La rubrique "Articles" regroupe vos histoires BDSM, vos confessions érotiques, vos partages d'expériences SM. Vos publications sur cette sortie de blog collectif peuvent aborder autant les sujets de la soumission, de la domination, du sado-masochisme, de fétichisme, de manière très générale ou en se contentrant très précisément sur certaines des pratiques quu vous connaissez en tant que dominatrice/dominateur ou soumise/soumis. Partager vos récits BDSM, vécus ou fantames est un moyen de partager vos pratiques et envies et à ce titre peut être un excellent moyen de trouver sur le site des partenaires dans vos lecteurs/lectrices. Nous vous rappelons que les histoires et confessions doivent être des écrits personnels. Il est interdit de copier/coller des articles sur d'autres sites pour se les approprier.
Par : le Il y a 10 heure(s)
Voilà une petite mésaventure qui viens de nous arriver à ma femme et moi, nous sommes tombés en panne de voiture sur la route. Nous avons été pris en charge par l’assurance, un taxi est venu nous chercher, pour nous ramener chez nous. Sauf que l’assurance ne fait pas l’avance de frais, prix 206 euros un aller paris Billy (62) qu’on ne pouvait pas régler au chauffeur, avec la précipitation j’ai laissé ma sacoche dans la voiture qui est partir au garage, pas de carte bancaire pour faire un retrait, et je n’avais pas assez de liquide pour la course. je discute avec le chauffeur qui ne parlait pas très bien la langue de chez nous. Je lui explique que je ne pourrais pas régler la course de 206 euros, que je n’ai pas de liquide, ni de carte bancaire. Le chauffeur me dit: - << si tu ne peux pas payer on peut s’arranger.>> - << Ah oui c’est sympa de votre part et comment ?>> - << On s’arrange avec votre femme pas de fric, elle me règle en nature chez toi !>> - << ma femme non je ne suis pas d’accord>> - << C’est sa ou j’appelle la police, il faut bien que je me face payer la course.>> J’essaye donc avec bien du mal de discuter pour négocier mais rien à faire. Arriver au domicile le chauffeur me dit: <> Je regarde ma femme qui me dit: << Non c’est pas possible une telle sommes>> Là, je prends la décision de le faire rentrer afin de le faire changer d’avis. Je ne voulais pas voir arrivée les flics chez moi et là, le chauffeur a pris les choses en mains et c’est occuper de ma femme, qu’elle règle en nature. Elle a fini par accepter de payer les 412€ euros en nature. L’aller plus le retour. Le chauffeur n’est pas repartir tous de suite. On s’est installer au salon. Le chauffeur et ma femme sur le canapé, moi face a eu, le temps que j'aille chercher de quoi se désaltérer. Il a essayé d’embrasser ma femme. Elle a essayé de déclinée mais il a tellement insisté qu’il a fini par arrivée a c’est fini. Ma femme c’est laissé embrasser fougueusement dans le canapé sans se préoccuper de ma présence. Ma femme a commencé à se laisser caresser de plus en plus intimement. Quand il a demandé à ma femme ou était la chambre, elle s’est levée, la prit par la main, ils se sont dirigés vers la chambre. Je me suis levé à mon tour pour les rejoindre, sauf qu'ils m’ont demandés de ne pas rentrer. Il mon refermer la porte. Il a passé une bonne partie de la nuit avec ma femme dans le lit conjugale et moi dans le salon a entendre ma femme gémir. Je voulais voir ce qui se passait derrière la porte, j’ai poussé légèrement la porte. Le chauffeur s'est taper ma femme à plusieurs reprises, ça n’avait pas l’air de lui déplaire. Après un bon moment j’ai entendu et vu ma femme jouir, pas qu’une fois. Le chauffeur a bien récupère c’est 412€. Une nuit inoubliable pour ma femme, le seul petit problème c’est que le chauffeur n’a pas su se retirer à temps. Sans capote ni contraception pour ma femme qui ne prends pas la pilule et avoir été presque toutes la nuit baiser, il y de grande change que dans quelque mois ma femme m’annonce une grossesse. Je ne pourrais que m’en vouloir, car je n’ai rien fait pour empêcher le chauffeur une fois chez moi de se faire ma femme. J’ai pu discuter après le départ du chauffeur avec ma femme, elle ma remercier d’avoir pris la bonne décision, je n’ai jamais été aussi bien baiser, je ne regrette rien même pas de t’avoir fait cocu car j’ai bien vu que tu nous a bien mater en train de baiser. Je sais aussi que la facture va être salée car en plus de la course de 412€ tu vas devoir rajouter le prix d’un matelas car je l’ai inondée comme lui a inondée mes orifices. Nous allons avoir notre première enfant dans 9 mois, mais tu ne seras pas le père, sa sera un ou une petite parisienne maghrébin ou maghrébine. Quelque jour plus tard on a reçu un courrier de l’assurance que la facture du taxi avait été prise en charge intégralement et régler directement au chauffeur. Quand on a lu le courrier et qu’on s’est aperçues qu’il a été payé deux fois, c’est comme si je l’avais payé 420€ pour baiser ma femme a 50 ans se laisser baiser comme une grosse salope Je sais qu’elle me fait cocu car elle est restée en contact avec le chauffeur. J’ai vu le numéro de téléphone dans ses contacts avec le nom : malik taxi. J’en ai profité pour le contacter, lui réclamer la course. Là il m’a annoncé, je verrais ça avec ta salope, de toute façon, je la vois bientôt car je fais beaucoup la navette paris Lesquin. Ta salope m’a déjà demandé un rencart à l’hôtel. Elle veut baiser, alors on va la baiser à plusieurs j’ai des collègues qui sont chauds pour la tringler mais pas à l’hôtel, chez toi. Quand je vais la défoncer, je vais lui demander son adresse afin de venir chez toi. On va tous la sauter dans ton lit pendant que tu seras en train de nous regarder la baiser. Tu pourras te branler pendant que ta salope jouit. Elle veut que je lui enlève son alliance quand on viendra chez toi pour la libérer du sacrement du mariage afin qu’elle puise se donnée du mieux qu’elle peut à ce petit groupe qui sera avec moi pour la baiser. Je sais aussi que Malik la contacte régulièrement elle à bien changer depuis qu'elle s’est fait baiser par Malik un jeune chauffeur il faut dire qu'il est bien monté elle ne doit pas s'ennuyer à l'hôtel. Il vient de me contacter pour m’annoncer qu’il allait venir avec des collègues une dizaine de jours à la maison de faire de la place dans la chambre que ma femme aller prendre cher.  
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Par : le Il y a 14 heure(s)
Les courtisanes et les deux jeunes hommes s’étaient retirés dans l’ombre du salon, observant en silence. Monsieur de V. resta seul avec Élise. Il la releva doucement par les cheveux, la guida jusqu’au fauteuil Louis XV et l’installa à califourchon sur lui, face à face. Ses longues jambes écartées reposaient sur les accoudoirs, ses bas blancs à jarretières rouges tendus sur ses cuisses. La chaîne de ventre scintillait contre son ventre plat, et ses petits seins fermes se pressaient contre le torse encore vêtu de Monsieur de V. Il guida son sexe dur et épais contre sa vulve trempée, puis la fit descendre lentement sur lui d’un seul mouvement profond. Élise laissa échapper un long gémissement, ses yeux vert foncé plongeant dans les siens tandis qu’il la remplissait entièrement. - Bouge doucement, ma petite dévergondée, murmura-t-il en agrippant ses hanches. Et raconte-moi un souvenir. Un vrai. Celui qui te fait le plus honte… ou le plus envie. Élise commença à onduler lentement sur lui, ses fesses rebondies frottant contre ses cuisses à chaque descente. Ses bijoux tintaient doucement. Ses longs cheveux roux bouclés cascadaient sur ses épaules et ses seins. Ses lèvres rouges sang étaient entrouvertes. - C’était… ah… l’été de mes seize ans, haleta-t-elle tandis qu’il donnait un coup de reins plus sec. J’étais en vacances chez ma tante, dans sa grande maison isolée. Il y avait… le jardinier. Il avait presque cinquante ans, un homme massif, toujours torse nu sous le soleil. Un soir, je l’ai espionné pendant qu’il se lavait derrière la remise. Monsieur de V. accéléra légèrement le rythme, ses mains crispées sur ses fesses marquées par le fouet. Il la faisait monter et descendre plus fort sur son sexe. - Continue. - Je… je portais seulement une petite robe légère, sans rien dessous. Je me suis approchée… et je me suis mise à genoux devant lui sans un mot. Il a sorti sa grosse queue, déjà dure. Elle était énorme, veinée, beaucoup plus grosse que celles des garçons de mon âge. Je l’ai prise dans ma bouche tout de suite, comme une petite salope affamée. Je bavais partout, je l’enfonçais jusqu’au fond de ma gorge en le regardant dans les yeux. Élise gémit plus fort lorsque Monsieur de V. la pénétra plus profondément, touchant ce point sensible en elle à chaque coup. Ses petits seins se balançaient devant son visage. Il en attrapa un et pinça le mamelon entre ses doigts. - Il m’a relevée, continua-t-elle d’une voix saccadée, m’a penchée sur une vieille table de jardin et m’a prise par-derrière. Fort. Sans préliminaires. J’ai crié… mais j’ai joui presque immédiatement. Il me traitait de petite pute, de chienne en chaleur… et ça m’excitait encore plus. Il m’a baisée comme ça pendant de longues minutes, puis il m’a retournée, m’a mise sur le dos et a continué en me tenant les jambes écartées. Monsieur de V. grogna de plaisir. Il attrapa ses cheveux roux d’une main et la tira vers lui pour l’embrasser violemment, tout en donnant des coups de reins puissants et réguliers. Élise tremblait sur lui, sa chatte serrée autour de son membre. - Il a fini par jouir… partout sur mon visage et mes petits seins. Je suis rentrée à la maison comme ça, le sperme encore chaud sur ma peau, coulant entre mes cuisses. Ma tante dormait à l’étage. Je me suis regardée dans le miroir de ma chambre… et je me suis caressée en repensant à tout ça jusqu’à jouir encore deux fois. Monsieur de V. accéléra brutalement, la soulevant presque entièrement avant de la rasseoir violemment sur lui. - Tu étais déjà une vraie petite vicieuse, hein ? murmura-t-il contre sa bouche. - Oui, Maître… gémit Élise, les yeux mi-clos, ses longs cils battant. J’ai continué à le voir tous les soirs de cet été-là. Parfois il amenait son cousin… et je les prenais tous les deux. Je voulais tout essayer. Tout sentir. Il la serra contre lui, une main sur sa nuque, l’autre sur ses fesses, et la baisa avec une intensité presque animale. Le fauteuil grinçait. Les bijoux d’Élise tintaient follement. Ses cheveux roux volaient autour d’eux. - Jouis pour moi maintenant, ordonna-t-il. En repensant à ce jardinier qui te traitait comme une chienne. Élise explosa quelques secondes plus tard, criant son plaisir, son corps secoué de spasmes violents autour du sexe de Monsieur de V. Il la suivit de peu, se déversant profondément en elle avec un râle rauque, remplissant son ventre chaud. Ils restèrent un long moment enlacés, haletants. Monsieur de V. caressa tendrement ses cheveux en désordre et murmura à son oreille : - Tu as d’autres souvenirs comme celui-là, ma petite rousse ? Élise sourit, encore empalée sur lui, les joues rouges et les yeux brillants. - Beaucoup, Maître…
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Par : le Il y a 14 heure(s)
Les courtisanes s’étaient retirées un instant, laissant Élise allongée sur le tapis vert, le corps luisant de sueur, de cyprine et de sperme. Ses longs cheveux roux bouclés étaient étalés autour d’elle comme une auréole de feu. Ses petits seins se soulevaient rapidement, le somptueux collier ras-du-cou brillant à chaque respiration, la chaîne de ventre scintillant sur son ventre plat. Ses yeux vert foncé, encore voilés de plaisir, fixaient le plafond. Monsieur de V. s’assit dans le fauteuil Louis XV, le fouet posé sur ses genoux. D’un geste, il fit signe à Élise de venir se placer à ses pieds, nue, à genoux, les cuisses écartées. Elle obéit aussitôt, posant sa tête sur sa cuisse, sa joue contre son sexe encore dur. Il caressa lentement ses cheveux roux tout en parlant d’une voix basse, chaude, presque hypnotique, pour que tout le monde dans le salon l’entende. - Vous savez, mes amis… notre petite Élise n’est pas une innocente étudiante que j’ai corrompue. Oh non. Elle est née dévergondée. Il glissa un doigt sous son menton et lui releva le visage, plongeant son regard dans ses yeux verts. - Raconte-leur, ou préfères-tu que je le fasse ? Élise rougit violemment, mais ses lèvres rouges s’entrouvrirent dans un sourire coupable. - Racontez, Maître… Monsieur de V. sourit et reprit, sa main descendant pour caresser distraitement l’un de ses petits seins. - Dès l’âge de quatorze ans, cette petite rouquine aux yeux verts découvrait déjà son corps. Elle se masturbait chaque soir dans sa chambre d’internat, les doigts plongés dans sa petite chatte imberbe, en regardant des livres érotiques volés à la bibliothèque. A quinze ans, elle s’était déjà fait dépuceler par le professeur de littérature, un homme marié de quarante-cinq ans, sur le bureau de la salle de classe après les cours. Elle avait joui si fort qu’elle avait laissé une flaque sur le bois. Un murmure appréciateur parcourut les courtisanes et les deux jeunes hommes. - A seize ans, continua-t-il en pinçant doucement son mamelon, elle séduisait déjà le fils du directeur et sa petite amie en même temps. Elle les recevait dans la cave de l’école, à genoux, suçant l’un pendant que l’autre la prenait par-derrière. Elle adorait ça. Elle adorait être remplie, utilisée, regardée. Elle rentrait chez elle avec du sperme qui coulait encore entre ses cuisses et elle se caressait en repensant à chaque détail. Élise gémit doucement, frottant ses cuisses l’une contre l’autre. Monsieur de V. glissa deux doigts entre ses lèvres intimes, la trouvant de nouveau trempée. - A dix-sept ans, elle est devenue la petite salope officielle du lycée. Elle organisait des soirées dans les bois derrière l’établissement, cinq, six garçons à la fois. Elle se faisait prendre dans tous les trous, avaler, couvrir de sperme et elle en redemandait. Les filles aussi… elle n’était pas difficile. Elle aimait les langues douces des filles presque autant que les grosses queues. Il enfonça ses doigts plus profondément, la faisant haleter. - A l’université, c’est devenu encore pire. Elle s’est fait remarquer dès la première semaine. Elle suçait le doyen dans son bureau pour avoir de meilleures notes, se faisait baiser par trois étudiants dans les toilettes entre deux cours, et participait à des soirées libertines où elle finissait souvent au centre d’un cercle, à quatre pattes, offerte à qui voulait. Elle porte encore aujourd’hui ce petit tatouage discret à l’intérieur de la cuisse… un souvenir d’une nuit particulièrement débauchée. Il écarta les jambes d’Élise pour que tout le monde voie clairement. - Et pourtant, elle arrive toujours ici, chez moi, avec son air d’étudiante sérieuse, ses livres sous le bras… pour finir exactement comme ça, nue, couverte de bijoux et de foutre, à genoux devant moi. Élise tremblait, excitée par ses propres souvenirs racontés à voix haute. Monsieur de V. retira ses doigts luisants et les porta à ses lèvres rouges. - Suce. Elle obéit, goûtant son propre plaisir mélangé à celui des autres. - Ce soir, ma petite dévergondée, reprit-il d’une voix plus sombre, nous allons écrire un nouveau chapitre. Et tu vas nous raconter toi-même tes souvenirs les plus honteux pendant que nous te baisons. Il claqua des doigts. - Messieurs, mesdames… elle est à vous. Faites-la parler.
