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La rubrique "Articles" regroupe vos histoires BDSM, vos confessions érotiques, vos partages d'expériences SM.
Vos publications sur cette sortie de blog collectif peuvent aborder autant les sujets de la soumission, de la domination, du sado-masochisme, de fétichisme, de manière très générale ou en se contentrant très précisément sur certaines des pratiques quu vous connaissez en tant que dominatrice/dominateur ou soumise/soumis. Partager vos récits BDSM, vécus ou fantames est un moyen de partager vos pratiques et envies et à ce titre peut être un excellent moyen de trouver sur le site des partenaires dans vos lecteurs/lectrices.
Nous vous rappelons que les histoires et confessions doivent être des écrits personnels. Il est interdit de copier/coller des articles sur d'autres sites pour se les approprier.
Sophie s'approcha de Victor, sa langue glissant le long de son sexe, le nettoyant avec application. Elle prit son temps, léchant chaque centimètre, goûtant le mélange de sel et de sueur. Victor frissonna, ses doigts caressant ses cheveux, mais il ne dit rien.
Puis elle se tourna vers Marcus, s'agenouillant devant lui. Sa langue trouva son sexe, encore luisant, et elle le nettoya avec la même dévotion, la même précision. Marcus sentit sa langue chaude, habile, et une nouvelle vague de désir monta en lui, mais il n'osa pas bouger.
Quand elle eut terminé, Sophie se releva, se tourna vers Alessia.
"Puis-je me retirer pour me nettoyer, Maîtresse ?"
Alessia hocha la tête, un sourire approbateur.
"Oui. Tu peux y aller. Tu as été parfaite."
Sophie s'inclina légèrement, puis quitta la pièce, nue, sa silhouette généreuse disparaissant dans le couloir.
Victor se tourna vers Marcus, un sourire aux lèvres.
"Au fait, Marcus. Après tout ça, on va sûrement aller dîner avec Alessia. Si tu veux te joindre à nous, tu es le bienvenu. On pourra discuter tranquillement, apprendre à se connaître."
Marcus, encore à genoux, hocha la tête, surpris par l'invitation.
"J'aimerais beaucoup. Merci."
Victor enfila sa chemise, boutonna les premiers boutons, puis s'approcha d'Alessia, l'embrassa sur la joue.
"À ce soir, ma chérie. Je vous laisse finir."
Il sortit, refermant la porte derrière lui.
Alessia se tourna vers Marcus, toujours à genoux.
"Maintenant, à toi. Nettoie-moi. Avec ta langue."
Il s'approcha, ses lèvres trouvant son sexe, encore humide de leurs ébats. Il la lécha, lentement, goûtant le mélange de saveurs, s'appliquant à la nettoyer comme Sophie l'avait fait pour eux.
Alessia se laissa aller contre son fauteuil, ses doigts dans les cheveux de Marcus. Sa respiration s'accéléra, ses cuisses se serrèrent autour de sa tête. Parfois, elle retenait sa tête, l'empêchant de reculer, le gardant pressé contre elle.
"Plus doux", murmura-t-elle. "Là. Encore."
Il obéit, sa langue dansant sur son clitoris, ses doigts la pénétrant doucement. Elle se cambra, un long frisson parcourant son corps. Quand elle jouit, une vague de chaleur l'envahit, se répandant sur le visage de Marcus, qui sentit l'humidité, la chaleur, l'intensité du moment. Il ne bougea pas, laissant Alessia savourer sa jouissance, ses doigts toujours dans ses cheveux. Sa bouche se remplissait de ce nectar et il s'appliquait à ne perdre aucune goutte.
Quand elle eut terminé, elle le repoussa doucement.
"Bien. Maintenant, tu vas attendre."
Elle se leva, ouvrit un tiroir de son bureau, en sortit un gode ceinture. Noir, luisant, imposant.
"Tu vas me sucer ça. Et tu vas me remercier pour cette chance."
Elle fixa le harnais autour de sa taille, le gode pointant vers Marcus.
"À genoux. Ouvre la bouche."
Il obéit, les lèvres entrouvertes. Elle s'approcha, glissa le gode dans sa bouche, lentement, profondément. Il lecha le bout comme il avait vu Sophie le faire. Allessia entrait de plus en plus profondement. Il le sentit contre sa langue, contre son palais, un objet froid et dur qu'il devait lubrifier.
"Tu n'es qu'une petite pute, Marcus. Une pute à soumis. Tu aimes ça, n'est-ce pas ? Être à genoux, obéir, servir."
Il hocha la tête, les yeux baissés.
"Réponds."
"Oui, Maîtresse."
"Oui, quoi ?"
"Oui, je suis une petite pute. J'aime ça."
Elle sourit, satisfaite, et le laissa téter le gode un long moment, le traitant comme un objet, un jouet. Elle guidait sa tête, ses hanches, le forçant à prendre le gode plus profondément. Il sentait sa salive couler, lubrifiant l'objet, le préparant pour ce qui allait suivre.
Puis elle rappela Sophie.
Sophie revint, nue, propre, son corps encore luisant de sa douche rapide.
"Sophie, prends un gode ceinture. On va s'amuser avec notre petite pute."
Sophie obéit, fixa un harnais autour de sa taille.
"Maîtresse, puis-je avoir l'autorisation de l'humilier ?"
Alessia hocha la tête, un sourire aux lèvres.
"Accordé. Amuse-toi."
Sophie s'approcha de Marcus, un sourire cruel aux lèvres.
"Tu vas nous prendre en broche, petite pute. Et tu ne vas pas jouir. Pas encore."
Alessia se plaça derrière Marcus, Sophie devant lui. Alessia commença à le prendre, d'abord par de petits coups, pour ne pas trop le brusquer, puis de plus en plus profonds, pour finir par le pénétrer profondément. Marcus sentait ce gode le remplir de plus en plus jusqu'à le recevoir. Il apprécia le contact du pubis d’Alessia contre ses fesses, une pression intime, troublante. Il gémit, se cambra.
Pendant qu'Alessia le prenait, Marcus avait le gode de Sophie dans la bouche, le suçant, le lubrifiant. Sophie le regardait, un sourire dominateur aux lèvres.
"Tu es doué avec ta bouche, petite pute. Tu as de l'expérience."
Elle lui cracha dans la bouche, un geste de mépris, d'humiliation. Marcus avala, les joues rouges, excité malgré lui.
Puis elles changèrent de place. Sophie se plaça derrière Marcus, Alessia devant lui. Sophie cracha dans sa raie, un geste délibéré, humiliant, puis le prit d'un coup sec. Marcus cria, un cri de surprise et de plaisir. Sophie lui griffa le dos, ses ongles laissant des traces rouges sur sa peau.
"Tu aimes ça, hein ? Être notre jouet, notre chose. Regarde-toi, à quatre pattes, offert, utilisé."
Marcus gémit, se cambra.
Alessia rit, donnant une claque sur la fesse de Marcus.
"Tu es une vraie petite pute. Une chienne en chaleur. Tu prends tout ce qu'on te donne, et tu en redemandes."
Sophie accéléra, ses hanches claquant contre les fesses de Marcus.
"Dis-le. Dis que tu es notre pute."
"Je suis votre pute", murmura-t-il.
"Plus fort."
"Je suis votre pute !"
Alessia le gifla légèrement sur la joue.
"Bien. Tu commences à comprendre."
Sophie continua, ses coups de plus en plus profonds, ses griffures de plus en plus marquées. Marcus sentait la douleur et le plaisir se mêler, une confusion délicieuse qui le submergeait.
Alessia, elle, observait Sophie avec un sourire amusé.
"On dirait que tu deviens une vraie Dom, Sophie. Tu prends goût au pouvoir."
Sophie sourit, sans ralentir.
"J'apprends de la meilleure, Maîtresse."
Alessia rit doucement.
"À la sortie, vous aurez le droit d'échanger vos contacts. Je pense que vous avez des choses à explorer, tous les deux."
Elles le prirent longtemps, le retournant, le remplissant, le vidant. Marcus était un objet entre leurs mains, un jouet qu'elles se partageaient, humilié, utilisé, adoré.
Quand elles furent satisfaites, elles le laissèrent s'allonger sur le sol, épuisé, tremblant. Mais Marcus n'avait pas joui. Il était frustré, tendu, le sexe douloureux.
Sophie s'approcha d'Alessia, un sourire aux lèvres.
"Maîtresse, puis-je demander une faveur ?"
Alessia haussa un sourcil.
"Laquelle ?"
"J'aimerais qu'on le laisse jouir. Il a été très obéissant. Il mérite une récompense."
Alessia réfléchit un instant, puis hocha la tête.
"Accordé. Mais c'est toi qui t'en occupes."
Sophie s'agenouilla devant Marcus, sa bouche trouvant son sexe. Elle le prit, lentement d'abord, puis plus profondément, ses mains caressant ses cuisses, son ventre. Marcus gémit, se cambra, le plaisir montant enfin, après des heures de frustration. Sophie accéléra, sa langue et ses lèvres expertes, jusqu'à ce que Marcus jouisse, une vague de plaisir le submergeant, le laissant tremblant, épuisé, vidé.
Sophie avala, puis se releva, essuyant sa bouche du revers de la main.
Alessia la regarda, un sourire amusé aux lèvres.
"Pute gourmande."
Sophie sourit, sans honte.
"J'aime ça, Maîtresse."
Elle se retira, ramassant ses affaires, se rhabillant rapidement. Avant de sortir, elle s'approcha de Marcus, s'agenouilla à côté de lui.
"Au plaisir, Marcus. On se reverra."
Elle glissa un papier dans sa main, un numéro de téléphone, puis sortit.
Alessia s'assit à côté de Marcus, caressant ses cheveux.
"Marcus, je dois te dire quelque chose. Je suis psychologue. Si tu as besoin de parler, de te confier, je suis là. Pas en tant que Maîtresse. En tant qu'amie."
Il la regarda, surpris.
"Vous feriez ça ?"
"Bien sûr. Tu es un jeune homme intéressant. Et je sens que tu portes des choses lourdes. Des choses que tu n'as jamais dites à personne."
Il resta silencieux un moment, puis hocha la tête.
"Oui. J'ai des choses à raconter."
Il lui parla. Il lui raconta son adolescence, les bananiers, le tuyau d'arrosage, la carotte, le collier, la nuit avec l'objet conique. Il lui raconta le cyber, la gérante, le chantage, la nuit chez elle. Il lui raconta comment il avait dominé, puis comment il était revenu à la soumission.
Alessia écoutait sans jugement ni commentaire. Parfois, elle hochait la tête, parfois elle posait une question douce.
"La gérante du cyber... c'est un personnage intéressant", dit-elle pensivement. "Elle t'a pris sous son aile, elle t'a initié, elle t'a fait découvrir une part de toi. Comment cela a-t-il évolué, entre vous ?"
Marcus réfléchit un instant, les souvenirs remontant à la surface.
"Après cette nuit, on s'est revus. Plusieurs fois. Elle m'a appris des choses, elle m'a guidé. Mais elle n'était pas une vraie Domina. Elle aimait jouer, mais elle ne savait pas vraiment où elle allait. Alors, petit à petit, on s'est éloignés. Je suis parti étudier ici, et on a perdu contact."
Alessia hocha la tête, mais elle ne semblait pas satisfaite.
"Raconte-moi plus. Comment était-elle, avec toi ? Comment se passaient vos séances ? Qu'est-ce qu'elle t'a appris que tu n'oublieras jamais ?"
Marcus sourit, les souvenirs affluant.
"Elle m'a appris à lâcher prise. À faire confiance. Elle m'a appris que la soumission n'était pas une faiblesse, mais une force. Elle m'a appris à écouter mon corps, à connaître mes limites, à les exprimer. Elle m'a appris... à être moi."
Alessia hocha la tête, un sourire doux aux lèvres.
"Elle t'a donné quelque chose de précieux. Même si elle n'était pas une vraie Domina, elle t'a guidé sur le chemin."
Il hocha la tête, les larmes aux yeux.
"Oui. Je lui serai toujours reconnaissant."
"Et tu as encore beaucoup à découvrir. Beaucoup à explorer. Beaucoup à raconter."
Elle caressa sa joue.
"Continue, Marcus. Raconte-moi la suite."
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Bruno
La semaine passa vite, rythmée par le travail le matin avec Marceline, pour finaliser le projet de Madame, l’après-midi c’est Arthur qui s’occupait de moi...J’apprenais à sucer, avaler des sexes de toutes tailles, à marcher comme un chien....La semaine passa vite. Marceline progressait très vite et le projet de Monsieur fût prêt le vendredi après-midi. Elle le lui présenta, lui expliqua les grandes lignes et fit un essais qui se révéla très intéressant pour Monsieur
Tu as fait du très beau travail Marceline…. Merci de ton aide !
Pas de quoi Monsieur
Madame t’attend, bonne soirée à toi !
Bruno, assis, cagoule….
Je tendis ma tête pour que Monsieur me mette ma cagoule…. Il l’ajusta comme il faut et me mis le bâillon gode, qu’il enfonça le plus possible ! J’avalai le gode et repris mon souffle en respirant le plus lentement et posément possible...Pourtant j’avais le cœur qui battait à 200
Pattes avant….
Je mis mes mains à hauteur de poitrine et les tendis à Monsieur….
Il me mit les deux moufles et les ferma avec le cadenas….
A 4 pattes….
Je me mis à 4 pattes… il prit mon pied gauche et mis un chausson en cuir qu’il fermât avec un cadenas… Puis il fît la même chose avec l’autre pied…
approche….Assis….voilà gentil Médor….
Je sentis aussitôt une douce chaleur essayer de tendre mon sexe...mais contraint dans ma cage l’érection devint très vite douloureuse…..
Il attacha à un petit anneau que je n’avais pas vu sous le menton de ma cagoule une chaînette
Regarde tes pieds
Je baissais la tête et vit deux chassons en cuir noir totalement assortis à mes moufles….Je devenais de plus en plus un chien….
Ne bouge plus…
et il tira sur la chaînette, je baissais encore plus la tête, Monsieur p^attacher l’autre bout de la chaînette à ma cage de chasteté….si j’essayai de relever la tête cela tirait sur ma cage et le rappel à l’ordre était immédiat et douloureux….
Interdit de relever la tête Médor
C’était limite supportable…. Cela me tirait sur les cervicales….
À 4 pattes….. Marche un peu…. Au pied !
Chaque me tirait le dos, les épaules et les cervicales…..retrouvé mon équilibre pour me mettre assis la tête tirée vers le bas ne fût pas aussi simple que ce que je pensais...En plus mes chassons glissaient sur le parquet…. Monsieur me fit mettre assis…. Ce fût difficile de passer de 4 pattes à assis… Puis il retira la partie bâillon de la cagoule
Demain Yves viendra te remettre ta sonde urinaire….Elle te sera posée de façon définitive….Seul Yves pourra te l’enlever sur mon ordre….Compris Médor ?
O...Oui Monsieur
Parfait…. Il te donnera également un traitement pour te féminiser…. Des questions ?
Mais ce n’était pas prévu cette féminisation Monsieur !
Non c’est une idée de Marceline...Madame et elle trouvent que tu pourrait faire une très belle sissy !
Mais non, ce n’tait pas dans notre accord !
Médor, Monsieur n’éleva pas la voix, dans notre accord, il est spécifié que tu m’appartiens et que je peux faire de toi ce que je veux , c’est bien cela ?
Je restai silencieux….
C’est bien cela ?
O….Oui Monsieur
Bien, donc je fais ce que je veux….
J’ai pris rendez-vous pour toi demain après-midi pour commencer une épilation totale…. Comme tu n’es pas très velu le torse et le dos devraient être très vite parfaitement lisse…. Ce sera un peu plus long pour les jambes, le pubis et les fesses….Sache le, cela va être douloureux car tu as une semaine pour devenir totalement glabre !
Une semaine...Mais….Cela va être insupportable….
Tu auras un bâillon, tu pourras hurler autant que tu voudras…..
Mais Non Vous ne pouvez pas Monsieur…. Des larmes me montaient aux yeux...Ce n’était pas la douleur….C’était que nous franchissions un palier...Porter des vêtements féminin, pourquoi pas, au contraire… Mais prendre des traitements pour être féminisé, c’était sans retour en arrière possible….
Tu vas voir, ton nouveau look va te plaire….Tu auras du temps pour t’habituer...Le traitement va mettre du temps avant que les premiers signes n’apparaissent…. D’ici là tu auras le temps d’apprendre à être une femme…
je gardai les yeux baissés….
Rassures toi je ne te ferai pas opérer….tu resteras un homme ou un semblant d’homme !
Mais alors pourquoi me faire prendre ce traitement Monsieur ?
Pour que tu deviennes un être hybride...mi-homme, mi femme...Tu as déjà une morphologie plutôt fine pour un garçon, tu deviendra facilement femme ….Tu n’as pas une voix grave, elle se féminisera facilement…. Mais je veux que tu gardes ta petite nouille entre les jambes… Il va falloir apprendre à être une femme, à penser comme une femme, à t’habiller, marcher, manger, vivre...pour cela je vais te trouver une excellente professeur….En attendant c’est Madame et MArceline qui t’apprendront les bases et Auguste continuera pour la partie sport, en accord avec tes deux professeures!
Bien Monsieur…..
Tu ne dis rien ?
Je vous appartiens Monsieur…
Et?
Je vous remercie pour tout ce que vous faites pour moi, Monsieur
C’est bien Médor, gentil chien !
Mais pourquoi ce compliment, pourtant débile, se glissait directement dans mon bas-ventre, m’envahissant d’une douce chaleur…..Monsieur, arrivait petit à petit à me faire perdre mon identité...Je devenais celui qu’il voulait et je dois le reconnaître, j’adorai cela !
Demain matin à 10h tu as rendez-vous avec Yves à son cabinet, pour commencer les examens et définir avec toi le programme de ta transformation….
Le ton de Monsieur, toujours égal, ne supportait aucune réplique ni aucun commentaire
Aussitôt après, Auguste t’emmènera chez l’esthéticienne….
Maintenant, file Madame et Marceline nous attendent pour l’apéritif….
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Nous sommes monter les rejoindre dans le salon…. Madame et Marceline étaient en pleine discussion avec Pierre.
Joël nous étions en train de parler avec Pierre de tes nouvelles décisions.
Bonjour Joël, ce que me disait Martine et Marceline est extrêmement intéressant pour l’avenir de Bruno. Je trouvai que de vouloir en faire un chien était totalement ridicule. Je suis heureux de voir que tu as changé d’avis !
J’en suis bien conscient, je voulais voir si le traitement d’Yves annihilait bien ses capacités de révolte...Je dois reconnaître que je suis bluffé… Il accepte tout ou presque sans réaction….Et tu vois, le plus étonnant, est qu’il a plus réagi au fait d’être féminisé qu’à celui de devenir chien….
