La rubrique "Articles" regroupe vos histoires BDSM, vos confessions érotiques, vos partages d'expériences SM. Vos publications sur cette sortie de blog collectif peuvent aborder autant les sujets de la soumission, de la domination, du sado-masochisme, de fétichisme, de manière très générale ou en se contentrant très précisément sur certaines des pratiques quu vous connaissez en tant que dominatrice/dominateur ou soumise/soumis. Partager vos récits BDSM, vécus ou fantames est un moyen de partager vos pratiques et envies et à ce titre peut être un excellent moyen de trouver sur le site des partenaires dans vos lecteurs/lectrices. Nous vous rappelons que les histoires et confessions doivent être des écrits personnels. Il est interdit de copier/coller des articles sur d'autres sites pour se les approprier.
Par : le Il y a 4 heure(s)
SURVIVRE À LA PENDAISON   Contrairement à beaucoup d’autres supplices, la pendaison est loin d’être mortelle instantanément et irréversiblement. Même quand il s’agit de long drop et de vertèbres brisées, on parle de survies dues à un mauvais calcul de la longueur de la corde. On assiste donc toujours à une vérification de la survie du supplicié, un médecin venant en général vérifier si le cœur de ce dernier bat encore.   Cette survie est d’ailleurs ce qui permet aux sadomasochistes de pratiquer leur propre supplice et d’y survivre. En effet, à moins d’accident, un pendu met souvent plusieurs minutes à mourir au bout de la corde. On peut voir souvent les amateurs de pendaison érotique se débattre pendant de longs instants au bout de leur corde et d’y éjaculer avec l’aide de leur maîtresse dévouée. Survivre à la pendaison dépend considérablement de plusieurs facteurs. La position de la corde, la durée de la pendaison, la distance de chute, constitution du condamné. Une chute brutale ou un patient fragile seront très dommageables et la survie est très douteuse. La corde placée à gauche va provoquer une ischémie qui provoque la mort cérébrale en peu de minutes. Placée à droite, elle provoque un œdème qui pourra facilement se résorber. Placée derrière, le nerf vagal risque de provoquer l’arrêt du cœur et la mort définitive. Sous le menton, le supplicié survivra si la chute ne lui a pas brisé la nuque. Il est donc important de savoir comment mener son supplice si on veut lui survivre.   Ces longues minutes de survie sont accompagnées de gesticulations désordonnées qui font le spectacle. On peut même penser que certains, même devenus inertes sont encore vivants au bout de leur corde. C’est pour cela que l’on laisse le pendu au moins une heure au bout de sa corde quand on ne l’abandonne pas aux corbeaux jusqu’à sa déliquescence. En effet, dans bien des circonstances les pendus ont survécu à leur supplice jusqu’à près de vingt minutes au bout de la corde. C’est d’ailleurs pour cela que l’on sait ce que ressent le pendu quand il est supplicié. D’après ce qui est rapporté, le début de la pendaison provoque, par le serrement du nœud coulant, une vive douleur et une grande angoisse. Mais ces sensations affreuses sont vite remplacées par une sensation de plénitude proches de celle de l’hydrocution et qui conduisent à l’orgasme. C’est bien-sûr cet orgasme qui est recherché par les sadomasochistes.   Aucun autre supplice n’est aussi bien connu pour ses effets sur l’organisme et sur l’espèce d’extase qu’il provoque parfois. Cette sensation de plaisir se transmet jusqu’à l’assistance qui jouit de la pendaison bien plus que d’autres supplices. On peut même mentionner des techniques de tortures qui visent à pendre la victime de nombreuses fois et la ramener à la vie. Les nazis étaient coutumiers du fait, cherchant à jouir de la souffrance répétée de leurs victimes. En Iran, survivre à la pendaison, pour quelque raison que ce soit, conduit à nouveau à la potence. Une sorte de jouissance sociale des pendus règne dans ce pays où l’on pend les gens par centaine et en public avec des spectateurs qui apprécient de contempler les pendus qui se débattent et regrettent qu’ils soient morts instantanément. Pendre est un art qui se pratique comme une sorte de gastronomie, avec des recettes qui assureront des agonies spectaculaires dont on peut craindre qu’elles ne soient guère dissuasives. Il est de règle en Iran qu’un condamné puisse être gracié par les parents de sa victime. Cela se produit parfois et fait que bon nombre de pendus reviennent à la vie. C’est le propre d’une nation sadomasochiste. Le meilleur moyen de ne pas survivre à la pendaison est de la pratiquer en solitaire. Nombre de suicides ne sont que des accidents d’amateurs du nœud coulant dont les précautions se sont révélées insuffisantes à leur survie. La technique habituellement utilisée est de se passer le nœud coulant et de se hisser à l’aide de l’autre bout de la corde passée autour d’une poutre ou d’un support en hauteur. On peut aussi mettre le pied sur une boucle de la corde et se hisser en pesant de tout son poids. Cela divise le poids du sujet par deux et provoque d’intenses sensations d’être réellement pendu. Tant que le sujet pèse moins de soixante kilos l’opération est modérément dangereuse (mais elle l’est) car le cou d’une personne normalement robuste supporte environ ces trente kilos résultants. Mais la corde peut se serrer plus que de mesure, le pied glisser et se coincer, un évanouissement peut survenir et l’on est pendu et étranglé jusqu’à ce que mort s’en soit ensuivie. C’est pour cela qu’il est fortement recommandé de ne jamais pratiquer seul, mais avec une personne entraînée et de confiance, voire le mieux à trois pour plus de contrôle de ce qui peut advenir.         LE REGARD PSYCHANALYTIQUE   On peut maintenant s’interroger sur les fondements psychologiques qui conduisent à l’attraction pour la pendaison. Les effets sexuels liés au fait d’être pendu sont bien entendu une cause opportuniste. Mais cette cause est loin d’engendrer un goût pour les pendus et le désir d’être étranglé. C’est surtout un adjuvant à une pulsion plus profonde. Bander quand on est pendu est physiologique, bander quand on voit un pendu, c’est psychologique. Les psychanalystes sont très vagues sur le sujet, faisant référence (comme toujours) à un phantasme régressif lié à l’enfermement, au retour dans le ventre maternel. La corde représente un cordon ombilical qui a la propriété de, parfois, étrangler le bébé.  On peut y croire si on veut. Comme me disait l’un d’eux devant mon interprétation personnelle de la névrose d’un proche : « c’est vrai si c’est vrai ». La pendaison est une forme extrême du bondage qui met en valeur la réduction à l’impuissance, à l’immobilité et à l’obscurité du sujet. Et cela est de toute évidence une fonction régressive. Le pendu s’identifie à une régression extrême où sa vie est mise en balance, la réaction sexuelle servant de récompense. Être pendu, c’est renverser le temps, revenir à l’état précédant l’existence. Le pendu flotte dans le vide (comme le noyé), sa conscience est altérée et c’est se retrouver dans le liquide amniotique hors du temps et de l’espace. L’érection et l’éjaculation enrichissent cette sensation par le plaisir sexuel du nourrisson. Beaucoup d’amateurs de pendaison sont des personnes de pouvoir qui compensent leur réalité par son inversion complète, la dépendance complète. Ici, il faut faire une distinction entre le goût brutal pour le gibet qui se contente d’un rêve de jouissance et la fonction symbolique que des hommes (ou des femmes) de pouvoir éprouvent dans le fait d’être pendus. On voit bien sur les images de pendaison que beaucoup de condamnés n’éprouvent aucune crainte et semblent se précipiter avec enthousiasme dans le vide. Le fétichisme, quel qu’il soit, vient renforcer cette dimension symbolique. Être pendu nu, est le degré minimal qui vise à exposer son sexe. Les fétichistes recherchent un enveloppement par des matières aimées telles que le cuir, le latex, le vinyle, la soie, qui contribuent à renforcer l’abandon de soi, la perte de repère dans le temps et l’espace. La laine joue particulièrement ce rôle par son épaisseur, sa douceur, sa chaleur et son opacité. Les épaisseurs multipliées de laine (combinaisons, cagoules, moufles, chaussettes, épaisses couvertures) engendrent un sentiment d’isolement, d’étouffement, de perte de repères. Tous les fétichistes de la laine ne sont pas attirés par la pendaison. Beaucoup ne souhaitent même pas y penser. Mais leurs fantasmes, même opposés à la potence, sont très similaires. C’est pour cela que la pendaison et la laine vont bien ensemble car elles vont dans la même direction régressive. Être pendu au bout d’une grosse corde est à peu près équivalent sur le plan symbolique qu’être enroulé dans plusieurs couvertures dont le poids et l’épaisseur prive la victime d’air.   La somme de la laine et de la potence est supérieure à l’effet de chacun des jeux. C’est ce qui peut expliquer à quel point certains sadomasochistes cherchent à vivre de telles expériences. Bien entendu, ce n’est pas un fantasme énormément répandu, mais il est bien présent et quand il se manifeste il est exactement répliqué d’un individu à l’autre, dans divers pays et depuis longtemps. On peut aussi s’interroger sur le rôle du bourreau dans les jeux de pendaison érotique. Là encore, nous ferons la part des sadiques purs qu’il convient d’éviter et ceux qui partagent le fantasme et sa symbolique. Dans bien des cas, ils partagent la même charge pulsionnelle régressive que la victime. Ils aiment d’ailleurs inverser les rôles pour jouir des deux positions. Certains n’aiment qu’être les bourreaux, ne jouissant qu’en étranglant leur victime et en l’aidant à jouir de son supplice. La plupart d’entre eux est tout l’inverse statutaire de leur rôle. Souvent victimes d’une vie où leur pouvoir n’est guère reconnu, ils se représentent en tant que bourreau comme omnipotents. Ils s’identifient au pouvoir de vie et de mort sur leur victime. C’est pour cette raison que leur comportement peut s’avérer dangereux s’il n’existe pas une grande connivence entre le bourreau et la victime. La pendaison érotique n’a rien à voir avec la pendaison réelle où s’exprime la violence d’un état et la déréliction d’idéologies criminelles. Très rares sont les sadomasochistes qui s’identifient à la peine de mort et aux orgies de pendaisons pratiquées par les états criminels dont l’Histoire a été tristement riche. Les pulsions de ces criminels sont gouvernées par la haine, le racisme et l’intolérance. Le paradoxe est que les images de leurs crimes excitent les sens des sadomasochistes qui les contemplent. Cette excitation n’exclut pas une distanciation avec ces actions criminelles. Mais leur contemplation active la charge symbolique et provoque une excitation souvent intense. La culpabilité face à cette excitation n’a aucun sens car nul ne peut quoi que ce soit dans le cadre de fantasmes profondément ancrés. Il est vraiment très rare que des psychanalystes aient supprimé des fantasmes, ils n’ont jamais fait que permettre de vivre sans peine avec ses névroses. Et c’est déjà pas mal. Les pendaisons auto-érotiques sont bien plus fréquentes qu’on ne l’imagine car beaucoup de ceux qui la pratiquent se sentent seuls au monde à avoir des goûts qui leurs semblent abominables. Ce sont souvent des jeunes qui s’essaient à satisfaire leur fantasme. L’accident est toujours possible et l’on retrouve le malheureux pendu et étranglé. On ne veut pas voir les précautions inefficaces qu’il a pris. Alors on se désole d’un suicide dont on ne comprend pas la cause. Ce fantasme surgit chez l’enfant, dès l’âge où il commence à concevoir des concepts et savoir ce qu’est un pendu. Il se transforme en obsession à bas bruit qui explose avec la puberté. Certains imaginent qu’il est provoqué par le souvenir d’une autre vie où il fut pendu et en garda la mémoire d’une grande jouissance. Mais on n’est pas forcé de croire à ce mythe. D’autres théories supposent que le fœtus ayant été étranglé par son cordon ombilical il en aurait connu une jouissance prénatale qu’il voudrait reproduire tout au long de sa vie. Mais on ne dispose d’aucun témoignage de ce phénomène. Peu à peu, le BDSM devient un fait social plus reconnu, voire acceptable. Mais il reste bien du chemin pour admettre que certains fantasmes sont incoercibles et parfaitement explicables. Tout le monde sait que la pendaison excite les sens, mais peu de gens admettent que quelqu’un de leur connaissance le soit. Sauf, peut-être au Japon. Les pays nordiques et germaniques semblent plus ouverts à cette possibilité. Il en va de même pour le fétichisme de la laine qui, peu à peu, devient admissible dans ses aspects les plus anodins, mais beaucoup moins dans leur relation au sadomasochisme. Mais le fétichisme, de manière générique devient plus acceptable, ce qui permet de s’affirmer comme amoureux de la laine, tant que ce n’est pas pour dire qu’on veut étouffer ou se faire pendre et étrangler dedans. Ces deux passions sont à la rencontre des pulsions de vie et des pulsions de mort, la pendaison se résout dans le fantasme de mort, le fétichisme de la laine se résout dans le sens de la vie. La pendaison est une naissance dans la mort, la laine est une mort dans le fantasme du ventre protecteur et chaud. Les deux étaient faits pour se rencontrer.       APRÈS PROPOS   Il ne fait pas de doute que cette description historique de la pendaison, des gibets et du fétichisme de la laine n’est pas exempte de prises de position très spécifiques et liés à un corpus de fantasmes qui sont propres à l’auteur. Le lien entre le gibet et la laine est ténu aux yeux de ceux qui ne sont liés ni à l’un ni à l’autre. C’est normal et cela laisse la place à mille autres perversions. Imaginons maintenant un gosse de 11 ou 12 ans dans un gymnase. Il s’est déshabillé pour endosser sa tenue de sport. Il se met à contempler avec gourmandise un camarade au visage d’ange et portant d’épaisses chaussettes de laine lui montant jusqu’au-dessus des genoux tout en marquant de gros plis sensuels. Il provoque son camarade qui se jette sur lui et lui enserre le cou entre ses jambes. Le gamin agrippe les chaussettes de laine couleur bordeaux chiné qui lui serrent le cou devant des camarades hilares. Le gamin s’étouffe, il se sent partir, impuissant, agrippant les grosses chaussettes de laine. Soudain, il est envahi d’une sensation de plénitude pour finir au bout de longues minutes par éjaculer dans son short. Les fantasmes de pendaison comme le fétichisme ont besoin d’un déclencheur, d’un événement princeps qui met en branle la machine fantasmatique. Soudain, toutes les potentialités fantasmatiques se concentrent dans une strangulation orgasmique, obsédante et révélatrice. Toute la mythologie des gibets est construite dans l’inconscient collectif, poussant à la honnir autant qu’à l’adorer, à la fuir autant qu’à la rechercher. Un écrivain tel que Sylvain Tesson l’expose sans fard, dans son livre « NOIR » qui le montre en train de dessiner à longueur de temps des figures de pendus et justifiant tout cela par des considérations esthétiques. La pendaison fait partie des zones d’ombre de l’esprit humain, faites de délices et d’horreur, de peur et de désir, de principes de mort et de vie forcés de cohabiter dans un imaginaire aussi impérieux que difficiles à partager. Il ne me reste, à moi auteur, qu’à réfléchir sur cette imprécation qui me trotte dans la tête : « Tu fus pendu ! ». Et si vous n’y croyez pas, allez vous faire pendre !  