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Par : le Il y a 15 heure(s)
Élise resta un long moment empalée sur les deux sexes qui ramollissaient lentement en elle, le corps parcouru de délicieux frissons résiduels. Du sperme chaud coulait déjà le long de ses cuisses, tachant ses bas blancs à jarretières rouges. Ses longs cheveux roux bouclés étaient en désordre, collés à sa peau moite, et ses yeux vert foncé brillaient d’un éclat épuisé mais encore affamé. Ses petits seins fermes se soulevaient au rythme de sa respiration haletante, le long sautoir glissant entre eux, tandis que ses bijoux tintaient doucement à chaque tremblement. Monsieur de V. claqua des doigts. - Mesdames… à vous. Montrez à notre petite étudiante ce que des femmes savent faire. Les trois courtisanes, nues et voluptueuses, s’approchèrent comme des félines. La première, une blonde plantureuse aux seins lourds et aux hanches larges nommée Camille, aida Élise à se relever du fauteuil. Elle la guida jusqu’au tapis vert, l’allongeant sur le dos avec douceur mais fermeté. La deuxième, une brune aux courbes sensuelles et à la peau mate appelée Sophia, s’agenouilla entre les jambes d’Élise et écarta ses cuisses sans attendre. La troisième, une rousse aux cheveux courts et au regard espiègle nommée Violette, vint se placer au-dessus du visage d’Élise. - Tu as bien pris ces messieurs, murmura Camille en caressant les petits seins d’Élise. À présent, c’est à nous de te faire hurler. Sophia plongea immédiatement son visage entre les cuisses de la jeune étudiante. Sa langue experte lécha le mélange de sperme et de cyprine qui coulait de sa chatte et de son cul, nettoyant tout avec gourmandise. Elle suça son clitoris gonflé, glissa deux doigts dans sa vulve encore sensible et un troisième dans son anus dilaté, faisant gémir Élise bruyamment. Violette s’abaissa sur le visage d’Élise, offrant sa propre chatte trempée à sa bouche. - Lèche, ma belle… Montre-moi ce que cette jolie langue rouge sang sait faire. Élise, obéissante et excitée, attrapa les hanches de Violette et plongea sa langue entre ses lèvres chaudes. Elle la lécha avidement, goûtant son nectar sucré, tandis que ses mains, ornées de bracelets, caressaient les fesses rebondies de la courtisane. Camille, pendant ce temps, s’installa à califourchon sur le ventre d’Élise. Elle frotta ses gros seins lourds contre les petits seins fermes de la jeune rousse, pinçant ses mamelons rosés entre ses doigts. Puis elle se pencha et embrassa Élise profondément, partageant le goût de Violette dans un baiser humide et passionné. Leurs langues dansaient, le rouge à lèvres d’Élise s’étalant sur les lèvres de Camille. Les trois femmes formaient un tableau lascif autour d’elle. Sophia accéléra ses mouvements, doigtant Élise avec force tout en suçant son clitoris comme une affamée. Élise se cambra violemment, criant dans la chatte de Violette, ce qui fit jouir cette dernière dans un long gémissement. Le jus de Violette coula sur le menton et le collier ras-du-cou d’Élise. Monsieur de V. et les deux jeunes hommes observaient, assis dans les fauteuils, leurs sexes à nouveau durs, se caressant lentement au spectacle. Sophia remplaça ses doigts par sa langue et ses lèvres, dévorant littéralement le sexe d’Élise jusqu’à ce qu’elle explose dans un orgasme foudroyant, ses hanches secouées de spasmes, ses bijoux tintant follement. A peine remise, Camille s’installa sur son visage à son tour, tandis que Violette et Sophia se plaçaient de chaque côté, embrassant, léchant et mordillant chaque centimètre de son corps, ses petits seins, son ventre orné de la chaîne scintillante, l’intérieur de ses cuisses, ses chevilles fines. Élise, complètement submergée par les sensations féminines, léchait, suçait et caressait sans relâche. Les courtisanes jouirent tour à tour sur elle, couvrant sa peau laiteuse et ses cheveux roux de leur plaisir. Enfin, épuisée mais rayonnante, Élise resta allongée sur le tapis, le corps luisant, les lèvres gonflées, les yeux mi-clos de plaisir. Monsieur de V. s’approcha, caressa tendrement sa joue et murmura : - Tu es une véritable œuvre d’art ce soir, ma petite rousse… Mais nous n’avons toujours pas fini avec toi.
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Par : le Il y a 15 heure(s)
Élise était toujours à quatre pattes sur le fauteuil Louis XV, le velours rouge contrastant avec sa peau laiteuse rougie par les coups de fouet. Son corps tremblait encore des spasmes de son précédent orgasme. Antoine continuait à la pilonner par-derrière à un rythme lent et profond, chaque coup faisant tinter la chaîne de ventre et les bracelets qui ornaient ses poignets et ses chevilles. Ses longs cheveux roux bouclés collaient à son dos moite, et son rouge à lèvres rouge sang était à présent étalé autour de sa bouche, signe de la fellation qu’elle venait d’offrir à Monsieur de V. Celui-ci, toujours debout, caressait lentement son membre dur tout en observant la scène avec un sourire carnassier. - Lucas, à ta place, ordonna-t-il d’une voix basse et autoritaire. Lucas, qui se faisait sucer par l’une des courtisanes, se leva aussitôt. Il s’installa sur le large fauteuil, face à Élise, les jambes écartées. Son sexe raide et luisant pointait vers le plafond. Monsieur de V. attrapa les cheveux de la jeune rousse et lui tira doucement la tête vers l’avant. - Prends-le dans ta bouche pendant qu’Antoine te baise. Prépare-toi… tu vas les sentir tous les deux. Élise obéit, ses yeux vert foncé brillants de désir et d’une pointe d’appréhension excitée. Elle ouvrit grand la bouche et engloutit le membre de Lucas jusqu’au fond de sa gorge, ses lèvres rouges serrées autour de lui. Au même moment, Antoine accéléra ses coups de reins, faisant claquer ses hanches contre ses fesses marquées par le fouet. Monsieur de V. s’approcha alors et versa un peu d’huile parfumée sur les doigts d’Antoine, puis sur le sexe de Lucas. D’un geste précis, il écarta les fesses d’Élise, exposant son petit trou rose encore vierge de la soirée. - Détends-toi, ma belle étudiante. Tu es faite pour ça. Antoine ralentit, puis se retira presque entièrement. Lucas, toujours dans sa bouche, lui caressa les cheveux pour l’apaiser. Antoine appuya son gland lubrifié contre son anus et poussa lentement. Élise gémit bruyamment autour du sexe de Lucas, ses yeux s’agrandissant tandis qu’il la pénétrait par-derrière. Centimètre par centimètre, il s’enfonça jusqu’à la garde dans son cul serré. Elle tremblait violemment, submergée par la sensation de plénitude. Une fois Antoine complètement en elle, Lucas se retira de sa bouche, se glissa sous elle sur le fauteuil et positionna son gland contre sa vulve trempée. - Respire, murmura-t-il avant de pousser à son tour. Élise cria de plaisir lorsque les deux sexes la pénétrèrent simultanément — l’un dans sa chatte, l’autre dans son cul. La double pénétration était intense, presque écrasante. Ses petits seins fermes frottaient contre le torse de Lucas tandis que les deux jeunes hommes commençaient à bouger en rythme, l’un entrant pendant que l’autre se retirait légèrement. — Oh mon Dieu… oui… ! haleta-t-elle, la voix cassée. Ses bijoux tintaient follement, le collier ras-du-cou serrait sa gorge à chaque respiration saccadée, le long sautoir glissait entre ses seins, la chaîne de ventre et les bracelets résonnaient à chaque coup de reins. Monsieur de V. avait repris son fouet et donnait de légers coups sur ses fesses et son dos, juste assez pour la faire se contracter autour des deux verges qui la remplissaient. Les courtisanes les entouraient, l’une léchant les couilles de Lucas, une autre suçant les tétons d’Élise, une troisième embrassant goulûment Monsieur de V. Le rythme s’accéléra. Antoine et Lucas baisaient maintenant Élise avec force, leurs sexes frottant l’un contre l’autre à travers la fine paroi qui les séparait. La jeune rousse perdait pied, ses yeux verts roulant en arrière, des larmes de plaisir coulant sur ses joues. Elle jouit violemment, son corps secoué de spasmes incontrôlables, sa chatte et son cul se contractant si fort autour d’eux que les deux hommes grognèrent de concert. Lucas fut le premier à craquer. Il se déversa au fond de sa chatte avec un râle rauque. Quelques secondes plus tard, Antoine explosa dans son cul, remplissant son intimité la plus secrète. Élise, complètement remplie et marquée, s’effondra entre eux, haletante, son corps couvert d’une fine pellicule de sueur qui faisait briller ses bijoux. Monsieur de V. caressa tendrement ses cheveux roux en désordre. - Tu as été parfaite, ma petite étudiante… Mais la nuit est loin d’être terminée. Les dames attendent leur tour avec toi. Élise, encore empalée sur les deux sexes qui ramollissaient lentement, esquissa un sourire épuisé et comblé, ses lèvres rouges entrouvertes.
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Par : le Il y a 15 heure(s)
Le fouet s’abattit une seconde fois, plus fort, avec un claquement sec qui résonna dans le salon. Élise poussa un cri aigu, mélange de douleur et de plaisir, tandis qu’une deuxième marque rose vif fleurissait sur sa fesse droite. Ses longs cheveux roux bouclés glissèrent sur ses épaules, cachant un instant son visage rougi. Ses petits seins fermes se balançaient au rythme de ses tremblements, le long collier ras-du-cou et le sautoir scintillant entre eux. - Merci… Maître, souffla-t-elle d’une voix rauque, exactement comme il l’avait exigé. Monsieur de V. sourit, visiblement satisfait. D’un geste du menton, il fit signe aux deux jeunes hommes toujours à genoux. - A vous, messieurs. Montrez à notre étudiante ce que valent vos langues. Le premier, un brun aux traits fins nommé Lucas, se précipita. Il plaqua ses mains sur les hanches d’Élise et enfouit son visage entre ses cuisses, léchant avec avidité sa vulve déjà trempée. Sa langue glissait entre ses lèvres, s’attardant sur son clitoris gonflé, tandis qu’elle gémissait plus fort, cambrant encore davantage le dos. Le second, Antoine, aux cheveux blonds et au regard fiévreux, se redressa légèrement et prit l’un de ses petits seins dans sa bouche, suçant le mamelon durci tout en caressant son sexe raide de sa main libre. Les trois courtisanes s’étaient rapprochées. L’une d’elles, une blonde aux formes généreuses, s’agenouilla près d’Antoine et prit son membre dans sa bouche, le suçant profondément pendant qu’il continuait à dévorer le sein d’Élise. L’atmosphère était maintenant saturée de bruits humides, de respirations saccadées et du tintement discret des bijoux d’Élise à chaque mouvement. Monsieur de V. posa le fouet sur le fauteuil Louis XV et s’approcha. Il saisit les longs cheveux roux d’Élise d’une main ferme, tirant sa tête en arrière pour exposer sa gorge et son visage. De l’autre main, il guida son propre sexe durci entre ses lèvres rouges sang. - Suce, ordonna-t-il. Élise obéit aussitôt, ouvrant grand la bouche. Ses yeux vert foncé, larmoyants de plaisir, se levèrent vers lui tandis qu’elle le prenait profondément, sa langue tourbillonnant autour de son gland. Le bracelet de bras et les boucles d’oreilles s’entrechoquaient au rythme de ses va-et-vient. Lucas, toujours entre ses cuisses, glissa deux doigts en elle, les courbant pour caresser ce point sensible qui la fit trembler violemment. Elle jouit soudain, un cri étouffé par le membre de Monsieur de V., son corps secoué de spasmes. Son sexe se contracta autour des doigts de Lucas, inondant sa bouche. Mais ils n’en avaient pas fini. Monsieur de V. se retira de sa bouche avec un grognement, laissant une traînée de salive sur ses lèvres rouges. Il la fit pivoter et la poussa doucement mais fermement sur le fauteuil Louis XV, ses genoux sur l’assise de velours rouge, les fesses relevées. Antoine ne perdit pas une seconde, il se plaça derrière elle et la pénétra d’un coup de reins profond, arrachant un long gémissement à Élise. Lucas vint se placer devant elle, sur le fauteuil, offrant son sexe à sa bouche. Elle le prit avidement tandis qu’Antoine la pilonnait sans relâche, ses mains crispées sur ses hanches, faisant tinter la chaîne de ventre à chaque coup de butoir. Les courtisanes les entouraient maintenant, se caressant les unes les autres, frottant leurs seins lourds contre le dos des jeunes hommes, embrassant Monsieur de V. qui observait la scène, le fouet à nouveau en main. Il fit claquer la lanière sur les fesses déjà marquées d’Élise pendant qu’Antoine la prenait. Chaque coup la faisait se contracter autour du sexe qui la remplissait, arrachant des cris de plaisir de plus en plus aigus. - Tu vas jouir encore, ma petite rousse, murmura Monsieur de V. en caressant ses cheveux. Et cette fois, tu vas les sentir tous les deux en même temps. Élise, les yeux mi-clos, le rouge à lèvres étalé, les bijoux brillants sur sa peau moite, ne put que gémir en signe d’assentiment. La nuit était encore longue… et elle n’appartenait qu’au plaisir.