Peut être que si tu lui avais posé la question au tout début, il n’aurait pas réagi de la même façon….
Possible en effet…
Mesdames je vais vous le confier… il va falloir tout lui apprendre...à marcher avec des chaussures à talon haut, à s’habiller, à se coiffer, à se maquiller….. Yves le voit demain matin pour les examens et analyses afin de mettre en place le traitement hormonale….
Nous avons combien de temps pour tout lui apprendre? Demanda Marceline
Prenez-votre temps, d’après Yves les premières transformations vraiment visibles n’interviendront pas avant deux ou trois mois….
Je ne devais pas être susceptible d’entendre tout cet échange, mais Monsieur, volontairement ou non, n’avait pas fermé ni mes oreilles ni totalement mes yeux…
Vous lui laissez sa cage, Monsieur ? Demanda Marceline
Il restera encagé, mais avec une cage beaucoup plus pêtite, elle ne se verra pratiquement pas sous une culotte, il gardera également une sonde urinaire, l’avantage de la très petite cage est que pourrons mettre une sonde en acier chirurgicale, il n’y aura donc aucun risque d’infections et elle pourra être rendue permanente avec un système d’ancrage dans la vessie...ce ne sera pas agréable pour lui les premiers temps, mais il s’y fera ! Par contre, s’il se met à bander la douleur sera beaucoup plus forte….cela le maintiendra dans de bonnes disposition pour comprendre qu’il ne faut plus penser comme un homme !
Vous le ferez opérer ?
Non Marceline, cela n’est pas dans mes plans…. Tu dois bien t’en douter, c’est toi qui a mit cette idée dans la tête de ma femme...en disant qu’avec « son petit quiqui » entre les jambes il aura beaucoup de succès auprès de vos amies
oui c’est vrai elle seront ravies d’avoir un petit bout de sexe à maltraiter sans craindre une réaction virile…
De la main elle me fit signe de me lever, je regardai Monsieur qui confirma…
Je me mis debout… je me sentais ridicule avec mes moufles et mes chaussons de chien…. Je me mis les jambes légèrement écartées et les bras en croix…
Baisse tes bras...dit Marceline par geste
Il est plutôt fin pour un homme, ses hanches sont bien marquées, ses jambes fines….et son visage assez efféminé ! Cela ne devrait pas poser de problème pour en faire une vraie bombe….Qu’en pensez-vous Madame ?
Je suis d’accord avec toi…. Nous commencerons dès lundi sa formation….A nous deux nous allons en faire une femme plus vraie que nature….
Très bien, j’emmène Bruno demain voir le sex-shop et surveiller le début des travaux chez lui…. Nous rentrerons dimanche soir… Je te rappelle que je dois partir pour trois semaines lundi après-midi…. Vous aurez carte blanche pour le dressage de notre ami(e) !
Bruno tu as rendez-vous avec Yves demain matin à 9 h, Auguste d’y emmènera, puis il te conduira chez l’esthéticienne pour ton épilation. Nous partirons aussitôt après!
Je fis signe de la tête que j’avais compris….
Bien en attendant file à la cuisine prévenir Angèle qu’elle peut servir l’apéritif….
Je partis en trottinant jusqu’à le cuisine prévenir que Monsieur attendait son apéritif et suis remonté
Au pied maintenant…..
Joël tu as fait du bon boulot de dressage avec Bruno….
Je n’ai aucun mérite, il était soumis d’avance...il aime obéir et être dominé….Ce n’est même pas intéressant, il ne refuse pratiquement rien….J’ai plus de mal avec Jeanne…
A entendre ces paroles j’étais vexé, C’est vrai que depuis quelque temps tout me paraît normal… normal d’être transformé en chien ???? normal de vivre dans une cage puisque je suis le chien de Monsieur ! Normal de lui avoir tout abandonné !!!! Mais alors depuis combien de temps me faisait il donner le traitement d’Yves ? J’essayai de réfléchir…. Quand j’ai vu Pierre, la toute première fois ? Non pas possible j’étais au travail et lui seul a bu de l’eau ! Quand je suis venu chez lui la première fois ? Possible, j’ai accepté un verre de jus d’orange…. Quand je suis resté chez lui avant de connaître Joël ? Presque sûrement, je prenais un verre de jus d’orange au moins deux fois par jour sur les conseils de Pierre…. Cela voudrait dire que Pierre et Joël savait depuis le début comment cela évoluerait !!!!
En même temps j’étais très heureux d’être le toutou de Joël, il n’y avait pas d’amour juste du respect de ma part envers Monsieur ! C’était le Maître, j’étais son esclave ! J’étais là pour son plaisir, pour le satisfaire rien de plus….
Bruno…. A quoi penses-tu ?
J’essayais de lui répondre mais avec le bâillon c’était peine perdue….. Je me mis à remuer ma queue pour lui faire comprendre que j’étais bien !
Bruno, appela Madame...vient là…. Je veux jouir de ta langue, uniquement de ta langue tu m’as bien comprise ?
Monsieur me retira le bâillon et d’une claque sur la fesse me fit signe d’y aller...Je me dirigeai vers elle…Elle se rapprocha du bord de son fauteuil et écarta les cuisses…. Je glissai ma tête entre ses cuisses et de ma langue je commençai , par petites touches, à glisser ma langue entre ses lèvres déjà très humide…. Je l’infiltrai délicatement, jouant avec ses petites lèvres, les léchant, les gobant pour en sucer toute son liquide intime...comme par maladresse je frôlai son clitoris de ma langue...Madame fut parcourue d’un petit frisson….Je me mis à lécher autour de son clito, faisant très attention à ne pas le toucher, je descnedai pour introduire plus avant ma langue dans son vagin et mimer un petit coït …. puis glissant le long de ses lèvres je descendit vers son petit trou….Elle écarta plus les cuisses et se rapprocha encore du bord de son fauteuil que je continue plus facilement ma descente vers son anus….elle poussa un petit feulement quand ma langue se posa juste sur sur ses plis anusiens et commença à les forcer tendrement….
Hummmmm c’est bon ma salope….tu fais cela mieux que beaucoup de filles….continues….
Je me retirai pour remonter en faisant de petites boucles de ma langue, autour de son vagin, autour de son clito, gobant une petite lève, frôlant un peu plus fortement son clitoris….me fiant à sa respiration, quand je l’ai sentie prête à jouir, mes lèvres et ma langue se placèrent sur son clito que je gobais et léchais en même temps…. Très vite elle hurla son plaisir et je fus inonder de sa jouissance...je la léchais à grands coups de langue pour en avaler la plus grande partie….mais elle dégoulinait littéralement de plaisir….je léchai sa mouille tomber sur le fauteuil et par terre….
Oh Bruno, il n’y que Marceline qui me fait un tel effet….Hummm avec vous deux je vais me régaler….
Allez à table coupa Monsieur...Bruno au pied…
Bien Marceline tu seconderas Madame dans l’éducation de Bruno…. Mesdames il vous faudra lui trouver un prénom ….
Une fois à table, Monsieur ferma les oreilles de mon masque, dans le silence, je retrouvai ma gamelle, Angèle m’avait gâté de soir en me mettant de la viande et de la purée…. C’était délicieux ou était ce parce que j’espérais que ce serait le dernier repas de « chien » que j’allai prendre, quoiqu’il en soit je me régalai ! Je dus interrompre mon repas pour aller satisfaire Monsieur, puis Pierre….je pris mon temps pour les satisfaire tous les deux, mettant un point d’honneur à ce que ce soit aussi fort pour eux que pour Madame. Puis je regagnais ma place au pied de Monsieur. Je les entendais vaguement parler, mais ne comprenais rien ….Juste quelques mots par-ci par-là arrivaient à mes oreilles…
Le lendemain matin, après mes exercices, Auguste me conduisit comme prévu chez Yves, le médecin et ami de Joël, après m’avoir enlevé mes moufles, mes chaussons et ma cagoule. Ce fut pour une visite très approfondie.
Joël va être content tu as perdu du poids, un peu plus de 5 kg. Ce qui est bien ce que tu as pris du muscle en m^me temps….C’est une très bonne chose !
Monsieur va être content alors !
Tu sais pourquoi je te vois ce matin ?
Oui Madame, a demandé à Monsieur de me féminiser….Mais sous ce terme générique je ne sais pas trop à quoi elle pensait !
Elle veut que tu deviennes une femme !
Oui ca je l’avais compris...mais comment cela ?
Elle souhaite que tu prennes des hormones féminines, c’est à dire des œstrogènes, des anti-androgènes et de la progestérone….Pour faire simple, les premiers sont des hormones féminines qui vont t’aider à devenir plus ou moins femme, les seconds vont atténuer le côté masculin et la troisième va te faire pousser plus vite ta poitrine.
Cela est visible au bout de combien de temps cette modification de mon corps ?
Environ entre 6 mois à plusieurs années. Les premiers effets sur ta peau, tes seins, vont apparaître assez vite, entre deux et trois mois, Tu risque également de voir diminuer tes testicules et de devenir stérile cela commencera a peu près en me^me temps….et le tout s’étalera sur une période beaucoup plus longue…
Nous avons longuement discutés sur les risques, les effets indésirables, ce qui était réversible et ci qui ne l’était pas….Yves a conclu
On va faire toutes les analyses, puis en fonction des résultats on déterminera le protocole à suivre….. tu as encore une bonne quinzaine de jours avant que nous ne commencions vraiment le traitement. J’enverrai à Joël les résultats et mes recommandations. Il me faudra de toute façon ton accord
Vous savez bien que Monsieur à tous les pouvoirs et entière liberté de faire de moi ce qu’il veut !
Oui mais là j’ai obligatoirement besoin de ton accord à toi, il n’y a aucune procuration qui soit admise !
Yves me fit la prise de sang, me redonna rendez-vous pour d’autres analyses, IRM, scanner…..
Et en dehors de cette féminisation il y a t il d’autres moyens intermédiaires ?
Oui de façon moins définitive, il y a la pose de prothèse mammaire ou le lipofilling mammaire. La Pose de prothèse est une opération … Le Lipoffilling c’est le transfert de ta graisse prélevée par liposuccion...compte tenu de ta morphologie la féminisation hormonale devrait donné d’excellents résultats et tu deviendrais facilement une vraie femme ….
J’ai quitté Yves avec des questions plein la tête….J’ai retrouvé Auguste et nous sommes partis chez l’esthéticienne….Heureusement j’étais attendu, car quand je me suis présenté, les employées ont eu beaucoup de mal à garder leur sérieux….L’esthéticienne était une femme d’une trentaine d’année, de ma taille et aussi carrée que moi…..sa voix était assez grave pour une femme...Je l’ai regardée et l’ai suivi sans poser de question. Elle me vit entrer dans un box et me demanda de me déshabiller pui de m’allonger sur la table…. Je me suis déshabillé mais ua moment de retirer mon boxer, je me suis souvenu que j’avais toujours ma queue de renard, figé dans mon cul...Je suis devenu rouge pivoine…. Ne sachant plus que faire….
Allez mettez vous nu, vous savez j’en ai vu d’autres avant vous…
Je m’en doute ….ce n’est pas cela…. C’est….
Je ne savais pas comment m’en sortir…..Elle me regarda puis parti à rire de bon cœur…
Joël vous oblige à porter la queue de renard...C’est cela ?
Oui dis je d’une toute petite voix
Allez ne vous en faites pas, depuis que je fais ce métier, j’en ai vu de toutes les couleurs….vous êtes son soumis c’est bien cela ?
Oui c’est cela
Bon enlevez moi ce boxer et mettez vous sur la table…
Je lui obéis, toujours aussi rouge…..
Bien voyons cela maintenant…. Oh, ca va vous n’avez pas beaucoup de poil sur le torse…. Un peu au niveau des jambes et du pubis…. Tournez-vous !
Je me retournai en rougissant encore…
Cela fait drôle quand même, ce n’est pas douloureux ?
Non plus maintenant
voyons, vous n’avez presque pas de poils dans le dos, cela va être très rapide de ce côté...Je vous propose que nous commencions par là aujourd’hui ….
D’accord, vous pensez faire tout mon dos et mes fesses en une fois ?
Oui vous n’avez vraiment pas beaucoup de poils à enlever….
Puis elle me mit des lunettes, s’équipa elle aussi, prit son espèce de pistolet et commença le traitement...ce n’était pas vraiment douloureux...cela chauffait et picotait au bout d’un moment, comme de petites fourmies…. Je me détendis et la laissait travailler….
Je peux vous demander pourquoi vous vous faites épiler ?
Monsieur veut me féminiser…. On commence par cela….
Ah…. C’est un processus long et pénible dans lequel vous êtes en train de rentrer !
Oui c’est ce que mon médecin m’a dit encore ce matin….
Remarquez vous avez de la chance, vous n’êtes pas tellement baraqué...enfin, je veux dire vous êtes plutôt mince et élancé !
Merci, c’est gentil !
Et vous avez une sacré chute de reins…. En riant elle rajouta et je ne parle pas de votre queue de renard…Je peux vous poser une question ?
Oui bien sur
C’est très indiscret, mais….
Ne vous en faites pas, posez moi votre question….
Ce n’est pas trop douloureux cette cage que vous portez ?
Ce n’est douloureux que quand je bande, ou j’essaye de bander, car la sonde tire jusque dans la vessie, et les anneaux compriment ma verge...Là oui c’est douloureux et cela me calme immédiatement, le reste du temps non cela se supporte très facilement…
Mais vous la portez en permanence ?
Oui vous voyez elle est très ajourez donc je peux me laver facilement…
Hummmm, j’aimerai bien que mon copain en porte une pour moi….
Cela me fit rire….Il faut lui en parler….
Oui...Mais je ne sais pas comment aborder la question….Ce n’est pas facile !
Là je ne peux malheureusement rien pour vous….
La séance dura encore un peu… Puis elle me dit de me rhabiller….
Ma chemise glissa sur mon dos, sensible, ce fût comme une caresse...le tissu semblait électriser ma peau…. Je me demandais ce que cela donnerait sur les jambes et le torse…
Auguste me ramena et je passai le reste de la journée dans ma cage…..La question que je me posai en boucle était jusqu’où Monsieur allait-il aller ? Après m’avoir traité en chien il voulait me féminiser… Après quelle serait la prochaine étape ? Devais-je tout arrêter ? Serait-je capable d’accepter plus de choses ? Pourrais-je supporter le traitement ? Je n’avais pas toujours de réponse à ces questions, aussi, j’ai écarté toutes celles aux quelles je ne pouvais pas répondre...le traitement une fois accepté, il faudra assumer et se laisser guider par le corps médical… Mais avais-je vraiment envie de me métamorphoser ? Si je devais être féminisé, pourquoi ne pas aller au bout complètement?Pourquoi garder un sexe qui ne servira plus à rien ? Au fur et à mesure, je me suis rendu compte que j’avais vraiment envie de cette transformation...sans être mal dans ma peau, j’ai toujours rêvé plus ou moins consciemment de laisser la femme que j’avais en moi vivre au grand jour…..Mais du coup, la question devenait jusqu’où j’étais prêt à aller dans cette transformation…
Quand Auguste est venu en fin d’après-midi, j’étais en pleine réflexion, je n’ai pas réagi à son appel et il a dû venir me chercher dans ma cage….Il semblait presque inquiet….
Ca va Bruno ?
Oui Auguste, j’étais en pleine réflexion et je n’ai pas entendu tes appels ! Excuses-moi
Tu m’as fait peur….J’ai cru que tu avais fait un malaise…. Parce qu’avec ce que Monsieur te fait endurer il y en a plus d’un qui aurait eu des problèmes...Tu devrais peut être réagir et ne pas le laisser te détruire totalement !
Mais il ne me détruit pas Auguste….. Il me permet de laisser remonter à la surface le soumis que j’ai toujours rêver d’être….Depuis mon adolescence, je fantasme sur la vie de soumis, sur le dressage, sur le fait de devenir un objet sexuel, et même de me prostituer…. Il ne fait que mettre en valeur tout ce que j’avais refoulé au fin fond de moi !
Tu es totalement fou ! Je sais qu’il veut faire de toi, un hybride moitié homme, moitié femme pour mieux te prostituer auprès des amies de sa femme…. Peut être que cela te fait fantasmer…. Mais dans quelques mois ou quelques années que deviendras-tu si tu veux changer d’avis ??? Bon sang penses à ton avenir, mets des limites….. ne fais rien qui ne soit irréversible….
Tu as sans doute raison…. Pour le moment rien n’est commencé, Yves n’a fait que des analyses et je dois encore en faire en début de semaine…. Mais après il me faudra vraiment me décider rapidement….
Allez on sort….Tu vas aller courir cela va te faire du bien….Je ne te remets pas tes moufles, ni tes chaussons Monsieur n’est pas là et Madame non plus….
Elle est avec lui ?
Non Madame et Marceline sont parties pour la soirée….
Angèle t’as fait un bon diner…. Puisque nous sommes seuls….Mais cela reste entre nous...Tu ne dis rien à personne autrement on va avoir des problèmes….
Promis, je ne dis rien… C’est gentil à vous de faire cela pour moi…..
Allez….hop dehors, va courir cela va te faire le plus grand bien…..
Je suis sortie et effectivement de courir et me défouler pendant une bonne heure m’a fait le plus grand bien ...Auguste m’a douché , avec de l’eau chaude…..Hummm c’était trop bon !
Viens Angèle t’a servi ton repas…. Profites en bien…..
Quand je suis rentré dans la cuisine, cela sentait bon….sur la table il y avait une assiette avec des couverts….Angèle m’a fait signe de m’asseoire et elle m’a servie une blanquette délicieuse….. Et je me suis à pleurer comme un gamin…. Alors que je les croyais totalement indifférent, ils ont pris le risque de se faire renvoyer, juste pour m’apporter un petit moment de réconfort…. Je me suis régalé !
Comment vous remercier tous les deux, quel plaisir ce repas….. Merci, merci
En ne disant rien à personne ! Grâce à toi, Madame a rencontré Marceline et elle me fiche la paix…. Avec Auguste on peut vivre notre relation en paix...Alors on te doit bien cela, Bruno
Allez il faut y aller, Bruno….
Auguste m’a reconduit à ma cage….
Essayes de dormir et prends les bonnes décisions pour l’avenir….. Bonne chance Bruno
Merci Auguste….Bonne soirée à vous deux et encore Merci pour ce repas !
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Dans les semaines qui suivirent, Morel reçut plusieurs fois Alexandre seul.
Elle voulait s’assurer qu’il distinguait son amour pour Anne de la peur de l’abandon et que son désir d’appartenance ne dissimulait pas une volonté de disparaître. Alexandre supportait difficilement ces conversations. Il savait expliquer des systèmes complexes à une salle remplie d’ingénieurs, mais peinait à décrire ce qu’il ressentait lorsqu’Anne refermait son collier.
