La rubrique "Articles" regroupe vos histoires BDSM, vos confessions érotiques, vos partages d'expériences SM. Vos publications sur cette sortie de blog collectif peuvent aborder autant les sujets de la soumission, de la domination, du sado-masochisme, de fétichisme, de manière très générale ou en se contentrant très précisément sur certaines des pratiques quu vous connaissez en tant que dominatrice/dominateur ou soumise/soumis. Partager vos récits BDSM, vécus ou fantames est un moyen de partager vos pratiques et envies et à ce titre peut être un excellent moyen de trouver sur le site des partenaires dans vos lecteurs/lectrices. Nous vous rappelons que les histoires et confessions doivent être des écrits personnels. Il est interdit de copier/coller des articles sur d'autres sites pour se les approprier.
Par : le Il y a 19 heure(s)
Est-ce l'instinct du plaisir ou du bonheur qui guida la jeune femme vers ses pulsions les plus animales ? Ce n'en fut pas encore la vue, et il avait fallu toute la verve des poètes et la mystique animée de l'amour lesbien de Sapphṓ, le souvenir des jardins à la nuit tombante de Pétrarque, du Roman de la Rose et des soirées dorées de Bysance, pour parvenir à tout cela. Charlotte secouait un joug et tentait de se débarrasser d'un code des bienséances draconien qui prétendait réduire sa nature primitive, la passion vulgaire de soi-même, les attitudes commodes, voire trop franches, puisqu'il était interdit de laisser deviner ses sentiments et les choses qui vous touchent personnellement, comme la mélancolie et même l'esprit de contradiction, quand on blesse vos désirs. Au sortir de l'adolescence, elle commença à jouir d'un peu de liberté, et préféra au strict respect de l'homme, la délicatesse des femmes. On ne lui avait rien appris tant les sujets touchant l'existence étaient articles scabreux et tabous. Même si elle lisait beaucoup, elle avait appris les bonheurs de la vie sur les corps de ses amantes. Jean-jacques Rousseau n'était-t-il pas d'avis qu'il ne fallait rien apprendre aux filles parce qu'elles savent tout par nature et instinct. L'abbé de Saint-Pierre avait lui, d'autres vues. L'odieuse Révolution française décréta doctement, en faisant couler le sang bleu, qu'elle n'avait pas à s'occuper de leur éducation. Fénelon, quand à lui, conseillait "de ne verser dans un réservoir si petit et si précieux que des choses exquises". Cette lumière dorée qui tombait du plafond pour s'aviver aux flammes aiguës des cierges, c'était la blondeur de Charlotte se mêlant à celle de Juliette. C'était l'éclat d'un même corps de femme en course par le monde, d'une femme qui n'avait fait que traverser l'amour pour resurgir. La fidélité n'est jamais ridicule, et si sensible qu'elle soit à certains prestiges du temps, elle la plaçait très haut. Elle s'écartait de Juliette en plongeant son regard dans le sien avec une avidité qui laissait supposer que si, à ce moment-là elle s'était détournait d'elle, elle l'aurait tuée. Mais, au contraire, avec la même convoitise, elle répondait silencieusement à son désir. Il ne lui parut pas moins que ce comportement avait quelque chose de faux, d'un peu anormal. Quoi ? Une exaspération, une exaltation excessive, comme une ivresse provoquée, c'est à dire n'ayant rien à voir avec le délire des sens. N'était-il pas dans l'ordre des choses que de jeunes amantes, en pleine lune de miel, se lutinent, se caressent et, affamées l'une de l'autre se trouvent surexcitées par la solitude dans un décor moite et exotique ? Allongée sur le dos, elle resta immobile et Juliette en profita pour couvrir de baisers rapides tous les espaces de chair claire que le drap ne couvrait pas. Ce fut très rapide, mais ensuite, elles restèrent ainsi longtemps sans bouger, comme si Dieu jaloux les eût pétrifiées. De ce qui n'était qu'une canfouine sous les toits d'un quartier parisien chic, la jeune femme avait fait un réel refuge à sa semblance : lumineux, paisible, harmonieux. Les pièces qu'habitèrent des générations de grands bourgeois dont la vie grise avait déteint sur les murs, elle les avait meublés de couleurs exactes et de formes nécessaires. Le baroque engendre souvent la tristesse et le confort l'ennui lorsqu'il se résume à une accumulation de commodités. Ici rien n'offensait ou n'agaçait. Seul l'amour semblait régner en maître, comme l'air du temps, l'eau de la mer ou les rayons du soleil, un soir d'été, sur les parquets en point de Hongrie.    C'était un appartement pour états d'âme, un micro-climat privilégié fait d'un confort invisible qui se haussait à la dignité de bien-être et de cette forme supérieure du silence: le calme. En apparence, rien de moins remarquable que les rapports des deux amantes, rien de plus rationnel. La courte nuit d'été s'éclaircit lentement, et vers cinq heures du matin, le jour noyait les dernières étoiles. Charlotte qui dormait fut tirée du sommeil par la main de Juliette entre ses cuisses. Mais Juliette voulait seulement la réveiller, pour que Charlotte la caressât. Ses yeux brillaient dans la pénombre. Charlotte effleura de ses lèvres la dure pointe des seins, de sa main le creux du ventre, Juliette fut prompte à se rendre, mais ce n'était pas à Charlotte. Le plaisir sur lequel elle ouvrait grand les yeux face au jour était un plaisir impersonnel et anonyme, dont Charlotte n'était que l'instrument. Il était indifférent à Juliette que Charlotte admirât son visage bruni et rajeuni, sa bouche haletante, indifférent que Charlotte l'entendît gémir quand elle saisit entre ses dents et ses lèvres la crête de chair cachée dans le sillon de son ventre. Simplement, elle prit Charlotte par les cheveux pour l'appuyer plus fort contre elle, et ne la laissa aller que pour lui dire: "Recommence". Juliette avait pareillement aimé Charlotte. Elle lui avait enlevé ses fers. Charlotte osa adresser un regard complice et elles se comprirent. Juliette la poussa vers la table en verre occupant un des coins de la chambre et la força à se pencher dessus. Elle retroussa le chemisier de Charlotte, caressa du bout des doigts la culotte de dentelle noire de sa soumise. C'était de la soie. Sur l'ordre de l'homme d'affaires, la jeune esclave avait confisqué tous ses anciens dessous, les jugeant indignes d'elle. Juliette se fâcha. Charlotte ne portait pas le string La Perla qu'elle lui avait ordonné de porter pour la nuit. Elle lui ôta brutalement et se saisit de la cravache posée sur la table basse Knoll. Sans plus de préambule, elle exigea d'elle qu'elle enlève son soutien-gorge, découvrant ainsi une poitrine menue mais ferme. Elle cingla alors à toute volée ses seins, en visant les mamelons, au centre des aréoles, pour les taillader avec le cuir. Juliette semblait vouloir la dépecer. Charlotte se déhancha, comme prise par une danse de Saint-Guy. Juliette, réalisant alors que Charlotte ne conserverait pas de traces, se saisit d'un martinet, qui était rangé dans le tiroir de la table de nuit, et travailla les épaules et les fesses de Charlotte en l'échauffant lentement, alternant les caresses des lanières de cuir avec des coups cruels et violents. Plus Juliette frappait fort et plus Charlotte s'offrait. La douleur devenait intolérable, elle se rendait spectatrice de sa douleur. Elle souffrait, mais semblait heureuse. Le plaisir qui naissait insidieusement en elle la stigmatisait en la glorifiant. Juliette ne s'était pas trompée à l'acquiescement ni à la révolte de Charlotte, et savait bien que son merci était dérisoire. Il y avait bien une raison qu'elle lui expliqua. Elle tenait à faire éprouver à toute fille qui entrait dans sa maison, qui se soumettait à elle, que sa condition de femme ne serait pas déconsidérée, du seul fait qu'elle n'aurait de contact qu'avec d'autres femmes, sauf pour la punir à être offerte à des hommes. Et que pour cette raison, elle exigerait à l'avenir qu'elle soit constamment nue, de nuit comme de jour. La façon dont elle avait été fouettée, comme la posture où elle serait désormais entravée n'avaient pas d'autre but. Charlotte avait ressenti une jouissance cérébrale de femme soumise à une femme qui l'obligeait à souffrir. Mais pour Juliette, la certitude que Charlotte ne tenait compte égoïstement que de son propre plaisir la révulsait, chaque séance de flagellation semblant l'éprouver de moins en moins. Quant à elle, même si elle n'avait pas aimé que son seul souffre-douleur, ses fautes n'étaient que le résultat insensé de cet amour poussé au désespoir, qui la conduisait à laisser Charlotte, folle de jouissance, attachée et nue, sanglante et couverte de traces dont elle était fière, toute à son délire présentant un tableau si honteux et obscène que valait mieux en éteindre jusqu'au moindre souvenir.   