à une interprétation allégorique attestée par des auteurs latins, il existe une conception grecque des Grâces, qui fait d’elles de véritables divinités de la réciprocité des bienfaits. Aristote, plus largement, suggère qu’elles fondent par cette fonction la concorde et l’harmonie sociale ; sans doute fait-il allusion au culte de Démos et des Charites, à Athènes. Dans l’iconographie médiévale et renaissante, la représentation avec les figures vêtues n’a pas disparu, mais elle n’a jamais connu la popularité de la triade nue selon la version de Servius, où l’attrait esthétique pour un corps nu de dos est évident. Cependant, si la tradition antique plaçait la Grâce au dos tourné entre ses deux compagnes, c’était pour des raisons d’alternance et d’équilibre. Au Moyen Âge, la forme du groupe s’altère fréquemment, parce qu’on y voit essentiellement l’illustration de la vérité qu’un bienfait accordé est deux fois rendu. Dès lors, il suffit que l’une des Grâces se présente de dos, ou même se tienne à l’écart : sa place par rapport aux deux autres est sans intérêt, n’affectant pas le sens. La pensée mythologique de la Renaissance prolonge la tradition médiévale autant ou plus qu’elle ne la renouvelle. Boccace leur consacre un chapitre (V, 35). La description qu’il donne de leur apparence est conforme au texte de Servius: "Elles vont nues et se tiennent enlacées. Deux d’entre elles ont le visage tourné vers nous, tandis que la troisième tourne le dos". On voit que les mythographes de la Renaissance hésitent entre une interprétation allégorique héritée de Sénèque et Servius, et une vision plus large, qui fait des Grâces des figures de la concorde ou des liens unissant les hommes. La place qu’occupe cette interprétation allégorique dans les textes fait penser qu’elle ne doit pas être moins représentée dans les arts figurés. Pourtant, dans l’art, il est moins facile de savoir quel sens le peintre ou le sculpteur donne à son œuvre, quand il ne s’est pas expliqué clairement là-dessus. Autrement dit, si la représentation des Grâces à la Renaissance est évidemment inspirée de l’Antiquité, en revanche on se demande parfois comment l’artiste interprète celles-ci. Il en irait de même pour la suite fameuse des quatre allégories que le Tintoret achève en 1577 au palais ducal de Venise: Ariane et Bacchus, Minerve et Mars, la forge de Vulcain, Mercure et les trois Grâces. Les Grâces représentent les récompenses promises aux bons citoyens. On voit ainsi que l’interprétation allégorique de la figure des Grâces, qui était marginale dans la pensée antique, a connu (élargie parfois à une conception grecque des Grâces comme déesses de la concorde) un riche développement dans la littérature et dans l’art du Moyen Âge et de la Renaissance, parce qu’elle correspondait au goût des hommes de ce temps pour l’allégorie. Il est impossible de négliger le rôle de l’allégorie dans l’histoire de l’art. "Zeus nous a fait un dur destin afin que nous soyons plus tard chantés par les hommes à venir".    Bibliographie et références:   - Apollodore, "Bibliothèque" - Aristote, "Éthique à Nicomaque" - Cicéron, "De la nature des dieux" - Diodore, "Bibliothèque historique" - Hérodote, "Histoires" - Hésiode, "Théogonie" - Ovide, "Fastes" - Ovide, "Métamorphoses" - Pausanias, "Description de la Grèce" - Pindare, "Pythiques" - Pindare, "Odes et Fragments" - Théophraste, "Histoire" - Georges Dumézil, "La religion romaine archaïque" - Joël Schmidt, "Dictionnaire de la mythologie"   Bonne lecture à toutes et à tous. Méridienne d'un soir.
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Par : le 09/05/26
"Comme les vents sonores, soufflant en tempête, quand la poussière abonde sur les routes, la ramassent et en forment une énorme nue poudreuse, de même la bataille ne fait plus qu'un bloc des guerriers". Dans la mythologie grecque, Hestia, en grec ancien, Ἑστία / Hestía est la divinité du feu sacré et du foyer. Fille de Cronos et de Rhéa, elle résista aux ardeurs amoureuses des dieux. Lorsque Poséidon et Apollon prétendirent tous deux à sa main, afin de préserver la paix dans l'Olympe, elle jura de demeurer vierge à jamais. En signe de gratitude, Zeus lui accorda la première victime des sacrifices publics. Selon d'autres auteurs, elle devait ce privilège à son droit de préséance sur les autres dieux dont elle était alors l'aînée. Malgré son vœu de chasteté, elle fut désirée par plusieurs dieux: un jour, Priape, ivre, essaya de la violer pendant son sommeil. Hestia s'éveilla et vit Priape à califourchon sur elle: il s'enfuit tout penaud. La discrète déesse remplit son rôle de gardienne du feu jusqu'au moment où elle céda sa place à la table des dieux, en faveur de Dionysos, pour se rendre dans une ville grecque. Hestia appararaît comme une déesse pacifique, la seule de l'Olympe n'ayant jamais pris part à une guerre ni à une querelle. Ayant inventé l'art de construire les maisons, elle était la déesse du foyer domestique et son feu dans les temples était sacré. Aussi, dans toutes les demeures, l'âtre ne devait jamais s'éteindre. On ne le faisait qu'en signe de deuil. Dans la Méditerranée orientale, on représentait la grande déesse par un tas de charbon incandescent dont on conservait le feu en le recouvrant de cendres blanches. Ce feu ne dégageait ni fumée ni flamme et constituait le centre naturel au cours des réunions de famille ou de clan. Dans