Morel ne lui permettait pas de se réfugier dans son humour.
— Vous plaisantez chaque fois que vous approchez d’une réponse importante.
— Je plaisante aussi lorsque je m’en éloigne. Cela rend le diagnostic moins fiable.
— Que ressentez-vous lorsque Anne décide à votre place ?
Alexandre contempla ses mains.
— Du calme.
— Seulement du calme ?
— De la gratitude.
— Pourquoi ?
Il chercha ses mots.
— Parce qu’elle accepte la responsabilité de ma confiance. Je n’ai plus besoin de deviner comment prendre place dans son univers. Elle me le montre.
— Et si cette place change ?
— Je m’adapterai.
— Et si elle devient dangereuse ?
Cette fois, il ne plaisanta pas.
— Je le lui dirai.
Morel attendit.
— Même si cela lui déplaît, ajouta-t-il.
Lorsqu’elle fut convaincue qu’il comprenait la portée de son engagement, elle lui expliqua le déroulement de la cérémonie.
Il porterait le caleçon de cuir choisi par Anne et sa cage de chasteté resterait visible, conformément au protocole imaginé par Madame Thomas. Un voile couvrirait son visage jusqu’au moment où Anne accepterait de le reconnaître comme son bien.
Cependant, avant l’entrée d’Anne, Alexandre signerait le pacte debout, sans collier et en présence des témoins.
— Pourquoi debout ? demanda-t-il.
— Parce que personne ne doit pouvoir prétendre que vous avez signé sous l’autorité de votre maîtresse. Vous vous agenouillerez ensuite par choix.
— Madame Thomas est d’accord ?
— Elle le sera.
— Ce n’est pas exactement une réponse.
— Vous apprenez vite.
Pendant que Morel préparait Alexandre, Madame Thomas s’occupa d’Anne.
Elle l’emmena dans un atelier privé où plusieurs robes avaient été préparées. La première était trop stricte. La deuxième la transformait en caricature de dominatrice. La troisième provoqua un silence lorsqu’elle apparut devant les miroirs.
La robe était confectionnée dans un cuir noir souple. Son décolleté profond soulignait sa poitrine sans perdre son élégance. La jupe suivait la ligne de ses hanches avant de s’ouvrir sur le côté jusqu’au haut de sa cuisse.
Une paire de cuissardes à talons hauts complétait la tenue. Des gants de cuir remontaient jusqu’à ses coudes.
Madame Thomas fit apporter une large ceinture. Une attache avait été prévue sur le côté pour recevoir un fouet soigneusement enroulé.
Elle le fixa elle-même.
Anne se contempla dans le miroir.
La femme qui lui faisait face ne ressemblait pas à Madame Thomas. Elle ne ressemblait pas davantage aux dominatrices artificielles découvertes autrefois sur Internet.
Elle ressemblait à Anne, débarrassée de la nécessité de s’excuser pour l’espace qu’elle occupait.
— Vous êtes satisfaite ? demanda Madame Thomas.
— Oui.
— Vous avez choisi une tenue qui attire le regard.
— Je n’ai jamais eu peur d’être regardée.
— Non. Mais autrefois, vous provoquiez pour obliger les autres à réagir. Aujourd’hui, vous choisissez l’effet que vous produisez.
Anne effleura le manche du fouet.
— Morel pense que vous allez trop loin.
— Morel pense que tout pouvoir doit conserver un témoin capable de l’interrompre.
— Et vous ?
Madame Thomas ajusta la ceinture.
— Je pense qu’une femme ne découvre pas toute l’étendue de son autorité si elle garde continuellement une main sur le frein.
— C’est pourtant utile avant un virage.
Madame Thomas releva les yeux vers le miroir.
Leurs regards s’y rencontrèrent.
— Vous n’êtes plus aussi facile à impressionner.
— Je considère cela comme un compliment.
— C’en est un.
Le jour de la cérémonie, Morel vint chercher Alexandre une heure avant l’arrivée des invitées.
Anne attendit qu’ils soient partis pour se préparer. Lorsqu’elle descendit, Steinberg l’attendait dans l’entrée.
La médecin la contempla.
— Je comprends mieux pourquoi Alexandre a accepté les clauses sur la perte d’autonomie vestimentaire.
Anne sourit.
— Il les a acceptées parce qu’il ne possède que des chaussettes noires.
— Une situation médicale préoccupante.
La cérémonie se déroulait dans le grand salon de Madame Thomas. Les meubles avaient été retirés afin de créer une allée centrale bordée de bancs. Une vingtaine de femmes étaient présentes. Certaines connaissaient déjà Madame Thomas et René. D’autres avaient été invitées par Morel ou Steinberg en raison de leur intérêt pour la société qu’elles commençaient à imaginer.
Au fond de la salle, Alexandre attendait debout.
Son visage était dissimulé sous un voile clair. Il portait la tenue choisie par Anne, mais aucun collier n’entourait encore son cou.
Morel se plaça devant lui.
— Alexandre, vous tenez entre vos mains le pacte que vous avez contribué à écrire. Avez-vous pu le relire aujourd’hui sans la présence d’Anne ?
— Oui.
— Comprenez-vous que personne ici ne peut vous obliger à le signer ?
— Oui.
— Souhaitez-vous toujours placer votre vie domestique et intime sous son autorité selon les limites que vous avez définies ensemble ?
— Oui.
— Dites son nom.
— Anne.
— Dites ce que vous choisissez.
Sa voix trembla légèrement.
— Je choisis de devenir son bien humain.
Morel lui tendit un stylo.
Alexandre signa.
Il se tenait encore debout, libre de tout collier et de tout ordre. Lorsqu’il rendit le stylo, Morel s’écarta.
La musique choisie par Anne commença.
Alexandre s’agenouilla.
Les portes s’ouvrirent.
Anne entra dans la salle.
Le cuir de ses cuissardes accompagnait chacun de ses pas d’un bruit régulier. La fente de sa robe découvrait sa cuisse lorsqu’elle avançait. Le fouet attaché à sa ceinture rappelait l’autorité qu’elle acceptait de porter autant que celle qu’elle désirait exercer.
Elle sentit les regards des femmes présentes se tourner vers elle.
Quelques mois auparavant, cette attention l’aurait poussée à relever le menton par défi. Cette fois, elle n’avait rien à prouver. Elle connaissait la place vers laquelle elle marchait.
Alexandre gardait la tête baissée.
Anne se plaça devant Alexandre et leva lentement le voile.
Elle découvrit son visage.
Ce qu’elle vit dans ses yeux ne ressemblait à rien de ce qu’il lui avait montré jusque-là. Il n’y avait ni jeu ni simple excitation. Son regard exprimait une gratitude profonde, mêlée à une forme de vénération qui aurait autrefois effrayé Anne.
Ce jour-là, elle l’accueillit.
Alexandre ne la regardait pas comme une femme parfaite. Il contemplait celle qu’il avait choisie malgré ses contradictions, sa colère et son désordre. Il lui confiait une place qu’aucune loi ne pouvait entièrement définir.
Cette certitude donna à Anne une énergie nouvelle.
Elle lui tendit sa main gantée.
Alexandre y déposa un baiser, puis abaissa le regard vers ses cuissardes. Il se pencha et embrassa respectueusement chacune d’elles.
Lorsqu’il redressa la tête, Anne lui permit enfin de la contempler.
La stupéfaction d’Alexandre devant sa tenue lui arracha un sourire.
— Tu me trouves à ton goût ? demanda-t-elle à voix basse.
— Vous êtes magnifique, Maîtresse.
Le vouvoiement la surprit, mais elle ne le corrigea pas.
Anne sortit alors le nouveau collier.
Il était plus large que le premier et avait été réalisé spécialement pour la cérémonie. Une petite plaque métallique y était fixée. Sur une face figurait le prénom d’Alexandre suivi du nom d’Anne. Sur l’autre était gravée une phrase simple :
Bien d’Anne.
Elle passa le collier autour de son cou et en ferma la serrure.
Le déclic fut suivi d’un profond silence.
Anne conserva la clé.
Madame Thomas prit la laisse que René lui tendait et la présenta à Anne.
— Cette laisse ne vous est pas remise pour conduire un animal. Elle matérialise le droit qu’Alexandre vous accorde de déterminer son chemin. Faites-en un usage digne de sa confiance.
Anne saisit la poignée, puis fixa le mousqueton à l’anneau du collier.
— À quatre pattes, ordonna-t-elle.
Alexandre prit immédiatement la position demandée.
Anne descendit de l’estrade et s’engagea dans l’allée. Alexandre avançait près de ses bottes, guidé par la laisse.
Les femmes présentes applaudirent.
Anne releva la tête. Pour la première fois, elle ne se sentit ni observée ni jugée pour l’autorité qu’elle affichait. Ces femmes reconnaissaient son choix et la responsabilité qu’elle venait d’accepter.
À la sortie du salon, elle ralentit afin qu’Alexandre reste exactement à sa hauteur.
Il ne marchait pas derrière elle.
Il avançait à la place qu’elle avait choisie pour lui.
La réception qui suivit ressemblait par bien des aspects à une soirée de noces. Les femmes portèrent des toasts, la musique reprit et un repas fut servi dans la grande salle à manger. Pourtant, aucune place n’avait été prévue pour Alexandre à la table principale.
Anne s’installa dans un large fauteuil au centre.
Alexandre prit place sur un coussin à ses pieds. René déposa devant lui une écuelle en céramique noire contenant une portion du même repas que celui servi aux invitées.
Alexandre observa le récipient.
— Quelque chose ne va pas ? demanda Anne.
— Je pensais que les mariés avaient droit à une part de gâteau plus grande.
— Tu n’es pas le marié.
— C’est une différence institutionnelle dont je mesure déjà les conséquences.
Anne éclata de rire et passa une main dans ses cheveux.
— Si tu es sage, je te donnerai un peu du mien.
Autour d’eux, les conversations reprirent. Certaines femmes vinrent féliciter Anne. D’autres l’interrogèrent sur le pacte, sur son autorité ou sur ce qu’elle avait ressenti en voyant Alexandre agenouillé sous son voile.
Alexandre mangeait au pied de sa maîtresse, conscient des regards mais étrangement paisible.
À plusieurs reprises, Anne baissa les yeux vers lui. Chaque fois, il était là.
Elle lui donna finalement un morceau de gâteau du bout de sa fourchette. Alexandre l’accepta avec un sourire avant d’embrasser ses doigts gantés.
Plus tard dans la soirée, René s’approcha pour débarrasser son écuelle.
Les deux hommes échangèrent un regard silencieux. René remarqua la plaque fixée au nouveau collier.
— Bienvenue, murmura-t-il.
Alexandre inclina la tête.
Anne entendit le mot.
Elle observa Madame Thomas, entourée par les doctoresses Morel et Steinberg. Les trois femmes discutaient déjà avec plusieurs invitées intéressées par le modèle qu’elles venaient de voir naître.
Cette cérémonie n’avait aucune valeur religieuse et sa portée juridique restait imparfaite. Pourtant, elle venait de transformer quelque chose entre Anne et Alexandre.
Elle ne lui avait pas promis de marcher éternellement à ses côtés.
Elle avait promis de lui donner une place dans son monde et d’assumer la responsabilité de l’y garder.
Alexandre n’était pas devenu son mari.
Il était devenu son bien.
Et tandis qu’il reposait calmement contre ses jambes, son collier fermé autour du cou et sa laisse toujours enroulée dans la main d’Anne, aucun des deux ne regretta le mariage auquel ils avaient renoncé.
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La doctoresse Morel reçut Anne trois jours plus tard.
Son cabinet ne ressemblait pas à celui qu’Anne avait imaginé. Aucun diplôme n’était placé ostensiblement derrière le bureau. Deux fauteuils se faisaient face près d’une fenêtre, séparés par une petite table ronde.
Morel lui désigna le premier.
— Où est votre bureau ? demanda Anne.
— Derrière la porte.
— Vous n’en avez pas besoin pour cet entretien ?
— Je préfère ne pas donner à un meuble la responsabilité de mon autorité.
Anne s’assit.
— Madame Thomas aurait choisi le fauteuil le plus haut.
— Madame Thomas n’a pas besoin de fauteuil pour produire cet effet.
— Vous l’admirez.
— Beaucoup.
— Mais vous n’êtes pas d’accord avec elle.
Morel croisa les jambes.
— L’admiration n’exige pas l’obéissance intellectuelle.
Pendant presque une heure, elle posa des questions à Anne.
Que ferait-elle si Alexandre acceptait un ordre uniquement par peur de la décevoir ? Pourrait-elle interrompre une pratique dont elle tirait du plaisir ? Accepterait-elle qu’il lui dise non devant une autre femme ? Souhaitait-elle assurer son bonheur ou le façonner selon sa propre définition ?
Anne répondit d’abord avec assurance. Peu à peu, les questions devinrent plus inconfortables.
— Que se passera-t-il le jour où vous lui donnerez un ordre sous le coup de la colère ?
— Je ne mélange pas nos pratiques avec une dispute.
— Vous ne l’avez jamais fait jusqu’à présent.
— Et je ne le ferai pas.
— Ce n’est pas une réponse. Vous ne serez pas toujours raisonnable, Anne.
Elle se raidit.
— Madame Thomas ne m’a posé aucune de ces questions.
— Madame Thomas veut savoir si vous êtes capable de commander. Moi, je veux savoir si vous êtes capable de vous arrêter.
— Vous n’avez donc pas confiance en elle ?
— J’ai confiance dans son intelligence. Beaucoup moins dans son goût pour les limites.
Anne se leva et marcha jusqu’à la fenêtre.
— Alexandre veut devenir un véritable esclave.
— Que signifie « véritable » pour lui ?
— Ne plus pouvoir reprendre sa décision.
— Et pour vous ?
Anne ne répondit pas immédiatement.
— Je veux qu’il m’appartienne. Mais je ne veux pas être la femme qui profitera de sa peur de me perdre pour l’enfermer.
— Alors ne le soyez pas.
— C’est un peu court comme conseil.
— Les principes essentiels le sont souvent. Leur application, en revanche, peut occuper une vie entière.
Anne se retourna.
— Madame Thomas pense que son identité doit finir par se confondre avec la mienne.
— Une partie de ce qu’Alexandre appelle son identité masculine est probablement faite de rôles appris, de devoirs sociaux et de privilèges qu’il ne désire pas conserver. Madame Thomas veut démanteler cet ensemble.
— Et vous ?
— Je veux distinguer ce qui lui a été imposé de ce qui le constitue. Son humour, son intelligence, sa créativité, ses attachements et sa capacité de jugement ne sont pas des obstacles à votre autorité.
Morel se pencha légèrement.
— La volonté d’Alexandre n’est pas votre ennemie. Elle est la matière sur laquelle votre autorité s’exerce. Un homme privé de volonté ne vous obéit pas. Il fonctionne.
La phrase accompagna Anne jusqu’à la maison.
Alexandre l’attendait dans le salon. Le contrat était posé sur la table, entouré de feuilles couvertes de notes.
— Tu as commencé sans moi.
— Morel a dit que nous devions le lire séparément.
— Elle n’a pas dit que tu devais tenter de le réécrire entièrement.
— Je n’ai modifié que les parties techniquement incohérentes.
Anne retira sa veste et s’assit.
— Combien ?
— Trente-sept.
Elle contempla l’épaisseur du document.
— Il n’y a que vingt-quatre clauses.
— Certaines sont incohérentes de plusieurs manières.
Anne tendit la main.
— Donne-moi ça.
Alexandre lui remit les feuilles.
Elle lut d’abord les clauses concernant la vie quotidienne. Il avait rayé le paragraphe qui préservait ses décisions personnelles.
— Tu as supprimé ton autonomie domestique.
— Elle me semblait contradictoire avec la notion d’appartenance totale.
— Tes décisions personnelles comprennent tes vêtements, tes loisirs et l’organisation de ton travail.
— Je suis prêt à te les confier.
— Tu veux que je choisisse aussi tes chaussettes ?
— Si tu souhaites exercer pleinement ton autorité…
— Alexandre, tu ne possèdes que des chaussettes noires.
— Ce qui simplifierait considérablement la gouvernance.
Anne tenta de conserver son sérieux.
— Et si je t’ordonne d’en porter des jaunes ?
Une inquiétude sincère traversa son visage.
— Dans quel contexte ?
Elle éclata de rire.
— Tu veux devenir un esclave absolu, mais les chaussettes jaunes exigent une étude d’impact ?
— Il faut bien conserver une hiérarchie des risques.
Elle reprit sa lecture.
Alexandre proposait également de lui remettre tous ses mots de passe, ses accès personnels et le contrôle de ses comptes numériques.
— Certainement pas.
— Pourtant, mes données font partie de mes biens.
— Je ne veux pas recevoir une alerte chaque fois que tu te connectes au réseau de ton entreprise.
— Nous pourrions établir plusieurs niveaux d’autorisation.
— Tu es en train de concevoir l’architecture informatique de ton propre esclavage.
— Je préfère que le système soit correctement sécurisé.
— Et moi, je préfère que mon esclave reste capable de réparer le Wi-Fi.
Alexandre récupéra une feuille et nota quelque chose dans la marge.
— Qu’est-ce que tu écris ?
— Maintien d’une autonomie technique en cas de panne critique.
Elle lui arracha le stylo.
— Arrête.
Le sourire d’Alexandre disparut lorsqu’elle atteignit la clause de révocation. Il avait supprimé le paragraphe permettant à l’un d’eux de suspendre le pacte.
— Pourquoi as-tu rayé cela ?
— Parce que je ne veux pas d’un engagement provisoire.
— Une possibilité de retrait ne rend pas l’engagement provisoire.
— Si je peux reprendre demain ce que je te donne aujourd’hui, comment pourras-tu croire que je t’appartiens réellement ?
— Parce que tu choisiras de rester.
— Ce n’est pas suffisant.
Anne posa les documents sur la table.
— Pour moi, si.
— Tu refuses le mariage parce que tu considères qu’il enferme les femmes dans une institution. Mais lorsque je te demande un engagement qui m’empêcherait de partir, tu refuses également.
— Précisément parce que je refuse de reproduire cette prison sur toi.
— Je ne le vivrais pas comme une prison.
— Tu ne peux pas savoir comment tu le vivras dans dix ans.
— Toi non plus.
Le silence tomba entre eux.
Anne ouvrit l’écrin du collier. Alexandre observa le cuir noir, croyant qu’elle allait le lui mettre.
Elle posa au contraire l’objet à l’autre extrémité de la table.
— Pas de collier pendant cette discussion. Ta maîtresse n’existe pas encore dans le cadre que nous sommes en train de définir. Je veux entendre Alexandre.
