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Elle était à nouveau devant moi. Depuis combien d'années avions-nous cessé de nous voir ? Le malentendu qui nous avait séparés semblait soudain absurde. Tant de petites choses nous égarent. Maintenant je renouais le fil enchanté que j'avais perdu. Elle parlait, je l'écoutais, la vie avait repris sa magie. Sur son visage d'alors sont venus se poser, dans la mémoire de leur amour, son visage ultérieur. Front haut, pommettes hautes, yeux bleu clair, lèvres sensuelles aux courbes régulières. Un beau visage déssiné à traits fins, délicat et féminin. Elle lui avait dit qu'elle l'aimait. "-Juliette, donne-moi deux ans de bonheur. Donne-les-moi, si tu m'aimes". Si tu m'aimes ! Mais le pire n'est pas dans la cruauté des mots, il est dans les images qui font haleter de douleur. Il lui arrivait d'aller jusqu'à la fenêtre et de l'ouvrir pour tenter de respirer mieux. Une sorte de bref répit de l'air, un sauvetage miraculeux. Sa jalousie ne la trompait pas. Il est vrai qu'elle était heureuse et mille fois vivante. Elle ne pouvait pourtant faire que ce bonheur ne se retourne aussitôt contre elle. La pierre aussi chante plus fort quand le sang est à l'aise et le corps enfin reposé. Ce n'est qu'aux moments où elle souffrait qu'elle se sentait sans danger. Il ne lui restait qu'à prendre goût aux larmes. Aussi longtemps et fort qu'elle la flagellait, elle n'était qu'amour pour Juliette. Elle en était là, à cette simple mais ferme conviction. Une femme comme elle ne pouvait pas la faire endurer volontairement. Pas après avoir déjà pris la mesure de cette douleur. Elle ne pouvait y trouver ni plaisir ni intérêt. C'est donc qu'il y avait autre chose. Ce ne pouvait être que l'ultime scénario envisagé, celui qui aurait dû s'imposer en tout premier, n'eût été ce délire qui pousse tout amoureux à se croire le centre du monde de l'autre. Depuis, de Juliette, elle attendait tout mais n'espérait rien, du moins le croyait-elle. Le sujet avait été évacué. Il y aurait toujours cela entre elles. Puisqu'elle l'avait fait une fois, pourquoi n'en serait-elle pas capable à nouveau ? Son esprit et son corps la comblaient, mais elle nourrissait des doutes sur la qualité de son âme. Rien ne démentait en elle une mentalité de froide amante dominatrice. Après tout, leurs deux années de vie commune dans la clandestinité la plus opaque qui soit, non pour cacher mais pour protéger, les avaient fait passer maîtres dans l'art de la dissimulation. Charlotte était bien placée pour savoir que Juliette mentait avec aplomb, et vice versa. Elles s'adaptaient différemment à la déloyauté, et cloisonnaient leur existence avec plus ou moins de réussite. Mais jamais elles n'auraient songé à élever la trahison au rang des beaux arts. Puisqu'elle lui mentait, et par conséquent au reste du monde, Charlotte pouvait supposer qu'elle lui mentait aussi. Juliette avait-elle échafaudé ce scénario pour s'évader de tout et de tous avec une autre. L'amour impose le sacrifice et le privilège de l'être aimé. Il leur fallait se reconquérir, alors tous les matins seraient beaux, les lèvres dessinées en forme de baisers, frémir de la nuque, jusqu'au creux des reins, sentir le désir s'échapper de chaque pore de la peau, la tanner comme un soleil chaud de fin d'après-midi, et la blanchir fraîchement comme un halo de lune, que les draps deviennent dunes, que chaque nuit devienne tempête. L'indifférence prépare admirablement à la passion. Dans l'indifférence, rien ne compte. L'écriture donne une satisfaction, celle de l'amour partagé.
Comme la vie passait vite ! Elle me trouvait jeune, je me sentais vieillir. Comme le temps avait le pouvoir de tout transformer ! La vérité était aussi insaisissable et fragile à détenir que ce rayon de soleil qui folâtrait au milieu des arbres et donnait une lumière si belle, à cette promenade. Dans la passion, rien ne compte non plus, sauf un seul être qui donne son sens à tout. Seul est pur l'élan qui jette alors les corps l'un contre l'autre, les peaux désireuses d'un irrésistible plaisir. Un lit où l'on s'engouffre sous les cieux, un rêve où l'on s'enfouit à deux, des doigts soyeux, un arpège harmonieux. Avait-elle pensé à l'intensité de ces visions d'elles ensemble, à leur féroce précision ? Elle connaissait si bien son corps, Juliette le voyait comme personne ne pouvait le voir. Elle l'avait baigné, séché, frotté, passé au gant de crin. Il arrivait à Charlotte d'hurler comme une bête, quand elle entendait un sifflement dans la pénombre, et ressentait une atroce brûlure par le travers des reins. Juliette la cravachait parfois à toute volée. Elle n'attendait jamais qu'elle se taise et recommençait, en prenant soin de cingler chaque fois ou plus haut ou plus bas que la fois précédente, pour que les traces soient distingues. Elle criait et ses larmes coulaient dans sa bouche ouverte. Refaire sa vie ailleurs, là où on est rien pour personne. Sans aller jusqu'à s'installer à Sydney, combien de fois n'avait-elle pas rêvé à voix haute de vivre dans un quartier de Paris ou une ville de France où elle ne connaîtrait absolument personne. Un lieu au cœur de la cité mais hors du monde. Un de ces Finistères ou Morbihans où elle ne représenterait rien socialement, n'aurait de sens pour personne, ni d'intérêt pour quiconque. Où elle ne serait pas précédée d'aucun de ces signes qui préméditent le jugement, vêtements, coiffure, langage, chat. Une parfaite étrangère jouissant de son anonymat. Ni passé, ni futur, sérénité de l'amnésique sans projet. N'était-ce pas une manière comme une autre de changer de contemporain ? Une fuite hors du monde qui la ferait échapper seule à la clandestinité. À tout ce qu'une double vie peut avoir de pesant, de contraignant, d'irrespirable. Vivre enfin à cœur ouvert. Ce devait être quelque chose comme cela le bonheur. Un lieu commun probablement, tout comme l'aventure intérieure qu'elle avait vécue avec elle. Mais souvent hélas, la vie ressemble à des lieux communs. Les bracelets, les gaines et le silence qui auraient dû l'enchaîner au fond d'elle-même, l'oppresser, l'effrayer, tout au contraire la délivraient d'elle-même. Que serait-il advenu de Charlotte, si la parole lui avait été accordée. Une mécanique perverse fait que le corps s'use durant la brève période d'une maturité dont nul n'ignore qu'elle est un état instable. Rien de plus menacé qu'un fruit mûr. Des mois précèdent cet instant de grâce. Des semaines accomplissent l'épanouissement. Entre ces deux évolutions lentes, le fruit se tient, l'espace d'un jour, à son point de perfection. C'est pourquoi la rencontre de deux corps accomplis est bouleversante. Juliette en était là. Charlotte aimait la retrouver parce que, en elle, elle se retrouvait. De ce qui n'était qu'un grand appartement sans âme, elle en avait fait un refuge à semblance: lumineux, paisible, harmonieux. Les chambres qu'habitèrent des générations de gens sans goût dont la vie morne avait déteint sur les murs, Juliette les avaient meublées de couleurs exactes et de formes harmonieuses. Le baroque engendre souvent la tristesse et le confort l'ennui lorsqu'il se résume à une accumulation de commodité. Chez elle, rien n'offensait ou n'agaçait. C'était un endroit pour états d'âme et étreintes joyeuses.
Elle avait crée chez elle un microclimat privilégié fait d'un confort invisible qui se haussait à la dignité de bien-être et de cette forme supérieure du silence, le calme. Les yeux de Charlotte la voyaient telle qu'elle était. Juliette la dominait mais en réalité, c'est Charlotte qui devait veiller sur elle et la protéger sans cesse de ses frasques, de ses infidélités. Elle ne supportait mal d'être tenue à l'écart. Avec une patience d'entomologiste, elle avait fait l'inventaire du corps de Juliette et souhaitait chaque nuit s'en régaler. Elle s'arrêtait pas sur ce qui, dans le corps, atteignait la perfection. La ligne souple du contour de son visage, du cou très long et de l'attache de ses épaules, cette flexibilité qui fascinait tant Modigliani en peignant sa tendre compagne, Jeanne Hébuterne. Elle regardait naître une lente aurore pâle, qui traînait ses brumes, envahissant les arbres dehors au pied de la grande fenêtre. Les feuilles jaunies tombaient de temps en temps, en tourbillonnant, bien qu'il n'y eût aucun vent. Charlotte avait connu la révélation en pénétrant pour la première fois dans l'appartement de celle qui allait devenir sa Maîtresse et l'amour de sa vie. Elle n'avait ressenti aucune peur, elle si farouche, en découvrant dans une pièce aménagée les martinets pendus aux poutres, les photos en évidence sur la commode de sycomore, comme une provocation défiant son innocence et sa naïveté. Juliette était attentionnée, d'une courtoisie qu'elle n'avait jamais connue avec les jeunes femmes de son âge. Elle était très impressionnée à la vue de tous ces objets initiatiques dont elle ignorait, pour la plupart l'usage, mais desquels elle ne pouvait détacher son regard. Son imagination la transportait soudain dans un univers qu'elle appréhendait sans pouvoir cependant en cerner les subtilités. Ces nobles accessoires de cuir, d'acier ou de latex parlaient d'eux-mêmes. Ce n'était pas sans intention que Juliette lui faisait découvrir ses objets rituels. Eût-elle voulu jouer les instigatrices d'un monde inconnu ? Elle eût pu y trouver une satisfaction.