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Par : le Il y a 16 heure(s)
Dans le grand salon feutré de l’hôtel particulier, les lustres de cristal diffusaient une lumière dorée et chaude sur les corps nus. L’air était lourd de parfum, de cigare et de désir. Monsieur de V., un homme d’une soixantaine d’années au regard sombre et à la moustache parfaitement taillée, se tenait droit, le bras levé. Son fouet noir, long et souple, serpentait dans l’air comme une promesse de plaisir et de douleur mêlés. Devant lui, penchée en avant, les mains posées sur ses genoux, se trouvait Élise. La jeune étudiante rousse de dix neufs ans était le centre de toutes les attentions ce soir-là. Ses longs cheveux bouclés, d’un roux flamboyant, cascadaient jusqu’au creux de ses reins. Ses yeux vert foncé, brillants d’excitation, se levaient parfois vers le miroir qui faisait face au fauteuil Louis XV. Ses lèvres, peintes d’un rouge sang intense, étaient légèrement entrouvertes. Elle ne portait rien d’autre que ses bijoux, un somptueux collier ras-du-cou en or et rubis, un long sautoir qui glissait entre ses petits seins fermes, des boucles d’oreilles pendantes, des bracelets tintinnabulants aux poignets, un large bracelet de bras, une fine chaîne de ventre qui soulignait sa taille fine, et un délicat bracelet de cheville qui brillait à chaque mouvement. Ses bas blancs à jarretières rouges montaient haut sur ses cuisses, encadrant son sexe parfaitement épilé et déjà luisant. - Regardez-la, messieurs, murmura Monsieur de V. d’une voix rauque. Regardez comme elle s’offre. A genoux sur le tapis vert, deux jeunes hommes, élèves de l’université comme elle, fixaient Élise avec une avidité presque douloureuse. Leurs sexes durs pointaient vers elle, l’un d’eux déjà serré dans sa propre main. Derrière eux, trois courtisanes nues observaient la scène, se caressant doucement les seins et s’embrassant par intermittence, leurs corps voluptueux offerts à la lumière tamisée. Monsieur de V. fit claquer le fouet dans l’air, juste au-dessus des fesses rondes et offertes d’Élise. Elle sursauta, un petit gémissement s’échappant de sa gorge. - Plus cambrée, ma belle étudiante. Montre-leur à quel point tu aimes ça. Élise obéit, creusant le dos, faisant saillir son postérieur et écartant légèrement les jambes. La chaîne de ventre scintilla. Le fouet s’abattit alors, léger mais précis, sur sa chair tendre. Une marque rose apparut aussitôt. Elle gémit plus fort, ses petits seins se balançant au rythme de sa respiration saccadée. L’un des jeunes hommes à genoux ne put se retenir, il avança à quatre pattes et vint coller son visage contre son sexe trempé, léchant avidement tandis que l’autre se caressait plus vite, les yeux rivés sur la scène. Les courtisanes derrière eux laissèrent échapper des soupirs d’envie. Monsieur de V. sourit, satisfait. Il fit courir le manche du fouet le long de la colonne vertébrale d’Élise, descendit jusqu’à la courbe de ses fesses, puis plus bas, taquinant son entrée humide. - Ce soir, tu seras prise, fouettée et remplie jusqu’à ce que tu ne puisses plus tenir debout, ma petite rousse. Et tu me remercieras à chaque coup. Élise tourna légèrement la tête, ses yeux verts brillants de larmes de plaisir et de soumission. — Oui… Maître, murmura-t-elle d’une voix brisée par le désir. Le fouet s’éleva de nouveau. La nuit ne faisait que commencer.
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Par : le Il y a 22 heure(s)
Assurément, j'aurais pu me faire entretenir, et l'occasion ne m'avait pas manqué. J'avais accepté une ou deux amantes, moins parce qu'elles me plaisaient, elles ne me déplaisaient pas, que pour me prouver que j'étais capable d'inspirer le désir et l'amour. La seconde m'avait fait cadeau d'une ceinture de chasteté exactement à ma taille et son créateur, dans un souci bien compréhensible d'efficacité, avait ménagé deux orifices qui pouvaient laisser pénétrer des objets cylindriques de moindre taille. Le soir, j'attendis Juliette impatiemment en devinant le programme qu'elle avait imaginé pour fêter le bel objet fantasmatique. Elle me proposa de m'emmener finir la soirée dans un club échangiste. Je fus ravie de cette proposition. Je brûlais d'impatience de m'exhiber devant les habitués de ce lieu, avec la fierté de n'appartenir qu'à celle que je suivais fidèlement. Je portais des bas noirs, la ceinture de chasteté et une veste en soie également noire dont l'amplitude laissait entrevoir mon intimité. Un collier de chien ciselé de métal argent et serti d'un petit anneau destiné au mousqueton de la laisse donnait à ma tenue le plus bel effet. J'étais fière, je me sentais élue et fêtée, d'autant plus que ma Maîtresse m'avait préparée à vivre des évènements importants au cours de ce week-end. J'étais terriblement excitée de me retrouver face à un couple de dominateurs chevronnés, qui partiquait les rites du sadomasochisme depuis plus d'années que j'en avais moi-même vécu. Une fois encore, ma principale crainte était de ne pas avoir la force et la volonté de me montrer à la hauteur des épreuves sur lesquelles on allait me juger, et, travers moi, ma Maîtresse. L'inconnu, qu'elle n'osait toujours pas regarder, demanda alors, après avoir passé la main sur ses seins et le long de ses reins, qu'elle écartât les jambes. Juliette la poussa en avant, pour pour qu'elle fût mieux à portée. Cette caresse, qu'elle n'acceptait jamais sans se débattre et sans être comblée de honte, et à laquelle elle se dérobait aussi vite qu'elle pouvait, si vite qu'elle avait à peine le temps d'en être contrainte; il lui semblait sacrilège que sa maîtresse fût à ses genoux, alors qu'elle devait être aux siens, elle sentit qu'elle n'y échapperait pas. Elle gémit quand les lèvres étrangères, qui appuyaient sur le renflement de chair d'où part la fine corolle inférieure, l'enflammèrent brusquement, le quittèrent pour laisser la pointe chaude l'enflammer davantage; elle gémit plus fort quand les lèvres la reprirent. Elle sentit durcir et se dresser le membre qui l'étouffait, qu'entre les dents et les lèvres, une onde aspirait, sous laquelle elle haletait. L'inconnu la quitta d'un brusque arrachement et lui aussi cria. Dans un éclair, Charlotte se vit délivrée, anéantie, maudite. Elle avait accomplit la fellation avec un recueillement mystique. Le silence soudain l'exaspéra. Elle était prise. Elle comprit enfin que le membre qui la pénétrait était un olisbos dont Juliette s'était ceint la taille. Avec un vocabulaire outrageusement vicieux, elle exigea d'elle qu'elle se cambre davantage, qu'elle s'offre totalement pour qu'elle puisse être remplie à fond. Elle céda à l'impétuosité d'un orgasme qu'elle aurait voulu pourvoir contrôler. C'était la première fois qu'une femme la possédait par la seule voie qui soit commune avec un homme. Juliette parut subitement échauffée. Elle s'approcha d'elle, la coucha sur le dos sur un lit, écarta ses jambes jusqu'au dessus de son visage et exigea qu'elle la lèche. Charlotte darda alors sa langue et lapa avec avidité le ventre détrempé de sa Maîtresse.    On lui fit prendre des poses provocantes pour attiser le désir des inconnus. Elle en rajoutait jusqu'à devenir franchement obscène. Au moment où les moins timides commençaient à s'approcher d'elle, avec la compréhensible intention de profiter directement du spectacle qu'elle offrait, Juliette la fit mettre à quatre pattes et retira de la centure de chasteté le long olisbos d'ébène qu'elle avait placé au début de la soirée. Les traces de son excitation y étaient visibles et Juliette lui ordonna de les faire disparaître avec sa langue. Elle savait qu'elle allait être prise par l'arrière et contrainte par la bouche simultanément. Qu'importait dès lors que sa Maîtresse se se servît de sa bouche ou de ses reins comme celle d'une putain ? Ses cuisses musclées s'écartèrent sous la pression de sa langue. Elle s'ouvrit davantage et se libéra violemment dans sa bouche. Charlotte ne sentait plus que le collier, les bracelets et la chaîne, son corps partait à la dérive. Des mains glacées se posèrent sur sa peau et la firent tressaillir.Ce premier contact l'avait surprise mais elle s'offrit avec docilité aux caresses qui devinrent très vite agréables. On lui fit savoir que plusieurs personnes étaient venues assister à son dressage. Chacune d'entre elles allait lui donner dix coups de fouet. Elle se préparait à cette épreuve en se concentrant sur la volonté dont elle allait devoir faire preuve. Elle fut mise à nue et attachée sur la croix de Saint André. Elle reconnut immédiatement les coups de fouet appliqués par sa Maîtresse. Elle a une méthode particulière, à la fois cruelle et raffinée, qui se traduit par une sorte de caresse de la cravache ou du martinet avant le claquement sec, toujours imprévisible et judicieusement dosé. Juliette sait mieux que quiconque la dresser. Après le dernier coup, elle caressa furtivement ses fesses enflammées et cette simple marque de tendresse lui donna le désir d'endurer encore davantage pour la satisfaire. On lui ordonna de se mettre à quatre pattes, dans la position sans doute la plus humiliante pour l'esclave, mais aussi la plus excitante pour l'exhibitionniste que sa Maîtresse lui avait appris à être, en toutes circonstances et en tous lieux. Elle reconnut à leur grande douceur des mains de femme qui commencèrent à palper son corps. Avec un certain doigté, elles ouvrirent son sexe. Peu après, son ventre fut investi par un objet rond et froid que Juliette mania longtemps et avec lubricité. Les Maîtres décidèrent alors qu'elle devait être reconduite au premier étage. On lui débanda les yeux et elle put connaître le visage des autres invités de cette soirée mémorable. Elle découvrit ainsi que Laurence était une superbe jeune femme brune aux yeux clairs, avec un visage d'une étonnante douceur dégageant une impression rassurante de jovialité. Elle se fit la réflexion qu'elle était physiquement l'inverse d'une dominatrice telle qu'elle l'imaginait. Charlotte fut mise à nouveau dans le trou aménagé dans le mur, où elle avait été contrainte la veille. Le parcours serait long. Pour son plus grand bonheur, elle n'était pas encore arrivée au bout.   La jeune femme luttait contre la tentation de prêter à ces choses si visibles des pensées et des sentiments humains. Mais accepter n'était pas un mot facile à accepter. Il ouvrait la porte à toutes les capitulations. Avec sa poitrine découverte, son collier métallique et ses bracelets de recluse, il suffisait aux hommes qu'elle servait d'exiger qu'elle se tînt auprès d'eux pour vouloir la sodomiser. Ce fut pourquoi on la maltraita davantage. Les yeux de nouveau bandés, nue, droite et fière, parée pour la circonstance d'un seul harnais et d'un bustier en cuir et d'une cagoule qui emprisonnait sa nuque, ne laissant passer l'air que par une ouverture pratiquée au niveau de la bouche qui, ainsi pourrait être disponble si quelqu'un voulait l'utiliser. Ce fut sa Maîtresse qui la conduisit. Elle était alors en position, jambes docilement écartées, la croupe exagérément offerte, la bouche déjà ouverte, prête à être investie selon le bon vouloir de sa Maîtresse. Pendant que l'on usait de ses orifices ouverts, Xavier exhibait devant elle son sexe congestionné qu'elle tentait de frôler avec ses lèvres, puis avec la pointe de sa langue dardée au maximum. Mais Xavier, avec un raffinement de cruauté qui acheva de l'exciter, se dérobait à chaque fois qu'elle allait atteindre sa verge, l'obligeant à tendre le cou, la langue comme une véritable chienne. Elle entendit quelques commentaires humiliants sur son entêtement à vouloir lécher la verge de l'inconnu. Ces injures, ajoutées aux coups qui ébranlaient son ventre et aux doigts qui s'insinuaient partout en elle, lui firent atteindre un orgasme dont la soudaineté la sidéra. Elle avait joui, comme fauchée par une rafale de plaisir que rien n'aurait pu retarder. Un homme dont elle ne put apercevoir le visage s'adressa à elle en la traitant de "sac à foutre". Elle apprit plus tard qu'elle était là pour servir de réceptacle à la semence des hommes, qu'elle devait les recevoir par tous les orifices de la nature, sans jamais protester ni même trahir un quelconque sentiment. C'était une femme ravalée au rang d'objet, muet et servile. Ayant été prise d'un besoin pressant et ayant demandé avec humilité à sa Maîtresse l'autorisation de se rendre aux toilettes, on lui opposa un refus bref et sévère. Confuse, elle vit qu'on apportait au milieu du salon une cuvette et elle reçut de Juliette l'ordre de satisfaire son besoin devant les invités rassemblés. Une panique irrépressible la submergea. Autant elle était prête à exhiber son corps et à l'offrir au bon plaisir de Juliette ou à apprivoiser la douleur pour être digne d'elle, autant la perspective de se livrer à un besoin aussi intime lui parut inacceptable. La légère impatience qu'elle lut dans le regard attentif de Juliette parut agir sur sa vessie qui se libéra instinctivement. Elle réussit à faire abstraction de tous les témoins dont les yeux étaient fixés à la jointure de ses cuisses. Lorsque elle eut fini d'uriner, sa Maîtresse lui ordonna de renifler son urine, puis de la boire. Bouleversée par cette nouvelle épreuve, elle se sentit au bord des larmes, mais n'osant pas se rebeller, elle se mit à laper en avalant le liquide encore tiède et à sa vive surprise, elle éprouva une indéniable délectation à ce jeu inattendu. Après avoir subi les regards des invités, elle fut amenée devant Laurence dont elle dut lécher les bottes vernies du bout de sa langue. La jeune femme séduisante la récompensa par une caresse très douce, qui ressemblait au geste que l'on fait pour flatter le col d'un animal soumis, d'une chienne facile et docile. Le dîner fut annoncé à son grand soulagement, enfin le pensait-elle.   Bonne lecture à toutes et à tous. Méridienne d'un soir.