— C’est justement Alexandre qui te demande cela.
— Alors Alexandre doit accepter que je puisse lui répondre non.
Il se leva et marcha jusqu’à la fenêtre.
— Je veux être ton esclave. Un vrai.
Anne le rejoignit.
— Et moi, je veux posséder Alexandre.
— Je ne comprends pas la différence.
— J’aime l’homme qui trouve des solutions impossibles, celui qui me fait rire au pire moment, celui qui transforme mon chaos en quelque chose d’habitable sans essayer de le supprimer. Si je détruis tout cela, qu’est-ce qu’il me restera à posséder ?
— Quelqu’un qui t’obéit.
— Une coquille vide peut obéir. Je ne veux pas d’une coquille vide.
Elle posa une main contre son dos.
— Je ne veux pas que tu sois moins intelligent, moins drôle ou moins vivant. Je veux décider de la place que toutes ces choses occupent auprès de moi.
— Et si je change d’avis ?
— Tu devras me le dire.
— Tu pourrais refuser.
— Je pourrais te demander d’attendre. Je pourrais te rappeler les raisons de ton choix. Je pourrais exiger que nous en parlions avec Morel. Mais je ne t’enfermerai jamais dans une décision que tu ne serais plus capable d’assumer.
Il resta immobile.
— Cela te paraît encore insuffisant ?
— Cela me fait peur.
— Pourquoi ?
— Parce que j’ai peur qu’un jour tu décides que me garder représente trop de travail.
Anne le força à se retourner.
— Tu crois qu’un contrat irrévocable ferait disparaître cette peur ?
— Non.
— Alors ne lui demande pas de choisir à ta place.
La résistance qu’elle cherchait depuis plusieurs semaines apparaissait enfin. Non contre son autorité, mais au cœur même de la manière dont Alexandre voulait la lui offrir.
Ils travaillèrent jusqu’au milieu de la nuit.
Anne rétablit certaines clauses, en supprima d’autres et réécrivit entièrement la définition de l’appartenance. Alexandre protesta, argumenta et proposa des formulations alternatives. Chaque fois qu’il glissait vers une logique absolue, Anne l’obligeait à expliquer ce qu’il cherchait réellement.
À deux heures du matin, une phrase demeurait entre eux :
Mon appartenance ne naît pas de mon incapacité à choisir, mais du choix renouvelé de confier à Anne la place que j’occuperai dans notre vie commune.
Anne traça un cercle autour des mots.
— Celle-là reste.
— C’est un ordre ?
— La première clause de notre pacte.
Le texte final reconnaissait l’autorité prépondérante d’Anne dans leur vie domestique et intime. Alexandre s’engageait à obéir sans transformer chaque ordre en négociation. Son travail, sa santé, sa conscience et sa capacité juridique demeuraient toutefois sous sa responsabilité.
Le mot de sécurité suspendrait immédiatement l’autorité d’Anne. Alexandre pourrait demander un entretien privé avec Morel ou Steinberg. Une volonté de rupture ouvrirait une période de suspension durant laquelle aucune pratique de domination ne serait autorisée.
Anne refusait de pouvoir lui ordonner de renoncer à son métier, à ses relations affectives essentielles ou à sa capacité d’exprimer un danger.
En contrepartie, Alexandre prendrait son nom comme nom d’usage. Il reconnaîtrait officiellement sa place sous son autorité et porterait les signes d’appartenance qu’elle choisirait.
Une semaine plus tard, ils présentèrent leur version à Madame Thomas, Morel et Steinberg.
Madame Thomas lut le document en silence.
— Vous lui laissez beaucoup d’issues.
— Je lui laisse des protections.
— Chaque protection peut devenir un moyen de reprendre ce qu’il vous a offert.
— Et l’absence de protection peut transformer son offre en piège.
Madame Thomas posa le document.
— Vous refusez donc l’appartenance totale.
— Je refuse votre définition de l’appartenance totale.
Morel ne dissimula pas son intérêt.
— Quelle est la vôtre ?
Anne posa une main sur l’épaule d’Alexandre.
— Alexandre sera mon bien. Son temps à la maison, son service, son corps dans les limites convenues et la place qu’il occupera auprès de moi dépendront de mon autorité. Mais son intelligence, sa parole et sa capacité à reconnaître un danger resteront intactes.
Madame Thomas soutint son regard.
— Vous pensez pouvoir exercer une domination réelle sur un homme qui conserve le droit de vous contredire ?
— Il ne pourra pas discuter chaque ordre sous prétexte qu’il possède une opinion. En revanche, s’il estime que je mets sa santé, son travail ou notre relation en danger, je veux qu’il soit encore capable de parler.
— Vous protégez beaucoup l’homme que vous prétendez vouloir posséder.
— Naturellement. Les objets auxquels je tiens le plus sont ceux dont je prends le plus grand soin. Pourquoi mon bien humain mériterait-il moins ?
Un léger sourire apparut sur les lèvres de Steinberg.
Morel se tourna vers Madame Thomas.
— Cette définition me paraît cohérente.
— Je n’ai pas dit qu’elle ne l’était pas.
Madame Thomas contempla Anne avec une expression différente. Pour la première fois, elle ne semblait plus observer une élève ou une architecte chargée de donner une forme à ses idées. Elle évaluait une femme capable de lui opposer les siennes.
— Vous ne serez ni ma copie ni celle de la doctoresse Morel, conclut-elle.
— Non.
— Vous avez donc choisi votre manière de posséder.
— Oui.
— Dans ce cas, défendez-la.
Elle remit le contrat devant Anne.
— Nous pouvons organiser la cérémonie.
Alexandre se détendit. Anne sentit son épaule s’abaisser sous sa main.
— Pas si vite, précisa Steinberg. Je dois encore effectuer un examen complet.
— Et je souhaite revoir Alexandre seul, ajouta Morel.
Madame Thomas leva les yeux au ciel avec une discrétion insuffisante.
— Vous voyez ? murmura Alexandre à Anne. Même la domination féminine souffre de lourdeurs administratives.
Anne lui donna une petite tape derrière la tête.
— Tais-toi.
— Oui, future Maîtresse.
Le sourire qu’elle lui adressa contenait déjà une promesse.
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Je songe encore à cette Louve qui me taquine avant de se cacher derrière sa chevelure de feu.
Derrière son air de petite poupée malicieuse, presque innocente, voire fragile, se dessine un corps qui apparaît comme une tentation.
Pourtant, cette apparence n’est qu’une enveloppe charnelle. Sous ses provocations se mêlent un chaos intérieur, imprévisible et indomptable, et une bienveillance plus discrète, mais profondément sincère.
Il y a aussi ses coups de gueule, sa délicatesse lorsqu’elle remet en question certaines valeurs qui lui tiennent à cœur, et cette façon bien à elle de ne jamais laisser les choses simplement en surface.
Elle reste sauvage en apparence, sensible dans ses élans et insaisissable dans ses contradictions.
Elle demeure une femme libre que je n’ai nullement envie de voir changer, bien au contraire. C’est dans toutes ses facettes que je trouve matière à la découvrir.
Elle me donne envie d’entrevoir ce qui se cache derrière son feu, ses ombres, cette douceur… et bien plus encore.
Est-ce trop ambitieux de vouloir séduire une Louve qui ne se laisse pas facilement atteindre ?
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René ouvrit la porte de la maison de Madame Thomas.
C’était la première fois qu’Alexandre le rencontrait réellement. René était un homme d’une cinquantaine d’années, vêtu d’une chemise blanche et d’un pantalon sombre. Un collier de cuir très simple entourait son cou. Il ne manifestait ni embarras ni ostentation.
— Madame Thomas vous attend.
Il prit leurs manteaux et les guida jusqu’au salon.
Deux femmes se trouvaient auprès de Madame Thomas. La première possédait un visage calme et un regard dont la douceur n’atténuait en rien l’acuité. La seconde, plus réservée, observait Anne et Alexandre avec l’attention méthodique d’une personne habituée à distinguer les paroles des réactions du corps.
Quatre fauteuils de cuir formaient un cercle. À côté du dernier fauteuil libre, un coussin avait été disposé au sol.
Alexandre le regarda, puis tourna les yeux vers Anne.
Elle n’avait pas encore sorti le collier de son sac.
— Choisis ta place, lui dit-elle.
Il s’assit sur le coussin.
Anne prit place dans le fauteuil et posa machinalement une main dans ses cheveux. Elle sentit ses épaules se détendre.
Madame Thomas commença les présentations.
— Anne, Alexandre, voici la doctoresse Morel, psychiatre, et la doctoresse Steinberg, médecin généraliste. Toutes deux travaillent avec moi sur les relations fondées sur une autorité féminine permanente.
— Vous pouvez dire que nous sommes gynarchistes, précisa Morel. Cela nous évitera de passer la soirée à contourner le mot.
Madame Thomas lui adressa un regard difficile à interpréter.
— René restera à notre disposition.
Il se tenait derrière son fauteuil, les mains croisées dans le dos.
— Ce rendez-vous n’est ni un tribunal ni un examen, poursuivit Madame Thomas. Nous sommes ici pour examiner une difficulté que votre couple ne peut plus ignorer.
Elle exposa leur situation avec une précision qui fit se raidir Alexandre. Elle parla de l’évolution de leur relation, du besoin d’appartenance qu’il avait exprimé et du refus d’Anne de se marier.
La main d’Anne s’immobilisa dans ses cheveux.
— Vous ignoriez que nous connaissions ces détails, constata Morel.
— Oui.
— Votre méfiance est légitime. Rien ne sera décidé sans votre accord.
Madame Thomas se pencha légèrement.
— Alexandre, expliquez-nous ce que vous désirez. Anne ne répondra pas à votre place.
Il parut soudain très seul au centre du cercle.
Anne reprit doucement ses caresses.
— Parle. Je veux qu’elles t’entendent.
Alexandre inspira.
— J’aime Anne depuis que je l’ai rencontrée. Je l’admire parce qu’elle possède tout ce que je n’ai jamais su trouver en moi. Elle avance même lorsqu’elle ne connaît pas encore le chemin. Elle transforme une colère en projet et une idée impossible en quelque chose de réel.
Anne baissa les yeux vers lui.
— Elle est devenue le centre de mon univers. Cela ne signifie pas que je n’existe pas sans elle. Mais tout ce que je construis finit par revenir vers elle.
Sa voix se fit moins assurée.
— J’ai déjà perdu les personnes qui constituaient mes repères. Je sais qu’aucun contrat n’empêche quelqu’un de mourir ou de partir. Pourtant, j’ai besoin de savoir qu’Anne a accepté ma place dans sa vie aussi profondément que j’ai accepté la sienne.
— Et cette place serait celle de son esclave ? demanda Steinberg.
Il hésita.
— Oui.
Madame Thomas ne parut pas surprise.
— Un soumis véritable cesse progressivement de se définir en dehors de sa maîtresse. Son confort, son apparence, son temps et ses priorités sont réorganisés autour d’elle. Cette perte d’autonomie ne constitue pas un dommage lorsqu’elle correspond à son désir. Elle représente l’aboutissement de ce désir.
— La perte d’autonomie n’est pas la perte d’identité, rectifia Morel.
Le silence qui suivit révéla que leur désaccord n’était pas nouveau.
— La distinction devient fragile lorsqu’elle est appliquée au quotidien, répondit Madame Thomas. Tant qu’un homme conserve le droit de redéfinir continuellement ce qu’il accepte, l’autorité de sa maîtresse reste conditionnelle.
— Toute autorité humaine est conditionnelle.
— Voilà précisément le genre de principe qui permet aux hommes de reprendre ce qu’ils prétendent avoir offert.
Morel ne se laissa pas détourner.
— Si Alexandre perd sa capacité de penser, de choisir et de refuser, Anne ne possédera plus un homme. Elle administrera une personne devenue dépendante d’elle.
— Vous faites une distinction théorique.
— Pas pour une psychiatre.
Madame Thomas soutint son regard, puis revint à Alexandre.
— Que pensez-vous de cette distinction ?
— Je ne veux pas devenir incapable de travailler ou de réfléchir.
— Ce n’est pas ce que Madame Thomas vous demande, intervint Steinberg.
Alexandre regarda Anne.
— Mais je veux que mon identité soit liée à elle. Je ne veux plus pouvoir décider un matin que notre relation ne me convient plus et reprendre simplement mon ancienne place.
Anne sentit sa poitrine se serrer.
Morel l’observa.
— Et vous ? Que voulez-vous ?
Anne prit le temps de répondre.
— J’aime le dominer. J’aime qu’il dépende de mes décisions et qu’il fasse des efforts pour me satisfaire. Je ne veux plus prétendre que ce plaisir ne concerne que notre sexualité.
Elle caressa la nuque d’Alexandre.
— L’autorité qu’il m’a offerte est le plus beau cadeau que j’aie reçu. Avec lui, je n’ai pas besoin de me battre pour occuper ma place. Il ne me demande jamais de devenir moins forte pour protéger son orgueil.
Ses doigts se refermèrent légèrement dans ses cheveux.
— Mais plus j’aime être sa maîtresse, plus j’ai peur de lui prendre quelque chose qu’il ne saura pas me refuser.
Madame Thomas désigna son sac.
— Vous avez apporté le collier ?
— Oui.
— Mettez-le-lui.
Anne sortit l’écrin et le posa sur ses genoux. Le bâillon se trouvait dans une seconde pochette.
— Et le bâillon ? demanda Madame Thomas.
Morel intervint avant qu’Anne ne réponde.
— Alexandre doit pouvoir participer à une discussion qui concerne son avenir.
— Il a déjà exprimé son désir.
— Un désir général ne constitue pas une réponse à chaque proposition particulière.
Les deux femmes tournèrent les yeux vers Anne.
Elle ouvrit l’écrin.
— Le collier seulement.
Madame Thomas inclina légèrement la tête. Elle n’approuvait peut-être pas la décision, mais elle reconnaissait à Anne le droit de la prendre.
Anne passa le cuir autour du cou d’Alexandre. Lorsqu’elle referma la boucle, elle sentit son corps se détendre contre ses jambes.
— Nous pensons qu’il existe une solution susceptible de répondre à votre refus du mariage comme au besoin d’Alexandre, reprit Madame Thomas.
— Laquelle ?
— Un PAX, un pacte civil d’alliance. Il s’agit d’un ensemble de dispositions permettant d’organiser légalement certains aspects de votre union sans reproduire les usages symboliques du mariage.
— Avec quelles adaptations ?
— Alexandre pourrait prendre votre nom comme nom d’usage. Certaines procurations et dispositions patrimoniales vous permettraient également de devenir la personne de référence pour les décisions que vous aurez définies ensemble.
— Cela ne ferait pas de moi son propriétaire.
— Non. La société actuelle ne reconnaît pas la propriété volontaire d’une personne. Le PAX serait accompagné d’un second document : un contrat privé d’appartenance.
Alexandre se redressa contre sa jambe.
— Que contiendrait ce contrat ? demanda Anne.
— Il déclarerait qu’Alexandre vous délègue l’autorité sur sa vie domestique et intime. Il reconnaîtrait votre droit à organiser sa place dans le foyer, son service, certaines habitudes et les pratiques D&S convenues entre vous.
— Il deviendrait mon esclave.
Le mot déplut à Anne dès qu’elle le prononça.
Madame Thomas le remarqua.
— Ce terme ne vous convient toujours pas.
— Un esclave est privé de choix. Alexandre, lui, me choisit.
— Alors appelons-le un bien humain.
Anne resta silencieuse.
— Un bien humain ? répéta-t-elle.
Morel prit la parole.
— Le terme est volontairement provocateur. Il désigne un être humain qui choisit de placer une partie importante de son existence sous l’autorité d’une femme. Son humanité ne disparaît pas. Elle impose au contraire des responsabilités particulières à celle qui accepte de le posséder.
— Vous n’avez pas exactement la même définition que Madame Thomas.
— Non.
Madame Thomas ne chercha pas à le nier.
— Pour moi, l’appartenance doit transformer l’identité du soumis. Il ne s’agit pas seulement d’ajouter un rôle à sa vie. Alexandre deviendrait d’abord votre bien, avant d’être votre compagnon, votre conseiller ou l’architecte informatique que son entreprise emploie.
— Pour moi, répondit Morel, ces identités doivent coexister. Son intelligence, son métier et sa capacité de jugement font partie de ce qu’il vous offre. Les détruire appauvrirait votre possession au lieu de l’accomplir.
Anne passa le pouce sur le bord du collier.
— Et laquelle de vous décide ?
— Vous, répondit Morel.
Madame Thomas eut un léger sourire.
— À condition d’assumer votre décision jusqu’au bout.
Steinberg intervint pour expliquer son propre rôle. Elle vérifierait que les pratiques prolongées, la chasteté, les postures, la douleur ou l’enfermement ne mettraient pas la santé d’Alexandre en danger. Morel le recevrait régulièrement seul afin de s’assurer que son désir d’appartenance ne dissimulait pas un effacement destructeur.
— Et si je refuse votre avis ? demanda Anne.
— Votre autorité restera la vôtre, répondit Morel. Mais vous ne pourrez pas réclamer notre garantie tout en rejetant les conditions qui la rendent possible.
Madame Thomas se leva et prit un dossier posé sur une console.
— Voici une première proposition.
Elle le déposa sur la table basse.
Alexandre fit un mouvement, mais Anne posa la main sur son épaule. Il s’immobilisa.
— Vous ne l’ouvrirez pas ici, précisa Morel.
Madame Thomas lui lança un regard impatient.
— Pourquoi ?
— Parce qu’ils doivent le lire séparément, puis ensemble. S’ils commencent maintenant, chacun observera les réactions de l’autre avant de comprendre les siennes.
— Vous pensez qu’ils ne sont pas capables de parler librement devant nous ?
— Je pense qu’ils ont besoin de découvrir ce qu’ils veulent avant que nous leur expliquions ce qu’ils devraient vouloir.
Anne considéra la psychiatre avec une attention nouvelle.
— Et ensuite ?
— Je souhaite vous recevoir seule, dit Morel. Je veux comprendre ce que vous désirez posséder et ce que vous êtes capable de protéger.
— Vous voulez m’évaluer.
— Oui.
La franchise de la réponse la surprit.
Madame Thomas fit glisser le dossier vers elle.
— Vous n’avez rien à signer ce soir. Cherchez ce qui vous dérange. Une autorité digne de ce nom doit supporter d’être définie avec précision.
Anne posa la main sur la couverture sans l’ouvrir.
À ses pieds, Alexandre leva les yeux vers elle. Son collier entourait son cou, mais sa présence ne suffisait plus à résoudre la question.
Anne avait désormais devant elle un mot, un contrat et deux conceptions du pouvoir.
Aucune ne lui appartenait encore.
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Durant le mois qui suivit la visite de Madame Thomas, Anne chercha le non d’Alexandre.