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Par : le Il y a 4 heure(s)
FORMES ALTERNATIVES   La pendaison est l’un des plus anciens et les plus universels des supplices. On la retrouve dans la plus haute antiquité et jusqu’au néolithique, mais aussi sur tous les continents, sous des formes diverses. A Rome, dans l’antiquité, elle était pratiquée en enserrant le cou du condamné dans la fourche d’un arbre, une traverse maintenait le condamné pendu. En Chine, le supplice de la cangue consistait à placer le condamné dans une cage dont le sommet lui enserrait le cou. Les pieds du condamné reposaient sur un tas de pierres. Le bourreau s’asseyait près du supplicié avec un sablier et retirait une pierre à chaque retournement du sablier. Cela pouvait durer de longues heures, voire des jours. Aux îles Sandwich, on pratiquait la mise à mort en étranglant le condamné attaché à un arbre par le cou et en tirant violemment sur la corde en s’aidant d’un arbre voisin. Ce n’était pas une pendaison, mais le but était le même, faire mourir en serrant le cou. La mort devait être quasi instantanée tant la violence des secousses devait détruire les tissus et les os. Dans ce même esprit de strangulation, la garrote espagnole a consisté jusqu’à la fin du XXème siècle à étrangler le condamné assis sur une chaise accolée à un poteau. A l’origine, on utilisait une corde qui était serrée par un bâton que le bourreau tournait jusqu’à strangulation complète. Puis la corde fut remplacée par un dispositif de collier de fer avec une vis que le bourreau serrait. On n’arrête pas le progrès. A l’époque des persécutions religieuses, on étranglait aussi les condamnés avant de les brûler s’ils renonçaient à Satan et à ses œuvres.   Comme on le voit, la pendaison et sa cousine la strangulation sont des façons commodes de donner la mort. Parfois pour plus d’humanité avant un supplice bien pire, parfois avec un luxe de cruauté en usant de la durée pour accroitre les souffrances. Les nazis avaient l’habitude de pendre les condamnés en leur laissant un pied sur le sol, l’autre étant attaché en l’air. L’épuisement d’être sur un pied conduisait inéluctablement le supplicié à s’affaisser et se pendre lui-même. On a l’habitude de distinguer la pendaison de la strangulation car cette dernière ne suppose pas de suspension et la trace que laisse la corde ne part pas vers le haut comme chez les pendus. C’est une distinction subtile qui est démentie dans les faits par toutes les formes hybrides d’exécutions visant à resserrer le cou. On dit aussi que la pendaison occasionne des réactions érotiques que ne provoque pas la strangulation. Ce n’est pas tout à fait vrai si l’on considère que certains jeux érotiques consistent à s’étrangler pour augmenter l’orgasme. La strangulation, comme la pendaison est fortement liée à l’érotisme et participe de la même ambiguïté entre la mort et le plaisir. On dit que l’on ne pendait pas les femmes pour préserver la décence, mais cette règle ne s’appliquait guère aux pendaisons expéditives des coins de rue. Et c’est ainsi que des servantes voleuses ou débauchées finissaient au bout d’une corde dans la tenue de leur emploi, la robe serrée aux genoux par une corde qui entourait leurs jambes gainées de laine grossière. Et, par des nuits de lune gibbeuse, il arrivait que des hommes s’approchent et se suspendent à leur corps étranglé, fendent leurs jupes avec leur coutelas et violent leur corps encore tiède. Et si le guet passait par là, l’homme n’échappait pas au « mariage des pendus » qui consistait à le pendre à la même corde que celle qu’il violait, les deux amants de la nuit demeuraient étranglés par un seul nœud coulant.     FÉTICHISME   La passion sadomasochiste pour la pendaison s’accompagne souvent de fétichisme. En effet, bien que beaucoup d’amateurs de pendaison aiment à pratiquer nus, beaucoup sont adeptes de fétichismes de diverses matières telles que le latex, le vinyle, le cuir et la laine.   Pour expliquer ce lien, il faut considérer que ces fétichismes s’accompagnent de cagoulages, d’étouffements et de strangulation. La pendaison vient rapidement compléter la panoplie. Notamment la laine qui accompagne volontiers les fantasmes médiévaux. Des fantasmes médiévaux qui font rêver de chausses de laine à la sensualité qui vient s’opposer à la nudité et provoque chez le fétichisme une excitation particulière aux parfums de supplice délicieux. De nombreux sadomasochistes amateurs de pendaison, quand ils ne préfèrent pas être nus, apprécient beaucoup de porter de longs et épais bas en laine qui leur rappellent les chausses de pendus si suggestives.   La laine, comme la pendaison, joue sur la relation ambiguë entre le plaisir et l’étouffement, la douceur et l’enfermement, entre la sophistication et la rusticité des matériaux.  C’est cette ambiguïté qui fait que, pour certains, les deux vont idéalement ensemble. La pendaison évoque naturellement des étoffes épaisses et anciennes, telles, bien entendu, la grosse laine qui rappelle la bure des pèlerins médiévaux.   Le jeu du foulard est une traduction particulière de cette proximité des fantasmes. La laine enveloppe le condamné, mais elle peut aussi servir à l’étrangler. Cette passion fétichisée pour la pendaison se retrouve évidemment dans ce pays où les cordes sont divinisées qu’est le Japon. Au pays du shibari, la liaison entre la pendaison et le plaisir sexuel est exprimée sans complexe dans des jeux et des représentations qui vont bien au-delà de ce que les Occidentaux peuvent se permettre. Le Japon est le seul pays libéral à pratiquer la pendaison. Les condamnés à mort sont prévenus qu’ils vont être pendus une demi-heure avant leur supplice qui s’effectue par un long-drop. La pendaison n’y est pas conçue comme une extension des jeux de cordes qui sont tant appréciés dans ce pays. Elle y est traitée de manière à effacer le caractère expressif du supplice. Alors que, dans le passé, le shibari était une méthode de ligotage extrêmement sophistiquée qui pouvait conduire à une mort lente et humiliante, la pendaison y est pratiquée de manière furtive et déshumanisée. Les cordes de chanvre minces et longues utilisées dans le shibari permettaient un ligotage ouvert (non mortel, moins humiliant) à fermé (mortel et très humiliant). De très longues cordes entouraient le condamné de telle sorte qu’il soit totalement immobilisé et suspendu dans le vide et, ainsi de le laisser de longues heures subir son châtiment sous les yeux de l’assistance. Il va sans dire que le Japon est le pays où l’on pratique le bondage avec le plus d’enthousiasme et que les sadomasochistes qui veulent se faire pendre, étrangler, étouffer y trouvent sans peine des prostituées et des clubs où on satisfera leurs pulsions avec la plus grande célérité.   L’art des estampes met très largement en scène les scènes de ligotages cruelles et sophistiquées où des bourreaux suspendent dans des cordes de jolies femmes tatouées. La dimension sexuelle n’est jamais absente car les femmes sont nues et les hommes manifestent sans vergogne leur désire des corps ligotés. Le fétichisme est très présent, il se concentre sur les cordes elles-mêmes, mais aussi sur les kimonos de soie et les écolières en chaussettes et robe plissée. Comme on l’aura vu, la pendaison est beaucoup plus qu’un supplice. Elle plonge ses racines dans l’histoire judiciaire, dans les mythes magiques et dans les pratiques érotiques. Un vieux dicton affirme que tout homme a un roi et un pendu dans ses ancêtres. C’est peut-être pour cela que beaucoup d’hommes (et de femmes aussi) éprouvent une fascination pour la pendaison faite d’horreur et d’attirance. Ce goût prononcé pour la pendaison des sadomasochistes et des fétichistes de tous poils n’a rien à voir avec une position en faveur ou non de la peine de mort. La pratique sexuelle de la pendaison se détache complètement de la réalité du supplice et de son contexte socio-politique. Cela n’est pas un fait récent car les utilisations et représentations de la pendaison dans les œuvres du passé est souvent également détachée de la réalité judiciaire pour mieux exprimer une vision symbolique, esthétique et érotique des auteurs. C’est quand cette distinction n’opère plus que le BDSM devient une pratique dangereuse et aux implications potentiellement criminelles. Le sadomasochisme conduit fréquemment à représenter des punitions, des tenues et des supplices qui effacent le corps, le rendent dépendant et dévalorisé. La laine est une matière d’élection en ce qu’elle masque le corps tout en le faisant régresser dans son épaisseur. Ambiguë, elle protège tout en aliénant. Son ambivalence se marie bien entendu avec celle de la pendaison qui marie érotisme et châtiment. Tous les amateurs de pendaison n’aiment pas la laine, tous les amateurs de laine n’aiment pas forcément la pendaison. Mais, curieusement, ils se révèlent assez souvent au détour des sites de rencontre. Beaucoup d’entre eux sont surpris de ne pas être les seuls à éprouver cette double attirance.       L’ÉJACULATION   Un jour qu’un messager se précipitait au pied de la potence en brandissant la grâce du condamné signée par le roi, le bourreau lui répondit. : « trop tard, il a éjaculé ! ». Il ne fait aucun doute que la pendaison fait bander et souvent éjaculer. Comme on l’a dit, c’est la source du mythe de la mandragore qui pousse au pied des gibets de la semence des suppliciés. C’est aussi ce qui justifie que beaucoup de sadomasochistes s’intéressent particulièrement à la pendaison dans l’espoir de cette jouissance. C’est aussi, encore, ce qui justifie l’attitude de bien des condamnés qui ne craignent pas d’être pendus car ils espèrent cette jouissance. Et on peut clairement la voir sur le corps de pendus en train de se débattre, le corps convulsé, les genoux remontant vers le haut dans une longue vibration. Une bosse apparaît clairement à la place du sexe.   Deux questions se posent. La première est de savoir si le pendu ressent cet orgasme qui se produit dans un grand nombre de cas, surtout quand on hisse le condamné ou que sa chute est très courte. Le pendu se débat puis lentement l’érection apparaît. La sent-il, se sent-il jouir ? La seconde est de savoir pourquoi la pendaison provoque cette réaction érotique. Pourquoi le pendu bande-t’il et éjacule-t’il ? Les spécialistes sont très divisés sur les réponses à ces deux questions et rares sont ceux qui peuvent y répondre d’expérience. Certains pendus qui ont réchappé à leur supplice racontent qu’après un moment de souffrance et d’angoisse, ils ont ressenti un sentiment de plénitude. Les sadomasochistes se font éjaculer au bout de leur corde, mais c’est le plus souvent en raison d’une masturbation menée par eux-mêmes ou leur partenaire. Les dominatrices qui pratiquent ce jeu ne pendent leur sujet qu’une fois qu’il s’est mis à éjaculer. Ce n’est pas du jeu.   La jouissance du pendu ressemble à celle du noyé qui meurt d’hydrocution. Il arrive qu’on la ressente quand on se baigne dans une eau trop froide. Il est probable que cette éjaculation se produit dans un état de conscience altérée, au bord de l'évanouissement. La réponse à la seconde question est tout aussi difficile à cerner. Ce qui provoque l’érection et la jouissance divise les experts. Il en est qui affirment que l’érection n’est due qu’à l’afflux du sang dans le bas du corps en raison de l’arrêt du cœur. Il n’y aurait donc pas de jouissance. Mais cela n’explique pas l’éjaculation. D’autres pensent à une réaction neurologique qui est provoquée par la traction sur les vertèbres cervicales et aussi par une pression du le nerf vagal. Dans ce cas, il y aurait jouissance, mais pas forcément consciente puisque le système nerveux est lésé. Une troisième explication est liée à l’anoxie cérébrale provoquant un réflexe de survie, comme l’arbre qui meurt projette sa semence pour renaître plus tard en d’autres arbrisseaux. Et là, on entre dans un univers magique où la jouissance aurait toute sa place. On peut aussi se demander si cette réaction très visible chez les hommes se retrouve chez les femmes. Ce qui expliquerait que certaines femmes adorent être pendues. Il n’en demeure pas moins vrai que la pendaison, contrairement à tous les autres supplices, est fortement liée à l’érotisme et que ce lien est connu depuis des siècles, faisant de ce supplice un des plus appréciés par les victimes comme par les spectateurs. La jouissance due à la privation d’oxygène peut être reliée à la sensation d’étouffements que certains recherchent en s’enfermant la tête dans d’épaisses cagoules que nous préférerons en grosse laine. C’est ainsi que les jeux de pendaison s’agrémentent le plus souvent de cagoules ou, parfois, même d’épaisses couvertures couvrant tout le corps. Il est très possible que la jouissance du pendu soit de diverses sortes qui se combinent entre elles au gré des circonstances et des méthodes employées.
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Par : le Il y a 4 heure(s)
LA PENDAISON MODERNE   Dès la fin du XIXème siècle, la pendaison traditionnelle où un public nombreux se repaissait des soubresauts d’un condamné à la langue gonflée et le sexe dressé, disparaît au profit d’une prétention hygiéniste qui la prive de son public au profit de témoins compassés. Cagoulé, ligoté, le condamné est amené sous la corde qu’on ajuste avant d’ouvrir une trappe qui le fait chuter d’une hauteur calculée pour lui briser la nuque sans le décapiter. La mort est supposée immédiate et le spectacle ne dure quelques instants. Ce type d’exécution est volontairement rendu aseptique, furtif, indifférent. Les dignitaires nazis et les criminels de guerre japonais finirent ainsi au fond de trappes, le cou brisé par de grosses cordes de chanvre. Certains survécurent un peu à la chute et se débattirent un moment en grognant. Mais la justice était expédiée avec la bonne conscience de sa préparation scientifique. En Pologne et dans les autres pays de l’Est, on préféra pendre les criminels nazis de manière plus simple et plus visible, précipitant tous les suspects de l’arrière de camions pour les voire s’agiter  dans leur asphyxie. Ce type de pendaison est né de visions humanitaires de la mise à mort. Quitte à exécuter, il convient de le faire proprement. Ce type de pendaison est encore en vigueur dans plusieurs pays tels que le Japon ou le Koweït. Cette forme d’exécution nie la dimension spectaculaire et ambiguë de la pendaison dont l’objectif était de provoquer une agonie. La dimension érotique y est proscrite. La pendaison ordinaire, celle qui a prévalu pendant des siècles avec son cortège de cruauté et de sexe a également traversé le temps et est en vigueur dans les pays qui recherchent la souffrance du supplicié. On la retrouve à l’infini dans l’Allemagne nazie où être pendu suppose une souffrance qui fera le bonheur des bourreaux. On la trouve aussi en Iran où l’on cherche à provoquer la peur chez les condamnés, mais aussi chez le public.   Il ne fait aucun doute que la pendaison pratiquée ainsi par des autorités au sadisme revendiqué provoque la compassion, mais aussi, chez beaucoup, un sentiment ambigu d’excitation érotique. Dans tous les cas, il ne s’agit pas seulement de tuer, mais de faire souffrir et de provoquer un effet de peur dans le public. Les nazis pratiquaient la pendaison systématique des partisans et n’hésitaient pas à pendre en public des femmes et des enfants dans des mises en scène macabres où la mise à mort était secondaire par rapport à l’exhibition du danger à s’opposer à leur présence. Mais en fait, on sait que beaucoup de soldats allemands se masturbaient durant les pendaisons qu’ils photographiaient. Il n’est pas douteux que les mollahs iraniens à la sexualité perturbée tirent un plaisir érotique à pendre leur jeunesse et à contempler leur longue agonie devant une foule hystérique haranguée par des haut-parleurs. Contrairement à la pendaison « moderne », ce type de pendaison se fait souvent en « grappes » où plusieurs condamnés sont exécutés en lignes où les pendus se bousculent en se débattant. Tout à l’opposé de la pendaison hygiénique du long drop, cette pendaison mise sur la durée, le spectacle, sur les gesticulations et le visage congestionné des suppliciés. C’est la pendaison des tyrans et des peuples rendus fous par des idéologies et des religions dévoyées. C’est aussi la pendaison des lyncheurs qui n’ont besoin que d’une corde et d’un arbre pour exécuter les noirs séditieux devant une foule enthousiaste avide de voir le malheureux s’étrangler lentement. Elle nous vient en droite ligne du bas Moyen Âge où on la pratiquait exactement dans les mêmes conditions, avec les mêmes buts, pendre et étrangler jusqu’à ce que mort s’ensuive. Et c’est précisément cette pendaison que l’on retrouve dans les jeux sadomasochistes où la jouissance vient de la lenteur de la strangulation tandis que les pieds ont quitté le sol.   Et il n’est pas rare que des suicides par pendaison ne soient que le résultat malheureux de jeux érotiques imprudents. Les amateurs de pendaison érotique pratiquent le plus souvent en secret et finissent souvent au bout de leur corde. Ceux qui les retrouvent préfèrent parler de suicide que de jeu érotique qui aurait mal tourné. Dans ces jeux, les amateurs de pendaison aiment que leur bourreau soit une femme, une dominatrice qui se dévoue à leur plaisir pendant qu’ils s’étranglent au bout d’une corde. Il y a dans ce jeu de pendaison une sorte de métaphore de l’acte sexuel qui augmente considérablement la jouissance. Cela évoque la notion de bourrelles qui, dans les faits n’ont guère existé au cours de l’histoire. Ce métier étant avant tout dévolu à des hommes que l’on voulait robustes et sans scrupules. Toutefois, pendant la période nazie, de nombreuses femmes se commirent à jouer le rôle de bourrelles dans les camps de concentration. Particulièrement sauvages, ces femmes, souvent très jeunes, se plaisaient à supplicier les déportés et à participer à leur pendaison.     A La fin de la guerre, beaucoup furent prises par les troupes alliées et par les peuples libérés. La plupart finit au bout d’une corde dans un juste retour des choses.         LES MILLE FORMES DE LA PENDAISON   Si l’on excepte la pendaison avec long drop qui est supposée rompre les vertèbres instantanément et provoquer la mort pour autant qu’on a utilisé une corde suffisamment solide, peu élastique, placée sous l’oreille gauche, avec une chute en rapport avec le poids du condamné, la pendaison revêt d’innombrables aspects qui dépendent de la corde, du nœud, de la manière de pendre, de la potence et de la place du nœud autour du cou. Pour commencer, la place de la corde autour du cou, en particulier le nœud, joue un rôle majeur. Placé sur la nuque, la corde va comprimer la trachée, bloquer les artères et les veines, repousser la langue et presser sur le nerf vague. Le pendu perd conscience rapidement, sa langue sort, il bande et éjacule et meurt sans gesticuler au bout de sa corde. Placée sous le menton, la corde ne produit aucun des effets qu’elle a quand elle est placée sur la nuque, ou tout au moins, les atténue considérablement. Le pendu se trouve en souffrance tout en respirant encore. Il se débat, convulse et donne des secousses avec ses jambes, ce qui a pour conséquence resserrer le nœud, provoquant une lente strangulation. La mort ne surviendra qu’au bout de longues minutes, parfois un quart d’heure. Les effets érotiques sont provoqués par la pression de la corde sur le cervelet dont on sait qu’il provoque une éjaculation réflexe quand il est lésé. C’est la forme de pendaison la plus cruelle car l’agonie dure particulièrement longtemps. La corde peut aussi être sous l’oreille gauche, ce qui bloque le retour veineux et conduit à l’accumulation du sang dans la tête, provoquant une cyanose du visage. La langue sort, la réaction érotique est possible. On parle de pendu noir. Placée sous l’oreille droite, la corde bloque l’arrivée du sang, l’inconscience vient rapidement par anoxie cérébrale. Le visage du supplicié se vide de son sang. On parle de pendu blanc. Bien entendu, les bourreaux expérimentés savent où placer la corde quand ils cherchent à hâter la mort ou la retarder pour le plus grand plaisir de l’assistance. La taille de la corde joue aussi un rôle, plus mince, elle comprime plus le cou, tandis que plus grosse elle répartit la pression et ralentit l’agonie. La taille du nœud est aussi importante. Le nœud de pendu coulisse difficilement tandis qu’une simple boucle va produire une rapide strangulation. La longueur de la corde joue un rôle dans son comportement. Une corde trop élastique le deviendra encore plus lorsqu’elle est longue. Dans bien des circonstances, les suppliciés pendus montent et descendent comme des ludions dans leur trappe. Les cordes de chanvre, quand elles n’ont pas été bouillies, les cordes de coton ou de nylon utilisées en Iran sont aussi très élastiques. Il arrive parfois qu’un pendu, que l’on a fait tomber de son tabouret, se balance un instant en se débattant. Puis ses pieds touchent le sol et le malheureux demeure ainsi, à moitié pendu, les pieds sur le sol. Son agonie sera interminable car la strangulation est devenue inefficace. Cela arrive assez souvent et les bourreaux n’ont guère de solution pour mener à bien le supplice, sinon de détacher le pendu et le rependre avec une corde plus courte. Les nazis comme les Iraniens profitent souvent de cette élasticité pour rendre la pendaison plus cruelle et plus spectaculaire pour les spectateurs qui peuvent voir le pendu s’étouffer bien plus lentement. C’est aussi un phénomène qui intéresse les sadomasochistes qui bénéficient d’un étranglement moins brutal.   Un bourreau expérimenté peut intervenir sur ces paramètres pour agir sur l’exécution et faire qu’un pendu meure vite ou lentement. L’objectif est toutefois d’obtenir un beau pendu avec une langue bien sortie et des convulsions spectaculaires.   Il lui suffira de placer la corde au bon endroit pour que l’agonie du condamné soit courte ou longue. Dans les jeux sadomasochistes, le danger sera d’autant plus grand qu’on ne tiendra pas compte des facteurs qui interviennent dans la pendaison. En général, le caractère spectaculaire et fétichiste intervient pour choisir une corde plus grosse et un nœud coulant plus imposant. Mettre la corde sur la nuque provoquera aussi bien l’éjaculation que la perte de conscience… Mais il n’y a pas que la position de la corde qui joue un rôle important dans le supplice. La façon dont le condamné est pendu compte tout autant. Deux façons de pendre peuvent se produire. La première consiste à faire tomber le pendu d’un support. Dans la pendaison médiévale, il s’agit d’être jeté sous l’échelle ou de basculer du « monte à regret ». Cela produit une secousse brutale qui resserre le nœud coulant et augmente la strangulation. C’est aussi le cheval qu’on fouette dans les westerns. Tout l’art de ce type de pendaison est de provoquer une chute qui ne tue ra pas le condamné car on veut le voir se débattre au bout du nœud coulant. A la place du tabouret ou de l’échelle, on voit souvent des pendus tomber de l’arrière d’un camion et se balancer à la potence. Mais, à défaut, on les fait tomber de caisses de boisson. L’autre manière de pendre, la plus simple, consiste à hisser le condamné et de le laisser se débattre au-dessus du sol. Dans ce cas, il n’y a pas de chute et seuls la corde et les spasmes du supplicié vont mener le supplice à son terme. Plutôt que de hisser manuellement les pendus, les Iraniens utilisent des camions grues qui permettent de hisser le pendu très haut et de permettre à une grande foule d’assister au supplice. Hisser le pendu est la méthode la moins dangereuse des pendaisons érotiques car il est plus facile de relâcher la corde en cas de détresse. De plus, avec un nœud avec blocage ou coulissant difficilement, on ralentit la strangulation. Il existe aussi une méthode de pendaison assez rare qu’on appelle pendaison à l’autrichienne. Au lieu d’être pendu à une potence, le condamné est hissé à un poteau, puis relâché après qu’on lui a passé un nœud coulant. Un aide serre les jambes du condamné pour éviter les convulsions. Cette méthode a pratiquement disparu avec la disparition de la peine de mort dans les Balkans et en Autriche. Mais elle a été longuement pratiquée jusqu’à la fin de la seconde Guerre Mondiale. L’utilisation de cagoules est très fréquente. Elle permet de ne pas voir les grimaces des suppliciés. Mais on peut aussi imaginer que la cagoule contribue au supplice masquant le condamné à la vue du monde qui le met à mort. La pendaison moderne avec long drop y recourt systématiquement tandis qu’on se contente de bander les yeux des pendus iraniens. Mais on se rend compte que, jadis, dans les Balkans, on pendait les condamnés dans des sacs et que dans certains pays du Moyen Orient, on les exécute enveloppés et ligotés dans des couvertures qui serviront à les enterrer.   Le pendu est masqué, il ne devient plus qu’un poids mort agonisant hors du monde visible. Encore une fois, la pendaison est un supplice ambigu qui se donne à voir tout en se dissimulant. Et cette ambiguïté existe depuis la nuit des temps et dans tous les pays. Étrangler, tant par la pendaison que par d’autres moyens, doit se voir, doit exhiber ses effets et la souffrance du supplicié pour plaire aussi bien au peuple, aux dieux, ou, aussi aux partenaires sexuels. Les pendaisons simulées jouent considérablement sur cette apparence du pendu en état de souffrance.   On voit ainsi se montrer des victimes de pendaison étouffant ou en extase sexuelle au bout de leur corde. Bien entendu, cela s’entend quand on opte pour une pendaison nue et sans cagoule.