Assurément, elle ne serait pas déçue et les conséquences iraient bien au-delà de ses espérances. Elle savait qu'elle fuyait plus que tout la banalité. Elle avait pressenti en elle son sauvage et intime masochisme. Les accessoires de la domination peuvent paraître, quand on en ignore les dangers et les douceurs d'un goût douteux. Comment une femme agrégée en lettres classiques, aussi classique d'allure pouvait-elle oser ainsi décorer son cadre de vie d'objets de supplices ? L'exposition de ce matériel chirurgical, pinces, spéculums, anneaux auraient pu la terroriser et l'inciter à fuir. Mais bien au contraire, cet étalage la rassura et provoqua en elle un trouble profond. Juliette agissait telle qu'elle était dans la réalité, directement et sans détours. Elle devrait obéir que Juliette soit présente ou absente car c'était d'elle, et d'elle seule qu'elle dépendrait désormais. Juliette la donnerait pour la reprendre aussitôt, enrichie à ses yeux, comme un objet ordinaire, corps servile et muet. Instinctivement, Charlotte lui faisait confiance, cédant à la curiosité, recommandant son âme à elle. Elle ne marchait plus seule dans la nuit éprouvant un véritable soulagement d'avoir enfin trouver la maîtresse qui la guiderait. Malgré le cuir, l'acier et le latex, elle est restée avec elle ce soir-là. Elle n'a plus quitté l'appartement et elle devenue l'attentive compagne de Juliette. Car, en vérité, si elle avait le goût de l'aventure, si elle recherchait l'inattendu, elle aimait avant tout se faire peur. Le jeu des situations insolites l'excitait et la séduisait. Le danger la grisait, la plongeait dans un état second où tout son être se dédoublait, oubliant ainsi toutes les contraintes dressées par une éducation trop sévère. Ce double jeu lui permettait de libérer certaines pulsions refoulées. De nature réservée, elle n'aurait jamais osé jouer le rôle de l'esclave jusqu'à sa rencontre avec Juliette. La fierté dans sa soumission lui procurait une exaltation proche de la jouissance. Était-ce seulement de ressentir la satisfaction de la femme aimée ? Ou de se livrer sans condition à un tabou social et de le transgresser, avec l'alibi de plaire à son amante, d'agir sur son ordre. Elle apprit à crier haut et fort qu'elle était devenue une putain quand un inconnu la prenait sous les yeux de Juliette. Agir en phase avec son instinct de soumise la faisait infiniment jouir. Étant donné la manière dont sa Maîtresse l'avait livrée, elle aurait pu songer que faire appel à sa pitié, était le meilleur moyen pour qu'elle redoublât de cruauté tant elle prenait plaisir à lui arracher ou à lui faire arracher ces indubitables témoignages de son pouvoir. Ce fut elle qui remarqua la première que le fouet de cuir, sous lequel elle avait d'abord gémi, la marquait beaucoup moins et donc permettait de faire durer la peine et de recommencer parfois presque aussitôt. Elle ne souhaitait pas partir, mais si le supplice était le prix à payer pour que sa Maîtresse continuât à l'aimer, elle espéra seulement qu'elle fût contente qu'elle l'eût subi, et attendit, toute douce et muette, qu'on la ramenât vers elle. Sous le fouet qui la déchirait, elle se perdait dans une délirante absence d'elle-même qui la rendait à l'amour. On s'étonna que Charlotte fût si changée. Elle se tenait plus droite, elle avait le regard plus clair, mais surtout, ce qui frappait était la perfection de son immobilité, et la mesure de ses gestes. Elle se sentait désormais, au cœur d'un rêve que l'on reconnaît et qui recommence.
Bonne lecture à toutes et à tous.
Méridienne d'un soir.
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Elle avait vingt-huit ans, elle connaissait une foule de gens, toujours élégante, physiquement attrayante, intellectuellement stimulante. Elle avait fait une thèse sur Camus, avant de s'occuper de collections d'art contemporain dans toute une série de fondations. Visiblement, Juliette savait ce qu'elle voulait. Elle était tout le contraire de Charlotte. C'est d'ailleurs elle qui l'a voulu, qui lui a laissé son adresse et son numéro de portable à la fin de la soirée, en lui recommandant de ne pas hésiter à l'appeler, et Juliette qui s'est fait désirer une bonne quinzaine de jours, avant de composer son numéro. Pourquoi l'a-t-elle revue ? Sans doute parce qu'elle voulait la revoir. C'était moins de l'amour ou du désir, en tout cas, qu'un sentiment étrange de vertige et de domination. Ce qui est sûr, c'est que passé la surprise de découverte chez cette jeune femme cérébrale, assez guindée sur les bords, un tempérament sensuel qu'elle ne lui imaginait pas, tout est allé vite, probablement trop vite. Charlotte s'est soumise, non sans restriction mentale de sa part. Elles sont aussitôt parties vivre une année à Naples où Juliette faisait des expertises, tandis que Charlotte enseignait dans un collège français. Et il leur est arrivé là-bas ce qui arrive à tous les amants pressés qui s'engouffrent dans le premier hôtel venu coincés dans l'ascenseur, ils sont toujours bloqués et ont épuisé tous les sujets de conversation. Pourtant, les longs tête-à-tête, les nuits que l'on passe ensemble, les promenades à deux pendant les premiers mois permettent normalement de pressentir la part de bonheur ou de malheur que l'autre lui apportera. Et Charlotte n'avait pas mis longtemps à deviner que la part de légèreté dans l'abandon serait la plus lourde des deux. Mais elle a fait comme si. Par manque d'assurance, par immaturité. Ce que la plupart des femmes recherchent dans toute leur vie, l'intelligence, la tendresse, Juliette lui apportait sur un plateau, et on aurait dit qu'elle ne savait pas quoi en faire. Juliette la hissait en révélant les abysses de son âme, en les magnifiant, la sublimant en tant qu'esclave en donnant vie à ses fantasmes. Elle habitait son corps, rien que dans son corps. Elle y vivait en souveraine.
Elle est aussi juvénile et éclatante, elle a les mêmes cheveux clairs encadrant ses oreilles, les mêmes taches de rousseur, la même élégance, avec son T-shirt blanc sous une veste de soie noire. Elles s'étaient déshabillées dans la salle de bain, avec la prémonition que quelque chose de terriblement fort, de terriblement impudique allait se produire et que rien ne serait plus comme avant. Elles ne le savaient pas encore. Juliette était totalement nue, avec ses fesses musclées hautes, ses seins aux larges aréoles brunes, alors que Charlotte avait conservé un tanga en soie rouge mettant en valeur son bronzage italien. Elle était grande et possédait de longues jambes galbées. Elles étaient paisibles, enveloppées par l'atmosphère fraîche de la pièce, et comme le plaisir les avait moulues, elles flânèrent encore un peu dans les draps, tandis que le rythme emballé de leur cœur se ralentissait peu à peu. Mais beaucoup plus tard, à force d'insistance, Charlotte s'allongea docilement sur le dos, les bras le long du corps, accueillant le désir de Juliette mais sans le réclamer. Et d'un seul coup le silence se fit. Juliette soulevée sur les coudes, Charlotte la bouche appliquée sur sa peau, descendant le long de son corps avec la lenteur d'un ballet aquatique. Le temps parut suspendu, la culmination toujours retenue. Elles retrouvèrent spontanément les mêmes mots, les mêmes gestes, les mêmes procédures intimes, sans doute car le sexe est toujours la réminiscence du sexe, avant de desserrer soudain leur étreinte et de rouler chacune de leur coté, le corps épuisé. La nuit tomba, un courant d'air fit battre le ventail de la fenêtre. Lorsque Juliette eut fini de se doucher, elle enfila un peignoir, les cheveux attachés au-dessus de la tête à l'aide d'une pince, Charlotte préféra la régaler d'un copieux petit-déjeuner sur leur balcon. Elles s'installèrent toutes les deux, accoudées à la balustrade comme pour porter un toast au soleil levant et restèrent ainsi, à bavarder, à voix basse, les sens à vif. Au sortir du lit, il leur arrivait parfois de se promener dans le vieux Naples. La mer qui bougeait à peine, les pins immobiles sous le haut soleil, tout paraissait minéral et hors du temps. Leurs corps s'écoulaient au ralenti le plus extrème.