Elle ne le cherchait ni par cruauté ni par goût de la confrontation. Elle en avait besoin pour se rassurer.
Depuis que leur domination avait cessé d’être limitée aux séances, Alexandre accueillait chacune de ses décisions avec une docilité qui la comblait autant qu’elle l’inquiétait. Le collier restait parfois plusieurs jours dans son écrin, mais son absence ne changeait plus grand-chose. Anne indiquait ce qu’elle attendait et Alexandre s’efforçait de le lui offrir.
Une fois par semaine, ils se retrouvaient sur le canapé pour parler de leur nouvel équilibre. Aucun collier, aucune cage, aucun ordre ne venait troubler ces conversations. Anne lui demandait ce qu’il avait aimé, ce qui l’avait gêné et s’il regrettait de lui avoir accordé autant d’autorité.
Alexandre trouvait toujours quelque chose à raconter. Il pouvait lui dire qu’une position avait été inconfortable, qu’elle l’avait fait attendre inutilement ou que le ton employé devant la porte ouverte du jardin l’avait embarrassé.
Mais jamais il ne remettait en cause la place qu’elle lui donnait.
— Il doit bien y avoir quelque chose que tu refuserais, lui dit-elle un soir.
— Probablement.
— Quoi ?
Alexandre réfléchit.
— Je ne sais pas.
— Cette réponse ne m’aide pas.
— Elle a pourtant l’avantage d’être sincère.
Anne lui lança un regard sévère.
— Ce n’est pas le moment de faire de l’humour.
— C’est généralement ce que tu dis juste avant que l’humour devienne indispensable.
Elle détourna les yeux pour cacher le sourire qu’il venait de provoquer.
— Et si j’allais trop loin ?
— Tu t’arrêterais.
Il avait répondu sans hésiter.
Cette confiance pesa plus lourdement sur Anne que le doute. Alexandre comptait sur elle pour reconnaître une frontière qu’elle ne connaissait pas elle-même.
Elle finit par évoquer le problème avec Madame Thomas. Elles venaient de terminer une réunion consacrée aux matériaux intérieurs des silos. Les plans avaient été roulés, les échantillons rangés, mais Anne demeurait assise face à la cliente.
— Alexandre ne me dit jamais non.
Madame Thomas referma lentement son stylo.
— Cela vous déplaît ?
— Cela me fait peur.
— Voilà une réponse plus intéressante.
Anne se raidit.
— Je ne suis pas venue chercher une analyse de comptoir.
— Non. Vous êtes venue demander comment vérifier qu’un homme qui vous offre son obéissance n’est pas en train de disparaître à l’intérieur.
La justesse de la formulation réduisit Anne au silence.
Madame Thomas se leva et marcha jusqu’à la fenêtre.
— Il existe plusieurs frontières. La douleur est la plus évidente. La frustration sexuelle révèle sa capacité à vous confier son désir. L’objectification touche à l’image qu’il conserve de lui-même.
— Et si aucune ne le fait reculer ?
— Vous aurez appris que ces limites ne sont pas les siennes.
— C’est tout ?
Madame Thomas se retourna.
— N’essayez pas de briser Alexandre pour obtenir la preuve qu’il est encore capable de résister. Une limite n’est pas une victoire pour la dominante. C’est une information dont elle devient responsable.
Anne commença par la douleur.
Elle retourna seule dans la boutique où Alexandre avait acheté son collier. La vendeuse la reconnut presque immédiatement.
— Cette fois, vous ne venez pas seulement regarder.
— Il me faut un fouet.
— Pour produire un bel effet sonore ou pour apprendre à vous en servir ?
— Pour apprendre.
La vendeuse abandonna les modèles les plus impressionnants et lui présenta un fouet souple, conçu pour permettre une progression maîtrisée. Elle lui expliqua les gestes, les zones à éviter et la nécessité d’observer continuellement les réactions de son partenaire.
Durant plusieurs jours, Anne s’exerça sur un coussin fixé au dossier d’une chaise. Alexandre la surprit un soir au milieu du salon.
— Dois-je m’inquiéter pour le mobilier ?
— Seulement si le mobilier commence à désobéir.
— Je vais prévenir la commode de ta mère.
Le premier véritable essai eut lieu le week-end suivant.
Alexandre était attaché face au mur du bureau, les poignets maintenus au-dessus de lui. Anne commença lentement. Elle espaça les coups, surveilla sa respiration et l’obligea à évaluer régulièrement ce qu’il ressentait.
Lorsqu’elle augmenta l’intensité, ses épaules se contractèrent. Anne s’arrêta aussitôt.
— Couleur ?
— Vert.
— Ne me réponds pas pour me faire plaisir.
— Ce serait plutôt contradictoire avec la situation.
Elle lui donna un coup supplémentaire, plus sonore que douloureux.
— Insolent.
— Vert et légèrement insolent, Maîtresse.
La douleur n’était pas sa frontière.
Anne prolongea ensuite la chasteté. Une semaine passa, puis une seconde. Elle conservait la clé autour du cou et vérifiait chaque jour l’état de la cage. Alexandre devenait plus attentif à ses mouvements, plus sensible au moindre contact, mais il ne demanda jamais sa libération.
— Tu peux me demander de l’enlever, lui rappela-t-elle.
— Je sais.
— Et tu ne le fais pas.
— Non.
— Pourquoi ?
Il contempla la clé posée contre sa poitrine.
— Parce qu’elle est exactement là où je veux qu’elle soit.
La frustration sexuelle n’était pas davantage sa frontière.
Restait l’objectification.
Sur les conseils de Madame Thomas, Anne acheta une tenue noire renforcée aux genoux et aux chevilles, ainsi qu’une paire de gants protégeant les paumes. Un soir, elle ordonna à Alexandre de l’enfiler, fixa une laisse à son collier et le fit avancer à quatre pattes dans la maison.
Les premières minutes furent maladroites. Alexandre évaluait la résistance du tissu, la position de ses articulations et la distance entre les meubles.
Anne donna une légère traction sur la laisse.
— Arrête d’analyser.
Il leva les yeux vers elle.
— Je vérifie simplement la stabilité de l’installation.
— Tu es l’installation.
Il baissa la tête pour dissimuler son sourire.
Elle le conduisit jusqu’au bureau et lui ordonna d’entrer dans la cage. Alexandre obéit. Anne referma la porte, puis s’installa devant ses plans.
Anne le conduisit dans leur jardin clos, à l’abri des regards. Une simple tension de la laisse suffisait à déterminer sa direction. Elle pouvait l’arrêter, le faire repartir ou le maintenir près de ses bottes pendant qu’elle contemplait les premières fleurs du printemps.
Elle découvrit qu’elle aimait profondément cette image.
Alexandre avançait sous son contrôle, réduit en apparence à un corps docile. Pourtant, Anne n’oubliait jamais l’ingénieur brillant, l’homme capable de résoudre des problèmes que les autres jugeaient insolubles. Sa puissance demeurait intacte. Elle lui appartenait simplement durant cet instant.
Lorsqu’un caillou se glissa sous l’une de ses protections, Alexandre s’arrêta.
— Un problème ? demanda-t-elle.
— Mon genou.
Anne s’accroupit, retira le caillou et vérifia qu’il n’était pas blessé.
— Tu peux continuer ?
— Oui, Maîtresse.
Elle se releva et tira doucement sur la laisse.
Il reprit sa marche.
La douleur ne l’avait pas arrêté. La frustration non plus. Même l’objectification semblait renforcer ce calme intérieur qu’Anne voyait s’installer en lui.
Elle aurait dû se réjouir d’une compatibilité aussi profonde.
Au lieu de cela, elle se sentait de plus en plus démunie.
Une heure passa.
Lorsqu’elle leva les yeux, il reposait calmement sur le coussin, le visage tourné vers elle. Rien dans son expression n’évoquait l’humiliation ou la détresse. Il semblait au contraire débarrassé d’un poids qu’elle ne voyait apparaître que lorsqu’elle le lui retirait.
Elle ouvrit la cage.
Alexandre s’agenouilla devant elle.
— Rouge ? demanda-t-elle.
— Non.
— Tu as détesté ?
— Non.
— Tu pourrais développer tes réponses.
— J’attendais l’autorisation.
Anne referma les yeux.
— Va enlever cette tenue.
— Oui, Maîtresse.
Lorsqu’il eut quitté le bureau, elle resta seule devant la cage ouverte.
Elle aimait le dominer. Elle aimait le voir à ses pieds, décider de son confort et sentir son attention se concentrer entièrement sur elle. Cette découverte avait apaisé une colère ancienne. Elle ne se battait plus continuellement contre l’autorité des autres, parce qu’elle construisait désormais la sienne.
Mais le plaisir qu’elle éprouvait rendait sa responsabilité plus lourde.
Le dimanche soir, elle demanda à Alexandre de s’asseoir avec elle sur le canapé.
Le collier resta dans son écrin.
— Je ne trouve pas ta limite, dit-elle.
— C’est peut-être parce que tu n’as encore rien demandé que je souhaite réellement refuser.
— Ou parce que tu accepterais n’importe quoi pour me garder.
Alexandre cessa de sourire.
— Tu crois que je fais tout cela par peur ?
— Je crois que tu as déjà perdu ton père et ta mère. Je sais que tu as peur de perdre les personnes qui deviennent tes repères.
Il baissa les yeux.
— Je ne veux pas profiter de cette peur.
— Tu ne profites pas de moi.
— Alors explique-moi ce que tu cherches.
Il resta silencieux assez longtemps pour qu’Anne envisage de retirer sa question. Puis il se rapprocha d’elle.
— Je veux t’appartenir.
— Tu m’appartiens déjà lorsque tu portes le collier.
— Justement. Lorsque tu l’enlèves, je redeviens ton compagnon. Nous retrouvons nos anciennes habitudes, comme si le reste n’avait été qu’une parenthèse.
— Ce n’est plus une parenthèse.
— Je sais. Mais rien ne le dit vraiment.
Anne comprit avant même qu’il ne poursuive.
— Le mariage.
— Oui.
Elle détourna la tête.
— Nous avons déjà parlé de ça.
— Je ne te demande pas de m’épouser. J’ai compris ce que cette institution représente pour toi.
— Alors que me demandes-tu ?
Il posa les mains sur ses genoux.
— Pour beaucoup de personnes, le mariage signifie qu’elles ont choisi de construire leur vie ensemble. Il donne un nom à leur engagement. Moi, je voudrais que notre relation possède un nom qui ne t’oblige pas à accepter ce que tu refuses.
— La soumission ?
— Davantage.
Alexandre inspira profondément.
— Je ne veux pas seulement être ton soumis pendant quelques heures. Je veux devenir ton esclave.
Anne le contempla avec stupeur.
— Tu sais que ce mot me déplaît.
— Il me rassure.
— Il devrait plutôt t’inquiéter.
— C’est probablement pour cela que j’ai besoin que ce soit toi qui décides ce qu’il signifie.
Elle se leva brusquement et marcha jusqu’à la fenêtre.
— Un esclave n’a plus de choix.
— Moi, j’aurais choisi de ne plus décider seul.
— Ce n’est pas la même chose.
— Alors trouve un autre mot.
Anne se retourna vers lui.
— Et si je refuse ?
La douleur qui traversa son regard fut brève, mais elle la vit.
— Alors je resterai auprès de toi comme avant. Je ne partirai pas parce que tu ne peux pas me donner exactement ce que je demande.
— Mais tu serais malheureux.
— Non. Seulement incomplet.
Cette honnêteté lui fit plus d’effet que toutes ses obéissances.
Anne revint s’asseoir. Elle passa une main dans ses cheveux.
— Je ne te promets rien.
— Je sais.
— Et je refuse de prendre une décision sous prétexte que tu poses cette tête sur mes genoux.
— Je peux la retirer.
— Certainement pas.
Il se détendit légèrement sous ses doigts.
Anne avait passé plusieurs semaines à chercher son refus. Alexandre venait de lui révéler ce qu’elle aurait dû chercher depuis le début : non pas sa limite, mais la forme exacte de son désir.
Quelques jours plus tard, elle en parla à Madame Thomas.
Cette dernière l’écouta sans l’interrompre.
— Venez chez moi samedi prochain, dit-elle enfin. Avec Alexandre.
— Pourquoi ?
— Parce que vous n’avez plus besoin d’une nouvelle expérience. Vous avez besoin d’un cadre.
— Quel genre de cadre ?
— Celui que plusieurs femmes peuvent construire lorsqu’une seule ne suffit plus.
Anne n’apprécia pas le mystère de sa réponse.
— Dois-je apporter quelque chose ?
— Son collier. Et son bâillon.
— Pourquoi le bâillon ?
Un léger sourire apparut sur les lèvres de Madame Thomas.
— Vous déciderez vous-même si vous souhaitez vous en servir.
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Anne avait fini par donner un nom aux petites pièces du projet.
Les silos.
Le terme ne figurait pas dans les documents destinés au cabinet ni dans les comptes rendus adressés à Madame Thomas. Elle l’avait inscrit un soir dans la marge de son carnet, presque machinalement, avant de l’entourer d’un trait appuyé.
Les pièces n’avaient plus rien de simples espaces de rangement. Elles formaient désormais un ensemble cohérent, à demi enterré sous l’aile privée de la villa. Leur forme légèrement arrondie évoquait ces silos industriels conçus pour conserver ce qu’on y enfermait, mais Anne avait pris soin d’éviter toute impression d’oppression gratuite.
Chaque cellule disposait d’une étroite fenêtre horizontale, haute d’à peine trente centimètres. Placée au niveau du sol du jardin intérieur, elle permettait à l’occupant de voir les herbes, les fleurs, les pieds des arbres et les silhouettes qui traverseraient les allées. Grâce à une vitre sans tain et à la différence d’éclairage, il pouvait observer le jardin sans être vu depuis l’extérieur.
Anne avait longuement travaillé sur la lumière. Elle ne voulait pas d’un espace sombre, mais d’une pièce dans laquelle la lumière elle-même serait contrôlée. Le jardin demeurerait visible, proche, presque accessible, tout en restant hors d’atteinte.
Le plafond constituait l’élément le plus audacieux.
Il était composé d’un verre miroir dont le principe inversait celui de la fenêtre. Depuis la cellule, l’occupant ne voyait que son propre reflet et celui de la pièce qui l’entourait. Depuis le bureau situé à l’étage supérieur, en revanche, il était possible d’observer distinctement l’intérieur des silos.
Le bureau dominait également le jardin par une large baie vitrée. Assise à sa table, la propriétaire pouvait embrasser d’un seul regard les allées intérieures et le contenu des pièces aménagées sous elle.
Anne avait déplacé la maquette sur la grande table du salon. Des parties du toit pouvaient être retirées afin de révéler l’organisation intérieure. Elle avait même construit une coupe de l’un des silos pour montrer le jeu des regards entre la cellule, le jardin et le bureau.
Plus elle contemplait son travail, plus elle était convaincue d’avoir compris la demande de Madame Thomas.
Elle ignorait seulement si elle avait été trop loin.
Elle aurait pu présenter la maquette au cabinet, en présence de sa patronne et de l’équipe chargée du projet. Elle choisit de ne pas le faire. Certaines idées étaient trop intimes pour supporter immédiatement le regard de personnes qui n’en comprendraient que la forme.
Elle téléphona directement à Madame Thomas.
— J’aimerais vous présenter une proposition pour les pièces privées, lui dit-elle. Mais je préférerais le faire chez moi, en dehors du cabinet.
Un bref silence suivit.
— Pourquoi chez vous ?
— Parce que je ne suis pas encore certaine de vous montrer la maison que vous avez demandée ou celle que j’ai comprise.
Madame Thomas ne demanda aucune explication supplémentaire.
— Samedi, dix-sept heures ?
— Cela me convient.
Après avoir raccroché, Anne se retourna.
Alexandre se tenait dans l’encadrement de la porte, une tasse à la main.
— Tu viens d’inviter Madame Thomas ici ?
— Oui.
Il regarda autour de lui.
Des rouleaux de plans occupaient un fauteuil. Deux paires de chaussures d’Anne étaient abandonnées sous la console de l’entrée, à côté d’une pile de courrier et d’un vase vide. La cage se trouvait toujours dans le bureau dont la porte demeurait le plus souvent ouverte.
— Ici, répéta-t-il.
— C’est généralement le sens du mot « chez moi ».
— Je cherchais une autre interprétation. Une annexe secrète, par exemple. Ou une maison témoin dont l’organisation aurait été confiée à des adultes responsables.
Anne croisa les bras.
— Tu veux dire que je devrais ranger ?
— Je n’oserais jamais te donner un conseil aussi dangereux.
Elle lui adressa un regard étroit.
— Tu vas m’aider.
— Voilà une décision beaucoup plus conforme à l’ordre naturel de cette maison.
Durant la semaine, Anne rangea juste assez pour rendre les pièces praticables. Elle refusa néanmoins de transformer la maison en décor impersonnel. Les vieux meubles de sa mère restèrent à leur place. Les livres demeurèrent empilés selon cette logique qu’elle seule comprenait, et les objets auxquels elle tenait continuèrent de côtoyer ceux dont elle avait simplement oublié l’existence.
Elle prit cependant plusieurs décisions qui intriguèrent Alexandre.
L’écrin du collier resta ouvert sur la console.
La porte du bureau ne fut pas refermée. Depuis le salon, une personne attentive pourrait apercevoir un angle de la cage en acier noir.
Anne laissa également une paire de menottes de cuir sur son bureau, posée près d’un échantillon de verre miroir. Rien n’était franchement exposé. Rien n’était véritablement caché.
— Tu as oublié ça, lui signala Alexandre en montrant les menottes.
— Non.
— D’accord.
Il observa l’écrin dans l’entrée.
— Et ça non plus, je suppose.
— Non plus.
— Est-ce que je dois m’inquiéter de ce que tu comptes montrer à Madame Thomas ?
Anne s’approcha de lui et arrangea le col de sa chemise.
— Je ne compte rien lui montrer. Je veux simplement voir ce qu’elle remarquera.
— C’est rassurant.
— Tu resteras avec nous.
— C’est beaucoup moins rassurant.
— Tu nous serviras à boire. Ensuite, tu écouteras.
— Sans donner mon avis ?
— Sauf si je te le demande.
Alexandre chercha le collier du regard.
Anne posa deux doigts sous son menton et lui fit relever la tête.
— Tu n’en as pas besoin.
Il inspira lentement.
— Non.
— Bien.
Madame Thomas arriva à dix-sept heures précises.
Elle était seule.
Alexandre lui ouvrit la porte. Elle portait un manteau sombre à la coupe impeccable et des gants assortis. Elle lui tendit la main avec un sourire courtois.
— Alexandre. Nous nous retrouvons enfin dans votre univers.