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Par : le Il y a 4 heure(s)
  LA CULTURE DE LA PENDAISON   Bien des expressions courantes et des superstitions nous viennent des pendus. On n’aime pas passer sous une échelle, non pas pour éviter la chute d’un pot de peinture, mais parce que « passer sous l’échelle », c’est être jeté dans le vide par le bourreau après qu’il nous a passé le nœud coulant. « En baver » fait référence au fait que les pendus bavent abondamment en s’étranglant. Les pendus étaient partout. On pouvait être pendu pour le moindre des larcins, souvent justifié par la misère et la faim. Les potences étaient souvent plantées aux croisements de rues, sur une petite estrade. Le passant pouvait regarder le pendu se débattre en allant faire son marché. Le cadavre se balançant laissait indifférent. On le montrait aux enfants pour les faire mieux se comporter. La pendaison ne fait pas peur, elle fait partie de la vie. On ne regarde les exécutions qu’à l’occasion, quand on connaît le condamné ou qu’il jouit d’une certaine réputation. On amène les enfants pour qu’ils voient ce qui attend ceux qui se conduisent mal. L’exécution est en général vite expédiée. Le condamné est amené, les mains liées dans le dos. On le fait monter sur l’estrade, puis sur le tabouret, le monte à regret, le bourreau lui passe le nœud coulant et, d’un coup de pied, renverse le tabouret. Le condamné tombe et la corde se serre. Il s’étrangle lentement en agitant les jambes, tentant de ramener ses mains devant lui. Chaque secousse resserre la corde et sa langue sort, toute gonflée de sa bouche. La bave coule. Parfois, de bonnes âmes viennent l’attraper par les jambes pour le tirer par secousses et hâter sa mort. Il a été pendu dans la tenue qu’il portait quand on l’a arrêté, en général un surcot et des chausses. Il est interdit de lui voler ses vêtements et le corps est gardé tant qu’il n’est pas détaché de la potence. Pourtant, la nuit, des âmes grises lui voleront ses chausses et on le retrouve les jambes nues au matin.   C’est ce que l’on voit sur le détail du tableau de Pisanello. Le jour de leur pendaison, ils portent des chausses colorées. Peu de temps après leurs chausses ont glissé, puis, plus tard encore, elles ont été dérobées et ils ont les jambes nues. Pendant la nuit, aussi, pour quelques deniers, les sorcières du coin viennent gratter le sol et récolter la semence qu’il a éjaculé pendant sa strangulation. Tout un commerce obscur se fait autour des nombreux pendus de la capitale. On vend aussi des brins de la corde, ils portent bonheur et rendent les femmes fertiles. Durant les exécutions, les ribaudes proposent leurs mains à des hommes excités qui viennent jouir en regardant le supplice. On ne s’émeut pas de devoir être pendu car elle fait partie du quotidien et du destin du peuple. Il vaut bien mieux être pendu et étranglé que roué, bouilli ou décapité. Il en va différemment pour les pendaisons royales qui ont lieu place de Grève où trois hautes potences, dont une double, se dresse à près de huit mètres du sol. Là, ce sont des pendaisons judiciaires exécutées après jugement au nom du roi. On y exécute des bandits célèbres et toute une foule vient assister au supplice. Le condamné est amené dans une charrette, en longue chemise et les jambes nues ou vêtues de chausses. Il porte au cou trois cordes de chanvre. Deux d’entre elles sont assez épaisses et ont des nœuds coulants, ce sont les tortouses. La troisième corde, plus fine est juste attachée à son cou et servira à tirer le condamné et à le faire tomber de l’échelle, c’est le get. Le bourreau attend près d’une longue échelle. Quand le condamné arrive, il se saisit des trois cordes et en s’aidant du get, il fait monter le condamné vers le haut de l’échelle. Il attache les tortouses au bras de la potence. Pendant ce temps, l’aide du bourreau a aussi gravi les barreaux de l’échelle. Il attache les jambes du condamné pour éviter l’indécence des convulsions. Mais cela n’est pas toujours le cas. C’est pour cela que l’on voit bien, d’en bas, l’érection des pendus. Le condamné est tiré dans le vide avec l’aide du get et il se retrouve pendu à plusieurs mètres du sol. Si on ne l’a pas condamné à être étranglé et pendu, le bourreau et son aide peuvent monter sur ses épaules, sur ses mains liées ou en le tenant par les jambes, le secouer assez vigoureusement pour qu’il meure plus vite. Mais c’est loin d’être la règle générale et la foule adore que le supplicié dise la messe avec ses pieds. En général, les exécutions attirent une foule nombreuse et avide de sang. Les pendaisons sont plus banales, moins sanglantes, mais leur public nombreux est souvent animé de sentiments érotiques troubles que les prostituées se pressent de satisfaire pour quelques sous. Les spectateurs sont attentifs pour repérer l’érection des suppliciés et l’on se satisfait de voir la semence tomber sur le bois de l’échafaud, parfois avec de la pisse et des excréments. Mais, contrairement à ce qu’on dit, les pendus pissent chient rarement alors qu’ils éjaculent deux fois sur trois. Il demeurera ainsi, au bout de ses cordes jusqu’au lendemain où on viendra le détacher pour l’emporter aux fosses du gibet de Montfaucon. Pendant la nuit, malgré la garde, il aura été dépouillé de ses vêtements et de tout ce qu’on aura pu lui voler. Les pendaisons publiques sur la place de Grève auront lieu jusqu’à la Révolution où la guillotine remplacera le trouble plaisir de la corde par la brutalité de la décapitation. Alors que les femmes, prostituées et sorcières, fréquentent les potences et les gibets, il est considéré comme inconvenant de les pendre. On préfère grandement les enterrer vivantes. L’Esméralda de Victor Hugo aurait eu peu de chance d’être pendue. Toutefois, il est courant de pendre les femmes dans d’autres régions et d’autres pays. On se contente de leur lier les jambes par-dessus leur jupe pour éviter que l’on voie leurs parties intimes. Il n’en demeure pas moins évident que les pendaisons de femmes sont plus rares, sauf quand l’Angleterre se décide à les pendre à tour de bras au XVIème et XVIIème siècle. Cette pratique sera largement exportée en Amérique comme nous le rappelle le sort des Sorcières de Salem.     LITTÉRATURE   La pendaison a grandement inspiré les auteurs et les artistes. Bien entendu, cela commence avec Villon, mais, au XVIIème siècle Sade et d’autres auteurs érotiques feront référence à la sensualité de la pendaison. Puis, à l’époque romantique, elle revient en force sous l’alibi de sa dénonciation, mais aussi ouvertement pour exalter la fonction sexuelle. On la retrouve sous la plume de Musset dans Gamiani. Rimbaud lui consacrera un de ses poèmes les plus inspirés.   La pendaison prend une dimension onirique et violemment sexuelle et on la retrouve plusieurs fois sous la plume d’écrivains qui se repaissent de la décrire dans ses détails d’autant plus excitants qu’ils sont atroces. Nerval se pendra, Baudelaire en parlera avec mépris. Charles Dickens en parlera dans Oliver Twist. Les romantiques se repaissent de l’ambiguïté de ce supplice. Peu à peu, la pendaison réelle se distingue de la pendaison romantique et érotique. En Angleterre on trouvera bientôt des clubs de pendus où d’élégant gentlemen se feront pendre jusqu’au plaisir par d’expertes prostituées. La pendaison habite les arts sans masquer sa dimension érotique dans le cinéma, la littérature et la bande dessinée. Ridley Scott manque rarement d’insérer une scène de pendaison dans ses films. William S. Burrough, un des écrivains essentiels de la Beat Generation, consacre un ouvrage entier à la pendaison érotique intitulé « les Cités de la Nuit Écarlate » en 1981. Le livre parle d’un monde futur où la pendaison est devenue un art de vivre et de mourir. La dimension sexuelle est fortement mise en évidence, sans aucun détour. Le livre est aujourd’hui assez difficile à trouver et apparaît de façon assez discrète dans les biographies d’un auteur qui avait la réputation d’être un provocateur patenté.   Bien entendu, on la retrouve dans la littérature, soit la littérature historique qui se repaît de la décrire, soit la littérature érotique qui en fait un instrument de jouissance. Margaret Atwood multiplie les scènes de pendaison dans la Servante Écarlate. Ce que reprennent largement les films et séries qui en ont été tirés. La bande dessinée historique ne manque jamais de nous proposer des pendaisons riches en détails plus ou moins inventés et parfois nettement érotisés. Certains artistes en font un sujet central de leur expression. Giotto, Botticelli, Pisanello, Léonard de Vinci et d’autres peintres italiens ont représenté des pendus au détour de leurs tableaux Léonor Fini réalisa toute une série de planches d’eau forte représentant des pendus avec un clair souci d’érotisme. L’art aime bien l’esthétique trouble des potences et des pendus agonisants. La pendaison est devenue un sujet d’expression artistique qui repose presqu’entièrement sur la collusion entre l’érotisme et la cruauté du châtiment. Elle abandonne le réalisme et la violence du supplice réel pour s’attacher à la jouissance de l’agonie. Bien entendu, pour autant qu’elle est un sujet sous-jacent de nombreuses œuvres, elle est stigmatisée par la morale et l’idéologie de l’époque globalement hostile à la peine de mort. Il faut un alibi, il faut se dissimuler. C’est peut-être ce caractère transgressif qui la rend plus excitante. Peu à peu, elle se dissimule dans les milieux sadomasochistes, en particulier dans les pays germaniques et anglo-saxons. Et par un retour des choses, l’acceptation de plus en plus ouverte du BDSM fait qu’elle revient par la porte dérobée des sexualités atypiques. Dans toutes les bibliothèques bien tenues des derniers siècles il était d’usage de disposer de ce qu’on appelait un ENFER. C’était une partie, peu accessible aux yeux innocents, qui était destinée à la littérature et aux essais sur le sexe, la magie et la mort. On y rangeait les ouvrages censurés et les textes et estampes représentant des scènes contre la morale et la bienséance. Sade y occupait une bonne place, mais aussi des ouvrages rares où la pendaison érotique tenait une place de choix. Beaucoup d’auteurs des XVIIIème et XIXème siècles ont consacré une part discrète de leur œuvre à rédiger des ouvrages strictement destinés à l’enfer des bibliothèques. Ces ouvrages se vendaient fort cher. Ils y prenaient un malin plaisir à mêler le sexe aux supplices et les pendus y apparaissaient en bonne place.
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Par : le Il y a 4 heure(s)
  LE BOURREAU   Le bourreau, ou, plus précisément, le « bourrel », était « l’exécuteur en chef des arrêts de justice ». Il était chargé de l’exécution des arrêts de haute et de basse justice, c’est-à-dire des mises à mort et des tortures et mutilations. Il existe toute une mythologie des bourreaux, tant dans leurs vêtements (la cagoule), que dans leur statut (famille d’exécuteurs fameuses et prospères). En fait, il n’en était pratiquement rien. Le bourreau était souvent un ancien criminel, un boucher ou un bourrelier, que l’état réquisitionnait pour exécuter les condamnés. La profession de bourreau ne devient mieux définie qu’à partir du XIIIème siècle, quand le nombre d’exécution augmente considérablement. Avant, le bourreau était désigné pour exécuter les assez rares condamnations à mort du haut Moyen Âge. La pendaison représentait 70% de son activité de bourreau. Il devait prendre soin des potences et des cordes. Il était aussi chargé des tâches de voirie et d’équarrissage. Sa tenue devait bien le distinguer, souvent un costume à rayures rouges avec l’insigne d’une potence ou d’une hache. En général, il ne portait pas de cagoule. Dommage pour le mythe … Il portait souvent des chausses de laine ou de cuir rouge et un chapeau qui ne cachait pas son visage. Le bourreau était une personne réprouvée, impure, qui polluait tout ce qu’il touchait. Le pain qu’on lui destinait était retourné et il avait droit de prélever sur les marchés tout ce qu’une grosse main de bois qu’il portait pouvait contenir. C’était ce qu’on appelait le droit de havage. Le bourreau était un solitaire et le mythe des familles de pères en fils n’a pas vraiment existé durant le Moyen Âge. Cela explique que la fameuse habileté des bourreaux à exécuter n’est pas forcément vrai. Être bourreau devient une fonction mieux représentée à la fin du XVIIème siècle où il devient un serviteur du roi pour une charge qui lui est attribuée. Après la Révolution, il deviendra un fonctionnaire. La mythologie des bourreaux est plus attrayante que la tristesse de son état au Moyen Âge où, entre le condamné et le bourreau, il y en a un qui a choisi le bon bout de la corde.   L’avantage de la pendaison était qu’elle était difficile à ne pas réussir, ce qui n’était pas le cas d’autres exécutions comme la décapitation. Au XXème siècle, les bourreaux revêtiront des uniformes militaires, des costumes de ville avec chapeau. En Iran, on voit reparaître des cagoules, sorte de résurgence du mythe du bourreau masqué. Bien entendu, la mythologie du bourreau l’emporte de loin sur cette terne réalité historique, surtout chez les amateurs de pendaison érotique qui se voient bien plus volontiers étranglés par un exécuteur (ou une exécutrice) parés de tous les attributs qui forment l’imaginaire du bourreau. Dans ce cas, reparaissent les grandes cagoules et les vêtements qui sont tous des métaphores de la cruauté sans frein. Le noir, le rouge, le cuir, les clous … Les longues chausses de laine rouge sombre sont un des attributs que certains apprécient particulièrement, surtout quand le bourreau s’installe sur vos épaules pour hâter la strangulation.         LE CORTÈGE DES PENDUS   Le trajet vers le gibet jouait un rôle important dans le processus d’exécution. Il s’agissait souvent de parcourir plusieurs kilomètres pour se rendre à Montfaucon ou à Tyburn. Aller de la prison à la potence faisait l’objet d’une procession d’autant plus lente que le cortège devait se frayer un passage au milieu de la foule venue voir de près les condamnés, pour huer, leur jeter des détritus ou, parfois aussi, leur manifester pitié et sympathie. Le chemin entre Newgate et Tyburn était bordé de pubs où l’on faisait halte et où on buvait de la bière. Ce qui faisait qu’à leur arrivée à la potence les bourreaux comme les condamnés étaient fin saouls. Le trajet vers Montfaucon était moins riche en libations, mais des religieuses distribuaient aux futurs pendus du pain et du vin, une tradition qui devait être respectée pour que les choses se passent dans les règles et les usages. Il en allait de même place Grève, même si le cortège allait bien moins loin, du Grand Chatelet aux hautes potences royales. Quand il s’agissait de pendre au coin d’une rue un larron pris sur le fait, rien ne dit si on se livrait à des libations. Se rendre à la potence était donc un cérémonial relativement débonnaire. Plutôt que de la solennité, les pendaisons, surtout quand on allait pendre plusieurs condamnés, étaient des fêtes où le macabre se mêlait aux excès de boisson et de toutes sortes de pratiques obscènes et malhonnêtes. Les ribaudes accompagnaient les étudiants et les truands en quête de sensations. Les bourgeois curieux se faisaient larciner par tout ce qui pouvait provenir des cours des miracles. Les condamnés, leurs bourreaux et le cortège des spectateurs se connaissaient souvent, venaient des mêmes milieux, certains avaient simplement écopé du mauvais côté de la corde. Les cortèges étaient en général escortés de soldats armés qui veillaient à ce que rien ne dégénère. Les excès de boisson et les sentiments plus ou moins violents entre les condamnés, les bourreaux et l’assistance pouvaient souvent dégénérer en batailles rangées. Paris, comme Londres, ou toutes les capitales d’Europe étaient de véritables nids de délinquance et de violence. En ces périodes de guerre, de grand froid, de peste et de violence générale, la mort et la superstition faisaient bon ménage et les exécutions étaient des événements expiatoires qui détournaient le public de l’âpreté des temps. La pendaison elle-même était le couronnement de cette bacchanale qui durait une grande partie de la journée. Ces cérémonies disparurent avec le XIXème siècle et la transformation des exécutions en processus administratifs aux règles sèchement édictées par des fonctionnaires ans âme. Aujourd’hui, en Iran, on assiste à de tels événements. La foule accompagne les pendus, pousse des hurlements pendant l’exécution. Les condamnés saluent leur public avant d’être hissés par leur grue. Le pire qui puisse arriver est que l’on soit exécuté dans une pièce isolée, s’étranglant dans le silence sans personne pour regarder et participer. Entre la pendaison expéditive des manants aux potences des carrefours et les grandes cérémonies des gibets, il existe une bien plus grande distinction que la rapidité du supplice. Les grandes pendaisons publiques participaient de la vie sociale. Finir au gibet était le destin des criminels qui tiraient gloire et sentiment d’immortalité en étant pendu en grande pompe dans une fête populaire. Se bien comporter face à la corde clôturait l’existence d’un truand par un acte d’héroïsme. Éjaculer en public, c’était presque faire l’amour à la foule. On notera que dans ces scènes de pendaisons ne faisaient que peu appel à la religion. En dehors des religieuses qui distribuaient une dernière collation, les pendus avaient rarement droit au secours de l’Église. Ce n’est qu’après de longues années qu’on érigea une croix près de Montfaucon. Les pendus n’étaient pas inhumés en terre consacrée. La plupart s’en fichaient complètement. L’absence de religion sur les lieux de pendaison ouvrait la porte à toutes les manifestations païennes et obscènes. Les ribaudes faisaient leur affaire à tous les spectateurs excités par la corde, les magiciens de tout poil menaient leurs expériences au parfum de souffre, les sorcières cueillaient la mandragore et en vendaient des racines aux badauds naïfs. Les larrons vidaient les escarcelles avec un talent que la fascination pour les convulsions des pendus ne rendait que peu nécessaire. On amenait aussi les enfants pour leur faire entrevoir leur destin s’ils suivaient la route des voleurs. Les voleurs de cadavres attendaient patiemment que la foule se disperse pour dépouiller les pendus et revendre leur butin. Pour ces mille raisons, les alentours des gibets étaient terriblement mal famés. Tant parce que le lieu était insalubre et puant que parce que tous ces métiers douteux s’exerçaient près de du gibet. On murmurait même que les bouchers (qui exerçaient souvent le métier de bourreau) faisaient d’excellents pâtés avec de la chair de pendu et qu’on servait de telles terrines avec du mauvais vin dans les tavernes borgnes qui entouraient le lieu d’exécution. Ces commerces infâmes dont on ne saurait vraiment prouver comment ils existaient étaient surtout la preuve de l’existence d’une vie occulte où la pendaison jouait un rôle propitiatoire considérable. Ce rôle est à la source, ou au moins participe, à l’image particulièrement riche des gibets et des pendus. La potence serait un miroir inversé et magique de la crucifixion. Ce qui la fait honnir, bien sûr par l’Église qui n’y voit que toutes sortes de manifestations de l’enfer. C’est, bien sûr, de cet univers maléfique et débridé, en opposition avec la pensée normée, que s’inspirera la littérature et les arts, depuis Sade jusqu’aux romantiques, puis les symbolistes, pour finir dans les créations provocatrices du XXème siècle. Ces utilisations du monde des gibets, à de rares exceptions, exprimeront la trouble fascination pour les pendus et la forte sexualisation des pendaisons. Ce qui, au fond, n’est que la prolongation de l’univers des gibets médiévaux. Le bourreau, la victime, le spectateur et la sorcière se confondent dans un personnage hybride en quête de sensations terribles et délicieuses sublimées par les sentiers ténébreux de l’imagination. Quand les sadomasochistes d’aujourd’hui sont tentés par la pendaison, c’est parfois pour la simple expression sexuelle d’un supplice érogène, c’est aussi, bien souvent, pour l’expression de ce cortège complexe de magie et de cruauté enfoncé comme la mandragore dans l’inconscient collectif. Le gibet est le sexe dressé de l’instinct de mort.  