De grands murs à droite et à gauche protégeaient des voisins. L'aile des domestiques donnait dans la cours d'entrée, sur l'autre façade, et la façade sur le jardin, où leur chambre ouvrait de plain-pied sur une terrasse, au premier étage, était exposée à l'est. La cime des grands lauriers noirs affleurait les tuiles creuses achevalées servant de parapet à la terrasse. Un lattis de roseau la protégeait du soleil de midi, le carrelage rouge qui en couvrait le sol était le même que celui de la chambre. Quand Juliette prenait son bain de soleil totalement nue sur la terrasse, Charlotte venait la rejoindre et s'étendre auprès d'elle. Il faisait moins chaud que de coutume. Juliette, ayant nagé une partie de la matinée, dormait dans la chambre. Charlotte, piquée de voir qu'elle préférait dormir, avait rejoint la plus jeune domestique. Ses cheveux noirs étaient coupés droit au-dessus des sourcils, en frange épaisse et droite au-dessus de la nuque. Elle avait des seins menus mais fermes, des hanches juvéniles à peine formées. Elle avait vu Juliette par surprise, en pénétrant un matin sur la terrasse. Sa nudité l'avait bouleversée. Mais maintenant, elle attendait Charlotte dans sa chambre. Elle eut soin à plusieurs reprises de lui renverser les jambes en les lui maintenant ouvertes en pleine lumière. Les persiennes étaient tirées, la chambre presque obscure, malgré des rais de clarté à travers les bois mal jointés. La jeune fille gémit plus d'une demi-heure sous les caresses de Charlotte. Et enfin, les seins dressés, les bras rejetés en arrière, serrant à pleine main les barreaux de bois qui formaient la tête de son lit à l'italienne, elle commença à crier, lorsque Charlotte se mit à mordre lentement la crête de chair où se rejoignaient, entre les cuisses, les fines et souples petites lèvres. Charlotte la sentait brûlante, raidie sous la langue, et la fit crier sans relâche, jusqu'à ce qu'elle se détendit d'un seul coup moite de plaisir, mais encore demandeuse. Charlotte enfonça alors son pouce dans l’anus bien lubrifié, elle le sentait à la fois récalcitrant et souple et elle savait que la jeune fille n’était pas encore bien détendue et luttait inconsciemment contre cette intrusion exquise. Elle avait la respiration saccadée.
Son corps lui était torrent et ivresse. Elle était dans cet état second où l'appréhension des gestes de Charlotte conjuguée au désir de l’interdit la laissaient totalement passive mais nullement insensible. Bientôt, l'autre main alla s’aventurer dans l'autre voie déjà abandonnant, les lèvres acceptèrent la double caresse forçant avec délicatesse le périnée, les doigts s'attardant sur le clitoris impatient. Elle était ainsi prête a subir l'insurmontable. Elle se laissa aller à ces doubles caresses en retenant son désir de jouissance, en s'interdisant des mouvements du bassin qui l'auraient trop rapidement extasiée. Charlotte le devina et s'arrêta, puis s'éloigna. Alors elle s'accouda et la chercha du regard. Elle était dos à elle, face au canapé. Lorsqu'elle se retourna, elle lui sourit et dans ses yeux, la jeune fille avoua qu'elle était prête à rendre les armes en acceptant de se livrer totalement. C'était la première fois mais de toutes ses forces, son corps et ses reins l'imploraient. Elle fit courir une main sur ses fesses et lui caressa les épaules. La jeune domestique avait posé les bras le long de son corps et avait l’impression d’entendre tous les bruits amplifiés de la pièce, jusqu’au moindre petit froissement de tissu. Lorsque trois doigts forcèrent son anus, elle serra les dents avec un faible gémissement. Elle n'avait jamais accepté de pénétration dans sa partie secrète, jusqu’à ce jour. Bientôt, ce furent quatre doigts délicats qui pénétrèrent son anus. La chair autour des phalanges s’épousait parfaitement, l'anneau accepta l'intrusion. Cela se fit avec une simplicité et une rapidité remarquables.
La jeune fille se caressait parfois la nuit par cette voie étroite. Charlotte admirait la jeune fille qui acceptait langoureusement en se détendant. Elle se saisit d'une paire de gants et en passa un à sa main droite, puis elle retira ses doigts pour les remplacer par un large olisbos en verre transparent avec une nervure qui s’enroulait autour, telle une liane sur un arbre. Elle enfonça alors l’olisbos puis arrêta la progression et tira dans l’autre sens pour pousser une autre fois. Elle se laissait sodomiser en douceur et sentait toujours cette vibration tapie au plus profond d’elle-même, grandissant inéluctablement. Elle pouvait maintenant retirer entièrement le sextoy pour mieux le réintroduire encore un peu plus loin à chaque fois. La jeune fille avait l'anus bien dilaté et Charlotte écartait ses fesses pour mieux évaluer l’élargissement, son rectum avait toujours la forme d’un large cercle. Le godemichet était intégralement entré ne laissant que le rebord évasé pour qu'on fût certain, que même au fond de ses entrailles, il ne remonterait pas à l'intérieur de son corps. Il reflétait la lumière du plafonnier dévoilant leur nudité. Le corps soumis réclamait toujours davantage. Le devinant, Charlotte ôta lentement l'olisbos de son fourreau charnel, pour bientôt le remplacer délicatement par ses doigts gantés; deux, trois, quatre et enfin cinq, les sphincters anaux étaient étirés et le pertuis lubrifié s'élargit, acceptant l'introduction conique lente jusqu'au fin poignet de l'inconnue. Alors bientôt, elle se laissa aller à des va-et-vient lascifs de son bassin en se cambrant; la décharge fut intense et l'orgasme violent. Son âme n'était plus qu'un organe, une machine qui répondait à des mécanismes vitaux. Juliette sentit la jouissance l'envahir par saccades, les contactions la lancèrent en la fluidifiant jusqu'aux premières dorsales. Elle l'empala de son poignet encore plus profondément. Le regard de la jeune femme était plus perdu que tendu. Elle écarquillait ses jolis yeux bleu pâle de poupée de porcelaine. L'éclat du jour leur donnait la transparence des larmes.
Dans son espace secret, un labyrinthe de chair enclos sous la peau dorée et dans lequel le plaisir ne cessait de fuser. Le cri résonna en écho. Les chairs résistèrent, s'insurgèrent puis craquèrent et se fendirent en obéissant. Elle desserra les dents de son index meurtri, bleui par la morsure. Elle hurla encore une fois. Sa jouissance fut si forte que son cœur battit à se rompre. Alors Charlotte retira très lentement son poignet. Elle était suppliciée, extasiée, anéantie mais heureuse, détendue. Elle avait lâché prise sans aucune pudeur jusqu'aux limites de l'imaginable mais à aucun moment, elle s'était sentie menacée ni jugée. Au pays d'Éros, elle serait libre dorénavant. Elle écoutait, toujours renversée, brûlante et immobile, et il lui semblait que Juliette, par une étrange substitution, parlait à sa place. Comme si elle était, elle, dans son propre corps, et qu'elle eût éprouvé le désir, la honte, mais aussi le secret orgueil et le plaisir déchirant qu'elle éprouva à soumettre ce jeune corps. Même évanoui et nu, son secret ne tiendrait pas à son seul silence et ne dépendait pas d'elle. Charlotte ne pouvait, en aurait-elle eu envie, se permettre le moindre caprice, et c'était bien le sens de sa relation avec Juliette, sans s'avouer elle-même aussitôt, elle ne pouvait se permettre les actes les plus anodins, nager ou faire l'amour. Il lui était doux que ce lui fût interdit de s'appartenir ou de s'échapper. Elles décidèrent de retourner à Rome, pour oublier ce mensonge pour rien. Il lui sembla voir les choses reprendre enfin leur place. Elles avaient devant elle, deux semaines de soleil, de bonheur et de Rome. Elles entrèrent dans un jardin public. En un éclair, le monde se réorganisa alors et beaucoup d'omissions, longtemps obscures, devinrent explicables. Durant dix ou quinze jours, au lieu de disparaître dans l'oubli, l'éclipse prit fin et elles ressuscitèrent cet amour sans fin. C'était le retour de la beauté prodigue. Le désir refaisait son entrée sur la terre.
Bonne lecture à toutes et à tous.
Méridienne d'un soir.