— Techniquement, c’est surtout celui d’Anne.
Le regard de Madame Thomas glissa derrière lui, vers l’intérieur de la maison.
— Je n’en ai jamais douté.
Alexandre s’écarta pour la laisser entrer.
Madame Thomas retira lentement ses gants. En les rangeant dans son sac, ses yeux s’arrêtèrent une fraction de seconde sur l’écrin ouvert. Elle ne se pencha pas, ne posa aucune question. Seul un léger changement dans son expression indiqua qu’elle avait reconnu le collier.
Alexandre la conduisit jusqu’au salon.
— Que puis-je vous offrir ? Du vin, du thé, de l’eau ?
— Un verre de vin blanc, si vous en avez.
— Bien sûr.
— Servez également Anne. Elle en aura probablement besoin.
Il hésita, ne sachant pas si cette phrase relevait de l’humour ou d’un avertissement.
— Je vais voir ce que je peux faire.
Madame Thomas prit place sur le canapé sans attendre qu’il l’y invite. Elle observa la pièce avec une attention tranquille : les meubles anciens, les plans, les objets dépareillés, la maquette installée au centre et l’ouverture du couloir donnant sur le bureau.
À cet instant, Anne apparut en haut de l’escalier.
Elle avait choisi une blouse claire et sa longue jupe de cuir. Ses bottes accompagnaient chacun de ses pas d’un bruit régulier. Elle n’était pas habillée pour provoquer Madame Thomas, mais elle ne cherchait pas davantage à s’effacer devant elle.
Alexandre remarqua que sa cliente se leva pour l’accueillir.
— Madame Thomas.
— Anne.
Elles échangèrent une poignée de main. Leurs sourires respectifs avaient la politesse de deux adversaires qui se réjouissaient sincèrement de la partie à venir.
Alexandre apporta les verres et s’apprêta à se retirer.
— Reste avec nous, lui dit Anne.
Il prit place dans le fauteuil le plus éloigné.
Anne lui adressa un regard.
Il comprit, se releva et resta debout près de la table, disponible.
Le sourire de Madame Thomas s’accentua à peine.
Anne retira la première partie du toit de la maquette.
— J’ai réorganisé l’aile privée. Les pièces que vous aviez décrites comme des espaces destinés à conserver vos biens personnels se trouvent ici, sous le jardin intérieur.
— À demi enterrées, observa Madame Thomas.
— Oui. Cela stabilise leur température, améliore leur isolation acoustique et les sépare naturellement du reste de la maison.
Anne montra les passages qui reliaient les silos à un couloir de service.
— On peut y accéder sans traverser les espaces de réception. Les portes sont commandées depuis l’extérieur, comme vous le souhaitiez. J’ai prévu un dispositif mécanique doublé d’un contrôle électronique, mais chaque porte pourra être ouverte immédiatement en cas d’urgence.
Madame Thomas hocha la tête.
— La sécurité ne doit jamais dépendre d’un caprice de la technologie.
Alexandre releva les yeux. Anne vit qu’il approuvait cette remarque, mais il garda le silence.
Elle ouvrit la maquette en coupe.
— Chaque pièce dispose d’une fenêtre basse donnant sur le jardin.
— On peut donc voir les personnes qui circulent à l’extérieur.
— Sans être vu par elles.
— Intéressant.
— L’occupant reste en relation avec la maison. Il perçoit les mouvements, les heures de la journée, les changements de lumière. Mais il ne peut pas attirer l’attention d’une personne dans le jardin par sa seule présence.
Madame Thomas observa la petite fenêtre.
— Vous ne dites plus « mes biens personnels ».
Anne soutint son regard.
— Non.
Un silence s’installa.
Alexandre eut soudain la sensation d’assister à une partie de cartes dont les deux joueuses connaissaient les règles, tandis que lui ignorait jusqu’à la valeur des figures.
Madame Thomas ne parut ni offensée ni surprise.
— Continuez.
Anne désigna le plafond.
— Le verre fonctionne dans l’autre sens. Depuis l’intérieur, le plafond apparaît comme un miroir. Depuis le bureau situé au-dessus, il devient transparent.
Elle retira l’étage supérieur de la maquette et révéla le vaste bureau panoramique.
— D’ici, vous pourrez voir le jardin et l’intérieur de chacune des pièces. Vous serez visible depuis le jardin si vous le souhaitez, mais jamais depuis les silos.
Madame Thomas fit lentement le tour de la table.
— Les silos ?
— C’est ainsi que je les appelle pour le moment.
— Vous enfermez donc mes biens personnels dans des silos et vous placez mon bureau au-dessus d’eux.
— Je structure la maison autour du regard de sa propriétaire.
Madame Thomas leva les yeux vers elle.
— Et autour de son autorité ?
Anne ne répondit pas tout de suite.
Alexandre sentit qu’elle avait attendu cette question depuis le début de la semaine.
— Une maison révèle toujours une autorité, dit-elle enfin. Dans la plupart des habitations, elle est simplement dissimulée derrière des habitudes présentées comme naturelles. On décide qui occupe la pièce principale, qui dispose du meilleur bureau, qui peut fermer une porte et qui doit rester disponible. J’ai seulement rendu ces décisions visibles.
— Vous les avez surtout placées entre les mains d’une seule personne.
— C’est ce que demande votre projet.
— Est-ce que cela vous dérange ?
Anne referma doucement la coupe du silo.
— Cela m’intrigue.
Madame Thomas se tourna vers le bureau ouvert au fond du couloir. Elle pouvait maintenant distinguer clairement les barreaux noirs de la cage ainsi que les bracelets de cuir posés sur la table.
— Au point de mener vos propres expériences, semble-t-il.
Alexandre baissa instinctivement les yeux.
Anne, elle, ne bougea pas.
— Je ne conçois pas un espace sans essayer de comprendre ce qu’il fait ressentir à la personne qui l’occupe.
— Et qu’avez-vous découvert ?
— Que l’enfermement ne dépend pas seulement des dimensions d’une pièce. Il dépend de la personne qui détient la clé.
Madame Thomas regarda Alexandre.
Ce fut bref, mais suffisamment direct pour qu’il se sente inclus dans la réponse.
— Êtes-vous d’accord avec cette conclusion ? lui demanda-t-elle.
Il regarda Anne avant de parler.
— Oui.
— Parce qu’elle vous a demandé de le dire ?
Anne allait intervenir, mais Alexandre répondit avant elle.
— Non. Parce que je sais ce que je ressens lorsque la clé est entre ses mains.
Le silence qui suivit n’avait rien d’embarrassé. Madame Thomas semblait simplement évaluer la précision de ses mots.
— Merci, Alexandre.
Anne le fixa quelques secondes. Il crut voir de la fierté dans son regard.
Elle lui tendit son verre vide.
— Sers-moi encore un peu de vin.
Il s’exécuta.
Madame Thomas suivit l’échange avec attention.
— Depuis combien de temps exercez-vous cette autorité sur lui ? demanda-t-elle.
— Nous avons commencé par jouer, répondit Anne. Le collier marquait le début et la fin de chaque expérience.
— Et maintenant ?
— Maintenant, la frontière est moins nette.
— Cela vous inquiète ?
Anne prit le verre que lui tendait Alexandre.
— Je n’ai pas encore décidé.
Madame Thomas se rassit sur le canapé.
— L’autorité n’est pas nécessairement un rôle que l’on endosse pour une soirée avant de le ranger dans une boîte. Elle peut devenir une manière d’organiser la vie commune.
— En permanence ?
— La permanence ne signifie pas que l’on donne des ordres à chaque minute. Une autorité véritable se reconnaît précisément au fait qu’elle n’a pas besoin de se manifester sans cesse.
Anne jeta un regard vers l’écrin posé dans l’entrée.
— Le collier deviendrait inutile ?
— Non. Il changerait de fonction. Il ne créerait plus l’autorité. Il la rendrait visible.
Alexandre avait cessé de bouger.
Madame Thomas s’en aperçut.
— Cela ne fonctionne que si chacun trouve une place qui lui correspond, poursuivit-elle. La personne qui dirige accepte la responsabilité de décider. Celle qui lui obéit ne disparaît pas ; elle choisit à qui elle confie une part de sa liberté. Sans cette volonté, il ne reste qu’une contrainte vide, aussi mal conçue qu’une porte dont on aurait oublié l’issue de secours.
Anne effleura le bord de la maquette.
— Et si l’un des deux change d’avis ?
— Alors l’autorité doit savoir entendre ce que l’obéissance ne parvient plus à offrir.
— Vous rendez cela très simple.
— Non. Je refuse simplement de le rendre honteux.
Pour la première fois, Anne détourna les yeux.
Alexandre connaissait cette expression. Elle apparaissait lorsqu’une idée atteignait Anne plus profondément qu’elle ne voulait le montrer.
Madame Thomas se leva et revint près de la maquette.
— Votre conception est remarquable. Vous avez compris que je ne voulais pas seulement des pièces fermées. Je voulais que l’architecture exprime une relation entre celle qui observe et celui qui accepte d’être observé.
Anne releva la tête.
— Celui ?
Un sourire passa sur les lèvres de Madame Thomas.
— Vous aviez déjà cessé de parler de simples rangements. Ne feignons pas d’être moins perspicaces que nous ne le sommes.
Alexandre se concentra soudain avec beaucoup d’intérêt sur le niveau de vin dans les verres.
— Vous aviez prévu que je comprendrais ? demanda Anne.
— J’espérais que vous poseriez les bonnes questions. Vous êtes allée plus loin.
— Est-ce un compliment ?
— C’est encore une observation.
La discussion se poursuivit autour des matériaux, de la circulation de l’air et du traitement acoustique. Pourtant, Alexandre percevait derrière chaque considération pratique une seconde conversation.
Lorsqu’Anne parlait de visibilité, Madame Thomas lui répondait par la confiance.
Lorsqu’elle évoquait les serrures, sa cliente parlait de responsabilité.
Lorsqu’elles discutaient de la place du bureau, il était question de savoir si une femme pouvait assumer d’occuper le centre de son propre univers sans demander la permission.
Aucune ne prononça le mot domination.
Il se trouvait pourtant partout.
À dix-neuf heures, Madame Thomas remit ses gants.
— Je vais étudier votre proposition. Je vous communiquerai ma décision dans quelques jours.
Anne l’accompagna jusqu’à l’entrée.
Madame Thomas s’arrêta devant l’écrin ouvert et contempla enfin le collier sans dissimuler son intérêt.
— Il est bien choisi.
— C’était un cadeau d’Alexandre.
— Vraiment ?
Elle se tourna vers lui.
— Alors vous aviez compris avant elle.
Alexandre rougit.
— J’avais surtout une intuition.
— Les décisions importantes commencent souvent ainsi.
Madame Thomas lui adressa un léger sourire. Ce sourire n’avait rien de séducteur, mais il donnait à Alexandre la désagréable impression qu’elle savait déjà de lui beaucoup plus qu’il ne lui avait confié.
Anne remarqua son trouble.
Madame Thomas prit congé sans ajouter un mot.
Lorsque la porte se referma, Anne resta un instant immobile, la main sur la poignée.
Puis elle retourna dans le salon et se laissa tomber sur le canapé.
— Mon Dieu…
Alexandre commença à ranger les verres.
— Est-ce le soulagement de l’architecte qui a survécu à sa présentation ou l’épuisement de la joueuse qui vient de découvrir que son adversaire possédait toutes les cartes ?
— Prépare-moi du thé.
— Ce sera donc la deuxième option.
Anne lui lança un coussin qu’il évita de justesse.
Quelques minutes plus tard, il revint avec une tasse fumante. Il la déposa devant elle, puis s’agenouilla près du canapé.
Anne ne lui avait rien demandé.
Elle posa néanmoins une main dans ses cheveux.
— Elle te trouble, dit-il.
— Elle m’agace.
— Ce qui, dans ton langage, peut parfois signifier la même chose.
Anne considéra cette remarque.
— J’avais préparé chaque détail. La maquette, les plans, les objets laissés en évidence… Je voulais découvrir ce qu’elle cachait derrière son cahier des charges.
— Et alors ?
— Je ne suis toujours pas certaine de le savoir. Elle a vu tout ce que je voulais lui montrer, mais j’ai l’impression qu’elle en a compris davantage.
Alexandre posa un bras sur ses genoux.
— Tu l’admires.
Anne eut d’abord un mouvement de refus. Puis sa main s’immobilisa sur sa nuque.
— Peut-être.
Elle prit sa tasse.
— Elle ne s’excuse jamais.
— Toi non plus.
— Si. Constamment. Je le fais en me mettant en colère, en provoquant, en rejetant les règles avant qu’elles puissent m’enfermer. Elle, elle n’a pas besoin de se battre contre la pièce dans laquelle elle entre. Elle s’y installe et, au bout de quelques minutes, tout le monde semble trouver naturel qu’elle en occupe le centre.
— Y compris toi ?
Anne réfléchit.
— Non. Mais j’ai eu envie de comprendre comment elle y était parvenue.
Alexandre leva les yeux vers elle.
— Elle prétend que c’est son mode de vie.
— Elle ne l’a pas prétendu. Elle l’a laissé entendre.
— Tu as raison. Je dois encore travailler ma capacité à suivre les conversations qui se déroulent sous les conversations.
Anne sourit.
— Tu t’en es bien sorti.
— Je n’étais pas certain de pouvoir répondre à sa question.
— Pourtant, tu l’as fait.
— Parce que tu étais là.
Anne posa sa tasse et prit son visage entre ses mains.
— Son autorité est entière, murmura-t-elle. Elle ne ressemble pas à un jeu, ni à un costume. Elle ne paraît même pas avoir besoin d’être affirmée. Tout, autour d’elle, semble déjà organisé pour lui obéir.
Son pouce effleura la joue d’Alexandre.
— Je ne sais pas encore si cela me fascine ou si cela m’effraie.
— Les deux ne sont pas incompatibles.
— Voilà que tu analyses de nouveau.
— Dois-je prendre ma place ?
Il avait prononcé la question avec un léger sourire, mais Anne sentit qu’il ne plaisantait qu’à moitié.
Son regard se dirigea vers le bureau et la cage visible dans la pénombre.
Puis elle revint à Alexandre, agenouillé contre elle sans collier et sans qu’elle le lui ait ordonné.
— Non, dit-elle doucement. Tu y es déjà.
Elle l’attira contre ses jambes et reprit sa tasse.
Dans l’entrée, le collier reposait toujours dans son écrin.
Pour la première fois, Anne ne le considéra plus comme l’instrument qui lui permettait de devenir la maîtresse d’Alexandre.
Seulement comme le symbole d’une autorité qui commençait à exister sans lui.
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Le collier était resté sur la console de l’entrée.
Anne ne l’avait pas rangé. Il reposait dans son écrin ouvert, à côté du vide-poche où Alexandre déposait ses clés en rentrant. Sa présence suffisait désormais à modifier imperceptiblement l’atmosphère de la maison.
Pourtant, depuis quelque temps, Anne l’utilisait moins souvent.
Au début, Alexandre ne s’en était pas réellement aperçu. Les changements avaient été trop discrets. Une consigne donnée pendant qu’elle travaillait, un geste exigé d’un simple regard, une décision qu’elle ne soumettait plus à la discussion.
— Alexandre, débarrasse-moi cette table. J’ai besoin de place.
Il avait obéi avant même de se demander si une séance venait de commencer.
Un autre soir, alors qu’il s’installait près d’elle sur le canapé, elle avait posé la main sur le coussin.
— Pas ici. À mes pieds.
Elle avait dit cela tout naturellement, sans modifier le ton de sa voix. Alexandre avait hésité une seconde, surpris davantage par l’absence de mise en scène que par l’ordre lui-même. Puis il s’était assis sur le tapis, contre ses jambes.
Anne avait continué à lire comme si cette disposition allait de soi. Au bout de quelques minutes, elle avait glissé les doigts dans ses cheveux.
Ni l’un ni l’autre n’avait parlé du collier.
Il ne s’agissait plus seulement de ces soirées soigneusement préparées durant lesquelles Anne se transformait en maîtresse et Alexandre en soumis. Quelque chose de leur jeu avait franchi la frontière qu’ils avaient tracée entre leurs séances et leur quotidien. Leur relation ne changeait pas brutalement ; elle s’organisait autrement.
Anne décidait davantage.
Alexandre contestait moins.
Et, curieusement, aucun des deux ne ressentait cela comme une perte.
Anne consacrait alors une grande partie de ses soirées au projet de Madame Thomas. Le cahier des charges de la villa était posé en permanence sur la table du salon, entouré de croquis, de plans annotés et de photographies du terrain.
La maison devait être lumineuse, ouverte sur le jardin, pensée pour recevoir. Pourtant, certaines pièces échappaient à cette logique. Madame Thomas avait demandé plusieurs espaces plus petits, dépourvus de fenêtres, équipés de portes pouvant être verrouillées de l’extérieur.
Elle les désignait comme des pièces de rangement.
Anne avait accepté cette définition lors de leurs entretiens. Devant ses plans, elle éprouvait cependant de plus en plus de difficulté à s’en satisfaire.
Ce soir-là, elle étudiait la plus petite de ces pièces. Alexandre préparait du thé dans la cuisine lorsqu’elle l’appela.
— Viens voir.
Il posa les deux tasses sur la table et se pencha au-dessus de son épaule. Anne lui montra le plan.
— Deux mètres quarante sur deux mètres. Pas de fenêtre. Une ventilation indépendante, un éclairage commandé depuis l’extérieur et une porte renforcée. Madame Thomas exige aussi un revêtement résistant, facile à nettoyer.
Alexandre observa le dessin.
— C’est une cellule de prison.
Anne tourna la tête vers lui.
— Une cellule de prison ?
— Avec un meilleur architecte, précisa-t-il.
Elle éclata de rire.
— Merci pour cette appréciation professionnelle.
— Je pourrais également parler d’un débarras doté d’une politique de sécurité excessivement ambitieuse, mais ce serait moins honnête.
Anne reprit son crayon. La plaisanterie aurait dû s’arrêter là. Pourtant, elle entoura lentement la pièce sur le plan.
— Si c’était une cellule, qu’est-ce qui te dérangerait le plus ?
Alexandre fronça les sourcils.
— Tu me demandes ça comme architecte informatique ou comme cobaye disponible ?
— Comme Alexandre.
Il réfléchit.
— De ne pas savoir pourquoi j’y suis. Ni quand je pourrai en sortir.
— Donc ce n’est pas nécessairement l’espace réduit qui pose problème.
— Non. C’est celui qui possède la clé.
Anne posa son crayon.
— Et si c’était moi ?
Il la regarda. La question n’avait pas été prononcée sur le ton théâtral qu’elle prenait parfois pendant leurs jeux. Anne ne souriait pas. Elle voulait réellement connaître sa réponse.