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Par : le Il y a 4 heure(s)
  LA PLACE DES GIBETS DANS L’HISTOIRE   On associe souvent la pendaison à certaines époques et certaines cultures. Ainsi, on l’associe sans peine au Moyen Age, à l’Angleterre, aux westerns, çà l’Iran et au nazisme. Toutes ces références sont liées à la fréquence et la facilité des pendaisons à ces époques et dans ces pays. Mais la représentation la plus frappante de la pendaison est moins la potence que le gibet. La potence sert seulement à exécuter tandis que le gibet y ajoute le fait d’exposer. Non seulement exposer les suppliciés, mais aussi le pouvoir. Le roi avait droit à autant de piliers qu’il le voulait, le duc avait droit à huit piliers, le comte quatre, et ainsi de suite. Le gibet n’était pas seulement un lieu d’exécution, c’était un lieu d’exposition des suppliciés qui avaient été pendus, décapités, écartelés sur les échafauds de la capitale et de ses enivrons. C’était un leu de mise en scène où les corps étaient exposés selon des mises en scène visant à mettre en valeur le statut du condamné et l’ignominie de ses crimes. C’est au Moyen Âge que se développe le concept de gibet. Avant, on se contentait d’exécuter, de de montrer l’atrocité du supplice. Désormais, le gibet s’inscrit dans la permanence, ceux qui y sont pendus y demeurent jusqu’à leur complète décomposition et leur chute dans la fosse aménagée entre les piliers. Cette exposition durera jusqu’au XVIIème siècle, quand la fascination de la mort perdra peu à peu son sens. Mais quand on parle de Moyen Âge, on fait allusion à une période qui va de la chute de Rome à la fin de la Guerre de Cent Ans, une période presque mille ans. Et cet immense âge se divise, habituellement, en deux grandes époques : le Haut Moyen Âge qui va de 476 au XIIème siècle ; Le bas Moyen Âge qui commence au XIIème siècle jusqu’à la Renaissance. Contrairement à ce qu’on imagine souvent, le Haut Moyen Âge n’est en rien une période de violence et de régression culturelle. Au contraire, c’est une époque de grand dynamisme moral, scientifique et culturel. Les cultures romaines, byzantines, arabes, celtes et germaniques se rencontrent, se mélangent et s’enrichissent mutuellement. On se pique de vivre à la romaine, de jouir des raffinements byzantins ou arabes. On est propre car bien des choses se passent dans les étuves qui sont très fréquentées. On négocie bien plus qu’on ne se fait la guerre, l’humanisme prévaut le plus souvent et la féodalité engendre un réseau de suzeraineté et de vassalité qui équilibre considérablement les relations entre les princes. L’Église joue un rôle modérateur des passions humaines et atténue les pulsions violentes des juges et des gens de pouvoir. On exécute bien moins qu’on ne l’imagine, commuant les peines en amendes et pénitences. Il y a bien des gibets et des potences, mais moins et plus discrets que ce qui viendra après. Cette période dure près de sept cents ans. Quand même ! Le Bas Moyen Âge est marqué par le développement de la monarchie centralisée en quête de conquêtes, par l’apparition de la peste, par des désordres climatiques porteurs de famines, par les croisades et les hérésies. C’est aussi l’époque de la Guerre de Cent Ans qui a duré plus de cent ans et qui a vu le pays se couvrir de bandes armées avides de crimes divers. En quelques années, tout ce qui avait fondé l’humanisme et la stabilité du Haut Moyen Âge, s’effondre, s’évanouit, s’inverse. On pense que la peste se transmet par l’eau, les étuves se vident, la saleté s’installe en même temps que la convivialité féodale se perd. L’Église, institution modératrice devient porteuse de guerre (les croisades) et l’intolérance (hérésies, antisémitisme). Le pouvoir royal se centralise et conduit à des guerres et des séditions sans fin. Les désordres climatiques ruinent les récoltes et produisent la misère et la délinquance. Les cours de miracles se multiplient, opposant au pouvoir légal celui d’une pègre débridée et omniprésente. La science cède la place à la superstition et la sorcellerie. L’ensemble de ces facteurs et bien d’autres, encore, sont à la source d’une justice plus violente et des condamnations bien plus fréquentes et cruelles telles que la roue, l’ébouillantement, le bûcher et le démembrement. Mais la pendaison est le moyen le plus rapide et efficace de se débarrasser d’un condamné. Il faut dire que les prisons sont rares et que le meilleur moyen de punir les voleurs est de les pendre. Les villes se truffent de potences auxquelles on étrangle la plupart des voleurs qu’on n’a pas voulu essoriller ou mettre au pilori. Pendu, il ne volera plus. La route de Paris à Orléans est bordée de potences en général bien garnies. On a l’habitude de vivre près des pendus. François Villon, qui a vécu à Paris à la fin de la Guerre de Cent Ans au milieu des étudiants et des Coquillards, bandits notoires écumant les cours des miracles, a souvent frôlé la potence et a vu beaucoup de ses comparses finir au bout d’une corde. Il décrit les exécutions avec un luxe de détails dans diverses ballades, dont la fameuse Ballade des Pendus. On y voit à quel point les pendus faisaient partie du monde quotidien des vivants, offrant aux regards la lente dégradation des corps, l’action des corbeaux qui dévorent les yeux, arrachent les cheveux et, en peu de temps dépècent les suppliciés. Il s’attend qu’un jour « son col saura ce que son cul poise », vue triviale et sans illusion d’un étudiant un rien dévergondé et pas mal voleur.   La familiarité avec le monde des pendus est telle qu’un condamné à qui l’on offre la vie s’il épouse une femme dont il voit qu’elle boîte « attaque bourreau, elle cloque ! » C’est delà que provient l’expression « marié ou pendu ». Le mariage était en effet une cause de grâce dans cet univers du Bas-Moyen Âge, où la mort fait partie du quotidien. On parlait aussi d’épouser la potence, allusion implicite au caractère sexuel de la pendaison. Dans la crasse terrible des villes, les corps étranglés qui se balancent aux nombreuses potences, déchiquetés par les corbeaux et la vermine, sont familiers, ne font guère peur et ne suscitent guère de pitié.   Au Nord Est de Paris, on bâtit un grand gibet royal. Il en existait bien un avant, mais il était en bois et bien trop petit. Il convient de construire un véritable monument de la justice royale. C’est le gibet de Montfaucon avec ses seize piliers et ses trois étages de traverses de bois qui se dresse sur un monticule et mesure près de quinze mètres de haut. Chaque traverse possède deux chaînes de fer auxquelles on peut lier une corde pour étrangler ou simplement suspendre un homme pendu ou exécuté ailleurs. Le gibet sert tellement qu’il faut souvent détacher des pendus pour mettre d’autres. Il existe même tout un protocole dans l’art d’exposer les suppliciés, pendus ou ceux qui ont subi d’autres supplices que l’on expose par morceaux, dans des sacs ou dans des cages. Selon le rang du supplicié, il occupera une place plus élevée, mieux en vue ou non. Seuls les roués seront exposés à part, sur une roue perchée sur un poteau. Les pendaisons se font si nombreuses qu’on doit à un certain moment créer des gibets annexes à divers endroits autour de la capitale et dans les villes de province.   Les gibets et les potences deviendront vite des panneaux indicateurs pour les voyageurs à qui l’on dira de tourner à gauche après tellle potence bien en vue. Le gibet sera souvent réparé ou reconstruit jusqu’en 1630. Puis il sera abandonné, tombant en ruine. Alors qu’il avait été construit loin de Paris, l’agrandissement de la ville fait qu’il est juste à ses portes et la puanteur des cadavres n’est pas pour rien dans son obsolescence. L’utilité des gibets diminue à la Renaissance, malgré la violence de l’époque qui s’illustre par les guerres de religion et aboutira à la Guerre de Trente Ans. On continue de pendre partout pour n’importe quoi.  On se dirige dans les villes en se repérant aux potences dressées aux carrefours. Aujourd’hui, le gibet de Montfaucon a disparu. A sa place, on trouve à quelque pas de là, le siège du parti communiste qui semble n’avoir pas eu beaucoup de jugement en choisissant un tel emplacement. On ne pend plus en France, on ne condamne plus à mort. Mais l’idée de la pendaison et de son cérémonial demeure dans la littérature, les jeux sexuels et dans les suicides. Beaucoup ont un gibet dans le cœur.     TYBURN   Montfaucon est une spécificité française, voire parisienne. Construire un gibet monumental est exceptionnel. On pend dans toute l’Europe à tour de bras, à corde débridée. Mais on ne construit pas de gibets. On se contente de potences de bois plus ou moins grandes. La plus célèbre est le Tyburn Tree à Londres. Il se situait là où se trouve Hyde Park Corner. Il est demeuré là jusqu’à la fin du XVIIème siècle après plus de six siècles de bons et loyaux services. C’était un gibet de bois à trois piliers, sans aucun caractère monumental. Il était très fonctionnel et permettait de pendre un bon nombre de condamnés d’un seul coup. Les condamnés étaient amenés depuis la prison de Newgate dans une charrette, une promenade de plusieurs kilomètres, avec des escales aux nombreux pubs qui bordaient la route. Une foule de spectateurs de toutes les classes sociales assistait au spectacle avec un enthousiasme stimulé par l’alcool.   Les condamnés avaient les mains liées dans le dos et étaient amenés sous la poutre qui leur était destinée. Une fois la corde serrée autour de leur cou, la charrette repartait, laissant les pendus se débattre au bout de leurs cordes sous le regard d’une foule enthousiaste. Il arrivait que des proches du condamné se précipitent pour tirer sur les jambes du pendu pour hâter son étranglement. Cela gâchait un peu le plaisir de l’assistance, mais les putains de Londres étaient là pour faire jouir les hommes qui venaient là pour se faire branler en contemplant l’agonie des pendus. On ne pendait que rarement un seul homme, la pendaison durait toute un après-midi, garnissant chacune des trois poutres du gibet de plusieurs condamnés. Les contorsions furieuses de certains soulevaient l’enthousiasme. On en voulait un peu au bourreau quand le pendu mourait dans l’instant. C’est ainsi que les exécuteurs devinrent experts dans l’art de placer la corde et de faire tomber les pendus dans le vide. On détachait les suppliciés au bout d’une heure et la fête était finie. C’était le moment, à la nuit tombante, où des ombres discrètes venaient roder pour voler ce qu’il y avait à voler, faisant souvent avec les préposés à la potence commerce de toutes sortes d’amulettes, pièces de vêtements, bouts de corde, sécrétions des pendus pour toutes sortes d’activités plus ou moins magiques. Tyburn, comme Montfaucon et les gibets de toute l’Europe, la pendaison marquait une sorte de frontière entre le monde réel des vivants et celui, étrange et magique, de la mort. Tyburn cessa d’être utilisé pour être remplacé au XIXème siècle par la pendaison à Newgate, visible de l’extérieur. On y pendit de manière industrielle pendant tout le siècle de Charles Dickens. La foule restait assidue à ces exécutions où des hommes, des femmes et des enfants tombaient de quelques centimètres pour s’étrangler lentement. Les pendaisons étaient des spectacles hautement appréciés auxquels assistaient une foule d’amateurs de sensations fortes. On vit même apparaître au XIXème siècle des clubs d’amateurs de pendaison qui venaient en toute distinction et élégance raffinée se faire pendre haut et court par des prostituées expertes parfaitement entraînées à leur faire subir la petite mort au bord de la grande. Il n’est pas exclu que ce type de club existe encore dans le secret des mœurs étranges de l’aristocratie. Puis la pendaison anglaise se fit plus « humaine », pour devenir la pendaison moderne et instantanée, dépourvue de son érotisme malséant. C’est aux Anglais que l’on doit l’invention du nœud de pendu qui est l’emblème universel de la pendaison. Ce nœud a la propriété de se serrer très facilement, mais d’être très difficile à desserrer. Le nombre de tours donnés à la corde fait l’objet de maintes distinctions entre des nombres plus ou moins symboliques tels que sept ou treize. La nature de la corde est aussi d’une grande importance. La corde doit être assez grosse pour être solide et vue de loin. Elle doit être, en principe, en chanvre, une matière à l’odeur entêtante qui, au fil des pendaisons, s’assouplit et épouse sensuellement le cou des condamnés. Pour la rendre moins élastique, défaut qui rend la strangulation plus lente, certains bourreaux la faisait bouillir. Mais comme on l’a vu, hâter la mort n’était pas toujours le but souhaité. De la même manière, on enduisait la corde de graisse pour que le nœud, même avec de nombreux torons, coulisse mieux, serre plus fort le cou du condamné. Une corde bien serrée provoque des grimaces qu’apprécie la foule qui adore voir la langue des pendus saillir dans leur face noircie. Les pendaisons à Tyburn devenaient un spectacle pour connaisseurs qui appréciaient chaque étape et chaque geste de l’exécution. Tout est affaire de dextérité et aussi de praticité. Plus il y a de torons, moins la corde est pratique à utiliser, mais plus elle est spectaculaire au cou du condamné. Ce sont pourtant les Anglais qui abandonneront le nœud de pendu pour un nœud sans charme doté d’un anneau coulissant assurant une strangulation nette et sans bavure. Le nœud de pendu est encore utilisé dans les pays arabes et en Iran comme preuve d’une sorte d’expertise en matière de pendaison. Les nazis, pour leur part, se contentent de simples boucles de corde, tant ils ont à cœur de pendre le plus d’innocents possible.   Les nazis ne se préoccupent que d’aligner le plus grand nombre de pendus, comme ils le feront à Tulle en pendant tous les hommes de la ville, jusqu’à ce qu’ils ne trouvent plus de cordes. Les sadomasochistes, qui ont le sens des symboles, adoptent en général le nœud de pendu, sauf quand ils ne savent pas les fabriquer ou qu’ils ne disposent pas de corde. Comme on peut le voir, le nœud coulant est le pendant du gibet dans la représentation de la pendaison. Il arrive que la pendaison se fasse avec une écharpe ou un foulard. Dans ce cas, la pendaison revêt un caractère sensuel et émouvant. C’est ainsi que les concubines de l’empereur de Chine devaient se pendre à sa mort, utilisant pour cela de longues écharpes de soie. De la même manière qu’il existait des clubs de pendus en Angleterre, il existe aujourd’hui, au Japon des clubs de shibari qui se spécialisent dans la strangulation et où la pendaison est le jeu ultime. La pendaison est ainsi passée du judiciaire à l’érotisme avec un succès tout aussi grand auprès des hommes et de beaucoup de femmes en quête de sensations fortes.    
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Par : le Il y a 4 heure(s)
  GIBETS SEXE ET PENDAISON         AVANT PROPOS   La mort la plus facile à donner, la plus répandue dans le monde et la plus ancienne dans la plupart des cultures est aussi la plus infamante, honteuse et maudite est la pendaison. C’est aussi celle qui éveille les fantasmes les plus intenses en matière d’érotisme et de magie. Pratiquée de tous temps avec des techniques aussi variées que vicieuses ou hypocrites, la pendaison est un phénomène socio-historique considérable, mais que les auteurs traitent avec réticence. Comment parler d’un supplice qui donne la mort, mais qui a la réputation de faire jouir ? Comment faire l’éloge d’un moyen de tuer sans jugement, un outil de crime de guerre, tout en étant un spectacle recherché par les foules de toutes les époques ? La pendaison est concrètement propre, sans effusion de sang, sans atroces souffrances, mais elle déshonore, suggère la barbarie et renvoie à des mythes magiques aux aspects sombres et démoniaques. La pendaison exerce un pouvoir de fascination sur les foules comme sur les individus. Moyen d’exécution, de mise en scène du pouvoir contre l’infamie, elle est aussi l’instrument suprême du sadomasochisme en faisant se croiser l’idée de la mort avec celle du plaisir, de la cruauté et de la sensualité, de la domination et de la soumission. Elle est au croisement du sadisme et du masochismes, tous deux assumés, ainsi que de divers fétichismes, à commencer par celui de la corde elle-même. Partons à la découverte de ce monde trouble et fascinant. Nous l’aborderons avec certains partis pris, bien sûr, mais aussi en essayant de faire la part belle à l’histoire et à la culture qui accompagne ce supplice que certains trouvent délicieux, tandis que d’autres le trouvent hideux et infamant avec une hypocrisie souvent mal dissimulée. On ne peut pas penser la pendaison et les gibets en dehors des diverses cultures qui y ont eu recours et qui en ont fait autant un instrument de justice qu’un manifeste socio-culturel. Exhiber la pendaison ou la dissimuler n’est pas un choix innocent. La pendaison est un fait judiciaire, culturel et érotique. Ce qui en fait un sujet d’un grand intérêt pour une analyse qui ne se veut pas objective mais bien documentée.     UN SUPPLICE AMBIGU AUTANT QU’UNIVERSEL   La pendaison a, de tous temps, été un supplice d’élection. Facile à réaliser, spectaculaire et peu sanglant, il se fait avec une corde et un point d’attache plus haut que la taille d’un homme, il ne nécessite guère d’effort ou d’habileté chez le bourreau. C’est ainsi qu’on en retrouve des traces jusqu’au néolithique. La pendaison est née avec l’invention de la corde. Il se répandra dans toute l’Antiquité et dans toutes les contrées du monde avec d’innombrables variantes et raffinements. Dès les commencements, la pendaison a bénéficié de quatre avantages qui en ont augmenté l’attrait et l’usage. C’est un supplice facile à réaliser et quasi impossible à rater. Les cordes se rompent rarement, les potences ne s’effondre en général pas, on ne peut pas survivre à une pendaison, pour autant qu’on attende le temps qu’il faut. C’est un supplice qui met le condamné en hauteur, qui expose et qui rend l’exécution spectaculaire. On voit les pendus de loin, on peut les exposer où l’on veut qu’ls soient vus. C’est presque de la publicité sur le lieu de vente. C’est un supplice infamant qui expose le condamné dans son agonie, ses gesticulations et ses grimaces. Le supplicié bave, pisse, chie pour le plus grand mépris des spectateurs que cette honte les dissuade de commettre des crimes. C’est un supplice magique qui allie le sexe et la sorcellerie car les pendus bandent, éjaculent et leur semence fait le bonheur des sorcières qui la recueillent pour faire pousser la mandragore aux vertus horribles et merveilleuses. A la noblesse sanglante de la décapitation, à l’atrocité de la roue ou du bûcher, la pendaison oppose son évidence et son trouble attrait, ce qui fait qu’elle survit à tous les autres modes d’exécution et dépasse de loin le seul univers de la mise à mort judiciaire. C’est aussi un des modes de suicide les plus répandus pour exactement les mêmes raisons. Il était communément admis que l’âme d’un défunt s’échappait du corps par la bouche. La pendaison obstruant la bouche, l’âme d’un pendu ne pouvait plus s’échapper que par son cul, ce qui conférait à la pendaison un caractère infamant. Certains pensaient aussi que l’âme s’échappait par le sexe dans le jet de sperme de l’éjaculation des pendus, ce qui expliquait le rôle maléfique de la mandragore poussant sous les gibets et qui, quand on la cueillait poussait un cri qui pouvait faire mourir. En laissant les pendus se décomposer pendus au gibet, on les privait de sépulture, ce qui constituait, dans un monde très chrétien, une peine considérable puisqu’elle se prolongeait après la mort par une damnation éternelle. De plus, la pendaison avait un caractère infamant qui trouvait sa racine dans la mort de Judas qui se pendit, dit-on, après avoir trahi Jésus. Être pendu, c’était se raccorder à celui qui avait trahi le Sauveur. Que pouvait-on subir de pire ? La pendaison repose sur deux principes opposés. Un principe qui tente de minorer ses caractères spécifiques, une pendaison furtive, secrète et rapide qui renie ses origines et ses fantasmes. C’est la pendaison judiciaire moderne où, par une chute rapide et suffisamment brutale, le condamné meurt dans l’instant au fond d’un puit. Un principe qui exalte ses caractères en prolongeant l’agonie, en se délectant des gesticulations, des grimaces et des effets sexuels bien connus. Le premier principe est hypocrite, le second est amoral. C’est sur cette ambiguïté que la pendaison fascine attire et repousse à la fois. Cette ambivalence est universelle et confère à la pendaison une dimension sensuelle et perverse qui la rend attirante autant que terrifiante. S’élever tout en étant humilié, souffrir, mourir et jouir. Simple à réaliser, la pendaison est complexe dans sa signification. Ce n’est pas pour rien qu’elle attire tant de sadomasochistes et que bien des suicides au bout d’une corde sont des accidents de jeux de nœuds coulants. Et cette attirance pour la pendaison ne date pas d’hier. On la retrouve dans toutes les civilisations et dans tous les jeux pervers de toutes les époques sans aucune ambiguïté sur la recherche de plaisir liée au fait d’être pendu. Chez les hommes, mais aussi chez bien des femmes qui aiment autant être pendues, pendre ou regarder des pendaisons. Les femmes qui se tournent vers la pendaison y voient presque toujours une considérable excitation sexuelle, tant à subir, faire subir ou regarder des pendaisons. A cela s’ajoute le caractère magique de la mandragore, le fétichisme de la corde dont posséder un petit bout peut porter chance. A cela s’ajoute tout un commerce de sorcellerie et d’alchimie qui consiste à récolter de la graisse de pendu, des langues de pendu, du sexe de pendu pour concocter toutes sortes de philtres aux douteuses vertus dont le commerce s’avère particulièrement lucratif en des temps de misère scientifique et médicale. On voyait une faune louche et bigarrée se mouvoir à la nuit tombante autour des potences et des gibets, en quête de ces substances qui étaient cuisinées dans des antres reculées et vendues à bon prix à des nobles et des bourgeois en quête de richesse, d’amour ou de vengeance. Le risque était grand, si on se faisait prendre d’aller le pendu détroussé, mais l’appât du gain triomphait toujours. Il existait aussi tout un milieu qui aimait s’aimer près des gibets mêlant un sadomasochisme naissant à des visions magiques. Cela faisait que la vie s’agglutinait autour des lieux de pendaison et que la vie venait puiser des racines vénéneuses dans ce monde d’étranglés. Mourir pendu n’était donc pas une peur, mais un détour du destin bien moins craint que l’idée de mourir de la peste ou seul dans un galetas glacé. Entre le XIIème et le XVIIIème siècle, on mourait beaucoup. La corde n’était donc pas une façon de quitter vraiment la vie. C’était seulement passer un moment difficile entre une réalité et une autre nourrie de religion et de magie. Aucun autre supplice ne partage une telle ambiguïté entre son caractère mortifère et sa dimension de plaisir ou de magie qui perdure depuis la nuit des temps.    