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"Pour ses contemporains, si sa beauté glacée, immuable, demeure légendaire, attestée par de grands peintres, ce ne fut pas la seule arme de Diane. Elle a fait preuve de détermination et d’intelligence dans sa vie intime, mais de violence en politique contre les protestants". Femme de cœur et d’esprit, Diane de Poitiers a régné d’une main de fer sur la Cour de France durant le règne de deux Rois consécutifs. Faisant de sa beauté légendaire une arme de persuasion, elle appliqua sa devise dans tous les actes de sa vie. En Dame de la Renaissance accomplie, Diane gagna par son esprit le cœur du Sénéchal de Brézé, devenant ainsi l’une des premières dames du Royaume. Son sens aigu de l’honneur conduisit François Ier à écrire derrière l’un de ses portraits: "Belle à voir, honnête à hanter." C’est ainsi que la plus accomplie des femmes de France obtint la garde des enfants royaux à la mort de leur mère et entra dans le cercle privé du Roi pour ne plus en ressortir. Les années passant, l’affection du dauphin se transforma en une admiration sans borne, qui le conduisit à la déclarer "belle des belles" lors d’un tournoi, face à la rancunière Anne de Pisseleu qui n’aura dès lors qu’une ambition, anéantir Diane. À l’arrivée de Catherine de Médicis à la Cour, le Roi fit rappeler son amie afin qu’elle éduque la jeune dauphine aux coutumes de France. Celle-ci revint donc de son château dans lequel elle s’était retirée à la mort de son époux, avec pour couleurs le Noir et le Blanc. C’est ainsi que commencera une romance qui durera jusqu’à la mort d’Henry II. Sur la nature de ses relations avec Diane, les contemporains étaient partagés. Pour certains, la liaison était simplement platonique. Pour d’autres, Diane aurait été effectivement la maîtresse du roi, mais avec le temps et l’âge, le roi s’en serait lassé, ce qui expliquerait ses incartades avec Jane Stuart et Nicole de Savigny. Diane serait alors redevenue la confidente et l’amie des débuts. De façon certaine, Diane était la dame d’Henri, dame dans le sens des romans de chevalerie. À la cour de France, c’était la coutume qu’un jeune homme fasse le service à une dame avec l’accord de son mari. En retour, celle-ci devait l’édifier dans ses mœurs, lui apprendre la galanterie. C’est le rôle attribué à Diane par le roi François Ier lui-même, conformément à la tradition qui veut que ce soit un parent qui choisisse la maîtresse. Diane naquit le 31 décembre 1499, dans le château familial, au confluent de la Galure et du Rhône, dans le Dauphiné, à la lisière de la Provence. Elle reçut le prénom de Diane en l’honneur de la déesse de la chasse et de la lune qui brillait la nuit de sa naissance. Ses ancêtres étaient alliés à la plus haute noblesse du royaume. Ancienne famille du Dauphiné, son grand père obtint la ville et le château de Saint-Vallier. La famille était alliée aux Bourbons par sa mère. Les rois de France et de Bourgogne avaient donné le titre de Comte de Valentinois au chef de famille en 1125. Diane, enfant préférée de son père, partait avec lui à la chasse, avait son propre faucon à l’âge de six ans. Cavalière émérite, toute sa vie elle partira pour de longues balades à cheval. À la mort de sa mère, elle partit rejoindre la cour d’Anne de Beaujeu et de Louis XII, et apprit ainsi le latin, le grec, le théâtre, la danse, put consulter les chefs-d’œuvre classiques, apprendre la philosophie et la logique de Platon. Ce qu’elle apprit surtout, le mépris des intrigues, la dignité du rang à tenir, la noblesse du goût, l’art de la conversation, bref tout ce qui faisait une vraie dame de la Renaissance. Elle devint demoiselle d’honneur de la reine Anne, qui remarqua tôt les dispositions et le fort potentiel de Diane.
"Son rôle à la cour des Valois a marqué l’histoire de France. Au-delà de l’icône esthétique, trop réductrice, le roman vrai de Diane est celui d’une enfant née sous le règne de Louis XII, et qui portera toujours le nom de son père, Jean de Poitiers, seigneur de Saint-Vallier. Outre son élégance et son charme, on vante ses bons conseils au côté de son époux Louis de Brézé, grand sénéchal de Normandie". Diane de Poitiers avait été demoiselle d’honneur de la future reine Claude, épouse de François 1er. Claude et Diane avait quinze ans lors de cette union. En 1515, eut lieu le couronnement du roi François 1er. Diane assistait au sacre, se retira avec la cour à Blois. Anne de Beaujeu décida de la marier avec Louis de Brézé, un Bourbon apparenté à sa famille, comte de Maulevrier, grand sénéchal de Normandie, petit-fils de Charles VII et d’Agnès Sorel, seigneur de Nogent-le-Roi, d’Anet. Diane avait quinze ans, Louis cinquante-deux ans mais les portait allègrement. Louis de Brézé était un chasseur riche et puissant, jouissant de l’estime de Louis XII et de François 1er. Par ce mariage, Diane atteignait un rang royal juste inférieur à celui de princesse. Diane avait le front haut, la peau blanche et pâle, les cheveux blonds, les yeux gris bleu, un nez droit, une petite bouche aux lèvres pleines et une silhouette élancée. Le 24 juillet 1524, la reine Claude s’éteignit alors que le roi était en campagne. À son retour, le roi confia la garde des enfants à Diane. Ce fut un grand honneur pour elle. François 1er fut fait prisonnier par Charles Quint. Sa mère Louise de Savoie prit les rênes du royaume, elle nomma Louis de Brézé gouverneur de la Normandie. Diane se trouvait à Rouen lors de la capture du roi, elle revient à la cour pour s’occuper des enfants, qui la connaissaient bien et l’appréciaient. Henri, d’habitude bouillant, avait les yeux noyés de larmes. Diane l’apercevant ainsi, sortit de la foule et lui dit des mots réconfortants. François 1er de retour en France, remonte le pays. À son arrivée à Rouen, le Grand Sénéchal lui remet les clés de la ville. Diane, pour accueillir le roi, avait changé les habitudes. Elle présenta au roi une nuée de demoiselles d’honneur vêtues de tuniques grecques. Satisfait, le roi décida de s’arrêter à Anet. Lors de son séjour, Diane fut alors très présente auprès de lui. Conquis par la droiture, l’intelligence et la culture de Diane, le roi lui offrit une nouvelle place à la cour, celle de dame d’honneur de la mère Louise de Savoie. Lors des fêtes qui eurent lieu à l’occasion de l’entrée de la nouvelle reine dans Paris et du mariage du roi et du retour des princes, les princes participaient à leur premier tournoi. Ils devaient choisir une dame pour laquelle ils livreraient bataille. C’est ainsi qu’Henri s’arrêta devant Diane et la choisit à la surprise générale. Diane y vit une reconnaissance de la part du prince pour le réconfort qu’elle lui avait apporté avant sa captivité. Les princes gagnèrent le tournoi. Puis il y eut l’élection de la "belle parmi les belles": la reine Eléonore, la maîtresse du roi Anne de Pisseleu et Diane de Poitiers. Le résultat des votes: égalité entre Anne de Pisseleu et Diane de Poitiers. Elle a le nom d'une déesse et elle en porta le flambeau à ravir.
"Elle est Dame de beauté, attisant la jalousie de bien d'autres femmes et notamment celle d'Anne de Pisseleu, la favorite de François Ier et bien sûr celle de Catherine de Médicis, la Florentine. Elle fut tout pour le roi Henri II: une mère, une perceptrice, une amie sincère mais surtout une amante passionnée". La maîtresse du roi fut particulièrement vexée et en voulut à vie à Diane, fit tout pour l’anéantir. La rancune féminine fut très tenace. Louis de Brézé s’éteignit à soixante-huit ans en juillet 1531. Diane commanda au sculpteur Goujon une tombe monumentale. Dix-sept ans de vie commune heureuse. Diane ne porterait plus que du noir agrémenté de touches blanches. À ses armoiries, elle rajouta le symbole d’une veuve, une torche tournée vers le bas, d’où sa devise. "Celui qui m’enflamme a le pouvoir de m’éteindre." Pourquoi allait-elle s’habiller ainsi tout le restant de sa vie ? À trente et un ans, elle affichait une parfaite assurance, sa condition de veuve lui laissait une liberté exceptionnelle pour une personne de son sexe à l’époque. Le secret de son charme. Son hygiène de vie, elle se lavait à l’eau claire, prenait par tout temps un bain d’eau glacée, pas de cosmétiques, un bouillon, trois heures de cheval le matin à vive allure, une collation à midi, règlement de ses affaires des domaines, les audiences, dÎner à dix-huit heures et au lit. Pas de soleil, une peau toujours blanche, vêtue de soie, deux boucles de cheveux s’échappaient d’une résille en fils de soie noirs parsemés de perles, elle attachait à ses épaules des rangs de perles se croisant sur un corsage de velours noir pourvu d’un profond décolleté, pierres précieuses à sa taille. C’est elle qui dicta la mode de son temps. Certains biographes ont admis que Diane fut la maîtresse de deux rois, François 1er et Henri II, mais ce n’est que pure fantaisie. Diane dut faire face à l’agressivité et la haine de la maitresse du roi. Anne de Pisseleu se rendait compte que le roi appréciait beaucoup Diane, elle encouragea un groupe de diffamateurs afin de diffuser des épigrammes calomnieuses. Le plus célèbre fut un poète champenois Jean Voulté qui publia trois épigrammes injurieuses "contre la Poitiers, vieillarde de la Cour." Ces poèmes étaient rédigés en latin mais les traductions ne tardèrent pas à paraître. Il y avait ainsi deux camps. Celui de la maîtresse du roi avec les profiteurs et celui de Diane avec les gens qui l’appréciaient sincèrement. Diane sentit vraiment le danger, elle était devenue une proie. C’est à ce moment que le prince Henri se chargea de la défendre et devant la cour entière, il réitéra son serment de dévotion à Diane. Diane et Henri défendait l’Eglise Catholique. Ainsi commençait l’une des liaisons royales les plus constantes et les plus inattendues de l’Histoire de France. Henri se mit à rayonner de bonheur grâce à la présence constante de Diane à ses côtés. Diane de Poitiers, certes, tient son pouvoir de l'amour que lui porte le roi Henri II, mais elle n'est pas une "prêtresse du plaisir". Elle personnifie pour des générations la beauté inaltérable et la longévité de l'amour, et elle réussit avec maîtrise à conserver sa dignité. Un jeune roi qui pourrait être son fils lui dédie sa vie, lui écrit des lettres enflammées, veux tout ce qu'elle veut, la traite en plus que Rennes. Elle n'éprouve ni vertige, ni enivrement, ni même joie frivole. Aucune lettre, et elle a pourtant beaucoup écrit, ne livre son cœur. Faut-il y voir de l'héroïsme ? Une carence des sources historiques ? Ou tout simplement prudence et respect des conventions ? Dans le peloton de tête des maîtresses royales, Diane de Poitiers invente un modèle de décence et de respectabilité. Elle n'est pas une femme légère comme le diront ses ennemis, mais Sénéchale de Normandie, duchesse de Valentinois, l'héritière d'une très vieille noble famille.