— Si c’était toi, dit-il, ce ne serait plus tout à fait une prison.
— Qu’est-ce que ce serait ?
Il observa encore le rectangle tracé sur le papier.
— Une place que tu aurais choisie pour moi.
Anne ne répondit pas immédiatement. Elle reprit son crayon et nota quelques mots dans la marge : perception de l’enfermement — visibilité — confiance — place du détenteur de la clé.
— Tu prends vraiment note de ce que je viens de dire ?
— C’est une étude très sérieuse.
— Je commence à regretter la cellule de prison.
— Trop tard. Le consultant a parlé.
Les jours suivants, Anne revint plusieurs fois sur cette petite pièce. Elle en modifia les proportions, déplaça l’éclairage, ajouta une ouverture étroite dans la porte avant de la supprimer. Elle ne cherchait plus seulement à satisfaire le cahier des charges de Madame Thomas. Elle voulait comprendre comment un espace inconfortable pouvait néanmoins devenir supportable, voire rassurant.
Elle finit par montrer à Alexandre la photographie d’une cage d’intérieur en acier noir, assez grande pour qu’un adulte puisse s’y tenir assis ou allongé, mais trop basse pour qu’il puisse s’y mettre debout.
— Nous n’avons pas la place de construire une pièce, lui dit-elle. Mais nous pouvons expérimenter le principe à une échelle réduite.
Alexandre examina longuement l’image.
— Tu veux installer ça dans le salon ?
— Temporairement.
— Dans ton vocabulaire, temporairement peut signifier entre trois heures et vingt ans.
— Est-ce une limite ?
La question effaça son sourire. Il regarda de nouveau la cage, puis Anne.
— Non.
— Une crainte ?
— Oui.
— Laquelle ?
— De ne pas pouvoir sortir par moi-même.
Anne acquiesça.
— C’est précisément le principe.
Il eut un petit mouvement nerveux des lèvres.
— Je m’en doutais.
Elle s’approcha et posa la main contre sa joue.
— La clé restera sur moi. Le mot de sécurité ne change pas. Si tu dis « Rouge », j’ouvre immédiatement. Et nous ferons un premier essai court.
— Combien de temps ?
Anne retira sa main.
— Cela, c’est moi qui le déciderai.
Il baissa les yeux. Elle vit son souffle ralentir et reconnut l’apaisement qu’elle provoquait désormais chez lui lorsqu’elle affirmait ainsi son autorité.
— D’accord, répondit-il.
La cage fut livrée quelques jours plus tard dans un grand carton anonyme.
Alexandre la monta lui-même sous la surveillance d’Anne. Sa nature méthodique reprit momentanément le dessus : il contrôla les fixations, testa les charnières, vérifia l’absence d’arêtes coupantes et ajouta de petits patins pour protéger le parquet.
Anne le laissa faire. Cette prudence faisait partie de lui. Elle n’avait aucune envie de la supprimer ; elle voulait seulement décider du moment où elle cessait d’être utile.
Quand il eut terminé, il se redressa et contempla le résultat.
Installée dans un angle du bureau, la cage ressemblait moins à un accessoire érotique qu’à un objet dont la fonction restait volontairement indéterminée. Anne déposa un coussin à l’intérieur.
— Tu avais parlé d’inconfort, fit remarquer Alexandre.
— Il doit être choisi, pas absurde.
Elle fit quelques pas autour de la structure, observa la façon dont elle occupait l’espace, puis déplaça légèrement son bureau. De son fauteuil, elle pouvait voir l’intérieur de la cage sans avoir à tourner la tête.
Alexandre remarqua ce détail.
— Tu avais déjà prévu l’angle de vue ?
— Depuis le début.
Elle alla chercher un verre d’eau, son carnet et le trousseau de petites clés fourni avec la serrure. En revenant, elle passa devant le collier posé sur la console.
Elle ne le prit pas.
Alexandre suivit son regard.
— Tu l’as oublié.
— Non.
Anne s’assit dans son fauteuil. Elle croisa les jambes, ouvrit son carnet et désigna la cage.
— Entre.
Il demeura immobile.
Ce n’était pas un refus. Anne reconnut plutôt le moment précis où son esprit cherchait la règle, le signal qui ferait de cet instant une séance. Jusqu’alors, le collier avait toujours marqué la frontière. Une fois attaché autour de son cou, il savait ce qu’Anne attendait de lui et ce qu’il lui offrait en retour.
Mais ce soir, il n’y avait aucune frontière visible.
Seulement sa voix.
— Est-ce que je dois me déshabiller ? demanda-t-il.
— Non.
— Est-ce que…
Anne leva un doigt.
— Je t’ai donné un ordre, Alexandre.
Il se tut.
Puis il se mit à genoux et entra dans la cage.
Il dut incliner la tête pour passer l’ouverture. Une fois à l’intérieur, il se retourna et s’assit sur le coussin. Anne s’accroupit devant lui.
— Le mot de sécurité ?
— Rouge.
— Et si tu te sens mal sans vouloir interrompre immédiatement ?
— Je te le dis clairement.
— Bien.
Elle referma la porte.
Le déclic de la serrure leur parut étonnamment sonore.
Anne conserva un instant la clé entre deux doigts. Alexandre suivait chacun de ses mouvements. Elle aurait pu poser la clé sur le bureau, à portée de vue. Au lieu de cela, elle la glissa dans la poche de son pantalon.
— Voilà, dit-elle. Maintenant, tu restes à ta place pendant que je travaille.
Elle reprit son fauteuil et ouvrit le dossier de Madame Thomas.
Les premières minutes furent étranges pour tous les deux.
Alexandre testa discrètement sa position. Il pouvait s’asseoir, s’allonger ou se mettre à quatre pattes, mais aucun mouvement ne lui permettait d’oublier les limites métalliques qui l’entouraient. Il posa une main sur la porte, sans la pousser.
Anne releva les yeux.
— Tout va bien ?
— Oui.
Elle attendit.
— Je cherche encore comment me placer, ajouta-t-il.
— Tu trouveras.
Elle se remit au travail.
Peu à peu, le silence changea de nature.
Alexandre cessa d’évaluer la cage. Il n’avait aucune décision à prendre, aucune solution à proposer, rien à anticiper. Anne possédait la clé. Elle connaissait sa présence, surveillait son état et déciderait de l’instant où la porte s’ouvrirait.
Cette certitude suffisait.
Il s’adossa contre les barreaux et ferma les yeux.
Anne, de son côté, découvrait un sentiment plus trouble. Elle aimait savoir Alexandre près d’elle, disponible, contenu dans l’espace qu’elle lui avait assigné. Sa présence ne perturbait plus son travail. Elle l’accompagnait.
Lorsqu’elle levait les yeux de ses plans, elle le trouvait exactement là où elle avait décidé qu’il serait.
Cette pensée lui procura une satisfaction qu’elle ne tenta pas de dissimuler.
Au bout d’un moment, elle abandonna son crayon et se tourna vers lui.
— Tu es calme.
Alexandre rouvrit les yeux.
— Oui.
— Malgré la porte verrouillée ?
— Grâce à elle, je crois.
Anne se leva et s’approcha de la cage. Elle resta debout devant lui.
— Tu as obéi alors que tu ne portais pas ton collier.
— Je l’ai remarqué.
— Pourquoi ?
Il posa les mains sur ses cuisses.
— Au début, le collier m’aidait à comprendre ce que tu attendais de moi. C’était une règle simple : quand tu me le mettais, je t’obéissais jusqu’à ce que tu me le retires.
— Et maintenant ?
Alexandre leva les yeux vers elle.
— Maintenant, je n’en ai plus besoin pour savoir que tu es ma maîtresse.
Le mot resta suspendu entre eux.
Anne l’avait déjà entendu pendant leurs séances. Dans cet espace clos, prononcé sans costume, sans mise en scène et sans collier, il prenait une autre valeur.
Elle sortit la clé de sa poche, mais n’ouvrit pas immédiatement.
— Et moi, dit-elle, je n’ai peut-être plus besoin de te le mettre pour savoir que tu m’obéiras.
Alexandre eut un léger sourire.
— Il semble que ton expérience architecturale produise des résultats.
— Ne plaisante pas avec la maîtresse d’ouvrage.
— Je parlais de toi.
Anne sourit à son tour. Elle introduisit enfin la clé dans la serrure et ouvrit la porte.
— Sors.
Alexandre se déplia avec précaution. Ses jambes engourdies le forcèrent à prendre appui sur le bord du bureau. Anne lui tendit son verre d’eau et attendit qu’il ait retrouvé une position confortable.
Ils s’installèrent ensuite sur le tapis, près de la cage.
Leur échange fut plus long que d’habitude. Anne lui demanda ce qu’il avait ressenti au moment où la serrure s’était refermée, puis après dix minutes, et enfin lorsqu’elle s’était approchée avec la clé. Alexandre lui parla de l’appréhension, de l’étrange soulagement qui avait suivi, mais aussi de l’importance de pouvoir la voir.
— Si tu avais quitté la pièce sans me prévenir, je l’aurais probablement mal vécu.
Anne le nota mentalement.
— Donc l’ouverture visuelle est essentielle.
— Pour moi, oui. Je pouvais vérifier que tu étais là.
— Et si la pièce permettait de t’entendre sans me voir ?
— Ce serait plus difficile.
Anne regarda la cage.
— Plus intense ?
— Sans doute.
Elle ne releva pas immédiatement le mot, mais Alexandre vit à son expression qu’elle le conservait quelque part.
— Tu es en train de transformer notre débriefing en étude de faisabilité, dit-il.
— Les bons projets naissent souvent de l’expérience des usagers.
— Je suis donc devenu un usager ?
Elle posa la main sur sa nuque.
— Mon usager.
— Le titre manque un peu de romantisme.
— Mon cobaye ?
— Ce n’est pas mieux.
— Mon soumis, alors.
Cette fois, il ne trouva rien à répondre.
Anne l’attira contre elle et l’embrassa sur le front.
Le lendemain matin, la cage se trouvait toujours dans le bureau.
Alexandre supposait qu’ils la replieraient après le petit-déjeuner. Anne, cependant, ne semblait pas pressée de la faire disparaître. Elle travaillait déjà sur ses plans lorsqu’il entra avec sa tasse de café.
— Tu comptes la laisser ici ? demanda-t-il.
— Elle ne gêne pas.
— C’est discutable.
— Tout est discutable avec toi.
Elle observa la pile de livres et de dossiers qu’il avait laissée sur le second bureau.
— Range-moi ça.
Alexandre posa sa tasse et commença à trier les documents. Lorsqu’il eut terminé, il se tourna vers elle, attendant presque inconsciemment son approbation.
Anne examina le bureau.
— C’est mieux.
Il sourit et fit un pas vers la porte.
— Alexandre.
Il s’arrêta.
Elle lui indiqua la cage d’un mouvement du menton.
— Viens prendre ta place.
Son regard se porta vers la console visible au bout du couloir. Le collier s’y trouvait toujours.
Anne n’ajouta rien.
Alexandre entra dans la cage, ajusta le coussin et s’assit. Elle se leva, referma la porte et glissa la clé dans sa poche.
Puis elle retourna à ses plans.
Aucun des deux n’avait annoncé le début d’une séance.
Pourtant, pendant qu’Anne dessinait la maison de Madame Thomas, leur propre maison venait de changer d’organisation.
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Le mardi matin, Anne retrouva Madame Thomas devant le portail de la propriété.
La cliente était déjà présente lorsqu’elle arriva. Elle se tenait près de sa voiture, vêtue d’un pantalon clair, d’une veste cintrée et de bottes adaptées au terrain. Même dans cette tenue moins formelle que celle du restaurant, elle conservait la même élégance maîtrisée.
Anne avait apporté les premières esquisses de la future maison.
Elle avait passé une grande partie du week-end à étudier le terrain, ses courbes de niveau et la position des arbres. Alexandre l’avait retrouvée plusieurs fois au milieu de la nuit, assise dans le salon, entourée de feuilles de papier calque.
Elle prétendait seulement explorer quelques possibilités.
Il lui avait fait remarquer qu’elle avait déjà dessiné six versions de l’entrée principale.
Anne avait refusé de considérer cela comme une preuve d’engagement.
Madame Thomas consulta sa montre lorsqu’elle la vit approcher.
— Dix heures moins trois. Vous êtes ponctuelle.
— Je préfère arriver avant mes clients.
— Et moi avant les personnes que j’engage. Nous devrons trouver un compromis.
Anne lui tendit la main.
— Bonjour, Madame Thomas.
— Bonjour, Anne.
La propriétaire ouvrit elle-même le portail.
Le terrain descendait légèrement vers une partie boisée. L’ancienne construction, désormais inhabitable, occupait une zone dégagée près du centre de la propriété. Plus loin, les arbres formaient une barrière naturelle qui dissimulait presque entièrement les habitations voisines.
— J’ai étudié les relevés, commença Anne. Il est possible de conserver tous les arbres importants, mais l’accès devra contourner la propriété par l’est.
— Cela allongera le trajet depuis le portail.
— De quarante mètres environ.
— Très bien.
La facilité avec laquelle Madame Thomas accepta la modification surprit Anne.
— Vous ne souhaitez pas voir la maison dès l’entrée ?
— Non. Je veux qu’elle se révèle progressivement. Une personne invitée chez moi doit avoir le temps de comprendre qu’elle quitte l’espace public avant d’entrer dans le mien.
Anne nota la formulation.
— Dans ce cas, nous pouvons utiliser les arbres pour organiser cette transition.
Elles avancèrent sur le terrain.
Anne déroula l’un de ses plans sur le capot de sa voiture. Sa première proposition disposait la maison autour d’une cour centrale. Une aile privée suivait la pente naturelle tandis que les pièces de réception s’ouvraient vers la partie la plus lumineuse de la propriété.
— L’entrée se trouverait ici, expliqua-t-elle. Les invités découvriraient d’abord le patio, puis le salon principal. La végétation protégerait l’intérieur des regards sans fermer complètement la perspective.
Madame Thomas étudia le dessin.
— Où serai-je lorsque quelqu’un entrera ?
— Cela dépendra naturellement de l’endroit où vous vous trouverez.
— Je veux pouvoir observer l’arrivée depuis mon bureau et depuis le salon.
Anne prit un crayon.
— Nous pouvons déplacer le bureau sur cet axe et surélever légèrement son plancher. Une ouverture intérieure permettrait de voir le vestibule sans être immédiatement visible depuis l’entrée.
— Parfait.
— Cela vous permettra de décider si vous souhaitez recevoir la personne.
— Exactement.
Anne redessina quelques lignes.
La demande était inhabituelle, mais cohérente. Madame Thomas ne voulait pas seulement habiter cette maison. Elle souhaitait en contrôler les mouvements, les attentes et les rencontres.
— Combien de personnes vivront ici ? demanda Anne.
— Le nombre pourra varier.
— J’ai besoin d’une estimation.
— Moi-même, quelques invités et les personnes attachées à mon service.
— Du personnel permanent ?
Madame Thomas contempla le terrain.
— Certaines personnes seront rémunérées. D’autres occuperont auprès de moi une place plus personnelle.
Anne attendit une précision qui ne vint pas.
— Il faut tout de même prévoir des chambres.
— Naturellement.
Elles reprirent leur marche.
L’ancienne maison comportait encore quelques murs debout. Anne entraîna sa cliente à travers ce qui avait autrefois été le salon. Le toit avait disparu, laissant la lumière du matin tomber directement sur les pierres.
— Je souhaiterais conserver une partie de ce mur, expliqua Anne. Il pourrait devenir la limite entre le grand salon et la cour intérieure.
Madame Thomas posa une main sur la pierre.
— Il séparera l’espace dans lequel je reçois de celui où les autres attendent.
— Je pensais plutôt à une séparation entre l’intérieur et l’extérieur.
— Les deux fonctions ne sont pas incompatibles.
Anne traça mentalement une nouvelle circulation.
— Vous parlez souvent d’attente.
— Savoir attendre est une qualité importante.
— Chez vos employés ?
— Chez tous ceux qui souhaitent obtenir quelque chose de moi.
Madame Thomas poursuivit sa visite.
Anne l’observa s’éloigner. Chaque réponse semblait révéler une partie de sa vision tout en dissimulant l’essentiel.
Elles s’arrêtèrent à l’emplacement prévu pour l’aile privée.
— Voici votre suite, expliqua Anne en lui montrant une autre esquisse. La chambre s’ouvrira vers le sud. Le dressing et la salle de bains occuperont cette partie.
Madame Thomas examina les dimensions.
— Les armoires murales sont trop petites.
— Elles occupent déjà près de six mètres de longueur.
— Doublez leur profondeur.
Anne releva les yeux.
— Cela ne serait plus un simple rangement. Nous perdrions une partie importante de la surface de la chambre.
— Prenez-la sur la pièce voisine.
— Vous souhaitez réellement des armoires de plus d’un mètre de profondeur ?
— Oui.
— Pour des vêtements ?
Madame Thomas sourit.
— Entre autres.
Elle indiqua plusieurs emplacements.
— Je les veux verrouillables, avec des parois renforcées. Certaines devront comporter des prises électriques et un éclairage intérieur.
Anne regarda de nouveau le plan.
— Que comptez-vous y ranger ?
— Mes biens personnels.
— Vos biens personnels nécessitent-ils une ventilation ?
Madame Thomas tourna lentement la tête vers elle.
— Vous pensez à quelque chose de particulier ?
— J’essaie seulement de comprendre vos besoins.
— Prévoyez une ventilation.
Anne nota la demande sans insister.
Elles abordèrent ensuite les matériaux.
Pour les pièces de réception, Madame Thomas souhaitait du bois clair, de la pierre naturelle et de grandes ouvertures donnant sur le jardin. Elle voulait que les femmes qu’elle recevrait s’y sentent libres et valorisées.
D’autres espaces devaient être conçus de manière radicalement différente.
— Dans cette pièce, je veux un sol facile à nettoyer, expliqua-t-elle. Pas de bois.
— Une résine minérale pourrait convenir.
— Les murs devront être insonorisés.
— S’agit-il d’une salle de musique ?
— Non.
— Une salle de projection ?
— Pas davantage.
Madame Thomas désigna le centre de la pièce.
— Prévoyez plusieurs points d’ancrage dans le sol et les murs.
Anne cessa d’écrire.
— Pour quel usage ?
— L’usage pourra varier.
— Il faut que je connaisse les contraintes exercées sur ces ancrages.
— Ils devront supporter le poids d’un homme.
Le silence s’installa entre elles.
Madame Thomas soutint son regard sans manifester la moindre gêne.
Anne nota lentement l’information.
— Un homme suspendu ?
— Éventuellement.
— Je vois.
— Vraiment ?
Anne referma son carnet.
— Je commence.