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Par : le Hier, 08:16:31
Le G. Le gibet se dressait à l’entrée de la ville, six piliers de pierre reliés par des poutres de chêne et qui formait un hexagone haut de dix mètres, posé sur un socle de maçonnerie de trois mètres. La construction se voyait à plus d’une lieue et le voyageur pouvait l’apercevoir bien avant de voir la ville elle-même et sa poterne médiévale coiffée de toits coniques. Adossée à l’une des traverses, une lourde échelle attendait les condamnés et leur bourreau. Cette échelle mal dégrossie était faite de deux troncs écorcés auxquels on avait lié et cloué des rondins qu’il fallait sans cesse rectifier. À chaque traverse étaient nouées une ou deux grosses cordes de chanvre que l’usure avait rendues molles et poilues. Chacune se terminait par un nœud coulant à ses deux bouts. Le premier étranglait la poutre, le second se balançait au vent, sorte de gros poing à six ou huit doigts dont le pouce attendait de se serrer sur une gorge. Il était habituel que quelques corps, deux, trois, parfois jusqu’à une dizaine se décomposassent lentement au milieu du tournoiement coassant des corneilles du lieu. Un vaste pré entourait l’édifice. C’est dans ce pré que la foule s’amassait lors des pendaisons d’exception. Quand on exécutait un criminel très odieux, plusieurs victimes à la fois, des femmes et des enfants qui constituaient un spectacle très recherché. On les pendait et on les laissait pourrir là jusqu’à ce que le corps se détachât de lui-même, ou enfin que l’on manquât de place pour un nouveau supplice. La puanteur extrême ou une fête comme Noël ou Pâques étaient aussi des occasions de dégarnir le gibet de ses hôtes suintants. Le lieu était loin d’être désert. De jour comme de nuit une confrérie de visiteurs tournait autour de la construction. Cela commençait par les sorcières et les devins à la recherche d’ingrédients magiques pour leurs philtres et fétiches. Certains venaient y gratter le bois de l’échelle et les plus audacieux grimpaient racler les traverses. La corde était aussi recherchée, on en tondait des brins et l’idéal était d’en dérober un peu qui était imprégné du sang ou des humeurs d’un pendu. Les cadavres étaient aussi une source abondante de matières magiques, à commencer par les dents qui se détachaient des crânes pelés, les cheveux et les ongles des mains et des pieds. Ces derniers étaient d’un accès plus facile car les pieds d’un pendu se trouvaient à deux mètres environ de la base et il suffisait de lever les mains pour les arracher. Il fallait dans ce cas leur enlever leurs bas de laine, de gros bas en laine grise que leurs convulsions avaient fait glisser sur leurs mollets en plis épais. Ceux des femmes pendues étaient plus difficiles à ôter car elles avaient les jambes ligotées ; de ce fait, il fallait leur délier les jambes et les pieds, puis tirer sur les bas pour dénuder le pied. Cela prenait du temps et forçait à palper la pendue. Bien de ceux qui s’y étaient risqués avaient senti la suppliciée frémir, perçu une chaleur dans les jambes, témoin d’une parcelle de vie qui rodait, sournoise au bout du corps étranglé. La peur les faisait fuir quand, au contraire, un désir étrange ne leur faisait pas baiser ces pieds vêtus de gros tricot qui paraissaient tressaillir à ces attouchements. Le risque de pratiquer de telles actions était considérable car les gardes avaient ordre de brancher les rôdeurs sans procès, en leur liant sommairement les mains dans le dos. Les ongles des mains des mains étaient aussi plus recherchés et vendus plus cher car plus hauts et, donc plus éloignés. Ils forçaient le voleur à se suspendre au pendu, à grimper sur le corps. Le spectacle de ces accouplements était étrange et macabre, quelques sorcières racontaient avoir joui de la verge d’un pendu encore chaud et d’aucuns chapardeurs du soir avaient éjaculé sur la chemise de grosse toile d’une jeune pendue alors qu’ils l’enlaçaient en se balançant avec elle dans le vide, à près de deux mètres du sol. La langue était un matériau de prix, comme les yeux car il fallait les disputer aux oiseaux et les prélever sur des cadavres frais. Une langue bien gonflée et bien noire d’une femme ou d’un enfant pouvait guérir de bien des maux. Pour prélever ces merveilles, il fallait souvent ouvrir au couteau la cagoule de tissu feutré que la corde serrée retenait autour du cou et empêchait d’arracher. Au sommet de l’échelle, parmi les produits fournis par le gibet se trouvaient le sexe et, bien sûr, le sperme éjaculé par les pendus dans leurs convulsions. Il fallait couper le sexe alors qu’il était encore raide et écumant. C’est pourquoi le bourreau en faisait le plus souvent commerce lui-même en le coupant discrètement juste après que la foule se fut dispersée, le supplicié étant enfin mort après avoir dansé un long moment au bout de sa corde. Les nuits de pleine lune, les sorcières venaient cueillir une improbable mandragore qui pouvait pousser si le sperme s’était projeté au-delà des marges du socle. Bien des herbes innocentes étaient baptisées mandragore pour plaire aux chalands par des sorcières de mauvais aloi. Le vit d’un jeune garçon n’avait tout simplement pas de prix et était confit dans une fiole qui lui conservait sa précieuse raideur par des artifices inavouables. Le jour des pendaisons, les femmes infertiles et les vierges à marier venaient se promener de près, cherchant le privilège de pouvoir passer sous le corps d’un pendu juteux. Lui toucher le pied, oser aller jusqu’à caresser sa verge éructante, recevoir quelques gouttes d’urine et de sperme garantissait à ces filles un avenir plein d’enfants redondants. Combien d’inséminations magiques ont pu ainsi se produire près du gibet. Il fallait aussi compter avec les familles des victimes qui cherchaient à récupérer le corps pour lui donner sépulture. La peine pour un tel forfait était connue, elle était de venir se trouver à la même poutre et finir pendu près de ce parent trop aimé. Cela s’était produit souvent, mais ne dissuadait pas les passions familiales et n’était pas grand-chose en comparaison de savoir que l’un des siens devait pourrir pendu au regard de tous les passants. Une garde incessante s’exerçait autour du gibet, mais la corruption et la pitié l’emportaient en général et le gibet ne gardait que rarement tous ses fruits. Tout cela explique que le gibet, loin d’être un lieu désert, était un lieu de visite et d’activités silencieuses de nuit comme de jour, tout au long de l’année. Cet endroit familier finissait même par attirer une faune qui n’avait que peu d’intérêt direct pour les pendus eux-mêmes. Certains amoureux venaient s’y donner du frisson à peu de prix, les prostituées venaient racoler là des rêveurs troubles comme des poètes comme Villon qui se sentaient voués à la corde. Tous savaient aussi plus ou moins que la vue d’un pendu raidit bien des verges paresseuses. Les jours de pendaison, au milieu de la foule se promenaient les putains et les filles faciles qui cherchaient les bites raidies dans les hauts de chausses et les hommes hébétés qui contemplaient le spectacle en suant, fascinés. Pendant le supplice, il était fréquent de voir une prostituée, le dos tourné à la potence, accouplée à un homme qui la baisait ou se faisait branler en regardant fixement l’agonie du supplicié. Bien de ceux qui avaient joui ainsi se retrouvaient un jour être l’objet du spectacle. Mourir au bout d’une corde, en cette fin du Moyen Âge était un destin courant et bien moins cruel que la peste. Les gardes, qui n’étaient pas en reste de tels plaisirs, n’empêchaient jamais ces actes dont ils tiraient bénéfice en maquereautant les putains. Les mères quant à elles se contentaient de pousser leurs enfants sur le devant de l’assistance pour qu’ils puissent mieux voir le supplice sans assister aux débauches. Le bourreau avait en général le bon goût de ne pas expédier l’exécution trop vite afin que tous ceux qu’elle attirait pussent en tirer tout le plaisir attendu. Plus d’un bourreau connaissait des techniques précises pour retarder la mort, quitte à retenir le patient par les jambes en prétextant tirer pour abréger ses souffrances. Une grosse corde bien souple et molle dont le nœud coulissait lentement suffisait le plus souvent à faire durer le supplice plus de dix minutes, voire un quart d’heure. On connaît même plus d’un supplicié qui n’avait pas perdu la vie après plus d’une demi-heure au bout de la corde. Bien sûr les convulsions duraient rarement plus de cinq minutes, cédant la place à un lent repli des jambes tremblantes, qui finissaient par se relâcher. Mais le corps inerte qui se balançait au gibet n’était pas encore complètement étranglé, le dernier souffle emprisonné dans sa gorge le laissait paisiblement s’enfoncer dans un sommeil plein d’orgasmes calmes. Pendre, en ces temps-là, ne devait jamais être un geste rapide et miséricordieux. Expédier le condamné en quelques secondes eut spolié trop d’intérêts, voire, même ceux de la victime qui ne craignait que rarement son agonie, sûr qu’il était de mourir en jouissant intensément. Rompre un cou trop vite était une honte qui privait autant de la jouissance de voir danser le pendu que des activités liées à la pendaison. C’est ainsi que la foule pendit méticuleusement un maladroit qui avait mal branché un brigand de belle figure. Le bourreau devait donc méthodiquement connaître tout l’art du nœud et du geste qui faisait que la strangulation se prolongeât de longues minutes. Cela donnait tout le temps de voir les spasmes et de pouvoir partager l’orgasme avec la victime qui manquait rarement de jouir au bout de sa corde. Les hommes éjaculaient avec leur sexe écumant et monstrueusement grossi, mais il est des femmes que l’on a vu montrer un visage d’extase après le supplice, démontrant ainsi qu’elles aussi y trouvaient un plaisir intense. Pendu et étranglé était le terme en usage et aucun bourreau ne devait l’ignorer. Il fallait que le pendu sente chaque instant de sa strangulation, qu’il se débatte pendant un temps infini, avant de s’abandonner à l’étreinte du nœud coulant. Ce matin-là, on devait mener à la potence toute une famille de paysans qui avaient fait métier d’étrangler les voyageurs de passage dans leur ferme. Les visiteurs qui se montraient un peu riches étaient accueillis avec beaucoup d’amabilité par ce couple avenant et leurs trois charmants enfants, deux garçons et une fille. La gamine était gironde, avec un visage blond et souriant, allant sur ses seize ans, elle dégageait une belle poitrine de sa lourde robe paysanne. Elle avait de longues jambes qu’elle montrait facilement et dont on devinait la douceur sous ses bas de grosse laine, enfoncés dans de rustiques sabots de bois. Les deux garçons avaient onze et douze ans et semblaient bien espiègles, prompts à se tripoter et à jouer à s’étrangler mutuellement pour s’amuser et se donner du plaisir avec les longes de l’étable. Le visiteur était réchauffé et on lui servait un repas de viande arrosé d’une grande quantité de vin, au point qu’il chancelait en se levant pour gagner son lit dressé dans la pièce d’à côté. Un lit avec des montants robustes. Les enfants semblaient se plaire à jouer avec lui jusque dans son lit et la jeune fille avait l’air de penser à partager sa couche. Tout en lui racontant qu’elle avait encore vu une pendaison qui lui avait bien plu. Le couple, étonnamment libéral, laissait faire et ne se montrait point. L’homme en chemise de nuit et en chausses de laine se laissait submerger par les enfants et l’adolescente dont les formes sous la robe de laine le faisaient bander. Il pensait à un jeu quand la jeune fille déroulait une très longue écharpe de gros tricot de laine brune dont elle lui entourait le cou contre le froid de la nuit. Il ne prenait pas garde, sa main sur son vit, qu’une ombre avait surgi et tirait par-derrière l’écharpe autour des montants du lit pour la nouer solidement et y passer un bâton robuste. La fille soudain se jetait sur lui et les garçons l’attrapaient par les pieds. Alors le père tournait le bâton dans l’écharpe et lentement, très lentement l’homme s’étranglait. Au début cela raidissait son sexe, puis, tour après tour, l’écharpe de laine se tendait, durcissait. Il faisait des bonds dans le lit, laissait échapper des gémissements rauques, ses jambes maintenues chacune par un garçon aidé par la mère, se débattaient en désordre, ses bas en laine glissaient sur ses jambes, mais les garnements tenaient ferme et ne lui laissaient aucune chance de se redresser. La victime se convulsait, faisait des bonds sur le lit, s’arc-boutait sous le poids de la fille, alors que son cou s’étranglait et que ses pieds étaient maintenus, la fille sentait alors sa verge devenir le sommet de son corps et la frapper droit dans son sexe. Il mourrait délicieusement en éjaculant sous le poids de la fille, le nez dans ses seins gonflés par l’excitation. Elle avoua avoir souvent eu un orgasme à contempler le visage écarlate, la langue sans forme sortie et à ressentir les convulsions de ses victimes dont le sexe dressé heurtait son ventre. On sortait ensuite le cadavre du lit, le déshabillait et on l’enterrait de nuit derrière la grange, à l’abri des regards éventuels venant du chemin. Ce furent leur garde-robe trop riche, leurs dépenses sans rapport avec leur condition qui attira l’attention du prévôt qui enquêtait sur plusieurs disparitions qui avaient eu lieu dans la région. On chercha longtemps des preuves jusqu’à ce qu’on se décide à creuser derrière la grange, là où les chiens creusaient en vain attirés par une rumeur d’os. On exhuma plus de dix cadavres dont le plus récent montrait encore les traces de sa strangulation, mais plus celles du plaisir qu’il y avait pris. Injuste. Toute la famille fut arrêtée et conduite à la prison de la ville pour y être questionnée. La foule s’était massée pour les voir conduire au château, ligotés et bâillonnés afin que seul le juge puisse les entendre. On leur fit subir l’eau et le chevalet pour leur faire avouer ce que l’on savait déjà. Les juges procédèrent à la torture pour le simple plaisir de voir les corps encordés se débattre sur les bancs de souffrance, mais ils eurent à cœur de ne pas les mutiler pour ménager un supplice réussi à la foule qui l’attendait impatiemment. Le procès fut bref et le juge les condamna à être menés au gibet pour y être pendu par le cou et étranglés de sorte que leur mort fût lente et angoissante. Les enfants, malgré leur jeune âge, furent convaincus de malice et de vice profond, ils n’échappèrent donc pas à la sentence de la hart qui fit frémir de pitié comme de plaisir l’assistance. Pendre des enfants révoltait la morale et excitait les sens. En ces temps troublés, les sens triomphaient facilement des grands principes et l’on voyait souvent des enfants agoniser au bras des potences pour le plus grand plaisir des foules avides. Afin de pouvoir rameuter le plus grand public possible, on décida que la quintuple pendaison aurait lieu une semaine plus tard, juste pour le jour des morts. Le bourreau était un homme de trente ans au physique avenant que cachait sa tenue impressionnante, un pourpoint rouge, des hauts de chausse et des bas de laine tricotés de la même couleur que recouvrait une houppelande écarlate qui le montrait rarement, sauf aux exécutions. En ces moments, le bourreau n’était guère l’objet des regards qui se concentraient sur l’agonie du supplicié. Aussi peu de gens eussent pu décrire le bourreau en dehors de ses habits de sang. Sa femme, jolie mégère de vingt-cinq années, vive et connue pour son goût immodéré des sensations fortes et sensuelles, s’était prise de passion pour l’art nouveau du tricot. Elle passait son temps à le pratiquer et il n’était pas rare de la voir tricoter des bas sous la potence où son mari officiait. Elle offrait et imposait ces bas de grosse laine à tous les condamnés, si bien que le pendu au-dessus d’elle rendait l’âme pendant qu’elle tricotait ceux de celui du lendemain. Se faire offrir des bas en laine par la bourrelle était devenu présage qu’on serait bientôt pendu. Autant dire que ses offrandes trouvaient peu de preneurs chez les honnêtes gens qui se contentaient de chausses cousues à l’ancienne mode. Elle tricotait ses bas avec une laine grise au ton incertain, ils étaient toujours trop longs et affublaient les jambes de gaines informes retenues aux cuisses par des lacets de laine qui cédaient souvent. Mais elle aimait trop cela pour y renoncer et la signature du bourreau était en grande partie devenue le fait que ses pendus portaient de gros bas affaissés sur leurs mollets. Hommes, femmes, enfants, nul n’y échappait dès lors qu’il avait le cou serré dans une corde de son époux. On murmurait même qu’elle n’eut su faire l’amour sans en porter et en faire porter à ses nombreux partenaires. Cela redorait le blason de ces bas maudits, même s’il était connu que ses partenaires seraient le lendemain les victimes du nœud coulant que maniait si bien le bourreau. Porter ses bas était devenu signe de mort et de débauche. Plus d’un se trouvait fasciné par cette idée morbide et réclamait à sa femme qu’elle lui tricotât des chausses de grosse laine. C’est peut-être ainsi que se développa le goût du tricot dans la plèbe de ce début de la Renaissance, entre le lit et le gibet. On appréciait le tricot qui permettait à la chausse de serrer la jambe et ajouter à la sensualité du bas. La bourrelle venait toujours aux exécutions ; elle se postait au bord de l’estrade et, assise sur un petit banc ou, quand celui-ci manquait, sur un rouleau de cordes, elle sortait ses aiguilles et sa laine et se mettait à tricoter. Des chalands, dans la foule, l’apostrophaient pour admirer son travail ou pour lui commander une paire de ses bas. Aucun n’eut osé se moquer de la femme du bourreau, cette belle et forte femme en grosse robe rayée et qui portait dans des sabots de cuir une paire de ses bas de grosse laine grise. Quand un pendu faisait mine de perdre un de ses bas dans l’agitation désordonnée de ses jambes, il arrivait souvent qu’elle vint le remonter avec compassion le long de sa jambe. On disait qu’elle en profitait à ce moment pour malaxer sa bite sous la chemise. Son beau visage, encadré d’un chignon blond, rougissait toujours en faisant cela et ses yeux de porcelaine devenaient vagues. On reconduisit les condamnés dans leur prison où, chacun dans une cellule isolée, attendit la corde qui devait l’étrangler à son tour. Ils passèrent la semaine, reclus, pieds et poings liés sur une paillasse, vêtus, en raison du froid piquant d’une longue chemise en épaisse flanelle et de gros bas de laine grise serrés par les cordes. Les bas avaient été généreusement offerts par la bourrelle, bien sûr, qui exigea qu’ils soient portés par les cinq condamnés. Ceux-ci n’y virent point d’inconvénient car il faisait vraiment froid. La grosse couverture grise et poilue qui recouvrait la paillasse ne suffisait pas à les préserver du froid du cachot. Ils étaient ligotés et avaient du mal à se glisser et s’enrouler dans cette couverture lourde et épai. Chaque nuit, le bourreau venait dans la cellule de la jeune fille, lui enfonçait un bas de laine dans la bouche et serrait l’autre sur le visage, lui déliait les jambes et la baisait furieusement en lui racontant tous les détails de son futur supplice et des raffinements qu’il inventerait ce jour-là pour qu’il fût pire. Il ne l’étonnait guère car elle avait vu autant de visages strangulés que lui. Alors elle se laissait paisiblement fourailler et en jouissait en gémissant de bonheur sous son bâillon. Le bourreau ignorait que la bourrelle rendait visite aux garçons et les masturbait charitablement après les avoirs aussi bâillonnés avec des grandes chaussettes qu’elle transportait toujours en quantité, rêvant secrètement qu’un jour, ses bas serviraient de corde pour le gibet. Quand ils se débattaient ou pleuraient trop, elle leur couvrait la tête avec leurs couvertures et les caressait alors qu’ils se tortillaient en étouffant sous