"Il faut aussi rappeler que Diane est un cas unique de préservation quasi maniaque de la beauté féminine. Son hygiène de vie est très en avance sur son époque. Elle modère son appétit, car elle a tendance à prendre des formes comme la plupart de ses contemporaines, dort beaucoup, ne se lave qu’à l’eau froide et l’on parlera longtemps du "bain de Diane" à Chenonceau". Diane découvrit avec Henri le plaisir que procure un amant adolescent, elle lui transmit toutes ses connaissances acquises au côté du parfait homme du monde qu’était Louis de Brézé. Diane ne calcula pas sa fortune, elle ne chercha pas l’amour d’Henri, mais elle fit tout ce qui était en son pouvoir pour ne pas le laisser s’éteindre, elle le retint par la puissance de son esprit et par son intelligence. En revanche, elle devait vivre au sein d’un ménage à trois: le roi, la reine et la maîtresse, comme il était de coutume. Diane et Catherine devaient se "serrer les coudes." L’une implorerait le roi, l’autre s’occuperait du dauphin. Elle prit même Catherine à part, lui parla avec douceur, lui expliqua l’art de faire l’amour. Certains soirs, Diane envoyait Henri chez son épouse. Finalement, en janvier 1544, le miracle se produisit, grâce aux pilules des médecins ou aux conseils de Diane, Catherine donnait naissance à un petit garçon, le futur François II. Henri offrit à Diane une somme d'argent pour la remercier de son assistance auprès de la dauphine Catherine. Diane avait su se rendre utile, une fois de plus. Fin mars 1547, François I er rmourut, Henri II avait vingt-huit ans, Diane, quarante-sept. La révolution dans le palais eut lieu. Anne de Montmorency fut rappelé et nommé à la tête du Conseil privé. Henri réclama les joyaux du trésor royal et les offrit à Diane, elle recevait en plus la clé de la chambre forte. Il s’empara également de la maison que la maîtresse de François 1er Anne de Pisseleu détenait et en fit cadeau à Diane en reconnaissance de sa passion. Diane s’intéressait de près au gouvernement, désirait comprendre le fonctionnement des finances du royaume, à la confiscation des biens. Pour la remercier et lui prouver son amour, Henri II lui offrit le plus beau château de la Loire, Chenonceau en 1550. Le Culte de Diane était en marche. Partout, Henri II fit dessiner les attributs de Diane. Lors des fêtes données en l’honneur du roi à Lyon en septembre 1548, tout fut de couleur noire et blanche. Les uniformes des soldats, les rubans, les tuniques des amazones qui défilaient, les tapis des chevaux. Alors, c’est au cours de ces cérémonies que Diane devint Duchesse de Valentinois. Elle parvenait ainsi à la plus haute dignité à la cour du roi. Le temps passé à Anet fut riche pour Henri et Diane. Des heures à cheval de bon matin, des parties de chasse trépidantes, de magnifiques banquets clôturaient les soirées. Diane fit construire un jeu de paume dans son domaine, Henri étant un fervent amateur de ce jeu. Henri fit faire des portraits de sa favorite. C’est de cette époque là que la tradition des portraits au bain est remise à l’honneur. Diane conserva sa beauté grâce à son bon sens. Plus tard, Diane s’occupa d’Anet et de Chenonceau en introduisant des plantes nouvelles dans les jardins, jusqu’à ce que le pape fasse appel à elle pour convaincre le roi, qu’il fallait conclure la paix avec l’Espagne.
"Confiante dans la nature, elle se méfie des fards et autres onguents qui pourraient altérer sa peau blanche. Et par discipline, cette excellente cavalière, toujours levée tôt, monte à cheval tous les matins. Son seul ennemi est l’âge et elle l’affronte avec autant d’intelligence que de soins". Une trêve avec l’Espagne fut décrétée, mais les Guise appelaient au combat. Henri, Diane et Montmorency formaient un triumvirat contre les Guise. Tous les trois aspiraient à la paix. Plusieurs mariages eurent lieu entre 1558 et 1559, avec de grandes fêtes où le roi participerait à des joutes. Le troisième jour des joutes survint l’accident du roi. Le fragment avait pénétré l’œil droit jusque dans le crâne pour ressortir par la tempe à la hauteur de l’oreille. Un autre éclat avait transpercé la gorge. Diane voulu enjamber les palissades, mais n’y réussissait pas. C’est la première fois que Diane se sentit totalement impuissante. Elle regagna sa maison dans les environs. Diane de Poitiers avait privé Catherine de son mari au su et au vu de tout le monde. À l’arrivée du courrier envoyé par la reine, elle rendit les bijoux de la couronne accompagnés d’un inventaire méticuleux. François II ajoutait à sa demande le bannissement de Diane de la Cour ainsi que celle de sa fille Françoise et son époux. Lors des funérailles, n’ayant pas reçu d’invitations, elle regarda le cortège de l’une de ses fenêtres. L’effigie du roi ne portait pas le blanc et noir, pas de croissants de lune, le chiffre HD n’apparaissait pas sur le harnais du cheval du roi. Diane ne fut pas arrêtée, grâce aux alliés de grandes familles qu’elle s’était fait. La reine ne pouvait pas se mettre à dos tout le monde, elle la bannit au château d’Anet, mais soucieuse de ménager ses alliés, la reine lui offrit Chaumont-sur-Loire en échange de Chenonceau. À l’aube de ses soixante ans, Diane était encore une belle femme, jouissant d’une bonne condition physique, malgré un accident de cheval qui lui fractura la jambe, elle venait d’avoir soixante-quatre ans. Deux ans plus tard, après une brève et grave maladie, elle s’éteignit le 25 avril 1566 dans son château d’Anet. Elle avait réparti son immense fortune entre ses deux filles et assura des legs à un certain nombre de couvents. Elle fut enterrée dans la chapelle funéraire qu’elle avait fait construire près du château. Les révolutionnaires français, en 1795, ouvrirent le tombeau et ceux de deux de ses petites-filles inhumées auprès d'elle, et jetèrent ses restes dans la fosse commune. En 2008, les restes de la favorite furent exhumés. L’autopsie révèla beaucoup plus de concentration d’or dans ses restes qu’à la normale. Il n’y avait pas de raison puisqu’elle n’était pas la reine et ne portait pas de couronne. Les scientifiques déduisèrent que Diane, voulant rester jeune durant toute sa vie, avait absorbé de l’or potable chaque jour, tous les matins, afin de garder sa beauté. Cette quantité d’or l’aurait empoisonné petit à petit tous les jours et serait la cause de la fracture de sa jambe au cours de la chute de cheval survenue en 1565 et cela aurait entraîné sa mort. Le 29 mai 2010, les restes de Diane de Poitiers inaugurent à nouveau la chapelle du château d'Anet. Dans l'histoire des favorites royales, Diane de Poitiers occupe une place très singulière. De vingt ans l'aînée du roi, elle l'a accompagnée de sa naissance jusqu'à sa mort, occupant successivement tous les rôles: éducatrice, amoureuse inaccessible, maîtresse irrésistible et sensuelle, amie très fidèle, conseillère politique, et muse inspiratrice. Elle mérite le titre de "reine des favorites." "Celui qui m'enflamme à le pouvoir de m'éteindre."