Éros, qui différencie ou unit les sexes, l'érotisme naît de cela. La loi d'Empédocle est vraie : le couple idéal est composé de deux moitiés d'un tout attirées l'une vers l'autre, mais qui se cherchent, tentent de se retrouver et qui s'étant rejointes se fondent l'une dans l'autre : c'est alors l'unité. On ne doit pas être prisonnier de ce qu'on est, mais on ne doit pas, on ne peut pas non plus le récuser. Elle avait cédé par faiblesse et parce que les manœuvres préliminaires lui avaient procuré un amusement pervers. Elles avaient d'instinct les mêmes désirs, les mêmes besoins, les mêmes rêves, le même esprit, la même âme. On ne pouvait imaginer ni terme ni limites à leur connivence. Quelque chose d'indéfinissable semblait avoir pris le contrôle de son cerveau et commandait à son corps de cette souffrance fulgurante magnifiée par son obéissance servile. Ce fut alors une révélation pour elle. Après lui avoir fait demi-tour, elle s'agenouilla aux pieds de sa soumise: "- Si tu te voyais, sale chienne!" Une vraie fontaine ! J'ai connu plus d'une fille chaude, mais j'ai l'impression que tu les surpasses toutes !" Sa nuisette était à terre, Charlotte n'apercevait pas le visage de Juliette, mais elle sentit sa langue quand elle lui lécha les lèvres de son sexe. Elle se cambra, écartant les jambes autant que le lui permettait la culotte qui la bloquait aux genoux. En lesbienne raffinée, Juliette prenait son temps. D'abord elle lécha d'une extrémité à l'autre les bords de la vulve, avant de descendre plus bas entre les cuisses puis de remonter enfin dans la fente béante. Charlotte ne put retenir un long gémissement. En un éclair, elle se demanda s'il y avait quelqu'un dans la chambre voisine. Si c'était le cas, il ne pouvait les voir. La lourde porte en bois à double serrure en fer entre les deux pièces était close. Cependant, on pouvait l'entendre crier. Elle oublia vite ce détail. La langue de Juliette faisait des ravages dans son sexe, elle allait et venait à une cadence diabolique. Le résultat ne tarda pas. Charlotte jouit de nouveau, sans se soucier si le voisinage pouvait être alerté par ses cris. Juliette se délecta du spectacle offert par sa soumise. Après lui avoir demandé de la remercier, elle dit seulement: "C'est curieux, j'ai trouvé que ton sexe avait moins de goût aujourd'hui." Charlotte alors feignant une déception évidente eut un sourire contraint. Charlotte leva la tête. Juliette ne l'eût pas regardée, comme elle faisait toujours. Elle n'eût pas autrement bougé. Mais cette fois, il était clair que Juliette voulait rencontrer le regard de Charlotte. Ces yeux noirs brillants et durs fixés sur les siens, dont on ne savait s'ils étaient ou non indifférents, dans un visage fermé. "-Maintenant, je vais te faire couler un bain", annonça-t-elle en ouvrant la porte de la salle de bain contiguë à la chambre. Elle enfila une courte blouse de coton blanche qui dévoilait ses longues jambes bronzées. Charlotte se déshabilla lentement. Juliette lui sourit et lui caressa les pointes de ses seins qui durcirent. On n'épuisera jamais Charlotte mais il est bon pour Juliette de le tenter.   La même haine et la même fureur de vengeance braquaient son cœur jaloux, contre les autres amantes mais la jeune femme avait toujours eu de la facilité à tout accepter. C'était une véritable grâce qu'elle avait reçue. La malheureuse n'avait rien compris à cette sauvagerie soudaine. Comme atteinte de nystagmus, son regard vacilla avant que jaillissent des larmes provoquées plus par la surprise que par la honte. La première fois que la jeune esclave l'avait aidée à se laver, elle avait ressentie de la gêne, mais peu à peu, elle s'y habituait. Ce soir-là, comme les autres fois précédentes, Juliette évita, en lui faisant sa toilette, de donner un tour érotique à ses attouchements. Cependant, après avoir séché sa soumise, elle invita celle-ci à prendre place sur la table de massage toute neuve installée dans un coin de la pièce. L'homme d'affaires, précisa-t-elle, veut que ce dîner soit une fête. Alors, il faut soigner de près ta préparation. Suivant les indications de la jeune esclave, Charlotte s'allongea à plat ventre sur la table rembourrée. Le menton calé sur ses mains croisées, elle épia, vaguement inquiète celle qu'elle n'arrivait pas encore à considérer comme une servante en dépit des exhortations de l'intéressée et des encouragements de Juliette. Mais tous ces préparatifs ne lui disaient rien de bon, mais la jeune esclave se contenta de sortir de l'armoire à toilette un grand flacon rempli d'un liquide doré. La jeune fille expliqua que c'était de l'huile d'amande douce macérée avec des herbes. "- Après avoir été massée avec cette huile, vous vous sentirez très belle. Il n'y a rien de plus relaxant." Charlotte ne demandait qu'à la croire. Pourtant elle gardait encore une certaine méfiance vis à vis de l'homme d'affaires et de sa complice. Elle eut un frisson quand la jeune fille lui versa une bonne dose d'huile au creux des reins. C'était doux et cela sentait bon. Dans un premier temps, l'esclave qui s'était déshabillée lui étala le liquide odorant de la nuque aux talons, et sur les cuisses. Charlotte était allongée sur la table où brillaient, noires et blanches, comme des flaques d'eau dans la nuit, toutes les images de Juliette. Avant, elle s'attouchait la nuit quand elle était seule. Elle se souvint des questions de sa Maîtresse. Si elle avait des amies dont elle se laissât caresser ou qu'elle caressât. Puis l'esclave entreprit le massage proprement dit, commençant par les épaules. Charlotte se laissait aller. C'était effectivement très relaxant. La jeune esclave lui pinçait la peau et les muscles sans violence, mais avec fermeté. C'était strictement fonctionnel. Mais bientôt, une douce chaleur envahit son corps, surtout son ventre. Une pensée, alors, la traversa sous forme de question. Si les doigts de la jeune fille ne cherchaient pas à l'exciter, qu'en était-il de l'huile de massage ? Les herbes qui avaient macéré dedans ne possédaient-ils pas des effets aphrodisiaques ? Ce soupçon se précisa quand elle sentit les lèvres de son sexe se séparer. Le trouble qu'elle ressentait n'était pas très fort, mais il persistait. Elle remua nerveusement sur la table. Les pointes de ses seins devenues dures, frottaient sur le rembourrage, entretenant son émoi et la laissant frustrée. L'idée que tout cela était fait exprès pour la maintenir alors excitée sans qu'elle puisse se soulager s'imposait à son esprit. Charlotte réprima l'envie de se masturber en se massant le ventre contre la table. Elle obéissait aux ordres de Juliette comme à des ordres en tant que tels, et lui était reconnaissante qu'elle les lui donnât. Qu'on la tutoyât ou lui dît vous, elle ne l'appelait jamais que Maîtresse, comme une servante. Tout cela était presque religieux. Un oiseau qui passe tous les cent ans et qui, tous les cent ans, du bord de son aile effleure la terre et l'éternité c'est le temps qu'il faut pour que la vie disparaisse.    L'éternité n'est pas du tout allongé, c'est l'absence du temps. "O mon âme, n'aspire pas à la vie éternelle, mais épuise le champ du possible". Le mur d'air, de race, d'espace, de vide qui existait entre les deux jeunes femmes, elle brûlait de l'abîmer, et l'autre goûtait en même temps l'attente où elle était contrainte. Impassible, la jeune esclave poursuivait son travail sans paraître remarquer les réactions de Charlotte. Elle avait fini par atteindre ses fesses. Elle les massa longuement et très langoureusement. Quand ses doigts s'attardèrent sur le pourtour de l'anus, Charlotte se cabra. "- Pas là! - Il faut détendre ça comme le reste." La jeune fille ajouta que l'orifice avait besoin d'être élargi pour rendre ce passage plus commode si on décidait un jour de la prostituer. Charlotte serrait volontairement les fesses. Cependant, bon gré mal gré, sous les doigts habiles, elle se relâcha. L'esclave en profita pour lui masser de nouveau les bords de l'anus. Ce fut un soulagement pour Charlotte quand elle descendit enfin sur les cuisses. Son émoi était tel que le moindre attouchement sur une zone sensible l'excitait, la rendait malade de frustration. La trêve fut de courte durée. Car l'esclave, non sans plaisir, avait reçu des instructions strictes. Elle était trop étroite, il fallait l'élargir. Il lui faudrait s'habituer à porter au creux de ses reins, un olisbos à l'imitation d'un sexe dressé, attaché à une ceinture de cuir autour de ses hanches fixée par trois chaînettes de façon que le mouvement de ses muscles ne pût jamais le rejeter. La jeune esclave lui dit seulement qu'il ne fallait pas qu'elle se crût libre désormais. Charlotte l'écoutait sans dire un mot, songeant qu'elle était heureuse que Juliette voulût se prouver, peu importe comment, qu'elle lui appartenait, qu'il