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Par : le Il y a 22 heure(s)
Voyez comme les amants s'éloignent du monde justifiable. Rien ne peut leur donner raison, rien ne peut leur donner tort, car ni le tort ni la raison n'existent quand on aime. On passe dans une dimension où l'on ne reconnaît que sa fantaisie. Et si vous trouvez celle-ci indécente, c'est que vous ne supportez pas l'innocence. Car ces deux-là, en s'aimant, ouvrent un monde intact. Et si, comme cette nuit-là, ils s'enroulent avec leurs gémissements dans une trouée d'étoiles, c'est parce que le plaisir les protège. Dîner avec son mari au restaurant n'avait rien d'exceptionnel. Pourtant en cet instant, ils étaient assis, main dans la main, silencieux, enveloppés dans un même bonheur. Juliette avait découvert qu'elle aimait ces moments de complicité silencieuse, de joie simple et d'intimitié. "- Chéri, jai besoin d'aller aux toilettes, me rafraîchir", ai-je dit en me levant. Je l'embrasse sur la joue et je me dirige vers le fond de la salle. À gauche, celles des femmes; à droite celles des hommes. Je ne choisis ni l'un ni l'autre. Mais je poursuis mon chemin vers une porte au-dessus de laquelle le mot "Sortie" est en rouge illuminé. Je me retrouve dehors. La ruelle est sombre; le seul lampadaire qui doit servir à prodiguer un peu d'éclairage est cassé. Sans doute l'action d'un gamin. Un peu moins de trois mètres séparent les deux hauts murs de brique. De la rue proviennent des bruits de sirène, puis des éclats de rire. Je reconnais tous ces bruits de la ville tandis que je m'enfonce dans la ruelle. Dans le creux de ma main droite est plié le bout de papier qu'il m'a discrètement remis au bar, où je prenais l'apéritif avec mon mari en attendant notre hôte. Sur ce papier, quelques mots griffonnés à la hâte: "Dans la ruelle, dans dix minutes." Je ne connais pas son auteur, nous nous sommes seulement lancé des regards appuyés par-dessus l'épaule de mon mari. Une sorte d'attraction subite, un échange puissant, inexplicable. Les ténèbres m'aspirent, un faible éclairage provient finalement des fenêtres qui percent les murs de brique quelques étages plus haut. Il surgit du renfoncement d'une porte en me prenant le bras. Je porte une robe légère en coton et ses doigts sur mes bras me font frémir. Je lui retourne son sourire, ses yeux brillent dans la pénombre, d'un mélange de concupiscence et d'impatience. Je suis bouleversée par son regard, par ses lèvres sensuelles, les traits anguleux de son visage. Il me repousse violemment dans l'alcôve de la porte, un mouvement qui ressemble à un pas de danse, un tango. Il pose ses mains sur mes épaules, il presse son torse contre ma poitrine.   Je sens que j'étouffe, comme si l'air s'était soudainement et mystérieusement raréfié. Les mots me manquent, mon souffle s'alourdit, comme si un poids oppressant me pesait sur la poitrine. - Mon mari m'attend à l'intérieur, ai-je prétexté en laissant mes bras raides le long de mon corps. - Je sais, je ne serai pas long. Sa voix, basse et autoritaire, me fait frissonner. Il approche ses lèvres des miennes, tout juste pour les effleurer. Je ferme les yeux, je lève la tête, j'accueille son baiser. Une caresse soyeuse et prometteuse. Mes doigts raclent la brique et le bois de la porte. Ses lèvres glissent sur mon cou, puis sur mon épaule tout près de la bretelle. Je me sens à l'étroite dans ma robe, comme si mes seins étaient comprimés et qu'ils avaient brusquement pris de l'expansion, gonflés de désir. Sa main droite descend sur mon bras, elle saute sur ma hanche. Elle descend encore, jusqu'à ce qu'elle rejoigne le bas de ma robe et la retroussse brutalement, provoquant un bref et frais courant d'air sur mes cuisses brûlantes. Je sens ses doigts sur la peau de mon genou. Je retiens un gémissement quand elle fait l'ascension de ma jambe. À travers la soie de mon tanga, je sens son contact léger, une caresse insoutenable. Il tâtonne mon sexe, comme pour en définir les limites. Il est blotti contre moi, sa chaleur m'enveloppe tel un linceul lascif, sa passion contenue dans ses gestes m'essouffle. Je garde les yeux fermés alors que ses doigts touchent mon ventre lisse, puis s'immiscent sous l'élastique de ma culotte. Sa main chaude survole les lèvres humides de mon sexe. Je souris lorsque je sens son index fouiller mes replis mouillés. Il maîtrise la situation. Le glissement habile de ses doigts sur mon clitoris chasse vite le sourire sur mon visage. J'entrouve la bouche, je souffle ma tension dans son cou. Une bretelle de ma robe a glissé sur mon bras, découvrant la lisière de dentelle de mon soutien-gorge, blanc dans la pénombre. Je me sens complètement nue, exposée, et pourtant, ma robe est collante, comme une seconde peau.    Rien d'autre n'existe à côté d'un désir qui vous sépare du monde qui dort et s'étreindre dans la nuit, sous un ciel qui rugit, appelle un bonheur fou. Moi chevauchant l'inconnu, la pointe de mes seins enfoncée dans sa bouche, et mes ongles plantés dans sa peau. Lui léchant mon sexe, et mêlant sa salive à l'humidité de mes reins. Son index et son annulaire frôlent mes lèvres, tandis que son majeur s'introduit en moi avec aisance. J'ouvre les yeux, mes mains s'agrippent plus fermement au mur, cherchant en vain désespérément à s'accrocher à l'alcôve de la porte. Lui me fixe droit dans les yeux, tandis qu'il me fouille les reins. Il en agite au moins deux dans mon vagin, il frotte son pouce sur mon clitoris, tandis que de l'autre main, il force mon anus.Des voix fusent des fenêtres au-dessus de nos têtes; la seconde bretelle de ma robe tombe sur mon bras. Les deux bonnets blancs de mon soutien-gorge jaillissent désormais dans le noir et mes seins semblent prêts à en bondir de désir. Mon tanga est étiré au maximum, sa main l'envahit, ses doigts me remplissent. Je me sens couler, comme si tout mon être se répandait dans sa main. Je prends finalement ses épaules, je les agrippe et j'y plante mes ongles. Puis mes mains suivent ses bras, ses avant-bras, se posant enfin sur ses doigts en mouvement. C'est comme si je venais d'enfoncer mes doigts dans une épaisse éponge gorgée d'eau. Je mouille en abondance, jusqu'à mes cuisses et sur les poignets de mon partenaire. Bien involontairement, sous l'emprise d'un plaisir déboussolant, je flèchis légèrment les genoux, ce qui m'empale plus à fond sur ses doigts. J'échappe de longs gémissements. Ils rebondissent sur les murs de brique, se mêlant aux bruits nocturnes de la ville en sommeil, ne devenant que de banals sons urbains. Je jouis en serrant son poignet, et lui continue de bouger ses doigts jusqu'à ce que je me taise, la voix brisée, les larmes aux jeux, les jambes tremblantes. Puis, il retire sa main, l'élastique de mon tanga se relâche, la soie adhère à ma vulve mouillée. Il s'écarte, juste un peu, et porte ses doigts à ma bouche. Subitement, il me plaque le ventre face à la porte. Je sens son sexe en érection glisser entre mes reins, comme une épée dans son fourreau, je goûte la sensation de cette chair palpitante et mafflue, me prenant un sein d'une main, l'autre fouillant mes fesses, préparant le chemin vers l'étroit pertuis, puis d'un seul coup il me pénètre. Oubliant la douleur de la sodomie, je laisse échapper un cri, puis ce fut le spasme exquis et le silence, coupé de soupirs exténués. Je me sens défaillir. Il retourne le premier dans le restaurant et j'attends deux ou trois minutes avant de le suivre. Au bar, mon mari consulte sa montre d'un air impatient. Il me prend par le bras quand je reviens. - Bon sang, il y avait foule aux toilettes ou quoi ? - C'est ça, dis-je, la tête ailleurs. - Notre table est prête. Il m'entraîne à travers la salle. - Mon nouveau patron est arrivé, me glisse-t-il à l'oreille. Il paraît qu'il est très ennuyeux. Sois gentille avec lui, d'accord ? L'homme se lève à notre arrivée. Je tente d'effacer sur mon visage ce sourire béat que je pressens. Je lui sers la main, ses doigts encore humides s'enroulent autour des miens. Je combats mon envie de rire. - Bonsoir, dis-je d'une voix secouée et anxieuse. - J'ai l'impression de vous connaître déjà." Est-il possible que la vie entière prenne une couleur passionnée ? Les amants vivent à l'intérieur de la joie qu'ils se donnent. Tous ceux qui aiment la poésie savent qu'elle prend sa source ici: la féerie sexuelle est le secret de ces phases.   Bonne lecture à toutes et à tous. Méridienne d'un soir.
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Par : le Il y a 22 heure(s)
"Le visage aristocratique du baron von Blixen-Finecke me salua, comme toujours, du plus gracieux sourire, qui l'éclairait comme un rayon de soleil éclaire un morceau de cuir familier, un cuir bien entretenu, sans rides, mais tanné et dur comme une selle de cheval. C'est d'ailleurs la seule concession accordée par le visage de Blix à l'image populaire qu'on se fait d'un chasseur blanc". L’association, dans une même phrase, des mots "fermière" et "Afrique", fait immédiatement penser à Karen Blixen, l’auteur de "La Ferme africaine", roman porté à l’écran sous le titre "Out of Africa". Pourtant, l’Afrique peut s’enorgueillir d’une autre pionnière de la même trempe, elle aussi fermière au Kenya, aussi talentueuse que l’auteur danoise, pourtant largement moins connue : Beryl Markham. Pionnière de l’aviation de brousse kényane d’origine anglaise, Beryl Markham (1902-1986) a été la première femme à traverser l’Atlantique en solo, d'Est en Ouest, sur un avion à peine équipé. Elle a appris le Swahili, chassé dans des safaris, dormi dans des huttes africaines. Mais elle a aussi brisé de nombreux cœurs, épuisé son entourage. Beryl Markham ne fait pas l’unanimité, sauf lorsqu’il s’agit de saluer sa singularité et de sa force de caractère. L’histoire de Beryl Markham débute véritablement quelques années après sa naissance, lorsque son père fait l’achat d’une ferme au Kenya. La famille Barkham quitte alors la pluie grisâtre du Leicestershire pour le soleil de plomb de la vallée du Grand Rift. Pour la petite Beryl qui court pieds nus après les termites, c’est la cour de jeu rêvée. Pour sa mère, c’est l’enfer. Elle quitte le Kenya quelques temps plus tard, en emmenant avec elle le grand frère de Beryl. Celle-ci restera seule avec son père et l’amertume d’avoir été abandonnée par sa propre mère. Les deux femmes ne se reverront que des dizaines d’années plus tard, avec une joie modérée. Beryl n’a jamais pardonné à sa mère d’être partie sans elle. Tout l’amour qu’elle lui portait s’est reporté sur son père, qu’elle admire sans condition. Ensemble, ils se délectent alors de la vie africaine, "un monde sans mur" dira-t-elle plus tard. Elle grandit ainsi entourée d’animaux et se lie d’amitié avec les tribus environnantes, qui lui apprennent à chasser et à parler leur langue. Bientôt, la petite Beryl maîtrise mieux le Swahili que l’anglais. Son père ne la surveille jamais. La savane se charge de lui enseigner les grandes leçons de la vie. Ce cadre de vie en fera une jeune fille indépendante, hardie, dure aussi. Après trois ans passés dans une école privée de Nairobi, elle est renvoyée définitivement. Trop turbulente, insolente, elle n’en fait qu’à sa tête et insupporte ses professeurs. En amour, elle a du mal à se consacrer à une autre personne qu’à elle même. Ses trois mariages seront des échecs cuisants. De l’une de ces liaisons naîtra un fils, Gervase, dont elle a laissé la garde à ses beaux parents, qu’elle n’a pratiquement pas connu, par manque d’intérêt. Dans son proche entourage, on l'appelait "la jolie garce intrépide", elle, pour qui voler était toute sa vie.    "Ses yeux sont gais et bleu clair, et non froids et gris comme de l'acier. Il a des joues rebondies, et non un visage en lame de couteau. Ses lèvres sont pleines et généreuses, et non resserrées par la dure expérience de la nature à l'état sauvage. Il parle volontiers. Il n'a pas de silences lourds de sens". Mais c’est cela qu’on aime dans la vie de Beryl Barkham. Tout n’est pas glorieux, héroïque, remarquable. L’histoire a du relief, le personnage est couvert d’aspérités. Cette jeune femme sublime, aux mensurations de mannequin, au look androgyne, très coquet a de quoi surprendre. Elle aime séduire les hommes mais déteste l’engagement. Elle tient à être mise sur un pied d’égalité avec ses alter egos. Comme eux, elle veut découvrir le monde, se réaliser sans avoir alors à se soucier du dîner du soir. Farouchement indépendante, elle a grandi en liberté et ne veut surtout pas que cela change. Elle était connue pour user de sa féminité à son avantage, ensorcelant les hommes pour qu’ils ne jalousent pas son intrusion dans les métiers de tradition masculine comme le dressage de chevaux et l’aviation. Sa détermination et cette ambiguïté assumée dans ses relations avec les hommes lui ouvrira de nombreuses portes. À dix-neuf ans seulement, elle est la première femme à obtenir une licence de pilote commercial, sur les encouragement de son amoureux de l’époque, Tom Campbell-Black. Elle se lance alors dans la préparation d’un vol transatlantique en solo. Sans radio ni feu, elle s’élance au dessus des déserts africains et relie Khartoum au Caire, Tripoli à Tunis, Cannes à Cagliari, jusqu’au grand jour. Le quatre septembre 1936, elle décolle d’Abingdon, en Angleterre. Le temps est à la pluie, au vent et au brouillard, mais Beryl n’a pas peur. Beryl n’a jamais eu peur en avion. Après vingt-et-une heures de vol, son avion se crashe non loin de New York, mais pour elle, le défi a été relevé. Elle est la première femme à avoir traversé l’Atlantique en solo, d'Est en Ouest. Et tout cela pour épater son doux Tom, parti flirter avec une autre femme au cours d’un voyage d’affaires. Mais l’exploit ne suffira pas à le faire revenir. Beryl perd le goût de voler et part s’installer en Californie avec un nouveau garçon, Raoul Schumacher. Là, elle fait la rencontre d’Antoine de Saint Exupéry, un aviateur qu’elle admire et qui lui recommande vivement de se mettre, elle aussi, à l’écriture. Il ne fallait pas le lui dire deux fois. Beryl travaille immédiatement sur la rédaction de ses mémoires, "West with the Night". Elle fait lire le résultat à Ernest Hemingway, qu’elle avait rencontré lors d’un safari au Kenya. Il est époustouflé: " Cette fille, qui est, selon moi, une personne détestable, on pourrait même dit une garce de haut niveau, est capable de surpasser tous ceux qui, comme moi, se disent écrivains". Quelle reconnaissance !   "Peut-être que j’ai besoin d’un changement, d’une année en Europe cette fois, de quelque chose de nouveau, de mieux si possible. Si la vie n’avance pas, elle stagne. C'est, je crois, la vie que je mène ici. Ça ne sert à rien de se dire qu’un jour on pensera peut-être qu’on aurait mieux fait de ne pas changer de vie". Grâce à lui, "West with the Night" est publié en 1942, mais le succès n’est pas au rendez-vous. Après cinq ans de mariage, Beryl et Raoul divorcent. L’aviatrice retourne au Kenya et renoue avec la passion de son enfance, l’équitation. Mais elle peine à vivre de ses activités d’entraîneuse hippique et décide, en 1983, de republier "West with the Night". Cette fois, le public est sous le charme et Beryl triomphe une deuxième fois. L’histoire se termine trois ans plus tard, lorsque "l'intrépide garce" décède alors d’une pneumonie, le trois août 1986 à Nairobi, à l'âge de quatre-vingt-quatre ans. Pionnière de l'aviation, aventureuse, indépendante et belle, Beryl Markham était admirée et décrite comme une non-conformiste réputée, même dans une colonie. À l'époque le Kenya s'appelle l'Afrique orientale britannique, connue pour ses excentricités. Elle se marie trois fois, prenant le nom de Markham de son deuxième mari, le riche Mansfield Markham. Elle a une liaison en 1929 avec le prince Henry, duc de Gloucester, fils du roi George V, mais les Windsor demandent de mettre un terme à cette relation. Elle a également une liaison avec Hubert Broad, ancien pilote britannique de la première guerre mondiale. Mansfield Markham, lors de son divorce en 1937 avec Beryl, demandera le témoignage d'Hubert Broad. Après sa traversée de l'Atlantique, elle revient pour vivre avec Broad, qui avait influencé sa carrière de pilote. Elle s'était liée d'amitié avec l'écrivain danoise Karen Blixen pendant les années où cette dernière gérait la plantation de café de sa famille dans les collines de Ngong près de Nairobi. Lorsque la relation romantique de Blixen avec le chasseur et pilote Denys Finch Hatton se termine, Markham entame une liaison avec lui. Il l'invite à reconnaître tous les terrains d'aviation du Kenya, ce qui s'avéra fatal pour lui, mais Markham refuse, suivant la prémonition de son instructeur de vol, le pilote anglais Tom Campbell Black. Beryl a fini par séduire, Denys Finch Hatton, fils d'Henry Finch-Hatton, treizième comte de Winchilsea, le meilleur fusil d'Afrique, vif argent solaire, mort bien trop tôt, bien trop jeune. Amoureuse des hommes et du sexe, elle était le genre de femme à qui tout homme sain d'esprit, préférait l'abri d'une cage où tournaient deux ou trois tigres. "Cela ne sert à rien de prévoir les regrets. L’avenir n’a pas besoin de ressembler au passé. Les êtres humains ont tiré, à la loterie de l’évolution chère à Monsieur Darwin, le ticket gagnant et la souche qui va avec". Beryl n’a que quatre ans lorsque sa famille arrive au Kenya, à Njoro. Elle n’a guère qu’un an de plus lorsque sa mère jette alors l’éponge et retourne en Angleterre, son fils aîné, de faible constitution, sous le bras. La vie s’organise donc comme elle peut chez les Clutterbuck. Le père élève des chevaux de courses, la fille vagabonde dans les collines alentour et fait l’apprentissage de la savane avec les enfants du village Kipsigi, parmi lesquels Kibii, son meilleur ami. Mais conseillé par de bons amis, le père s’aperçoit assez vite que Beryl ne peut être laissée ainsi, à presque dix ans, à courir à moitié nue dans les taillis. Arrive donc Emma, une vraie lady de la colonie, chargée de domestiquer et de discipliner la jeune fille. Jeunesse et liberté !    "La beauté intrépide, son ermitage au pied des vagues et des nuages". La première leçon consistera à lui apprendre à porter des chaussures. Constatant que les cours sont totalement inefficaces, plusieurs préceptrices et autres gouvernantes se succéderont chez les Clutterbuck, afin d’instruire la jeune fille. Au grand dam d’Emma, c’est à coups de mamba noir glissé entre les draps et autres farces que Beryl chasse le personnel. Elle ira donc en pension. Mais elle a la peau dure et son obstination paye. Elle revient très vite au domaine et travaille aux côtés de son père, soignant et dressant les chevaux. Exactement là où elle le voulait depuis le début, en fait. Une chose est sûre, Beryl ne manque ni d’obstination, ni de volonté. Ce trait de caractère la conduira loin. Lorsqu’à contrecœur, elle prend conscience des problèmes financiers de son père, elle décide de se marier avec Jock Purves, un voisin bien plus âgé qu’elle, alors qu’elle n’a que dix-sept ans. Las, elle va vite déchanter. Rien ne pressait et Jock s’avère être tout sauf le mari idéal. Mais il en faut plus pour abattre la jeune toute jeune Madame Purves. Elle décide donc de quitter le domicile conjugal pour aller travailler. Quoi de mieux que d’entraîner des chevaux chez un ami de son père ? Malgré les bouderies de Jock, qui a peur du qu’en-dira-t-on et se montre affreusement jaloux, Beryl établit ses quartiers et il ne lui faut pas longtemps pour également imposer son savoir-faire. Elle se révèle être née pour élever des chevaux. Elle deviendra entraîneuse professionnelle. Peu importe qu’elle soit une femme, anglaise, qu’elle ait dix-huit ans, et qu’elle vive séparée de son mari. Inutile de s'embarrasser de tous ces détails sans intérêts. Si Beryl n’éprouve aucun problème à courir en pagne, pieds nus, dans les taillis, à chasser avec les Kipsigi et à monter son cheval à cru, on attend plutôt d’une jeune lady, qu’elle soit toujours élégante et distinguée, qu’elle ait de la conversation et d'excellentes manières, tout ce que déteste profondément notre héroïne. De fait, l’éducation très libre de Beryl lui a donné des idées extrêmement modernes, voire choquantes pour les membres les plus prudes de l’intelligentsia locale. Moderne, anticonformiste, libre, sensuelle, Beryl est aux antipodes du modèle idéal de la jeune fille britannique mondaine. "Voilà sans doute pourquoi nous sommes si merveilleux, pourquoi nous savons faire des fils, des rasoirs électriques et des appareils de radio, et des fusils pour tuer les éléphants, les lièvres, les pigeons d’argile, et nos semblables". Inspirée et entraînée par Tom Campbell Black, Beryl a appris à voler. Elle a travaillé durant quatre années comme pilote de brousse, repérant les gibiers depuis les airs et signalant leur emplacement à des safaris au sol. C'est une des premières femmes à avoir pu vivre de son activité dans l'aviation commerciale. Dans son autobiographie parue en 1942, sous le titre, "West with the night", en français, "Vers l'Ouest avec la nuit", les premières pages évoquent tout naturellement un souvenir ayant trait à sa carrière de pilote: un vol de Nairobi à Nugwe figurant dans son carnet de bord en date du seize juin 1935. Ce jour-là, elle devait livrer un cylindre d'oxygène à un chercheur d'or atteint d'une maladie pulmonaire dans ce petit village perdu au milieu de nulle part. Elle devait également essayer de retrouver Woody, un collègue aviateur qui n'était pas rentré à Nairobi et était sans doute en panne quelque part dans la brousse. Les vols de nuits, les atterrissages en rase campagne sur des pistes cahotantes et les pannes étaient monnaie courante. Comme le relève Markham, "À une distance de mille pieds, la lumière des torches de pétrole ne révélait qu'une piste étroite, mince cicatrice sur le grand corps étendu de la brousse". Arriver sain et sauf à destination représentait un exploit qu'il convenait de renouveler alors chaque jour et tous les pilotes n'eurent pas la chance d'y parvenir.   "Elle avait mis ses mains dans son dos comme une enfant effrayéeé". L'atterrissage de Merkham en pleine nuit à Nugwe dans un nuage de poussière que les torches coloraient d'une teinte orangée, son décollage au petit matin après avoir livré sa bouteille d'oxygène, et le sauvetage de Woody qu'elle retrouve en mauvaise posture sur le chemin du retour, ne sont qu'un avant-goût des péripéties relatées par la suite. Toutefois, ce n'est pas au cœur de l'exploit que la narratrice plonge le lecteur au tout début de son ouvrage. Elle entend en préambule lui rappeler que la mémoire donne une couleur particulière à toute évocation du passé, qu'elle est subjective, personnelle et irrationnelle. "Comment peut-on mettre de l'ordre dans des souvenirs ?" écrit-elle, avant de concéder qu'il s'agit d'une mission impossible: "Je voudrais pouvoir commencer par le commencement. Je voudrais pouvoir dire, Voilà le point de départ, mais il y a cent points de départ, car il y a cent noms: Mwanza, Serengeti, Nungwe, Molo, Nakuru. Il y a une bonne centaine de noms et, pour commencer, il faut que j'en choisisse un, non pas parce que c'est le premier, ni parce qu'il évoque une aventure particulièrement spectaculaire, mais parce qu'il est là, sous mes yeux, sur une page de mon carnet de vol. Les noms sont des clés qui ouvrent des corridors enténébrés dans notre esprit, mais que le cœur reconnaît sans peine". Beryl Markham n'était pas qu'un brise cœur, c'était une aviatrice chevronnée. "Denys possédait cette qualité inestimable à mes yeux. Il savait écouter une histoire. L'art d'écouter une histoire s'est perdu en Europe. Les indigènes d'Afrique, qui ne savent pas lire, l'ont conservé. Les blancs eux ne savent pas écouter une histoire, même s'ils sentent qu'ils le devraient". Les commentaires de Merkham sur les images contradictoires de l'Afrique que les auteurs proposent à tout un chacun sont eux aussi intéressants. Résolument moderne dans son approche de la chose littéraire, l'auteur souligne que son ouvrage, comme de tous ceux des écrivains qui l'ont précédée, ne propose pas une image définitive de "la réalité" mais recrée ainsi le monde et les événements qu'elle a vécus au fil de sa mémoire vagabonde. L'Afrique est "une entité qui prend naissance dans les espoirs et les rêveries des hommes". "Il y a donc de nombreuses Afrique. Il y a autant d'Afrique qu'il y a de livres sur l'Afrique. Quand on écrit un nouveau livre à ce sujet, on a la satisfaction de savoir que l'image que l'on va en donner sera inédite, qu'elle se démarquera de toutes les autres, mais qu'elle se heurtera sans doute au refus hautain de tous ceux qui croient en une Afrique différente". Cette approche non doctrinaire de la perception du monde et de la manière subjective dont chacun en parle, contraste avec les certitudes de l'idéologie coloniale. L'Afrique que nous raconte Beryl Markham se situe résolument en marge des clichés ressassés par la majorité de ses contemporains. Contrairement aux expatriés souffrant du mal du pays et rêvant de quitter "l'enfer des colonies ", elle ne considère pas l'endroit où elle vit comme un monde étranger, sous-développé et plein de dangers. Elle se plaît où elle est et considère l'endroit où elle a grandi, comme "son cher pays". La ferme familiale, la brousse, les gens qui y travaillent et les vastes étendues de brousse qui l'entourent lui fournissent tous les repères nécessaires à la compréhension du monde.    "J'avais quatre ans quand j'ai quitté l'Angleterre", dit-elle à son ami Otieno, "Peut-être que c'était le pays de lait et de miel, mais je ne me le rappelle pas ainsi. Je ne connais pas d'autres pays que celui où je vis, ces collines, familières comme un souhait de toujours, ce veldt, cette forêt". Cet attachement au Kenya explique son désir de rester sur place lorsque la faillite contraint son père à vendre sa ferme et à quitter le pays, comme sa voisine Karen Blixen un peu plus tard. Beryl a à peine dix-huit ans, une passion dévorante pour les chevaux de course et la certitude qu'elle en sait assez sur le sujet pour entraîner des pur-sangs et les mener à la victoire sur les hippodromes. Dès lors, le cœur gros mais confiante en l'avenir, elle quitte le domaine paternel avec son cheval Pégase et deux sacoches de selle. "Jamais je n'ai possédé si peu de chose et je ne suis pas sûre qu'il m'en ait jamais fallu davantage". Au sortir de l'adolescence, l'idée de thésauriser lui est étrangère et elle le demeurera toute sa vie. Cigale sans attirance pour la vie besogneuse des fourmis, elle se laisse porter par ses projets, son goût de l'aventure, ses engouements et ses désirs de réussite. À dix-huit ans, lorsqu'elle quitte son père, ce qui compte avant tout pour elle, c'est d'obtenir une licence professionnelle d'entraîneur du très chic Jockey Club de Nairobi, de devenir une femme entraîneur, et de courir de victoire en victoire avec les chevaux confiés. Projet utopique, car les propriétaires de pur-sangs ne voyaient d'un très bon œil une jeune femme ayant la prétention de s'immiscer dans leur chasse gardée. "Denys Finch Hatton avait une passion, si l'on peut qualifier de passion le besoin fanatique de sécurité et de solitude. Ce besoin s'apparentait au mal du pays, ou à l'instinct du pigeon, qui le pousse à revenir vers son nid. Tout ce qu'au plus intime de son être il exigeait de la vie, était de rentrer chez lui et de s'y enfermer, certain que personne ne le suivrait ou ne viendrait le déranger". Mais à force de détermination, de persistance, de séduction et de travail, Beryl Markham finit par imposer sa présence sur les champs de course avec plusieurs victoires. Son engouement pour l'aviation, dans les années trente, mit fin à ses activités hippiques. Ce n'est que bien des années plus tard, lorsque Beryl Markham rentra au Kenya après un long séjour aux États Unis, dix ans après la publication de son autobiographie, qu'elle renoua avec la passion des chevaux de sa jeunesse et reprit son activité d'entraîneuse pour devenir l'un des entraîneurs les plus couronnés de Nairobi. Sa rencontre fortuite avec Tom Black sur un chemin de campagne au milieu de nulle part fut alors à l'origine de son intérêt pour les aéroplanes. Le jeune homme réparait sa voiture qui venait de tomber en panne et Beryl qui passait par là avec Pégase s'était arrêtée. Elle discutait de choses et d'autres avec le jeune homme alors qu'il s'activait, les mains pleines de cambouis. Ils parlaient d'automobiles et de progrès techniques, mais ce qui passionnait Tom par dessus tout, c'était les aéroplanes. Il en avait piloté un pendant la première guerre, ça lui avait beaucoup plu et il n'attendait que le moment de trouver l'argent nécessaire pour acheter son propre appareil. "Quand vous volez, vous avez l'impression de posséder le monde, plus que si vous étiez propriétaire de toute l'Afrique. Vous sentez que tout ce que voyez vous appartient. Tout est là, et tout est à vous. Vous vous sentez plus grand que vous n'êtes et plus proche d'un idéal que vous pensiez vaguement être capable d'atteindre mais que vous n'aviez jamais eu le courage d'envisager sérieusement". Sa passion était communicative et il ne fallut pas longtemps pour que Beryl ne se décidât à apprendre à piloter. "Tom commença mon apprentissage sur un D.H. Gipsy Moth. Son hélice pulvérisait le silence de l'aube sur les plaines de l'Athi. Nous nous balancions au-dessus des collines, au-dessus de la ville, puis nous revenions, et je compris comment un homme peut être maître d'un avion, et comment un avion peut être maître d'un élément. Je vis l'alchimie de la perspective réduire le monde que je connaissais, et tout le reste de ma vie, aux dimensions de grains de blé dans une tasse. J'appris à partir à l'aventure. J'appris ce que tout enfant imaginatif et intrépide, a besoin de savoir, qu'il n'existe pas d'horizon si lointain qu'on ne puisse survoler et dépasser. La vraie liberté consiste à voler pour quitter la terre. Il n'a pas de silences lourds de sens.  Il y a le silence qui succède à une pluie torrentielle, celui qui la précède. Il y a un certain silence qui émane d'un objet inanimé, d'une chaise rarement utilisée".    "Bien des gens penseront qu'il est insensé d'attendre un signe du Destin. Pour en arriver là, à vrai dire, il faut un état d'esprit que tout le monde, heureusement, ne connaît pas. Mais à ceux qui l'ont connu et qui demandent un signe, la réponse ne peut manquer, elle est une conséquence de la demande". Obtenir son brevet de pilote ne fut qu'une formalité et une année et demi après avoir commencé à voler, elle passa son brevet B, c'est-à-dire, "la Grande Charte d'un pilote" qui lui permet de devenir professionnel. Elle avait environ mille heures de vol à son actif et décida de se mettre à son compte, "transportant du courrier, des passagers, des provisions pour les safaris, ou toute autre cargaison". Parallèlement, Tom consacrait toute son énergie à l'expansion de la Wilson Airways dont il était le directeur et le pilote principal. "Il œuvrait avec acharnement comme ambassadeur du progrès à l'intérieur du pays, et souvent, nous quittions l'aéroport de Nairobi juste après l'aube, Tom en route pour l'Abyssinie et moi pour le Soudan anglo-égyptien, le Tanganyika, la Rhodésie du Nord, ou n'importe quelle autre destination où m'appelait un contrat". Bien que passionnée par son métier, le transport très routinier de passagers et de matériel finit par perdre son piquant, d'autant que Tom à qui l'on avait offert un nouvel emploi était parti pour l'Angleterre en laissant un grand vide derrière lui. Mais, n'ayant rien perdu de son dynamisme, elle releva le défi de Denys Finch-Hutton, et plus tard du Baron Bror von Blixen-Finecke qui organisaient des safaris pour les milliardaires de l'époque. Leur idée était de repérer alors les éléphants à l'aide d'un avion et d'indiquer la position du gibier aux chasseurs progressant à travers la brousse. "L'émerveillement de mes premières heures de pilote néophyte s'était émoussé et repérer les éléphants permettait non seulement de sortir de la routine, mais c'était aussi un travail très lucratif". "Ce n'est ni brutal, ni héroïque, c'est tout juste une de ces entreprises ridicules dans lesquelles les hommes aiment se lancer". Exubérante et pragmatique, elle n'est pas femme à s'inquiéter des contradictions qui émaillent son comportement et ses propos. C'est donc sans remords et en toute connaissance de cause qu'elle s'accoquine avec Denys Finch-Hutton puis avec le célèbre Baron Blix dont elle apprécie le charme et admire la détermination, le sang-froid et la capacité de sortir indemne des situations les plus périlleuses. Sa seule faiblesse, selon elle, est d'avoir été trop modeste dans sa manière d'évoquer ses exploits. "Il fait de toutes les montagnes qu'il a escaladées des taupinières, et relate comme de minces incidents des histoires vraies qu'un homme moins modeste aurait transformées en épopée. Il existe toutes sortes de silences, qui signifient des choses différentes. Il y a le silence du matin dans la forêt, qui n'est pas le même que le silence d'une fille endormie. C'est un peu comme un écho muet."   "L'homme est effrayé, au fond, par l'idée du temps. Il ne trouve pas son équilibre par suite de son déplacement incessant entre le passé et le futur. Quand le souffle passait en sifflant au-dessus de ma tête, c'était le vent dans les grands arbres de la forêt, et non la pluie. Quand il rasait le sol, c'était le vent dans les buissons et les hautes herbes, mais ce n'était pas la pluie". La même remarque conviendrait aussi bien à la vie de Beryl Merkham dont les prouesses comptent un nombre incalculable de vols de nuit et d'atterrissages très périlleux, plusieurs vols du Kenya en Angleterre, et la traversée en solitaire de l'Atlantique. Autant de performances qui sont présentées comme des exercices somme toute assez ordinaires. Cette modestie qui contraste avec la vivacité de l'auteur n'a rien d'artificiel et elle n'empêche d'imaginer les obstacles que cette femme d'exception a dû surmonter tout au long de sa vie. Il n'était pas possible de défier l'ordre social des années 1920 et 30, de s'arroger des droits qu'on refusait aux femmes à l'époque et de se faire une place au sein d'un univers masculin bien gardé sans être la proie de féroces critiques. "Les êtres qui rêvent pendant leur sommeil éprouvent une satisfaction particulière et profonde, inconnue du monde diurne, une forme d'extase assez passive, une légèreté du cœur semblable à celle procurée par du miel sur la langue. Le véritable ravissement du rêve réside dans le sentiment de liberté sans bornes qu'il apporte avec lui. Ce n'est point la liberté du tyran qui impose son bon vouloir au monde, mais celle de l'artiste libéré de la volonté. Ce n'est pas le sujet du rêve qui donne ce bonheur distinct, mais le fait que, dans le rêve, tout se passe sans le moindre effort, sans hâte ni rupture. Ainsi, celui qui rêve sent la liberté qui l'entoure et l'habite comme une lumière et un air des sommets, un bonheur surnaturel. Le rêveur est l'élu qui n'a pas à intervenir dans ce qui arrive, tout lui apporte richesse et plaisir. Il prend part à une bataille, une battue ou un bal, et, au milieu de cela, se demande pourquoi il reçoit tant de faveurs en restant toujours allongé. Quand vous commencez à perdre ce sentiment de liberté, quand la nécessité fait irruption dans le monde du rêve, quand pointe une exigence de hâte et d'effort, que ce soit une lettre à écrire ou un train à prendre, quand il faut se donner de la peine pour faire galoper les destriers du rêve ou éviter qu'ils ne fassent long feu, alors vos rêves sont sur le point de s'achever et de se muer en cauchemar, une forme de rêve vulgaire et mauvaise". Aucun palais n'aurait pu retenir celle dont la vie était traversée par une violence silencieuse qui la poussait à tout détruire sur son passage. Beryl Markham est à jamais l'enfant d'un monde premier dont elle a vécu les derniers instants. Ayant survécu à la cruauté d'une mère qui pouvait vivre sans elle, elle finit par intégrer l'idée, que quelle que soit l'intensité de la douleur infligée, aussi irréparable que soit la perte, l'homme doit faire face et tout supporter. De quoi créer un égocentrisme farouche. Ce qu'elle fit.   Bibliographie et références:    - Beryl Markham, "West with the night" - Karen Blixen, "Afrique, terre de liberté" - Katell Faria, "Les aventurières du ciel" - Errol Trzebinski, "The lives of Beryl Markham" - Sara Wheeler, "The Life of Denys Finch Hatton" - Judith Thurman, "Karen Blixen" - Nathalie Skowronek, "Karen et moi" - Dominique de Saint Pern, "Baronne Blixen" - Paula McLain, "Beryl Markham" - Sally Shuttleworth, "Fly with Beryl Markham" - Ulf Aschan, "The man whom women loved"   Bonne lecture à toutes et à tous. Méridienne d'un soir.