l’épaisseur de leur cagoule improvisée qu’elle leur laissait en partant. Elle se rendait ensuite dans la cellule du père qui la baisait avec bonne grâce, malgré ses liens. A lui aussi elle passait la couverture sur la tête et lui enveloppait le cou dedans comme avec un garrot douillet. Elle le retenait entre ses jambes et faisait rebondir son corps ligoté sur son ventre. Quand il montrait trop peu d’ardeur, elle l’étranglait un peu et jouissait beaucoup. Il en fut ainsi toute la semaine jusqu’au matin de l’exécution. La bourrelle en tomba enceinte d’un garnement qu’elle surnomma plus tard fils de pendu sans trop offusquer le bourreau qui n’avait pas non plus sa conscience pour lui. Le fils de pendu fit un excellent bourreau. Il avait assisté à tous les supplices et préférait de loin les pendaisons qui provoquaient chez lui une sorte de souvenir confus de douleur et de plaisir. Il passait souvent du temps dans la remise de l’exécuteur, parmi les bois de justices et les cordes, à caresser ces dernières et aussi à se les passer au cou. Il découvrit la jouissance ainsi, bien avant de la connaître avec les femmes. Au fond, son rêve fut toujours de baiser une de ses victimes. On dit qu’il y parvint plus d’une fois en achetant le gué et en volant le cadavre tiède d’une voleuse qu’il avait lui-même pendue. On dit aussi qu’il périt au bout d’une de ses cordes dans des circonstances étranges, pendu par une garce qui voulait l’exciter. On n’a jamais retrouvé cette garce... La foule s’était amassée compacte autour du gibet par ce matin froid et gris de la Toussaint. On était venu des villages avoisinants et même de l’autre ville située à plus de vingt lieues. Une tribune bien postée avait été dressée devant le gibet pour accueillir le seigneur de la ville et ses voisins. La foule des paysans, chaudement vêtue, attendait depuis le petit matin en buvant du vin chaud et dévorant des pains fourrés au pâté. Comme d’usage, de nombreux enfants se tenaient sur le devant, juste derrière les gardes qui leur faisaient face et qui ne verraient pas grand-chose du spectacle. Ils se tenaient chaud les uns les autres et étaient protégés par de gros bas montant jusqu’aux cuisses et enfoncés dans leurs sabots, ils portaient des houppelandes de laine et des bonnets tricotés. Beaucoup jouaient et riaient en simulant la pendaison et ses spasmes. Plus d’un étaient des habitués. Derrière les enfants, la foule des adultes se tenait serrée aussi, contemplant le gibet dégarni de ses cadavres. Les prostituées cherchaient en se glissant entre les gens des clients avides et se plaçaient tout contre eux en remontant discrètement leurs jupes sur leurs bas de laine. Quand le matin fut levé, le bourreau et ses aides vinrent sur le gibet pour y installer les cordes. On avait aussi détaché les vieilles cordes et il lança par-dessus deux traverses cinq longues cordes terminées par de gros nœuds coulants ayant chacun au moins huit tours. C’étaient de grosses cordes très souples, “des étrangleuses” disait-il. Faites de chanvre et de soie, elles étaient souples et les nœuds coulissaient magnifiquement. L’autre extrémité de chaque corde restait enroulée sur le sol laissant largement de quoi au bourreau pour hisser le condamné, ainsi qu’il avait décidé de le faire en cette occasion pour ne pas courir le risque de leur rompre le cou. Vers huit heures du matin, toute l’assistance était là et commençait à faire entendre une rumeur d’impatience. Le bourreau quitta le gibet et se rendit avec ses aides, deux beaux garçons de dix-sept et dix-huit ans, à la prison. Il se rendit dans la cellule de la mère qui l’attendait sans prier. Il lui délia les pieds, lui enroula les bras dans une corde pour mieux la ligoter, puis il enfonça un bâillon dans sa bouche en prenant garde qu’elle ne le morde pas. Il passa sur sa tête une épaisse cagoule de gros tissu feutré écru qui descendait jusqu’aux épaules en replis et passa à son cou un énorme nœud coulant prolongé d’une courte corde. Il le serra assez fort pour qu’elle en gémisse. Les deux aides la prirent par les bras et la guidèrent vers une charrette qui attendait dans la cour. Il fit de même avec le père et entraîna ensuite les garçons dont il entendait les sanglots étouffés sous leur cagoule. Il se rendit enfin dans la cellule de la fille dans laquelle il s’enferma. Après avoir vérifié que ses mains étaient bien attachées, lui avoir ligoté les bras, passé la cagoule et la corde, il baissa son haut de chausses et releva sa robe. Tenant sa verge raide il la lui planta dans le ventre pour éjaculer presque aussitôt en basculant sur la paillasse. Et la garce jouit de cette agression pourtant si brève. Il la porta lui-même jusqu’à la charrette qu’il mit en route. Ils parcoururent les rues pleines de tous ceux qui n’avaient pu parvenir jusqu’au gibet. Des maris, en voyant cela, menaçaient leurs épouses et leurs mioches de subir le même sort. Ils riaient. Dans la carriole, les condamnés avaient été liés aux ridelles de telle sorte qu’ils se tenaient à moitié assis et à moitié debout. La corde qui leur serrait le cou avait été attachée à des arceaux qui passaient aux deux extrémités du véhicule si bien que s’ils s’asseyaient, ils s’étranglaient eux-mêmes, mais leurs mains liées aux ridelles les empêchaient de se lever complètement. Les malheureux râlaient horriblement de cette position qui fit applaudir de nombreuses fois la foule très experte à détecter l’inconfort de la situation. La charrette arriva enfin au pied du gibet après s’être difficilement frayé un chemin au milieu des badauds. Il fallait éviter les jets de pierre car les pendus devaient être en bonne forme pour donner tout leur spectacle. On tolérait que des mains les pincent, que des filles touchent les condamnés en vue de leur fertilité, que des hommes ou des femmes brandissent des cordes de pendu pour se proposer pour la besogne, mais on ne pouvait accepter qu’on les estropiât avant la pendaison. Au pied de la plate-forme, on détacha les condamnés de la charrette et, un à un, on les guida en haut de l’escalier de pierre qui menait sous les cordes. Ils purent ainsi se tenir debout, sans rien voir, les jambes déliées. Le bourreau se saisit de la mère et lui retira sa corde pour la remplacer par celle, plus grosse, qui se balançait au-dessus d’elle. Pendant ce temps, on avait décagoulé son mari et ses enfants pour qu’ils puissent contempler son agonie. On la traîna sous le nœud qui lui était promis. Elle se tordait et tentait de résister en marmonnant sous sa grosse cagoule. Les deux aides la hissèrent sur un escabeau de bois d’un pied et demi de haut sur lequel ils la retinrent pendant que le bourreau, avec une bonne longueur de corde, lui ligota les jambes par-dessus ses bas de grosse laine qui s’étaient affaissés sur ses mollets et sur le bas de la longue chemise. Il palpa délicieusement les jambes à travers les replis de la laine et y enfonça ses cordes comme on entre un vit dans un ventre. On pendait les femmes ainsi pour que nul ne pût contempler ses secrets pendant qu’elle aurait balancé ses jambes dans ses convulsions. Hypocrites ! Ainsi ficelée, elle tenait à peine debout et l’un des aides la maintint fermement pendant que le bourreau assujettissait le nœud coulant bien en arrière et bien serré sous le menton. Son visage sculptait la cagoule et semblait montrer un complet désarroi. Nul prêtre ne se trouvait là pour lui donner les derniers sacrements, tous avaient refusé d’assister ces monstres dans leur calvaire. Avec son autre aide, le bourreau empoigna l’autre bout de la corde qu’il enroula autour de son bras et de sa taille. À deux, ils commencèrent de tirer lentement, très lentement. L’assistance se figea dans un silence total ponctué d'un lointain coassement des corneilles dérangées. On entendit le léger crissement du nœud qui doucement devenait plus dur et serré. Les pieds ligotés se dressèrent sur leurs pointes, les talons joints par les liens. Puis ils commencèrent de glisser sur le tabouret que le premier aide finit par faire basculer d’un léger coup de pied. Le corps tout entier s’affaissa. La corde se tendit en grinçant sur la traverse de la potence. Le cou sembla se tordre, la tête se renversant sur le côté à cause du nœud qui en se serrant avait coulissé vers l’épaule gauche. On entendit nettement un grognement inhumain sous la cagoule. Le corps s’arc-bouta, puis il commença à se balancer d’avant en arrière. On voyait les mains liées dans le dos se crisper et s’ouvrir, tenter de remonter vers la corde, comme à la recherche de quelque support à agripper. Les pieds s’agitaient dans l’épaisseur des bas de laine et semblaient battre la mesure. Les convulsions s’amplifièrent, les jambes semblaient monter et descendre comme pour reprendre un invisible appui. Sous la robe, on voyait la poitrine se soulever et s’affaisser à la recherche d’improbables goulées d’air. Sous la cagoule, la langue turgescente fit une bosse qui dardait en s’agitant, la bave mouillant l’étoffe épaisse. Et le nœud continua de serrer encore comme une grosse main lui appuyant le cou. Le bourreau attacha expertement la corde à l’un des piliers du gibet pour ne pas avoir à résister aux secousses données par la suppliciée. Dans l’assistance, les murmures admiratifs se mêlaient aux soupirs des hommes branlés par les putains expertes. Quelques jeunes filles aux visages d’anges s’évanouirent d’horreur ou de bonheur en regardant la pendue se tordre dans une danse désordonnée qui l’étranglait inexorablement. Les enfants riaient, plus d’une personne passait ses mains à son cou pour s’assurer qu’elle respirait encore. La condamnée, elle, ne respirait plus et sa danse commença à ralentir alors que sa chemise était souillée d’une tache d’urine qui grandissait. Puis le corps sembla plus lourd, plus mou et les convulsions cessèrent. Le bourreau vint palper le pouls et se retourna vers l’assistance d’un air entendu, elle n’était pas encore morte. Mais il était temps de passer à un autre. On traîna le père, on le hissa sur l’escabeau et on lui passa la cagoule et la corde. Le bourreau et son aide commencèrent à nouveau de hisser l’homme à qui l’on n’avait pas ligoté les jambes donna une sorte de coup de pied qui renversa le tabouret si bien qu’il tomba dans le vide plus brutalement que sa femme. On craignit qu’il ne se rompît le cou, mais il était robuste et la foule pût le voir commencer de danser en battant furieusement des jambes. Ses gros bas de laine glissaient sur ses jambes et l’un d’eux avait à moitié quitté son pied comme un grotesque oriflamme. La bourrelle se leva tranquillement, posant le bas qu’elle tricotait dans une épaisse laine brune, et vint retrouver le pendu. D’un geste expert, elle tira sur la grosse chaussette et la remonta jusqu’en haut de la cuisse en palpant généreusement le sexe gonflé. Le pendu lui attrapa soudain le cou entre ses pieds et la retint, ses pieds dans leurs bas de laine bien tirés, se promenaient sur le visage en extase de la bourrelle, prenaient ses épaules comme appui et tentait de la stranguler. Cela dura près d’une minute car le bourreau comme la foule trouvaient le spectacle délicieux et parfaitement en accord avec la nécessité de prolonger l’agonie. Puis il empoigna sa femme et la libéra des pieds du pendu. Le supplicié pédalait dans le vide, il semblait mettre toute sa force à faire éclater les liens qui s’enroulaient par- dessus sa chemise. Ceux qui avaient la chance d’être au pied du gibet purent voir que son sexe avait considérablement grossi. C’étaient les enfants et une gamine reçut sur la joue une grosse goutte de sperme qui la fit hurler. Le bourreau attrapa les pieds du pendu pour atténuer les secousses et retarder sa mort qui risquait d’être trop rapide. On avait pendu plus d’un bourreau à la corde d’un supplicié trop vite parti. La mère, maintenant, était morte après dix minutes d’agonie et ressemblait à un sac de sable se balançant lentement dans le vide. L’homme, lui, luttait de toutes ses forces, le bourreau reçut un violent coup de pied dans le visage, heureusement atténué par la laine des chausses. Il le lâcha un moment et les jambes recommencèrent à battre la mesure pendant que le supplicié arrosait l’assistance d’urine et de sperme. Plus d’un homme dans l’assistance se branlait dans ses chausses quand il ne saisissait pas sa femme pour la baiser en lui serrant délicieusement le cou. Il était temps de pendre les garçons. On ne leur mit pas de cagoule car un gamin offre un trop joli visage au bout de la corde. Chacun des aides avait le sien et l’on allait les pendre ensemble, côte à côte. Le cadet hurla quand on le plaça sur l’escabeau et ses cris ne s’arrêtèrent que lorsque le bourreau serra brutalement le nœud sous son menton, cela devint un gargouillis informe de sanglots et de plaintes. Le plus grand s’évanouit la grosse corde du nœud coulant déjà serrée et il fallut le redresser et le gifler pour lui faire reprendre ses esprits. C’eût été tricherie que d’être pendu sans le savoir. Ils se retrouvèrent enfin, éveillés, debout et gémissant le nœud serré et retenus par les aides qui tenaient la corde de l’autre main. Aidés par le bourreau, ils commencèrent à tirer sur les deux cordes à la fois et allèrent les attacher vivement aux piliers. Les deux garçons avaient décollé ensemble et leur ballet funèbre fit frémir la foule. Ils relevaient violemment leurs jambes ligotées jusqu’à leur poitrine et les relâchaient violemment en de grandes secousses qui faisaient se resserrer leur corde. Leurs visages violacés exhibaient leurs grosses langues tuméfiées. Un groupe de gamins qui avaient entrepris d’étrangler une fille plus grande qu’eux en lâchèrent leur corde pour regarder. La malheureuse reprit son souffle et contempla stupidement le spectacle. Ses tortionnaires eurent tôt fait de la ressaisir et de la jeter au sol pour l’étrangler pour de bon. Ils se branlèrent copieusement en l’arrosant de leur foutre et admirant son visage tuméfié, le cou creusé par une des vieilles cordes du gibet volée la veille. Les deux gamins étaient à la fois chétifs et robustes, aussi le nœud coulant ne les étrangla pas vraiment. Ils étaient comme des pantins gesticulants, leurs bras liés leurs pieds partant dans tous les sens. On les entendait grogner, râler, cracher, le visage écarlate, les yeux divagants. Leurs langues violettes sortaient démesurément de leur bouche aux lèvres noires. Alors que leur père s’était enfin calmé et se laissait lentement enfouir dans la strangulation vers une mort paresseuse à venir, ils continuaient de vivre au bout de leurs cordes. Leurs têtes étaient renversées, le nœud était venu sous le menton en écorchant profondément le cou et du sang souillait le col de leurs chemises de grossière flanelle grise. Le plus grand éjacula, aucun des deux ne pissa. Le bourreau se dit que s’ils n’avaient pas fini de mourir après la fille, il leur tirerait sur les pieds pour leur rompre le cou, mais qu’il avait le temps pour cela. Il bandait durement dans ses chausses de laine rouge. Il vint vers la fille qui regarda insolemment la tache que son sperme commençait de lui faire et elle sourit. Elle monta d’elle-même sur le tabouret, le privant du plaisir de lutter avec elle. Il ne lui passa pas la cagoule pour la même raison que pour les garçons, les jeunes filles pendues sont si jolies à voir. Puis il lui lia les pieds et les jambes jusqu’aux cuisses pour mieux exalter ses formes sous l’étoffe. Il prit un grand plaisir à enrouler et serrer les cordes autour de ces jambes flageolantes sur l’escabeau, tout en palpant l’épaisseur de la grosse laine. Il plaça le nœud et le serra fortement. Elle éructa ce qui sembla être une insulte et tituba. C’est alors qu’il la hissa. Il regarda ses orteils sous la grosse laine grise se promener sur le tabouret en cherchant un appui, puis ils quittèrent le bois pour le vide. Son beau visage devint rose, rouge puis violet. On vit sous la peau fine battre les veines. Ses mains liées se mirent à broyer le vide. La langue sortit presque noire tandis que la salive se mit à couler en abondance de sa bouche béante. Les convulsions de la jeune fille pendue étaient frénétiques et son visage penché en avant semblait insulter la foule. Le bourreau lui attrapa les jambes et la retint un moment pour prolonger l’agonie. Il eut un orgasme à la sentir se convulser dans ses bras. Il avait enfoui son visage dans la laine des bas épais et sentait l’odeur de sa chair et de la laine qui l’excitait tant. Puis il la laissa lentement retomber dans un bruit de bois qui grince et de corde qui crisse. Il recommença trois fois en plus de dix minutes sans que la suppliciée ne ralentît ses spasmes. Elle n’avait pas uriné, s’étant retenue de boire pour ne pas montrer cette infamie. Il finit par la laisser pendre pour de bon, maintenant que son beau visage de vierge vicieuse était devenu une grimace aux traits marqués, aux couleurs violacées et que le regard était injecté et absent. Elle continua de danser et de maudire l’assistance avec ses pieds ligotés. Elle mourut enfin au bout de près d’un quart d’heure, enfin le bourreau le pensa-t-il en la voyant s’affaisser au bout du nœud coulant. Il se tourna vers les garçons qui continuaient de donner de vagues signes de vie, leurs bas de laine dessinant de furtives paraboles dans le vide. Leurs visages étaient devenus presque noirs et bleuâtres et la corde leur avait allongé le cou sans le rompre. Leurs langues pendaient sans baver et le bourreau put constater que le plus jeune avait aussi lâché son sperme. Il décida que près d’une demi-heure de pendaison leur avait suffi et il attrapa le premier par les pieds en donnant une vigoureuse secousse. Le gamin eut une violente convulsion puis il cessa de bouger. La foule mécontente l’empêcha de faire la même chose à l’autre qui mourut certainement mais on ne sait pas quand. On dit dans la légende qu’on le laissa pourrir vivant au bout de sa corde. La jeune fille s’était laissé ligoter les jambes sans broncher. Elle avait même plutôt aimé la sensation des cordes qui se serraient sur la laine et l’étoffe épaisse de sa robe. Ses mains liées dans le dos étaient engourdies et quand on lui lia les bras, cette sensation s’amplifia désagréablement. Elle sentit l’odeur âcre du chanvre sur son visage, puis la corde se pressa contre son cou fin. Juste sous le menton, elle sentit la pression du nœud comprimer sa glotte et sa respiration se fit sifflante. Derrière son cou, les torons de la tortouse s’appuyaient sur sa nuque dans un contact dur. Elle chancela, déséquilibrée et le nœud la retint en se serrant encore un peu, elle frissonna de ce début de pendaison. Dans l’attente du supplice qui tardait de longues secondes, elle put contempler en tournant sur la pointe de ses pieds, les corps de son père et de sa mère qui oscillaient lentement sous la brise froide et les mouvements ralentis de ses frères dont les convulsions avaient cessé. La foule était entièrement tournée vers elle et négligeait les autres pendus. Le chagrin l’étreignit, faisant battre son cœur plus vite et l’étourdissant. Elle ne sentait plus ses mains qui avaient tant servi à étrangler et qui ne pouvaient pas la sauver de sa propre strangulation. Sur la tribune, en bonne place, deux couples de seigneurs la contemplaient. Elle vit le plus jeune, celui de la ville d’à côté, assis près de sa belle, ses genoux couverts d’une couverture contre le froid et l’immobilité. Il la fixait dans les yeux et elle sut qu’il attendait de voir son regard s’égarer quand elle quitterait le sol. La jolie baronne se tenait droite sur son siège et la regardait aussi, mais, distinctement, elle réalisa que sa main était posée sur le sexe de son époux qu’elle serrait et flattait du mieux qu’elle pouvait. Ces deux-là avaient la réputation de se promener près des gibets et elle se demanda ce qu’ils viendraient faire de son corps si leurs troubles désirs les prenaient. Ils étaient sûrs de leur impunité, eux. Elle les vit échanger un regard complice et lubrique au moment où une douleur brûlante lui ceignit le