n'était pas sans naïveté, de réaliser que cette appartenance était au-delà de toute épreuve. Ainsi écartelée, et chaque jour davantage, on veillerait à ce que l'olisbos, qui s'élargissait à la base, pour qu'on fût certain qu'il ne remonterait pas à l'intérieur du corps, ce qui aurait risqué de laisser se resserrer l'anneau de chair qu'il devait forcer et distendre, soit toujours plus épais. La jeune esclave versa de l'huile dans le rectum de Charlotte, qui bien malgré elle, lui présentait sa croupe en se cambrant, accentuant la courbe de ses reins. Elle enfonça son pouce dans l’anus bien lubrifié, elle le sentait à la fois récalcitrant et souple et elle savait que Charlotte n’était pas encore tout à fait détendue et luttait inconsciemment contre cette intrusion humiliante. De son côté, Charlotte avait la respiration saccadée et rauque, la bouche sèche, elle était dans cet état second où l’appréhension des gestes de l'esclave conjuguée au désir de l’interdit la laissaient totalement passive mais nullement insensible. Bientôt, l'autre main alla s’aventurer dans l'autre voie déjà abandonnante, les lèvres acceptèrent la double caresse forçant délicatement le périnée, les doigts s'attardant sur le clitoris impatient. Lorsque trois doigts forcèrent son anus, elle serra les dents avec un faible gémissement de douleur. Elle n'avait jamais accepté de pénétration dans sa partie secrète, jusqu’à ce jour. Bientôt, ce furent quatre doigts délicats qui pénétrèrent son anus. La chair autour des phalanges s’épousait parfaitement, l'anneau acceptait l'intrusion. Disposant également des seins et du sexe de Charlotte, la jeune esclave ne se priva pas de les exploiter. Après lui avoir pétri la poitrine, elle descendit vers le bas-ventre. L'essentiel n'était pas de jouir mais de mobiliser son énergie vitale. Pour y parvenir, la meilleure façon était de la retenir afin de la concentrer avant de la libérer. Quand enfin, la jeune fille la fit descendre de la table de massage, Charlotte tenait à peine sur ses jambes. Passive, elle se laissa habiller et coiffer. Elle portait une robe échancrée au milieu du dos libérant les reins. Elle comprit du même coup que sans doute Juliette avait décidé de la prêter. Ce fut encore pour elle un grand émoi de s'imaginer, nue et en position d'écartèlement extrême, attachée durement à une croix de Saint André, à la libre disposition de femmes qui ne souhaitaient rien d'autre que de la fouetter jusqu'au sang.     Bonne lecture à toutes et à tous. Méridienne d'un soir. 
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Par : le 18/05/26
La dark romance, ce frisson qui colle aux doigts BDSM et dark romance, deux mondes qui se croisent sans se confondre Pourquoi la dark romance emprunte autant aux imaginaires BDSM Quand le BDSM est bien écrit, et quand il sert juste de décor noir Ce que la dark romance dit de notre époque Lire dans le noir sans perdre la lumière La dark romance, ce frisson qui colle aux doigts La dark romance a un parfum de stupre, trop lourd, dans une chambre mal aérée. On sait qu'il faudrait ouvrir la fenêtre, prendre l'air, retrouver un peu de raison. Et pourtant on reste. On tourne la page. Encore une. Puis une autre. Depuis quelques années, ce genre littéraire s'est imposé avec une force remarquable dans les rayons, sur les plateformes de lecture et dans les communautés en ligne. En France, des séries comme Captive ou Lakestone ont participé à sa diffusion massive, notamment auprès d'un lectorat jeune adulte. Les éditeurs eux-mêmes reconnaissent que la dark romance joue avec des intrigues d'emprise, de violence psychologique, de captivité, de masculinité menaçante, tout en restant structurée comme une romance. Ce qui m'intéresse ici, ce n'est pas de distribuer les bons et les mauvais points depuis un fauteuil bien sec. Je ne suis pas une maîtresse d'école ! C'est, par contre, de regarder ce que ces livres activent. Pourquoi tant de lectrices et de lecteurs aiment-ils à ce point pénétrer dans ces zones troubles, là où le désir se mêle au danger, où la tension narrative se nourrit d'un inconfort presque délicieux ? La dark romance n'est pas seulement 'une romance avec des gens méchants'. Elle est un laboratoire de l'intensité. Elle pousse les émotions au bord du meuble, elle fait glisser le fantasme vers l'interdit, elle demande parfois au lectorat de rester dans une scène plus longtemps qu'il ne le voudrait tout à fait. C'est précisément là qu'elle devient intéressante. BDSM et dark romance, deux mondes qui se croisent sans se confondre Il faut le dire nettement, parce que la confusion est tenace, la dark romance n'est pas du BDSM. Et le BDSM n'est pas, par essence, dark. Le BDSM réel repose sur des pratiques, des protocoles, des langages partagés autour du pouvoir, de la sensation, de la contrainte choisie, de l'érotisation de certains déséquilibres. La littérature scientifique récente insiste sur l'importance de la négociation, du consentement explicite et de la communication directe dans les interactions BDSM. Plusieurs travaux rappellent même que les cadres BDSM peuvent offrir des modèles particulièrement riches pour penser le consentement comme processus actif et non comme simple case à cocher. La dark romance, elle, travaille souvent tout autrement. Elle met en scène l'absence de maîtrise, l'ambiguïté, la peur, la capture, parfois la coercition ou le consentement incertain. Elle peut emprunter des signes visuels au BDSM, menottes, domination, soumission, humiliations verbales, ritualisation du pouvoir, mais leur fonction narrative n'est pas toujours la même. Dans une scène BDSM bien construite, le trouble vient souvent d'un paradoxe exquis, je me donne, donc je décide. Dans certaines dark romances, le trouble vient au contraire de l'impossibilité de décider, ou de la lente reconfiguration d'un rapport de force initialement brutal. Ce n'est pas une nuance de broderie, c'est l'armature du texte. Trois confusions fréquentes Domination n'est pas abus. Une dynamique D/s choisie n'est pas une relation toxique déguisée. Violence sexuelle représentée n'est pas automatiquement BDSM. Le BDSM suppose un cadre relationnel et symbolique qui manque souvent aux scènes purement coercitives. Une lectrice qui aime un fantasme de capture ne souhaite pas nécessairement le vivre. La fiction est précisément l'espace où l'on peut regarder le monstre à travers une vitre. Pourquoi la dark romance emprunte autant aux imaginaires BDSM Parce que le BDSM possède une puissance symbolique rare. Il parle de pouvoir. De contrôle. D'abandon. De limites. De corps qui obéissent, résistent, cèdent, se dressent. C'est une langue narrative presque trop séduisante pour la dark romance. Un collier peut devenir, selon le texte, une marque d'appartenance choisie ou une laisse imposée. Une injonction de s'agenouiller peut relever d'un rituel négocié ou d'une scène d'assujettissement. Le geste est parfois identique, mais son sens moral, émotionnel, érotique, change radicalement. Les autrices et auteurs de dark romance le savent. C'est pourquoi le genre récupère volontiers les codes de la domination et de la soumission. Il y trouve une intensité visuelle immédiate, un vocabulaire de tension, un théâtre du déséquilibre. Certaines sorties de 2026 continuent d'ailleurs d'afficher très frontalement cette alliance commerciale entre 'dark romance', BDSM, obsession, sociétés secrètes et rapports de possession. Mais ce recyclage est tout sauf neutre. Lorsqu'un texte plaque des accessoires BDSM sur une dynamique d'emprise sans jamais distinguer l'un de l'autre, il peut entretenir une vision paresseuse du kink, comme si désir de pouvoir et violence étaient naturellement cousins. Ils ne le sont pas forcément. Et pour beaucoup de personnes pratiquantes, cette réduction finit par agacer, franchement. Le fantasme de l'emprise n'est pas l'éloge de l'abus Je crois qu'une partie du débat public autour de la dark romance devient stérile parce qu'il refuse la complexité du fantasme. On demande parfois aux lectrices de rendre des comptes sur ce qu'elles aiment lire, comme si l'imaginaire devait toujours déposer ses papiers à la frontière du politiquement impeccable. Or le fantasme n'est pas un programme électoral. Il n'est pas non plus une recommandation de vie. Il est souvent contradictoire, enfoui, excessif, et parfois même délicieux précisément parce qu'il serait intolérable dans la réalité. La dark romance permet d'explorer des scénarios de perte de contrôle, d'obsession, de transgression, avec une distance matérielle, celle du livre. Des chercheuses et chercheurs qui travaillent sur ces textes montrent que la question du consentement y est centrale, qu'il soit brouillé, différé, conflictuel ou explicitement mis à l'épreuve. Ce n'est