"Nul plat venu d'ailleurs, irriguer ses veines avec ses fruits". Femme à l’intelligence intuitive et toujours bonne conseillère parce qu’érudite, amoureuse des arts et de la littérature, au goût sûr et dont le château d’Anet serait le symbole, ou créature dure et méchante, altière voire cynique qui aurait abusé de son second royal amant, le fils du premier, Henri II, avant qu’il ne devienne roi, puis lorsqu’il fut à la tête de la France, le tout pour s’enrichir, amasser, acquérir terres et châteaux, et principalement sur le dos des protestants qu’elle aurait haïs et qu’elle aurait dénoncés à la justice pour en obtenir les biens. Femme envoûtante par son charme, sa beauté et son parler ou sorcière invétérée qui utilisait autant la magie pour conserver sa jeunesse que pour ensorceler ses amants, notamment Henri II qui, selon les dires de plusieurs historiens, n’aurait jamais regardé une autre femme qu’elle durant toute sa vie d’homme, malgré une différence d’âge de près de vingt ans. Enfin, cette fin longue et silencieuse d’une favorite déchue après la mort d’Henri II, chassée comme une malpropre par sa rivale Catherine de Médicis, l’épouse trompée qui pouvait enfin se venger. Un calvaire qui aurait duré sept ans. Oui, tout a été dit sur elle, et la plupart de ces affirmations sont fausses ou erronées. De la vie de Diane de Poitiers avant le procès de son père nous ne savons rien ou presque, sinon qu’elle avait grandi à la cour dans l’entourage de Claude de France. À quatorze ans, elle épousa un homme plus âgé qu’elle de trente-cinq ans et lui donna deux filles. Elle ne fut jamais la maîtresse de François Ier pour sauver la tête de Jean de Poitiers, ni après, malgré les dires des historiens protestants de la fin du XVIe siècle qui répandirent cette légende. Elle ne fut pas non plus du voyage lorsque Henri partit en 1526 prendre la place de son père en prison, avec son frère. L’enfant qui n’avait pas six ans n’en tomba donc pas fou amoureux ! Mais elle devint sa maîtresse, effectivement, vers 1538, six ans après avoir enterré son époux à Rouen. Jamais les rivalités entre elle et Anne de Pisseleu, maîtresse de François Ier, que tant d’historiens colportent encore n’ont eu les résonances politiques qu’on leur prête. Jamais elle ne gouverna la France tant sous François Ier que sous Henri II, quoi qu’en disent d’autres. Elle ne fut jamais au Conseil et n’eut à la cour pour emploi que celui de gouvernante des enfants du roi, une charge qu’elle exerçait avec le soutien du seigneur d’Humières et de son épouse. Jamais elle ne servit de modèle nu aux artistes de son temps et les Dianes d’Anet ne sont pas son portrait. Le bronze est une création de Cellini qui représentait la nymphe de Fontainebleau et qui devait décorer la porte Dorée. Elle ne plut pas à François Ier. Henri II la donna plus tard à Diane qui la plaça à l’entrée de son château. Jean Goujon en reprit le motif pour en faire la sculpture. Enfin, outre qu’elle ne fut jamais sorcière et que, si elle prit soin d’elle, elle n’inventa pas pour autant l’hydrothérapie comme on l’affirme depuis le XIXe siècle, elle ne fut pas non plus délaissée, comme on le dit partout, à la mort d’Henri II en 1559. Si elle quitta la cour et ses emplois, elle garda des liens étroits avec ceux qui l’avaient entourée : le connétable Anne de Montmorency et les ducs de Guise et de Bourbon, soit les personnages les plus importants du royaume. Enfin, elle ne vécut pas recluse dans son château puisqu’elle faisait de fréquents séjours à Paris. Elle décéda à soixante-sept ans, peut-être après une mauvaise chute de cheval à Orléans. Elle ne fut pas inhumée auprès de son époux, mais dans la chapelle d’Anet, qui fut effectivement le lieu de ses amours avec le roi Henri. Un tombeau qui fut pillé sous la Révolution mais qui fut en partie sauvé et reconstitué depuis, là où il avait été souhaité.
Bibliographie et références:
- Françoise Bardon, "Diane de Poitiers et le mythe de Diane"
- Édouard Bourciez, "Les Mœurs polies et la littérature de cour sous Henri II"
- Monique Chatenet, "La cour de France au XVI ème siècle"
- Ivan Cloulas, "Diane de Poitiers"
- Nathalie Grande, "Diane de Poitiers"
- Didier Le Fur, "Diane de Poitiers"
- Jean Hippolyte Mariéjol, "Catherine de Médicis"
- Olivier Pot, "Le mythe de Diane chez Du Bellay"
- Jean-François Solnont, "Henri II et Diane de Poitiers"
- Patricia Z. Thompson, "De nouveaux aperçus sur la vie de Diane de Poitiers"
- Alice Tacaille, "Un curieux hommage musical à Diane de Poitiers"
- Éliane Viennot, "Diane parmi les figures du pouvoir féminin"
- Henri Zerner, "Diane de Poitiers, maîtresse de son image"
Bonne lecture à toutes et à tous.
Méridienne d'un soir.
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Charlotte était blonde comme les blés, ardente et vive comme un feu crépitant. Elle était une de ces idéalistes sensibles qui veulent faire le bonheur de celles qu'elle aime, parce que c'est aussi un peu le leur, et qui n'y arrivent pas. Finalement, c'est l'autre qui ne leur pardonne pas : la plus amère déception d'une vie. Juliette avait la maladresse des grandes passionnées qui ne savent pas mesurer les plaisirs qu'elles accordent parce qu'elles pensent davantage à leur propre jouissance. Trop lourd de conserver secrète une vie clandestine. Et ce souterrain creusé en elle n'avait pas fait qu'exténuer son corps devenu inabitable. Il lui avait dévasté l'âme. Elle n'était plus qu'un labyrinthe troué d'alvéoles. Elle aurait tant voulu pouvoir parler d'elle. De sa vie. De sa seconde vie. Charlotte qui au contraire aspirait toujours à révéler ce qu'il lui plaisait, ne voulait plus entendre de dissimulation. Et sauf à ces instants involontaires fléchissements où Juliette essayait de retrouver la mélancolique cadence de l'amour, le corps de Charlotte était maintenant découpé en une seule silhouette, cernée toute entière par des traces ensanglantées, qui pour suivre le contour du plaisir, avait abandonné les lignes factices et pures d'autrefois, là où c'était l'anatomie qui se trompait en faisant des détours inutiles. Sa passion existait, et elle existait par sa faute. Il était aussi puéril de souhaiter le contraire que d'espérer au cours d'un examen disparaître sous terre parce que l'on ne peut pas répondre.Tout au long de leurs nuits ensemble, elles se languirent sans dire un mot. Une lourde chaleur estivale s'était poséee sur elles. Durant huit ou dix jours, elles ressuscitèrent cet amour. Un soir sur deux ou sur trois, la jeune femme disparaissait. Son amante ne lui posa pas de question. Elle était douce-amère, plaisante et un peu ingrate. Les sentiments dont on parle n'ont jamais l'épaisseur qu'ils avaient dans le silence. Et le temps qui s'écoule entre l'évènement et le récit leur prête tous les reflets, toutes les réfractations du souvenir. Ce bonheur d'autrefois n'est-il pas chargé déjà de l'amour qu'il annonce et précède ? N'est-il pas affligé déjà de sa fin qu'il annonce et précède ? N'est-il pas affligé déjà de sa fin qu'il pressent ? Pour ne mentir jamais, il faudrait vivre seulement. Mais les projets secrets, tous les desseins du cœur, ses souvenirs étouffés, tout ce qu'il attend sans le dire brisent déjà cette simplicité impossible. Laissons donc aux mots leur part inévitable d'imposture et d'ambiguÏté. La métamorphose fut délectable. Les souvenirs très précis de leur dernière étreinte la cambrèrent d'une délicieuse honte et courut en petits frissons dans son dos. Une bouffée d'orgueil l'obligea soudain à sourire et à respirer très vite. La première fois, c'est la promesse d'une longue série d'autres fois, mais c'est aussi le deuil de quelque chose qui n'arrivera plus. Il ne peut pas y avoir hélas plusieurs premières fois. Charlotte prit sur le lit une robe dos-nu, très échancrée sur les reins, le serre-taille assorti, les bracelets en cuir et le corsage, croisé devant et noué derrière pouvant ainsi suivre la ligne plus ou moins fine du buste, selon qu'on avait plus ou moins serré le corset. Juliette l'avait beaucoup serré. Sa robe était de soie noire. Sa Maîtresse lui demanda de la relever. À deux mains, elle releva la soie légère et le linon qui la doublait découvrit un ventre doré, des cuisses hâlées, et un triangle glabre clos. Juliette y porta la main et le fouilla lentement, de l'autre main faisant saillir la pointe d'un sein. Charlotte voyait son visage ironique mais attentif, ses yeux cruels qui guettaient la bouche entrouverte et le cou renversé que serrait le collier de cuir. Elle se sentait ainsi en danger constant. Lorsque Juliette l'avertit qu'elle désirait la fouetter, Charlotte se déshabilla, ne conservant que l'étroit corset et ses bracelets. Juliette lui attacha les mains au-dessus de la tête, avec la chaîne qui passait dans l'anneau fixé au plafond et tira pour la raccourcir. La chaîne cliquetait dans l'anneau, et se tendit si bien que la jeune femme pouvait seulement se tenir debout. Quand elle fut ainsi liée, sa Maîtresse l'embrassa, lui dit qu'elle l'aimait, et la fouetta alors sans ménagement. Un touble mélangé de honte, de volupté, de rébellion et d'impuissance la saisit à la fois. Il y eut une plainte, un sursaut de poitrine. Elle soupira, serra les dents, regardant intensément Juliette, alors animée du désir irrésistible de vouloir la dépecer, puis renversa la tête et attendit. Une longue plainte jaillit des lèvres serrées, finit en un cri aigu. Endolorie et horrifiée, elle ne savait comment remercier Juliette de ce qu'elle venait de faire pour elle, mais elle était heureuse de lui avoir fait plaisir. En fermant les yeux, elle réussit à endormir toute pensée de révolte, alors que sa Maîtresse avait su rectifier d'un trait hardi les écarts de sa nature, suppléer aux défaillances de la chair, en anoblissant pour toute une partie de son corps.