la cité de Delphes, le tas de charbon est devenu la pierre à feu que l'on employait à l'extérieur et devint l'"omphalos" ou protubérance ombilicale que l'on voyait souvent sur les vases peints grecs; il représentait ce que l'on croyait être le centre du monde. Elle est l’incarnation de la compassion féminine et de l’unité de la famille. L’esprit de la déesse inspire de la joie et de la paix. Déesse vierge, elle adore l’introspection lors de longs moments de solitude. Sentiments et intuitions ont les caractéristiques de cet archétype. Sa nature calme et sa disposition paisible restent un mystère pour ceux qui la rencontrent. Protectrice des familles et des maisons, elle est honorée de cuire le pain dont la famille se nourrit. Son humilité ne la rend cependant pas inférieure à d’autres femmes qui bénéficieraient d’une position sociale plus élevée. C’est une femme qui ne se laisse pas non plus facilement manipulée comme le montre sa résistance à la tentation d'Aphrodite pour le sexe et le mariage. Elle était vénérée dans les temples circulaires à Delphes. Elle assume ses choix et en est fière. Elle préfère la vie spirituelle et se détourne des désirs terrestres. Par ailleurs, elle est très rarement représentée mais toujours avec un voile sur la tête, symbole de sa pureté. C'est une déesse capable de grande compassion. C’est une femme très sensible capable de ressentir les pensées et les émotions d’autrui. Cette grande sensibilité peut expliquer sa méfiance envers les lieux trop peuplés où elle ne sent pas à sa place. C’est quelqu’un qui évite la foule. On parlerait aujourd'hui d'agoraphobie. Pour cerner sa personnalité, il faut imaginer un espace dans lequel, elle sera à l'aise et pour lequel, elle sera prête à tout pour le protéger. "C’est sans honte que les mortels accusent les dieux de tous les maux".   "Les Parques ont fait aux hommes un cœur apte à pâtir. Mais, à celui-là, il ne suffit pas d'avoir pris la vie du divin Hector". Ce qui peut être l’occasion de réactions inattendues de sa part lorsque quelqu’un ou quelque chose se montre un peu intrusif. lorsque cet ultime refuge que représente sa maison est menacé d’être violé par des intrus, la réaction prend les formes d’une violence désespérée. C’est un aspect important du personnage. Tout espace qui peut lui procurer cet isolement volontaire lui permet de s’épanouir. La déesse aime prendre son temps pour réaliser les choses. La notion de "chronos" lui est étrangère. C’est un être divin qui est très proche de la nature, prêt à se battre pour la défendre. Toutefois, Hestia déteste prêcher en public pour la défense de la nature. Elle préfère agir seule. Hestia, toujours immuable et inchangée, symbolise ainsi la pérennité religieuse, la continuité d'une civilisation et de ses lumières au mépris des émigrations, des destructions, des révolutions et des vicissitudes du temps. Le culte qui lui fut voué s'explique par l'importance accordée au feu aux époques primitives, ce feu que le héros Prométhée déroba à Zeus pour le donner aux hommes, encourageant la vengeance éternelle du plus grand de tous les dieux. On ne lui connait aucune personnalité distincte et elle ne joue aucun rôle dans les mythes. Chaque repas commençait et finissait par une offrande à la déesse: "Hestia, dans toutes les demeures, terrestres ou célestes, on vous honore la première, le doux vin vous est offert avant et après la fête. Dieux ou mortels ne peuvent jamais sans vous s'asseoir au banquet." Hestia, la déesse vierge du foyer, était associée à la stabilité, à la permanence et à la prospérité. Souvent représentée comme une femme austère, assise et enveloppée d'une robe de cérémonie. Rarement mentionnée dans la mythologie, elle avait manifestement une grande importance symbolique et rituelle. Elle présidait aux cérémonies marquant la reconnaissance du nouveau-né par son père: l'enfant était porté à cette occasion autour du foyer lors d'un rituel appelé "Amphidromie". Toutes les maisons grecques avaient un foyer où un culte était rendu à Hestia. Dans les maisons, sur la place publique, elle protégeait ceux qui venaient chercher protection auprès d'elle. Hestia était universellement respectée, non seulement parce qu'elle était la plus douce et la plus vertueuse des déesses mais aussi parce qu'elle avait inventé l'art de bâtir les maisons. Son feu était à tel point sacré que s'il s'éteignait soit par accident soit en signe de deuil, on le rallumait à l'aide d'une roue à feu. Les Romains l'identifièrent à Vesta, dont le feu sacré était entretenu par les " Vestales", prêtresses ayant fait le vœu de chasteté et qui étaient enterrées vives si elles venaient à trahir leur promesse, si le feu, symbole vivant de Vesta, s'éteignait, les Vestales le rallumaient à l'aide des rayons solaires reflétés dans un miroir. On raconte que la vestale Rhéa Silvia donna naissance à Romulus et à Rémus.   "Ces divinités sont généralement bienfaisantes, protectrices de la jeunesse, surtout des jeunes filles et des fiancées. Elles peuvent être les suivantes d'une grande divinité comme Artémis, la déesse de la chasse, ou d'une nymphe d'un rang plus élevé, comme Calypso. Elles habitent dans des grottes où elles passent leur vie à filer et chanter". Sur la base de la grande statue de Zeus, à Olympie, Phidias avait représenté les douze dieux. Entre le Soleil ("Hélios") et la Lune ("Sélènè") les douze divinités, groupées deux à deux, s’ordonnaient en six couples: un dieu-une déesse. Au centre de la frise, en surnombre, les deux divinités (féminine et masculine) qui président aux unions : Aphrodite et Éros. Dans cette série de huit couples divins, il en est un qui fait problème: Hermès-Hestia. Pourquoi les apparier ? Rien dans leur généalogie ni dans leur légende qui puisse justifier cette association. Ils ne sont pas mari et femme, comme Zeus-Héra, Poséidon-Amphitrite, Héphaïstos-Charis, ni frère et sœur, comme Apollon-Artémis, Hélios-Sélénè, ni mère et fils, comme Aphrodite-Éros, ni protectrice et protégé, comme Athéna-Héraclès. Quel lien unissait donc, dans l’esprit de Phidias, un dieu et une déesse qui semblent étrangers l’un à l’autre ? On ne saurait alléguer une fantaisie personnelle du sculpteur. Quand il exécute une œuvre sacrée, l’artiste ancien est tenu de se conformer à certains modèles: son initiative s’exerce dans le cadre des schèmes imposés par la tradition. Hestia, nom propre d’une déesse mais aussi nom commun désignant le foyer, se prêtait moins que les autres dieux grecs à la représentation anthropomorphe. On la voit rarement figurée. Quand elle l’est, c’est souvent, comme Phidias l’avait sculptée, faisant couple avec Hermès. De règle dans l’art plastique, l’association Hermès-Hestia revêt donc une signification proprement religieuse. La déesse grecque fut la seule à ne pas se joindre aux Olympiens lors de leur attaque ratée contre Zeus. Dans certaines listes, Hestia est l'un des douze dieux olympiens, mais le plus souvent, sa place est occupée par Dionysos. Dans certains mythes, la déesse renonce volontairement à sa place parmi les dieux sur le mont Olympe, en échangeant avec Dionysos, car elle préfère se retirer des affaires divines et est sûre d'être bien accueillie dans la ville mortelle de son choix. En tant que déesse quelque peu casanière, Hestia n'est pas impliquée dans des aventures divertissantes dans la mythologie grecque, elle semble plutôt avoir pris le rôle de déesse senior à l'écart des autres dieux et de leurs faiblesses trop humaines. La déesse était la personnification du foyer et elle recevait donc les sacrifices dans tous les temples des dieux, car chacun avait son propre foyer. Selon la tradition, Hestia recevait tous les sacrifices avant les autres dieux, même dans des lieux comme Olympie où Zeus était honoré. Hestia recevait également la première et la dernière libation de vin offerte lors d'une fête et était généralement mentionnée en premier dans les prières et les serments. C'est pour cette raison que se développa l'expression "commencer par Hestia". Selon la mythologie, l'honneur de recevoir le premier sacrifice fut donné par Zeus lorsque Hestia jura qu'elle resterait toujours vierge. C'était pour elle un réel honneur.    "Au commencement exista le Chaos, puis la Terre à la large poitrine, demeure toujours sûre de tous les Immortels qui habitent le faite de l'Olympe neigeux. Ensuite le sombre Tartare, placé sous les abîmes de la Terre immense". Dans une maison grecque, l'âtre était généralement un brasero portable, mais il symbolisait le cœur et l'âme de la maison et en était le centre. Le foyer était donc le point central de nombreuses activités, et pas seulement de la cuisine. Lors d'une cérémonie de naissance, le bébé était porté autour du foyer, les jeunes mariées et les esclaves nouvellement arrivés dans la maison étaient couverts de noix et de figues devant le foyer, et après la mort d'un membre de la famille, le foyer pouvait être éteint et rallumé (une pratique courante à Argos). Lors des repas quotidiens, on pouvait également faire une offrande symbolique à Hestia en la jetant dans l'âtre. La personnification de la déesse en tant que foyer l'associe également aux idées d'hospitalité, de protection des invités et d'inventeur de la bonne construction des maisons. Outre les maisons individuelles, Hestia était particulièrement associée au "prytaneion" et au "bouleuterion", le centre symbolique d'une ville ou d'un village où se tenaient les fonctions civiques et où étaient menées les affaires du gouvernement local. On y trouvait généralement un foyer, une tradition qui remonte à la Grèce mycénienne, lorsque le trône du roi et la salle de réception de son palais, le "megaron", possédaient un grand foyer. Le foyer de la ville ultérieure était entretenu en permanence par la communauté, généralement par des femmes célibataires sélectionnées à cet effet. La déesse recevait des sacrifices sur ce foyer communal chaque fois qu'un nouveau magistrat commençait et terminait son mandat et avant les sessions du conseil. Curieusement, après l'échec de l'invasion de la Grèce par les Perses au Ve siècle av. J.-C., Delphes, à bien des égards le cœur religieux des cités-États grecques - ordonna que tous les foyers communaux soient éteints car ils étaient désormais considérés comme impurs. Les foyers étaient ensuite rallumés à l'aide de flammes purifiées provenant du foyer de Delphes. Le culte public d'Hestia était particulièrement répandu en Attique, avec des cultes notables au Pirée, à Éleusis, à Halimos et à Krokonidai. Certains cultes, par exemple à Naucratis et Kos, interdisaient aux femmes de participer aux rituels liés à Hestia au foyer communal en raison de son lien avec la vie politique de la cité (à laquelle seuls les hommes pouvaient participer). Les prêtres et prêtresses spécifiquement dédiés à Hestia semblent avoir été particulièrement répandus à partir de la période héllénistique À l'époque romaine, Hestia, aujourd'hui connue sous le nom de Vesta, continuait à être vénérée, par exemple à Éphèse où le grand prêtre était une femme.    "Enfin l'Amour, le plus beau des dieux, l'Amour, qui amollit les âmes, et, s'emparant du coeur de toutes les divinités et de tous les hommes, triomphe de leur sage volonté". Comme Hestia n'est pas entourée d'une mythologie particulière, elle n'apparaît pas très souvent dans l'art grec, et lorsqu'elle le fait, elle peut être difficile à distinguer des autres déesses, notamment parce qu'elle ne porte pas d'objet facilement identifiable qui lui soit associé. Elle est généralement présentée comme une jeune femme portant un couvre-chef et des vêtements modestes, et parfois elle verse une libation, comme dans un kylix à figures rouges datant de 500 av. J.-C., conservé aux Staatliche Museen de Berlin, qui la montre en compagnie d'Apollon et d'Hermès alors qu'ils conduisent Hercule au mont Olympe. Elle apparaît sur le célèbre vase François (570-565 av. J.-C.) et, cette fois-ci nommée, sur la frise nord du Trésor siphinois de Delphes (vers 525 av. J.-C.) où elle et une déesse non identifiée font face à deux géants en uniforme hoplite. Hestia est peut-être une figure assise dans le groupe du fronton est du Parthénon, mais la statue de marbre est incomplète et il est donc difficile de l'identifier avec certitude. Une autre apparition possible est celle de l'"Hestia Giustiniani", une femme debout à la tête voilée et vêtue d'un peplos austère, mais il pourrait également s'agir d'Héra ou de Déméter. La figure, qui mesure 1,9 mètre, est une copie d'un original réalisé vers 470 av. J.-C. et peut être vue à la Villa Albani à Rome. Comme preuve du caractère récent de la création d’Hestia on a depuis longtemps indiqué le fait qu’Homère ignore l’existence de cette déesse ; cette absence permettrait de dater le moment de la création du personnage divin d’Hestia. Il semble qu’il n’existe aucun doute quant au fait que la déesse Hestia ne joue aucun rôle chez Homère, puisqu’elle n’est pas présente dans les poèmes et que, dans ces textes, le terme ἱστίη se rapporte seulement au foyer. Le personnage d’Hestia nous conduit alors à nous poser une question curieuse. Comment est-il possible que la pensée grecque ait employé une déesse sans mythes et qui n’est rien de plus qu’une simple personnification du foyer pour construire le symbolisme complexe du foyer commun de la cité que les travaux de Gernet et de Vernant ont depuis longtemps mis en valeur ? Pour essayer de trouver une réponse à cette question, il faut tout d’abord répondre à deux autres questions qui ont un rapport avec elle. Premièrement, est-il possible qu’Homère ait connu Hestia mais l’ait délibérément exclue de ses poèmes, contrairement à ce qu’il a fait avec le reste des dieux de l’Olympe ? Deuxièmement, comment peut-on capter le sens symbolique que ce personnage divin a eu pour les anciens Grecs si nous n’avons pas de mythes, c’est-à-dire les éléments fondamentaux qui nous permettent de mener à bien cette tâche ? La réponse à ces trois questions, comme j’essaierai de le démontrer dans les pages qui suivent, doit être donnée en sens inverse de l’ordre dans lequel elles ont été posées. Tentons, tout d'abord, de répondre à la dernière de ces questions qui renvoie, en fait, au choix de la méthode employée dans cette étude. "Vils pasteurs, opprobre des campagnes, vous qui ne vivez que pour l'intempérance". "Prend chez toi et non pas au-dehors, évites la ruine. Il faut choisir ce qu'on a: quelle peine pour l'âme de désirer ce qu'elle n'a pas ! Obéis à cet ordre".   "Donc, avant tout, fut Abîme, puis Terre aux larges flancs, assise sûre à jamais offerte à tous les vivants à tous les Immortels, maîtres des cimes de l’Olympe neigeux, et le Tartare brumeux, tout au fond de la terre aux larges routes], et Amour, le plus beau parmi les dieux immortels, celui qui rompt les membres et qui, dans la poitrine de tout dieu comme de tout homme, dompte le cœur et le sage vouloir". Face à l’absence de mythes que nous observons dans le cas d’Hestia, il est nécessaire avant tout de partir du sens de son nom. Ce choix initial peut sembler, à première vue, un retour vers des théories vieillies dans le cadre de l’étude de la mythologie, telles que les positions soutenues au xixe siècle par Max Müller, qui défendait la suprématie de l’analyse linguistique et étymologique comme méthode pour comprendre le sens authentique de la mythologie antique et, à travers elle, de la religion. Aujourd’hui nous sommes tout à fait conscients du rapport étroit existant entre le langage et la pensée mythique, mais personne n’explique plus, comme le faisait Müller, l’origine et la formation des mythes comme une "maladie du langage" dérivée de l’incompréhension des noms antiques des choses. En réalité, le point de vue défendu ici a peu à voir avec des approches semblables à celles de Müller. En revanche, il est plus proche d’autres perspectives, anciennes aussi, comme celle d’A. Meillet, linguiste travaillant dans le domaine de la sociologie française, qui affirmait qu’on comprend beaucoup mieux les mots si on les met en rapport avec des faits sociaux concrets qui rendent compte de besoins ou d’aspects