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Par : le Il y a 22 heure(s)
"Il faut haïr très peu, car c'est très fatigant. Il faut mépriser beaucoup, pardonner souvent, mais ne jamais oublier. Le pardon ne peut entrainer l'oubli ; pour moi, du moins. Moi, j'adore la mer et la plaine, mais je n'aime pas les montagnes, ni les forêts. La montagne m'écrase. La forêt m'étouffe. II me faut à tout prix de l'horizon à perte de vue, et du ciel à perte de rêve. Je voulais monter sur les montagnes pour ne plus qu'elles m'écrasent. Et nous montions toujours ! toujours plus haut ! ". "Ce n'était pas un fait du hasard, mais bien la suite d'un vouloir réfléchi. À l'âge de neuf ans, j'avais choisi cette devise, après un saut formidable au-dessus d'un fossé que personne ne pouvait sauter et auquel mon jeune cousin m'avait défiée. Je m'étais abîmé la figure, cassé un poignet, endolori le corps. Et pendant qu’on me transportait je m’écriais, rageuse : Si, si, je recommencerai, quand même, si on me défie encore ! Et je ferai toute ma vie ce que je veux faire ! " On a tout dit sur Sarah Bernhardt. Qu'elle a fait le tour du monde dans le costume de Phèdre, qu'elle dormait dans un cercueil, qu'elle collectionnait les fauves et les amants. Tout cela est vrai, enfin presque. Mais dans son cas, la légende qu'elle s'est construite n'est pas très loin de la réalité. De fait, une mythologie incertaine entoure aujourd'hui la personnalité de Sarah Bernhardt. Célèbre actrice du XIXème siècle égarée dans le premier quart du XXème, cette femme audacieuse et téméraire, scandaleuse aussi, incarna magistralement le somptueux théâtre d'Hugo, Dumas, Sardou, Rostand. Mais elle fut aussi une extravagante voyageuse, partout attendue et désirée, qui s'attira les surnoms les plus insolites, et fit la une des journaux satiriques qui se repaissaient de ses excentricités. Elle importa en France l'art de la publicité. Expression parfaite de ce que Cocteau appela "les monstres sacrés", elle affichait un penchant alors en vogue pour la morbidité qu'elle érigea en genre dans ces inoubliables scènes d'agonie de "La Dame aux camélias" ou de "L'Aiglon." Cette comédienne fut une femme de cœur, forte d'une vie intérieure assumée, d'une religiosité confinant au mysticisme, généreuse aux limites de la ruine, et elle fit la fortune ou la célébrité des peintres et écrivains de son entourage. Usant de tous ses dons, elle fut à son tour attirée par le ciseau, la plume et le pinceau. Son style influença la mode, la littérature, les arts décoratifs. Sa devise était "Quand même" en référence à son audace. Les maîtres de l'affiche, les joailliers, les céramistes, Mucha, Lalique, Gallé, ont été lancés par Sarah. Elle inspira ou intrigua aussi Gustave Moreau, Burne-Jones, Rossetti et toute l'école préraphaélite, mais aussi les essayistes, écrivainset poètes, Montesquiou, Goncourt, Wilde, Jean Lorrain, Huysmans, James et Proust, qui puisèrent en elle les élans d'une inspiration rare dans le mystère des créatures auxquelles elle donnait un semblant de réalité. Déterminée, elle fut aux côtés de Zola une ardente avocate de la cause d'Alfred Dreyfus. Protégée comme un trésor national, elle finit paraccepter de quitter Paris au moment de la Grande Guerre. Bien qu'une amputation l'eût mutilée, son patriotisme lui dicta une ultime tournée américaine pour tenter de fléchir l'isolationnisme outre-Atlantique. La future "Grande Sarah" ou la"Voix d'Or" selon Hugo est née  Rosine-Sarah Bernard le vingt-trois octobre 1844 rue de l'École-de-Médecine à Paris. Ou était-ce le vingt-cinq septembre, rue de la Michodière ? Ou boulevard Saint-Honoré, le vingt-deux octobre ? La destruction de son acte de naissance dans l'incendie de l'Hôtel de ville de Paris en 1871, avec tous les registres d'étatcivil, ne permet pas de lever le mystère. On ne saura certainement jamais non plus qui était son père, "parti en voyage en Chine" après avoir séduit sa mère, Judith. Cette toute jeune fille d'origine juive hollandaise s'est installée avec sa sœur dans la capitale où elles deviennent courtisanes. Elles rencontrent d'ailleurs un assez beau succès auprès des hommes, ouvrent salon et commencent à voyager, délaissant leurs enfants respectifs. Mise en nourrice en Bretagne,où l'on ne parle que le breton, Sarah ne reçoit aucune éducation avant de retrouver sa famille, par hasard. Ayant suivi sa nourrice qui a déménagé à Paris, elle croise alors sa tante qu'elle n'arrive pas à convaincre de l'emmener avec elle.   "Lorsque j'ai découvert Belle-Isle en mer, je l'ai ressentie comme un havre de quiétude, un paradis pittoresque dont je pourrais goûter le charme de sa beauté sauvage sous un ciel vivifiant. J'ai déniché sur une falaise venteuse spécialement inaccessible, spécialement inconfortable, un fort abandonné qui par son isolement, ne peut que m'enchanter ! Je me sentais, sans le définir, un léger mépris pour ce tribunal impitoyable. J'ai bien souvent, depuis, pensé à cette épreuve, et je me suis rendu compte que des êtres bons, intelligents. pitoyables, deviennent inférieurs lorsqu'ils sont groupés. Le sentiment de l'irresponsabilité personnelle éveille les mauvais instincts. La crainte du ridicule chasse les bons". Refusant d'être abandonnée de nouveau, la fillette se jette par la fenêtre. Elle parvient ainsi à ses fins au prix d'un bras et une rotule brisés. Un succès chèrement payé, qui témoigne de cette incroyable force de caractère qui accompagnera Sarah toute sa vie. Après une longue convalescence, la voici envoyée en pension à Auteuil pour essayer d'y acquérir un soupçon de culture. Elle y découvre le théâtre mais y renouvelle aussi ses excentricités en se jetant dans un bassin, le jour où sa tante vient la chercher. De nouveau, les médecins viennent à son chevet et, de nouveau, ils ne lui donnent que peu d'années à vivre. Elle se remet, pour mieux aller terroriser les sœurs de Notre-Dame-de-Sion à Versailles où elle reste pensionnaire pendant six ans. Elle y est baptisée et y joue avec beaucoup d'enthousiasme le rôle de l'ange Gabriel pour une pièce écrite en l'honneur de l'archevêque. Enfin assagie, elle songe même à entrer dans les ordres mais de nouveau, elle adopte un comportement suicidaire pour provoquer l'autorité des sœurs. Restée toute une nuit dans un arbre du parc, elle y attrape une pleurésie qui la renvoie dans ses foyers. Il est temps de prendre une décision. Leconseil de famille, après réunion, décide d'en faire une artiste. Le verdict peu paraître étrange, tant Sarah n'a pas du tout le physique de l'emploi. Extrêmement maigre et dotée d'une chevelure sauvage, son surnom, "la négresse blonde." Mais le duc de Morny, demi-frère de l'empereur Napoléon III, amant de sa mère et protecteur de la famille, a compris qu'il pouvait ainsi offrir à la jeune frondeuse des opportunités de rencontres et de carrière. Elle entre donc au Conservatoire grâce à une lecture inspirée des "Deux pigeons" de La Fontaine. Elle apprend à sculpter. Elle prend aussi des leçons d'escrime, dont elle tirera profit dans ses rôles masculins comme Hamlet. Elle reçoit le baptême chrétien en avril 1857 et envisage de devenir religieuse. C'est alors que son nom aurait été francisé en "Bernard." Bientôt, elle intègre très vite la Comédie-Française, avant de la quitter tout aussi rapidement pour avoir giflé une sociétaire. C'est l'occasion d'un voyage en Belgique. L'expérience n'est pas concluante. Elle en revient quelques mois plus tard, enceinte du prince Henri Joseph de Ligne, et est aussitôt être mise à la porte par sa mère. Le garçon qui sera son unique enfant deviendra écrivain sous le nom de Maurice Bernhardt. Il sera également dramaturge et directeur de théâtre. Après la naissance de son fils qui sera "l'homme de sa vie", elle devient courtisane. À cette époque, la police des mœurs compte Sarah parmi quatre-cent-quinze "dames galantes" soupçonnées de prostitution clandestine. La vie privée de Sarah Bernhardt est assez mouvementée.   "Ma nourrice était bretonne et habitait près de Quimperlé une petite maison blanche, au toit de chaume très bas, sur lequel poussaient des giroflées sauvages. C'est la première fleur qui ait charmé mes yeux d'enfant. Et je l'ai toujours adorée, cette fleur au pétales faits de soleil couchant, aux feuilles drues et tristes. C'est loin, la Bretagne, même à notre époque de vélocité. C'était alors le bout du monde." Elle a par la suite plusieurs amants, dont Charles Haas, mondain très populaire à qui elle vouait une véritable passion alors qu'il la traitait en femme légère et la trompait sans états d'âme. Après leur rupture, ils demeurèrent cependant amis jusqu'à la mort de Haas. On compte également des artistes tels que Gustave Doré et Georges Jules Victor Clairin et des acteurs tels que Mounet-Sully, Lucien Guitry et Lou Tellegen ou encore son "Docteur Dieu", Samuel Pozzi. On parle également de Victor Hugo et du prince de Galles. Certaines sources lui prêtent également des liaisons homosexuelles,notamment avec la peintre Louise Abbéma qui fit d'elle plusieurs portraits. Elle se forge une image de femme fatale, manipulant à loisir les hommes qui forment sa "ménagerie." Alexandre Dumas fils qui la détestait disait d'elle qu'elle était "si menteuse qu’elle était peut-être grasse." En 1865, à vingt ans, celle qui a adopté l'orthographe "Bernhardt" pour son nom est enfin recommandée au directeur du théâtre de l'Odéon, avec ordre de "se montrer plus docile." C'est efficace. Elle s'installe pour sept ans dans les meubles, y peaufinant sa connaissance du répertoire classique. Elle y est révélée en jouant "Le Passant" de François Coppée en 1869. En 1870, pendant le siège de Paris, elle transforme le théâtre en hôpital militaire et y soigne le futur maréchal Foch qu'elle retrouvera quarante-cinq ans plus tard sur le front de la Meuse, pendant la Première Guerre mondiale. Elle triomphe dans le rôle de la reine de "Ruy Blas" en 1872, ce qui la fait surnommer la "Voix d'or" par Victor Hugo. Ce succès lui vaut d'être rappelée par la Comédie-Française où elle joue dans "Phèdre" et dans "Hernani." les surnoms élogieux se multiplieront, "la Divine" ou bien l"'Impératrice du théâtre." Elle côtoie George Sand et Alexandre Dumas, qui lui confie le premier rôle féminin de "Kean" (1868), tandis que Nadar d'elle tire son plus célèbre portrait. En 1880, elle démissionne et crée sa propre compagnie, partant se produire à Londres,à Copenhague, aux États-Unis et en Russie. Elle n’hésite pas à interpréter des rôles d’hommes. Partout, elle rencontre le succès et l’enthousiasme du public. Cocteau invente pour elle l’expression de "monstre sacré." Elle inspire des pièces, notamment "l’Aiglon" d’Edmond Rostand. À partir de 1893, elle prend la direction du théâtre de la Renaissance puis du théâtre des Nations qu’elle renomme théâtre Sarah-Bernhardt. Elle écrit elle-même quelques pièces. En 1882, elle se marie à Londres avec un acteur grec, Aristides Damala, mais leur relation ne dure pas. Ils resteront cependant mariés. Excentrique et réputée mentir beaucoup, Sarah a une personnalité forte et prend des positions politiques. Elle soutient Zola au moment de l’Affaire Dreyfus, défend Louise Michel et se positionne contre la peine de mort. Son lyrisme et sa diction emphatique enthousiasment tous les publics. Afin de promouvoir son spectacle, elle rencontre Thomas Edisonet enregistre sur cylindre une lecture de "Phèdre." Elle obtient son étoile sur le Hollywood Walk of Fame à Los Angeles.   "Ah ! le beau voyage que nous fimes alors ! La Bretagne, il y a trente-cinq ans, était sauvage, inhospitalière, mais aussi belle, peut-être plus belle que maintenant, car elle n'était pas sillonnée de routes carrossables. Ses flancs verts n'étaient pas tachés de petites villas blanches Ses habitants, les hommes, n'étaient pas affublés de l'abominable pantalon moderne, les femmes, du miséreux petit chapeau à plumes. Non, les Bretons promenaient fièrement leurs jambes nerveuses vêtues de la guêtre ou du bas à côtes, le pied pris dans le soulier de cuir à boucles. Les longs cheveux collés aux tempes cachaient les oreilles maladroites et donnaient au visage une noblesse que ne laisse pas la coupe moderne." En 1900, Sarah Bernhardt devient actrice de cinéma en jouant dans le film "Le Duel" d’Hamlet. Elle tournera aussi dans d’autres films, dont deux autobiographiques. C'est un des tout premiers essais de cinéma parlant avec le procédé du Phono-Cinéma-Théâtre, où un phonographe à cylindre synchronisait plus ou moins la voix de l'actrice aux images projetées. Sa dernière œuvre autobiographique étant Sarah Bernhardt à Belle-Île en Mer réalisée en 1912. Ayant compris l'importance de la publicité, elle met en scène chaque instant de sa vie et n'hésite pas à associer son nom à la promotionde différents produits de consommation. Son style inspire la mode, les arts mais aussi l’esthétique de l’Art nouveau. Son succès irrite plus d’un et Sarah est attaquée par de nombreux journalistes qui l’accusent de venir ruiner les mœurs du peuple américain. Selon un pamphlet, elle est accusée d’avoir séduit le Tsar, Napoléon III et même le pape Pie IX . Comme si cela ne suffisait pas, elle est trahie par son amie, Marie Colombier, déçue de devoir céder sa place dans la troupe à la sœur de Sarah, Jeanne, qui a pu quitter son hôpital en France et rejoindre les Etats-Unis. Marie Colombier se venge alors en écrivant des pamphlets destinés en France au magazine l’ "L'Événement." Plus tard, elle écrira aussi un roman satyrique sur la vie de Sarah qu’elle intitulera "Sarahbarnum." Il faut beaucoup plus pour décourager Sarah qui décide d’aller de l’avant en jouant une pièce écrite par Alexandre Dumas fils, "La Dame aux camélias." Elle deviendra le plus grand succès de Sarah Bernhardt aux Etats-Unis, première actrice à se produire à l'étranger. De retour en France, Sarah se refait une place dans le cœur des Français en déclamant la Marseillaise à l’Opéra lors de la commémoration du dixième anniversaire du départ des troupes prussiennes de France. Vivante incarnation du patriotisme, elle déclenche une véritable hystérie dans le public. Les hommes hurlent tandis que les femmes éclatent en sanglots. Après cet accueil national, la fièvre des voyages reprend et Sarah repart pour une tournée de trois ansen Amérique et en Australie où elle fera l’acquisition d’un koala, un wallaby et un opossum. Quinze mois de voyages oit trois-cent-quatre-vingt-quinze représentations. Elle est l’actrice la plus riche de son temps. Elle achète le "théâtre de la Renaissance" qu’elle rénove à grands frais et s’entoure d’un nouveau collaborateur, Mucha, merveilleux artiste"Art nouveau déco" qui réalisera pour elle affiches, mobiliers et décors. En 1894, elle achète en Bretagne, la Pointe des Poulains de Belle-Ile avec son petit fortin autrefois destiné à défendre la côte. La propriété constitue en fait l’extrémité nord de l’île, battue par les vents et la mer. Le paysage y est extrêmement sauvage et spectaculaire. C’est vraiment le bout du monde, la "finis terrae" où les soucis des hommes paraissent dérisoires face à une nature qui semble toujours devoir avoir le dernier mot. Sarah Bernhardt se retrouve enfin dans ce paysage qui lui ressemble.   