Et bientôt, Charlotte serait tondue comme un rat, sans cheveux, sa toison de ventre rasée de près, et elle serait violée à l'endroit même où elle aimait jouir et où son inconduite la traînait chaque jour davantage : l'orifice de ses reins, largement usité. D'inquiétudes morales, elle n'en avait guère. Comment peut-on éprouver honte et culpabilité, et en même temps juger avec cette superbe assurance ? Un grand soleil l'innonda. Ce qu'est l'amour d'abord, c'est une complicité. Une complicité et un secret. Parler d'un amour, c'est peut-être déjà le trahir. L'amour ne se passe qu'entre deux êtres. Tout ce qu'on y introduit d'étranger lui fait perdre de sa force et de sa pureté, le menace de mort. Lorsque Charlotte tourna la tête vers Juliette, alertée par le bruit d'une cascade qu'elle avait, à sa grande confusion, du mal à maîtriser et à diriger, il y avait sur son visage, non pas cette attention pointue et intimidée que sa Maîtresse attendait, ce guet presque animal, regard aminci, sourcils bas, lippe close et frémissante, mais une gravité douce, comme si soudain elle avait eu la pudeur de ses exigences, et honte qu'on les satisfît. Qui aurait résisté à sa bouche humide et entrouverte, à ses lèvres gonflées, à son cou enserré par le collier, et à ses yeux plus grands et plus clairs, et qui ne fuyaient pas. Elle la regarda se débattre, si vainement, elle écouta ses gémissement devenir des cris. Le corset qui la tenait droite, les chaînes qui la tenaient soumise, le silence, son refuge y étaient peut-être pour quelque chose. À force d'être fouettée, une affreuse satiété de la douleur dût la plonger dans un état proche du sommeil ou du somnambulisme. Le spectacle aussi et la conscience de son propre corps. Mais au contraire, on voyait sur son visage la sérénité et le calme intérieur qu'on devine aux yeux des recluses. Elle perdit le compte des supplices, de ses cris, que la voûte étouffait. Charlotte oscillait de douleur. Mains libres, elle aurait tenté de braver les assauts de Juliette, elle aurait osé dérisoirement s'interposer entre ses reins et le fouet, qui la transperçait. Chaque cinglement amenait un sursaut, une contraction de ses muscles fessiers, mais peu à peu, une douce chaleur irradia sa croupe, se propageant à son vagin. Une torsion des cuisses et de ses hanches donnait au corps un balancement lascif. De la bouche de la suppliciée sortirent de longs soupirs, entrecoupés de sanglots. Juliette, excitée, commença à frapper plus fort par le travers et les gémissements furent plus profonds. Lorsqu'elle entendit un sifflement sec, Charlotte ressentit une atroce brûlure sur les cuisses et hurla. Elle la flagella à toute volée sans attendre qu'elle se tût, et recommença cinq fois, en prenant soin de cingler chaque fois, ou plus haut ou plus bas que la fois précédente, pour que les traces fussent quadrillées. Charlotte crispa ses poignets dans les liens qui lui déchiraient la chair, le sang monta à sa tête. Alors Juliette s'approchât de Charlotte et lui caressa le visage, lui donnant de longs baisers qui grisèrent la soumise éplorée, puis elle lui ordonna de se retourner et recommença, frappant plus fort, les fines lanières de cuir lacérèrent l'auréole de ses seins. Le dénouement était là, quand elle ne l'attendait plus, en admettant, se disait-elle, que ce fut bien le dénouement. Charlotte laissa couler quelques larmes.
Les yeux révulsés, la gorge sèche, comprenant qu'elle n'avait aucun recours à attendre de personne, Charlotte s'était résignée à subir le sort que lui avait fixé sa Maîtresse et elle s'apercevrait bientôt que Juliette lui infligerait ce plaisir qu'elle adorait mais qui la comblait de honte. Si la vérité de ce qu'on dit, c'est ce qu'on fait, on peut aussi bien renoncer à parler. L'amour le plus banal et le plus médiocre est un peu plus compliqué que la physique la plus ardue. C'est qu'il relève d'un autre ordre où les corps et l'esprit dansent les plus étranges ballets et dont la nécessité est toute faite d'imprévu. Qui pourrait deviner dans le premier sourire et dans les premiers mots adressés par une femme à une autre femme ce qu'elle sera ensuite pour elle ? Il sembla à Charlotte que Juliette l'acceuillait sans défaveur. Elle sut alors que la position de sa Maîtresse était plus difficile que la sienne, car on ne s'improvise pas meneuse de jeux érotiques, violeuse de tabous, dénonciatrice de routine. Sa résistance l'eût peut-être agaçé, ou déçu, mais réconforté. Elle avait obéi, et elle se sentait soudain dépassée par l'idée que le geste était un geste d'amour pour un bourreau étrange auquel on s'efforce de plaire. Alors Juliette arrêta de la flageller. Elle ne la détacha pas de ses liens, mais la laissa ainsi exposée, le reste de la soirée, deux longues heures, cuisses écartées et toujours enchaînée. Elle ne cessa de souhaiter refermer ses jambes. Penchée sur le ventre offert de sa soumise, Juliette posa ses lèvres frémissantes sur le sexe humide et ardent, la faisant sombrer dans une indicible félicité, tandis que de sa bouche s'échappait la plainte d'amour, des gémissements étouffés de la chair humide et palpitante, elle céda à la jouissance. Juliette dut maintenir ses hanches à deux mains, tant les sursauts du spasme furent violents et ininterrompus. Elle se consuma. Sans doute, ce ne fut pas là seulement la sensation du plaisir mais la réalité même. S'approchant d'elle, Juliette tenait à la main une bougie allumée. Lentement, le bougeoir doré s'inclina sur sa peau, la cire brûlante perla ses seins en cloques blanchâtres et incandescentes. Son martyre devint délicieux. Le fantasme d'être brûler vive augmenta son excitation. Elle perdit la notion du temps et de la douleur. Elle aimait l'idée du supplice, lorsqu'elle le subissait elle aurait trahi le lien qui l'unissait à Juliette pour y échapper, quand il était terminé elle était heureuse de l'avoir subi d'autant plus épanouie qu'il avait été plus long et plus cruel. Sa Maîtresse ne s'était pas trompée à l'acquiescement ni à sa révolte, et savait parfaitement que son merci n'était pas dérisoire. Bien qu'elle s'en répugne, l'idée de la dépecer avec le fouet jusqu'au sang, lui traversa la tête mais Charlotte ne le méritait pas. Elle aurait pris trop de plaisir à jouir ainsi. Ne se lassait-elle pas de sentir le satin de ses caresses, de haut en bas et de bas en haut. Ses forces venaient soudainement de l'abandonner. Sa bouche s'ouvrait mais n'émettait aucun son audible. Incapable d'opposer la moindre résistance, elle était prête à se laisser emporter. La pression avait été telle ces dernières semaines qu'elle ressentit cette intrusion comme une délivrance. Derrière les volets clos, les berges aveuglantes de la Seine en étaient toutes éclaboussées et, un instant, elle se dit qu'elle aimait Juliette et qu'elle allait se jeter dans ses bras et que le monde serait alors merveilleux pour toujours.
Bonne lecture à toutes et à tous.
Méridienne d'un soir.