pas un détail secondaire, c'est l'un des noyaux du genre. Cela ne veut pas dire que toutes les oeuvres sont fines, loin de là. Certaines confondent intensité et répétition de la cruauté. Certaines font de l'héroïne une pâte à modeler narrative. Certaines s'abritent derrière le mot 'dark' pour éviter d'écrire réellement la complexité psychique de leurs personnages. Mais d'autres textes comprennent parfaitement ce qu'ils manipulent. Ils savent que le lecteur vient chercher une brûlure contrôlée. Pas un cours de morale, certes. Mais pas non plus une mécanique bâclée où la brutalité remplace le désir. Quand le BDSM est bien écrit, et quand il sert juste de trame de fond .... noir Je reconnais un BDSM convaincant en fiction à sa densité intérieure. Pas au nombre de menottes sur la couverture. Un bon texte BDSM, même inséré dans une romance sombre, prend au sérieux le rapport de pouvoir. Il montre ce qui se négocie, ce qui se ressent, ce qui déborde parfois. Il comprend que la soumission peut être un acte d'affirmation, que la domination n'est pas une simple agressivité virilisée, que le contrôle peut être tendre, presque minutieux. Les travaux sur les échanges de pouvoir BDSM rappellent que ces relations peuvent être émotionnellement complexes, recherchées pour des raisons affectives autant que sexuelles. À l'inverse, le BDSM décoratif m'ennuie vite. Il aligne quelques mots-clés, 'maître', 'obéis', 'punition', sans architecture relationnelle. Il transforme la domination en grimace de mâle alpha et la soumission en sidération permanente. C'est pauvre. Et surtout, ce n'est pas très érotique. L'érotisme a besoin d'intelligence, sinon il sèche sur pied. Dans une dark romance, le BDSM me semble mieux employé quand : les pratiques ne servent pas seulement à 'faire plus choquant', le pouvoir a une logique psychologique lisible, le texte sait distinguer ce qui est fantasmé, manipulé, consenti ou imposé, les personnages conservent une intériorité, même dans l'ombre, l'auteur ou l'autrice ne prend pas son lectorat pour un meuble. C'est aussi pour cela que certaines lectrices cherchent aujourd'hui des récits sombres avec un consentement plus explicite, ou du moins avec des balises émotionnelles plus nettes. Cette demande existe bel et bien dans les communautés de romance, où l'on voit se développer des discussions très précises sur les limites, le 'dub-con', le CNC fictionnel ou les formes de noirceur acceptables selon les goûts de chacune. Ce que la dark romance dit de notre époque La progression de la dark romance ne tombe pas du ciel. Elle arrive dans une époque saturée de discours sur la toxicité, le trauma, les rapports de genre, le désir féminin, la vulnérabilité et la reconstruction. Elle s'inscrit aussi dans une industrie éditoriale qui sait très bien repérer les communautés passionnées, les codes viraux, les tropes facilement identifiables et les dynamiques de recommandation issues des réseaux sociaux. Je ne pense pas que la dark romance signifie un 'retour vers l'archaisme' du désir féminin. Ce serait trop simple. Je crois plutôt qu'elle révèle une faim d'intensité dans un monde où le rapport amoureux est souvent décrit en termes de gestion, de vigilance, d'équilibre, parfois jusqu'à l'asepsie. Or le désir n'est pas toujours raisonnable. Il veut parfois être déraisonnable dans un espace sans conséquence réelle. Le BDSM, de son côté, se démocratise davantage dans l'espace public, dans les ateliers, les médias, les boutiques spécialisées, avec une insistance croissante sur la distinction entre pratique consensuelle et violence conjugale. Cette visibilité nouvelle contribue probablement à banaliser certains signes, tout en renforçant la nécessité de mieux nommer les différences. C'est peut-être là que dark romance et BDSM se rencontrent vraiment, non pas parce qu'ils diraient la même chose, mais parce qu'ils obligent tous deux à parler du pouvoir dans l'intime. Qui le détient ? Qui le cède ? Qui le met en scène ? Qui en sort transformé ? Question splendide. Question inflammable aussi. Lire dans le noir sans perdre la lumière La dark romance n'est pas un manuel de relations saines. Elle n'a pas à l'être. C'est une littérature de l'excès, du trouble, de la tension émotionnelle portée très haut. Lorsqu'elle frôle le BDSM, elle gagne une matière symbolique considérable, le pouvoir, l'abandon, la contrainte, le corps comme territoire de fiction. Mais précisément parce que cette matière est riche, elle mérite mieux que des raccourcis. Le BDSM n'est pas la caution chic de la brutalité. La dark romance n'est pas forcément une apologie de l'abus. Entre les deux, il existe un espace complexe, voluptueux parfois, irritant souvent, mais terriblement vivant. Moi, j'aime les textes qui osent l'ombre tout en sachant ce qu'ils font. Ceux qui ne confondent pas profondeur et surenchère. Ceux qui comprennent qu'un fantasme peut mordre sans devenir bête. Ceux qui me laissent refermer le livre avec le coeur un peu plus rapide, et l'esprit encore bien allumé. C'est là, pour moi, que la dark romance devient vraiment intéressante. Pas quand elle copie le BDSM. Quand elle accepte d'être regardée par lui, franchement, sans détour, presque nue.
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Par : le 18/05/26
Comme elle avait grandi dans les milieux les plus libres, avec sous les yeux, chaque jour, libertinage débridé, chaque nuit, soirée orgiaque , elle ne s'étonnait plus de rien, ne jugeant jamais, et prenait plaisir à ne pas rester témoin de la soumission extrême à l'avilissement bestiale de son corps, de la façon, la plus méprisable et abjecte. Et pourtant, elle ne perdait rien d'une forte noblesse de sentiments qui faisait défaut à son entourage, et à la dissipation de laquelle elle ne résistait plus. Si une réputation de vertu orne de rares créatures, c'est aussi leur attirer attention ou respect, mais moquerie au contraire. Elle pouvait onduler, se tordre, pleurer sous le fouet, sa Maîtresse arrachait toujours de sa chair, le bonheur le plus aigu, quand elle s'introduisait brutalement aux tréfonds de ses reins et qu'elle s'abandonnait lascivement au plaisir le plus vil. Il était clair qu'on avait décidé de violer le rythme intime de son être, de briser cette pulsation volontaire qui régulait tous ses plaisirs. La lanière de cuir passant entre ses cuisses persécutait atrocement son clitoris, à croire que le modèle de ceinture de chasteté qui lui avait été imposé semblait être inspiré d'une scène de l'Inquisition espagnole. Mais elle craignait seulement que l'on devine la fierté et surtout le plaisir à la porter. Lorsqu'elle s'éveilla, le silence dans la cave était total. Ne pas ouvrir les yeux. Ne pas s'éveiller tout à fait encore. Pas maintenant. Profiter du demi-sommeil pour continuer à croire que tout cela n'était qu'un rêve, un fantasme trop fort, trop présent, qui raisonnait encore en bas de son ventre. Pourquoi m'avait-elle contrainte à une telle séance ? Avait-elle voulu me faire souffrir ? Rien dans son attitude n'avait pourtant trahi un quelconque plaisir à m'imposer un tel jeu. Cela ressemblait plutôt à un passage obligé, une sorte de rituel auquel elle-même n'aurait pu échapper. Elle tendit l'oreille, à l'affût d'un signe de Juliette. Charlotte secoua la tête. Elle était folle de remuer de telles pensées. Elle ne devait pas avoir peur. Et si sa Maîtresse avait encore eu l'envie de l'offrir à une amie ? Elle avait beau tenter de rejeter de toutes ses forces cette idée, celle-ci la taraudait, ne la lâchait plus. Juliette voulait l'offrir à une amie. Elle lui a donné l'adresse. Elle lui avait dit qu'elle trouverait là une femme qui n'atteignait le plaisir qu'en donnant vie à ses divagations, amener à la jouissance de jeunes oies blanches, consentantes et résignées en les flagellant, parfois jusqu'au sang, pour mieux révéler en elles leurs fantasmes de servitude et pour lesquelles la terreur semblait alors si douce. Elle mime la résistance mais c'est pour mieux en profiter. N'a-t-elle pas elle-même avoué qu'elle affectionnait particulièrement les fantasmes de viol ? Des pas dans le couloir. Les voilà qui approchent. Elle cessa de respirer. Elle les entendit s'arrêter devant la porte de la cave. Une clé tourna dans la serrure. Bientôt la porte s'entrouvrit. Charlotte distingua dans l'embrasure une silhouette. La lumière l'aveugla. C'était Juliette mais elle n'était pas seule. Celle qui l'accompagnait la considérait d'un œil narquois. Elle se coucha en travers du lit, les mains derrière la nuque. Tout en elle dégageait une étrange impression de sauvage énergie mais mêlée d'une extrême élégance. L'inconnue la vit poser les mains bien tendues de part et d'autre de sa vulve avec une douceur inattendue. Elle sollicita les grandes lèvres pour les écarter peu à peu, du bout des doigts. Leur contact, même s'il demeurait ferme, n'avait plus du tout la violence d'auparavant. Elle ouvrit son sexe comme on ouvre une orange, avec soin, en faisant attention de ne pas en perdre le nectar. Charlotte ferma les yeux. Elle cherchait à se concentrer sur le plaisir que l'inconnue exigeait d'elle. Il devait venir. Elle se surprit à espérer qu'on la fouetterait jusqu'au sang et surtout qu'on forcerait ses reins. Rien ne pouvait lui apporter plus de plénitude que d'être ainsi possédée par son étroit pertuis.   