Il faut haïr très peu, car c'est très fatigant. Il faut mépriser beaucoup, pardonner souvent et ne jamais oublier. Le pardon ne peut entraîner l'oubli, pour moi, du moins. En général on peut jeter à bas les ennuis, les soucis de la vie, pour quelques heures, on dépouille sa propre personnalité pour endosser une autre et l'on marche dans le rêve d'une autre vie, oubliant tout." Elle désirait être enterrée sur son rocher de la Pointe des Poulains face à l’océan. Ce vœu ne fut pas exaucé. Bientôtson théâtre se révèle trop petit pour être rentable. Elle a englouti plus de deux millions et demi de francs dans sarénovation et elle n’a pas récupérer sa mise. Elle se fait opérer d’un kyste de l’ovaire par le célèbre docteur Pozzi,part deux mois se reposer à Belle-Île, puis décide de repartir en tournée. Sarah est devenue une véritable institutionà elle seule. Son énergie ne faiblit pas malgré son genou droit qui la fait fort souffrir. En 1910, la mort surprend sabelle-fille et comme elle l’avait déjà fait pour ses deux sœurs et pour sa nièce, elle recueille sa petite-fille Lysianechez elle. Celle-ci ne la quittera plus. Plus tard, Lysane Bernhard rédigera un volumineux livre en son hommageet intitulé "Ma grand-mère Sarah Bernhardt." En 1914, le ministre René Viviani lui remet la croix de chevalier de laLégion d'honneur, pour avoir, en tant que comédienne, "répandu la langue française dans le monde entier "et pourses services d'infirmière pendant la guerre franco-prussienne de 1870-1871. En 1915, à l'âge de soixante-dix ans,elle est amputée de la jambe droite en raison d'une tuberculose osseuse du genou. L'actrice est amputée au-dessusdu genou, le 22 février 1915 à la clinique Saint-Augustin de Bordeaux. Cela ne l'empêche pas de continuer à jouerassise, ni de rendre visite aux poilus au front en chaise à porteurs, lui valant le surnom de "Mère La Chaise."Elle ne s'épanchait jamais sur son infirmité, sauf pour rire en déclarant: "Je fais la pintade." Mi-mars 1923, elle tourneun film pour Sacha Guitry, où elle tient le rôle d’une vielle voyante mais quelques jours plus tard elle est prise de délire.Dans un moment de lucidité, elle demande l’extrême-onction et s’éteint comme elle l’avait toujours désiré, dans lesbras de son fils, d'une insuffisance rénale aiguë, le vingt-six mars 1923, au cinquante-six boulevard Pereire à Paris.On fait la file le lendemain pour l’admirer une dernière fois revêtue de sa robe de satin blanc décorée de la Légiond’honneur ainsi qu’elle le désirait. "La Divine" est enterrée le vingt-huit mars 1923 au Père Lachaise (division 44).Le gouvernement lui organise des obsèques nationales, faisant d'elle la première femme à recevoir un tel honneur.Sarah Bernhardt malgré ses origines modestes a fini ce jour là de construire sa légende à force de travail et de volonté. "Je hais ces cœurs pusillanimes qui, pour trop prévoir la suite des choses, n’osent rien entreprendre." "la légende reste victorieuse en dépit de l'histoire."   Bibliographie et références :   - Louis Verneuil, "La vie merveilleuse de Sarah Bernhardt" - Catherine Simon Bacchi, "Sarah Bernhardt: mythe et réalité" - Françoise Sagan, "Sarah Bernhardt, le rire incassable" - Arthur Gold et Robert Fitzdale, "Sarah Bernhardt" - Anne Delbée, "Le sourire de Sarah Bernhardt" - Hélène Tierchant, "Sarah Bernhardt, Madame Quand même" - Noëlle Guibert, "Portrait de Sarah Bernhardt" - Claudette Joannis, "Sarah Bernhardt" - Jacques Lorcey, "Sarah Bernhardt: l'art et la vie" - Louis Garans, "Sarah Bernhardt, itinéraire d'une divine" - André Castelot, "Sarah Bernhard" - Marie Avril, "Divine vie de Sarah Bernhard"   Bonne lecture à toutes et à tous. Méridienne d'un soir.
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Par : le Il y a 22 heure(s)
"Les gens me considèrent comme une jeune femme séduisante mais écervelée, mais en réalité, je m'en moque. Un homme ne compte que dans la mesure où il agit, aime et incite les autres à agir et à aimer, bien plus que par ce qu'il laisse derrière lui. De toute façon, les contrats de cinéma ont toujours été une plaisanterie en ce qui concerne le salaire des comédiens. Les studios pouvaient dénoncer ou suspendre ces contrats à leur guise. Les comédiens étaient paralysés par la crainte de procès ruineux et du chômage permanent". Mary Louise Brooks naît le quatorze novembre 1906 à Cherryvale, une petite ville du Kansas. Elle grandit avec ses frères et sœurs dans une certaine indifférence de la part de ses parents, qui leur offrait peu de temps et d'attention. Son père était avocat. Quand il n'était pas au travail, il s'isolait dans la tranquillité de son bureau, en compagnie de ses livres et de son violon, fuyant les cris des disputes de ses quatre enfants. Sa mère, qui avait passé ses années de jeunesse à s'occuper de ses frères et sœurs, avait annoncé à son futur époux qu'il "lui ouvrait le chemin de la liberté et des arts, mais que les braillards qu'elle mettrait au monde s'élèveraient tout seuls". Elle occupait ses journées à jouer du piano ou à présenter les critiques de ses lectures aux membres de son club féminin. Malgré leur absence, ses parents étaient aimants et compréhensifs. Il lui donnèrent le goût de l'art, des livres et de la musique. Et c'est avec plaisir que Louise écoutait sa mère jouer Debussy et Ravel avec beaucoup de talent. "Notre maison de Wichita croulait littéralement sous les livres. Je dévorais tout avec ravissement, me fichant alors pas mal de ne pas toujours comprendre. Ma passion pour les mots m'était venue à l'âge de cinq ans. J'appris à lire en regardant par-dessus son épaule, ma mère nous faire la lecture". Sa mère l'encouragea à apprendre très tôt la danse, dès l'âge de cinq ans. C'est elle aussi qui accepta et réussit à convaincre son père de l'autoriser à se rendre à New York en 1922 pour y suivre les cours de danse du réputé Ted Shawn, pionnier de la danse moderne américaine. Renvoyée pour indiscipline quatre ans plus tard, elle se produit dans les revues déshabillées de Broadway, puis est engagée par le célèbre meneur de revues Florenz Ziegfeld. Cette expérience des diverses chorégraphies lui sera précieuse et contribuera à la fascination qu'elle exerce, jusqu'à nos jours, sur les écrans. Louise Brooks vit avec intensité les années folles. Elle bénéficie de riches protecteurs, et compte des amis, des amants, dans l'industrie du spectacle. "Nul ne peut dire avec certitude pourquoi on met fin à son existence. Tous les mensonges se ressemblent. Bien que les gens soient mieux à même de juger le jeu d'un acteur que le talent d'un peintre ou d'un compositeur, l'hypocrisie de la sincérité leur interdit de reconnaître qu'ils interprètent eux aussi, constamment, un rôle composé de toutes pièces". L'un d'entre eux, Walter Wanger, futur grand indépendant à Hollywood, alors producteur au studio Paramount de New York, l'introduit dans le monde du cinéma, où elle se fait remarquer dès 1926 dans un film de Franck Tuttle, "The American Venus". Sous contrat avec la Paramount, elle tourne sur la côte Est six films durant la seule année 1926. On la voit avec W. C. Fields, son vieil ami des "Ziegfeld Follies", dans le burlesque "Un conte d'apothicaire", "It' the Old Army Game", réalisé en Floride par Edward Sutherland, et elle tire son épingle du jeu au côté de la grande vedette Adolphe Menjou dans la comédie "Au suivant de ces messieurs", "A Social Celebrity, de Malcolm St. Clair. La Paramount l'envoie à Hollywood, où on l'emploie dans des films sans relief, elle dira plus tard que les rôles qu'on lui avait confiés à New York étaient plus intelligents. Hollywood en fait toutefois une habituée des magazines populaires. Elle fait partie, comme Clara Bow, Gloria Swanson, Constance Talmadge, Norma Shearer, des flappers, jeunes filles dans le vent revendiquant leur liberté. Sa fameuse coiffure, dite "hollandaise" aux États-Unis, "Jeanne d'Arc" ou "garçonne" en France, "Bubikopf" en Allemagne, est la même que celle de Colleen Moore, la reine du box-office des années 1926-1927. Mais cette coiffure a toujours été la sienne depuis l'enfance, et elle la conservera dans les films européens qui immortaliseront son image. Déjà, elle ressemble à Lulu. Elle fascine, enchante, tourne beaucoup. En 1928, c'est "Une fille dans chaque port", de Howard Hawkes. Pabst la remarque, la fait venir à Berlin. Elle a vingt-deux ans, elle devient Lulu pour l'éternité dans le film du même nom. Le visage lumineux parfaitement ovale, la frange noire au-dessus des yeux ardents traversent les frontières du temps, comme plus tard la blondeur fragile de Marilyn. Mais Louise Brooks ne se suicidera pas. Elle tourne encore avec Pabst le "Journal d'une fille perdue" et en 1930, en France, avec Augusto Genina "Prix de beauté". Elle revient à Hollywood, reprend le chemin des studios, joue notamment avec James Cagney, "The Steel highway" et "Public Ennemy" de William Wellman, elle, apparaît dans "Hollywood Boulevard" de Robert Florey. En 1928, elle tourne alors, après "Overland stage raiders" de Georges Sherman avec John Wayne. À cette période de sa vie, elle est à son firmament. Elle est régulièrement invitée par le très séduisant milliardaire, William Randolph Hearst, dans sa propriété de Hearst Castle. Elle se marie avec le réalisateur A. Edward Sutherland le deux juillet 1926, mais le couple mythique divorce alors un an plus tard.   "Dans la vie, l'essentiel est de rester toujours fidèle à soi-même, peu importe le prix à payer. De sorte que pour demeurer un acteur à succès il est indispensable de saupoudrer le naturel d'une pincée de mystère et de bizarrerie afin que l'auditoire apprécie et soit intrigué par quelque chose qui ne lui ressemble pas". "Je ne pouvais pas corriger mon accent dans une école chic, ni apprendre comment me tenir à table auprès de cavaliers gênés par mon infériorité sociale, ni me permettre les couturiers de la Cinquième Avenue". "Se sentir un instant esseulée est terrifiant pour une star : c'est la première borne sur la route de l'oubli". Louise Brooks est trop anticonformiste, trop belle, trop libre d'elle-même et de ses idées pour supporter Hollywood et s'y intégrer. Elle est la seule actrice à faire la grève pour faire respecter les droits et la dignité des comédiens. Elle vit ses passions et ses caprices sans mentir. Elle dit: "J'avais fait fi de la sécurité et des conventions sociales. Après un an de mariage, j'ai trouvé insupportable d'être un jouet tombé plus bas qu'une fille dont on paye les services. Je suis devenue une sorte de clocharde. C'est alors qu'on m'a rejetée". Elle se remariera avec Deering Davis. En 1953, elle se convertit au catholicisme. Elle reste une rebelle, insatisfaite, qui ne pardonne pas. "Maîtresse d'un célèbre millionnaire, j'ai trouvé insupportable d'être un jouet sexuel, tombée plus bas qu'une fille dont on paye les services". Elle affirmait son identité et sa différence, quel qu'en soit le prix, dans une volonté indéfectible de ne jamais tricher. Cette façon de penser était totalement incompatible avec les exigences hollywoodiennes. Pour Louise Brooks, Hollywood n'est qu'une "inhumaine usine à films". Il lui "sortait par les yeux". "Étant moi-même une solitaire née, temporairement détournée de la vie d'ermite par une carrière sur les planches et à l'écran, j'affirme catégoriquement que rien ne ressemblait plus à l'esclavage qu'une carrière de star du cinéma. Il ne décidait seul que sur un point. Signer ou non un contrat. Dans l'affirmative, il devenait la proie des cosignataires, des distributeurs de ses films. S'il ne signait pas, il n'était plus star." Trois ans après ses débuts au cinéma, Georg Wilhem Pabst la remarque et l'engage pour incarner "Loulou". Il n'est plus possible à quiconque a vu ce joyau du septième art d'imaginer le personnage de Loulou sous d'autres traits que ceux de Louise Brooks. À la fois perverse, enfantine, naïve, enjouée, amorale et sensuelle, écolière canaille et femme fatale, elle emplit l'écran de sa présence magique et fait souffler sur le film de Pabst un érotisme de feu. "Un acteur, un peintre, un compositeur, un auteur peut se montrer aussi égoïste qu'il le souhaite sans encourir de reproches du public, à condition que son art soit superbe et il ne peut alors remplir cette condition sans un effort et un sacrifice qui lui procurent le sentiment d'être noble et martyr en dépit de son égoïsme". "Loulou" est certainement le film le plus marquant de la carrière d'actrice de Louise Brooks, bien qu'à l'époque, démoli par la critique, il n'ait eu que peu de succès. "Loulou est naturellement quelque chose d'important pour moi. Pabst a fait de moi quelque chose d'important. Pabst n'a pas créé Louise Brooks, il l'a réalisée, libérée. À Berlin, dès que j'eus posé le pied sur le quai de la gare où m'attendait Pabst, je devins une actrice. Il me traitait alors avec une sorte de déférence et de politesse inconnue pour moi à Hollywood".   "On se cache tous derrière un masque. Il faut savoir le retirer parfois. Un acteur ne peut remplir cette condition sans un effort et un sacrifice qui lui procurent le sentiment d'être noble et martyr en dépit de son égoïsme". Mon incarnation de la tragique Loulou, dépourvue de tout sentiment du péché, fut généralement taxée d'inacceptable pendant un quart de siècle." Cette version filmée de Pabst est tirée de "La boîte de Pandore", une pièce de Frank Wedekind. C'est "l'histoire d'une putain "immorale", écœurée par le sordide de sa profession, dans la laideur "sans valeur artistique", d'une furieuse bestialité. Son premier éveil à la passion, qui lui apporte à la fois la vie et la condamne à mort, c'est vêtue en fille de trottoir qu'elle le ressent. Lorsqu'elle lève Jack l'Eventreur, dans le brouillard nocturne de Londres, et qu'il déclare ne pas avoir d'argent, "ça ne fait rien, dit-elle, tu me plais." C'est la veille de Noël. Elle est prête à recevoir le cadeau dont elle rêve depuis l'enfance: la mort, de la main d'un maniaque sexuel". Loulou perd la vie en même temps que son enfance et son innocente indifférence avec les autres. Louise tourna au total vingt-quatre films, mais la fin du cinéma muet allait se révéler aussi celle de la carrière d'actrice de Louise Brooks. Elle n'était pas du nombre des stars hollywoodiennes, trop indépendante et lucide pour jouer le jeu. "Quand le cinéma parlant est né en 1928, la Paramount a vu là un prétexte pour diminuer les salaires des acteurs" et "que je fus la seule, chez Paramount, à refuser alors toute diminution, perdant de la sorte un nouveau contrat, j'ai bien imaginé que cette manifestation d'indépendance ne serait pas de nature à prolonger ma carrière". "La technique conventionnelle de Broadway à cette époque consistait davantage à obtenir des effets plutôt qu'à "jouer". C'était plus un combat qu'une pièce. Chaque comédien s'efforçait d'amortir l'impact des répliques des autres, surtout si elles faisaient rire". "De fait, quand j'eu refusé, seule de la distribution, de revenir à Hollywood pour tourner la version parlante de "The Canary Case", mon dernier film muet tourné par la Paramount, cette société déversa alors sur moi une publicité venimeuse qui transforma mes doutes en certitudes. "La Paramount fit répandre la rumeur qu'elle s'était séparée de moi parce que je ne valais rien pour le parlant. Inscrite alors sur la liste noire, aucune firme importante ne m'engagea pour un film". Louise tourne son dernier film à Hollywood en 1938. En 1940, elle quitte alors définitivement le cinéma, fuyant Hollywood qui la méprise. Elle a alors trente-quatre ans. Après trois ans chez son père, elle revint alors à New York, sa ville adorée, non sans couper les ponts avec son passé et ses amis du cinéma. Considérée comme une actrice ratée, elle se mit alors "à flirter avec des mirages engendrés par des flacons de somnifères jaunes". En 1956, elle est contactée par James Card, conservateur des films d'Eastman House à Rochester, dans l'État de New York et réussit à la convaincre de le rejoindre "afin d'y étudier les anciens films et d'écrire sur son passé retrouvé". Elle se rendit compte alors qu'elle jugeait encore les films dans lesquels elle avait joué "non en fonction de leurs mérites propres, mais selon leur succès ou leur échec aux yeux de Hollywood". Elle prit aussitôt la décision de réviser cette façon de voir et apprit alors, au fil des années à ne plus accepter "le verdict de Hollywood qui l'avait condamnée à l'échec".   "En vérité peu d'entre nous possèdent une énergie morale suffisante pour davantage qu'un inflexible point d'honneur. Telle je suis restée, quêtant sans relâche l'authentique et la perfection, impitoyable alors envers le faux, généralement exécrée sauf de ceux, rares, qui ont surmonté l'horreur de la vérité afin de laisser libre cours au meilleur d'eux-mêmes". Ainsi Louise Brooks expliquait-t-elle, de façon très lucide, ce qu'elle qualifiait "son propre échec sur le plan social". "Pour moi, être vraiment célèbre, c'est être une star de cinéma, cet objectif est celui de tous les acteurs de théâtre. Se sentir un instant esseulée est terrifiant pour une star, c'est la première borne sur la route de l'oubli". Louise est considérée comme l'une des premières actrices "naturelles" du cinéma, son jeu étant subtil et nuancé par rapport à de nombreux acteurs du cinéma muet. Le gros plan était en vogue chez les réalisateurs, et le visage de Louise s'y prêtait parfaitement. Elle a toujours été un peu égocentrique, parfois d'un caractère difficile, et elle n'hésitait pas à user d'une verve acide lorsque l'occasion s'en présentait. De plus, elle s'était promis de ne jamais sourire face à la caméra, sauf si elle y était obligée, bien que la plupart de ses photos la montrent avec une expression neutre, on peut parfois la voir arborer un sourire éblouissant. Elle aimait ce personnage de garçonne qu'elle a incarné plus que toute autre. De son propre aveu, elle était une femme libérée, encline aux expériences, posant même nue pour des photographes, et ses liaisons éphémères avec de nombreuses vedettes du cinéma dont Charlie Chaplin et Humphrey Bogart, sont légendaires. Selon un de ses biographes, Barry Paris, Louise Brooks avait une "nette préférence pour les hommes", mais elle n'a pas découragé les rumeurs selon lesquelles elle était alors lesbienne, à la fois parce que ces rumeurs renforçaient son aura scandaleuse, à l'époque, et parce qu'elle voulait valoriser personnellement la beauté féminine. À son retour à Hollywood, l'actrice la plus en vue est désormais Greta Garbo. Louise Brooks ne retrouve les studios que pour des films mineurs, avec des cachets nettement réduits. Elle refuse de se déplacer à l'autre bout du pays pour jouer dans "L'Ennemi public" réalisé par William A. Wellman avec l'acteur James Cagney. Le rôle qui lui avait été proposé est finalement attribué à Jean Harlow. Elle joue tantôt les femmes fatales tantôt les mères de famille pleines d'énergie dans différents westerns. Parmi ceux-ci, Overland Stage Raiders, avec John Wayne et Ray Corrigan. Elle y joue le rôle principal, un rôle romantique face à John Wayne, avec une longue coiffure qui la rend méconnaissable. "Pour devenir une femme idéale, en 1922, il me fallait perdre mon accent du Kansas, singer les manières mondaines, apprendre à m'habiller avec goût. Je ne pouvais pas corriger mon accent dans une école chic, ni apprendre comment me tenir à table auprès de cavaliers gênés par mon infériorité sociale, ni me permettre les couturiers de la Cinquième Avenue". En 1933, elle se remarie avec un millionnaire de Chicago, Deering Davis. Deering, préoccupé par ses affaires, la quitte cinq mois plus tard, et ils divorcent en 1937. En 1938, après avoir été longtemps humiliée de se retrouver dans des films de série B, elle se retire du show business. Elle reste à Los Angeles puis, éprise de nostalgie, retourne en 1941 vivre chez ses parents à Wichita dans le Kansas, la ville de son enfance. Mais, en y ouvrant alors une modeste école de danse, qui se vide après Pearl Harbour, elle n'y trouve pas la tranquillité d'esprit qu'elle y espérait. Elle écrit dans une de ses autobiographies.   "Ma coupe de cheveux intrigue et agace mais au fond, je m'en moque éperdument. Même si on me croit lesbienne". Les gens de Wichita étaient jaloux de mon succès, ou me méprisaient pour mes échecs. Et tout cela ne m'enchantait pas vraiment. Je dois reconnaître qu'une véritable malédiction pèse sur moi. Mon quasi-échec en tant qu'être humain dans cette société. Mais au fond de moi, je garde espoir". Elle retourne vers l'Est et travaille pendant quelques mois comme vendeuse dans un magasin "Saks" sur la Cinquième Avenue à New York, puis vit à nouveau comme simple call girl pour les plaisirs de vieux hommes fortunés. Louise a toujours aimé l'alcool, elle y sombre bientôt. Mais elle parvient à exorciser ses démons : c'est le début de sa seconde vie. Tout en développant une foi chrétienne, elle s'adonne à la peinture et à l'écriture. "L'écriture a été une passion aussi vive que la danse dans mon adolescence", affirmera-t-elle plus tard. Elle vit entourée de toiles spiritualistes réalisées par ses soins, qui représentent alors sainte Thérèse de Lisieux, sainte Thérèse d'Avila, et quelques Sâdhus indiens en méditation. Grâce à l'aide d'un ami new-yorkais du début des années 1920, devenu directeur de journaux, elle devient journaliste associée et libre pour quelques centaines de dollars par mois, et livre des articles sur le cinéma de l'entre-deux-guerres que les rédacteurs publient souvent "faute de mieux" car un grand nombre d'anciens contributeurs des sections "cinéma et spectacles" sont partis à la guerre. Elle part alors à la recherche du temps désormais évanoui, où elle était une actrice adulée, et tente d'écrire parallèlement, mais sans illusion, entre 1945 et 1946, une vaste autobiographie. Elle y parvient en plusieurs centaines de pages, mais se ravisant, elle finit alors par brûler son manuscrit dans une poubelle fin 1946. "Aussi me suis-je éduquée auprès d'inconnus experts en ces matières, les gens au bas de l'échelle dont le labeur contribuait à la satisfaction du tout New York. De petite taille, brun, calme, enjoué, énergique, mon père n'eut dans sa vie que deux amours: sa femme et sa profession d'avocat. Il ambitionnait de devenir juge fédéral des États-Unis, rêve insensé parce que son horreur de l'ivrognerie, des jurons et de la débauche plaidait contre lui auprès des rudes politiciens de l'époque". Les historiens français du cinéma redécouvrent ses films au début des années 1950, Henri Langlois, un des fondateurs de la Cinémathèque française, n'hésite pas à déclarer: "Il n’y a pas de Garbo, il n’y a pas de Dietrich, il n’y a que Louise Brooks !". Cela a pour effet de lui attirer un nouveau public et la réhabilite même dans son propre pays. James Card, ami proche d'Henri Langlois, conservateur des films de la George Eastman House, cinémathèque américaine de Rochester pour l'état de New-York, est chargé de la retrouver. Il la retrouve recluse et en dépression à New York et la persuade de le suivre à Rochester en 1953. En 1955, la cinémathèque française de Paris organise un "hommage à Louise Brooks". L'actrice présentée par Henri Langlois renoue avec la célébrité en Europe à l'occasion des "soixante ans du cinéma". Le scénariste Kenneth Tynan brosse d'elle un portrait avantageux dans son essai "La fille au casque noir", dont le titre fait allusion à sa coupe de cheveux si particulière et devenue mondialement célèbre. "Le plus beau visage du monde". Elle le savait. Mais elle exigeait qu'on l'aime pour autre chose que pour sa beauté. Profondément, elle méprisait ceux qui cèdent à la séduction des apparences. On voulait faire d'elle une star. Elle refusa, et disparut discrètement dans la coulisse, choisissant délibérément la solitude et l'oubli pour préserver son indépendance. Le huit août 1985, à New York, elle meurt d'une crise cardiaque à l'âge de soixante-dix-huit ans. Dans "Loulou", elle est "l'incarnation bouleversante de la "beauté fatale" selon l'esthétique de l'expressionnisme allemand. Louise Brooks est aussi, et surtout, la seule actrice de l'histoire du cinéma qui se soit toujours insurgée contre cette nouvelle forme d'idolâtrie qui tend à réduire l'idéal humain, et singulièrement l'idéal féminin, à la copie conforme d'une image à laquelle chacun pourrait s'identifier sans risque. Et elle le dit avec la conviction de quelqu'un qui n'achète pas ses certitudes aux rabais. Pour une femme fut-elle douée de la beauté du diable, il y a, il y aura toujours une autre manière d'exister que celle qui consiste à adhérer passivement au rôle que la société a préparé pour elle. Une manière d'être. Elle repose au cimetière Saint-Sépulcre, dans l'État américain de New York. "Nul ne peut dire avec certitude si son existence ou non a été réussie, c'est cela, le véritable bonheur".   Bibliographie et références: - Peter Cowie, "Louise Brooks, Lulu forever" - Gilles Ciment, "L'inoubliable Louise Brooks" - André Laude, "Louise Brooks, portrait d'une anti-star" - Jean-Michel Palmier, "La femme à la coupe garçonne" - Tahar Ben Jelloun, "Louise Brooks, la vraie Lulu" - Roland Jaccard, "Louise Brooks, portrait intime" - William Shaw, auteur de la préface de "Loulou à Hollywood" - Véronique Le Bris, "Cahiers du cinéma, 2014" - Jacques Siclier, "Louise Brooks, la scandaleuse" - Lotte H. Eisner, "Louise Brooks, l'irremplaçable" - David Thomson, "Louise Brooks, Lulu in Hollywood"   Bonne lecture à toutes et à tous. Méridienne d'un soir.
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