fondamentaux de la vie des personnes dans des contextes historiques précis. Ainsi, l’étude étymologique d’un terme, dans ce cas précis d’un théonyme, et la compréhension de sa signification permettent d’approcher le sens que ce terme a dans certains contextes, mais cette étude, malgré ses avantages, n’offre pas d’information sur d’autres aspects liés à cette divinité. La perspective que nous défendons ici est fondamentalement structurale et dérive partiellement des lignes de travail de Cl. Lévi-Strauss et surtout de la méthode d’analyse mythologique développée par G. Dumézil tout au long de ses nombreux ouvrages. Bien qu’elle tienne compte des étymologies des théonymes, cette méthode les a rejetées systématiquement pour s’intéresser aux comparaisons de structures mythiques et rituelles, car elle considère que ce sont celles-ci qui permettent de constater que la proposition étymologique concorde avec les rites et les mythes dans lesquels intervient ce dieu. Jusqu’alors on expliquait la religion en rapport avec ses origines. On abandonne ce point de vue quand on constate l’impossibilité de découvrir l’origine d’une coutume ou d’une croyance religieuse. La position soutenue généralement aujourd’hui en anthropologie et en histoire des religions tente d’expliquer les faits liés aux religions primitives et antiques d’un point de vue sociologique. Pour cela on part de l’idée que les religions sont des structures idéologiques significatives qui, à leur tour, font partie d’autres structures, sociales, beaucoup plus vastes. Cette compréhension des religions en termes de structures met fin à la primauté de l’analyse linguistique et étymologique pour établir le caractère et la fonction d’une divinité et repose précisément sur le fait que les panthéons sont aussi des structures.  La fonction et le sens d’un dieu ne peuvent donc s’expliquer qu’à travers l’étude des rapports que chaque dieu établit avec les autres divinités de son panthéon et l’analyse des valeurs symboliques que chacun de ces personnages divins représente. " D’Abîme naquirent Érèbe et la noire Nuit. Et de Nuit, à son tour, sortirent Éther et Lumière du Jour".    "On honorera de préférence l'homme vicieux et insolent; l'équité et la pudeur ne seront plus en usage, le méchant outragera le mortel vertueux par des discours pleins d'astuce auxquels il joindra le parjure. L'Envie au visage odieux, ce monstre qui répand la calomnie et se réjouit du mal, poursuivra sans relâche les hommes infortunés". En ce sens, le point de vue adopté ici, c’est-à-dire la comparaison des valeurs symboliques des divinités à travers l’étude des structures, permet de nier des affirmations comme celles que nous avons vues plus haut sur la pauvreté du caractère personnel d’Hestia. Toutes les interprétations qui présentent Hestia comme la simple personnification du foyer, sans plus de profondeur, partent de l’idée qu’à l’origine, la représentation des dieux a connu un passage du concret vers l’abstrait. En réalité, ce point de vue présente un caractère arbitraire qui découle de la perspective primitiviste de la religion, une perspective aujourd’hui dépassée, qui tendait à considérer que dans le domaine de la religion, le concret est toujours antérieur à l’abstrait. Aujourd’hui nous savons que le processus inverse est aussi souvent attesté et que, de fait, le passage du concret à l’abstrait ou, dans le cas qui nous occupe, le passage d’un nom commun à un nom propre divin peut être particulièrement complexe, puisque, dans les systèmes symbolico-religieux ou mythiques, les noms propres des dieux ne font pas que désigner, mais qu’ils sont aussi des symboles dotés d’une très grande richesse polysémique. Ainsi, le champ sémantique du nom d’un dieu peut être associé à un champ symbolique beaucoup plus vaste, structuré par l’idéologie socio-religieuse. De fait, si nous avons recours à l’étymologie du terme ἑστία, nous observons qu’il s’agit d’un mot lié au foyer et au feu qui dérive de la même racine indo-européenne que le latin "Vesta" ou la racine indienne "vas-". Il nous semble que cette origine étymologique commune d’Hestia et de Vesta nous fournit le meilleur exemple des limites que présente l’étymologie d’un théonyme comme instrument pour capter le caractère d’une divinité. Dans le cas d’Hestia, son nom trouve est apparenté à εὕω, alors que Vesta est de même origine que le "uto". Étymologiquement, donc, les noms des deux déesses proviennent de la même racine qui signifie "brûler". Mais, Hestia est le foyer, alors que Vesta est le feu, ce qui nous indique que les deux déesses ont eu des histoires différentes : il s’agit de divinités qui, malgré leur origine étymologique commune, présentent des caractères distincts qui leur sont spécifiques dans chaque cas. C’est précisément ici qu’entrent en jeu l’analyse structurale, la comparaison entre les différentes structures dans lesquelles la divinité, Hestia dans notre cas, est présente, et les valeurs symboliques respectives que cette déesse assume dans chaque situation ; c’est seulement ainsi, en introduisant la déesse grecque du foyer en des contextes, que nous pourrons comprendre le sens qu’elle a eu en Grèce ancienne. Homère connaissait-il la déesse Hestia ? Il est pour cela nécessaire de réaliser une étude des usages qu’Homère faisait du terme ἱστίη et de certains de ses synonymes dans deux de leurs sens principaux: foyer (ἐσχάρα) et autel (πῦρ, βωμός).    "Alors, promptes à fuir la terre immense pour l'Olympe, la Pudeur et Némésis, enveloppant leurs corps gracieux de leurs robes blanches, s'envoleront vers les célestes tribus et abandonneront les humains". En ce qui concerne l’usage que font l’"Iliade" et l’"Odyssée", les poèmes d’Hésiode ou les Hymnes homériques des divers synonymes de ἱστίη, aussi bien avec le sens de foyer que d’autel, nous pouvons faire les remarques suivantes. Tout d’abord si nous nous intéressons aux synonymes qui ont le sens de foyer, nous constatons que les usages de ἐσχάρα dans les poèmes homériques, le seul texte qui atteste ce terme, font toujours référence au foyer en tant que lieu dans lequel le feu brûle. À la lumière de ces deux analyses, fondées aussi bien sur un examen lexical que sur la lecture du chant XIX, le foyer chez Homère reçoit plusieurs dénominations interchangeables, peut-être en conséquence des besoins de composition qui caractérisent le système de formules de la poésie homérique. Mais cette interchangeabilité entre les divers termes n’est pas totale. Dans la plupart des cas la mention du foyer dans l’Odyssée se fait en ayant recours au terme ἐσχάρα et, de façon marginale, en utilisant deux termes qui dérivent de ἑστία (ἐφέστιος et ἀνέστιος). Comme nous l’avons vu, ἑστία (hom. ἱστίη) est citée dans quelques passages, où elle est garante d’un serment dans le cadre d’une formule. Tout semble donc indiquer que le foyer, en tant qu’ἑστία, reste en marge du jeu métrique caractéristique de la composition en formules d’Homère. Ce point paraît révéler qu’ἑστία n’est pas, en termes strictement symboliques, un synonyme des autres dénominations homériques pour le feu du foyer ou du mégaron. Comme l’ont affirmé traditionnellement les chercheurs, la déesse Hestia n’apparaît pas dans les poèmes, mais nos analyses ont mis malgré tout en évidence que le foyer, l’objet que la déesse personnifie, apparaît chez Homère, et y est doté de certaines des valeurs qui ont caractérisé cette divinité dans le monde grec de la cité-État. L’absence d’Hestia, la déesse grecque du foyer, dans les poèmes homériques peut être due au fait que le poète ne la connaissait pas, comme cela a été affirmé jusqu’à présent. Les poèmes homériques sont antérieurs au monde de la cité, où, suivant ce qui a été soutenu traditionnellement, s’est forgé et développé ce personnage divin. Ceci pourrait expliquer l’absence d’Hestia aussi bien dans l’Iliade que dans l’Odyssée. Néanmoins, les analyses présentées ici ont mis en valeur plusieurs indices permettant de penser qu’il est possible que, dans l’épopée homérique telle que nous la connaissons aujourd’hui, le personnage divin d’Hestia était connu, même si la déesse apparaît uniquement dans l’Odyssée, indirectement et à travers la mention du foyer sous le terme ἱστίη. Les mentions homériques du foyer présentent les mêmes associations symboliques que celles qui sont présentes chez la déesse Hestia, avec Zeus, comme on peut le lire dans l’Hymne homérique à Aphrodite ou dans certains rituels grecs, l’hospitalité et la convivialité. Le monde d’Hestia est celui de la cité-État, or la société décrite dans les poèmes homériques est antérieure à la "polis". Est-ce là une raison suffisante pour que le poète élimine la déesse Hestia du monde des poèmes homériques, car elle n’aurait aucun rôle à jouer avec les héros que nous décrivent l’Iliade et l’Odyssée. "Heureux celui que les Muses aiment d'amour. De douces paroles coulent de sa bouche".   Sources, bibliographie et références:    - Aristonoos, "Hymne à Hestia" - Aristophane, "Les Guêpes" - Callimaque, "Hymnes" - Déméter, "Les Hymnes homériques" - Hésiode, "La Théogonie" - Homère, "Iliade et Odyssée" - Homère, "Hymne homérique à Aphrodite" - Pausanias, "Description de la Grèce" - P. Chantereine, "Dictionnaire des mythes grecs" - André Boulanger, "Le Génie grec dans la religion" - Claude Leduc, "Notes sur la déesse Hestia" - Jean Haudry, "La déesse Hestia et le foyer grec" - Max Müller, "Mythologie comparée" - Georges Dumézil, "Introduction à la mythologie grecque" - Jean-Pierre Vernant, "Mythe et société en Grèce ancienne"   Bonne lecture à toutes et à tous. Méridienne d'un soir. 
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Par : le 09/05/26
Originaires de Thrace, région considérée par les Grecs comme le pays de la lumière :  ce nom avait un sens symbolique signifiant le pays de la pure doctrine et de la poésie sacrée qui en procède. Dès l'origine, elles étaient trois déesses de la montagne sans attributions définies, qui se contentaient d'inspirer les chants, guidées par leur coryphée, Apollon. Ce sont ces Trois Muses qui apprirent au Sphinx installé sur le mont Phicion la devinette qu'il posait à tous les voyageurs. Les Muses, du grec ancien Μοῦσα / Moûsai, devinrent plus tard les filles de Zeus et de Mnémosyne, déesse de la Mémoire, ou d'Ouranos et de Gaïa, magnifiques jeunes femmes dont la beauté enchantait les dieux de l'Olympe. Bienveillantes et compatissantes, elles consolaient ceux qui souffraient. Ce sont elles qui recueillirent les membres d'Orphée et les enterrèrent au pied du mont Olympe. Sur la terre, ces déesses du rythme et des nombres présidaient aux arts, procuraient l'inspiration poétique aux poètes qui venaient se rafraîchir dans les fontaines situées près de leurs sanctuaires, sur le mont Hélicon, à Sparte, et à travers la Grèce. Au moment des batailles, les Doriens les invoquaient parce qu'elles présidaient aux mouvements mesurés des troupes de soldats.     