cou. Elle était tirée vers le haut par la boucle de corde qui lentement s’étrécissait. Le cri de malédiction qu’elle poussa se mut en un raclement rauque. L’extrême pointe de ses pieds cherchait, à travers la grosse laine des bas tricotés à la nouvelle mode, le contact ultime avec le bois de l’escabeau. Une dernière goulée d’air frais se glissa dans sa gorge alors que le sol se dérobait et qu’elle se sentit tomber au bout de sa corde. Elle n’avait pas imaginé que cela pût serrer si fort. Elle se cabra plusieurs fois pour chercher encore de l’air, mais rien ne vint. Ses yeux éblouis ne distinguaient plus rien et son corps soudain immensément pesant lui paraissait s’allonger dans l’espoir vain d’atteindre le sol devenu si lointain. La douleur à sa gorge était horrible, ses poumons lui semblaient devoir exploser et elle sentait la congestion de son visage comme une brûlure. Elle sentait sa langue gonfler et l’étouffer dans sa bouche et être poussée vers l’extérieur dans un spasme qui dégorgeait de salive. Puis la cohorte des douleurs sembla s’envelopper d’un brouillard tiède et moite. La strangulation devint une sensation confuse et le besoin de respirer céda la place à un commencement de sommeil engourdi et fébrile. Cette sensation la prenait tout entière et son être semblait mieux étreint que par la corde de pendu qui étranglait son cou. Une vague ardente et délicieuse la parcourut, de ses pieds ligotés dans la laine jusqu’à ses cheveux qui s’étaient dressés. Elle sentit venir l’orgasme, peu à peu, inexorable et ineffable, d’une lenteur et d’une intensité extrême. Elle se prit à rythmer son plaisir de coups de reins lents et vigoureux, elle baisait avec la mort. Le vit du démon des pendus s’était insinué entre ses jambes liées, sous l’épaisse flanelle de la robe et entre ses jambes serrées, il limait son ventre comme aucune verge auparavant. Elle jouit, jouit encore, sa langue sortait dans un baiser invisible cherchant le contact avec l’invisible force qui la retenait pendue. Elle sentit plusieurs fois qu’on lui retenait les jambes et c’était comme si le vit énorme qui lui donnait tant de plaisir se retenait d’éjaculer. Son retour était à nouveau une douleur, une réminiscence de son supplice et de la corde de chanvre et de soie épaisse et serpentine qui hantait un souvenir lointain. Elle sentait le vide au bout de ses pieds qui avaient froid dans la laine, loin du monde des vivants, elle qui n’en était presque plus. Puis elle fut libre de s’abandonner et sombra dans un sommeil délicieux, le ventre sailli, la langue plantée dans ciel et le visage en extase. Puis une douleur violente lui déchira la nuque et brûla intensément sa gorge à vif. On lui avait délié les pieds, mais le haut de son corps restait ligoté. La grosse corde était encore serrée à son cou, mais elle n’était plus pendue. Elle gisait sur un lit, sur une épaisse couverture de laine, emmêlée dans les longueurs de la corde. Ses yeux purent enfin distinguer, au pied du lit, le jeune seigneur qui se tenait vêtu seulement de ses chausses de grosse laine et qui échauffait son sexe. Elle n’eut la force ni de bouger ni de pousser un gémissement. L’homme se coula sur le lit pour contempler son visage qu’elle savait marqué d’un sourire béant et dont la langue tuméfiée sortait toujours. L’homme embrassa cette langue, palpa ses seins sous l’épaisse chemise, descendant son regard vers sa touffe humide d’une interminable jouissance. Il prit à plaine main ses cuisses gainées de grosse laine pour venir lécher cette humidité qu’elle savait mêlée au foutre du démon. Elle eût supporté le viol, mais pas le vol de ce foutre magique. Repliant ses jambes, elle prit le cou du jeune baron entre ses genoux et le renversa sur le lit. Il voulut appeler, mais les jambes de la jeune fille étaient aussi fortes que la corde de pendu qui l’avait suppliciée. Elle serra de toutes ses forces et maintint son étreinte en le rabattant à gauche et à droite comme un fauve qui achève sa proie. L’homme se débattait, grognait, sa langue sortait, il éructait. Elle put voir qu’enfin il bandait et se promit de le garder entre ses jambes jusqu’à ce que le foutre jaillisse. Elle tenait maintenant la gorge du jeune homme entre ses mollets, la sentant palpiter à travers les replis de la grosse laine de ses bas. Elle se sentait jouir à ce spectacle, comme accompagnée du démon revenu s’accoupler à son ventre. Le jeune baron explosa, souillant le lit de longs jets de foutre. Elle desserra ses jambes et se dressant d’un bond sur le lit lui marcha sur le visage, le palpant du bout des bas de laine pour garder l’équilibre. Elle finit par appuyer de toutes ses forces avec son pied sur le cou, tant et si bien que le jeune seigneur ne bougea plus. Alors, se contorsionnant, elle parvint à saisir sa dague et à libérer ses mains. Elle desserra son nœud coulant, mais le garda à son cou, elle rassembla la corde et se glissa hors de la chambre. Derrière la porte de la chambre, elle trouva la jeune femme du baron que celui-ci avait ligotée et bâillonnée pour qu’elle assiste à son forfait sans y participer. Il lui avait fait porter des vêtements de condamnée et la jeune fille y vit un heureux présage. Elle promit à la jeune femme la vie sauve en échange de sa liberté, aussi, cette dernière lui montra une porte dérobée qui servait au baron pour ses équipées nocturnes près du gibet. Elle put s’esquiver en silence, traînant avec elle la baronne toujours liée, pour partir retrouver les siens pendus au gibet. Son père, sa mère et son plus jeune frère étaient morts et raidis au bout de leurs cordes et elle s’en désintéressa. Elle s’approcha du plus grand qui se balançait comme les autres mais dont le visage n’avait pas tourné au gris. Elle prit ses jambes et sentit en effet ses pieds frémir dans leurs gros bas. Elle le souleva, sentant son corps tiède et ses jambes fines sous la laine grise. Elle le tenait ainsi tout en cherchant à dénouer la corde du pilier. Elle y parvint enfin, au prix d’efforts insensés. Elle tint sa promesse et laissa la vie sauve à la baronne en se contentant de l’encorder à l’un des piliers. Toutefois, elle lui passa une corde au cou et la fit monter sur un tabouret oublié là car il lui manquait un pied. La jeune femme resta là, en équilibre instable, prête à se pendre elle-même au moindre faux mouvement. La jeune fille était trop pressée pour attendre ce qui se produisit au bout d’une demi-heure, la jeune baronne glissa et commença de s’étrangler très lentement en se convulsant dans ses liens qui la retenaient au pilier. Les grosses cordes qui la ligotaient glissaient peu à peu le long des pierres rugueuses. Chaque contorsion serrait le nœud coulant, celui-là même qui avait étranglé le frère de la jeune fille et qui était suintant de sang. Sa tête se penchait en avant, ses pieds cherchaient le sol qu’elle espérait vainement retrouver à travers la laine de ses bas. Ses mains liées dans le dos s’écorchaient sur la pierre et l’air devenant de plus en plus rare, elle se sentit peu à peu s’étrangler en jouissant d’une merveilleuse façon. C’est ainsi que les deux gardes avinés qui surveillaient le gibet virent deux pendus s’enfuir avec leurs cordes. Ils devinrent fous et ne songèrent pas à libérer la baronne. On les comprend. Le jeune garçon revint à la vie au prix de soins attentifs dont le moindre fut de se faire masturber longuement par sa grande sœur. Comme elle il tint à garder au cou la corde qui l’avait pendu. Un signe, un souvenir de son premier véritable orgasme. C’est peut-être lui qui vint une nuit, aidé de sa grande sœur étrangler le bourreau dans son lit avec une de ses cordes de chanvre et de soie, mais avec la méthode utilisée par ses parents. On retrouva le bourreau étranglé, les cuisses pleines de sperme, bâillonné avec un gros bas de laine grise tricotées par sa femme. Le lit montrait que plusieurs personnes s’étaient violemment agitées dans ce lit à des jeux de plaisir et de mort. Personne ne vint plaindre ce bourreau- là. La bourrelle, folle de chagrin, tricota des bas extrêmement longs et épais. Elle en enfila une paire, se bâillonna avec une seconde paire, se lia elle-même les mains avec un autre réservant le dernier à ses pieds. Elle passa la tête dans un nœud coulant fait de la paire restante et mourut lentement, pendue à ses fameux bas de laine grise. Son fils hérita de sa charge qu’il assura avec art et plaisir, ne refusant jamais de pendre un criminel et même parfois des innocents.
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Par : le 11/01/26
UNE JOURNEE A TYBURN TREE Nous sommes en 1450, à Londres, sous le règne d’Henry 6. La perte de la Normandie et la peste ont rendu le pays instable, en proie à la violence. Le nombre d’exécutions est devenu énorme. On compte près de soixante-dix mille pendaisons en Angleterre pendant le siècle. Dix fois plus qu’en France à la même époque. Pendant tout le Moyen Age et jusqu’au dix-huitième siècle, on pratiquait peu les peines de prison, la plupart des délits et crimes conduisant plutôt à des peines corporelles, en particulier la potence qui était facile à administrer, pour peu qu’on disposât d’une corde et d’une branche d’orme ou une poutre assez haut placée. Les gestes étaient simples et l’issue presqu’assurée. A Londres, les exécutions peuvent avoir lieu partout car il est d’usage de pendre les malfaiteurs sur les lieux de leurs crimes. Mais, environ huit fois par an, ont lieu de grandes pendaisons au gibet de Tyburn, un grand édifice de bois sombre situé à l’angle de ce qui sera Hyde Park, dans ce qui est encore en dehors de la ville. Le gibet est constitué de trois poteaux hauts de plus de sept mètres, reliés par trois traverses de bois sombre, longue, elles aussi de plus de sept mètres et formant ainsi un triangle placé en haut d’une butte en pente douce et entourée de maisons à colombages. Parmi elles, une auberge avec un grand balcon que le tenancier loue à prix d’or lors des exécutions. Chaque traverse du gibet pouvait porter jusqu’à huit pendus, attachés les uns contre les autres, formant un cortège de cadavres convulsés, la tête renversée par la corde de chanvre. La butte sur laquelle le gibet était dressé était remplie des corps des suicidés et des suppliciés condamnés à être enterrés là, anonymes et sans sépulture. Il en émanait l’odeur doucereuse de la mort et de la pourriture. C’est pour cette raison que peu de gens voulaient habiter là. L’auberge faisait exception car elle vivait sur les profits qu’elle tirait des pendaisons et des supplices exécutés près du gibet. Le gibet de Tyburn était souvent reconstruit, parfois plus grand, parfois plus rudimentaire. Ce n’était pas un monument, mais une machine à étrangler qu’on usait jusqu’à la remplacer. C’est pour cela qu’il apparaît sous divers aspects selon les époques où on le dessinait, toujours avec ses trois piliers plus ou moins hauts. Dans la cour de l’auberge se dresse un magnifique orme noueux avec de solides branches. Avant que ne fut érigé le gibet, c’est cet orme qui servait de potence depuis des dizaines d’années. Elm street, la rue des ormes signifiait pour les Anglais du Moyen Age que c’était une rue de pendus. L’orme, avec son tronc noueux et ses branches qui s’élançaient comme des bras peu feuillus semblait être une sorte de bourreau de bois portant haut les pendus qui y étaient attachés. Aucun autre arbre ne produisait la même impression de participer au supplice des pendus qui y étaient attachés. Dans l’Angleterre le monde des vivant se mélangeait au monde des pendus. On ne craignait pas de subir la pendaison car il ne se passait pas un jour sans qu’on ne voie, en divers endroits, des malheureux pendus et étranglés. Des hommes, des femmes, des enfants, les mains liées dans le dos, leurs chausses de laine descendues le long de leurs jambes, le sexe raidi gonflant les braies. Même les enfants s’amusaient près des nombreuses potences qui ponctuaient les rues et les carrefours, jouant avec les jambes gainées de laine et ligotées comme on se cache derrière un arbre. Il arrivait même que certains, trop faibles et peu aimés, se fassent pendre ou étrangler par des garnements sans scrupules et amusés par leurs grimaces au bout des cordes qui ne manquaient jamais dans cette ville pleine d’artisans et de remises obscures. Même les suicidés choisissaient de préférence de se pendre. Trouver une corde et une poutre était chose facile et la pendaison était si familière qu’elle semblait évidente avec sa promesse de mort certaine et de plaisir ultime. Cela valait bien mieux que la défenestration ou la noyade, bien moins certaines. C’est ainsi qu’on retrouvait souvent des hommes ruinés, des femmes trompées au bout d’une corde attachée à une poutre de leurs galetas, leurs chausses de laine effleurant le sol. On enterrait leur corps sous le gibet. Et, si par extraordinaire, ils survivaient à leur suicide par pendaison, ils finiraient étranglés au gibet au prochain jour de pendaison. Les jours de pendaison étaient annoncés par des affiches et par des crieurs qui annonçaient qui serait exécuté et comment, sachant que ce jour-là, on pourrait pendre jusqu’à vingt-quatre condamnés. Tout commençait toujours par une pendaison. Les plus coupables, tels que les traitres, les félons et les hérétiques, étaient dépendus, à moitié morts, au bout de dix à quinze minutes pour être étripés, découpés à la hache, décapités ou brûlés. Comme le voulait l’usage, au matin du jour de pendaison, des carrioles se présentaient devant la prison de Newgate. Dans chacune, on faisait monter quatre malfaiteurs que l’on attachait à moitié debout aux ridelles du véhicule. Ils avaient les mains liées devant et on leur mettait autour du cou une grosse corde avec un lourd nœud coulant prolongé de plusieurs mètres de chanvre qu’ils devraient porter tout au long de leur parcours vers le gibet. On couvrait leur tête d’un épais bonnet de laine leur retombant sur l’épaule. Les hommes portaient une longue veste ou encore une chemise de drap qui leur descendait jusqu’à mi-cuisse. On leur avait ôté toute ceinture ou marque personnelle. Ils portaient des chausses de laine épaisse et grise. Désormais, les chausses étaient tricotées dans la laine que produisait en abondance l’Angleterre, le Pays de Galle et l’Irlande. Les bas étaient attachés aux braies de toile qui couvraient les parties intimes, sorte de pagne plus ou moins cousu. Les femmes portaient aussi des chausses grosse laine grise et des braies. Leurs seins étaient bandés de toile aussi et par-dessus elle portaient une robe serrée en haut et large vers le bas, serrée à la taille par un cordon. Dans ce monde de misère, les vêtements étaient souvent usés et sales. Leurs couleurs bistres hésitaient entre le gris, le brun et le beige écru. Mais les vêtements étaient rares et chers. Presque toujours en laine grossière, mille fois reprisés, presque toujours souillés de crasse et de boue. Une paire de chausses en gros tricots devait durer de longues années car ce vêtement essentiel était très coûteux. Contrairement à la France où il était courant de pendre les condamnés pieds nus et seulement vêtus d’une longue chemise de toile, manière de leur ôter toute personnalité, toute identité, les Anglais les pendait avec tous leurs vêtements, tous les signes de leur forfait. Et comme il faisait froid à Londres et que l’Angleterre produisait beaucoup de laine, il était normal que les pendus soient vêtus de grosse laine. Si en été, on pouvait être légèrement vêtu, Londres était, avant tout, une ville froide, humide et pluvieuse où l’on devait le plus souvent se vêtir de plusieurs couches de laine pour ne pas trop trembler de froid. Cette laine peu dessuintée qui protégeait aussi des averses et de la bruine les condamnés, les bourreaux et le public. Tant et si bien que dans la gadoue permanente des ruelles sombres, on finissait par ne plus très bien savoir qui allait finir au bout de la corde et qui allait supplicier les condamnés. Ce jour-là, on se contenterait de simples pendaisons car nul traitre n’avait été condamné durant le mois. Cela n’empêchait pas une foule nombreuse d’être là à voir les condamnés monter dans les charrettes, en portant leurs grosses cordes. Dans chacune des carrioles, montait aussi un garde prêt à occire quiconque voudrait s’enfuir ou se rebeller. Le cortège était accompagné de shérifs, des sortes de policiers travaillant au nom du roi, et de watchmen, souvent des malfaiteurs qui, se fondant dans la foule surveillaient les événements et, à l’occasion rattrapaient les condamnés qui avaient tenté de s’échapper des carrioles. C’est ainsi que le long cortège, accompagné d’une populace curieuse, se mettait en branle pour parcourir les trois kilomètres qui le séparait du lieu des pendaisons. On avançait lentement dans les rues étroites et encombrées, pataugeant dans la gadoue de la ville sale dont les toits en encorbellement se touchaient, plongeant la ville dans une perpétuelle pénombre fétide. Un premier arrêt avait lieu à Old Bailey, la cour de justice où, dans une interminable litanie, un greffier faisait la lecture de la condamnation de chacun des condamnés. Il énumérait d’abord ses crimes, souvent dérisoires car le vol d’un seul shilling conduisait à la potence. Puis il concluait par la condamnation qui était ce jour-là, d’être pendu et étranglé jusqu’à ce que mort s’ensuive. A Londres, en ce temps-là, on finissait au bout d’une corde, qu’on soit un homme, une femme ou un enfant d’au moins onze ans. Le crime était si répandu et la pendaison si familière qu’on ne s’embarrassait pas de pitié ou d’humanité. Une fois les condamnations lues, parfois sous les huées ou les frémissements de la foule, le cortège se remettait en route, toujours très lentement, pour atteindre un premier estaminet où tout le monde buvait de l’ale et plaisantait sur le spectacle à venir. Les pickpockets étaient à l’œuvre et accompagnaient les futurs pendus en faisant leurs affaires avant de remplacer les condamnés dans un avenir incertain. L’atmosphère était, curieusement, animée, presque joyeuse, malgré le glas résonnant aux églises près desquelles le convoi passait. Les badauds parlaient aux condamnés, tout un commerce se faisait entre les vivants et ceux qui allaient mourir. On échangeait des victuailles, de l’alcool et même de l’argent. Les aides du bourreau, à côté des condamnés dans la carriole, participaient activement à ces échanges. Être pendu était une forme courante de la destinée, pour beaucoup, la frontière entre une vie misérable et finir, étranglé, au bout d’une corde, était mince et souvent au bénéfice de la potence. Il était inconvenant de montrer de la peur ou du désespoir. Donc, les futurs suppliciés se montraient joviaux et reprenait en cœur les chansons de pendus qui étaient chantées par le public. Seuls, parfois, les plus jeunes enfants, qu’on allait pendre pour un menu larcin, pleuraient, assis sur le banc de la carriole. Au bout de deux ou trois heures, toute cette compagnie bruyante et ivre pavanait au pied du gibet où s’amassait déjà une foule de près de vingt mille spectateurs. Au pied de la potence attendaient les bourreaux principaux tandis que leurs aides s’étaient installés à califourchon sur les traverses, attendant d’y attacher les cordes. Pour de telles occasions, il ne fallait pas moins de six bourreaux et de leurs aides pour venir à bout de la pendaison de vingt-quatre condamnés. Mais le bourreau principal de Londres, celui qui avait le titre d’exécuteur, de pendeur, était un homme de haute stature, encore jeune qui avait hérité le titre à la mort de son prédécesseur. Lui-même était devenu aide bourreau en acceptant la charge plutôt que d’être pendu. Désormais, il était veuf car sa femme était morte de la peste. Il œuvrait avec l’aide de sa fille, une garce d’à peine vingt ans qui adorait les exécutions et se plaisait à tirer sur les jambes des pendus en riant aux éclats. Le bourreau était reconnaissable à ses chausses de laine rouge sang en épais tricot. Il portait aussi une cagoule de la même laine. Son pourpoint