Il est bien établi que Charlotte, après avoir connu initialement un sentiment de frustration physique en découvrant les affres de la soumission, éprouvait pour elle, une curiosité mêlée à de l'addiction, comme si son corps nu et dépossédé, de séances de flagellation, sans pitié et interminables, en pénétrations sexuelles, profondes et sans tabou, à l'encontre de la moralité, se révélait à elle-même. Tout était dit dans cet épisode cruel où, d'une difficulté assez courante imposée par son sort, on avait fait un drame aggravé en niant sa sensibilité, en lui refusant le droit d'avoir mal, aussi longtemps qu'elle en éprouverait l'affreuse nécessité. Elle ravalait ses sanglots, car elle n'avait pas droit de douter. Tout ce qui lui était imposé était voulu par elle. S'il convient de toujours conserver une certaine distance dans les relations amoureuses pour entretenir une part de mystère, elle devait réussir à jouir pour la satisfaire et pour qu'elle lui fiche la paix. Peut-être que, comme avec sa Maîtresse, si elle parvenait à se mettre en situation de spectatrice, parviendrait-elle à exciter ses sens. L'inconnue passa plusieurs fois sa langue sur le sexe de Charlotte, de l'entrée du vagin jusqu'au clitoris, aspirant la chair tendre des petites lèvres, les frôlant parfois des dents, puis les abandonnant pour recommencer ailleurs, un peu plus haut, un peu plus bas. À l'instant même où l'inconnue mordilla son clitoris, la jeune fille se convulsa longuement dans ses chaînes et tremblait encore lorsque la jeune femme, s'étant tout à fait rhabillée, lui détacha les mains et lui donna des consignes pour leur prochaine rencontre. Ce soir-là, le sommeil ne vint pas. Bien sûr, elle avait eu peur, bien sûr elle avait eu honte. Elle m'attendait sur un canapé. Un bras étendu sur l'accoudoir en velours grenat. Jambes croisées, pieds nus, ongles lissés d'un vernis rouge. En dessous noirs. Autour de vingt heures, Charlotte en retard sonna à la porte. Trop facile, pas de punition, l'inconnue ne fut pas dupe. Anxieuse, elle poussa la porte entrouverte. À double tour, la referma. La voici introduite dans la pénombre fraîche du salon, par une jeune fille nue, complice des jeux. En fond sonore, le "Boléro" de de Ravel. Doucement le piano pour entendre le bruit de ses pas quand sur le parquet point de Hongrie, elle se déshabilla lentement, une épaule après l'autre, sa robe glissa sur le sol doucement pour écouter le clapotis du sexe entre ses doigts. L'inconnue décroisa ses jambes, les paumes claquant sur ses cuisses, la pria d'avancer. La flamme des bougies lançant des lueurs dansantes sur leurs visages, semblait réveiller des ombres dans le haut plafond. Elle eut les caresses et la bouche de l'inconnue. Cette bouche alla jusqu'au secret de son corps, au plus secret de son être émotif dans la chaleur humide que le désir enfiévrait. Tout d'un coup, elles ressentirent enfin, cette étrange douceur, cette paix heureuse des amantes. Mes yeux se retournent alors vers ton sourire mutin.   Tout cela ne suffisait pas à expliquer ces aberrations physiques qui pouvaient aller jusqu'à la terreur, rien qu'à la pensée de ces nombreux sexes étrangers dont le rôle était de l'outrageait. Ainsi, longtemps, l'usage de la bouche, comme des yeux lui fut interdit. Pour elle, le recours fréquent, de jour comme de nuit à son orifice anal ne la dégoûtait pas, et bien au contraire, cette aversion primitive et condamnable, mue non pas par le seul plaisir physique, mais par sa symbolique amorale, lui procurait chaque fois davantage, plus de jouissance. À nouveau, son irrespect aveugle éclatait, cinglant. Son orgueil était en vérité plus fort que son amour. Elle nourrit d'amers regrets et de sombres repentirs. Le silence, nous l'avions décidé ainsi. Tu devras t'efforcer de ne pas hurler quand quand je te flagellerai jusqu'au sang. Tu n'as pas le choix. Si tu désobéis, ce sera l'arrêt irréversible de la séance. Charlotte ne sait plus ce qu'elle veut, le fouet, oui mais pas pour son plaisir. De l'amour des femmes, elle ne connaissait rien d'autres que quelques privautés, quelques complaisances accordées avec des camarades de classe, à la limite du jeu mais bientôt par dessus la nuque passe le harnais en cuir. Son corps supplie. Toujours nue, de dos sur mes genoux. Bientôt mes doigts, à gauche, et à droite, ont glissé, les lanières de cuir sur tes épaules et dans la fente de tes lèvres. Alors, les omoplates ont frissonné. Les reins soudain cambrés par un flux de désir. Le grain de ta peau sur ma langue; les lèvres de ton sexe sur la pulpe de mes doigts. Ta joue sur mon épaule, mes mains à l'envers ont fermé les crochets; mon souffle effleurant le profil de tes seins dressés avec cette envie de toi qui tangue, cette envie de tout arrêter, cette envie de suspendre les gestes; je t'attrape par la nuque, te renverse sur le canapé, je te dévore; tu te débats, tu me supplies. Charlotte n'a pas de honte à exposer son corps asséché de solitude; tout est évident. Tu es allongée, au-dessus de toi, la caresse est légère presque rêvée, précisant l'ondoiement sur l'entrecuisse à peine ouverte. Le désir est prégnant, ton sexe est brûlant, l'émergence de sa pointe, la moiteur de ses plis, les battements de sa matrice. Elle lui apprit et lui révéla son corps, par des caresses d'une insidieuse lenteur, par des baisers qui n'en finissaient plus d'éveiller en elle des ondes de plaisir presque intolérable. De la bouche venait alors calmer la fièvre qu'elle avait fait naître, s'abreuvant à la source même d'où jaillirait la jouissance. Tu te tais. Fouettée, tu es éclairée comme par le dedans, et l'on voit sur ton visage le bonheur et l'imperceptible sourire intérieur que l'on devine aux yeux des esclaves. Tu le sais bien, Charlotte, tu es une salope sublime.   Au fil des ans, elle s'était découvert une envie d'audace dans la façon d'être prise, de rupture dans les rythmes d'un érotisme fatigué, le besoin même d'être forcée, emmenée loin de ses balises ordinaires par la femme qu'elle aimait, conduite par elle seule jusqu'au cœur de ses peurs les plus tentantes. Elle lui en voulait qu'elle n'eût pas deviné qu'elle souhaitait désormais être sa chienne. Tout ce que tu imaginais correspond à tes fantasmes, sans doute inconscients. Quand bien même le voudrais-tu que tu ne pourrais parler. Tes soupirs, les plaintes d'extase, les gémissements de volupté ont pris toute la place dans ta poitrine et dans ta gorge. Tu deviens muette d'un incomparable bonheur charnel. Nos cris meurent en un baiser brutal, comme la secousse qui bascule. La fleur sanguine laisse sourdre son suc aux mille parfums dans un mouvement de bacchanale déchaînée, sanglot de l'extériorisation extrême de ta sensualité fouaillée. Tu es ouverte, béante, les lèvres palpitantes, la vulve agitée de pulsions enflammées et suintante de son miel blanc et blond. Nous basculons, enroulées l'une à l'autre dans un enlacement tortueux qui nous emplit de joie enfantine. Cessant de lutter, désespérée, retrouvant la joie de vivre, honteuse, fière, tu t'abandonnes alors aux bras qui te meurtrissaient hier. Aucune nuit pareille à nulle autre, jamais Charlotte ne l'accueillit avec autant de joie. Elle avait joui sans être battue. Elle semblait appartenir à un autre monde. Quelque chose d'indissoluble et de fatal, une puissance invisible les liait bien plus que dans le bonheur et l'euphorie, errant dans le pur illogisme de la réalité, ne rendant de comptes à personne, forme suprême de la liberté dont elles usaient dans le bien comme dans le mal. Leur idéal avait changé d'objet. Leur frénésie était un peu glacée. Se laisser toucher, se laisser fouetter, être docile et nue. Pour l'amour qui fait battre le cœur, on ne forçait personne. Charlotte était éblouissante de félicité. L'envol étourdi d'un oiseau nocturne dans un jardin endormi, distrait par la bouleversante incantation sacrée qu'elle portait au rite célébré de leurs chairs amoureuses confondues. Bientôt, le fouet ne fut pas de trop pour la calmer mais Juliette entendrait, encore une fois bientôt Charlotte, attachée nue au pied du lit mais heureuse, respirer dans la nuit.    Bonne lecture à toutes et à tous. Méridienne d'un soir.