Vers le IXème siècle, Hésiode en comptait neuf, présidant chacune à un art spécifique sous la houlette  d'Apollon nommé alors "Musagète." Les neufs Muses classiques sont: Calliope, "à la belle voix" ou "celle qui dit bien", la Muse de la Poésie épique, qui célèbre les événements historiques plus ou moins légendaires et magnifie la grandeur et la force des héros, ses attributs sont l’éloquence pour les récits de combats et d’exploits, un stylet et une tablette de cire. Clio, "la célèbre", la Muse de l’Histoire, ses attributs sont une couronne de laurier, la trompette de la renommée et un rouleau de papyrus. Erato, "l’aimable", la Muse de la Poésie lyrique qui traduit les émotions, les sentiments, les amours, la mort et parfois galante, ses attributs sont la lyre et le plectre, petit instrument pour pincer les cordes. Euterpe, "la bien plaisante", la Muse de la Musique a pour attribut la flute et le hautbois. Melpomène, "la chanteuse", la Muse de la Tragédie, son attribut est le masque tragique. Polymnie, "aux chants multiples", la Muse du Chant sacré et de la pantomime, de la Rhétorique, de l’art oratoire, du discours et de l’éloquence. Elle est représentée dans une attitude pensive accoudée sur un appui ou parfois la main droite en action comme pour haranguer et la main gauche tient un sceptre ou un rouleau. Elle inspire les poètes. Terpsichore, dont la danse séduit", la Muse de la Danse, son attribut est la lyre. Thalie, "la florissante", la Muse de la Comédie et de la poésie pastorale, des amours de bergers, ode à la nature, ses attributs sont le masque comique et la houlette, bâton de berger. Uranie, "la céleste", la Muse de l’Astronomie et de l’Astrologie, ses attributs sont un globe terrestre et des instruments mathématiques (compas…).   Les premiers textes de la littérature grecque commencent souvent par une invocation aux Muses qui permet de situer un poète dans le contexte de son poème. À ce titre, les deux incipit homériques sont des modèles célèbres que les auteurs ultérieurs n’hésitèrent pas à reprendre et à commenter. Par-delà le caractère conventionnel de l’exercice, c’est une conception spécifique de la création poétique que l’invocation homérique des Muses nous invite à méditer. Le mot "muse" vient du grec mousa, la parole chantée, la parole rythmée. Le sens originel du terme grec est cependant mal défini et son étymologie obscure. Quant aux Muses, déesses de la musique, de la poésie et du savoir, elles sont ainsi présentées dans la Théogonie d’Hésiode, qui est l’un des premiers témoignages littéraires : "Les neuf sœurs issues du grand Zeus se nomment Clio, Euterpe, Thalie et Melpomène,Terpsichore, Érato, Polymnie, Uranie, et Calliope enfin, la première de toutes."   Dans leur généalogie la plus couramment admise, celle qu’Hésiode reprend, les divines chanteuses sont issues de l’union de Mnémosyne, déesse de la mémoire, avec Zeus, pendant neuf nuits : "C’est en Piérie qu’unie au Cronide, leur père, les enfanta Mnémosyne, reine des coteaux d’Éleuthère, à elle, neuf nuits durant, s’unissait le prudent Zeus, monté, loin des Immortels, dans sa couche sainte. Et quand vint la fin d’une année et le retour des saisons, elle enfanta neuf filles, aux cœurs pareils, qui n’ont en leur poitrine souci que de chant et gardent leur âme libre de chagrin, près de la plus haute cime de l’Olympe neigeux."   Dès leur naissance, elles vont vers l’Olympe et chantent le triomphe de Zeus; leur chant, organisé autour de l’histoire des dieux, éveille la vocation d’Hésiode au pied de l’Hélicon. Ces deux massifs montagneux sont associés aux Muses, ce qui explique la présence fréquente d’un décor rocheux dans les représentations figurées. En permettant cette vocation, les Muses transforment le poète en voyant d’un genre particulier. Voici comment elles s’adressent à lui: "Pâtres gîtés aux champs, tristes opprobres de la terre qui n’êtes rien que ventres ! Nous savons conter des mensonges tout pareils aux réalités, mais nous savons aussi, lorsque nous le voulons, proclamer des vérités."   D’après certains commentateurs, Hésiode pourrait reprendre ici un vers de l’Odyssée, qui dépeint la force persuasive d’Ulysse : "Tous ces mensonges, il leur donnait l’apparence de vérités." L’allusion possible à l’épopée homérique lui permettrait de se démarquer des propos mensongers d’Ulysse en affirmant le caractère sacré et véridique de sa propre poésie, qui n’est plus seulement humaine, mais divine, car inspirée. Hésiode ne naît donc pas poète, mais plutôt berger. Pour devenir poète, encore faut-il être élu par les Muses et recevoir leur éducation.   Par ailleurs, si le nombre de Muses est variable selon les témoignages, chacune semble avoir un rôle relativement bien établi. Quatre Muses veillent à l’évolution de l’épopée et du chant, marquant la primauté de la musique dans l’univers.Calliope, mère du poète Orphée, épouse d’Apollon, préside à la poésie épique. On la représente souvent entourée de l’Iliade et de l’Odyssée. C’est elle qui est le plus souvent citée par les poètes. Muse de l’histoire, Clio chante la gloire des guerriers et la renommée d’un peuple, à l’aide de la trompette ou de la cithare. La lyre, instrument fréquemment cité chez Homère, accompagne Érato, la Muse de la poésie lyrique. Lyre encore, mais aussi cithare et trompette, autant d’instruments qui entourent Euterpe, déesse de la musique.   