Un sourire apparut sur le visage de Madame Thomas.
Elles continuèrent vers la partie nord du terrain, où Anne avait prévu plusieurs chambres secondaires. Deux d’entre elles bénéficiaient d’une vue sur le jardin. Les autres étaient plus petites et orientées vers la cour de service.
— Les chambres destinées aux femmes doivent être lumineuses, dit Madame Thomas. Ajoutez une salle de bains privative à chacune.
— Et celles-ci ?
— Elles peuvent rester plus simples.
— Elles seront moins agréables.
— Elles ne sont pas destinées aux mêmes personnes.
— Votre personnel ?
Madame Thomas considéra le plan.
— Des hommes pourront y dormir.
— Même les employés permanents doivent disposer de conditions correctes.
— Ils auront tout ce dont ils ont besoin.
— Ce n’est pas ce que j’ai dit.
La cliente releva les yeux.
Pendant quelques secondes, Anne retrouva la sensation éprouvée au restaurant. Madame Thomas ne semblait pas seulement écouter ses paroles. Elle évaluait ce qui l’amenait à les prononcer.
— Vous n’acceptez pas facilement qu’une personne décide des besoins d’une autre, remarqua-t-elle.
— C’est une habitude dangereuse.
— Pourtant, dans certaines relations, une personne peut choisir de confier cette décision à une autre.
Anne pensa immédiatement à Alexandre.
Elle s’efforça de n’en rien laisser paraître.
— Nous parlons d’architecture.
— L’architecture organise toujours la manière dont les personnes vivent ensemble.
— Ces hommes choisiront-ils leurs conditions ?
— Ils choisiront d’entrer dans ma maison.
La réponse ne dissipa pas entièrement son trouble.
Madame Thomas reprit le plan.
— Ajoutez une petite pièce près de ma suite.
— Une chambre supplémentaire ?
— Non. Une pièce d’attente.
— Avec une fenêtre ?
— Ce n’est pas nécessaire.
— Quel mobilier ?
— Un banc. Peut-être un coussin au sol.
Anne nota la demande.
— Et une porte verrouillable, j’imagine.
— Vous apprenez vite.
La visite se poursuivit pendant près de deux heures.
Madame Thomas connaissait avec précision les sensations qu’elle voulait produire. Les pièces destinées aux femmes devaient être ouvertes, lumineuses et généreuses. Les espaces réservés au service seraient plus sobres, parfois volontairement inconfortables.
La maison entière devait rendre visible une hiérarchie que Madame Thomas refusait encore de nommer.
Elle profitait également de chaque déplacement pour interroger Anne.
— Votre compagnon vit dans la maison héritée de votre mère ?
— Oui.
— A-t-il participé à son aménagement ?
— Il a essayé une fois de ranger mes affaires. Nous avons décidé que cela ne se reproduirait plus.
— Il accepte donc de vivre selon votre organisation.
— Il sait que mon désordre possède une logique.
— La comprend-il ?
— Absolument pas.
— Mais il l’accepte.
— Oui.
Madame Thomas enjamba une racine.
— Vous demande-t-il votre permission avant de déplacer quelque chose ?
La question était trop précise.
— Pourquoi vous intéressez-vous autant à Alexandre ?
— Parce qu’un architecte ne laisse pas sa vie personnelle à la porte des bâtiments qu’il conçoit.
— Alexandre n’interviendra pas sur ce projet.
— Je n’ai pas parlé d’intervention professionnelle.
Elles atteignirent la limite de la propriété.
Madame Thomas observa Anne.
— Diriez-vous qu’il vous obéit ?
Anne sentit son corps se raidir.
— Je dirais que nous nous comprenons.
— C’est une réponse prudente.
— C’est une question indiscrète.
— Également.
Le calme de la cliente rendait toute confrontation difficile. Madame Thomas ne se justifiait jamais. Elle constatait simplement qu’Anne avait posé une limite, puis choisissait elle-même si elle souhaitait la respecter.
— Alexandre est un homme intelligent, reprit Anne.
— Je n’en doute pas.
— Il possède ses propres opinions.
— L’intelligence et l’obéissance ne sont pas incompatibles.
Anne fixa Madame Thomas.
Le mot resta suspendu entre elles.
— Vous semblez bien connaître le sujet.
— Je connais les hommes qui trouvent davantage d’accomplissement dans le service que dans la conquête.
— Et vous pensez qu’Alexandre appartient à cette catégorie ?
— C’est vous qui avez pensé à lui lorsque j’ai prononcé le mot obéissance.
Anne détourna le regard.
Cette femme était diabolique.
Non seulement elle posait les questions qu’Anne ne voulait pas entendre, mais elle savait reconnaître les réponses avant qu’elles soient formulées.
Madame Thomas consulta l’heure.
— Nous avons suffisamment travaillé pour aujourd’hui.
— J’ai encore besoin de précisions concernant plusieurs pièces.
— Vous les obtiendrez lorsque vous aurez dessiné une première version.
— Vous me demandez donc d’interpréter vos sous-entendus.
— Je vous demande de me montrer ce que vous êtes capable de comprendre sans que je vous impose toutes les réponses.
Elles revinrent vers les voitures.
Avant de se séparer, Madame Thomas sortit une carte de son sac.
— Je donne un apéritif dînatoire samedi prochain.
Anne prit la carte.
— Une réunion professionnelle ?
— Pas exactement. Quelques femmes intéressées par mon projet seront présentes.
— Des consultantes ?
— Certaines le deviendront peut-être.
Madame Thomas ouvrit la portière de sa voiture.
— Venez avec Alexandre.
Anne releva les yeux.
— Pourquoi ?
— Vous m’avez parlé de lui. J’aimerais le rencontrer.
— Je vous ai surtout répondu parce que vous m’interrogiez.
— Dans ce cas, j’aimerais vérifier si vos réponses lui rendent justice.
— Il n’est pas un élément du projet.
— Peut-être pas encore.
Anne sentit un frisson d’inquiétude.
— Que voulez-vous dire ?
— Samedi, dix-huit heures. La tenue sera élégante, mais l’atmosphère informelle.
Madame Thomas s’installa derrière le volant.
— Vous viendrez ?
Anne contempla la carte.
— Oui.
— Parfait.
La voiture s’éloigna quelques instants plus tard.
Anne resta seule devant le portail, son carnet et ses plans serrés contre elle. La rencontre lui avait fourni suffisamment d’informations pour commencer à dessiner.
Elle lui avait également laissé beaucoup plus de questions.
Lorsqu’elle rentra chez elle, Alexandre travaillait dans le salon. Il leva les yeux de son ordinateur en la voyant entrer.
— Alors ?
Anne posa son sac et ses plans sur la table.
— Pas maintenant.
Quelque chose dans son ton le fit refermer immédiatement son ordinateur.
Elle monta dans la chambre et revint avec le collier.
— Anne ?
— J’ai besoin de te parler. Mais je ne veux pas que tu analyses la situation, que tu inventes quinze hypothèses ou que tu cherches une solution.
Elle s’arrêta devant lui.
— Je veux seulement que tu m’écoutes.
Alexandre regarda le collier entre ses mains.
— D’accord.
— À genoux.
Il quitta le canapé et s’agenouilla devant elle.
Anne referma le collier autour de son cou, puis verrouilla la boucle. Elle conserva la clé dans sa main.
— Tu ne parleras que si je te pose une question.
— Oui, maîtresse.
Elle prit place sur le canapé.
— Assieds-toi à mes pieds.
Alexandre s’installa sur le tapis, contre ses jambes. Anne passa lentement les doigts dans ses cheveux.
Le simple contact l’apaisa.
— Cette femme me trouble, commença-t-elle. Elle veut des pièces qui n’ont aucun sens dans une maison ordinaire. Des armoires profondes, renforcées et ventilées. Une salle insonorisée avec des points d’ancrage capables de supporter le poids d’un homme.
Alexandre resta silencieux.
— Certaines chambres seront lumineuses et confortables, mais seulement pour les femmes. Les hommes seront logés dans une autre partie de la maison. Elle veut même une pièce d’attente près de sa chambre, avec un simple banc ou un coussin au sol.
Elle sentit Alexandre bouger légèrement.
— Tu analyses.
Il s’immobilisa.
— Pardon, maîtresse.
— Elle parle des hommes comme de personnes attachées à son service. Et lorsque je lui demande ce qu’elle veut ranger dans ses immenses armoires, elle répond qu’il s’agit de ses biens personnels.
Alexandre ne dit rien.
Anne tira légèrement sur l’anneau de son collier.
— Cela ne te paraît pas étrange ?
— Souhaitez-vous réellement une réponse ?
Elle fronça les sourcils.
— Pourquoi poses-tu la question ?
— Vous m’avez interdit d’analyser la situation.
— Je ne te demande pas une analyse. Je te demande si tu trouves cela étrange.
— Oui, maîtresse.
— Merci.
Elle reprit ses caresses dans ses cheveux.
— Elle m’a aussi interrogée sur toi. Sur la manière dont tu vis dans ma maison. Elle voulait savoir si tu m’obéissais.
Alexandre releva légèrement la tête.
— Je lui ai répondu que nous nous comprenions.
— C’est vrai.
— Elle m’a dit que l’intelligence et l’obéissance n’étaient pas incompatibles.
Cette fois, Alexandre ne parvint pas à dissimuler sa réaction.
— Tu vois ? dit Anne. Elle sait.
— Que sait-elle ?
— Je n’en ai aucune idée. C’est précisément ce qui m’inquiète.
Elle prit son verre de vin sur la table.
— Elle me regarde comme si elle pouvait lire chacune de mes pensées. Au restaurant, elle dominait toute la salle. Aujourd’hui, sur son propre terrain, c’était encore plus évident. Tout doit être placé selon sa volonté. Les pièces, les personnes, les hommes…
Anne but une gorgée.
— J’ai l’impression qu’elle organise sa maison comme j’organise nos séances.
Alexandre attendit.
— Tu peux répondre.
— Peut-être vit-elle déjà de cette manière.
— C’est une analyse.
— Pardon, maîtresse.
Malgré elle, Anne sourit.
— Elle nous invite tous les deux samedi soir.
— Chez elle ?
— Oui. Elle veut te rencontrer.
Alexandre posa une main sur la cheville d’Anne.
— Est-ce que cela vous inquiète ?
— Oui.
— Voulez-vous que je vous accompagne ?
Anne contempla l’homme assis à ses pieds. Sa présence l’apaisait comme elle l’avait espéré. Il n’essayait ni de démonter le comportement de Madame Thomas ni de transformer ses soupçons en explication rationnelle.
Il l’écoutait.
— Oui, répondit-elle. Nous irons.
— D’accord, maîtresse.
— Elle veut probablement nous observer ensemble.
— Probablement.
— Tu recommences à analyser.
— C’était seulement une confirmation.
Anne tira sur son collier jusqu’à l’obliger à lever le visage vers elle.
— Samedi, tu ne répondras à aucune question personnelle sans m’avoir regardée auparavant. Compris ?
— Oui, maîtresse.
— Je déciderai de ce que nous lui révélons.
— Oui, maîtresse.
Satisfaite, Anne relâcha l’anneau et caressa sa joue.
— Voilà. C’est exactement ce dont j’avais besoin.
Alexandre posa sa tête contre son genou.
La conversation s’interrompit.
Anne contempla les plans étalés sur la table. Madame Thomas lui avait confié la conception d’une maison destinée à matérialiser une forme d’autorité dont elle commençait seulement à deviner la nature.
Samedi soir, elle entrerait dans l’univers privé de cette femme.
Et elle n’avait pas encore décidé si Alexandre porterait son collier.
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Un sourire complice et intense traverse mon regard lorsque je me penche vers toi, la voix se faisant plus chaleureuse
Le ruban de soie rouge n'est pas un simple accessoire. C'est une promesse. Le tissu caresse ses tempes, glisse sur ses pommettes elle sent chaque frémissement de l'air sur sa peau devenue plus vive. Le coucher de soleil ne lui offre plus ses couleurs, seulement sa chaleur, qui embrasse sa nuque dénudée, descend le long de sa colonne vertébrale comme une langue dorée et timide.
Ses doigts effleurent le bord du voilage, mais elle ne le touche pas vraiment. Elle écoute. Le souffle du vent dans la mousseline. Le battement sourd de son propre coeur, amplifié par l'obscurité volontaire. Chaque son devient caresse. Chaque silence devient attente.
Sa bouche entrouverte laisse passer une respiration lente, délibérée. Elle imagine des mains qui ne sont pas encore là, des lèvres qui cherchent la sienne dans le noir qu'elle s'est choisi. Le sourire s'élargit, devient presque un défi lancé à l'inconnu, à l'interdit, à celui qui osera glisser ses doigts sous ce ruban pour le dénouer d'un geste lent et précis.
Car elle veut être trouvée. Elle veut être dévorée des yeux qu'elle a renoncé à utiliser. Et dans ce jeu d'ombres et de lumière déclinante, la dernière chose qu'elle perçoit avant que le soleil ne sombre complètement, c'est le souffle chaud d'une présence juste, contre son oreille.
Un murmure à peine formé : "Tu as si peur... ou si envie ?"
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Mener son personnel à la baguette, ce n'est pas une image, car Madame punit. Surtout, la bonne et moi. Tout le monde, y compris son mari, lui obéissons au doigt et à l'œil, comme si elle avait tous les droits.
En ce qui me concerne, il suffit d'un mot ou même d'un regard pour que je me mette à trembler. Oui... je ne suis pas une guerrière! Et, je lui lèche les pieds, au propre comme au figuré!!
En fait, je crois qu'elle a vraiment tous les droits. Elle doit avoir des relations avec des organisations criminelles. J'ai entendu des bribes de conversations et mêmes assisté en douce à certaines choses. J'ai acquis la certitude que Madame avait des amis dangereux!
Ils ont un train de vie très important. Plusieurs voitures, depuis une Smart jusqu'à une Rolls. Il y a aussi les gardes.
Quand j'ai demandé à aller en ville, on m'a répondu que je ne pouvais pas sortir du domaine, seule. C'est clairement indiqué dans le contrat que j'ai signé!
Je suis partie de Paris à cause de problèmes avec le milieu, mais j'ai l'impression de me retrouver piégée avec des gens beaucoup plus dangereux et d'être prisonnière. Quand j'aurai gagné assez d'argent, je trouverai un moyen de partir.
Obéir, d'accord. Par contre quand Madame punit, ce n'est pas pour rire. J'en ai encore mal aux doigts en l'écrivant.
C'était hier midi, elle recevait une vingtaine de personnes pour l'anniversaire de sa nièce, Iris, qui a 25 ans et s'est révélé être une vraie garce.
Je devais servir à table avec la bonne. On courrait dans tous les sens et à un moment en débarrassant la table, j'ai renversé un peu de sauce sur la robe d'Iris. Aïe, aïe, aïe… La cata!!
"Espèce d'idiote!!", a hurlé Iris, "J'ai plein de sauce sur ma robe." Affolée, je me suis excusée, "Je vous demande pardon, Mademoiselle Iris, je vais la nettoyer. "
Elle m'a suivie dans la salle de bain où j'ai frotté la robe avec de l'eau tiède. Hélas, il restait une trace. Elle m'a tirée brutalement par une oreille, m'a bien regardée dans les yeux et m'a dit, "ça tu vas le payer, connasse!"
On est retourné dans la salle à manger. Iris s'est plaint que la tâche ne partirait jamais et a terminé par, "Je me demande si elle ne l'a pas fait exprès, elle mérite une punition!!".
Madame a répondu, "C'est mon avis aussi, ma chérie.", puis elle a demandé aux invités, "Qu'est ce que vous en pensez?".
On dit qui se ressemble s'assemble, eh bien, ils étaient tous d'accord, même les jeunes, qui eux étaient enthousiastes. J'ai essayé d'attendrir Iris, "Je ne l'ai pas fait exprès, je vous le jure, je laverai votre robe". Mais à son air, j'ai compris que c'était peine perdue.
Madame a tranché, "Allez chercher une cuiller en bois à la cuisine, Mathilde".
Marthe la cuisinière qui avait tout entendu, m'a tendu la cuiller en disant, "Tu vas déguster, ma fille!".
Madame a pris la cuiller par la partie large, "Tendez votre bras et présentez votre main, la paume en l'air". J'ai obéit et elle m'a frappé d'un coup sec en travers des doigts. OUCH!! Ça fait très mal, j'ai secoué la main en faisant des grimaces. La voix de Madame a claqué comme la cuiller sur ma main, "Votre main, immédiatement!!" Je l'ai tendue en tremblant et j'ai reçu 4 coups supplémentaires en travers des doigts et de la paume. Après chaque coup, je recommençais à secouer ma main en dansant sur place. Cinq lignes rouges barraient ma main, je me suis mis à pleurer et je me suis tournée vers Iris "Je vous en prie, Mademoiselle Iris, ça fait trop mal, ma main est en feu!". Elle a réfléchi " Bon, je vais être magnanime, ça suffit pour la main droite, maintenant la gauche.". Les invités ont rit devant mon air dépité et j'ai tendu la main gauche. Cinq fois la cuiller a sifflé et a laissé une marque rouge et brûlante. Madame a dit, "Bon, on a autre chose à faire que punir une bonne maladroite, on va ouvrir les cadeaux." et à moi, "Reprenez votre service, Mathilde et, attention, à la prochaine maladresse, je serai moins gentille."
Gentille!!
Je m'en fous, je vais m'enfuir…
Le reste de l'après midi c'est passé sans… maladresse de ma part.
Quand les invités sont partis. Madame m'a appelée dans le salon. Qu'est ce qu'elle va encore me faire???
"Mathilde quand je prends la peine de vous punir, c'est pour votre bien. Aussi ce serait la moindre des choses que de me remercier humblement… et en faisant une phrase." Quoi? La remercier de m'avoir frappée aussi cruellement?
Elle est folle ou quoi?? Ja-mais!!
Mais… bon, j'ai dit, "Je vous remercie de m'avoir punie, Madame, et je vous prie de m'excuser pour ma maladresse!"
"C'est vraiment une phrase minimum! Enfin j'accepte vos excuses, surtout parce ça a amusé tout le monde de vous voir secouer vos mains en faisant des grimaces!".
Elle a relevé sa jupe, enlevé sa culotte et s'est rassise. Je connais le message. Je me suis mise à genoux, elle a caressé ma joue avec son pied. Je l'ai embrassé puis je suis remontée entre ses jambes. J'aurais pu le faire les yeux fermés, guidée par l'odeur de sa chatte...
J'ai léché son sexe humide. Elle m'a dit, "Montrez-moi vos paumes". J'ai levé les mains vers elle et j'ai léché jusqu'à ce qu'elle jouisse.
A suivre.
Un tout grand merci à Bruce Morgan, pour le super dessin.
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