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Par : le 18/05/26
"C’était son premier départ pour le front. Malgré les récits qu’il avait entendus au camp d’entraînement, malgré un sens aigu des réalités, sa jeunesse n’acceptait pas la guerre sans l’habiller d’une héroïque parure. Herbillon nourrissait pour les livres cette rare et sensible tendresse qui peuplé la vie de compagnons éternels. On attendait de lui des récits, arrangés à la manière des livres et comme son imagination s'en forgeait elle-même avant qu'il partît pour le front. Il s'irritait obscurément de céder à cet espoir de merveilleux qui agitait ses auditeurs et de fausser, malgré lui, la peinture de sa vie d'escadrille. Et tous deux, âmes jumelles d’une cellule unique, liaient leur savoir et leur divination pour mener à bien la même tâche. Ils avaient beau souffrir l’un par l’autre, se haïr même, leurs sens, leurs nerfs, emmêlés aussi étroitement que les commandes de l’appareil, travaillaient à l’unisson. Rouages intelligents de la frêle et puissante machine qui les emportait, le même fluide circulait entre eux". Sa vie était plus importante que son œuvre, aimait-il à répéter. Quatre-vingt années de voyages, de reportages et d'amitié fidèle. "Avant d'écrire, il faut vivre" disait Saint-Exupéry. L'académicien bourlingueur en a fait son credo. Joseph Kessel, mais on dit "Jef" a vécu ses enquêtes comme des romans et donné à ses reportages la vie qui anime la fiction. Ses avions ont quelque chose des navires de la poésie épique. Les pays qu'il a traversés, de l'Irlande désunie à l'Afghanistan déchiré, sont des théâtres d'opérations. Mais ce qui le captive, derrière l'aventure, c'est l'aventure intérieure, le roman intime de chaque homme. Reporter, romancier, chez lui c'est tout, même faculté d'émerveillement, même compréhension sans jugement, même quête de fraternité. Quant à son propre roman intime, il fut en partie masqué par la légende. Ce qui manque le moins, ce sont les portraits du romancier en héros de roman, en russe de cabaret pleurant d'émotion aux chants tziganes ou brisant son verre d'un coup de dents. L'essentiel est que les clichés ne fassent pas oublier la réalité plus contrastée de l'homme, que des témoins laissent entrevoir. Ainsi de René Guetta qui évoque en 1938 son vieux copain Jef, "silhouette d'armoire à glace" et "regard plein de désespérance". Désespéré, Kessel ? Hanté par une forme de culpabilité, en tout cas, et à coup sûr marqué par les drames familiaux. S'il reste un des auteurs les plus lus du siècle dernier grâce à son "Lion", le romancier eut aussi un destin hors du commun. Engagé volontaire comme aviateur pendant la première guerre mondiale, il tire de cette expérience humaine son premier grand succès littéraire, "L'Équipage", publié à vingt-cinq ans. Dès lors, son œuvre romanesque se nourrit de l'aventure humaine dans laquelle il s'immerge, à la recherche d'hommes exceptionnels. Après la guerre, il se consacre en parallèle au journalisme et à l'écriture romanesque. Il participe à la création de "Gringoire", un hebdomadaire politique et littéraire qui devient l'un des plus importants de l'entre-deux-guerres, et signe des grands reportages à succès pour Paris-Soir que dirige alors Pierre Lazareff. Il publie notamment "Belle de jour", qui fait scandale et reste entouré d'une réputation sulfureuse jusqu'à son adaptation cinématographique en 1967 par Luis Buñuel, et "Fortune carrée", roman inspiré d'un périple en mer rouge lors duquel, il fait la rencontre d'Henry de Monfreid. Quand éclate la seconde guerre mondiale, il est correspondant de guerre, puis rejoint la Résistance et rallie le général de Gaulle à Londres. Il y compose et co-écrit avec son neveu Maurice Druon les paroles du "Chant des partisans", qui devient l'hymne de la Résistance. Il est élu à l'Académie française en 1962. "Comme ces réserves secrètes avaient soutenu jusqu’alors des penchants que sa raison tenait pour droits, ses désirs avaient toujours une vigueur à laquelle elle cédait d’un impatient, d’un invincible mouvement. De nouveau le sentiment qu'elle avait cru ne plus jamais connaître, l'égarement de la bête forcée, fondit sur Séverine. De nouveau, et pour son plus grand plaisir, elle se voyait poursuivie, acculée, à merci".   "La nuit fut longue et cruelle pour Séverine. Malgré sa fatigue infinie, de corps et d’âme, elle ne put dormir ; elle redoutait le retour de Pierre. Il n’avait rien remarqué encore, mais il était impossible que, lorsqu’il viendrait dans sa chambre (il le faisait toujours), le miracle durât. Il était impossible que sur elle, en elle, autour d’elle ne subsistât pas une trace de cette journée monstrueuse. Plus d’une fois, Séverine sauta brusquement de son lit pour voir dans une glace s’il ne s’était pas formé sur ses traits une ride spéciale, un stigmate. Les heures passaient dans cette persécution maniaque. La frayeur portée à son extrême possède ceci de commun avec la jalousie que le moindre possible devient certitude pour celui qui en souffre. Il ne fallut que quelques secondes à Séverine pour partager le sentiment de ses compagnes. Hippolyte était une sorte de bloc barbare, plus vaste et plus haut que les autres hommes. Sans doute il n'y avait rien de particulièrement cruel sur son visage qu'une graisse puissante élargissait au-delà des mesures communes. Mais était-ce le contraste entre son immobilité majestueuse, presque mortelle, et la farouche vie animale qui colorait d'un sang sombre ses lèvres, coinçait ses mâchoires pareilles à un piège à fauves, faisait de ses poings des massues de chair et d'os ? Était-ce sa façon de rouler, de coller sa cigarette ? Ou encore le minuscule anneau d'or qu'il portait à l'oreille droite ? Pas plus que Charlotte, Séverine n'aurait su le dire, mais la peur se glissa lentement dans ses veines. Fascinée, elle ne pouvait détacher son regard de cet homme bronzé qui avait les proportions et la couleur d'une idole". Déjà enfant, sa vie est marquée par le goût du voyage et de l'aventure. Adulte, il n'aura de cesse de découvrir de nouveaux horizons et de sceller de nouvelles amitiés. Parce qu'il n'a jamais rien fait comme tout le monde, il est né le trente-et-un janvier 1898 dans un endroit improbable, Villa Clara, province d'Entre Rios, Argentine. Mais que sont donc allés faire dans cette pampa ses parents, juifs originaires de Lituanie pour lui, de Russie pour elle ? Il reçut une valise comme berceau. Tout est affaire de hasard. Son père Samuel, après avoir quitté sa famille sans un sou pour devenir médecin, était parvenu à poursuivre ses études à Montpellier où il avait rencontré la jeune Raïssa. Celle-ci n'hésita pas une seconde à le suivre pour son premier poste de l'autre côté de l'atlantique où s'était installée une colonie juive. Deux ans plus tard, tout ce beau monde avait pris le chemin du retour, direction Orenbourg, à la frontière du Kazakhstan, d'où était originaire Raïssa. À sept ans, le jeune Joseph, ou Popotchka ("Petites fesses adorées") pour les intimes, a déjà fait autant de kilomètres qu'un tour du monde. Mais le climat des steppes n'est guère favorable à son père qui décide en 1908 de repartir dans l'autre sens pour offrir du côté de la côte d'azur un avenir meilleur à ses trois garçons, Joseph, Lazare et Georges. C'est logiquement Nice, terre d'adoption de la grande bourgeoisie russe, qui les accueille et qui fait découvrir à "Yossia" les œuvres de Dumas et Tolstoï qu'il dévore alors au lycée Masséna. Quelques coups de poings dans la cour de récréation, un léger accent provençal, et le voilà intégré. C’est aussi à Nice, notons-le, que s’établissent un autre aventurier des lettres, Romain Gary, et sa mère. Joseph sera donc un littéraire, aucun doute là-dessus. Et pour l'aider à viser l'excellence, toute la famille part s'installer à Paris après son Ier bac. Louis-le-Grand puis la Sorbonne et le Conservatoire, rien n'effraie "Jef" qui veut mordre alors la vie à pleines dents."Le secret de son corps vivait seul alors comme ces fleurs singulières qui s'ouvrent pour quelques instants et reviennent ensuite à leur repos virginal".   "Pour l'instant on va vous nommer Belle de jour. Ça vous conviendra-t-il ?Oui ? Vous êtes de bonne composition. Encore un peu timide, mais c'est naturel. Pourvu que vous partiez à cinq heures, pas vrai, tout va bien. Vous l'aimez ? (Séverine eut un mouvement de recul ) Oh, je n'insiste pas, je ne force pas les confidences. Vous m'en ferez bientôt toute seule. Je ne suis pas une patronne, mais une camarade, une vraie. Je comprends la vie. Bien sûr, j'aime mieux ma place que la vôtre, mais ça, ce n'est ni vous ni moi qui avons fait la société. Embrassez-moi ma petite Belle de jour. La figure froide et comme coincée dans un moule invisible, presque incapable de respirer, les membres lourds, lourds à laisser croire qu'ils ne pourraient plus jamais remuer, Séverine se sentait mourir. Elle ne savait point ce qui se passait en elle, mais elle ne devait jamais oublier cet état cadavérique ni cette angoisse indicible qui lui arrêtait le cœur. Devant elle passaient tour à tour des flammes et des nuées à travers lesquelles elle devinait des nudités tordues. Elle aurait voulu fermer ses yeux de ses mains, car ses paupières étaient aussi rigides que le reste de sa chair, mais ses mains reposaient sans force à côté d'elle". Le futur académicien entre en littérature par la petite porte, disait-il. Il fait ses débuts dans le journalisme en rejoignant en 1915 le service de politique étrangère du "Journal des Débats", dans lequel il est chargé de traduire des articles russes. En 1916, il découvre les débuts de l'aviation de guerre en tant qu'observateur. Après la guerre, sa vie à Paris est très tumultueuse, toujours à la recherche d'émotions fortes. Il voyage aux États-Unis, fait des reportages sur la Chine, l'Indochine, l'Inde et Ceylan. De ses expériences, il tire la matière de ses premiers romans : "L'Équipage" (1923), roman quasi autobiographique où il raconte son expérience de pilote pendant la première guerre mondiale et des récits et des reportages : "Mémoires d'un commissaire du peuple" (1925) et "Les Rois aveugles" (1925) qui lui vaudront le grand prix du roman de l'Académie française en 1927. À dix-huit ans, il se précipite pour s'engager et se retrouve tout d'abord infirmier-brancardier avant de s'enrôler dans l'aviation. Pour le jeune homme, c'est le rêve : entouré par les gaillards de l'escadrille S. 39, il découvre l'ivresse de la peur mais surtout la fraternité et le courage, incarné par le capitaine Thélis Vachon qui deviendra un des héros de son roman : "L'Équipage" (1923). En dix-huit mois, il enchaîne cent cinquante missions de reconnaissance, succombe au démon du jeu et de l'alcool et y gagne au passage une première croix de guerre, à vingt ans. Cela ne lui suffit pas. Le dix novembre 1918, le fougueux jeune homme s'embarque comme volontaire pour aller prêter main forte aux russes blancs, aux confins de la Sibérie. La première étape du voyage est loin d'être désagréable puisque c'est en héros qu'il est accueilli à New York avant d'enchaîner avec une traversée des États-Unis qui ressemble à une longue ivresse. Enfin, il s'embarque pour Vladivostok et retrouve avec nostalgie la terre de ses ancêtres. Il y croise l'aventurier Grogori Semenoff, seigneur de la guerre cosaque ou chef du crime organisé, suivant les points de vue. Après avoir écumé les fumeries d'opium à Shanghai, il prend enfin le paquebot du retour où il fait une nouvelle rencontre, Sandi, une jeune roumaine. Elle devient sa femme en 1921 mais décédera en 1928 de tuberculose. L'amitié est un exercice de l'âme que les femmes ne pratiquent pas." Un châtiment écrasant allait l’atteindre pour une faute qu'elle avait commise sans doute mais à la façon dont glisse lorsque le vertige ébranle une tête fragile. Mais l'aurore surgit d'un seul coup, prompte et glorieuse".   "Le lendemain il s'était repris et entra chez Séverine avec son habituel ricanement. Mais quand il la prit dans ses bras, elle sentit, à une imperceptible vigilance de ses muscles, qu'il avait peur de lui faire du mal et prenait souci de son plaisir. Elle en eut moins qu'à l'ordinaire. Et il diminua sans cesse à mesure que Séverine prenait conscience d'un pouvoir qui n'était plus seulement sensuel. Comment expliquer un tel mouvement ? Par la seule impuissance à montrer une vertu maquillée à celui qu'elle aimait d'un amour infini ? Par le besoin, moins noble, de la confession? Par l'espoir souterrain d'être pardonnée malgré tout et de vivre ensuite sans le fardeau d'un horrible secret ? Qui pourrait compter les éléments qui, après des traverses aussi affreuses, s'agitent, se fondent dans un cœur humain et le précipitent sur des lèvres tremblantes ? De son côté, Séverine obéissait à la loi fatale du plaisir sans spiritualité qui, s'émoussant, pousse toujours plus avant à sa recherche par des moyens fac-tices. Pour ranimer le goût qu'elle avait eu de Marcel, elle avait de plus en plus souvent recours à l'évocation du mystère dangereux dont la vie du jeune homme était enveloppée. Mais son imagination usa vite cette ressource. Alors l'insistance de Marcel pour sortir avec elle la trouva plus favorable. Elle pensa qu'à le surprendre dans son existence louche, elle retrouve-rait, fût-ce pour un temps, cette crainte qui avait formé le plus profond de sa volupté. Elle se plut d'autant mieux à se peindre une soirée pareille qu'elle la croyait impossible. Comment admettre qu'elle pût sortir, tard dans la nuit ?". Pour l'aventurier écrivain ou l'écrivain aventurier, la littérature se veut la représentation de moments de vie, d'expériences vécues dont il rend de façon réaliste le foisonnement et le mouvement dramatique. L'auteur était là, il dit ce qu'il a vu, et c'est son tempérament qui impose à l'œuvre sa force persuasive. Tout naturellement, l'ensemble des ouvrages de Joseph Kessel, plus de quatre-vingts volumes, suit les phases essentielles de son existence. On y trouve toute une imagerie violente évoquant la Russie d'après la révolution d'Octobre, "La Steppe rouge" (1922), "Le Journal d'une petite fille sous le bolchevisme" (1926), ou les émigrés russes venus se réfugier à Paris, "Nuits de princes" (1927). Il y a l'évocation de la fraternité qu'engendrent la guerre ou les dangers, soit qu'un homme seul les ait courus ("Mermoz", 1938, témoignage sur l'essor de l'Aéropostale) ou qu'ils aient été partagés : "L'Équipage", "Vent de sable" (1929), "Fortune carrée" (1930). Il y a les reportages rapportés de pays plus ou moins lointains ("En Syrie", 1927, "Dames de Californie,1928) ou puisés dans la faune de la nuit ("Bas-Fonds", 1932, "Nuits de Montmartre", 1932). Joseph Kessel appartient à la grande équipe réunie par Pierre Lazareff à Paris-Soir, et qui fait l’âge d’or des grands reporters. Il fait pour le journal de nombreux voyages dont il rapporte reportages qui font monter le tirage du journal de plusieurs centaines de milliers d'exemplaires, et dont il tire la matière de romans. Il est correspondant de guerre pendant la guerre d'Espagne, puis durant la drôle de guerre. Après la défaite, Joseph Kessel rejoint la résistance au sein du réseau : "Carte", avec son neveu et ami Maurice Druon. C’est avec ce dernier qu’il franchit clandestinement les Pyrénées pour gagner Londres et s’engager dans les Forces aériennes françaises libres du général de Gaulle. C'est à cette époque qu'il rencontre à Londres Michèle O'Brien, une Irlandaise avec qui il se marie en 1949. Elle sombra dans une dépendance à l'alcool qui incitera Kessel à s'intéresser aux alcooliques et aux méthodes de traitement, à publier "Avec les Alcooliques Anonymes", en 1960. "La neige du Kilimandjaro devint un doux brasier. La brume se déchira en écharpes de fées, en poudre de diamant. L'eau étincela au fond de l'herbe. Les bêtes commencèrent à composer leur tapisserie vivante au pied de la grande montagne. Alors cette beauté fut de nouveau toute fraîche".     "La lune était haut dans le ciel quand nous atteignîmes, au centre de Parc Royal, une immense plage circulaire, brillante et lisse, qui avait été autrefois recouverte par les eaux d'un lac. La clarté nocturne faisait courir à sa surface un scintillement d'ondes argentées. Et dans ce mirage lunaire, qui s'étendait jusqu'à la muraille du Kilimandjaro, on voyait jouer les troupeaux sauvages attirés par la liberté de l'espace, la fraicheur de l'air et l'éclat du ciel. Les bêtes les plus lourdes et les plus puissantes, gnous, girafes et buffles, se déplaçaient calmement le long du cirque enchanté. Mais les zèbres, les gazelles de Grant, les impalas, les bushbucks se mêlaient au milieu du lac desséché dans une ronde sans fin, ni pesanteur, ni matière. Ces silhouettes désincarnées et inscrites sur l'argent de la nuit ainsi qu'à l'encre de Chine, glissaient à la surface d'un liquide astral, filaient, s'élançaient, se cabraient, s'élevaient, s'envolaient avec une légèreté, une vitesse, une aisance et une grâce que leurs mouvements, mêmes les plus nobles et les plus charmants, ne connaissaient pas dans les heures du jour. C'était, imprégnée, menée par le clair de lune, une danse folle et sacrée". Très marqué par la disparition de son ami de toujours, l'aviateur Jean Mermoz , il se noie dans la littérature et les voyages. Il se veut, comme l'indique un de ses titres, "Témoin parmi les hommes" (1956). Dans cette œuvre, où la psychologie de la perversion ("Belle de jour", 1928, adapté à l'écran par Luis Buñuel) a occupé une certaine place, se fait jour une fraîcheur toute poétique avec "Le Lion" (1958), son plus grand succès de librairie, écrit à la suite d'un voyage au Kenya, qui raconte l'amour que porte une fillette à un superbe lion du Kilimandjaro. Le livre de Kessel, écrit bien souvent dans une langue extrêmement poétique, à la fois syncopée et lyrique, n’a pas pour vocation de divertir ou d’informer mais d’intriguer et d’interroger. Ce n’est pas un conte, mais un récit tragique, qui ne se cantonne nullement aux frontières d’un univers idyllique mais induit, par sa construction dramatique même, un questionnement sur la mort et s’écarte donc d’emblée de tout projet"naïf", au sens noble du terme, dont on a pu qualifier certains moments de l’histoire de la peinture. Un vrai roman initiatique donc, et sur lequel la critique jusqu’ici ne s’est guère attardée. "Le Lion" s’avère à l’examen d’une belle complexité : toute une réflexion sur la violence, les rapports Europe/Afrique, nature/civilisation, la colonisation, la quête du père et même le fait religieux s’y déroulent en filigrane, ce qui trouve ainsi des échos dans les débats politiques et philosophiques actuels. D’un point de vue plus spécifiquement narratologique, la réflexion sur le romanesque se révèle ici centrale, plus particulièrement, la question de l’insertion, étroite en l’occurrence, du théâtral dans le narratif. Ce qui frappe, c’est l’extraordinaire complicité de Patricia et de John Bullit. Ils communiquent à l’évidence en langage codé, par des clignements d’yeux, des regards,des contacts secrets. À travers ce lion éminemment symbolique donc, Patricia cherche à s’approprier non pas seulement l’époux, mais aussi l’être même de son père, à le réduire dans sa conjugalité puis dans son altérité même. Le dénouement et l’épilogue du livre le confirmeront. Si Patricia a convaincu son père de renoncer à la chasse, aux massacres d’animaux, ce n’est pas tant par amour de la vie, pour le triomphe d’aspirations pacifiques que mue par des mobiles moins avouables. "Plus que jamais, au fond, elle adore en lui la violence dont il semble être le dépositaire. Le récit de Kessel nous laisseentendre, avec Pascal, que si la Belle faisait à ce point la Bête, c’est qu’elle faisait l’ange nécessairement, autrement ditqu’elle était adoratrice de la Bête, et donnait libre cours à un orgueil démesuré. La scène de la jeune fille tenant la dépouillede son lion illustre magnifiquement ce que la psychanalyse sous-entend par le recours au thème du parricide œdipien."Les bêtes, ici, ont tous les droits".   "Il n'y avait plus de brume de chaleur. Le ciel n'était que pureté, légèreté. Les lumières et les ombres avaient repris leurs jeux à la surface du sol et contre la paroi immense de la montagne. Sur le sommet en forme de table, fantastique dalle plate et blanche comme un autel dressé pour ses sacrifices à la mesure des mondes, la neige immobile, la neige éternelle commençait à vivre d'un bouillonnement mystérieux et devenait une écume tantôt creusée, tantôt crêtée de vermeil, d'orange, de nacre et d'or. Alors, avec une stupeur émerveillée, où, instant pas instant, se dissipait ma crainte, je vis dans le regard que le grand lion du Kilimandjaro tenait fixé sur moi des expressions qui m'étaient lisibles, qui appartenaient à mon espèce, que je pouvais nommer une à une : la curiosité, la bonhomie, la bienveillance, la générosité du puissant". On mesure là tout le talent du romancier qui n'a eu de cesse toute sa vie de porter un regard objectif sur la cruauté du monde. Ses voyages alimentant son imagination et sa créativité littéraire. En 1950 paraît "Le Tour du malheur", livre comportant quatre volumes. Cette fresque épique, que l'auteur mit vingt ans à mûrir, contient de nombreux éléments de sa vie personnelle et occupe une place au sein de son œuvre. En s'attachant à des personnages sans commune mesure dans leurs excès, elle dépeint les tourments d'une époque et recèle une analyse profonde des relations humaines. On peut y lire sous les relations entre le personnage principal et son jeune frère, Daniel, celles qui liaient Joseph Kessel et son petit frère Lazare, qui se suicida en 1920, à vingt-et-un ans. Il se sent coupable de la descente aux enfers de sa femme Michèle, toujours une flasque de whisky dans son sac à main, capable des pires débordements. Aller au restaurant si elle avait déjà bu promettait à coup sûr un esclandre. C'est en partie pour mettre de la distance avec les cafés parisiens que les Kessel achètent, à leur retour d'Afghanistan, une maison de campagne dans le Vexin, à Avernes, à une cinquantaine de kilomètres de Paris. C'est une longue bâtisse appelée le "Four à chaux de Marie Godard", entourée d'un hectare et demi de prairies et de bois. C'est là que l'écrivain-voyageur se retirera souvent et où il écrira les "Cavaliers et les Temps sauvages", son ultime roman. Consécration ultime pour ce fils d’immigrés russes juifs, l’Académie française lui ouvre ses portes. Joseph Kessel y est élu le vingt-deux novembre 1962, au fauteuil du duc de La Force. Parlant devant l'Académie française, il revendique hautement son appartenance au judaïsme, de même qu'il en avait témoigné dans Terre de feu (1948), publié au moment de la création d'Israël où il sera le premier visiteur à obtenir un visa du nouvel état. Joseph Kessel meurt d'une rupture d'anévrisme le vingt-trois juillet 1979, à l'âge de quatre-vingt-un ans, dans le fauteuil de dentiste du XIXème siècle tendu de velours grenat avec des accoudoirs dorés que terminaient deux têtes de lion, sous les yeux de Georges Walter. François Mauriac lui rend hommage dans son Bloc-notes : "Il est de ces êtres à qui tout excès aura été permis, et d’abord dans la témérité du résistant, et qui aura gagné l’univers sans avoir perdu son âme." Kessel a vécu au quinze boulevard Lannes dans le seizième arrondissement de Paris. Aujourd'hui, l'écrivain-aventurier ou l'aventurier"écrivain, repose au cimetière du Montparnasse.   Bibliographie et références :   - Marc Alaux, "Joseph Kessel, la vie jusqu'au bout" - André Asséo, "Rêver Kessel" - Jean-Marie Baron, "Ami, entends-tu" - Denise Bourdet, "Joseph Kessel" - Alexandre Boussageon, "Joseph Kessel" - Graham Daniels, "L'Équipage de Joseph Kessel" - Michel Lefebvre, "Joseph Kessel" - Silvain Reiner, "Mes saisons avec Joseph Kessel" - Alain Tassel, "Le lion Kessel" - Georges Walter, "Le livre interdit" - Olivier Weber, "Dictionnaire amoureux de Joseph Kessel"   Bonne lecture à toutes et à tous. Méridienne d'un soir.
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