de cuir recouvrait une chemise blanche et s’ajoutait à un tablier de cuir, lui aussi. Il portait d’élégants souliers de cuir fauve, preuve que sa fonction était bien payée. Sa fille portait les mêmes vêtements, à l’exception de sa robe de toile brune, un peu trop courte pour lui permettre d’être agile sur la potence, qui remplaçait le pourpoint et le tablier. Bien des hommes rêvaient de mourir étranglés entre ses jambes habillées de laine rouge. Une première carriole s’arrêta sous un des bras. Le bourreau grimpa à bord. C’était toute une famille de bistrotiers qui droguait ses clients pour les détrousser. Il y avait l’homme un gaillard au regard fourbe gueulait des insultes à la foule hilare. Près de lui, sa femme en robe grise avait la trentaine et gardait les yeux dans le vague. En face d’eux, une jeune fille aux longs cheveux blonds et sales sanglotait dans une robe semblable à celle de sa mère. Enfin, un gamin de douze ou treize ans, vêtu seulement d’une chemise grise et de bas de laine, regardait avec terreur le bras de la potence au-dessus de lui. Le bourreau détacha les mains de l’homme pour les réattacher dans le dos avec une corde de chanvre. Puis il saisit la grosse corde pour la lancer en l’air pour que sa fille, qui était grimpée là-haut comme une chatte, l’attrape pour la nouer à la traverse avec plusieurs solides nœuds. Le bourreau avait pris la précaution de bien serrer le nœud coulant pour que l’aide puisse bien tendre, si bien que l’homme devait se tenir bien droit pour ne pas s’étrangler. Le bourreau se baissa et, avec une autre corde, ligota les jambes de l’homme par-dessus ses gros bas de laine. On liait les jambes de suppliciés car, quand ils étaient huit, accrochés à une seule traverse, les jambes libres, il n’était pas rare qu’ils tentent d’enlacer de leurs jambes le pendu voisin et de retarder leur strangulation. Cela plaisait énormément au public qui riait de ces tentatives désespérées. Au bout d’un moment, le pendu qui en avait enlacé un autre, se fatiguait et se laissait retomber, pour finir de s’étrangler dans les spasmes et les convulsions. Mais cela retardait considérablement l’exécution qui devait impérativement s’achever à la nuit tombante. Donc, on liait les jambes des pendus. Puis il passa à la femme, la déliant et la ligotant à nouveau, les mains derrière le dos, lançant sa corde à son aide, la tendant autant que possible. Cette fois-ci, il attacha les jambes par-dessus la robe pour la décence. Il fit de même avec la jeune fille épouvantée. Il finit avec le garçon qui se laissa faire avec docilité. Tout en les préparant au supplice, il palpait les seins des jeunes femmes et caressait l’entrejambe de l’homme et du garçon, excité qu’il était d’avoir à les pendre. Il ne dédaignait pas, à l’occasion, de violer une jolie fille qu’il avait pendue et qui reposait encore chaude sur la table de l’auberge. Personne n’eut osé l’en empêcher, d’autant qu’il payait l’aubergiste grassement pour ce petit plaisir. Il était même arrivé qu’une pendue revive alors qu’il la besognait et qu’ils finissent l’affaire dans un orgasme violent. Le plus souvent, la femme ressuscitée mourrait à nouveau après ce viol, ses dernières réserves de vie s’échappant de son sexe. Comme personne ne semblait vouloir faire de discours d’avant la mort, usage très répandu à cette époque, le bourreau tira le bonnet de laine sur le visage de chacun des condamnés, commençant ainsi à les étouffer. La foule était silencieuse, captivée par les préparatifs de la pendaison. Puis le juge présent pour une telle occasion, donna l’ordre et la charrette s’ébranla, un à un les suppliciés tombèrent dans le vide, de quelques centimètres seulement pour que leur strangulation soit la plus lente possible. Cela fit un bruit sourd se répétant dans le silence, suivi du crissement des cordes qui se tendaient et des nœuds qui se resserraient. Après quelques instants de sidération, les corps liés commençaient à se tordre, d’avant en arrière, les jambes ligotées ne permettant pas d’autre mouvement. Les corps tournoyaient, se heurtaient, les jambes s’agitaient de plus en plus, les mains liées dans le dos remontaient désespérément vers la corde sans pouvoir l’atteindre. Des grognements et des gargouillis d’étranglés se mêlaient aux pets et aux grincements des cordes sur le bois du gibet. En Angleterre, contrairement à la France, on utilisait de grosses cordes de chanvre longuement assouplies pour avoir servi à de nombreuses pendaisons. Les cordes étaient terminées par de gros nœuds coulants à sept torons qui rendaient leur coulissage difficile et qu’il était très ardu de desserrer. Ces grosses cordes rendaient le supplice plus spectaculaire et, en répartissant la pression, ralentissaient l’agonie. Selon l’emplacement du nœud autour du cou du pendu, le supplice était différent. Placé à l’arrière, la langue du supplicié gonflait et sortait de la bouche, provoquant aussi, en pressant sur les nerfs et les vaisseaux sanguins, l’orgasme du pendu, le fameux plaisir des anges. Mise sur le côté la corde provoquait, tantôt l’asphyxie cérébrale, le pendu blanc, tantôt la cyanose et la congestion, le pendu noir et violacé. Placée sous le menton, elle ne pressait sur aucun organe clé, le pendu pouvait ainsi agoniser pendant près d’une heure avant de mourir de la dislocation lente de sa colonne vertébrale. Les bourreaux connaissaient toutes ces subtilités pour mener leurs exécutions pour le plus grand bonheur de la foule. Bien entendu, on n’eût pas donné cher d’un bourreau qui ne permettait pas aux pendus de se débattre longuement au bout de leurs cordes. Il existait des cas de bourreaux qui avaient fini au bout de leurs propres cordes pour n’avoir pas laisser leurs pendus se débattre assez longtemps. Un grand soupir de pitié et de plaisir quand les pendus commencèrent à se convulser au bout de leurs cordes. Comme personne ne se manifestait, le bourreau s’approcha du garçon qui se débattait au bout de son nœud coulant et lui attrapant les jambes ligotées par-dessus les chausses de laine, il lui donna plusieurs secousses et se suspendit à lui pendant un moment. Le petit pendu finit par mourir, la tête penchée sur le côté, un de ses bas était descendu sous son genou. Près de la famille étranglée, quatre autres malfaiteurs furent pendus de la même manière. A cette époque de misère et de troubles, on ne vivait pas longtemps. Vivre plus de quarante ans était un privilège. On devenait gibier de potence à l’adolescence et la plupart des délinquants n’étaient encore que des adolescents quand on les condamnait à la potence. Ces quatre là étaient donc des jeunes qui n’avaient pas vingt ans ; trois garçons, une fille qui regardaient le gibet en riant et dont les visages disparurent sous les cagoules tandis qu’on finissait de leur ligoter les pieds. Ils basculèrent de la carriole pour tournoyer dans le vide, les cordes se serrant lentement autour de leurs cous fins.  Ils formaient ainsi une ligne de huit pendus en train de se débattre comme un rideau soufflé par le vent de la mort. Les galoches de bois tombaient des pieds et, du bas de la potence, les enfants qu’on avait amené là pour leur faire la leçon, contemplaient les pieds ligotés et gainés de grosse laine s’agiter dans les liens dans des spasmes qui les impressionnaient tout en les faisant rire avec une cruauté juvénile. Le lendemain, ils joueraient à se pendre et quelques garnements malheureux seraient retrouvés au bout d’une corde, leurs braies et leurs chausses descendues sur leurs pieds pour qu’on vit bien ce que la strangulation faisait à leur sexe. Pendant ce temps-là les autres pendus se tordaient sous les deux autres traverses, se balançaient d’avant en arrière en grognant et gargouillant. Les galoches tombées formaient une ligne qui suivait celle des pendus, les bas de laine descendaient souvent le long des jambes des suppliciés. La femme pissa sa bière devant la foule hilare. Leurs mains liées dans le dos tentaient désespérément de remonter vers la corde, sans jamais y parvenir. Puis leur gigue se ralentit peu à peu, les spasmes s’espacèrent et devinrent moins violents. Les trois corps se laissèrent aller pour, peu à peu, se replier lentement, les genoux remontant lentement, les pieds vêtus de laine tremblant convulsivement. De grosses gouttes de sperme tombèrent sous l’homme dont les braies avaient glissé avec ses chausses et qui éjaculait longuement en finissant de s’étrangler. Pendant ce spectacle, la foule murmurait, écoutait, observait intensément. Les putains qui étaient venues nombreuses branlaient les hommes pour quelques pennies tout en les détroussant pendant qu’ils jouissaient avec leur autre main. Depuis le balcon des gens de la haute société se délectaient du spectacle en mangeant des friandises et buvant du vin fin. La pendaison dura tout l’après-midi, les carrioles venant se placer sous les poutres et chaque groupe de pendus se faisant attacher, cagouler et pendre avec une lenteur convenue. Parfois, des proches se précipitaient pour attraper les jambes des pendus et les tirer de toutes leurs forces pour les faire mourir plus vite. Mais beaucoup ne bénéficiaient pas de cette aide et se débattaient interminablement provoquant l’admiration du public de leurs convulsions spectaculaires. De temps à autres, le bourreau relevait la cagoule d’un pendu pour que le public pût admirer le visage congestionné, le regard absent et la langue énorme et pleine de bave gonflée au point de sortir toute noire de la bouche. Beaucoup de sperme et d’urine était tombé sur le sol du gibet, ce qui ferait le bonheur des sorcières qui attendaient la nuit pour surgir. Quand les vingt-quatre condamnés furent tous pendus, étranglés et vidés de leur semence, des mères entraînèrent leurs enfants pour toucher les pieds et les mains des suppliciés pour qu’ils bénéficient de la chance que procure le fait de toucher un pendu. Plus tard, on ferait commerce des cordes, on volerait les chausses de laine et les cagoules pour mieux se vêtir et s’imprégner de la chance des pendus. La méthode de pendaison anglaise consistait à faire tomber le condamné de la charrette qui se dérobait sous ses pieds. Si personne ne songeait à venir l’aider à mourir, le pendu se débattait un long moment, parfois un quart d’heure, voire une demi-heure au bout de sa corde. C’était très différent de ce qui se passait à Paris où le condamné était mené, les mains liées en haut d’une longue échelle. Il portait trois cordes au cou, dont deux avec des nœuds coulants et une troisième servant à le traîner, puis à le faire tomber sous l’échelle. A ce moment, le bourreau se mettait à califourchon sur son cou ou montait sur ses mains liées et donnait de vigoureuses secousses pour hâter la strangulation. Les suppliciés n’étaient pas cagoulés et étaient nus sous leur chemise, ce qui permettait de mieux voir leurs grimaces et leur langue qui se gonflait toute noir dans leur bouche. Cela permettait de voir le sperme tomber au pied de la potence. Ces différences notables montrent que la pendaison pouvait revêtir de nombreuses formes pour parvenir aux mêmes effets. C’est ainsi que, dans les Balkans, on enfermait les condamnés ligotés dans un grand sac de grosse toile que l’on recousait pour le fermer. Dedans, le pendu portait ses vêtements traditionnels, notamment de grosses chaussettes tricotées. On le hissait, dans son sac, le long d’un poteau, puis on lui passait un nœud coulant avant de le laisser retomber au bout de sa corde. L’aide du bourreau lui tenait les jambes avec une corde pour qu’il ne se débatte pas. La mort venait lentement dans l’obscurité du sac que le public voyait s’agiter de spasmes jusqu’à ne plus bouger. Cette pratique se retrouve encore, aujourd’hui, au Proche Orient où les condamnés sont ligotés dans des couvertures les couvrant des pieds à la tête et dans lesquelles ils agonisent, meurent et sont enterrés après leur supplice. Une manière de leur ôter leur humanité, leur identité. Ce ne sont plus que des sacs de laine qui se balance au bout d’une corde et qu’on ne reverra jamais. A la nuit tombante, les bourreaux et leurs aides commencèrent de détacher les pendus pour les porter dans l’auberge qui avait une salle pour les étendre sur de grands tréteaux. Le lendemain, on pourrait vendre les corps non réclamés aux chirurgiens qui les payaient fort bien. La pendaison avait l’avantage de ne pas léser les organes. Vingt-quatre corps encore ligotés, leurs jambes en chausses de laine sous les chemises et les robes relevées, s’alignaient ainsi. Les hommes arborant sous leurs braies des sexes humides dressés tout raides vers le ciel. Soudain, la jeune fille se redressa en poussant un cri aigu. Puis ce fut le cas d’un jeune homme vigoureux. Les deux rescapés se tordaient dans leurs liens au milieu des cadavres étranglés. En ces temps où l’on était plus petit et souvent plus maigres, la pendaison n’était pas toujours mortelle car les pendus ne pesaient pas bien lourd. L’aubergiste et quelques bourreaux bien ivres, détachèrent les deux survivants et on les coucha dans des lits bien chauds pour qu’ils revinssent pleinement à la vie. On les couvrit de plusieurs couches d’épaisses couvertures de laine pour les libérer du froid de la mort. Au bout de deux jours, tous deux avaient recouvré leur santé. La fille de quinze ans n’était pas très maligne avant d’être pendue, désormais elle était complètement idiote, mais elle se laissait violer sans jamais se rebiffer. L’aubergiste décida de la garder comme putain pour s’enrichir encore mieux. Faire l’amour à une pendue était une véritable attraction. Beaucoup d’hommes rêvaient de l’érection des pendus et se laissaient étrangler entre ses jambes pour mieux jouir. Elle devint l’égérie du gibet, se promenant dans la foule des spectateurs elle savait repérer ceux qui s’excitaient à la vue des pendus en train de se débattre au bout de leur corde et, en échange de quelque pennies, elle les masturbait de ses doigts fins, laissant entrevoir sous le col de sa longue robe de laine, la marque indélébile de la corde qui l’avait pendue. Elle devint même l’amie de la fille du bourreau qui la prit en affection, partageant en toute innocence leur goût pour les pendus. La fille du bourreau l’entrainait dans son galetas et toutes deux jouaient à se donner du plaisir en s’étranglant mutuellement avec leurs bas en laine. La jeune fille adorait la fille du bourreau, oubliant en toute innocence que c’était elle qui l’avait pendue. Elles vécurent longtemps dans une relation lesbienne où elles se plaisaient à jouir en se murmurant des histoires de pendaisons tout en se donnant du plaisir. Et pour encore augmenter leur jouissance elles se serraient des bas de laine autour du cou, des bas de laine qu’elles venaient d’ôter à quelque pendu qu’elles avaient trouvé à leur goût. Le jeune homme, quoique vigoureux, était aussi devenu stupide incapable de coordonner ses mouvements. On aurait pu le renvoyer à la prison de Newgate, mais il était bien plus pratique de le pendre à l’orme de la cour. Alors, on lui lia les mains dans le dos, on attacha ses jambes en chausses de laine, puis on le hissa dans un gros nœud coulant qui se balançait à la branche de l’orme, puis on le laissa retomber. Il s’agita dans d’horribles convulsions, alors la femme de l’aubergiste se suspendit à ses jambes et resta ainsi jusqu’à voir le sperme tomber sur sa joue. Elle aussi ne dédaignait pas les plaisirs du gibet. Un pendu à l’orme de la cour lui fait l’effet d’un fruit délicieux murissent à son arbre. Alors, quand elle sentit le sperme tomber chaud sur ses joues, elle cessa de tirer sur les jambes et, au lieu de cela, se retourna et mit les jambes couvertes d’épaisses chausses de laine sur ses épaules et prit le sexe écumant dans sa bouche pour avaler la semence magique, la graine de mandragore. Puis, n’y tenant plus, le sexe devenant énorme et raide, elle grimpa à l’échelle qui avait servi à hisser le jeune homme à la branche de l’orme, elle releva sa robe et s’empala en tournoyant avec lui au bout de la corde, contemplant de tout près son visage bouffi par la strangulation et la langue énorme, bloquée par les dents mais encore en train de baver abondamment. Le jeune homme finit par mourir complètement, son corps devenu flasque pendouillant, au nœud coulant atrocement serré autour de son cou par l’effet de cette dernière danse. Le lendemain, on abandonnerait le corps dans une rue borgne après l’avoir dépouillé de ses chausses et de sa chemise qui pouvaient encore être vendues. Chaque nuit, dans l’obscurité des ruelles de Londres, des hommes se faisaient assassiner et dépouiller par des bandes de rodeurs. Personne ne serait surpris de le trouver là. Il n’y aurait pas d’enquête non plus car personne ne porterait plainte. A Londres, pour finir au bout d’une corde, il fallait quelqu’un pour vous accuser. Et c’était déjà suffisant pour garnir les trois bras du gibet de vingt-quatre pendus. Il ne resterait plus qu’à attendre le mois suivant pour qu’une vingtaine de pendus ne viennent regarnir les bras de Tyburn Tree. Neuf mois plus tard, elle donna naissance à un ravissant bébé aussi blond que l’aubergiste était brun. Ce dernier le surnomma ironiquement de « graine de pendu » et l’éleva comme le fils qu’il n’avait jamais eu. L’enfant grandit près de Tyburn et il développa un goût prononcé pour les pendaisons. A quinze ans, sa mère lui offrit une belle paire de chausses en laine presque neuves, pas même reprisées, celles qu’elle avait retirées au jeune homme accroché à l’orme. Elle les avait gardées toutes ses années et les embrassait régulièrement en souvenir de son amant d’un jour. Mais elle ne lui dit jamais qu’il était né de l’éjaculation d’un pendu. Un jour, lors de la visite du bourreau, il obtint la charge de devenir son aide. Quelques années plus tard, le bourreau vieillissant devint moins habile et moins honnête. Il pendit mal quelques condamnés dont la corde glissa ou se serra mal, ou encore se détacha du bras de la potence. Il accepta de plus en plus de pots de vin pour laisser mourir des scélérats au bout de leur corde, avant qu’ils ne fussent étripés et qu’ils vissent brûler leurs entrailles. Il finit au bout d’une bonne corde que lui avait passé avec art celui qu’on surnommait « graine de pendu ». Et, ainsi, le cycle des pendaisons à Tyburn perdura, pour le plus grand plaisir de la foule et celui de la justice du roi. Et cela durerait encore trois siècles avant que le gibet ne soit transféré à Newgate et que la pendaison ne devint un supplice discret, rapide, sans plaisir où les suppliciés tombaient dans une trappe sordide pour s’y rompre le cou et mourir dans l’instant, ignorés de tous. Le public découvrit, furieux, ce nouveau supplice qui le privait de tout ce qui faisait le charme macabre de Tyburn. Les pendus de Newgate, qu’on ne voyait que de loin, tombaient dans la trappe et demeuraient immobile, la nuque brisée, privant le public de la gigue des pendus, des bruits d’agonie, du réconfort de se suspendre aux jambes de suppliciés, de découvrir, après leur supplice, leur visage où saillait une grosse langue noire, des avantages propitiatoires de toucher les pendus, de faire caresser de leurs pieds ou de leurs mains des bambins à qui l’on souhait bonheur et fortune. La pendaison cessait de faire partie de la vie. Il faut désormais aller en Iran pour voir des pendaisons qui ressemblent à celles de Tyburn, des grappes de pendus, hissés par des grues, un gros nœud coulant au cou et qui se tordent dans d’interminables convulsions devant un public abondant qui en redemande. Il n’est pas question de pendre trop vite. Il faut que les pendus se débattent longuement au bout de leurs cordes sous le regard d’une foule experte qui vient nombreuse les voire agoniser. Malgré les pantalons bouffants des hommes et le tchador des femmes, on voit bien l’effet sexuel de la pendaison sur les suppliciés. Avec la pendaison, le plaisir n’est jamais loin de la mort. C’est la civilisation en marche.  
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