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Au crépuscule, le long du rivage, se déroulent quelques secrets de ce charme insulaire : le chant des oiseaux, les couleurs naïves des coques des voiliers et la forte odeur de l'océan qui vous prend à la gorge. Et à Donnant, le décor peut changer totalement : baraté par la houle et le vent furieux, le brai en fusion au pied des noirs fantômes se couvre alors d'énormes balles d'écume. C'est le paradis au goût iodé cher à Arletty et à Monet. Et pendant des mois de suite, sur cette plage sauvage que j'avais tant désiré parce que je ne l'imaginais que battue par la tempête et perdue dans les brumes, le beau temps avait été si éclatant avec les mêmes rayons de soleils, comme un signe d'été, que ce fut la mémoire à naître d'un sourire éternel. Du premier instant, son visage m'a fasciné. Ses yeux tout d'abord, assortis à sa robe quoique d'un ton plus soutenu, entre pervenche et lilas, avec cette nuance de myopie et de fragilité commune aux iris clairs. Et surtout son regard. Je hais les yeux qui vous laissent à leur seuil. Les yeux de Charlotte vous accueillent sans mesquinerie. Ils ne racolent pas, mais ils vous permettent d'entrer. Je suis entrée dans les yeux de Charlotte. Sa bouche fine et pourtant pleine, aux commissures un peu relevées par le sourire me disait des mots que je reconnaissais. Deux ans déjà et je continue de m'interroger sur les mobiles qui entretiennent cette sorte d'amitié amoureuse, comment appeler autrement nos tête-à-tête ? Il me semble qu'en aimant d'amour, on n'aime quelqu'un d'autre et même simplement en faisant l'amour. Pour employer le vocabulaire usuel: on se donne. De nature plus narcissique, l'amitié tolère l'égotisme, elle l'encourage. Le climat tempéré de l'amitié favorise l'éclosion du beau sentiment dont chacun renvoie à l'autre l'image délicieuse. Rien d'urticant, rien de vénéneux dans ce jardin. La fleur bleue n'a pas d'épines. Complaisante plus que toute autre, l'amitié amoureuse est un jeu de deux miroirs qui reproduisent à l'infini le meilleur profil de soi-même. Il s'agit d'un accord, dont les orages de la passion ne risquent pas de troubler l'harmonie et, surtout, d'un moyen de se contempler mieux que dans la solitude dont l'ombre portée obscurcit le jugement. Pour moi, tout est simple, puisque depuis longtemps les glaces sont déformantes, je chéris en Charlotte mon reflet véritable. Elle est mon seul témoin. Mais elle ? Je peux concevoir ce qu'elle trouve dans nos rapports. J'ignore ce qu'elle cherche. Qu'elle trouve un climat apaisant après les tumultes d'un mariage dont je sais par de brèves confidences qu'il fut, comme un feu de maquis, imprévu et dévastateur. Mais je connais assez les femmes pour savoir que celle-ci a terminé sa convalescence. Qu'elle ne refuse pas à son corps les plaisirs qu'il mérite. Dès lors que cherche-elle dans nos relations inachevées ? Charlotte n'a pas besoin de témoin, elle pour attester sa jeunesse, sa grâce, pour affirmer qu'elle est vivante. Elle m'ouvre ses bras parce que je tends les miens. Il est sept heures du soir chez moi, à Sauzon. Un feu s'emballe dans la cheminée. Il fait bon. Les glaçons fondent dans le whisky de malt. Charlotte cherche à se convaincre de ce que trop d'artifices nuisent à l'essentiel et qu'un certain degré de baroque ... Je l'écoute. La méridienne comporte un haut dossier enveloppant, tracé de telle sorte qu'il invite les corps à l'abandon. Charlotte est nichée dans cette coquille, chère à Madame de Récamier, une jambe repliée sous elle, le buste tourné vers moi pour me parler et cet effet de torsion évoque une danseuse immobilisée à l'instant de son plus grand déhanchement. La pose est belle et troublante. Sa robe, d'un coton souple, drape exactement la flexion du corps et l'accuse. Des soupirs, des pauses s'installent entre nos phrases. Charlotte, d'abord étonnée par ce changement de registre, rend silence pour silence et c'est un dialogue d'arrière-pensées qui s'échange à présent. Tout bascule sur un point d'orgue. Elle sourit, se penche, pose sa bouche sur la mienne et me dit: "Moi aussi, j'ai envie de toi". La voici allongée, gisante plutôt qu'abandonnée. La nudité la revêt d'une sorte de décence. Son visage est tel que je le connais: lisse et attentif. Sans doute les yeux grands ouverts sont-ils plus sombres qu'à l'ordinaire mais le regard reste net. Rien dans l'attitude de ce corps parfait n'indique le trouble. Irréprochablement nue et dénouée, Charlotte n'est pas provocante, elle ne va pas au-devant de la femme qui s'étend près d'elle mais aucun mouvement du moindre muscle ne trahit le recul. Ni offerte, ni réticente, elle n'est qu'attente, plus lointaine en fin de compte, sous la main qui se pose, plus abstraite qu'à certains instants de nos conversations amicales. Je guette un signe, l'amorce d'un mouvement de gêne pendant que je déchiffre lententement l'étendue de Charlotte, qui me laisse m'attarder en tous sens sur elle. Privés du bruit et du goût des mots, nous abordons en terre étrangère. Puis ses bras m'entourent et m'attirent et la proximité limite mon champ de vision au seul visage. Je n'y lis rien que je ne sache. En silence, nous continuons à nous parler. Voici qu'elle s'anime de mouvements amples et se tend à ma rencontre. Charlotte qui, dans un language de commencement du monde, prie et implore et qui va mourir et qui meurt. En reprenant ses esprits, elle a cru me dire : "Je t'aime". J'ai besoin de sa chaleur. Les solitudes hautaines ne m'attirent pas, ne m'attirent plus, l'amitié est moins un état passionnel qu'une indulgence patagée, attentive, une communauté réduite aux acquêts. Je veux que mes amis durent, non qu'ils flambent, le temps d'un coup de foudre. Nous partageons alors des émotions paisibles, sans jugements, ni d'inquisitions superflues. Aujourd'hui, je pense à tout ce que j'aime en toi et qui s'éclaire parfois, à ton insu, comme un beau front de mer. Parce que tu m'as fait, un instant, cette confiance, d'être pour moi, claire et transparente, je serai toujours là.
J'ai besoin de voyager et seule, une île bretonne me procure du réconfort. Par ce pays, j'entends le territoire avec lequel j'ai entretenu de longs rapports intimes, que j'ai physiquement découvert et moralement appris au cours de ma jeunesse. J'en ai tracé secrètement les limites pas à pas, dans les rochers et les genêts sauvages. On fait aisément le tour de Belle-Île, bénéficiant de la relation étrange et romantique avec l'océan à l'entour. Les peintres et les écrivains, qui s'y succédèrent, ont fait cette découverte enthousiasmante et propice à l'inspiration. Le jour n'en finit pas de se lever et le spectacle de l'aube réticente est exaltant. Le corps se détend et accueille la mer qui l'investit. Une harmonie nouvelle s'établit comme une sorte de bien-être mystique. La pluie, le soleil, la brume ont peut-être plus d'influence sur notre comportement amoureux que nous l'imaginons. il me semble que la nature a toujours émis des messages. Et le vent. Le vent qui soulève le sable du désert, des oasis du Hoggar, et les dépose sur les arbousiers du maquis corse. L'invisible, ses sarabandes, ses fêtes, ses débauches, ses orgies des sens, la fabuleuse orchestration qui s'y déroule sans qu'on y prête attention, quelle conscience nous reste-il de l'immensité de tout cela ? Un instrument d'observation inapproprié, un organe atrophié fossile d'une fonction perdue, l'amour. Lui seul nous fait pressentir l'invisible. Et la poésie des corps. Mais c'est encore l'amour qui la suscite, l'éclaire, module son chant et fait frémir ses incantations lumineusement obscures. Le désir le conjugue au plus-que-parfait. Chaque étape initiatique de notre existence, par des liens secrets, est en relation avec un amour qui épanouit ses virtualités. Parfois, quand l'inanité d'écrire me ravage, je ne reprends confiance qu'en m'agrippant à la certitude que ce que je recherche ne réside que dans le partage, et la seule chose qui m'importe est ce qui jette mon destin dans de vastes espaces, bien au-delà de moi-même. La grande distinction d'Arletty coiffée de son turban blanc. Trois années avaient passé depuis ce réveillon où j'avais fait connaissance de Charlotte. Cette rencontre m'avait placée dans une position qui avait le caractère d'une parenthèse. Elle appartenait à un monde irréel puisque aucun des maux de ce monde ne l'atteignait. Un univers trop parfait n'est pas fait pour une femme qui veut toujours se prouver quelque chose en modifiant le cadre de son existence. Le temps passait avec une lenteur inexorable. Il semblait enfermer Charlotte dans une perpétuité du bonheur. Il me fallait des drames, des souffrances, un théâtre d'émotions, des trahisons qui ne pouvaient nullement se développer sur ce terreau-là. Charlotte, insatisfaite comme on l'est lorsqu'on choisit le chemin de la perfection, avait trouvé en moi un dérivatif à sa passion d'aimer endurer. Aimer c'est souffrir mais c'est aussi vivre. Vivre avec Charlotte ? J'y songeais, je le souhaitais et je le redoutais. Je le souhaitais parce que le sentiment amoureux qui ne se double pas d'amitié n'est qu'un état intérimaire de peu de durée, que l'indispensable amitié se fonde sur le temps qui passe, sur une accumulation heureuse de situations partagées, de circonstances vécues en commun. Je le redoutais parce que j'ai déjà fait l'expérience de prendre des trains en marche. Pas besoin d'imagination pour prévoir ce qui, tôt ou tard, adviendra, il me suffit d'avoir un peu de mémoire. Me voici, soumettant Charlotte. Nous dégustions les charmes de cette situation nouvelle dans une profonde entente mutuelle. Je la fouettais avec application tout en réfrénant son masochisme. Je ne voulais pas casser ma poupée de porcelaine. Me manquait-il une certaine cruauté ? Voici Charlotte qui s'anime d'amples mouvements à la rencontre du cuir. Voici qu'ils se confondent et s'exaspèrent et que, de sa bouche captive, elle pousse un gémissement qui me déchire le cœur. L'insensée crie et m'invite plus intensément. Ils se perdent ensemble au comble d'une tempête dont je suis le vent. Les yeux clairs s'agrandissent et leur eau se trouble. Elle ne me voit plus, son regard s'accommode au-delà. L'un après l'autre, les traits du visage changent d'ordonnance, ils se recomposent en une géographie que je ne connais plus. Sur ses lèvres qui s'entrouvent, les miennes se posent, ma langue pénètre, cherche et investit. La bouche de Charlotte accepte et bientôt requiert. Les yeux immenses se ferment et je devine qu'ils se tournent en dedans sur un univers ignoré. Toutes les grâces du monde sont présentes, à cette époque, en ce lieu. Le crépuscule du matin rosit le ciel vers le levant, au dessus de la plage de Donnant, tandis qu'à l'horizon le soleil émerge des brumes basses de l'aube. Toutes les deux, nous sommes seules pour la dernière fois de notre vie.
Bonne lecture à toutes et à tous.
Méridienne d'un soir.
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