Plutôt que les noms précis des Muses, c’est le terme générique qui apparaît chez Homère, souvent au singulier. Dans l’incipit de l’Odyssée, "la Muse" est l’inspiratrice du Poète, puis, dans le chant VIII, de l’aède Démodocos. De façon générale, dans les invocations comme dans les représentations figurées, une seule Muse suffit à représenter ses sœurs. Sa présence est cependant nécessaire pour garantir la beauté et la vérité de la parole poétique.En un temps où l’idée d’auteur est moins nettement définie qu’aujourd’hui, la Muse joue un rôle essentiel. Née d’une oralité secrète, l’inspiration est la seule notion qui vaille. Soufflée par la Muse, elle régit un poète qui ignore le désir de création.   Une chaîne se déploie, reliant la Muse, l’aède, l’auditoire :"De tous les hommes de la terre, les aèdes méritent les honneurs et le respect, car c’est la Muse, aimant la race des chanteurs, qui les inspire." (Odyssée, VIII, 479-481). La Muse, de son côté, fait connaître les événements passés. Il ne s’agit peut-être pas d’un passé historique, au sens moderne du terme, mais plutôt d’"un temps originel, un temps poétique". C’est le temps des héros. Pour qu’elle devienne vérité, la parole poétique est indissociable de la Muse et de la mémoire, et l’aède ne peut opposer à la Muse son propre savoir. Il est inspiré par les voix des Muses "à l’unisson", celles qui, échappant à la temporalité humaine, voient "ce qui est, ce qui sera, ce qui fut". La Muse propose une mémoire omnisciente, non sélective, elle permet au Poète d’avoir accès aux événements qu’il raconte et de déchiffrer l’invisible. "   "Et maintenant, dites-moi, Muses, habitantes de l’Olympe, car vous êtes, vous, des déesses: partout présentes, vous savez tout, nous n’entendons qu’un bruit, nous, et ne savons rien." (Iliade, II, 485-486.).  Dans l’Iliade, les Muses voient de manière directe les événements que l’aède souhaite narrer. Cette "autopsie" des Muses, selon le sens étymologique du terme, est opposée au savoir indirect, "par ouï-dire", des poètes qui se contentent de reproduire ce qui leur est indiqué. Le poète entend la voix des Muses et l’inspiration surgit. Ainsi l’Iliade se déploie par le recours à la personne du Poète, instrument aux mains de la Muse. La parole du Poète permet d’échapper au silence et à la mort. Elle lutte contre l'oubli que représentent par exemple les Sirènes, figures antithétiques des Muses mais qui, comme elles, savent "tout ce qui advient sur la terre féconde"(Odyssée, XII, 191). Parfois considérées comme les filles de Melpomène, de Terpsichore ou de Calliope, les Sirènes, remarquables musiciennes, auraient perdu leurs ailes à la suite d’un concours de chant avec les Muses: ces dernières auraient arraché leurs plumes pour s’en faire des couronnes. Honteuses de leur déchéance, elles se seraient alors réfugiées dans les rochers de la côte méridionale de l’Italie, d’où elles attirent les navigateurs.   Ainsi chantent-elles, en promettant au marin Ulysse de lui donner le pouvoir de connaître à l’avance tous les événements à venir. Le héros résiste, car il sait par Circé que leur chant est signe de mort. Son désir est pourtant immense. En luttant contre les voix ensorcelantes de ces Muses maléfiques que sont les Sirènes, Ulysse refuse l’oubli de soi. Son choix éclaire l’acte de l’aède qui se fait le servant des véritables Muses. La Muse maintient la mémoire des hommes et crée l’épopée. Le chant de l’aède porte une identité et insuffle la vie. Le culte des Muses est originaire de Piérie en Thrace. Il s’est répandu ensuite en Béotie autour de l’Hélicon. Il eut pour centres, les villes d’Ascra et de Thespies. Athènes leur consacra une colline voisine de l’Acropole. Delphes les honora aux côtés d’Apollon. Leur ancien caractère de nymphes des sources explique que de nombreuses fontaines étaient consacrées aux Muses.   Les représentations des Muses sont nombreuses, sur les vases peints, les monnaies, les bas-reliefs, les fresques de Pompéi, de nombreuses statues. Un bas-relief au Louvre décorait autrefois les trois faces apparentes d’un sarcophage dit "le sarcophage des muses" du Louvre représente les neuf Muses. En peinture, par le Tintoret, "l’assemblée des Muses sur le Parnasse" présidée par Apollon, par Eustache Le Sueur, les neuf Muses, dans cinq tableaux aujourd’hui au Louvre, par Ingres "la Naissance des Muses" et par Gustave Moreau, "Hésiode et les Muses" (1860). Dans l'inconscient masculin, les Muses incarnent l'image nostalgique de la fée qui console dans les heures douloureuses, panse les plaies psychiques ou qui inspire les grandes œuvres. Cette image souvent magnifiée ,idéalisée est celle de la vierge, terrain inexploré, tabou qui hanta les rêves de maint séducteurs ou de la femme idéale et inaccessible.   Bibliographie et références:   - Apollodore, "Bibliothèque" - Apollonios de Rhodes, "Argonautiques" - Hérodote, "Histoires" - Hésiode, "Théogonie" - Homère, "Iliade" - Ovide, "Fastes" - Pausanias, "Description de la Grèce" - Pindare, "Pythiques" - Pindare, "Odes et Fragments "- Platon, "Phèdre" - Théophraste, "Histoire   Bonne lecture à toutes et à tous. Méridienne d'un soir.
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